Hi minna !
Désolée de vous avoir fait patienter tout ce temps ! Pas taper pliz ! *.*
Je m'étais mise à écrire ce chapitre pour actualiser un peu cette fic, en juillet, mais je l'avais laissé à moitié fini, je suis revenue sur le site tout à l'heure et j'ai vu vos commentaires. Ils m'ont tellement touché que je me suis motivée à finir ce chapitre pour vous ! Merci du fond du coeur pour vos gentils mots, c'est vraiment touchant de ne pas avoir renoncé, c'est vraiment motivant !
J'espère que ce chapitre vous plaira ! Merci à vous !
9.
La soirée
- Inside the walls of gold, outside of happiness
It's all been a show, too late to confess
No room for heart and soul
No room for innocence,
Innocence !
Les écouteurs de Séraphine vissés dans les oreilles, Audrey, enflammée, entamait le refrain de Top of the world en dansant dans la chambre, amusant ses amis et effrayant son chat.
Depuis que Séraphine avait trouvé les mots pour réveiller l'emphase légendaire de son amie, qu'on croyait définitivement éteinte à la suite du départ d'Undertaker, la brune faisait preuve d'un enthousiasme constant, que les mots grinçants des employés de la LP Corp ne parvenaient plus à faire vaciller.
Ce soir-là, elle avait ouvert d'un coup l'armoire poussiéreuse où ils avaient stocké leurs portables, mp3 et ordinateurs et, sans écouter les vagues protestations de ses amis, les avait encouragé à s'en servir. "Mettez de la musique, jouez à Candy crush ou checkez vos blogs, c'est vous qui voyez ! Allez-y, mes cocos, c'est ce soir ou jamais !", s'était-elle contentée de leur enjoindre joyeusement.
- Qu'est-ce qui lui prend, encore ?, sourit Bard tandis qu'elle tourbillonnaire, faisant fuir Dominos à l'autre bout de la salle.
- Va savoir.
Comme si elle les avait entendu, Audrey ôta un écouteur et leur adressa un sourire impatient :
- C'est Halloween, ce soir !
- Et alors ?, s'étonna Séraphine. Tu ne crois quand même pas que l'autre bande de rabats-joie va se mettre à nous acheter des bonbons, non ?
- On s'les achètera nous-mêmes, j'ai reçu mon argent de poche à l'avance, balaya Audrey. Ce que je veux dire, c'est qu'on va pouvoir se raconter des histoires d'horreur et regarder l'Armée des Morts !
- D-des histoires d'horreurs ?, bégaya Lââm.
- Exact, et un film de zombies ! Celui-là est plutôt soft, j'aurais bien aimé regarder The tournament ou Le labyrinthe de Pan mais t'es un peu jeune. Ah, et j'aurais aimé revoir l'Orphelinat, mais apparemment je suis la seule à qui il plaît en général...
- Je te rappelle que le couvre-feu est à vingt-et-une heures, dit Séraphine en soutenant Lââm, qui tremblait comme une feuille. Nous n'avons pas le droit d'aller au-delà, et nous n'aurons pas le temps avant.
-Rhooooo, Séraaaaaa, qui est-ce qui m'a incitée à l'anarchie il y a deux semaines, déjà ?, s'enquit Audrey en faisant mine de réfléchir.
- Je ne t'ai pas incité à l'anarchie mais à la lutte ! Si on les pousse à bout avec des méthodes aussi grossières et ostensibles, ils nous vireront !
- Pas vus, pas pris, ma Séra. On tâchera d'être discrets. En plus, ça m'étonnerait qu'ils soient prêts à dépenser un centime pour payer les frais de notre renvoi.
Pour ne plus entendre d'objections, elle remit l'écouteur dans son oreille et reprit sa danse.
- Vous pensez qu'ils vont nous organiser quelque chose ?, s'enquit Séraphine sans la moindre conviction tandis que son amie se trémoussait.
- Aucune chance, soupira Bard.
- On peut toujours rêver...
- Quand je pense aux soirées Halloween qu'on passait avec monsieur Michaelis les autres années, soupira Finny.
- Pitié, ne rends pas les choses plus difficiles...
Mais le jeune homme, tout à sa mélancolie, avait déjà commencé son énumération.
