John et le lieutenant Fusco ouvraient maintenant la marche, P90 en avant. Damian et moi les suivions. Nous descendions les escaliers et découvrîmes que nous étions dans une maison résidentielle. L'escalier débouchait vers l'arrière de la maison, car nous pouvions apercevoir, sur notre droite, la porte vitrée donnant sur le jardin privé. Alors que Damian venait de poser en dernier le pied sur le sol du rez-de-chaussée, une ouverture de porte nous mit en garde. Damian et moi nous cachâmes dans un coin près de l'escalier, sur recommandation de l'index de John. Fusco se plaça sur notre droite pour surveiller le couloir perpendiculaire au haut de l'escalier et également l'entrée arrière. John resta sur notre gauche, du côté de l'extrémité basse de l'escalier. Quelques secondes passèrent dans un silence pesant. Notre respiration et des bruits de pas étaient les seuls sons qui faisaient affront à ce vide. Jusqu'ici, nous avions eu de la chance. Durerait-elle encore ou la roue tournerait-elle à notre désavantage ?

Tout à coup, John braqua son P90 sur une femme noire. Au lieu de tirs, j'entendis des exclamations de surprise, inaugurées par la femme.

-John ! Bon sang, j'ai failli vous descendre !

-Ravi que vous ne l'ayez pas fait, Carter.

Voilà donc l'autre membre de l'équipe de John. De la police, elle aussi, comme l'attestait la plaque qu'elle avait accrochée à sa ceinture.

Fusco s'était à présent détourné de sa surveillance pour saluer Carter.

-C'est pas trop tôt !

-Il n'y a vraiment pas de quoi…

Carter se mit à tapoter l'intérieur de son oreille droite et à parler toute seule.

-Je les ai trouvés, Finch. Tout va bien, vous pouvez entrer.

Apparemment, toute l'équipe de John était sur les lieux. Face à un John stupéfait, Carter expliqua :

-Finch s'est dit qu'un peu de renfort ne ferait pas de mal.

Des pas se firent entendre. Quelques instants plus tard, le dénommé Finch se découvrit. Je m'étais attendue à un homme avec le même gabarit que John. Ou sans être une copie conforme, avoir plus le physique d'un sportif que celui d'un homme de taille moyenne en costume taillé sur mesure, portant des lunettes et, surprise, claudiquant. Sûrement était-il l'homme de l'ombre, apportant le soutien logistique aux équipes évoluant sur le terrain. Finch portait une sacoche en cuir marron foncé, assortie d'une bandoulière qui reposait sur son épaule droite. Je me demandai ce que pouvait contenir ce sac. Les salutations de Finch me sortirent de ma réflexion.

-Ravi de vous revoir sains et saufs, messieurs dames.

Voyant que Damian et moi dévisagions Finch et Carter, John nous les présenta :

-Jordana, Damian, voici Harold Finch et le lieutenant Joss Carter. Finch et Carter, voici Damian Bellowes et Jordana…

John hésita, s'apercevant qu'il ne connaissait pas mon patronyme. Ce fut le lieutenant Carter qui le donna.

-Mulkaney.

Devant l'étonnement général, elle sortit un portefeuille de sa poche et s'adressa à moi :

-Je pense que ceci vous revient de droit, mademoiselle Mulkaney.

Je retrouvai avec soulagement mon portefeuille. En réalité, je n'y avais plus pensé depuis mon réveil dans la pièce à l'étage, mais le revoir intact m'avait fait réaliser toute la complexité administrative à laquelle j'échapperai pour obtenir de nouveaux documents officiels. Après avoir remercié le lieutenant, je vérifiai qu'il était complet. C'était le cas. Entretemps, Carter retraça les évènements qui l'avait conduite jusqu'à nous.

-Je suis allée au dernier endroit où vous étiez avant que Finch ne perde votre signal. Vos ravisseurs n'avaient laissé aucune trace dans cet appartement, mais j'ai eu la chance de tomber sur un SDF qui avait trouvé vos affaires en fouillant les poubelles.

Carter faisait référence à nos appareils de communication, mon portefeuille et mon iPod qu'elle me remit.

-Comment se fait-il que cette maison soit vide et que vous soyez seuls ? demanda-t-elle.

John répondit :

-Ils sont partis et nous ont laissés avec deux d'entre eux. Ils devaient nous éliminer, mais comme vous pouvez le constater, nous avons pu nous en sortir…

-Les deux gu gus sont à l'étage… précisa Lionel. Ah, et Isabelle Bellowes est leur complice.

Finch hocha la tête, imperturbable face à ce retournement de situation, et conclut :

-C'est comme ça qu'ils ont pu vous prendre…

Damian intervint dans la conversation à ce moment-là.

-S'il vous plaît, il faut que je sauve ma fille !

Devant le regard interrogateur de Carter, John fit le topo des derniers évènements.

-Isabelle Bellowes et ses complices sont partis en emmenant leur fille.

-S'ils sont partis, où sont-ils allés ? questionna Carter.

Fusco prit la relève des réponses.

-On trouvera peut-être quelque chose dans les enveloppes que Dean a données à nos deux zygotos…

Carter regarda Fusco. Elle devait se demander de quoi il pouvait bien parler.