Bon, vous commencez à avoir l'habitude de mon retard, non ? Désolée ^^' Ce chapitre étant beaucoup plus court que le précédent, je l'ai traduit assez rapidement. Je pense avoir retrouvé la motivation, donc je vais essayer de traduire le prochain chapitre assez rapidement. N'hésitez pas à nous faire part de vos retours, ça nous fait très plaisir, à Wolkov et à moi ^^
Disclaimer : Wolkov est l'auteur original. Je ne fais que traduire son travail.
Ce que nous ne pouvons pas avoir
Ordre.
Tout est en ordre, depuis l'immensité de l'Univers jusqu'à la complexité des cellules. Rien ne pourrait briser leur structure, ils suivent juste un plan préalablement écrit.
Et si je vous dis que chaque chose aspire à ce que ce plan soit détruit ? Par exemple, le Destin. Est-ce qu'un individu pouvait faire une erreur qui en altérerait le cours, ce qui était destiné à arriver. Est-ce qu'un individu pouvait même s'y essayer ?
Comment est-ce que quelqu'un pouvait accomplir un tel acte ? Et si cette personne, si j'ose dire, modifie ce que le Destin avait prévu pour nous, est-ce que cela signifie toujours que tout se produit selon le plan ?
Les choses amenées à se produire se produiront, c'est simplement inévitable. Et cependant…est-ce que cet ordre peut être rompu ?
-x-
1190, Damas, Syrie
Des doigts parcouraient adroitement sa peau nue, effleurant sa taille et provoquant des frissons en elle.
Un soupir lui échappa.
Puis, la surprenant, les doigts lui massèrent délicatement les hanches, étendant les frissons de son ventre jusqu'à une partie plus intime de son corps.
Elle grogna et se tourna sur son dos.
C'était si bon. Teeeeellement bon. Les doigts étaient sans pitié, les pouces appuyant contre sa chair tout en caressant la courbe de sa taille. Elle poussa un profond soupir pour signifier son contentement. Oui, comme ça. Juste…là. Sensuellement, les mains se dirigèrent vers sa colonne vertébrale et commencèrent à masser doucement – tendrement.
Son dos se cambra sous le plaisir.
Puis, aussi passionnément qu'elles avaient commencé, les mains s'arrêtèrent. Brusquement. Elle fronça les sourcils.
- Pourquoi t'es-tu arrêté ?
Pas de réponse.
- Hey, reviens. Masse-moi encore.
On ne lui obéit pas. Soudainement en colère, elle se retourna et s'exclama :
Hey !
Ses yeux s'ouvrirent brusquement tandis qu'elle sursauta, brusquement arrachée à l'étreinte du sommeil. Clignant des yeux une fois, deux fois, Farah observa sa chambre dans la plus grande confusion. Un plafond de bois sculpté et décoré d'or, des draps de lit blanc, un édredon de soie qui remontait jusqu'à sa taille…
Les sourcils froncés, elle s'assit sur son lit et se frotta les yeux. Quel étrange rêve…
Les évènements de la nuit passée lui revinrent soudain en mémoire, la faisant se redresser. La nuit précédente… Altaïr était là. Attendez, l'était-il…vraiment ?
Rendue confuse par le sommeil, elle releva le bord de sa chemise de nuit et observa son flanc. Un bandage lui entourait la taille. Puis, observant sa table de nuit, elle repéra deux bols vides, et lorsqu'elle porta son regard sur ses draps, elle aperçut des traces de boue. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Ainsi donc, il était vraiment venu, et elle n'avait pas imaginé son massage qui l'avait chamboulée.
Puis elle réalisé, et un grognement lui échappa, manifestation de son embarras. C'est pourquoi elle avait rêvé que des mains la massaient, parce que son compagnon avait un talent divin. Et le pire dans tout ça était qu'elle avait en fait aimé ça. Adoré ça. Elle en avait voulu plus. Même la nuit précédente, lorsqu'il la massait et qu'il s'était interrompu parce qu'il pensait la faire souffrir, elle avait voulu le gifler une fois de plus.
