Pour les examens, Rufus avait demandé à organiser ses épreuves de BUSE et d'ASPIC respectivement en premier et en dernier pour pouvoir assister aux évaluations des autres disciplines. Il s'était installé dans un coin de la Grande Salle et regardait élève après élève. Malgré ce qu'il avait pu observer de leurs esprits, certains démontrèrent une adresse pour une matière qu'il n'aurait pas soupçonné. Il prit aussi scrupuleusement note de la façon de procéder de chacun de ses collègues.

Pendant tous les examens personne ne prêta vraiment attention à ce professeur assis à même le sol et au chien qui faisait semblant de dormir à ses côtés. Souvent les élèves avaient plusieurs catégorie-types de professeur en tête, des cases dans lesquelles ils essayaient de les ranger. Bien qu'ils aient, pour la plupart d'entre eux, commencé par le ranger parmi les « psychopathes », leur avis avait rapidement changé pour s'orienter vers un « sérieux tranquille », mais depuis Noël, où il avait changé sa garde-robe, il était passé dans les « atypiques, un peu fou, les curiosités … » enfin bref, il était bizarre.

La base de tous ses vêtements était toujours noire mais beaucoup de motifs avaient été brodés dessus. Dans le dos de chacune de ses robes, on retrouvait un portrait individuel ou collectif d'elfes de maison et une inscription, parfois même une mise en scène. Sur ses chaussettes et sur les manches et pans de ses robes, ses petits amis s'étaient contentés de lignes courbes et de symboles décoratifs.

L'habit que Rufus préférait était son pyjama. D'abord parce que c'est le premier qu'il avait jamais eu et puis parce qu'il portait le visage de chacun des elfes de Poudlard et sur le ventre ils avaient brodé Nostro en train de dormir en boule. Rufus pouvait perdre un temps fou à se regarder dans le miroir de sa salle de bain, portant sa tenue de nuit.

Plus aucun elfe de maison ne dormait à côté des cuisines, ils avaient tous migré dans la chambre de Rufus, qui ne parvenait pas à se lasser de leur compagnie. Pendant la journée ou durant la nuit, il arrivait que Nostro s'éclipse. Il ne partait jamais bien longtemps mais il lui arrivait parfois de disparaître pendant un jour entier ou deux. Rufus ne s'inquiétait pas, comme si son ami l'avait prévenu de son départ. Pourtant il se sentait toujours soulagé en voyant reparaître la silhouette du chien.

Les élèves n'y faisaient même plus attention. Comme la plupart du temps il marchait juste à côté de Rufus et qu'il ne cherchait aucune forme d'interaction, les élèves l'associaient au professeur. Il arrivait que beaucoup ne remarque sa présence que lorsqu'il se promenait seul sinon ils ne le voyaient même plus. Nostro se complaisait dans cette situation alors Rufus n'interférait en rien.

En un an Rufus avait trouvé une place à Poudlard. Il lui arrivait encore de douter de ses capacités de professeur mais son ambition l'empêchait d'abandonner. Il deviendrait meilleur que Severus Rogue même si cela devait lui prendre une vie entière. Parfois il se réveillait le matin en ayant l'impression d'effleurer bientôt son rêve et d'autres fois il se sentait envahi par une vague de désespoir tant son objectif lui semblait lointain.

Durant les examens il n'observait pas uniquement les épreuves en elles-même mais aussi l'état d'esprit dans lequel était professeur et élèves. Au cours de l'année tous ceux qu'il croisait dans les couloirs avait appris à fermer leurs esprits, ou tout du moins à se surveiller. Rufus n'entendait souvent plus que des murmures lorsqu'ils passaient à côté de lui. Mais aujourd'hui le stress et la concentration faisait oublier toute occulumentie à la majorité d'entre eux.

En les entendant réciter leur cours dans leur tête ou bien spéculer sur le sujet qui allait leur être donné pour ces épreuves pratiques, Rufus souriait. Il voyait précisément quand leurs appréhensions embrumaient leurs savoirs. Il fut aussi impressionné par le calme de certain. Albus Potter et Scorpius Malefoy, par exemple, transpiraient la confiance en eux rien que dans leurs attitudes. Et ils avaient complètement raisons puisqu'aux yeux de Rufus ils réussirent brillamment les épreuves qui leur furent proposées.

