***Tamsine***
L'enseigne du salon de coiffure « The Fatal Sisters » éclairait la foule des passants de tous ses néons. Alors que nous nous apprêtions à passer la porte, je sentis Sirius se crisper.
« De toute façon tu peux pas continuer comme ça. M'est témoin la petite Yolanda.
Nous avions croisé plus tôt un groupe d'enfants en sortie scolaire. Une petite fille avait désigné Sirius à son institutrice avant de s'exclamer « Comme elle est jolie la dame ! » Il lui avait fallu quelques minutes pour décolérer.
-Je sais... Mais tu restes hein ?
-Oui, je reste.
Le salon était quasiment vide, à l'exception d'une vieille dame minuscule lisant un magazine sous un casque aux reflets moirés,. En entendant la clochette de la porte tinter, une femme coiffée d'une iroquoise violette frôlant le plafond sortit de l'arrière-boutique, et nous salua chaleureusement.
-Je voudrais les couper court. Mais pas trop quand même, voyez ?
Sirius parlait d'une voix blanche et de fines gouttes de sueur commençaient à perler à son front. La coiffeuse hocha la tête.
-Je vais vous envoyer Belinda, installez-vous, je vous en prie.
Sirius prit place face à l'un des immenses miroirs qui habillaient toute la partie gauche de la salle, et commença à triturer ses mains nerveusement. J'approchai un siège et m'installai à côté de lui.
-Hé, faut pas te mettre dans des états pareils !
-Tu comprends pourquoi je peux pas demander à James de venir avec moi ?
J'acquiesçai, compréhensive.
La porte de l'arrière-boutique s'ouvrit de nouveau sur la très attendue Belinda. C'était une toute jeune femme brune à la crinière bouclée et aux lèvres peintes en rouge. Son T-shirt destroy laissait apparaître son ventre et même une bande de dentelle de sa lingerie. Dans le miroir, je vis Sirius se transfigurer. A son tour Belinda nous salua et se mit au travail. Alors qu'elle passait les mains dans les cheveux de Sirius et les y laissait traîner plus que de raison, je pouvais presque entendre ce dernier ronronner.
-Tam, tu vas peut-être t'ennuyer finalement... Si tu veux va faire un tour en attendant ?
-T'es sûr ? Tu veux pas que je reste ? Insistai-je juste pour le plaisir de l'embarrasser.
-Oui je suis sûr, répliqua-t-il en écarquillant les yeux à mon adresse.
Le message était passé. Riant intérieurement, je ramassai mon sac et sortit du salon. Alors que je passai la porte, j'entendis Belinda :
-Votre amie a l'air d'avoir peur que je me rate...
-C'est ma sœur, une vraie mère poule.
Je décidai donc de tuer le temps en allant essayer la robe repérée dans le catalogue d'Alice. La boutique était bondée, fourmillant d'élèves de Poudlard venus eux aussi chercher une tenue adéquate pour le bal. Lorsque je trouvai enfin la fameuse robe, il m'apparut que non seulement son tissus était bas de gamme mais qu'en plus elle était très mal coupée. Alice avait l'œil, je ne pouvais pas dire le contraire...
Un peu déçue, je me rendis chez Gaichiffon, sans grand espoir d'y trouver ma robe, l'enseigne étant plutôt spécialisée dans les vêtements du quotidien. Pourtant, au détour d'un rayon, une tâche rouge attira mon attention. C'était une robe fourreau au décolleté carré, coupée dans une matière soyeuse. Alors que je décrochai le cintre du présentoir, un vendeur barbichu aux manières onctueuses s'approcha de moi.
-Je suis persuadé qu'elle vous irait à ravir, dit-il le regard libidineux, on l'appelle « la robe à entretient ».
-Ah oui ?
-Oui, elle est taillé dans un matériau très spécial, qui s'ajuste aux courbes du corps. Si vous passez un entretient avec cette robe, c'est l'embauche assurée !
Je ne savais pas si je devais trouver ça drôle ou insultant. Finalement mon sens de l'humour et mon côté féministe s'accordèrent pour garder le silence. J'emportai la robe à la cabine d'essayage la plus proche, et laissai Barbiche planté là, sans un mot.