Il déclenchait… des sensations mystérieuses en elle lorsqu'il faisait courir ses doigts sur la peau de sa taille. Des sensations si fortes qu'elle devait s'agripper de toutes ses forces à sa couverture pour réfréner les gémissements qui menaçaient de s'échapper de ses lèvres. Elle avait eu du mal à se contrôler, et aurait aimé qu'il ne s'arrête jamais. Elle en voulait encore et encore et-
Elle plaqua ses mains sur ses joues et secoua la tête. Non non ! Ces pensées étaient dangereuses ! Elle ignora la partie d'elle qui réclamait plus. Rêve ou pas, la nuit précédente avait été…belle. Il avait pris soin d'elle, que ce soit pour la mission ou pas – et cela ne la blessait pas, se rappela-t-elle – ce qui la mettait en de bonnes dispositions pour débuter, pour une fois, une bonne journée.
Les rayons du soleil pénétraient dans sa chambre depuis la fenêtre, réchauffant son lit et le sol, et illumina son humeur. Etirant ses bras bruyamment, elle bailla. Elle eut soudainement la sensation d'être poignardée dans son flanc, ce qui lui fit baisser immédiatement les bras.
- Ouch !
Elle grimaça, passant sa main sur sa blessure. Où était passé l'Assassin au fait ? Dormait-il toujours ? Peut-être partageait-il son repas avec des camarades.
Puis une pensée la frappa, et elle fronça légèrement les sourcils. Maintenant qu'elle y pensait, il n'avait jamais évoqué son passé. Il ne parlait que de son crédo et de sa mission, mais jamais de sa famille ou de ses amis ou… Elle fit la moue lorsqu'elle se demanda s'il avait une femme. Ou une amante. Même si c'était le cas, ça ne devrait pas la concerner. Jamais.
Et pourquoi lui parlerait-il de ses êtres chers, dans tous les cas ? Mais, tout le temps qu'elle avait passé avec lui – un jour seulement, en fait -, elle n'avait jamais aperçu l'éclat doré d'un anneau. Juste la lame aiguisée qu'il dissimulait dans son poignée. Peut-être le retirait-il lorsqu'il allait tuer ses cibles, pour rester symboliquement pur dans son mariage. Qu'est-ce que ses gardiens devaient penser de lui, de sa profession ? Approuvaient-ils le fait qu'il répande tant de sang ?
Avait-il des parents ?
Farah releva brusquement la tête, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte. Attendez… avait-il une mère… un père ? Et s'il n'en avait plus ? Au moment où cette pensée lui traversa l'esprit, son cœur se serra presque douloureusement, et elle sentit comme une pierre lui tomber dans l'estomac.
- Non, se dit-elle à elle-même en secouant la tête. Bien sûr qu'il a des gardiens.
Tentant d'apaiser la douleur dans sa poitrine, elle écarta les couvertures et se leva. Elle roula ses épaules pour se débarrasser de la tension qui la tenaillait, et se dirigea vers sa salle de bain tout en essayant de se convaincre que tout cela ne la concernait pas.
Cela ne la regardait pas. Son passé lui appartenait. Même si elle avait partagé certains souvenirs, elle en avait d'autres qu'elle gardait précieusement.
Alors cela ne la concernait pas.
-x-
Après s'être lavée, elle émergea de sa salle de bain, propre et prête à débuter sa journée. Mais, lorsqu'elle aperçut une silhouette assise sur le sofa de cuir apposé à son lit, elle ne put empêcher un cri de franchir la barrière de ses lèvres.
Altaïr était assis, ses coudes sur ses genoux et la tête inclinée vers le sol, comme si ce dernier possédait toutes les réponses à toutes les questions de l'univers. Au cri de la jeune femme, il releva la tête et vrilla ses yeux dorés dans les siens.
Je jure que j'ai senti mon âme quitter mon corps l'espace d'une seconde, soupira-t-elle en essayant de calmer son cœur affolé.
Altaïr fut frappé de silence tandis qu'il posa son regard sur elle depuis son point d'observation. Ses yeux la parcoururent des pieds à la tête sa peau était d'un rose doux, la plus grande partie étant occultée par la robe de nuit argentée qui enveloppait son corps comme une cascade, et ses cheveux auparavant tressés retombaient librement dans son dos en boucles graciles. La lumière du soleil s'écoulait par la fenêtre et la nimbait d'un halo doré. Jamais dans sa vie n'avait-il admiré un tableau aussi…exquis.
