Bonjour Bonjour
Après dès mois sans rien poster voici enfin la suite de la fic.
Ma vie personnelle aillant radicalement changé je n'ai plus trouvé ni le temps ni l'envie d'écrire.
j'ai retrouvais ça dans mon ordi et je vais essayer de la finir.
Bonne lecture
Chapitre 8
Le Conseil d'Elrond
partie 3
Je partis à l'aube, et j'arrivai en fin de compte à la demeure de Saroumane. Elle se trouve loin dans le Sud, à Isengard, à la fin des Monts Brumeux, non loin de la Trouée de Rohan. Et Boromir vous dira que c'est une grande vallée ouverte qui s'étend entre les Monts Brumeux et les contreforts septentrionaux d'Ered hlimraïs, les Montagnes Blanches de chez lui. Mais Isengard est un cercle de rochers abrupts qui enclosent une vallée comme d'un mur, et au centre de cette vallée se dresse une tour de pierre nommée Orthanc. Elle ne fut pas édifiée par Saroumane, mais, il y a bien longtemps, par les Hommes de Nûmenor, elle est très élevée et contient maints secrets, elle n'a cependant pas l'air d'un ouvrage habile. On ne peut l'atteindre qu'en passant par le cercle d'Isengard, et ce cercle n'a qu'une seule porte. «J'arrivai tard un soir à cette porte, semblable à une grande arche dans le mur de rocher, et elle était fortement gardée. Mais les gardiens de la porte, qui me guettaient, me dirent que Saroumane m'attendait. Je passai sous la voûte, la porte se referma silencieusement derrière moi, et soudain j'eus peur, sans en voir de raison. «Mais je poursuivis mon chemin jusqu'au pied d'Orthanc et j'arrivai à l'escalier de Saroumane, là, il vint à ma rencontre et me mena à sa chambre haute. Il portait une bague à son doigt.
- «Ainsi vous êtes venu, Gandalf», me dit-il d'un ton grave, mais il semblait y avoir dans ses yeux une lumière blanche, comme s'il eût dans le cœur un rire froid.
«Oui, je suis venu, répondis-je. Je suis venu vous demander votre aide, Saroumane le Blanc», et ce titre parut l'irriter.
«Vraiment, Gandalf le Gris! fit-il avec ironie. De l'aide? On a rarement entendu dire que Gandalf le Gris ait cherché de l'aide lui si malin et si sage, qui se promène par les terres en se mêlant de toutes les affaires, qu'elles le regardent ou non»
«Je l'observai, étonné: Mais si je ne me trompe, dis-je, des choses sont en mouvement qui nécessiteront l'union de toutes nos forces»
«C'est possible, dit-il, mais cette pensée a mis le temps à vous venir. Combien de temps, je me le demande, m'avez-vous caché, à moi le chef du Conseil, une affaire de la plus grande importance? Qu'est ce qui vous amène maintenant de votre retraite de la Comté»?
«Les Neuf sont sortis de nouveau, répondis-je. Ils ont traversé la rivière. C'est ce que m'a dit Radagast»
«Radagast le Brun! » s'écria Saroumane, riant et il ne cacha pas son dédain. «Radagast, l'apprivoiseur d'oiseaux! Radagast le Simple! Radagast le Benêt! Il a pourtant eu juste l'intelligence nécessaire pour le rôle que je lui ai confié. Car vous êtes venu, et c'était tout le but de mon message. Et vous allez rester ici, Gandalf le Gris, et vous reposer de vos voyages. Car je suis Saroumane le Sage, Saroumane le Créateur d'Anneaux, Saroumane le Multicolore! »
«Regardant alors, je vis que ses vêtements, qui m'avaient paru blancs, ne l'étaient pas, mais qu'ils étaient tissés de toutes couleurs, et quand il bougeait, ils chatoyaient et changeaient de teinte, de telle sorte que l'œil était confondu.
«Je préférais le blanc», dis-je.
«Le blanc! fit-il d'un air sarcastique. Ça sert au début. Un tissu blanc peut-être teint. On peut couvrir la page blanche d'écriture, et la lumière blanche peut-être brisée»
«Auquel cas, elle n'est plus blanche, dis-je. Et qui brise quelque chose pour découvrir ce que c'est a quitté la voie de la sagesse»
«Il est inutile de me parler comme à l'un des fous dont vous faites vos amis, dit-il. Je ne vous ai pas amené ici pour recevoir vos instructions, mais pour vous offrir un choix»
Il se redressa alors et se mit à déclamer, comme s'il faisait un discours longuement répété: «Les Jours Anciens sont passés. Les Jours du Milieu sont en train de passer. Les Jours Jeunes commencent. Le temps des Elfes est fini, mais le nôtre est proche: le monde des Hommes, que nous devons gouverner. Mais il nous faut le pouvoir, le pouvoir de tout ordonner comme nous l'entendons, pour le bien que seuls les Sages peuvent voir.
«Et écoutez-moi, Gandalf, mon vieil ami et assistant! dit-il, se rapprochant et parlant d'une voix plus douce.