- On taillait les citrouilles, bien sûr, et on faisait les décorations nous-mêmes, on organisait des karaokés de chansons sur le thème, on faisait la tournée des bonbons déguisés... Cela dit, Grell et Undertaker n'avaient pas réellement besoin de costumes pour faire peur. Ni Aloïs... Quand on était motivés, il y a avait même des jeux de rôle grandeur nature, post-apocalyptiques la majeure partie du temps. Sans oublier les histoires d'horreur et les quelques traditions anglaises... Oh, et on n'oubliait jamais la Guy Fawkes Night.
- Finny, stop, murmura Séraphine.
- Ah, pardon...
- Ai-je entendu le mot "costume" ?
Audrey émergea une fois encore de sa musique, une étincelle d'enthousiasme inquiétante brillant dans ses yeux noisettes.
- Euh, oui, on discutait des traditions de...
- J'allais justement vous en parler ! Et si on se déguisait toute la journée pour emmerder les autres blaireaux ?
- Tu avais dit qu'on serait "discrets", la sermonna Séra.
- Ouais mais non en fait, sourit la brune.
Elle avait dans le regard un début de nouvelle résolution qu'on ne pouvait faire flancher en cette période, ce qui inquiéta considérablement ses amis
- Audrey, ce serait mesquin, dit May Linn.
- Parce que ce qu'ils ont fait à Aloïs et aux autres, ça ne l'était pas, peut-être ?
- Eh bien...
- Allez, May Lounette ! On fait ça pour Ciel, et Lizzy, et Aloïs !
- Hm...
- Pour monsieur Spears, monsieur Sutcliff et Undertaker !
- Oui, mais...
- Pour monsieur Soma et monsieur Aghni !
- Écoute...
- Pour monsieur Michaelis ?
- Ils sont où les costumes ?!
Audrey rit et ouvrit son armoire. Il en tomba en pluie des tas de costumes, allant du simple masque à la panoplie complète.
- Servez-vous !, s'exclama-t-elle en écartant les bras.
- Audrey ?, marmonna Séraphine, estomaquée, en contemplant la pile formée par les accoutrements. D... D'où tu sors ça ?
- Undertaker me les a apportés de chez moi au début de l'année, répondit Audrey sans changer de pose ni quitter son sourire. Ils viennent de ma valise spéciale Halloween.
- Une valise spéciale Halloween... ?
- Ben oui ! Chaque fête est annuelle, il ne faut pas rater l'ambiance d'une d'elle, ça fait de mauvaise souvenirs pour l'année suivante. Après, on se retrouve triste et nostalgique pour rien et on ne fait plus la fête.
- C'est pour ça que j'ai trouvé des guirlandes dans mon armoire !, dit Lââm, comme éclairée d'un mystère.
- Tu as quoi ?!
- Il me manquait de la place, fit la brune en haussant les épaules. Ces armoires sont vachement étroites. Bon, alors, vous attendez quoi ?
Passée la première surprise, les enfants se précipitèrent sur les accoutrements. C'est vrai qu'il est toujours agréable de respecter les vieilles traditions qui ont bercé notre enfance.
En moins d'une demi-heure, tous avaient trouvé et enfilé un vêtement à leur goût : May Linn abordait une imitation de la tenue de Blair de Soul Eater, un peu plus longue. Audrey avait même le chapeau du personnage, trouvé dans une convention, et Lââm avait réussi à boucler les cheveux de la soubrette pour qu'ils ressemblent à ceux du personnage.
Finny s'était trouvé quelque chose de plus sobre, mais qui lui plaisait déjà énormément. Un costard-cravate noir avec une chemise blanche. Une longue cape sombre et deux fausses canines courbées et pointues faisaient de lui un parfait vampire.
Lââm s'était maquillée et vêtue pour ressembler à une de ces enfants flippantes de film d'horreur. Le résultat était très réussi et, même en plein jour, elle donnait des sueurs froides à ses amis.
Bard, pour faire simple, avait coiffé un masque issu de Doubt. Après quelques temps à hésiter, il avait choisi la tenue d'Eiji plutôt que celle d'Hajime, bien qu'il y ait un trou dans le blouson low-cost qu'Audrey avait trouvé.
Séraphine avait cru ne jamais trouver de costume jusqu'à ce qu'Audrey lui désigne une panoplie de Mikasa, qui lui avait coûté la peau des fesses à la Japan Expo, et que l'intellectuelle s'empressa de vêtir, en bonne fan de Shingeki no Kyojn.
