Ils étaient tous là, ils attendaient avec impatience que je les rejoigne à mon tour dans l'au-delà. Il y avait Rue avec sa couronne de fleur et qui sifflotait ses quatre notes. A côté, se tenait Finnick avec son sourire charmeur, ainsi qu'une Prim aux cheveux d'un blond éclatant m'intimant de la suivre. Je les dévisageais tous, reconnaissant ma mère aux côtés de mon père, Peeta avec son magnifique sourire et ses cheveux blonds dans lesquels j'adorais glisser ma main. Et Gale aussi, qui avait cet air renfrogné et revêche qui ne le quittait que très peu dans le district. Je les retrouvais tous autour de moi lorsque Snow apparu entouré d'une meute de créature transgénique.
« Tout ça c'est de ta faute, fille du feu ! Tu aurais dû suivre les règles ! » criait-il avant de lâcher ces créatures qui ressemblaient à des loups géants sur les êtres qui m'étaient le plus cher. Je les voyais tous se faire déchiqueter par des griffes d'acier, se faire dévorer vivant, je voulais agir pour les sauver, mais mon corps refusait de m'obéir. Je criais, je me débattais contre cette force invisible qui me retenait. Ma famille, mes amis criaient mon nom, me suppliant de les aider, mais je ne pouvais rien faire.
Soudain le décor changea, j'étais allongé sur un lit, il faisait noir et je hurlais, pleurais et me débattais contre...
« Peeta ? » Malgré l'obscurité, il mettait impossible de ne pas le reconnaître, tellement il était proche de moi. Il avait ses mains sur mes poignets, son visage collé au mien, et il utilisait l'ensemble de son corps comme poids pour me forcer à rester plaqué au lit.
« Katniss, enfin ! J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais » me dit-il l'air soulagé. La pression que son corps faisait contre le mien se relâcha d'un coup. Pour ma part je ne comprenais pas tout. Il y avait quelques secondes je regardais un massacre sans pouvoir bouger un orteil, Peeta se faisait éventrer par deux loups géants, qui riaient à gorge déployée, alors que lui me criait de venir l'aider, de ne pas l'abandonner, avant de me déclarer son amour dans un dernier souffle.
« Tu es vivant ! » lui dis-je en serrant mes bras autour de son cou, pour ensuite l'attirer à moi. Surpris par mon geste, il s'écrasa de tout son poids sur moi, mais je m'en moquais, au moins j'étais certaine qu'il était en vie et entier. Je commençais à me calmer, ma respiration repris un rythme régulier, et mon esprit retrouva de sa clarté. Je comprenais alors que ce massacre était issu d'un autre de mes horribles cauchemars, où je revivais sans cesse la mort de ceux que j'avais déjà vu mourir, mais aussi de ceux dont je craignais plus que tout la disparition.
« C'était un mauvais rêve Katniss. Regarde je suis en vie ! » me rassura-t-il en me caressant les cheveux. Puis il se releva un peu pour me fixer droit dans les yeux et me murmurer « Je ne te laisserais jamais, fais-toi une raison » Mon cœur rata un battement, mais je n'y fis pas attention. Peeta était là, vivant, avec moi, et il me promettait de ne jamais m'abandonner. Il était devenu malgré moi ma bouée de sauvetage, l'une des rares personnes à me donner envie de garder la tête hors de l'eau, au lieu de me laisser submerger par toutes ces hallucinations, ces cauchemars et cette souffrance, qui m'envahissaient sans cesse.
« Ça semblait si réel » avouais-je à voix haute, comme pour me convaincre moi-même que ce n'était qu'un mauvais rêve. Je sentais Peeta se relever, il s'éloignait de moi à mon plus grand regret. Sa présence me faisait tellement de bien, sa proximité entourait mon corps d'une chaleur apaisante, et réconfortante. Mon cœur se serra, j'avais envie de fondre en larme. Je sentais déjà le froid, mes peurs, et mes douleurs revenir comme un boomerang, je les attendais, mais rien ne vint. J'étais toujours au chaud, dans une bulle où je me savais protégée, rassurée et aimée. Peeta était toujours auprès de moi, il avait juste changé de position, s'allongeant à côté de moi et m'entourant de ses grands bras. Je me serais alors encore plus contre lui, posant ma tête sur son torse. J'entendais son cœur battre, et me calmait aussitôt.
« Tu veux en parler ? Le Dr Aurélius dit que ça peut t'aider » me dit-il la voix teintée d'inquiétude. Je ne voulais pas en parler, revenir sur de telles images était pour moi trop dure, mais je savais que Peeta s'inquiétait pour moi. Et que si je refusais il l'accepterait mais il se sentirait surement impuissant et culpabiliserait de ne pas être à ma place, je ne pouvais le permettre.
