Notes : Enfin ! J'ai cru que je n'allais jamais réussir à publier ce chapitre. Mais pour fêter le nouvel an, et parce que j'ai pris un sacré retard, j'ai décidé de le poster dès maintenant. Tout d'abord, je tiens à m'excuser de mon retard. Les évènements de ces derniers temps n'étaient pas propices à ce que mon imagination se développe...Allez, hop ! Une cure de vitamines, et on est repartis. Entre temps, j'ai trouvé de nombreuses idées à propos de la suite, de la trèèès lointaine suite que je vais m'efforcer de rendre intéressante. Soyez au rendez-vous ! ;)
PS: Melior, Lunastrelle et tous ceux qui m'ont laissé des review et encouragée...Merci. Beaucoup.
Bonne lecture!
Emprisonnement
« La souffrance de l'emprisonnementréside dans le fait que l'on ne peut, à aucun moment, s'évader de soi-même. »
Abe Kobo
Extrait de La face d'un autre
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-PoV Isyl-
Les soldats nous conduisirent à travers une enfilade de couloirs. Reeve et eux faisaient preuve d'un mutisme absolu, ce qui ne me rassurait guère. Le regard peiné que le premier m'avait lancé quelques minutes plus tôt m'avait fait l'effet d'une douche glacée. Nous nous sommes plusieurs fois rencontrés durant ces quatre années, et aujourd'hui encore, je le considère comme un homme de confiance digne de diriger la W.R.O. Je savais qu'il m'appréciait et nous était reconnaissant des efforts que nous avons fourni durant la guerre contre Deepground.
Mais à cet instant, je compris qu'il tenait Sephiroth et moi pour responsables des attaques nocturnes et du vol des disquettes. J'essayais de ne pas imaginer à quel point la découverte du jeune homme était grave, et lorsque que je réalisai sa portée, une vague de panique me submergea. J'échangeai un regard avec Sephiroth ; devions-nous combattre et nous échapper ? Pour toute réponse, il secoua la tête et baissa les yeux. Lui non plus ne savait pas où toute cette histoire allait nous mener.
Et Vincent qui restait obstinément muet… Avait-il des ennuis, lui aussi ? Il n'y avait aucune autre explication ; il ne nous aurait jamais trahis. Surtout pas après nous avoir révélé la vérité sur sa paternité ! Vincent a été l'une des premières personnes à accepter le fait que Sephiroth ait survécu à leur dernière bataille. Pourquoi nous vendrait-il à la W.R.O ?
Je fermai les yeux et chassai de mon esprit ces pensées insipides. J'avais honte de mes soupçons sur la sincérité et l'honnêteté de Vincent. Je me laissai donc entraîner vers ce qui allait certainement devenir notre prison. Il devait bien y avoir un moyen de se tirer de ce mauvais pas… Si seulement nous pouvions entamer une discussion avec Reeve… Mais son calme impassible ne me disait rien qui vaille. Il menait la marche et nous tournait le dos, néanmoins, je devinai que notre « trahison » l'avait plus touché qu'il le laissait paraître. Etrange expérience que de voir cet homme trentenaire et rompu aux aléas de la vie manifester une déception telle que l'on percevait presque son aura autour de lui !
Je n'osai plus regarder Sephiroth. Si j'avais réagi plus tôt, nous aurions retenu Genesis et Reeve aurait alors su qui était le vrai coupable du meurtre de ses soldats. Le jeune homme ne pouvait pas se battre contre son vieil ami ; il m'était impossible de l'en blâmer car à sa place, j'aurais fait la même chose. Comment aurais-je pu me battre contre Hatsue, par exemple ?
Cependant, j'aurais dû défier Genesis. Même s'il paraissait aguerri et aussi bien entraîné que n'importe lequel d'entre nous, il m'aurait été aisé de le vaincre. J'aurais au moins pu le retenir quelques instant ; voir même libérer mes pouvoirs de Séraphins si la situation devenait sérieuse. Mais à la place, j'étais restée hypnotisée devant l'aura surnaturelle de l'ancien SOLDAT.
« Je ne t'aurais jamais laissée le combattre seule », me dit soudain Sephiroth à travers le lien de nos esprits. « Trop risqué, et surtout lâche de ma part. »
« Il y a quatre ans, je ne me serais pas laissée impressionner comme ça. »
« Moi non plus », répondit-il simplement.