Je me déshabillai et enfilai la robe avant de sortir de la cabine pour m'observer un peu plus à mon aise. Je flottai dans le vêtement, pourtant, il ne tarda pas à rétrécir sous mes yeux, moulant un peu plus mes hanches. Je trichai un peu et rentrai le ventre : la robe s'ajusta. J'aurai pu faire ça toute la journée ! Je poussai le vice jusqu'à creuser mon torse là encore, le tissu obéit et gaîna ma poitrine, offrant à ma silhouette l'heureuse illusion d'une certaine générosité.
-Je te demande pas pourquoi tu l'as choisie...
Surprise et mortifiée, je sursautai. Sirius, hilare, m'observait, nonchalamment appuyé contre un portant. Je me drapai dans ma dignité avant de répliquer :
-Comment tu m'as trouvée ?
-Je viens de faire trois boutiques en faisant appeler la petite Tamsine à l'accueil.
Je lui souris à mon tour en relevant sa nouvelle coupe de cheveux.
-J'ai failli ne pas te reconnaître !
-C'est pas mal, hein ?
Sans se départir de son sourire, il me laissa l'observer. Belinda avait bien travaillé. Maintenant qu'il était départi de sa tignasse, le visage de Sirius semblait rayonner. Sa mâchoire apparaissait plus carrée, ses yeux plus perçants, et même son port de tête était plus altier. Ne voulant rien montrer de mon trouble, je finis par répliquer :
-Y'a pas à dire, ça fait quand même plus propre...
Nous fîmes ensemble le tour de la boutique, ce qui permit à Sirius de dévaliser le rayon chaussettes, avant de nous rendre à la caisse derrière laquelle se tenait Barbichu, qui nous considéra froidement avant de nous encaisser.
Après ça, nous décidâmes de faire une halte aux Trois Balais. Une pluie fine et glacée s'était mise à tomber, et c'est avec soulagement que nous nous installâmes au chaud. Le pub était plein à craquer et nous eûmes de la chance de trouver une table libre, bien que minuscule et bancale. Il ne fallut pas longtemps avant que la très jeune et très jolie Rosmerta ne vienne à nous. Sirius commanda une bièraubeurre chaude, et j'hésitai un instant avant de demander la même chose (j'allai être pompette, mais qu'importe). Malgré mes objections, Sirius, discrètement soutenu par Rosmerta, régla la note.
-Mon avis sur toi n'aurait pas changer si tu m'avais laissé payer. C'est pas comme si c'était un rencard !
-J'ai été élevé en gentleman.
-C'était une manifestation de ta bonne éducation quand tu m'as demandé de dégager du salon tout à l'heure ?
-Hé je te l'ai demandé poliment !
-Et hier, quand tu m'as invité à sortir devant ta copine ?
-Tu l'as dit toi-même, c'est pas un rencard.
Notre petite escarmouche, pas sérieuse pour un sou, fut interrompue par Rosmerta nous apportant nos boissons. Elle nous considéra tous deux avec un sourire en coin, avant d'adresser un clin d'œil complice à Sirius, et de retourner derrière le comptoir. Sirius arqua un sourcil.
-Même si ça pas l'air évident pour tout le monde...Releva-t-il plus à son attention qu'à la mienne.
Dans mon besoin soudain et urgent de changer de conversation, je le questionnai, un peu abruptement :
-Tu as eu des nouvelles de tes parents récemment ?
Si il fut étonné du tour que je donnai à la conversation, il n'en laissa rien paraître.
-Non, pourtant je m'y attendais avec l'histoire d'Alphard et tout ça. J'ai retiré toutes les procurations que mes vieux pouvaient avoir sur mon compte, juste au cas ou, mais à l'évidence Alphie avait pris soin de cacher les traces de son argent. Personne ne doit savoir où il est passé, sinon tu peux être sûre que ces vautours me seraient déjà tombés dessus.
J'acquiesçai silencieusement.