Enfin, Audrey avait hésité quelques temps entre tous ses costumes, pour enfin faire comme les années précédentes, et enfiler sa saharienne, quelques pansements, ses google et son faux tempusfugitron, pour de nouveau se mettre dans la peau du Visiteur du Futur.
- Here we go, dit-elle en frappant son poing contre sa paume.
- QU'EST-CE C'EST QUE CES TENUES ?, explosa littéralement Claire. Ce n'est pas mardi gras, que je sache !
- Nan, mais c'est Halloween, sourit niaisement Audrey.
- Allez vous changer immédiatement !
Les six amis n'avaient pas eu le temps de faire une seule heure de cours. À peine avaient-ils posé l'orteil dans la salle de classe de Gilbert que ce dernier, les ayant aperçu, était allé avertir sa patronne après deux ou trois évanouissements outrés.
- Madame, réagit Lââm le plus sérieusement du monde, ne vous en déplaise, chez nous, en Angleterre, Halloween est une fête commémorative. Nous rendons hommages à nos morts en abordant une fois par an ce genre de tenues. Elles peuvent vous sembler saugrenues, mais il en va de nos coutumes les plus ancestrales.
Ses cinq amis demeurèrent bouche bée face au speech assuré de la gamine. Son discours semblait très convaincant, mais Claire n'était pas dupe.
- Ne vous moquez pas de moi, jeune fille, ce sont des cosplays et non des tenues traditionnelles. Allez immédiatement vous changer.
Ils acquiescèrent, résignés. Leur petite fête était définitivement mal partie.
- N'oubliez pas qu'on organise un bal pour Halloween ce soir. Tâchez d'être présentables. Et votre présence est obligatoire !, précisa-t-elle en voyant Audrey murmurer quelque chose à l'oreille de Lââm.
La brune lâcha un juron qui aurait fait rougir monsieur Michaelis.
- Très jolies robes, les filles, marmonna Bard lorsque Séra, May Linn et Lââm arrivèrent près du gymnase, qui avait été réaménagé en salle de bal pour l'occasion.
Dix-neuf heures trente. Les trois amies venaient juste de surgir des portes à double battant qui menaient aux escaliers du bâtiment A.
Comme promis, elles étaient élégantes : Lââm portait une robe rose et May Linn une blanche, bouffante, qu'elles avaient trouvé quelque part dans l'école. Séraphine elle avait choisi une robe noire à la ceinture et aux manches-gant d'ivoire. Ses cheveux relevés et la légère touche de maquillage qu'elle avait ajouté mettaient un comble à son élégance, et soulignaient ses charmes grandioses et exotiques.
Finny avait récupéré le smoking qu'il avait pris, en enlevant les fausses canines et la cape pour que ce soit correct, et Bard avait dégoté une queue de pie blanche très chic assortie à un pantalon sombre.
- Où est Audrey ?
- Elle ne viendra sans doute pas, dit Séraphine en haussant les épaules. Ça n'avait pas l'air de la botter, et elle n'aime pas vraiment les robes ou ce qui y ressemble.
- Mais elle va être punie...
- Bof, tu sais elle s'en fiche, du moment qu'elle peut avoir la paix un moment...
- Détrompe-toi cocotte, j'abandonne pas mes amis à une fête aussi pourrave !
D'un même réflexe ils se retournèrent pour apercevoir Audrey.
La jeune fille abordait un fier sourire et une tenue... Audreyèsque.
Elle avait enfilé une chemise blanche dont les manches lui arrivaient au bout des doigts. La tunique noire qu'elle portait par-dessus était cousue de sorte à ce que ses épaules semblent carrées. Son pantalon, sombre et ample, lui arrivait aux chevilles, et ses pieds étaient chaussés de souliers vernis, noirs aussi, sous lesquels elle ne portait pas de chaussettes.
La seule chose qui l'efféminait un tant soit peu était ses cheveux, qu'elle avait lavé et soigneusement coiffé. Elle était même allée jusqu'à nouer une de ses mèches folles en tressé, ce qui ne lui allait pas si mal.
