Crazy : Ah ça, je peux t'assurer que ces deux là vont s'en donner à cœur joie lors de la bataille ;) Oh ooooooh ! Les opinions sur les couples et la romance de cette fic se manifestent déjà ? Cool, ça m'avait manqué ! Ça me fait tellement marrer de lire ce genre de commentaires de la part des lecteurs hihihi ^^ contente que tu sois toujours aussi fière de lui. J'espère que ce chapitre te plaira tout autant, surtout vu ce qui va s'y passer :3 Merci, bonne lecture et à dans 15 jours ! Bisous ^^
Chapitre 10 - Stratégie
Après ce copieux repas, Harold, Odine et Dagur se sentirent nettement mieux ! Ils étaient gavés et sûrs de bien dormir pendant quelques heures.
- Aahhh… C'était vraiment délicieux ! Merci d'avoir pécher ce festin, Odine.
- Je t'en prie, Dagur.
- Maintenant, si vous voulez bien m'excuser… J'ai une petite urgence.
Ils hochèrent la tête et laissèrent Dagur sortir de la grotte pour aller soulager sa vessie. Une fois s'être assuré que Dagur soit assez loin pour qu'il ne les entende pas, Harold soupira.
- Enfin seuls.
- Tu n'apprécie toujours pas sa compagnie, c'est ça ? Devina gentiment Odine
- Un peu plus qu'avant, je dois le reconnaître. Mais je disais surtout ça car je suis content d'être un peu avec toi. Reconnait que depuis notre arrivée, on n'a pas pu vraiment l'être.
- A t'entendre, j'ai l'impression d'être un meilleur compagnon de route que notre allié. J'en suis flattée. Souriait-elle
- Vous êtes différent, c'est pour ça. Mais je suis surtout content d'être enfin seul avec toi pour qu'on parle.
- Et de quoi veux-tu qu'on parle ?
- De toi. De tes émotions. Comment te sens-tu depuis notre départ du village de Cleo ? As-tu réfléchis à ce que tu as découvert ? As-tu pris des décisions ?
- Eh bien… Oui. J'ai eu le temps de réfléchir à tout ça.
- Cool. Et donc ?
- Bah j'ai accepté ce que je suis et j'ai pardonné à ma mère pour ce qu'elle a fait.
- C'est génial ça ! Et par rapport à Stella ?
- C'est peut être cruel ce que je vais dire… Mais je ne m'en veux pas tant que ça de l'avoir tuée, même si je viens d'apprendre que c'est ma cousine. Elle m'a fait vivre un calvaire pendant des années, et même si j'essaie de me convaincre qu'on aurait pu s'entendre, je n'arrive pas à y croire. Cette fille était le mal incarné et elle m'aurait quand même détestée et méprisée si elle avait su qui j'étais.
- Je comprends. Et… Quoi d'autre ?
- Bah j'ai surtout réalisé qu'il y a un risque pour que je ne puisse plus demeurer à Atlantis une fois que la reine saura qui je suis, et que je ne pourrais pas poursuivre mon histoire avec Tristan, même si tu avais réussi à me remonter le moral et me redonner de l'espoir pour mon couple et mon avenir.
- Comment ça ?
- Pour faire simple… Mes parents sont devenus des bannis à cause de leur choix. Et fatalement, j'en suis une aussi. Et si la reine apprend qui je suis et qu'elle refuse notre lien de parenté et que je reste vivre à Atlantis, je vais surement devoir quitter le royaume pour vivre avec ma marraine et Cleo. Ce qui en un sens, ne serait pas une mauvaise chose. Mais si Tristan reste borné à ses devoirs et ses obligations, il refusera de me suivre. Donc fatalement, je le perdrais.
- Je comprends tout à fait ce que tu me dis, Odine. Mais il se peut que rien de tout cela n'arrive et que tu puisses rester chez toi, vivre au palais avec ta famille et garder Tristan !
- Je le sais, Harold. Mais…
- Alors pourquoi tu t'obstine à toujours envisager les pires possibilités au lieu des meilleures ?
- Parce qu'à cause de la vie que j'ai menée, j'ai toujours eu l'habitude d'envisager le pire. J'y peux rien. Je sais que maintenant je devrais faire le contraire, mais c'est plus fort que moi…
- Mmh. N'empêche, je suis content que tu porte de nouveau ta bague et que tu aies accepté de t'en resservir.
- Moi aussi. Dit-elle en la regardant avec un sourire
- Et donc euh… De quoi tu voulais parler tout à l'heure ?
- Mmh ? De quoi tu parles ?
- Juste avant que tu nous dises que le repas était cuit, tu voulais dire quelque chose. Qu'est-ce que c'est ?
- Rien, à part que les poissons étaient cuits. Répondit-elle innocemment
- Arrête. Je te connais à force ! J'ai bien vu que pendant tout le repas, tu semblais contrarié par quelque chose. Alors dis-moi ce que c'est.
- Mais rien, enfin !
- J'insiste, Odine.
- Harold…
- Ca concerne Dagur ? Moi ? Demain ? Autre chose ?
- L'œil de dragon ! Voila ! Avoua t-elle enfin
- Tu l'as avec toi c'est ça ? C'est pour ça que tu y penses et que tu voulais en parler ? Supposa Harold en fronçant légèrement le regard
- Non. Je te rassure, il est toujours chez moi. Et puis je n'avais pas assez de place dans ma sacoche pour l'emmener avec nous.
- Mmh. Alors pourquoi il t'a contrarié ?
- Parce que je… Voila. Et si demain, on allait voir Viggo et marchander la vie de nos amis et des dragons contre l'objet auquel il tient le plus au monde ? Ce serait mieux que de livrer bataille, non ?
- C'est une idée logique, Odine. Mais pour rien au monde je ne négocierais l'œil de dragon. Viggo ne doit plus jamais l'avoir entre les mains !
- Les vies de ceux que tu aimes ne sont-elles rien en comparaison des sentiments que tu as pour cet artefact ?! Ce… Ce n'est qu'un objet, Harold ! Un simple et stupide objet qui peut ce remplacer plus aisément qu'une vie !
- Je te rappelle que c'est surtout un objet qui peut nuire aux dragons !
- Mais je me fiche des autres dragons, moi ! Il n'y a que les vôtres qui me préoccupent ! Du moment qu'on récupère Krokmou et les autres, ça ne te suffit pas ?! Tu veux sauver tous les dragons de l'archipel, c'est ça ?!
- Tu es un dragonnier, Odine ! Comment peux tu ne pas comprendre ce que… ?
- Justement ! Je ne suis pas un dragonnier !
- Hein ? Pourquoi tu dis ça ? Tu es pourtant l'une des nôtres !
- Oui, mais je n'ai plus de dragon ! Alors je ne vois pas l'intérêt d'avoir le titre de dragonnier si je n'en chevauche pas un !
Ses yeux commençaient à se remplir de larmes et elle commençait à avoir chaud et la tremblote à force de crier ! De plus, le comportement et l'entêtement du jeune viking commençait sérieusement à l'énerver ! Elle voulait vite sortir d'ici pour prendre l'air et ne plus se disputer avec Harold. Elle se leva d'un bond et essuya le coin de ses yeux.