-De toute façon, dans un peu plus de trois mois j'aurais dix-sept ans, et ils pourront plus rien contre moi. Je peux te dire que ce jour là rien ne pourra m'empêcher de traverser la Grande Salle à poil.
Malgré la boutade, une ombre passa dans ses yeux et je me giflai mentalement, pestant contre mon indélicatesse.
-Bon, et tu voudrais faire quoi de tout ce blé, là tout de suite ? Demandai-je dans une tentative désespérée de revenir à une ambiance plus légère.
Il écarta les mains dans un signe d'ignorance.
-J'ai acheté des chaussettes, c'est déjà pas mal !
La porte s'ouvrit et une bourrasque de vent s'engouffra dans le pub, précédent la silhouette étrangement pâlotte d'un jeune homme. La température chuta immédiatement, et le bruit ambiant perdit quelques décibels. Le fantôme, d'une beauté stupéfiante, était vêtu d'un T-shirt blanc sous un blouson en cuir noir. Il plissa les yeux comme si il était ébloui par le soleil, et embrassa l'assistance du regard.
-Putain... Murmura Sirius, visiblement soufflé.
L'ectoplasme se dirigea vers le bar où Rosmerta l'accueillit en souriant.
-C'est James Dean ! Reprit Sirius, excité comme une puce.
-Qui ça ?
Il leva les yeux au ciel et ne prit pas la peine de me répondre.
-Tu vois ça ? C'est ça que je veux ! S'exclama-t-il en fixant le nouvel arrivant qui buvait désormais au goulot d'une bouteille de whisky, répendant une flaque ambrée sous son tabouret.
-Te saouler ? Pas très original...
Le fantôme dut sentir nos regards sur lui, car il tourna la tête dans notre direction et m'adressa un sourire ravageur. Bien malgré moi, je me sentis rougir.
-Oh Merlin il m'a sourit... S'extasia Sirius au bord de l'apoplexie.
-Je suis presque sûre que c'était à moi que...
-Viens, faut qu'on y retourne.
Nous laissâmes nos bièraubeurres à peine entamées et James Dean derrière nous. Sirius marchait à vive allure et j'avais du mal à le suivre sur les pavés glissants. Il pleuvait toujours et je fus soulagée lorsque Sirius s'arrêta devant Gaichiffon. Sans comprendre, je le suivis à l'intérieur. Barbichu feignit de ne pas nous reconnaître et nous accueillit en dégoulinant d'amabilité. Sirius s'élança dans les allées sans faire plus attention au vendeur. Je le perdis au détour d'un rayon, et le retrouvais cinq minutes plus tard en grande conversation avec Barbichu.
-Je peux le commander... Mais il faudra verser des arrhes... Annonça ce dernier dans un sourire sucré.
Sirius sortit une poignée de galions de sa poche de pantalon et la tendit au vendeur.
-Ça ira ?
-Ça ira, confirma Barbichu en élargissant son sourire.
Quelques secondes plus tard, Sirius, radieux, m'entraînait de nouveau sous la pluie.
-Tu comptes me dire ce que tu as commandé, ou... ?
-Mon costume de bal !
-Et c'était la peine de faire tous ces mystères ?
Un éclair déchira le ciel et la pluie redoubla d'intensité. Sirius jura entre ses dents et se défit de sa veste avant de la passer au-dessus de sa tête.
-Viens, il fait presque plus sec ici, dit-il en me tendant le bras.
Je m'accrochai à lui docilement, et nous rentrâmes au château. Une fois les portes passées, Sirius se débarrassa précipitamment de sa veste et passa une main inquiète sur son crâne.
-Ça va mes cheveux ?
Je n'eus pas l'occasion de répondre car Remus déboula en trombe de nulle part.
-Oh vous tombez bien ! S'exclama-t-il en freinant à notre hauteur. J'ai une réunion de préfets dans cinq minutes, je voulais juste dire deux mots à Tam.
Sirius fronça les sourcils et croisa les bras sur la poitrine.
-J'ai complètement oublié de te dire, pour le bal...
Il n'eut pas besoin de terminer sa phrase, mon cerveau avait déjà fait le lien.