Elle lui apparaissait soudait comme une nymphe exotique trop belle pour la toucher, et il ressentait l'étrange besoin – alors qu'il n'avait jamais tenu un pinceau dans sa vie – de la peindre immédiatement, pour l'immortaliser dans sa fraîcheur matinale. Et même si le résultat serait au mieux médiocre, il voulait éterniser sa beauté.
Tu es toujours endormie ? demanda-t-elle en grimaçant. Bonjour ? De retour dans le monde de Farah ?
Il cilla, et lorsqu'il se reconcentra sur elle, elle lui apparut aussi normale que d'habitude. Aucun halo ne l'enveloppait plus. Ses pensées devenaient de plus en plus agaçantes ces derniers temps.
L'Assassin semblait peu préoccupé par la situation. A son expression lointaine, Farah soupira.
Qu'est-ce que tu fais ici, en fait ? demanda-t-elle en se dirigeant vers son armoire.
Je t'ai dit que je reviendrai, grogna-t-il. Et je n'approuve pas tes actions de la veille.
Lesquelles ? demanda-t-elle en courbant un sourcil délicat tandis qu'elle ouvrit sa penderie. Lorsque je t'ai giflé ou lorsque je t'ai demandé de continuer ? Oh ! Je sais, tu n'as pas apprécié que je te sauve d'une rencontre impromptue avec Sarah !
Il grogna, voulant la plaquer contre la porte de son armoire et la secouer par les épaules pour essayer de lui inculquer un peu de bon sens.
Lorsque tu m'as poussé de ta fenêtre, rétorqua-t-il d'une voix bourrue.
Elle s'esclaffa.
Je sais, c'est la meilleure chose que je t'ai faite jusqu'à présent. Vive moi !
Il grinça des dents avant de renifler.
Dans tous les cas, continua-t-elle en sortant deux robes, aide-moi à choisir. Celle-là ? Ou celle-ci ?
Elle plaqua successivement deux robes contre son corps, une bleue et une verte.
Altaïr sentit comme un couteau poignarder son orgueil. Il était un fier Assassin, l'élève préféré d'Al-Mualim, le fils du légendaire Umar Ibn La-Ahad, et cette femme osait piétiner son amour-propre en lui demandant quelle robe était la plus jolie ? Quelle audace !
Aucune, répondit-il d'une voix dure dans laquelle s'était glissée une menace.
Elle haussa les épaules.
Eh bien, c'est une bonne chose que j'en possède d'autres. Hmm.
Elle tapota son menton tandis qu'elle parcourait le contenu de son armoire, à la recherche de nouveaux vêtements. Elle en sortit deux nouvelles robes, puis demanda :
Et ces deux-là ?
Elle répéta ses mouvements précédents en plaquant les robes contre son corps.
Ne comprenait-elle pas ou s'en fichait-elle tout simplement ?
Aucune, rétorqua-t-il une fois encore, tandis qu'il serrait les poings.
Elle haussa de nouveau les épaules, et recommença. Trois fois. Combien de robes cette femme possédait-elle ? Lorsqu'il prononça son dernier « aucune », elle laissa échapper un soupir exaspéré.
Mon Dieu, s'agaça-t-elle, tu ne m'es d'aucune aide.
Il contracta sa mâchoire tout en essayant de rester patient.
Pourquoi ne peux-tu pas porter une robe que tu auras choisie toi ?
Je veux savoir laquelle me flatte le mieux selon toi.
Elle souleva doucement ses épaules, avant d'observer la dernière robe. Altaïr se redressa soudain, ses yeux sur elle. Désirait-elle tant son opinion pour la considérer avant la sienne ?
Pourquoi veux-tu mon avis ? s'enquit-il.
Parce qu'elles me vont toutes bien, dit-elle en souriant avant d'abandonner la robe sur une chaise de bois élégamment sculptée.
Sa poitrine se gonfla subitement d'un sentiment proche de… la joie. Il semblait qu'elle prenait en compte ses mots et son opinion plus sérieusement qu'il ne l'aurait cru. Ça ne rentrait pas par une oreille pour en sortir par une autre. Elle les gardait à l'esprit. Avait-il tant d'influence sur elle ?
Alors la troisième, offrit Altaïr en désignant vaguement la pile de robes.
Les yeux de la jeune femme s'illuminèrent.
Je savais que tu possédais un certain sens de la mode, Assassin.