- Où tu vas ?
- Prendre l'air ! Oh, une dernière chose. A partir de maintenant, je ne veux plus qu'on m'appelle dragonnier. Odine me convient amplement.
Elle quitta la grotte d'un pas pressant, laissant son ami seul avec Ombretueur qui s'était réveillé à cause de tout ce tapage ! Harold se chargea de rassurer le Gronk pour qu'il se rendorme, et une fois cette mission accomplie, il resta assis, le regard fixé sur les flammes vacillantes et l'air songeur.
Une fois dehors, Odine s'agrippa contre la roche et ferma fortement les yeux. Ses larmes coulèrent inévitablement sur ses joues, mais elle se força de ne pas éclater en sanglot. Elle n'en revenait pas de sa discussion avec Harold ! Et surtout, elle n'avait pas aimé se disputer avec lui ! Mais en même temps, il l'avait cherché ! Il avait insisté et il refusait de changer d'avis au sujet de l'œil de dragon ! Odine serra les poings en repensant à ce qu'il avait dit et à quel point il était buté ! Marchander cet objet était peut être une chance pour eux de récupérer leurs amis et les dragons sans se battre ! Mais n'étant pas une guerrière, elle ne ressentait pas ce besoin de brandir une arme et de guerroyer pour récupérer ce à quoi elle tenait !
Voulant trouver le sommeil pour être en forme demain, elle inspira profondément puis elle essuya ses joues avant de s'éloigner un peu de l'entrée de la caverne. C'est la qu'elle vit Dagur assis sur le rebord de la falaise, le nez levé vers le ciel étoilé. Ce dernier, en entendant des bruits de pas derrière lui, tourna son regard vers Odine. Il les avait entendu se disputer mais il avait préféré rester là et ne pas s'en mêler.
- Vous vous êtes disputés, c'est ça ?
- Mouais. On peut dire ça.
- A propos de moi, je suppose ?
- Non. Plutôt à cause d'une divergence d'opinions, mêlé à de l'entêtement.
- Mmh. Désolé, Odine. J'admirais les étoiles. Tu veux te joindre à moi le temps que vous vous calmez ?
- Pourquoi pas. Accepta t-elle en haussant les épaules
Odine prit place à ses cotés et regarda à son tour le vaste ciel étoilé. Le ciel était sombre, sans nuages et un nombre incalculable d'étoiles scintillait avec grâce. De plus, l'air était agréablement frais, ce qui aida la sirène à se calmer.
- Depuis que j'ai échoué ici, j'ai pris l'habitude de regarder les étoiles avant d'aller dormir. C'est tellement reposant…
- J'avoue que c'est agréable et beau à regarder.
- Et c'est surtout amusant de relier les étoiles pour en faire des symboles !
- Des symboles ? Genre quoi ? Demanda Odine avec curiosité
- Tu vas voir. Tu vois cette étoile assez grosse, droit devant, avec trois petites étoiles juste en dessous ?
- Euh… Oui ?
- Et bien tu pars de celle-là et tu rejoins la plus grosse qui se trouve plus bas, à sa gauche, puis tu rejoins celle-là à droite, puis tu descends en suivant deux étoiles, tu rejoints encore une fois cet étoile à droite, tu redescends pour rejoindre celle-là, et au final, tu obtiens un éclair ! Marrant, non ?
- Je… Attends. Je pars de celle-là… Puis celle-là, et… Non désolée, j'arrive pas à visualiser l'éclair.
- Pas grave. Donne ta main. Demanda t-il en tendant la sienne
Odine lui donna sa main sans contester, mais Dagur formula une autre requête.
- Approche. Ce sera encore plus simple, tu verras.
D'abord hésitante et quelque peu surprise de cette demande, elle accepta quand même de le faire. Elle ne put quand même s'empêcher de rougir et d'être embarrassée quand elle fut très proche de Dagur et que sa joue fut collée à la sienne qui piquait légèrement. Dagur leva la main d'Odine qu'il tenait dans la sienne, s'arrangea pour que l'index d'Odine soit pile poil sur la première étoile, puis à travers leurs regards, il lui indiqua quelles étoiles il fallait rejoindre.
- Bon. Tu vois la plus grosse tout en haut ?
- Oui. Dit-elle d'un air concentré
- Alors tu rejoins celle-là… Puis celle-là… Puis celle-là… Celle-là… Et enfin celle-là. C'est bon ?
- Ah bah maintenant oui ! T'as raison, c'est marrant ! Ca fait un éclair ! Dit-elle avec épatement
- Je te l'avais dis que c'était marrant !
- En effet.
Odine continua d'observer le ciel mais progressivement, son regard et son sourire devinrent tristes.
- C'est drôle… J'ai souvent observé le ciel depuis que je vis seule. Et pourtant, pas une seule fois, je n'ai pensé à relier les étoiles entres elles. Je pense que c'est parce que je n'avais personne avec qui les observer et partager mes trouvailles.
Dagur l'écouta attentivement et ressentit de la peine pour elle. Dans sa voix, il pouvait ressentir et deviner la souffrance qu'elle avait du enduré à être seule pendant si longtemps. Odine afficha ensuite un sourire reconnaissant et se tourna vers Dagur.
- Merci de m'avoir fait découvrir ça, Dagur. Grâce à toi, je ne regarderais plus les étoiles de la même manière.
- Je suis content d'avoir partagé ça avec une amie. J'espère qu'on le refera ?
- J'en serais ravie.
- Merci, Odine. Allez ! A ton tour de trouver un symbole !
- Ok. Alors voyons voir… Mmh… Ah, j'en ai un !
- Ah ? Où ça ? Qu'est ce que ça représente ?
- Humph. Tu va dire que c'est bien un symbole de fille.
- Je te promets de ne pas me moquer.
- Ok. C'est un cœur.
- Ah ? Un cœur ? Où ?
- Part depuis cette étoile qui est juste là et essaye de le visualiser.
- Euh… Attends, c'est à partir de quelle étoile déjà ? Y'en a trop ! Dit-il en rigolant
- Attends, je vais t'aider. Dit-elle avec un petit rire
Elle prit à son tour sa main et colla sa joue contre la sienne, puis elle guida l'index de Dagur sur les différentes étoiles afin qu'il puisse visualiser le cœur. Une fois le symbole tracé, elle se détacha de lui, posa ses mains sur le sol et observa avec amusement la réaction de son ami.
- Bien trouvé, Odine. Dès le premier coup, tu trouve un beau symbole ! Bravo !
Elle lui rendit son sourire, puis ils continuèrent de regarder les étoiles. Mais à un moment, Dagur posa accidentellement sa main sur celle d'Odine. En voyant son air étonné quand elle posa son regard sur leurs mains, il s'empressa de la retirer et de s'excuser !
- Désolé, Odine ! Je l'ai pas fait exprès !
- Hé, c'est rien ! Je ne vais pas t'incendier pour si peu !