-Non, non, non, Remus ! Me dis pas qu'ils ont prévu que les préfets ouvrent la soirée !
Remus fronça le nez, l'air contrit. La danse des préfets en début de bal n'était pas obligatoire, il y avait eu des années où nous nous en étions passés, mais apparemment cette fois Dumbledore avait décidé de respecter la tradition.
-Je te préviens, je sais pas danser !
Il leva les mains en signe d'apaisement.
-C'est pas compliqué, t'inquiète pas. Le problème, le vrai, c'est que je peux pas t'entraîner, entre les projets en retard, les rondes, et l'organisation de la soirée je pourrais pas m'en occuper.
Il marqua une pause et j'haussai les sourcils, l'encourageant à poursuivre.
-Du coup je me suis dit que Sirius pourrait peut-être t'apprendre...
Avant que je puisse répliquer, Sirius intervint.
-Non, Lupin tu plaisantes là ? Tu sais très bien que je veux plus entendre parler de ces conneries !
Remus l'ignora et s'adressa directement à moi.
-Il est plus que qualifié, il a des années de cours de danse de salon derrière lui.
-Des cours forcés ! C'était l'enfer !
-Ainsi que des cours de chant, pour la petite histoire. J'ai eu la chance de l'entendre chanter sous la douche et c'est un vrai rossignol, j'en ai eu des frissons partout.
-Lupin, tais-toi avant de me forcer à t'homicider.
Remus releva les yeux sur son ami.
-Pas mal la coupe.
-Ne crois pas m'avoir par la flatterie.
Remus haussa les épaules.
-Je vous laisse vous organiser, je vais être en retard.
Et sans un mot de plus, il tourna les talons et s'engouffra dans le couloir le plus proche.
-Tu sais qu'il n'est pas trop tard pour tomber malade, n'est-ce pas ?
-Justement, j'ai bien l'impression que la gorge me gratte...
***Sirius***
Le lendemain matin, nous nous retrouvâmes, Tam et moi, dans la salle de Sortilèges. J'avais décidé du lieu de rendez-vous parce qu'il me rappelait notre semaine de colle. La veille au soir j'avais tenté par tous les moyens de persuader Remus de s'occuper de Tam, en vain. Pas que passer du temps avec elle était désagréable, au contraire, mais j'avais plus envie de plonger dans un chaudron plein de limaces à corne que de me remettre à la valse.
Tam se présenta pile à l'heure, vêtue d'un T-shirt et d'un pantalon informes.
-T'avais le temps de mettre autre chose que ton pyjama, tu sais.
-T'occupes, contente-toi de faire partager ta science.
-Très bien. Avant toute chose il me semble important que tu intègres l'idée que jamais je n'aurais appris à danser de mon plein gré. Pour mes six ans ma mère a trouvé judicieux d'engager un professeur particulier de danse de salon, et j'ai dû supporter cette torture jusqu'à mon entrée à Poudlard.
-Sirius, pas la peine de te justifier. Hier je t'ai accompagné chez le coiffeur et nous avons fait les boutiques ensemble. Il me semble naturel que la prochaine étape soit l'apprentissage de chorégraphies. Maintenant j'ai juste hâte qu'on se fasse les ongles...
Je décidai de ne pas répondre à la provocation.
-La valse d'ouverture du bal est, et c'est une chance, une valse viennoise : la position rapprochée limite le nombre de figures et la seule vraie difficulté est de tenir la ligne de danse...
Tamsine émit un ronflement sonore.
-Comme tu voudras ! Passons directement à la pratique !
Malgré une légère tendance à conduire, Tam apprit la routine en un petit quart d'heure. Quart d'heure durant lequel je craignis chaque minute que quelqu'un entre dans la salle. Bien des semaines plus tard, elle m'avoua qu'elle aussi avait dû subir des cours de danse, conséquence de l'idée, très répandue dans les vieilles familles sorcières, que la danse est un atout majeur pour faire correctement son entrée dans le monde. Lorsque je lui demandai pourquoi elle ne m'avait rien dit, elle déclara qu'elle avait simplement décidé d'emporter le secret dans la tombe, et que si je ne le gardai pas je devrai en subir les conséquences. C'est ainsi que pendant longtemps, je crus être en possession d'extraordinaires talents pédagogiques.