« Sephiroth, comment avons-nous pu tomber aussi bas ? »
Nous échangeâmes encore un regard, cette fois chargé de douleur. Où cela allait-il nous mener ? Nous étions seuls avec nous-même dans cette galère. Nous n'avions aucun moyen de contacter les nôtres parce qu'à plusieurs centaines de kilomètres de distance, les communications mentales devenaient impossibles. Et à part Vincent, nous ne connaissions personne en mesure de nous aider. Je m'imaginais mal frapper à la porte de Tifa en exposant Sephiroth à la rancœur de Cloud !
On nous fit entrer dans une cellule flambant neuve, mais froide et exiguë. Elle disposait de deux lits superposés et d'un lavabo, ainsi que d'une minuscule fenêtre à barreaux. Même en détruisant ces derniers, nous n'aurions pas pu sortir par-là tant l'ouverture était réduite.
Les gardes nous lâchèrent et je frottai mes mains engourdies et endolories. Reeve ne nous adressa aucun regard lorsque ses employés refermèrent et verrouillèrent la porte. Avec un soupir, je m'assis sur un des matelas. Sephiroth s'appuya contre le mur d'en face.
-J'avais promis à Vincent de ne pas échouer, et voilà où nous en sommes, se reprocha-t-il.
-Tu n'y es pour rien. On ne pouvait pas prévoir que Genesis serait là, et qui sait, peut-être que c'est lui qu a donné l'alerte !
-Mais avec toutes les rumeurs qui courraient à son sujet, j'aurais dû me méfier. Il n'était qu'à quelques mètres de nous, et je n'ai même pas senti sa présence…
Je réfléchis un instant. D'habitude, nous décelions facilement la présence de ceux qui portaient les cellules de Jenova.
-C'est comme s'il se dissimulait. Il apparaît et disparaît... comme une ombre…, murmurai-je.
-Maintenant, que pouvons-nous faire pour nous sortir de ce mauvais pas ?
Je ne répondis pas mais, prenant ses mains dans les miennes, les lui serrai affectueusement. Nos deux alliances se frôlèrent et brillèrent d'un éclat diamantin. Réconfortée par cette image, je déclarai :
-On va s'en sortir. Il suffira d'expliquer la situation à Reeve et je suis certaine qu'il comprendra. Ce n'est pas comme si l'un de nous se retrouvait seul, n'est-ce pas ? On fera face aux événements ensemble.
Plusieurs heures s'égrenèrent sans que rien ne se passe. Je m'ennuyais tant qu'au bout d'un moment, j'eus la certitude que le temps ralentissait peu à peu. Les hauts gradés de la W.R.O. étaient-ils en train de déterminer notre sort ? La peine de mort avait été abolie après la chute de la Shinra mais je me demandais, avec inquiétude, ce qu'ils nous réservaient.
Je me frottai les yeux en étouffant un bâillement. J'étais épuisée par cette dure journée et le manque de sommeil lié au décalage horaire commençait à se faire sentir. Mais je n'avais aucune envie de dormir pour le moment, pas avant de connaître le sort qui nous était réservé. J'étais trop tendue et l'inquiétude me rongeait. Pourtant, je doutai qu'après cela, je trouve le sommeil…
« Restez calmes. Je vais me débrouiller pour vous faire sortir de là. »
« Vincent ! s'exclama Sephiroth. Où étais-tu passé ? »
« J'ai eu quelques détails à régler avant de vous contacter. Désolé de vous avoir inquiété. »
« C'est nous qui sommes désolés, Vincent , fis-je. Nous n'aurions pas dû nous faire surprendre ainsi. »
Vincent ne répondit pas tout de suite. Il nous en voulait sûrement…
« Ce n'est rien, dit-il finalement. Dans quelque temps, on devrait venir vous chercher pour que vous subissiez un interrogatoire. L'aide pourrait bien provenir de quelqu'un qui vous surprendra, mais fiez-vous à elle. »
Sur ces mots, il rompit la communication télépathique. Nous nous retrouvâmes seuls et un peu perdus dans notre cellule. Je me levai et me mis à faire les cent pas dans la chambre. Décidément, Vincent était bien généreux avec nous ! Nous allions peut-être pouvoir sortir d'ici, et grâce à lui.