Devant son sourire et son regard empli de gentillesse, Dagur n'eut d'autre choix que de lui rendre son sourire avant de reporter son attention sur les étoiles. Cependant, une autre question lui brûlait les lèvres.
- Au fait, elle est très belle ta bague.
- Merci.
- C'est un cadeau de ton amoureux ?
- Non. Plutôt un héritage familial.
- Ah. Et désolé si j'ai posé une question indiscrète.
- Ce n'est rien.
- Tu as donc un petit ami ?
- Oui.
- Et comment ça se fait qu'il n'est pas avec vous ?
- Il est en mission pour son royaume. Dit-elle avec une certaine froideur
- Mmh ? A t'entendre, on dirait que ce n'est pas la joie entre vous.
- Disons que c'est compliqué.
- Ah. Je peux avoir la version courte ? A moins que tu ne veuille pas en parler.
- Ça me dérangerais pas de t'en parler, seulement je…
- Oui ?
- Nan, laisse tomber. Je ne suis pas d'humeur à parler de lui.
- Mmh. C'est à cause de lui que tu pleurais dans les bois ?
- …
- Ok, j'insiste pas. Et je suppose que tu ne veux pas non plus parler de ta dispute avec Harold ?
- Non plus. Je ne tiens pas à gâcher le bon moment que je viens de passer.
Dagur hocha la tête, mais il était intérieurement content de savoir qu'Odine venait de passer un bon moment avec lui.
- Cela dit… J'aurais une question à te poser.
- Je t'écoute ?
- Tu es bien le chef de la tribu des Parenvrilles ?
- En chair et en os ! Pourquoi ?
- Je voudrais te demander… Ce que ça fait d'être chef et de devoir gouverner un peuple. Comment c'est ? Est-ce que tu arrives à gérer ? Tu aime ça ? Ou est-ce que tu préfère ta vie de solitaire sans responsabilités ni contraintes ?
Étonné de toutes ces questions, Dagur accepta quand même d'y répondre avec sincérité, puisque apparemment, Odine semblait attendre des réponses sincères.
- Eh bien oui, j'aime diriger un peuple. C'est cool de pouvoir donner des ordres, de voir les gens t'obéir et avoir peur de toi quand tu leur hurle dessus ! Mais ça, c'était quand j'étais Dagur le dérangé. Vu qu'aujourd'hui, je suis un autre homme, je pense que je verrais mon statut de chef différemment.
- C'est-à-dire ?
- Pour être franc, j'étais un chef tyrannique et cruel qui n'hésitait pas à tuer ses hommes pour le plaisir, parce que quelqu'un m'a contrarié ou parce qu'ils faisaient mal leur boulot. Mais quand je regagnerais mon île, je ferais en sorte de repartir à zéro avec eux et de changer ce qui n'allait pas.
- Mmh, mmh… Fit Odine d'un air pensif
- Odine. Est-ce que toutes ces questions ont un rapport avec toi et ton petit copain ? Tu m'as dit qu'il était en mission pour son royaume. C'est qu'il doit être quelqu'un de très important, non ?
Touchée par son attention et sa gentillesse, Odine décida finalement de lui parler d'elle et de Tristan. Peut être qu'en parler à quelqu'un qui ne connait pas toute l'histoire serait plus facile.
- En effet. C'est le capitaine de la garde royale du royaume d'Atlantis. Le royaume d'où je viens.
- Whoua ! Dis donc, il en a des galons ton copain ! Répondit Dagur, impressionné. Et c'est quoi le souci avec lui ?
- Il se peut qu'un jour, il devienne roi, et que fatalement, je devienne reine.
- Bah ce serait une bonne chose non ? Je veux dire… Lui et votre peuple auront de la chance d'avoir une reine aussi gentille et formidable que toi à leurs cotés.
- Merci du compliment. Mais le hic, c'est que je ne veux pas être reine car je suis une exploratrice et une exclue du peuple à cause de mes différences, et je ne suis pas sure de savoir diriger un royaume. Et en plus, le peuple me méprise.
- Je vois. Bah je vais te dire une bonne chose. Je te connais depuis peu, mais je sais que tu es quelqu'un de bien. Je suis donc convaincu que tu seras une bonne reine. Ton mec le pense aussi, non ?
- Oui. Tout comme la reine, Harold et les dragonniers
- Tu vois ! Si tout le monde le crois, alors tu dois y croire. D'accord ?
- D'accord.
- Bien. Ensuite, tu dis que le peuple te méprise. Mais ils ne te méprisent pas tous quand même ! Si ?
- Non, il y en a qui m'aiment bien et qui me respectent.
- Alors il faut que tu tiennes compte de ça ! Ne pense plus aux autres. C'est que des gros bouffons ! Et puis dis-toi que quand tu seras reine, tu pourras intervenir pour te faire respecter et même changer des lois.
- Des lois ? T'es sérieux ?
- Yep ! Au fils des années, certaines lois sont changées contre d'autres lois plus ignobles ou plus justes. Le but des souverains est de façonner un monde à leur image. Un monde pacifique ou enclin au chaos. Mais comme tu es une bonne personne, je suis sure que ton règne sera fructueux, long et prospère.
Odine était sciée ! Changer des lois ? Pourquoi elle n'y avait pas pensé plus tôt ?! Si elle devenait reine, elle permettrait tout d'abord à ses amis de venir la voir aussi souvent qu'ils le voudraient ! Elle pourrait aussi créer une amitié et une alliance entre les deux mondes ! La traque des humains serait définitivement finie ! Elle libérerait sa marraine, Cleo et les bannis de leur bannissement et les autoriserait à revenir dans le royaume ! Elle pourrait certainement trouver du temps pour ses explorations ! Et plein d'autres choses ! Avec toutes ces possibilités qui s'offraient à elle, elle eut de nouveau le sourire et l'espoir ! Mais tout ça ne sera possible que si la reine ne la rejette pas ! Odine décida de ne pas rebroyer du noir à ce sujet et de croire que tout ce passera bien !
- A ce que je vois, je t'ai donné les réponses que tu attendais. Constata Dagur avec le sourire
- Tu as fait mieux que ça, Dagur. Tu m'as redonné espoir.
Elle posa sa main sur celle de Dagur et la serra affectueusement.
- Merci…
- Je t'en prie. Dit-il en serrant tendrement sa main
Ils restèrent la à se regarder et à se sourire, sans se lâcher la main et sans se douter qu'Harold les observait depuis l'entrée de la caverne. Il avait tout entendu et tout vu depuis le moment où ils s'étaient mis à parler de Tristan et de la souveraineté d'Odine. Harold était content que Dagur ai réussi à remonter le moral d'Odine et à lui redonner espoir, mais il aurait aimé que ce soit lui qui le fasse. Ce matin, il avait pourtant réussi. Serait-il jaloux de l'amitié et de la confiance entre ces deux-là ? Qui sait. C'était sans doute ridicule de ressentir ça. Fatigué, il fit demi-tour pour aller se coucher, quand il entendit un chant. Le chant d'une sirène ! Ça provenait de la plage où Harold et Odine ont débarqués. Rassuré de ne pas être le seul à l'avoir entendu, Harold s'approcha pour interroger Odine.