Le mercredi arriva vite. A l'occasion du bal, les cours avaient pris fin en début d'après-midi, et l'école était en pleine effervescence. La pluie nous avait offert une trêve dès le début de journée, et malgré la fraîcheur, un beau soleil automnale illuminait le ciel. Remus disparut dès la sortie des cours pour participer à la préparation de la Grande Salle. James, Peter, Franck et moi pûmes donc profiter en toute quiétude de son accès à la salle de bain des préfets. La sirène du tableau qui ornait la salle hurla au scandale devant la quantité d'après-rasage utilisée par James, mais se radoucit lorsqu'il lui expliqua que son rendez-vous le rendait un peu nerveux. Après quelques longueurs , nous enfilâmes nos costumes avant de retourner à la Salle Commune. Franck et James avaient opté pour la sobriété, costume trois pièces noirs, tandis que Peter arborait un ensemble blanc immaculé sur une chemise couleur bleuet dotée d'un col pelle à tarte.
« T'es sûr de toi là ? Lui demanda James, dubitatif.
-C'est à la dernière mode chez les moldus.
-J'ai un gros doute.
-Tu peux me faire confiance, dans un an tout le monde sortira comme ça. Les sorciers ont toujours un train de retard en matière de sapes.
Le pire, c'est qu'il avait raison L'année suivante, le succès de La Fièvre du samedi soir traversa la barrière invisible qui séparait les deux mondes, et James investit dans un complet orange vif à pattes d'éléphants : j'en aurais presque pleuré.
Mais pour l'heure, nous avions regagné la tour, et je déballai ce qui allait être la touche finale à ma tenue. Kitty m'avait accompagné la veille chez Gaichiffon afin de la récupérer. Je n'avais pu faire autrement que de lui révéler de quoi il en retournait, et depuis elle agissait comme si j'avais insulté ses aïeux avant d'étrangler une portée de chiots.
Le papier de soie bruissa quand j'ouvris la boite, et l'odeur du cuir neuf envahit la chambre. J'enfilai le perfecto noir avec mille précautions et allai me mirer dans la psyché qui nous servait habituellement de porte-vêtements. Verdict : James Dean venait de se faire enterrer une seconde fois.
Sur les coups de dix-huit heures, après m'être observé sous toutes les coutures, j'entraînai les autres jusqu'au dortoir des filles. Bohemian Rhapsody montait depuis le rez-de-chaussée : la soirée n'allait pas tarder à commencer. Alors que je frappai à la porte, la voix d'Alice nous parvint de derrière la battant : « Ouvre pas je suis à poil ! » L'air de rien, Peter frôla la poignée avant de suspendre son geste devant le regard noir de Franck. Une seconde après, Lily vint nous ouvrir, vêtue d'un peignoir en éponge hors d'âge, la tête recouverte d'énormes rouleaux rose.
« Vous tombez bien, déclara-t-elle en s'effaçant, James j'ai besoin d'aide pour enlever tout ça.
Avant qu'il n'ait pu répondre quoique ce soit, elle alla s'asseoir sur un fauteuil près de la fenêtre et lui désigna son crâne avec autorité. Alice bondit de la salle de bain, haletante.
-Je suis prête !
Visiblement, ça lui avait demandé beaucoup d'efforts, mais le résultat valait le coup : elle était carrément canon vues leurs têtes, les autres étaient d'accord. Vêtue d'une longue robe bleu ciel, elle rayonnait littéralement. Elle fit un tour sur elle-même dans un froufrou soyeux.
-Alors Franck ? Demanda-t-elle, les yeux suppliants.
L'interrogé déglutit péniblement.
-Tu es fantastique.
Alice eut l'air soulagé.
-Tu es très bien toi aussi, répliqua-t-elle tandis que Franck se rengorgeait.
-On descend ? Vous venez avec nous ? Ajouta-t-elle.