« C'était horrible » Je préférais le prévenir, même si je ne pensais pas que ce soit vraiment utile au vu de la façon dont il avait essayé de me calmer dans mon cauchemar. Je me mis alors à lui raconter le massacre, la peur, le désespoir que j'en ressentais et la rage de n'avoir pu les sauver. Je finis en larme, à nouveau, ce qui m'emplissait de haine contre Snow de m'avoir changé. J'étais devenu si faible, si différente que celle que j'étais dans mes souvenirs que soudain j'étais envahi d'un grand vide, ignorant qui j'étais devenu. Je ne voulais plus y penser pourtant, cela me faisait trop mal. Mes larmes coulant toujours, je collais mon visage au torse de mon garçon des pains. Il essaya de me calmer, en m'assurant que tout cela n'était pas réel et que malgré l'horreur de ces images ce n'étaient qu'un mauvais rêve. Il me disait cela avec tout la douceur dont il était capable, me caressant à nouveau les cheveux, il faisait ce qu'il pouvait je le savais, mais je lui en voulais de ne pouvoir me dire quelque chose qui face disparaître ces images, ce sentiment de n'être personne, si ce n'est un monstre, si ce n'est une folle.
« Je n'arrive même pas à distinguer le réel de mon imagination, Peeta ! Comment veux-tu que je me calme ? Toutes ces horreurs me semblent réelles, je ne peux pas juste me dire : c'était qu'un rêve, alors calme-toi Katniss ! » Voilà que je commençais à crier sur Peeta, je m'en voulais pour ça, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. S'il croyait que me calmer et oublier les cauchemars qui me persécutaient chaque nuit était facile, et bien il se trompait. Il le savait pourtant, je n'étais pas la seule à passer de mauvaise nuit, à me réveiller en sursaut, le souffle court et pleine de sueur froide. Lui aussi vivait ça, alors pourquoi est-ce qu'il croyait que ça allait disparaître parce que je le voulais ?
« Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je sais que tu ne peux pas faire disparaître ces scènes simplement en le disant. Je sais que chaque nuit tu es hanté par tes plus grandes peurs, par toute la culpabilité que tu portes depuis nos premier Hunger Games. Et je sais aussi que te répéter que ce n'est pas réel alors que tu ne parviens pas à différencier le vrai du faux ne t'aide pas. Je suis désolé de ne pas pouvoir faire plus pour toi. J'aimerais pouvoir enlever tous ses mauvais souvenirs de ton esprit, que tu oublies tes mauvais rêves, tes peurs, ta culpabilité, et les doutes que tu as de me croire réel ou non. Je le vois chaque matin dans tes yeux, je vois bien que pendant un temps tu parles, tu m'écoutes, mais que tu ne cesses de te demander si je suis bien réel, si ce n'est pas une hallucination. Et ça me brise le cœur de ne pas pouvoir t'aider. Si je pouvais te libérer de ta souffrance, et la prendre à mon compte je le ferais sans hésiter, je... » Je ne pouvais pas en supporter plus. Peeta était l'être le plus généreux que je connaissais, le plus merveilleux. Il tenait à moi, plus que quiconque. Il s'en voulait de ce qui m'était arrivé, et il serait même prêt à prendre toute ma souffrance pour lui.
Soudain une phrase qu'Haymitch m'avait dite me reviens : je pourrais vivre milles vies, que je ne serais jamais digne de cet homme. Je ne pouvais pas supporter tout cet amour qu'il me renvoyait et avant de fondre en larme, je l'interrompais en posant ma main sur ses lèvres. Ces dernières me semblaient si douce sous mes doigts, et je n'avais qu'une envie c'était de les embrasser, mais je ne pouvais pas le faire. Je savais que Peeta m'aimait, il me l'avait dit, et il me l'avait prouvé, mais moi je ne savais même plus qui j'étais, même si j'étais convaincu que je ne pourrais pas vivre sans lui. Je dois avouer que j'avais peur que la Katniss que j'étais devenue ne lui plaise plus, qu'il ne s'intéresse plus à moi que par culpabilité. J'avais tellement besoin de lui. Je me retenais de justesse de l'embrasser. Je détournais alors mon regard et posa de nouveau ma tête sur son torse
« Je ne veux pas que tu souffres pour moi Peeta ! Je ne l'ai jamais voulu, et je m'en veux de te faire vivre ça » réussis-je à lui dire d'une voix tremblante. Il n'en fallait pas plus pour que je sente de nouveau Peeta me serrer contre lui, il se voulait si réconfortant.