- Vous aussi vous l'entendez ?
- Oui, c'est bien le chant d'une sirène. Mais je ne sais pas de qui ça provient. Répondit-elle en regardant la plage d'un air intrigué
- C'est puissant quand même ! On l'entend d'ici ! Constata Dagur
- Je me demande qui ça peut être ? Se demanda Harold
- Probablement quelqu'un qui sait que nous sommes là. Mais à part ceux du village de Cleo, je ne vois pas qui d'autre. Allons voir. Viens, Dagur.
- Woh, woh, woh ! Et moi ? Je reste sur la touche, c'est ça ?
- Soit pas jaloux, Harold. C'est juste qu'à trois sur un Gronk, ça ne va pas le faire ! Surtout qu'en plus, ils volent assez lentement. Alors avec trois passagers… Expliqua calmement Odine
- C'est bon, j'ai compris. Je vais rester pour surveiller le camp. Soyez prudent, ok ? Céda Harold
- Toi aussi, mon frère. Dit-il en lui donnant une bourrade fraternelle sur l'épaule
Deux minutes plus tard, le duo s'envola sur le dos du Gronk. Harold les observa sévèrement du regard, poings serrés. Dés qu'ils furent loin, il retourna à l'intérieur pour aller chercher une arme, au cas où un imprévu fâcheux se présenterait. Il s'asseya donc près du feu et patienta, l'esprit en proie à diverses pensées, mais surtout des mauvaises.
oO*Oo
Dix minutes plus tard, Odine, Dagur et Ombretueur arrivèrent à la plage. Odine descendit la première et marcha vers l'océan dans l'espoir de trouver cette fameuse sirène. A ses yeux, il ne pouvait s'agir que de Cleo. Durant le trajet, elle avait mentalement comparé ce chant à toutes les voix féminines qu'elle connaissait, et Cleo était la seule qui correspondait ! Par précaution, Dagur resta à l'écart avec son dragon. On ne sait pas comment Ombretueur réagirait s'il voyait une femme poisson sortir de l'eau. Soit il reste sagement sur place, soit il lui court après dans l'espoir d'en faire son dessert !
- Cleo ? L'appela Odine. Cleo ! Si c'est toi, montre-toi !
Deux secondes plus tard, Cleo immergea sa tête de l'océan. Odine esquissa alors un sourire. Elle ne s'était pas trompée. Mais ce qu'elle se demanda maintenant, c'est pourquoi son amie se trouvait ici ? Mais en voyant la tête de Cleo, elle se doutait que quelque chose n'allait pas.
- Odine ? Ce… C'est bien toi ?! Demanda-t-elle avec des yeux ronds
- Bah oui, pourquoi ?
- Mais, tu… Tu as des jambes ! Et des vêtements !
- Euh…
Odine se mordit la lèvre. Elle avait oublié ce petit détail et se rappela qu'elle n'en avait pas encore parlé à son amie d'enfance, par faute de temps. Elle s'approcha un peu plus de l'eau afin de mieux discuter avec Cleo.
- C'est grâce à ce bracelet magique que je peux marcher sur terre. Dit-elle en lui montrant son bracelet.
- Ah. Et Harold ? Il… C'est un humain ?
- Oui. Je lui ai prêté mon pouvoir afin de lui sauver la vie.
- T'es amie avec des humains ?!
- C'est une longue histoire, Cleo. Il y a quelque mois, une personne qui me voulait du mal m'a imposé une vie sur terre. Tout ça par pure jalousie. Mais sache que sans Harold… Je serais morte depuis longtemps.
- Je vois… Et lui ? C'est qui ? Demanda t-elle discrètement en regardant Dagur
- C'est Dagur. Un ami. Et son dragon aussi en est un.
- Il est ami avec un dragon ?! Et toi aussi ?!
- Oui, mais ils ne te feront aucun mal. Je t'en donne ma parole. Maintenant, si tu pouvais me dire ce que tu fais ici ? Tout va bien ?
- Oui, rassure-toi. Si je suis là, c'est pour te proposer mon aide.
- Cleo. Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas que tu mêle de cette histoire ! Comme tu peux le constater, c'est assez compliqué et dangereux !
- Je ne veux pas te laisser affronter le danger toute seule ! Je ne veux pas te perdre encore une fois !
- Et moi je refuse que tu te mettes en danger ! Ecoute. Je te remercie de ton attention, mais tu n'as pas l'habitude des dragons et des vikings. Mais moi si ! Tu n'y survivrais pas et ta famille non plus ! Tu imagines leur peine si elles apprenaient ce qui t'était arrivé ? De plus, je ne me le pardonnerais pas. Alors rends-moi service : rentre chez toi et continue de veiller sur ta famille, d'accord ? De plus, je suppose que tu es partie sans en parler à Iris ?
- Bah en fait…
- J'en étais sure… Soupira Odine. Cleo. Pars vite avant qu'elle ne meurt d'inquiétude et qu'elle envoie tout le village à ta recherche, compris ?
- Compris… Mais une dernière question.
- Oui ?
- Tu aime vraiment ces gens au point de vouloir te battre pour eux et à leur cotés ?
- Oui. Je les aime de tout mon cœur et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour les sauver. Ils m'ont tout donné et accepté tel que je suis ! C'est ma famille et mes amis, et je refuse de les abandonner à leur sort.
- Ta famille et tes amis ? Je comprends… Dans ce cas, bonne chance à vous et sois prudente, promis ?
- Promis. Allez file et fait également attention à toi. Conclut-elle avec un sourire rassurant
Cleo hocha la tête et retourna dans l'océan rejoindre son village. Odine poussa un long soupir, soulagée d'avoir réussi à convaincre Cleo.
- Tout va bien ? Demanda Dagur alors qu'il s'était approché d'elle
- Ouais. Une amie assez bornée voulait m'aider à sauver nos amis, mais j'ai du refusé pour qu'elle ne se fasse pas tuer.
- Et elle l'a bien pris ?
- Peu importe. Si j'ai fait ça, c'était pour son bien. C'est le plus important.
- T'a raison. On rentre ?
- Ouais.
Dagur s'avança vers Ombretueur, mais Odine resta sur place, le regard fixé sur l'horizon et l'air extrêmement songeur. Mais pas dans la direction où se trouvait le village de Cleo, mais celle où se trouvait l'ile de Mala.
- Odine ? Ca va ?
- Ouais, je… Dagur ? C'est bien par là que ce trouve l'ile de Mala ? Demanda t-elle en pointant la direction du doigt
- Euh… Bah si je me fie à la carte d'Harold… Oui. C'est bien par là. Pourquoi ?
- Parce que je viens d'avoir une idée, mais je veux savoir si je peux te faire confiance ?
- Tu oses encore me poser la question ? S'étonna t-il. Bien sur que tu peux me faire confiance, Odine ! On est amis et coéquipiers. Alors dis-moi quelle est cette idée.
- Alors voilà. Je compte me rendre seule là-bas, afin d'espionner et récolter des infos pour la bataille de demain. Comme je suis une sirène et qu'ils ne le savent pas, je compte profiter de cet avantage.