Et voici que son orgueil venait de passer par la fenêtre. Il soupira avant de secouer la tête. Avec un grognement – ses muscles toujours raides d'avoir dû dormir sur le toit – il se leva et se dirigea vers elle.
Elle se tenait devant un grand miroir, passant doucement ses doigts à travers sa chevelure. Il s'appuya contre l'armoire et croisa ses bras contre sa poitrine, l'observant tandis qu'elle domptait ses boucles avec ses douces caresses.
Hier tu m'as demandée pourquoi j'avais des cheveux aussi longs, murmura-t-elle en l'observant entre ses cils. Désires-tu toujours en savoir la raison ?
L'intérêt qui s'éveilla en Altaïr fut si brusque, qu'il se sentit presque embarrassé par son empressement.
En effet.
Ma grand-mère, Malia, avait de longs cheveux. Mais les siens étaient encore plus longs. Ils atteignaient l'arrière de ses genoux. Peux-tu y croire ? Je les adorais tellement…, raconta-t-elle en secouant doucement la tête. Je me souviens avoir joué avec ses cheveux quand les miens ne dépassaient pas mes épaules. Je les tressais souvent, les emmêlant plus qu'ils ne l'étaient déjà.
De ses yeux d'aigles, il suivait chaque caresse qu'elle donnait à ses boucles.
Elle détestait
…Suite…
Les rayons ardents du soleil qui les surplombait lui brûlaient le sommet du crâne. Elle avait peur que, si elle touchait sa tête, sa main brûlerait. C'était même surprenant que ses mèches de cheveux ne se détachaient pas tout simplement. Cela faisait bientôt une heure – ou deux ? – que Farah et sa mère, accompagnées de deux servantes, s'étaient aventurées dans les rues surpeuplées du Souk.
Elle voulait retourner s'abriter dans la fraîcheur de sa chambre. Rien que le fait de penser à son lit la faisait presque pleurer de frustration. Un soupir déchirant lui échappa, et elle décida plutôt de se concentrer sur la conversation que tentait d'avoir sa mère avec elle.
Nous avons les rouleaux de soie, les étoles perses, de nouvelles chaussures à la mode, et de nombreuses robes hors de prix dans lesquelles tu pourras parader. Maintenant il nous faut de nouveaux objets de décoration pour ta future maison des tapis, des draps pour votre lit, des rideaux et…
Farah se désintéressa de la conversation encore une fois. Vraiment, tout cela était futile. Il se pourrait qu'elle n'ait jamais à vivre dans sa « nouvelle maison », à cause de, eh bien, la mort prochaine d'Edwardo. Peut-être pourrait-elle diriger ses propriétés comme veuve, mais elle devait d'abord se marier avec lui. Ce qui n'arrivera jamais. Et vivre de la maison de ce porc serait un désastre pendant tellement longtemps elle avait chéri l'idée de son propre foyer quelque peu à l'écart des gens, où elle pourrait vivre au milieu de ses recueils de poésie. Rien qu'elle et le silence. Rien qu'elle et l'instant présent.
Rien qu'elle et sa mama.
Reportant son attention sur sa mère, elle lui demanda :
Mère, pourquoi s'embêter à dépenser de l'argent pour des choses superflues.
Cette dernière haussa les épaules sans s'en soucier.
On m'a confié la tâche de dépenser l'argent de ce salaud, et je la prends à cœur. Je vais tout dépenser, jusqu'à ce qu'il regrette son action, et je ne ressentirai aucun regret. De plus, tu as droit à ce qui se fait de mieux, ma chérie.
Farah sourit.
Alors continuons nos emplettes, mère, et espérons qu'il termine à la rue.
Sa mère porta la main à son cœur avant de sourire.
Ah quelle excellente idée ! Mais, malheureusement pour nous, ne pourrons porter ce plan à exécution. Il accumule tellement d'argent, que je crains qu'un jour il se noie dedans.
Nul besoin de le craindre, plaisanta Farah en levant les yeux au ciel. Il se noie déjà dedans. J'espère qu'il engraissera tellement qu'il ne sera plus jamais capable de refaire surface.
Allons, ma fille, ne gâchons pas notre journée en parlant de lui. Il existe surement des choses plus importantes dont nous pouvons parler, autre que son égo.