Tout à coup, nous entendîmes la serrure de la porte se déverrouiller. Par réflexe, je portai la main à ma ceinture, puis me souvins qu'on nous avait confisqué nos armes et nos matérias avant de nous enfermer. La porte s'ouvrit. Deux des gardes qui nous avaient conduits ici entrèrent, suivis de la jeune Shelke. Elle était autrefois membre de l'élite de Deepground, les Tsviets. Mais après avoir retrouvé sa grande sœur Shalua et été trahie par ses coéquipiers, elle s'était définitivement rangée du côté de la W.R.O. Je ne la connaissais que trop peu, mais je savais qu'il ne fallait pas se fier à son apparence enfantine : elle avait l'air d'une fillette de dix ans, mais elle était en réalité âgée de deux ans de moins que moi. La lueur de maturité qui brillait dans ses yeux le prouvait.
Sans un mot, la « jeune fille » nous fit signe de la suivre. Les gardes nous succédèrent en gardant précautionneusement une main sur leur arme de service. S'attendaient-ils à ce que nous attaquions celle qui semblait être leur supérieure ? Je faillis leur dire que nous avions beau vivre au cœur de la forêt d'Ajiit, cela ne faisait pas de nous des bêtes sauvages sans scrupules !
Nous traversâmes à pas lents un long couloir, le long duquel s'alignaient d'autres cellules. La plupart d'entre elles étaient vides, comme le montrait le voyant vert au-dessus des portes. Je fus soulagée de constater qu'aucun détenu ne pouvait nous observer. Sans doute avais-je honte de me retrouver entre les mains de gens qui n'étaient même pas mes ennemis ! Shelke prenait son temps pour nous emmener à notre interrogatoire ; je me demandais pourquoi. Après un temps d'hésitation, je me risquai finalement à engager une conversation :
-Où allons-nous ?
Je lui posais cette question d'une voix tout à fait innocente. Mais grâce à Vincent, je savais pertinemment quelle était notre destination ; en essayant de se repérer, nous pourrions tenter de nous échapper s'il le fallait –et j'étais convaincue qu'il le faudrait d'ici peu.
-Le directeur m'a demandé de vous mener en salle d'interrogation, répondit simplement Shelke.
-Pour quoi faire ? Reeve sait très bien de quoi nous sommes coupables.
-M. Tuesti désire connaître les causes de vos actes, pas les conséquences, dit-elle sans froide, mais avec indifférence.
Elle prit une inspiration et ajouta :
-Cela lui permettra de définir votre peine.
Je ne répondis pas, troublée. Je craignais qu'il ait prit toutes les précautions pour nous enfermer durant plusieurs jour, peut-être même… plusieurs années. Avec un frisson d'horreur, je revis le froid cachot, d'un blanc trompeur, où les nôtres et nous-mêmes avaient tenté tant bien que mal de survivre. Et s'il décidait de nous enfermer là-bas, pour être sûrs que nous ne causerions plus d'ennuis à la société humaine ? Et si les humains se mettaient à s'en prendre au peuple d'Ajiit, croyant se défendre de voleurs et de meurtriers ?
Plus tard, je devrais apprendre que sous l'effet de la peur, j'envisageai des idées absurdes, mais pour le moment, mes mains tremblaient et un filet de sueur glissait le long de ma colonne vertébrale.
-Que risquons-nous ? demanda Sephiroth à Shelke. Lui, comme toujours, gardait son calme surnaturel.
-Cela peut aller de la simple amende à la prison à vie dans le désert de Corel.
Le désert de Corel… J'en avais entendu parler plusieurs fois, pendant que nous voyagions vers Cosmo Canyon ou Midgar. Sous le parc d'attraction géant de la Shinra, le Gold Saucer, s'étendait une immense prison à ciel ouvert, d'où personne ou presque n'était jamais sorti. Un bien triste paradoxe : les plus aisés s'offraient en haut du bonheur et des distractions, tandis que les laissés-pour-compte et les marginaux, poussés à la criminalité par la misère, se mouraient sous un soleil de plomb… Même en essayant de voler au-dessus du désert, nous ne pourrions jamais traverser cette immensité sablonneuse ; la chaleur finirait par nous écraser de ses mains d'acier avant que nous ayons atteint des régions plus tempérées.