- Mmh… Astucieux et audacieux ! J'aime ça !
- Merci.
- Et qu'est-ce que tu attends de moi, au juste ?
- Que tu reste ici pour veiller sur Harold et pour l'empêcher de me suivre. Je sais qu'il ne sera pas d'accord mais je n'ai pas le choix. Je refuse qu'on part se battre à l'aveuglette !
- Ce n'est pas bête. Moi je veux bien exécuter ton plan, mais t'a conscience qu'il va être furieux, qu'il va nous en vouloir et qu'il fera tout pour te retrouver ?
- Je sais. Mais comme t'est plus fort que lui, fait ce qu'il faut pour qu'il reste dans cette grotte. Quitte à l'assommer.
- Tu me fais confiance à ce point ?
- Oui. Dit-elle avec une grande franchise
- Whoua… Bah dans ce cas, fonce. Je me charge d'Harold et je te jure qu'il ne lui arrivera rien, à part une petite bosse sur la tête au cas où il fait sa tête de mouton.
- Merci, Dagur. Je fais vite. Mais d'abord, tu peux te retourner ?
- Pourquoi ? Tu… Oh. Pas de soucis.
Dagur se retourna et demanda à son dragon de faire pareil, ce qui amusa Odine. Elle se hâta d'ôter ses vêtements et informa Dagur qu'elle avait terminé. Il se retourna et attrapa la pile de fringues et les bottes qu'Odine lui tendait.
- Je te les confie. Prends-en soin, ok ?
- Pas de problèmes. Au fait ? Je lui parle de ton plan ou pas ? Parce qu'il va surement me poser des questions !
- Si ça peut l'aider à se calmer en attendant mon retour, oui.
- Ça marche. Bonne chance, Odine.
- A toi aussi.
Elle adressa également un sourire au Gronk, puis courut vers l'océan et y plongea. Une fois qu'elle fut partie, Dagur se pinça les lèvres, appréhendant la suite pour son amie, mais aussi pour lui. Harold allait être fou de rage et inquiet, et Dagur allait devoir tout faire pour respecter sa promesse.
- Prêt pour nous faire incendier, mon pote ? Demanda t-il avec une pointe d'humour
Le dragon grogna amicalement, ce qui semblait indiquer qu'il était prêt à subir le courroux du chef des dragonniers. Ils se mirent donc en route avec une certaine appréhension, du moins pour Dagur. Une fois de retour au campement, Dagur inspira profondément et entra avec son dragon. Il s'attendait à ce qu'Harold les attend, mais heureusement pur lui, Harold avait fini par s'endormir, sa main encore agrippé à la poignée de sa dague. Le fait qu'il dorme offrit un sursis à Dagur mais également à la jeune sirène. Avec un peu de chance, elle sera revenue avant qu'Harold ne se réveille et aucun des deux n'aurait à subir sa colère. Du moins pas avant l'aube. Il demanda discrètement à Ombretueur d'aller se coucher en silence, ce que le dragon fit sur la pointe des pattes. Dagur fit de même, mais par précaution, il garda les affaires d'Odine qu'il planqua sous sa couverture. Si Harold pouvait éviter de les voir à l'endroit où leur amie devait dormir, et ailleurs que sur elle, ça causerait moins de soucis. Il s'allongea puis ferma les yeux, tout en priant pour qu'Odine leurs revienne saine et sauve.
oO*Oo
Odine nageait aussi vite que possible et regardait toujours droit devant elle. Elle était bien décidée à aller jusqu'au bout de son plan. Elle s'en fichait des futures remontrances d'Harold et elle n'était même pas inquiète de le savoir seul en compagnie de Dagur. Après tout, ils l'avaient été durant leur entrainement et Dagur n'as pas fait de coups tordus. Et Odine avait encore vu qu'il était sincère dans ses paroles et ses promesses.
Elle mit toutes ses pensées et ses préoccupations de coté pour se focaliser uniquement sur sa mission. De ce fait, elle arriva deux heures plus tard aux abords de l'île de Mala. Immergeant seulement la tête de l'eau, elle regarda attentivement tout autour d'elle. La première chose qu'elle constata, c'est que l'île et ses alentours étaient très calmes et intacts, ce qui signifie que leur dragon mangeur de lave à pu retourner sur leur île, et qu'il est toujours là.
Elle remarqua ensuite que les cinq bateaux qu'elle avait vu la veille étaient là, amarrés pas loin de l'île. Viggo devait forcément être à bord de l'un deux, tout comme les dragons. Elle replongea et nagea jusqu'aux bateaux. L'avantage d'être une sirène, c'est que personne ne pouvait la voir ni l'entendre ! Si elle s'était approchée des navires par la voie des airs, les chasseurs l'auraient surement repérée vu qu'un silence planait à bord des navires. Viggo et Ryker ont du interdire à leur hommes de faire la fête pour célébrer leur victoire. Et les deux frères Grimborn s'attendaient surement à ce qu'Harold riposte cette nuit.
Une fois proche des navires, elle chercha du regard celui qui semblait être le navire de Viggo. Mais difficile à dire puisqu'ils se ressemblent tous ! Et dans l'obscurité, c'est encore moins évident de les différencier ! Mais après quelques secondes, elle décida de grimper à bord de celui qui était le plus éloigné de tous. Elle inspira profondément pour se donner du courage, se changea en humaine et escalada la coque jusqu'à ce qu'elle arrive sur le pont. Son arrivée attira l'attention de tous les chasseurs présents sur le pont.
- Messieurs, bonsoir. Les salua t-elle poliment tout en remettant calmement sa chevelure trempée derrière ses épaules
Par pur réflexe, et ce malgré le fait qu'une jolie fille débarque sur leur navire, ils brandirent leurs arcs et leurs flèches à la racine de dragons droit sur elle, et se permirent de faire des commentaires pas très discrets.
- C'est qui ? On la connait pas !
- C'est un démon ?
- Non, une sirène !
- Une sirène ça a une queue de poisson, crétin ! Pas des jambes !
- Alors c'est une sorcière !
- Ou pire ! Une déesse de l'océan !
- Peu importe ! Tuons-la !
Odine resta calme et ne s'empêcha pas de lever les yeux au ciel devant tant d'âneries.
- Bon. Quand vous aurez fini de jacasser, l'un de vous pourrait-il avoir l'obligeance de faire venir Viggo Grimborn ?
- Pourquoi tu veux le voir ?
- Parce que je suis sure et certaine qu'il sera intéressé de ce que j'ai à dire et à proposer. Dit-elle avec un sourire en coin
Le garde demanda à un de ses confrères d'aller prévenir Viggo. Odine ne s'était donc pas trompée. Viggo était bien sur ce navire. En attendant que leur chef arrive, Odine demeura calme et patiente, même si les chasseurs continuaient de la menacer avec leurs flèches. Cinq minutes plus tard, la porte de la cabine s'ouvrit et Viggo fit enfin son apparition, suivi du messager. Odine demeura toujours confiante et non effrayée par la présence de cet homme au visage mutilé.
- Bonsoir, Viggo.