La mère agrippa l'avant-bras de sa fille et elles déambulèrent au milieu des étals colorés, du la foule agitée et du bruit assourdissant.
Après avoir visité plusieurs échoppes, Farah se désintéressa de nouveau de la tâche du jour, sans avoir la moindre envie d'y remédier. L'ennui était désormais son compagnon. Et la douleur. Oh, la douleur. La plante de ses pieds la lançait, ses épaules agonisaient pour qu'on les masse, et, plus important, son flanc suppliait pour que tout s'arrête. Et pour ne rien arranger, il faisait chaud. Tellement chaud que si elle marchait encore dix minutes de plus, elle était certaine de s'évanouir.
En soupirant, elle renversa sa tête pour soulager la tension qui s'accumulait dans sa nuque. Au même moment, une silhouette sauta d'un toit qui la surplombait, attira immédiatement son attention. Ses yeux s'écarquillèrent et son souffle fut coupé par sa prise de conscience.
C'était lui.
Altaïr.
Il était là. Elle en était sure.
Désormais, moins ennuyée qu'auparavant, elle le chercha frénétiquement parmi les toits, dans la foule mais, malgré sa déception, ne put le localiser nulle part. De nombreuses voix, masculines et féminines, douces et bourrues, fortes et douces, résonnaient dans ses oreilles, et elle frémit d'anticipation en attendant que celle de l'Assassin se joigne à ce chœur pour la saluer.
Cela n'arriva jamais.
Mais ce fut sans importance, car lorsqu'elle dirigea son regard vers une rue attenante remplie de bruits, d'étals et de produits, elle aperçut une robe argentée qui se dirigeait vers elle. Derrière les ombres qui dissimulaient ses traits, elle pouvait apercevoir la cicatrice qui ornait ses lèvres et sa mâchoire carrée.
Elle leva sa main et le salua d'un mouvement. Se dirigeant toujours vers elle, il inclina légèrement sa tête en réponse.
Ah ! Cette soie est magnifique ! s'exclama sa mère, attirant ainsi son attention sur une soie rouge ornée de dentelle dorée.
Oui, c'est assez joli, commenta-t-elle avant de rediriger son regard vers l'embouchure de la rue – qui se révéla être vide.
Elle se redressa légèrement, et son regard scanna la zone autour d'elle et au-delà. Aucun signe de lui. Où était-il parti ?
Devrions-nous les prendre ? demanda sa mère, brisant encore une fois la concentration de sa fille.
Avant que Farah ne puisse ouvrir la bouche, sa mère agita sa main et déclara :
Et pourquoi pas ? Je vais vous en prendre deux. Non quatre, comme ça nous en aurons une bonne quantité chacune. Ah, je suis tellement excitée !
Sa mère se dépêcha à l'intérieur du magasin pour payer, ses deux servantes derrière elle. Farah soupira.
Il semblerait que ce soit ta mère qui se marie, et non toi, femme, déclara une voix rauque derrière elle.
Elle se tourna immédiatement. Là il se tenait, appuyé contre un mur, les bras croisés contre sa poitrine et la tête légèrement penchée tandis qu'il l'examinait du regard.
Oh, c'est parfait, tu es là ! Avec ton goût pour la mode, je te suggère que tu marches un peu avec ma mère. Elle t'adorerait.
Farah lui adressa un clin d'œil.
J'apprécierai, mais je risquerai de t'humilier, rétorqua-t-il d'une voix égale.
Tu me rendrais plutôt service, en réalité, dit la jeune femme avec un sourire.
Hélas je ne t'apporterai point mon aide, répondit-il d'un ton léger, car c'est un amusement sans fin de te voir hésiter entre la soie bleue et la soie rose.
Les yeux de la jeune femme s'étrécirent.
Qu'est-ce que tu fais là, au fait ? Tu n'as pas, je ne sais pas, des personnes à tuer ?
Il haussa les épaules.
Je t'ai déjà dit auparavant que je t'accompagnerai, as-tu déjà oublié ? Et concernant ta dernière question, est-ce que cela te surprendrait si je te disais que j'ai déjà envoyé trois soldats Croisés dans l'au-delà ?
Les lèvres de Farah s'entrouvrirent, se refermèrent, puis s'entrouvrirent de nouveau. Mais avant qu'elle ne puisse prononcer un mot, sa mère surgit du magasin, ses emplettes en main.