Si cette tenue excentrique était encore passable, le détail qui n'allait pas était dans ses bras, en train de ronronner paisiblement. Elle avait poussé la provoc' jusqu'à inviter Dominos à la fête, mais vu l'effort qu'elle avait fait pour venir, même les membres de la LP Corp ne devraient pas lui remonter les bretelles sur ce détail.
Séraphine ne put retenir un sourire, impressionnée par l'audace de sa meilleure amie.
- Cool, ta tenue !, apprécia Finny.
- Ouais, j'ai mis des mois à en trouver une du genre. Beaucoup de mes comédiens préférés en portent des pareils pendant leurs shows, dit fièrement la brune en le laissant admirer.
- Audrey, sans robe tu te mets dans la mouise..., avertir Bard.
- Pfff, les filles qui doivent porter des robes c'est trop stéréotypé.
- Ah moi personnellement je m'en fous, c'est les autres rabats-joie que ça va faire tiquer.
- Bah on n'aura qu'à dire que j'ai fait ça pour équilibrer. Si on suit leur logique, deux garçons pour quatre filles, ça ne va pas du tout, alors... (Elle reposa Dominos à terre et s'inclina cérémonieusement devant May Linn, Séraphine et Lââm) mesdames, ce soir, je suis votre homme.
- Quelle charmeuse vous faites, lady Man !, fit Lââm en singeant les gloussements flattés des dames.
- Bon, allez, finies les bêtises, dit Séraphine en souriant. Allons plutôt voir ce que notre bande d'affreux nous a concocté.
Rien de si terrible, au final. La grande salle était ornée de décorations d'Halloween dignes des dessins qui ornent les maternelles. Un vieux poste de radio, dans un coin de la salle, crachotait les douces notes de "La lettre à Élise", qui dans ce contexte mettait en place une atmosphère inquiétante. L'effet recherché, peut-être. Le buffet, constitué de bols de bonbons et de quelques boissons en sous-marque, était sur une longue table alignée contre le mur au bout de la pièce. Les portes étaient ouvertes sur le balcon qui était, en cette nuit d'automne, plongé dans la lumière réconfortante des réverbères.
Les adultes n'étaient pas là. Il n'y avait que Kévin, assigné aux portes, au cas où un petit malin (en l'occurrence une petite maligne) veuille filer en douce avant la fin du "bal".
- Tu reste là jusqu'à l'heure du dîner.
- Mais-euh...
Le jeune homme lui adressa une grimace avant de s'absorber de nouveau dans la contemplation de son téléphone portable ultra branché. Renonçant à ses plans d'évasion, Audrey alla se gaver de bonbons à l'autre bout de la salle. Les autres avaient poliment entamé la danse, même si la mélodie dérégler leur donnait la chair de poule. Lââm dansait avec Finny et May Linn avec Bard.
Avisant soudain Séraphine qui, appuyée sur la balustrade du balcon, observait le ciel nocturne, la brune alla la rejoindre, un plein bol de bonbons à la main.
- T'en veux ?, offrit-elle en le tendant à son amie.
- Non, merci.
- Tu danse pas ?
- J'ai pas vraiment envie...
- Heureusement, merci, je crois qu'avec ces savates j'aurais trébuché toutes les deux secondes. J'ai pas encore pigé le truc pour valser avec ça. Faudrait que je demande à monsieur Mic...
Elle s'interrompit, consciente d'avoir fait une bourde, mais Séraphine ne réagit pas, bien que son expression morose trahisse qu'elle avait relevé. Audrey laissa son bol au sol et s'appuya à son tour contre la balustrade, tête posée sur ses bras croisés. Elle se mit à chantonner doucement :
- Who can say where the road goes
Where the day flows,
Only time
And who can say if your love grows
As your heart chose,
Only time
- Tu sais, reprit-elle au bout d'un certain temps, je sais que je ne devrais pas me laisser aller à des moments de faiblesse, mais c'est de plus en plus dur. Les autres me manquent. Vraiment.
- À moi aussi, dit Séra.
Elle ôta les manches longues qui accompagnaient sa robe pour lui montrer les nouvelles striures et entailles qui courraient sur la peau de son avant-bras.
- Oh, Séra..., soupira Audrey, tu devrais pas faire ça. Ça va pas les faire revenir...
- Et toi ?, riposta son amie
- De quoi ?