Surpris qu'elle le connaisse, Viggo la regarda de la tête au pied et haussa tout de même un sourcil quand il vit l'accoutrement de la jeune fille. Il ne l'avait jamais vu et elle ne ressemblait en rien à la plupart de ses adversaires. Elle n'avait pas l'air d'une viking, alors qui était-elle ?
- Qui es-tu ? Lui demanda t-il d'un ton très poli
- Je m'appelle Odine.
- Odine ? Mmh… Pardonne-moi, mais ton visage m'est inconnu. Aurais-tu la gentillesse de me dire plus que ton nom ?
- Bien sur. Je suis celle qui a permis à Harold Haddock de s'échapper de la rive des dragons. Déclara t-elle fièrement
Pour Viggo, cette annonce fut comme un coup de poignard en plein cœur ! Sa colère refit aussitôt surface, même s'il s'adressa calmement à son interlocutrice.
- Aaah, c'est donc toi la fameuse jeune fille qui a fait échouer mon plan ?
- Tout à fait.
- Et par quel miracle as-tu réussi à échapper aux hommes de la reine Mala ?
- J'y répondrais, mais d'abord… Pouvons-nous nous asseoir pour mieux discuter ?
- Bien entendu. Messieurs ?
Deux chasseurs apportèrent deux caisses en bois afin que Viggo et Odine puissent s'y asseoir. Viggo invita la jeune fille à s'asseoir en premier, ce qu'elle fit. Pendant que Viggo s'asseya, elle exprima une autre requête.
- Et euh… Serait-il possible d'avoir une couverture ? Le fond de l'air est assez frais, ce soir.
Viggo hocha la tête et ordonna à l'un de ses hommes d'aller chercher une couverture. Le chasseur ne traîna pas et donna une couverture à Odine qui le remercia avant de la mettre sur ses épaules.
- Merci à vous aussi. Dit-elle en adressant un sourire à Viggo.
- Je vous en prie. Maintenant, dites moi comment vous vous êtes enfuis de la rive ? Vous n'avez pas l'air d'un dragonnier, et encore moins d'une viking.
- Tout simplement parce que je suis une sirène.
- Une sirène ? Intéressant... Ce qui explique pas mal de choses. Bien. Maintenant que je sais qui vous êtes et ce que vous êtes, dites moi ce qui vous amène sur mon navire et à cette heure. Une tentative de suicide, peut-être ?
- Loin de moi l'envie de mourir aujourd'hui. Non, si je suis venue, c'est pour négocier et avoir des informations sur mes amis et leurs dragons. Rien de plus.
- Mmh… Négocier. Est-ce Harold qui vous envoie ?
- Non. Je suis venue seule et sans qu'il le sache. S'il l'avait su, ça aurait posé des problèmes et contrarié mon plan.
Viggo esquissa un sourire assez satisfait.
- Votre franchise et votre audace m'impressionnent, ma chère. Tout comme votre courage et votre calme.
- Merci.
- Je vous écoute. Que voulez-vous donc négocier ? Même si je préfère vous prévenir que je ne suis pas d'humeur à négocier quoi que ce soit avec une étrangère, une ennemie et une odieuse créature des mers. Ajouta t-il avec un mauvais petit sourire
- J'en suis consciente. Acquiesça t-elle, sans se montrer vexée de l'insulte. Mais si je vous dis que je suis la seule à savoir où se trouve l'œil de dragon, seriez-vous prêt à changer d'avis ? Proposa-t-elle avec un grand sourire
Viggo cessa alors de sourire et retrouva immédiatement son sérieux. Odine était contente. Elle venait de toucher un point sensible !
- C'est vous qui l'avez ?
- Oui. Harold m'a demandé de le mettre à l'abri et c'est ce que j'ai fait.
- Et où est-il ?
- Actuellement, il est à l'abri dans les profondeurs de l'océan. Donc voila ce que je vous propose. Je me fiche de cet objet. Il n'a aucune valeur à mes yeux. Tout ce qui m'importe, c'est la vie de mes amis et de leurs dragons. Donc, en échange de leur libération, je vous rends l'objet que vous chérissez le plus au monde, avec un petit bonus qui devrait vous plaire.
- Ah vraiment ? Et quel genre de bonus ?
Odine esquissa alors un petit sourire victorieux.
- Je savais que ça vous intéresserait. Voyez-vous… Dans mon monde, je suis une exploratrice et une collectionneuse. Et durant une partie de ma vie, j'ai amassé pas mal de richesses venant de votre monde, mais qui ont malheureusement sombrées en même temps que les navires qui les transportées. Et je parle bien sûr de pierres précieuses, perles, pièces d'or et bijoux. Et comme j'ai cru comprendre que vous étiez un homme d'affaire qui ne s'occupe que du commerce et qui déteste perdre ses profits, je suis prête à vous offrir une somme de l'ordre de… Dites-moi ? Simple curiosité, vous comptiez vendre les dragons de mes camarades, n'est ce pas ?
- En effet.
- Mmh, mmh… Et à combien s'élèverais le prix de départ pour le Furie Nocturne ?
- 3000 pièces d'or.
- C'est une somme très importante, je dois le reconnaître. Dit-elle en hochant la tête. Et si vous arrivez à vendre tous les dragons de mes amis, quel quantité d'or espéreriez vous amassez, mmh ? 5000 ? 7000 ? 10000 peut être ?
- Odine. Bien que je commence à apprécier de vous entendre parler finance avec une belle maîtrise du sujet, venez en vite au fait, je vous prie. Conseilla t-il gentiment
- Très bien. Si vous acceptez ma proposition, je vous offre une somme de l'ordre de dix Furie Nocturne et vous l'apporterai demain matin.
Les gardes furent surpris d'entendre Odine proposer une telle somme avec un sang froid exemplaire ! 30000 pièces d'or, c'était une somme monstrueusement impressionnante ! Odine attendit patiemment que Viggo lui réponde. Elle nota qu'il l'avait attentivement écouté et qu'il avait l'air intéressé de son offre. Le léger haussement de sourcil qu'il a manifesté quand elle lui a proposé cette somme incroyable en était la preuve ! Elle nota également que discuter avec lui n'était pas quelque chose de désagréable. Ses mots savants et son ton poli étaient très agréables à écouter.
- C'est une offre très généreuse et très alléchante, je dois le reconnaître. Et que de ce fait, je serais gagnant. Et permettez-moi de vous dire, que vous savez vous exprimer et exposer vos requêtes de manière convaincante.
- Dois-je comprendre que vous acceptez mon offre ?
- Eh bien… Avant de vous donner une réponse, je dois encore vous demander quelque chose.
- Je vous écoute ?
- Qui me prouve que je peux vous faire confiance et que tout ça n'est pas un piège ? Après tout, les sirènes sont des êtres aussi fourbes que les vikings.
- Je l'admets. Mais si vous, vous êtes un homme d'affaire qui ne se préoccupe que du commerce, sachez que moi, je ne suis pas une guerrière aguerrie comme Astrid ou Ingrid. Je ne pense qu'à la paix et au bien-être de mes compagnons. Et puis honnêtement, qu'aurais-je à gagner à vous mentir ? Et jusqu'à preuve du contraire, je ne vous ais pas attaqué et vos navires n'ont souffert d'aucune attaque alors que ça doit faire plus de dix minutes que nous parlons.