Très bien, j'ai fini. Allez, viens, il nous reste de nombreuses choses à acheter.
Elle agrippa Farah par le bras et l'entraîna à sa suite avant qu'elle ne puisse répondre à Altaïr. Eh bien, au moins elle savait désormais qu'il participerait indirectement à ces emplettes. L'ombre qui volait de toit en toit au-dessus des têtes ignorantes de la foule lui donna raison. Son cœur se réchauffa à cette idée, et un sourire apparut sur ses lèvres.
Il se passa quelques minutes avant que sa mère ne s'intéresse à un autre magasin.
Regarde ces voiles ! Ils sont tellement beaux, allons voir, ma chère Farah.
Elle obtempéra. Se rapprochant de l'étal sur lequel étaient accrochés les soies, les voiles et autres, elle les toucha du bout du doigt. Ils lui rappelaient le Rafiq, en quelque sorte, ainsi que sa demeure. Emportée par ces pensées, elle se remémora les soies colorées qui pendaient au-dessus de leur tête, à Altaïr et à elle dans cet étroit couloir. Elle se souvenait de ce bref moment…d'exaltation hors-du-commun. Même maintenant, elle n'arrivait pas à mettre un nom sur ce sentiment. Pourquoi s'était-elle sentie béate ? Précieuse, même.
En soupirant, elle souleva un des voiles et couvrit le abs de son visage. Au moment où elle se tourna, la robe blanche de l'Assassin remplit une fois encore sa vision. Il se tenait un peu plus loin, appuyé contre le mur et les bras croisés. Des passants les séparaient.
Farah abaissa le voile, observa brièvement l'Assassin, et se couvrit de nouveau le visage en entier cette fois. Lorsqu'elle l'écarta, elle afficha une expression timide mais effrontée, et battit brièvement des cils dans sa direction, comme une demoiselle énamourée. Il étrécit les yeux en réponse à ses enfantillages. Sans prêter attention à sa réaction, elle porta le voile à son visage une fois de plus tandis qu'un passant les séparait, le retira de nouveau, et fit loucher ses yeux tout en tirant la langue. Il secoua la tête face à tant d'immaturité.
Réprimant son sourire, elle se retourna vers sa mère lorsque cette dernière déclara :
Ils sont magnifiques, mais nous en avons déjà acheté des tas. Si je dois en acquérir de nouveaux, j'ai bien peur que nos servantes ne rejoignent le sol. Allons nous occuper de la suite de la liste. Devrions-nous aller voir les tapis ?
Farah n'eut pas le temps de répondre que sa mère se frayait déjà un chemin au travers de la foule dans un bruissement de tissu. Elle la suivit, sans pouvoir s'empêcher de soupirer.
Lorsqu'elles aperçurent des tapis, elles pénétrèrent dans le spacieux magasin et sourirent au vendeur, qui les accueillit en arabe. Sa mère entremêla son bras à celui de Farah, et elles étudièrent les tapis colorés.
Farah sourit lorsqu'elle en repérer un de couleur écarlate.
Hmm, j'aime celui-là. Après mon mariage avec Edwardo, il est évident que le vin sera mon compagnon au moins, si je le renverse, il n'y aura pas de nettoyage à faire.
A ces mots, sa mère lui tapota le bras, un petit sourire apparaissant sur ses lèvres. Accélérant son pas, Farah poursuivit sa tâche.
Finalement, elles achetèrent deux tapis, et demandèrent au vendeur de les livrer le lendemain à l'adresse donnée. Il hocha la tête et lorsqu'elles émergèrent du magasin, il s'exclama :
Que Dieu vous bénisse, et n'hésitez pas à revenir !
De retour dans les rues ensoleillées, sa mère chantonna doucement, visiblement contente d'avoir accompli sa tâche. Voir sa mère dans un tel état réchauffa le cœur de Farah et fit apparaître un sourire sur ses lèvres. Soudainement, le soleil brûlant n'était plus une nuisance, mais un heureux élément de plus dans cette journée effrénée.
Quelle belle journée, s'exclama sa mère, attirant l'attention de Farah.
Cette dernière soupira en accord.
Je me souviendrai toujours de ce jour, comme le dernier avant que tu me sois à jamais arrachée, continua sa mère, sa voix légèrement tremblante.
Farah fronça les sourcils.