James, planté derrière Lily, qui se limait les ongles avec fureur, eut un geste d'impuissance, tandis que Peter acquiesçait.
-On vous rejoint plus tard, intervins-je.
Je venais de repérer Tamsine, avachie sur un lit, les doigts de pieds en éventails.
Franck et Peter quittèrent le dortoir, suivis d'Alice qui jeta au passage un regard interloqué à ma tenue. J'allai m'écrouler à côté de Tamsine qui m'accueillit avec un sourire entendu.
-Le blouson, bien sûr...
-Eh oui.
Elle n'était pas particulièrement apprêtée mais avait revêtu la robe rouge. Elle l'avait tellement ajustée que chaque respiration créait un petit séisme dans son décolleté. La peau de sa poitrine semblait tendue au-delà du raisonnable, et l'idée farfelue d'en tester la résistance du bout des doigts me traversa l'esprit.
-Je peux l'essayer ?
-Quoi ?
Tamsine fronça les sourcils.
-Ta veste, je peux l'essayer ?
L'idée ne m'enchantait pas particulièrement, j'avais décidé qu'on m'enterrerait avec cette veste dès l'instant où je l'avais enfilée, mais comme il y avait cinquante pourcent de chance que Tam m'ait surpris en train de la reluquer, je pouvais difficilement lui refuser. Je me défis donc du blouson et le remis à Tam qui l'enfila prestement avant d'aller se planter devant le miroir de la chambre.
-Il pèse une tonne, constata-t-elle.
La veste lui tombait sous les fesses et cachait ses mains. Durant un instant, à la regarder ainsi toute menue et engloutie dans mon blouson, je la trouvai attendrissante. Trois coups secs frappés contre la fenêtre nous sortirent de notre contemplation.
-C'est quoi cette horreur ? Demanda James, caché derrière la crinière luxuriante de Lily.
Un hibou malgache, l'air particulièrement austère, se tenait derrière la vitre. Tam croisa mon regard avant d'aller ouvrir à la bestiole et de récupérer le morceau de parchemin accroché à sa patte. Elle le survola avant de lâcher un « connard » entre ses dents serrées.
***Tamsine***
Salut Tamsine,
Je sais que ça fait un moment qu'on a pas parlé, mais je peux pas m'empêcher d'être nostalgique de la complicité que nous avions. C'est sûrement pas le bon moment pour te dire ça, mais je m'excuse si j'ai pu te blesser. Je sais que tu évites les rassemblements en général (tu vois que je te connais bien!) mais exceptionnellement, voudrais-tu m'accompagner au bal ? On pourrait en profiter pour discuter dans un cadre sympa, qu'en dis-tu ?
Je froissai rageusement le parchemin avant de chasser le hibou et de rendre sa veste à Sirius.
-Un problème ?
-Non, rien d'important.
-J'ai de la poudre à verrues, si tu veux, intervint James tout en continuant de retirer les bigoudis de la tête de Lily.
-Ne lui donne pas de mauvaises idées, objecta-t-elle.
J'hésitai un instant avant de tendre le papier à Sirius qui le lut rapidement.
-En gros, il propose de rendre service à l'antisocial coincée que tu es, en t'offrant une chance de sortir avec quelqu'un qui en plus « te connaît bien ». Grand prince... Tu es sûre de ne pas vouloir de poudre à verrues ?
Je répondis par la négative. Camillus me faisait désormais l'impression d'un chewing-gum accroché à ma chaussure, et j'avais le sentiment que plus je lui accorderais de l'intérêt, plus il serait difficile de m'en débarrasser.
-Laisse tomber, oublions ça. Et si on descendait ?
Sirius acquiesça Nous nous tournâmes vers Lily et James. Ce dernier, la mâchoire décrochée, considérait les cheveux de Lily, ou plutôt le buisson touffu qui s'était formé au-dessus de son crâne.
-Je suis prête dans cinq minutes, annonça-t-elle avant de se lever et d'entrer dans la salle de bain.
Nous nous entre-regardâmes tous les trois. Une seconde de silence assourdissant passa avant qu'un hurlement strident ne fasse trembler les murs de la Tour.