- Très juste. Donc si je résume bien… Vous comptez me rendre l'œil de dragon et une généreuse somme d'argent, en échange de vos amis et de leurs dragons.
- Oui. Et je tiens à préciser que je veux qu'ils soient tous en vies et en un seul morceau quand nous procéderont à l'échange.
- Cela va de soit, ma chère. Eh bien dans ce cas… Je ne vois pas ce qui m'empêcherait d'accepter.
- Marché conclu, alors ? Dit-elle tout en lui tendant la main
Viggo fixa Odine droit dans les yeux, puis il esquissa un sourire et empoigna la main de la sirène.
- Je dois avouer qu'il est plus simple de faire affaire avec vous qu'avec ce cher Harold. Son entêtement lui a souvent joué des tours et ça continuera tant qu'il demeurera obstiné. Il devrait prendre exemple sur vous, Odine.
- Merci du compliment. Et bien dans ce cas, je vais y aller. La route est longue jusqu'à chez moi et je veux avoir le temps de réunir la somme et de la transporter jusqu'ici.
- Il vaut mieux en effet. Car je tiens à vous prévenir que si vous me trahissez…
Il empoigna gentiment la gorge d'Odine et l'approcha de son visage mutilé pour la forcer à le regarder droit dans les yeux. Toute personne se trouvant dans sa situation serait morte de trouille, mais pas elle. Aussi curieux que ça puisse paraître, Odine n'avait pas peur de Viggo. Était-ce du courage ou de l'inconscience ? Nul ne saurait le dire. Mais pour jouer le jeu, Odine laissa apparaître une once de peur dans le regard.
- Je serais très tenté de me lancer dans le commerce de sirène. A l'égal du Furie Nocturne, beaucoup de gens seraient prêts à payer très cher pour avoir une jolie sirène dans un bocal. Après les crânes de dragons sur les murs, les aquariums risquent de devenir une nouvelle mode dans tout l'archipel.
- J'ai saisi le message…
- Bien. Maintenant, partez.
- Puis-je vous demander une dernière faveur ? Demanda t-elle en se massant la gorge
- Laissez-moi deviner. Vous voudriez que je vous mène à vos amis pour que vous soyez assurée qu'ils sont en vie et entier ?
- Je vois qu'on peut rien vous cacher. On ne m'a pas menti. Vous êtes vraiment intelligent et rusé.
- Ravi de savoir qu'on dit ça de moi, en plus de mentionner les horreurs que j'ai commises dans ma vie. Sachez malheureusement que les dragonniers ne se trouvent pas en ma possession, mais en celle de la reine Mala, qui habite sur l'île juste derrière nous.
Odine tourna le regard vers l'île et la fixa avec une légère inquiétude.
- Quand à leurs dragons, ils sont ici, sur mon navire. Mais contrairement à leurs dragonniers, je peux vous assurer qu'ils vont bien. Juste attachés et muselés.
- Je veux les voir...
Elle tourna son regard vers Viggo.
- S'il vous plait.
Dans son regard vert clair, il y avait une lueur d'espoir face à laquelle aucun homme ne pourrait résister. Ce fut le cas pour Viggo qui esquissa un sourire après quelques secondes de silence.
- Comment refuser quand c'est demandé si gentiment ? Venez, suivez-moi.
- Merci… Dit-elle avec un sourire
Elle se laissa donc guider par Viggo vers les cales du navire. Deux gardes les suivirent par mesure de précaution. Odine demeurait toujours aussi calme, ce qui pourrait paraître assez inquiétant. Elle était tout de même dans le camp de l'ennemi et face à Viggo en personne ! Pour être si calme et si confiante, c'est qu'elle devait vraiment savoir ce qu'elle faisait ! Comme promis, Viggo l'emmena voir les dragons et la jeune sirène fit alors la rencontre de Ryker, qui était chargé de veiller sur les dragons. En entendant du bruit dans l'escalier, il avait froncé le regard et s'était mis au pied de l'escalier, épée à la main. Son regard demeura indifférent quand il vit son jeune frère descendre, mais quand son regard sombre se posa sur Odine, il montra aussitôt de la méfiance.
- Qui est-ce ?
- Une amie des dragonniers, mon frère. Mais rassure-toi. Pour l'heure, elle est notre invitée.
Ryker grogna en guise de réponse, puis rangea son épée, mais il ne lâcha pas pour autant Odine du regard. Odine croisa son regard toujours empli de haine et de méfiance, et comme pour Viggo, elle ne montra aucun signe de peur, ni même d'arrogance. C'était donc lui Ryker ? Lui et Viggo ne se ressemblaient pas tant que ça, à part au niveau du visage et du regard. Pareil en ce qui concernait Ingrid et Dagur. A part le même vert dans leurs regards, ils ne se ressemblaient pas tant que ça.
Elle tourna ensuite son regard vers ce qu'elle souhaitait voir, et elle fut heureuse et soulagée de voir qu'ils étaient tous là et en vie, même s'ils étaient muselés et beaucoup trop enchaînés. C'est à peine s'ils pouvaient bouger dans leur cage en métal vert ! Les autres dragons étaient en train de dormir, mais Krokmou fut le seul à s'être réveillé. Quand il vit Viggo et Ryker qui le regardaient avec un mauvais sourire en coin, il les fixa avec un regard meurtrier et il trouva encore la force de grogner. Mais quand il aperçu Odine qui se trouvait juste derrière Viggo, ses pupilles se dilatèrent et il se mit à grogner de joie !
- Krokmou ! S'exclama t-elle
Par réflexe, elle voulut le rejoindre pour le rassurer, mais Ryker l'attrapa par le bras et plaqua la lame de son épée sous sa gorge. Mais au lieu de paniquer, elle resta calme et s'adressa à Ryker d'un air blasé, sous le regard attentif de Viggo.
- Sérieux ? Vous êtes vraiment sur de vouloir me trancher la gorge alors que je suis la seule qui puisse vous ramener l'œil de dragon ?
- Hein ? C'est quoi encore que cette histoire ? S'étonna le colosse
- Viggo se fera une joie de tout vous raconter. Mais pour l'heure, je vous conseille vivement de me lâcher. Je ne suis peut être pas une grande guerrière, mais j'ai assez de force pour vous faire mal au point de vous faire pleurer et supplier votre maman de venir prendre soin de vous. Conseilla t-elle froidement
Ryker grogna en montrant les dents, tandis que Viggo émit un petit ricanement. Il commençait à apprécier de plus en plus le caractère et l'audace de la jeune sirène. Faire preuve de courage et d'audace face à lui, c'était déjà impressionnant, mais face à Ryker, ça l'était encore plus !
- Relâche-la, mon frère. Ordonna calmement Viggo
- Tu es sur ?