« Je ferais tout pour toi Katniss. Je serais toujours là pour toi » Cette phrase faisait naître en moi un ensemble de sentiment si différent, que je mis un temps à réagir. Il venait de me faire une promesse, celle de toujours être présent pour moi et je pouvais que lui en être reconnaissante. J'étais si heureuse de savoir que lui aussi voulait faire partie de ma vie et peu importe à quel titre. J'étais contente de l'entendre me dire ça, mais en même temps je m'en voulais, car je craignais qu'il ne le fasse que parce qu'il se sentait responsable de mon état. Ou peut-être m'aimait-il encore ? Je ne voulais pas utiliser ses sentiments contre lui, je me haïssais de ne pas avoir la force de mettre de la distance entre nous, de lui dire qu'il n'avait pas à faire ça pour moi, car en fait je le voulais tellement.
On passa le reste de la nuit à discuter. A plusieurs reprises Peeta insista pour que je dorme mais je ne le voulais pas, je voulais profiter de sa présence le plus possible. On parla de beaucoup de chose, mais surtout des souvenirs que je pouvais avoir et je lui demandais de me confirmer leur véracité ou pas. Cela nous conduit à un « jeu » qu'on appela « réel-pas réel ». Dès que j'avais un doute sur un souvenir, je lui posais la question en finissant par « réel ou pas réel ». J'appris ainsi que je n'avais pas inventé nos nuits passées dans les bras l'un de l'autre, dans le train qui nous faisait faire la tournée des districts. Peeta et moi avions réellement passé ses moments intimes, nous réconfortant l'un l'autre, mais surtout nous empêchant de faire des cauchemars une fois le sommeil venu.
Peeta fut réticent lorsque je lui avais demandé : « Le district 12 a été détruit par les rebelles, tuant ma mère...et...Pri...im, réel ou pas réel ? » Il me rassura en me disant que ma famille était bien en vie, qu'elle travaillait à l'infirmerie du district 13, et que les souvenirs d'elles venant m'apporter mes repas chaque midi dans cette « chambre » était bien vrai. Il m'apprit par contre que le district où j'étais née, où j'avais grandi, avait bien été détruit mais par le Capitole peu de temps après ma capture et la fuite de Peeta. Ainsi le Capitole avait voulu nous punir lui et moi pour notre trahison, nous avions de nouveaux des morts sur la conscience. Je voyais bien qu'il ne voulait pas me parler de la destruction du district, ça le mettait mal à l'aise. Je m'en voulais de lui faire revivre cela, peut-être qu'il essayait d'oublier, il avait dû perdre des amis, voire de la famille dans ce bombardement, mais je devais savoir ce qui s'était passé. Il me raconta, ce que lui-même avait entendu. Gale avait sauvé 908 personnes du district 12, mon cœur tressauta, nous étions 1542 en tout. Je songeais à tous ses morts qui n'avaient pas suivi mon meilleur ami, ou qui n'en avait pas eu le temps. Je ne remercierais jamais assez Gale pour avoir sauvé ma famille de cette catastrophe. Je me demandais qui avait péri lors de cette attaque mais j'avais peur de faire souffrir Peeta un peu plus, car je ne sais pourquoi mais j'étais persuadé de la mort de sa famille.
« Ta famille ? » lui demandais-je finalement.
« Il ne s'en sont pas sorti » me répondit-il d'une voix triste que je ne lui connaissais pas. Ce garçon faisait tellement pour moi alors qu'il était endeuillé. Il avait perdu d'un seul coup ses parents, et ses deux frères, et tout cela par notre faute à tous les deux. Je me sentais coupable une fois de plus mais ça n'était surement rien à côté de ce que ressentais Peeta. Le ton de sa voix m'avait brisé le cœur, lui qui était toujours si enjoué. Je ne pensais qu'à lui venir en aide, à l'apaiser de sa souffrance. Ne réfléchissant pas je me relevais sur les genoux, et je pris Peeta dans mes bras. Sa tête contre ma poitrine, ses bras autour de ma taille me faisaient défaillir, mais je me concentrais, mon but était de réconforter mon garçon des pains. On resta ainsi pendant un long moment, je ne sais combien de temps car le temps s'était figé, je ne pensais plus qu'au contact de sa peau contre la mienne. Sa respiration était devenue calme et régulière, et je compris qu'il avait fini par s'endormir. Le reposant sur le lit, je m'installais à nouveau dans ses bras, ma tête contre son torse. Le sommeil arriva bien vite, mais je n'avais pas peur, je savais que Peeta me protégerait de mes mauvais rêves.