-Pourquoi Reeve ferait-il cela ? dis-je en peinant à contrôler les tremblements de ma voix. A-t-il une raison particulière de nous en vouloir, outre le fait que nous ayons infiltré votre QG ?
-Demandez-vous plutôt pourquoi vous vous êtes faits surprendre, répliqua Shelke en se tournant et en plantant ses yeux makô dans les miens. Etait-ce le fruit du hasard et de la malchance, ou bien a-t-on fait en sorte que l'on vous découvre ?
Sur ces paroles énigmatiques, elle détourna le regard, et je crus brièvement y déceler une infime trace de douleur et d'amertume. Je restai perplexe jusqu'à la fin du trajet. Elle avait l'air d'en savoir plus qu'elle ne le disait…
Les gardes se retirèrent silencieusement et Shelke nous fit entrer dans une petite pièce sombre, au même étage que les cellules. Dans la semi-obscurité, je vis une table métallique et trois chaises, toutes fixées au sol. Ainsi, nul ne risquait de blesser quelqu'un durant un accès de violence… En face, un grand miroir rectangulaire nous renvoyait l'image de nos visages anxieux. Nous étions bien dans une salle d'interrogatoire.
En allant s'adosser à un mur, Shelke nous dit de nous asseoir et de patienter. Nous obéîmes avec appréhension. D'interminables secondes s'écoulèrent, pendant lesquelles je me tordais les doigts, ravagée par l'appréhension. Je n'aurai peut-être bientôt plus l'occasion de faire ce geste ; on me lierait les mains dans le dos, comme un vulgaire criminel.
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Enfin, la porte s'ouvrit pour laisser entrer Reeve, accompagné d'un homme dont l'identité m'était inconnue. Il portait un uniforme clinquant orné de nombreuses médailles ; sous ses sourcils broussailleux, son regard était sévère et dédaigneux. Je suivis Reeve du regard tandis qu'il prenait place face à nous, avec l'espoir de déchiffrer son expression. Malheureusement, il gardait un visage impassible, plus encore que Sephiroth !
-J'espère que vous avez bien conscience que vos actes ne resteront pas impunis, déclara-t-il sans nous jeter le moindre coup d'œil.
Nous acquiesçâmes d'un hochement de tête. Sephiroth prit la parole d'une voix posée. Il cherchait ses mots.
-N'allez pas vous imaginer que nous avions l'intention de vous voler. Il était d'une importance cruciale que nous lisions ces documents, et nous n'avions pas l'embarras du choix quant au moyen d'y parvenir.
-Et ensuite, qu'auriez-vous fait ? Vous vous seriez servis des connaissances que vous auriez acquises pour vous emparer des cellules de Jenova que le corps de Genesis contient, tout ça pour faire revenir votre mère à la vie ! ?
Sephiroth ignora l'allusion à son passé, mais il s'exclama :
-Vous connaissez Genesis ?
-Ex-SOLDAT de Première Classe, et général, au même titre que vous. A déserté les rangs de la Shinra après avoir découvert ses origines, et s'est servi de ses propres gènes pour créer une armée de clones, lancée à l'assaut de la Shinra.
-Genesis représente probablement une menace pour chacun d'entre nous, intervins-je. C'est lui qui a attaqué vos hommes ; il s'est également infiltré dans le bâtiment et nous…vous a volé les disquettes.
-Et c'est lui qui est rentré par effraction, a saboté notre système de surveillance, a arpenté notre siège clandestinement et dévasté notre amphithéâtre ? Vous pensiez qu'on ne vous voyait pas, mais chaque caméra est branchée sur un réseau de secours, justement pour éviter ce genre de situation.
Je me tus. Ainsi, ils avaient vu tous nos déplacements… et agi au dernier moment, pour nous prendre au piège en flagrant délit de vol. Je n'y croyais pas ; Reeve paraissait défendre Genesis !
-Croyez-vous vraiment que nous désirons voir Jenova envahir cette planète, alors que c'est nous qui l'avons défaite il y a quatre ans ?
-Même…lui ? me demanda Reeve, désignant mon compagnon.
Je n'aimais pas le mépris qui perçait dans sa voix, mais je répondis par l'affirmative. Après un silence, le directeur reprit :
-D'abord les Incarnés, et puis le fils de la Calamité en personne… J'ai toléré votre présence ici car vous nous avez aidés à combattre ceux qui tuaient et enlevaient nos familles, nos amis. Mais je ne peux pas laisser un homme aussi dangereux que Sephiroth en liberté.