Depuis qu'il avait réussi à mieux reconnaître les élèves, ce un peu avant qu'Albus ne vienne le voir pour les filtres d'amour, il s'était intéressé à ces deux jeunes hommes. Il était souvent dit d'eux que leur rêve était de devenir les plus puissants sorciers du monde. Il savait de source sûre que Scorpius souhaitait devenir médicomage puisqu'il était venu lui demander conseil et Albus ne cachait pas son désir ardent de liberté totale.

Bien sûr d'autres élèves avaient attiré son attention mais même le plus brillant des serdaigles n'était pas aussi intelligent que Albus. Il avait un charisme plus magnétique que tous les gryffondors et travaillait plus dur que n'importe quel pouffsouffle. Et pourtant il avait été envoyé serpentard. Sûrment parce que son ambition n'a aucun égal.

Peut-être s'intéressait-il tant à lui aussi parce qu'il ne parvenait pas à le cerner. Il ressentait la même chose avec une élève de serdaigle, apparemment partenaire d'Albus en défense contre les forces du mal, du nom de Sviet. Rufus n'aurait pas vraiment su qualifier ce qui le dérangeait chez ces jeunes gens. Ils étaient hors norme pour leur âge, cela leur accordait un point commun avec Rufus et pourtant …

Nostro, lui, ne sentait rien de particulier chez ces 5ème année. Il avait des sens bien plus aiguisés que ceux de Rufus. Ce dernier avait donc commencer à se demander s'il ne jugeait pas simplement Albus à l'aune de son paternel. Il eut tellement honte que ce soit effectivement le cas qu'il se reconcentra sur une évaluation objective du jeune homme. C'était un élève extraordinaire, avec un objectif peut-être même plus élevé que tous ceux qui lui avait précédé. Se pouvait-il qu'ils soient simplement trop similaire l'un à l'autre ?

Lorsque toutes les épreuves furent terminées, Rufus retourna aux cachots. Ses appartements lui parurent un havre de paix. Dans son salon une petite troupe d'elfes de maison s'était installée en cercle devant l'âtre crépitant. Certains discutaient d'autres jouaient à un jeu que Rufus n'avait toujours pas compris, à base de pièces de bois irrégulières où comptait et la forme et le nombre de traits ou de points incisés sur la face. Il s'installa avec eux par terre mais s'endormit très rapidement sans s'en rendre compte.


Quand Rufus ouvrit les yeux le lendemain matin, il était dans son lit entouré de dizaines d'elfes de maison. Il n'osa tout d'abord pas bouger, de peur de les réveiller. Nostro n'était pas là. Il se concentra et sentit que la plupart des élèves était en train de se diriger vers la Grande Salle. Rufus se décida à essayer de sortir du lit. Il s'y prit étape par étape, ne bougeant qu'un membre à la fois pour ne pas déranger les elfes. Il eut besoin de presque un quart d'heure pour parvenir à ses fins.

Il dut rester vigilant sur le chemin de la salle de bain car certains elfes s'installaient à même le sol. Il se changea en silence sans même fermer la porte et quitta la chambre avec la même précaution dans les pas qu'à l'aller. Ce n'est qu'une fois dehors qu'il put enfin souffler. Il remonta les escaliers jusqu'à la Grande Salle. Il sentait que l'ambiance était totalement différente des autres jours et a fortiori de ces dernières semaines.

La plus grande partie des élèves allait partir via le Poudlard Express dans la soirée. Il était étonné de voir que tous les jeunes n'étaient pas dans le parc, certains profitaient encore de leur lieu favori : la bibliothèque, le terrain de Quidditch, Rufus eut même droit à quelques visites dans les cachots. Tout le monde était souriant malgré la tristesse qu'il sentait parfois dans les esprits.

Au déclin du jour Rufus remonta le flux des élèves pour aller à la bibliothèque. C'est par la fenêtre de celle-ci qu'il regarda la longue file humaine s'éloigner. Le jeune maître de potions se sentait à la fois soulagé et déjà nostalgique de sa première année. Il avait vécu tant de choses qu'il n'aurait jamais cru possible. Il s'était saigné pour transmettre au mieux, il était éreinté, lessivé mais heureux.

- Je savais que je te trouvais ici.

Rufus se détourna du cortège pour accueillir Ariana qui venait prendre place à côté de lui.

- C'est ici que tu étais à la rentrée.