Que veux-tu dire, mama ?
Oh ! s'écria-t-elle. Lorsque tu seras finalement mariée à Edwardo, c'est évident qu'il ne te laissera jamais sortir de sa demeure. Je ne te verrai plus jamais, mon enfant, et j'ai du mal à l'accepter. C'est la vérité. Tu vas-
Sa voix se brisa, et Farah s'arrêta brusquement, les lèvres entrouvertes tandis que sa mère fixait le sol.
Tu vas… Je vais… Oh, Farah, ça m'attriste de savoir quel destin t'attend tu vas me quitter. Je vais être seule. Avec cet animal. Et je vais t'abandonner, dans les griffes d'un autre animal.
Farah sentit la chair de poule parcourir sa colonne vertébrale, et sa mâchoire se décrocha un peu plus.
Ta vie, en échange de centaines d'autres, résonna soudain sa voix dans le creux de ses oreilles. Je refuse de laisser ma mission inachevée. Tu devras cesser d'exister.
Oh, si seulement sa mère avait conscience qu'il y avait peu de chance qu'elle la revoit tout court.
Comment en étaient-elles arrivées là ? Qu'avaient-elles donc fait pour être destinées à un futur si sombre ?
Elle gémit intérieurement, se rappelant sa mission. Pas celle concernant Edwardo, mais celle qui consistait à se battre bec et ongles pour sa liberté.
Liberté. Jamais un mot n'avait eu une saveur aussi douce-amère, ni n'avait suscité une telle ferveur en elle. Oui, elle se souvenait de la liberté qu'elle avait ressentie plusieurs semaines de cela dans le Souk, et elle en voulait encore. Elle y gouterait encore. Les mots de sa mère ne faisaient que nourrir sa détermination. Auparavant, l'idée de conquérir sa liberté lui avait paru naïve, mais à présent c'était une évidence.
Désormais, elle ne se battrait plus seulement pour sa liberté à elle, mais pour celle de sa mère aussi. Et Dieu en était témoin, elle se battrai de toutes ses forces.
Les mots de l'Assassin ne l'intimidaient plus, non. La confession déchirante de sa mère avait fait bouillir son sang, lui serra le cœur et déclenchant un incendie dans sa poitrine.
Abandonner sa mère ?
Abandonner la femme qui avait tant sacrifier pour sa fille ?
Quitter ce monde sans même un au-revoir, ou sans connaître le bonheur ou la joie auxquels tous avaient droit ? Est-ce que sa mère méritait un tel destin ? Le méritait-elle ? Est-ce que quelqu'un dans ce monde méritait une telle fatalité ?
Elle devait au moins essayer, et les sortir toutes les deux de cet enfer.
Elle ne laisserait pas sa mère seule dans ce monde qui n'avait été que cruel envers elle. Elle ne partirait pas le cœur léger si sa mère souffrait toujours. Elle ne l'abandonnerait pas quand sa mère n'avait fait que la protéger depuis sa naissance. Elle méritait que quelqu'un se batte pour elle, elle méritait un héros, et même si Farah avait de grandes chances d'échouer, elle devait faire réaliser à sa mère qu'elle n'était pas seule.
Mère et fille. Deux cœurs deux âmes. C'est tout ce qu'elles avaient.
Plaçant doucement sa main sur la joue de sa mère, Farah lui dit avec un grand sourire :
Je ne t'abandonnerai jamais, mama. Rien ne pourras m'arracher à tes bras. Obicham te.
Je t'aime.
Imat vyara. Vsichko shte bude nared.
Fais-moi confiance, tout ira bien.
Les yeux de sa mère brillèrent de larmes contenues et elle se pencha en avant, plaçant ses lèvres sur le front de sa fille.
Ya az te obicham, dushterya mi.
Je t'aime aussi ma fille.
C'est tout ce dont elle avait besoin. L'amour de sa mère.
Cette nuit-là, Altaïr ne vint pas lui rendre visite, et elle se retira avec un cœur lourd et un esprit embrumé par tant de pensées. Ne vous méprenez pas, sa détermination était aussi fiévreuse qu'auparavant, le seul problème était que… Farah méprisait l'idée de devoir se séparer de l'Assassin.
Mais cela devait être fait.
Il ne pouvait prendre sa vie. Pas sans qu'elle se batte.