-Quand comprendrez-vous que je ne suis plus le même qu'il y a quatre ans ! ? s'emporta le concerné. J'ai tué celle qui se faisait passer pour ma propre mère, afin de sauver ce monde ! Après cela, comment pouvez-vous imaginer que je sois encore à sa solde ?
-Pendant toutes ces années, ajoutai-je, notre peuple et nous avons vécu en paix avec les sociétés humaines, bien que nous ayons préféré rester à leur marge. Si nous avions eu des intentions hostiles envers vous, nous aurions agi il y a bien longtemps, quand vos défenses étaient encore affaiblies par Deepground. Pire encore, nous aurions pu nous rallier aux Yuu'Gure. Au lieu de ça, nous avons combattu à vos côtés, parce que nous aimons cette planète, nous aussi.
Reeve ne trouva rien à répondre. Je vis l'homme qui était entré en même temps que lui froncer les sourcils et nous considérer d'un œil noir. Si lui n'aimait visiblement pas ceux de notre « espèce », Reeve nous avait toujours appréciés, sans doute pour notre discrétion et la simplicité de notre vie. Aujourd'hui, nous étions les porte-parole de tous les nôtres. Il ne tenait qu'à nous de ne pas montrer une mauvaise image d'eux.
-J'avais confiance en vous, finit-il par lâcher en nous regardant à tour de rôle. Mais vous nous avez trompés en vous dissimulant sous une fausse apparence et en tentant de nous voler des documents ultra-confidentiels. Des documents qui, entre de mauvaises mains, pourraient corrompre le fragile équilibre de cette société !
-Et les mains de Genesis sont propres, peut-être ? répliqua Sephiroth. Nous vous l'avons déjà dit : ces documents étaient pour nous le seul moyen d'en savoir plus sur lui. Il n'a pas seulement tué plusieurs de vos hommes ; il a aussi tenté d'enlever une amie humaine et a menacé ouvertement les habitants d'Ajiit. Cela nous a suffit pour le soupçonner de comploter contre Gaiya. Il l'a fait une fois, et je suis bien placé pour savoir que ceux qui portent des cellules de Jenova ne renoncent pas facilement, surtout s'ils sont influencés par elle.
-Si Sephiroth s'était montré à vous sous sa véritable apparence, vous l'auriez enfermé ici, de toute façon ! Pensez-vous que ça a été facile, pour lui comme pour moi, de cacher la vérité à nos amis humains pendant tout ce temps ! ?
L'obstination de Reeve commençait à me taper sur les nerfs. Il se montrait méfiant parce que l'ancien ennemi de Gaiya se tenait en face de lui, alors que ce dernier avait prouvé à maintes reprises qu'il était désormais inoffensif…
L'officier se racla tout à coup la gorge et déclara :
-Directeur, il me semble que l'heure n'est pas appropriée à ce genre de discours…Il vaudrait mieux songer au jugement de ces…jeunes gens.
-Vous avez raison, colonel Despise. Une tentative de vol par effraction équivaut à une peine assez lourde, je me trompe ? Ce n'est pas mon domaine… Colonel, je vous laisse vous charger de cette affaire.
-Nous n'avons pas volé ces documents ! m'exclamai-je, furieuse de m'adresser à un sourd.
Reeve m'ignora, se leva et sortit sans un mot. Il n'avait jamais été aussi borné qu'en cette nuit, si bien que j'étais encore plus sidérée. A croire que nos actes lui avaient fait l'effet d'un lavage de cerveau !
L'autre nous toisa du regard, l'air satisfait. Il nous dit avec une lenteur exagérée, sans doute pour nous blesser plus que nous l'étions déjà, que nous avions bien mérité notre sort. Les gens comme nous feraient mieux de remercier le ciel, car c'était un miracle que nous ayons le droit de vivre. Une bouffée de dégoût à son égard m'envahit et je m'entendis répondre :
-Nous ne rendons hommage qu'à la planète, qui nous a offert la rédemption et un monde que nous aimons et respectons au-delà de votre entendement.
S'il voulait jouer à celui qui serait le plus méprisant, il n'allait pas être déçu !
-Ce n'est pas que vous affirmiez, il y a encore quelques années. Shelke ! Laisse-nous seuls, veux-tu ? ordonna-t-il d'un ton dédaigneux à la jeune fille.