Face au regard insistant de son frère, Ryker lâcha Odine et rangea son arme, tandis qu'Odine remettait dignement la couverture sur ses épaules. Elle croisa ensuite le regard de Viggo et hocha la tête pour le remercier. Mais ce à quoi elle ne s'attendait pas, c'est que Viggo s'écarte pour la laisser s'approcher des dragons ! Son regard vacilla entre lui et Krokmou, puis en voyant que Viggo insistait du regard pour qu'elle aille le voir, elle céda avec un sourire reconnaissant avant de courir vers Krokmou. Ryker n'était pas très emballé de laisser cette fille s'approcher des dragons, mais son frère le rassura avec un simple sourire. A genoux sur le plancher, Odine passa la main à travers les barreaux pour caresser la tête du dragon.
- Krokmou…
Le furie apprécia les caresses de son amie et ronronna de bien être. Pour la remercier et lui montrer à quel point il était content de la voir, il lui lécha affectueusement le bras. Odine se mit à rire, tandis que ses yeux se mirent à briller.
- Hihi, ça chatouille… Moi aussi, je suis contente de te revoir… Mais ne t'en fait pas. Votre calvaire s'achèvera demain, je te le promets. Tout ce que je vous demande en attendant, c'est d'être patients et ne pas provoquer vos geôliers. Tu veux bien faire ça ?
Tant bien que mal, Krokmou hocha la tête tout en ronronnant tristement. A travers son regard, Odine devina l'inquiétude majeure du dragon et se hâta de le rassurer avec un sourire et des caresses.
- Rassure-toi, Krokmou. Harold va très bien. Il est en sécurité.
- Il est temps pour vous d'y aller, Odine. Ma générosité à des limites. L'informa gentiment Viggo
- J'arrive. A demain, Krokmou…
Elle lui donna une dernière caresse et un dernier sourire, et reçu une dernière léchouille en retour. Elle se leva et essuya le coin de ses yeux, puis elle retourna sur le pont en compagnie de Viggo et des deux gardes.
- Je vous remercie, Viggo. C'est agréable de constater qu'un ennemi est capable de respecter sa parole.
- Je vous en prie, Odine. J'espère également que vous tiendrez la votre ? Après tout, la vie de vos amis ne dépend que de vous, désormais.
- Je sais. J'ai donné ma parole et je m'y engage à la respecter dès maintenant.
- Bien. Sur ce, je ne vous retarde pas.
Odine lui rendit alors la couverture et grimpa sur le rebord du navire. Elle tourna ensuite le regard vers le royaume d'Atlantis plutôt que dans la direction où se trouvait l'île de Dagur, au cas où Viggo aurait décidé de la trahir et de la suivre. Puis elle plongea gracieusement sous le regard médusés et ébahis des gardes. Certains n'avaient même pas pu résister à l'envie de s'approcher du rebord pour voir Odine sous sa forme de sirène, et ils eurent de la chance car elle avait décidé de faire un bond à la surface pour leur prouver qu'elle en était bien une. De ce fait, ils étaient encore plus médusés ! De son coté, Viggo l'avait regardée plonger avec un sourire qui s'était rapidement transformé en un mauvais sourire en coin. Mains dans le dos, il regarda tranquillement le paisible et vaste océan, tandis que Ryker avait décidé de le rejoindre sur le pont. En le voyant, les gardes retournèrent aussitôt à leur poste, et en silence.
- Que veux-tu, mon frère ?
- Elle est partie ?
- Oui. A l'instant.
- Ah ? Et comment ? Je ne vois aucun dragon dans les airs. Constata t-il en regardant le ciel
- Tout simplement parce que c'est une sirène.
- Hein ? Une sirène ?! Tu plaisante, j'espère ?
- Bien que ce soit difficile à croire qu'elle en soit une, crois tu que je suis d'humeur à plaisanter sur de telles choses ?
- Non. Bon. Maintenant qu'elle est partie, tu peux m'expliquer ce qu'une alliée des dragonniers est venue faire ici, et pourquoi tu l'as laissée s'approcher des dragons ?
- Elle est venue négocier la vie des dragons et de leurs dragonniers contre l'œil de dragons et une somme s'élevant à 30000 pièces d'or.
- 30000 ?! Mais… Comment peut-elle être en possession d'une telle somme ?! Même toi, tu n'en possède pas autant ! S'étonna Ryker
- D'après ses dires, c'est une exploratrice qui collectionne depuis des années les richesses viking perdues en mer. Et comme la vie de ses amis est ce qui compte le plus à ses yeux, elle est prête à nous offrir cette somme et le trésor de notre tribu en échange.
- Je vois. On a affaire à une grande sentimentale. Et je suppose que tu as accepté son offre ?
- C'est ce que je lui ai volontairement fait croire. Tu devrais savoir que je ne négocie JAMAIS avec mes ennemis jurés, Ryker. Et pour répondre à ton autre question, si j'ai accepté qu'elle voie les dragons, c'est pour lui donner de l'espoir, dont je me ferais une joie de le lui soustraire.
- Mmh, mmh. Et tu ne te dis pas qu'elle pourrait envisager que tu la trahisses ?
- Elle ne me connait qu'à travers les histoires que ses amis lui ont dites sur moi. Elle n'est pas aussi expérimentée que ses amis, ce qui en fait une proie facile. Elle pense m'avoir touché et convaincue avec ses belles paroles, son courage et son audace, ce qui en un sens est vrai, mais c'est mal me connaitre. Depuis l'incident, je ne fais confiance qu'à très peu de gens, Ryker. Tu devrais le savoir mieux que quiconque.
- Je sais. On fait quoi alors ?
- On la laisse suivre son plan tout en lui faisant croire qu'on respectera notre parole. Tout comme notre chère Mala.
- Compris. Pff… Négocier avec des adorateurs, et maintenant des sirènes… J'aurais tout vu ! Grommela t-il alors qu'il retournait à son poste
Viggo esquissa un sourire amusé et continua de regarder l'horizon durant un court instant, avant de retourner à sa cabine prendre du repos.
oO*Oo
Si tout le monde croyait qu'Odine était repartie vers le royaume d'Atlantis pour respecter sa parole, il n'en était rien ! Sachant pertinemment qu'on ne pouvait faire confiance à Viggo et se doutant qu'il n'hésiterait pas lui mentir et à la trahir, Odine s'était arrangée pour faire demi tour et aller se cacher du coté de la proue, sans que personne ne la remarque, ni l'entende ! Elle avait donc assisté à la conversation entre les deux frères et n'en avait pas perdue une seule miette. Elle s'était même permise de sourire en constatant qu'elle ne s'était pas trompée à leur sujet, mais également face au fait qu'ils ont gobé toute son histoire et ses attentions ! Ils étaient tombés dans son piège et Odine devait reconnaître que c'était assez jouissif ! Elle savait tout ce qu'elle voulait savoir, en plus de savoir que Viggo comptait trahir la reine des ailes. Cette information pourrait être un argument de taille en faveurs des dragonniers ! S'ils se rangeaient du coté de la reine, elle pourrait ordonner leur libération ! Elle se hâta donc de rejoindre discrètement Harold et Dagur pour leur faire part de ses découvertes. Mais elle espérait surtout que tout se soit bien passé entre ces deux là…