- J'ai l'impression que c'était hier.

Ariana passa un bras autour des épaules de Rufus et l'attira contre elle. Elle était toujours tellement à l'aise et amicale. C'était une des rares personnes dont Rufus aurait voulu connaître les pensées. Que se cachait-il derrière ces yeux si bleus ?

- On est content de les voir partir, n'est-ce pas ? Et pourtant ils vont nous manquer.

Rufus ne put qu'acquiescer. Il aimait quand elle disait haut ce que lui pensait. Elle l'explicitait simplement même si ce n'était pas logique. Elle savait lui faire ressentir qu'il n'était pas tout seul. C'est une des choses qu'il aimait énormément chez elle. Ils restèrent devant la fenêtre jusqu'à ce que la nuit soit tombée. Rufus savourait la sensation d'avoir trouvé quelqu'un d'aussi patient que lui. Ils entendirent la porte s'ouvrir derrière eux pour découvrir Nostro.

- Non merci. Je n'ai pas très faim.

- Tu as tort Rufus, c'est très important de manger. Je ne t'ai pas vu non plus ce midi.

Il aurait peut-être pu résister à Ariana mais il vit son ami faire demi-tour et sortir simplement pour ne pas avouer qu'il était d'accord avec elle. C'est ça qui le fit plier. Rufus suivit le chien jusqu'à la salle à manger mais une fois au seuil de la Grande Salle, il bifurqua pour s'éloigner dans l'ombre.

- Tu seras chez nous ce soir ?

La question de Rufus résonna dans le couloir mais ce dernier parut tout de même satisfait et rejoignit Rubeus et Firenze à la table. Ils discutèrent chaleureusement jusqu'à tard dans la nuit et lorsque Rufus rentra enfin dans ses appartements. Nostro était assis près du feu. Il lui sourit et ce soir-là s'endormit le plus proche possible du chien. Il était tellement bien qu'il ne se réveilla qu'à midi le lendemain. Nostro était toujours là.

Après avoir mangé un peu, il remarqua Ariana allongée sous un arbre dans le parc. Il la rejoignit et s'assit à ses côtés. Elle n'ouvrit même pas les yeux mais ses lèvres se fendirent en un léger sourire. Rufus ne s'allongea pas tout de suite. Il observa d'abord ce qui les entourait. Le parc était magnifique quand il baignait dans le soleil. C'était l'endroit idéal pour se détendre.

Ariana s'était installée assez loin du château pour ne pas subir les réverbérations de chaleur et assez près de la forêt interdite pour bénéficier de la brise fraîche qui s'en échappait parfois. Rufus était hypnotisé par la vue du château. Il avait vu des reproductions de Poudlard avant la Bataille. Ils avaient tout reconstruit à l'identique mais la teinte des pierres qui étaient tombées durant le conflit était légèrement plus claire que les autres. Ils avaient volontairement choisi de laisser Poudlard porter ces cicatrices.

Tout était si paisible que Rufus peinait à imaginer les carnages passés. Sous la végétation luxuriante de ce beau jour, il aurait été si facile de dire que rien n'était arrivé. Mais c'eut été une insulte à tous ceux qui étaient tombés et à tous ceux qui étaient restés pour reconstruire. Rufus soupira, las de lui-même.

Il s'allongea à côté d'Ariana, ne se concentrant plus que sur les sons. Le moindre bruit lui était une mélodie, la mélodie du silence. Il percevait la respiration profonde d'Ariana, se cala sur elle inconsciemment et entra dans une sorte de demi-sommeil sans rêve simplement bercé par les bruits qui les entouraient.

Soudain Rufus ouvrit les yeux. Quelque chose dans ses sens de légilimencien l'avait éveillé mais cela restait trop subtil pour qu'il sache quoi exactement. Mais quand il regarda autour d'eux, il vit un patronus, un aigle, voler en s'éloignant vers la forêt interdite.

De la lisière du bois émergea un centaure. Elle avait une robe très claire et sa longue tresse était parsemée de plumes. Elle paraissait âgée mais transpirait la bienveillance. Ariana, qui s'était elle aussi réveillée, se leva pour l'accueillir.

- Kwëlane !


Je le dis tout le temps mais c'est parce que c'est important : merci d'être encore là. Les reviews sont importantes aussi pour que je sache ce que vous en pensez, et ce, même si ce n'est pas positif !