-Le directeur m'a demandé de rester aux côtés de nos prisonniers. Je ne dois les quitter sous aucun prétexte.
Shelke conservait son expression impassible, mais je vis qu'elle se faisait violence pour rester calme. Son interlocuteur émit un sifflement d'agacement mais ne contesta pas les ordres de son supérieur hiérarchique. Le colonel Despise n'aimait pas ceux qui étaient nés des expériences de la Shinra et le faisait bien savoir ! Comment un homme aussi exécrable pouvait travailler à la WRO, une organisation qui se chargeait de faire respecter la paix sur Gaiya ?
-Connaissant les individus de votre genre, je sais pertinemment que vous faire enfermer dans une cellule standard ne vous empêchera pas de vous échapper… Peut-être seriez-vous plus à votre aise sous le soleil de Corel ?
De stupeur, je me levai de table. L'homme eut un sourire plein de méchanceté gratuite.
-Quoi ! ? Une détention dans la prison de Corel pour une simple « tentative de vol » ? Vous vous moquez de nous !
-Pas du tout ; Corel manque cruellement de pensionnaires, ces derniers temps. Beaucoup se perdent, et leur os finissent par être rongés par les charognards. Bientôt, nous devrons licencier des dizaines de surveillants à cause de leurs détenus inconscients. Mais vous, vous n'êtes pas assez idiots pour tenter le diable, n'est-ce pas ?
-Espèce de… !
Sephiroth se leva à son tour en foudroyant du regard l'homme qu'il dépassait d'une bonne tête. Ses poings serrés en disaient long sur son état actuel…
-Vous êtes complètement fou. Tout le monde saura que notre peine est bien trop lourde pour notre faute.
-Rajoutons à cela des insultes verbales faites à un officier, ainsi que quelques autres outrages, et tout le monde n'y verra que du feu, murmura-t-il doucereusement afin que nous soyons les seuls à pouvoir l'entendre.
Il prit une feuille et un stylo, puis commença à y inscrire les détails de l'affaire. C'était de la folie, et pourtant nous nous contentions de l'observer sans réagir ! Je pense que l'étonnement, la colère et le désarroi nous pétrifiaient, nous empêchant de penser correctement.
Une fois que le colonel Despise eut finit, il se redressa avec orgueil. Je voulais parler, mais il m'interrompit :
-Vous serez donc condamnés à vie à l'emprisonnement dans le désert de Corel. Au revoir, « jeunes gens ».
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-PoV Sephiroth -
Après que Shelke nous eut raccompagnés à notre cellule provisoire, Isyl s'écroula sur un des lits, abattue. J'étais moi-même trop agité par des émotions contradictoires pour dire un mot. De la haine envers cet orgueilleux et méprisant officier s'opposait à de l'incompréhension envers la peine nous ayant été attribuée. Bien d'autres déplaisants sentiments bouillonnaient en moi, et je ne trouvai aucun remède digne de ce nom pour les chasser.
Nous ne méritions pas un tel sort, d'autant plus que nous avions clairement expliqué la situation à Reeve. Alors pourquoi n'avait-il pas réagi ? Nous n'avions même pas eu droit à un jugement digne de ce nom… Pire encore, Reeve savait très bien qui était Genesis et de quoi il était capable. Pourtant, il ne semblait pas se préoccuper de la menace que représentait l'ancien SOLDAT. Il y avait anguille sous roche dans cette histoire, et je comptais bien la sortir de son repaire.
Mais pour le moment, Isyl et moi nous contentions de rester là sans rien faire. La jeune femme, découragée, me regarda et secoua la tête. Je savais à quoi elle songeait : Il y a quatre ans, nous nous serions battus, jusqu'à la mort s'il le fallait, et nous aurions fait face au destin sans fléchir. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et je comprenais cette étrange sensation, cette honte et cette déception mêlées qui nous empoisonnaient lentement. J'avais moi aussi bien du mal à admettre que nous soyons devenus aussi passifs avec le temps.