- Tu n'écris plus, tu essaie de faire comme si ça allait bien quand tu es avec nous et une fois seule tu es constamment rivée dans tes pensées, tu passe ton temps à grignoter et tu mange plus aux bonnes heures, du coup tu as maigri... C'est comme ça que tu es quand tu es déprimée. Ah, et tu te ronge encore les ongles.
Audrey baissa les yeux vers ses mains. Même quelques lambeaux de peau y étaient passé, mais ce n'était pas si visible que ça.
- Jolie déduction, Sherlock, sourit-elle. Très observatrice.
- Je m'inquiète, c'est tout. Alors ?
- Alors ? Quand je suis contrariée, je mange, et mon état d'esprit s'adapte pas trop aux horaires des repas (remarque ça m'arrange vu la bouffe qu'on a en ce moment). Sinon, quand je n'ai pas d'inspiration, j'écris pas, et je veux pas vous embêter avec ma morosité, on est tous dans le même bateau glauque et rouillé qui crache des petits nuages de fumée.
- Mouais...
- Cela dit, oui, l'accusée plaide coupable, ils me manquent et je pense à eux. C'est normal. Mais toi tu te fais du mal inutilement.
- C'est machinal.
Elles replongèrent dans leur profond mutisme. Elle auraient bien voulu, l'une comme l'autre, se confier leurs peurs, leurs espoirs et leurs envies, comme au bon vieux temps. Mais ce n'était ni l'endroit ni le moment de faire preuve de faiblesse.
- Bon !, s'exclama Audrey en s'étirant, je file, moi. Les bals moyenâgeux à deux balles, je m'en passe !
- Comment tu vas faire pour sortir ?, s'enquit Séra.
- J'ai fait du théâtre, je te rappelle.
Elle cacha le bol de bonbons sous sa tunique et partit en vacillant légèrement vers la porte.
- Qu'est-ce qu'il y a, encore ?, s'impatienta Kévin en la voyant revenir.
- Je suis un peu fatiguée, souffla-t-elle d'une voix à peine plus élevée qu'un murmure, en se frottant l'œil. Est-ce que je peux aller me coucher ?
- Mais... Et le dîner ?
- Oh... J'ai pas très faim...
- Ah, euh, ok, mais tu vas direct au dortoir hein ? Tu traines pas...
Elle acquiesça et partit. Elle s'accorda un petit sourire en passant le portes à double battant. Heureusement qu'ils avaient mis cet idiot en tant que videur, parce que n'importe lequel des autres sadiques l'aurait vue s'empiffrer au buffet et l'aurait condamné à un repas interminable avec des gueules longues comme le bras et un loooooooooooooooong silence. Elle se sentait coupable d'avoir laissé ses potes dans ce pétrin, mais déjà, pour elle, être venue représentait un sacrifice à l'héroïsme digne de tous les voyages d'Ulysse.
Séraphine était toujours à ses étoiles. Le ciel était particulièrement dégagé et pur, ce soir-là. C'étaient les nuits comme ça qui la plongeaient irrémédiablement dans une profonde mélancolie.
Le ciel s'étendait devant elle, égal à un immense refuge dans lequel elle finissait toujours par s'immerger. Ce firmament glacial, si lointain, était pour elle d'une douceur infinie, tendre au regard, beau et protecteur.
Mais si sombre ! D'un noir abyssal... Mais pas oppressant. Au contraire, même. Il était rassurant, bienveillant. Cette couleur n'avait rien de mauvais pour elle. C'était celle de la paix. Du sommeil. Du calme, du repos. Et malgré tout ce qu'on pouvait en dire, le noir était pour elle une couleur familière, un vieil ami qu'elle aimait sincèrement.
Et, irrémédiablement, chaque nuit, quand elle contemplait l'obscurité de ces abysses célestes, elle se remémorait ce jour reculé où elle avait croisé un regard tout aussi ténébreux. Un regard dans lequel elle s'était abîmée, envahie par le désespoir et la terreur. Un regard qui l'avait immédiatement apaisé.
Séraphine secoua la tête : elle ne devait pas ressasser ces vieilles histoires. De toute manière, elle n'en conservait qu'un souvenir vague. Sans doute à cause des antibiotiques.
Ses réflexions, l'heure tardive et la journée éreintante qu'elle avait eu finirent par avoir raison de sa vitalité, et elle commença à voir les étoiles tourner devant elle.