Mais je repensai soudain à une raison encore plus effarante : et si le fait d'avoir pour ennemi un ancien frère d'arme m'empêchait d'agir comme bon me semblait ? C'était tiré par les cheveux, mas il fallait avouer qu'affronter Genesis ne m'enchantait guère. Nous avions partagé tellement de choses autrefois que le voir aussi sombre et désabusé m'avait fait l'effet d'une douche froide. Où étaient ses rêves, ses espoirs, auxquels il se consacrait tant ? Je me demandais ce qu'il avait bien pu vivre, mais nous ne pouvions plus le savoir, à présent.
Comment convaincre Reeve de notre bonne foi ? Vincent pourrait sans doute lui expliquer la situation ; ils étaient amis de longue date et se faisaient confiance mutuellement. Mais pour le moment, il restait injoignable. J'espérais qu'il se fut rendu à Ajiit… Avec tous les autres, nous échapper d'ici serait un jeu d'enfant. D'ailleurs, eux aussi étaient impliqués là-dedans. En passant pour des voleurs peu scrupuleux, c'était tout notre peuple qui était rabaissé aux yeux des humains normalement constitués. Ils se méfieraient toujours de nous, à présent. Ils sont comme ça, après tout : il leur suffit d'un exemple pour juger le reste d'une communauté. Enfin, c'est une autre histoire… Et dire que dans notre cas, il s'agissait juste d'un quiproquo, d'une erreur qui allait peut-être s'avérer fatale…
-Ca ne va pas se finir comme ça, n'est-ce pas ? me demanda soudain Isyl d'une voix rauque.
Je m'aperçus tout à coup que je contemplais la lune sans vraiment la voir. Elle était déjà basse dans l'immensité du firmament ; l'aube ne tarderait pas à se lever.
-Non, répondis-je en me tournant vers elle. Tu te souviens de ce que disait la prophétie des Séraphins : nous protégerons ce monde et ceux qui nous entourent jusqu'à ce que nous ayons transmis nos dons. Nous ne pouvons pas mourir maintenant.
-Les Séraphins…comme ce temps est loin…
La voix de ma compagne se brisa, et elle s'essuya les yeux d'un revers de la main. En m'agenouillant près d'elle, je constatai que le drap qui recouvrait le fin matelas était trempé de ses larmes salées.
-Tu pleurais ? fis-je, honteux de l'avoir ignoré pendant mes réflexions.
-Ce n'est rien, se défendit-elle sans me convaincre.
Elle ferma ses yeux bleu saphir en tentant de dissimuler ses émotions. Alors, saisi de compassion, je la pris dans mes bras avec toute la douceur du monde, si j'en étais capable. La jeune femme se laissa aller contre moi avec un soupir déchirant.
-J'ai peur, Sephiroth…
-C'est de ma faute ; je t'ai poussée à me suivre dans cette folie.
-Non, répondit-elle, et son ton était ferme. Nous avons fait ce choix à deux, et tu sais bien que nous prenons toutes nos décisions ensemble.
-Mais ce fut une erreur de vouloir à tout prix retrouver un passé qui s'est envolé sous nos yeux…
Je jetai un coup d'œil vers la fenêtre. J'avais honte…
-Ou peut bien être Genesis, maintenant ? se demanda-t-elle à voix haute.
-Va savoir….Songeons plutôt à la façon dont nous allons sortir d'ici.
-S'il y en a une… Et Kadaj et les autres qui ne se doutent de rien…
Sa voix se perdit de nouveaux dans ses larmes. Même si elle avait su montrer une force incommensurable à d'innombrables reprises, Isyl laissait parfois éclater sa fragilité. Et je ne voyais pas pourquoi elle aurait du s'en priver maintenant, alors que, loin des nôtres, la détresse s'était emparée d'elle… Je me souvins qu'elle ne montrait ses larmes qu'à moi et moi seul ; une preuve de plus de sa confiance en moi, mais j'en éprouvais de l'amertume car je ne savais pas comment la consoler.
-Je ne veux pas mourir dans cet horrible désert, murmura-t-elle d'une voix faible.
-Je te promets qu'on sortira de là avant même d'avoir posé le pied sur ce maudit sable, lui assurai-je en caressant sa joue.
Elle acquiesça d'un hochement de tête, rassurée. Au bout d'un moment, sa respiration se fit plus régulière. Incapable de trouver le sommeil, je restai à regarder son visage assoupi et éreinté par les épreuves de la journée. Tout ça à cause de ma stupide idée… Au lieu d'avancer, nous avions reculé, peut-être assez pour avoir atteint le point de non-retour.