J'ai dit nous, car ce peut-être nous, si vous vous joignez à moi. Un nouveau Pouvoir se lève. Contre lui, les anciens alliés et les anciennes politiques ne nous serviront de rien. Il ne reste plus aucun espoir à mettre en les Elfes ou en le mourant Nûmenor. Vous, nous voici donc placés devant un choix. Nous pouvons rejoindre ce Pouvoir. Ce serait sage, Gandalf. Il y a un espoir de ce côté. Sa victoire est proche, et il y aura une riche récompense pour qui l'aura aidé. A mesure que le Pouvoir s'accroîtra, ses amis prouvés grandiront aussi, et les Sages, tels que vous et moi, pourront avec de la patience en venir finalement à dirige r son cours et à le régler. Nous pouvons attendre notre heure, conserver nos pensées dans notre cœur, déplorant peut-être les maux infligés en passant, mais approuvant le but élevé et ultime: la Connaissance, la Domination, l' Ordre, tout ce que nous nous sommes efforcés en vain jusqu'ici d'accomplir, retenus plutôt qu 'aidés par nos amis, faibles ou paresseux. Il ne serait point besoin, il n'y aurait point de véritable modification de nos desseins, mais seulement des moyens»
«Saroumane, dis-je, j'ai déjà entendu des discours de ce genre, mais seulement dans la bouche d'émissaires envoyés de Mordor pour tromper les ignorants. Je ne puis croire que vous m'ayez fait venir si loin à seule fin de me fatiguer les oreilles! »
«Il me jeta un regard de côté et observa un moment de réflexion: «Et pourquoi pas, Gandalf? murmura t'il. Pourquoi pas? L'Anneau Souverain? Si nous pouvions en disposer, le Pouvoir nous passerait, à nous: Voilà, en vérité, pourquoi je vous ai fait venir ici. Car j'ai beaucoup d'yeux à mon service, et je pense que vous savez où se trouve à présent ce précieux objet. Me trompé-je? Ou pourquoi les Neuf s'enquièrent-ils de la Comté, et qu'ont-ils à y faire? » «Tandis qu'il parlait ainsi, il ne put réprimer un soudain regard de concupiscence. «Saroumane, dis-je, m'écartant de lui, seule une main à la fois peut disposer de l'Unique, et vous le savez fort bien, ne vous donnez donc pas la peine de dire nous! Mais je ne vous le donnerais certes pas, je ne vous en donnerais même pas des nouvelles, maintenant que je connais votre pensée. Vous étiez le chef du Conseil, mais vous vous êtes enfin démasqué. Ainsi, le choix est, semble t'il, entre la soumission à Sauron ou à vous-même? Je ne prendrai ni l'une ni l'autre. Avez-vous d'autres solutions à proposer? » «Il était à présent froid et menaçant «Oui, dit-il. Je ne m'attendais pas que vous fissiez preuve de sagesse, fût-ce à votre propre avantage, mais je vous donnais la chance de m'aider de plein gré et de vous éviter ainsi beaucoup d'ennuis et de souffrance. La troisième solution est de demeurer ici jusqu'à la fin»
«- Jusqu'à quelle fin?
«- Jusqu'à ce que vous révéliez où peut se trouver l'Unique. Je puis imaginer des moyens de persuasion. Ou bien jusqu'à ce qu'il soit découvert malgré vous et que le Souverain ait eu le temps de penser à des affaires plus légères: comme, par exemple, d'imaginer une récompense appropriée pour les entraves et l'insolence de Gandalf le Gris. «- Cela ne sera peut-être pas, en fin de compte, une affaire plus légère, dis-je.
«Il ricana, car mes paroles étaient vides de sens, et il le savait.
«Ils s'emparèrent de moi et me mirent seul sur la cime de l'Orthanc, à l'endroit où Saroumane avait accoutumé d'observer les étoiles. Il n'y a aucun moyen de descendre, à part un étroit escalier de plusieurs milliers de marches, et la vallée paraît extrêmement loin en contrebas. La contemplant, je vis qu'alors qu'autrefois elle était verte et belle, elle était à présent remplie de puits et de forges. Des loups et des orques étaient logés à Isengard, car Saroumane levait une grande force pour son propre compte, afin de rivaliser avec Sauron et non pas encore à son service. Sur tous ses ouvrages était suspendue une fumée sombre qui enveloppait les flancs de l'Orthanc. Je me tenais seul sur une île au milieu des nuages, je n'avais aucune chance de m'échapper, et mes jours furent amers. J'étais transpercé de froid, et je n'avais qu'un espace restreint à arpenter tout en broyant des idées noires sur la venue des Cavaliers dans le Nord.
«Que les Neuf se fussent effectivement levés, j'en sentais la certitude, même sans les paroles de Saroumane qui pouvaient être des mensonges. Bien avant de venir à Isengard, j'avais reçu en route des informations sur lesquelles il n'y avait pas à se tromper. La crainte régnait sans cesse dans mon cœur pour mes amis de la Comté, mais je conservais toutefois un certain espoir. J'espérais que Frodo s'était mis immédiatement en route, comme ma lettre l'en pressait, et qu'il avait atteint Fondcombe avant le déclenchement de la mortelle poursuite. Et ma crainte comme mon espoir se trouvèrent tous deux mal fondés. Car mon espoir était fondé sur un gros homme de Bree, et ma crainte l'était sur la ruse de Sauron. Mais les gros hommes qui vendent de la bière doivent répondre à beaucoup d'appels, et le pouvoir de Sauron est encore moindre que ce que lui prête la peur. Mais, dans le cercle d'Isengard, piégé et seul, il n'était pas aisé de penser que flancheraient dans la lointaine Comté les chasseurs devant qui tous avaient fui ou étaient tombés.
- Je vous ai vu! s'écria Frodon. Vous reculiez et avanciez. La lune brillait dans vos cheveux.
Gandalf, étonné, s'arrêta et le regarda.
- Ce n'était qu'un rêve, dit Frodon, mais il m'est revenu tout à coup. Je l'avais complètement oublié. II s'est passé il y a quelque temps, après mon départ de la Comté, me semble t'il.
- Il a mis longtemps à venir, dans ce cas, comme vous le verrez, dit Gandalf. Je me trouvais en fâcheuse posture. Et ceux qui me connaissent conviendront que j'ai rarement été en pareil embarras, et ils n'admettent pas aisément une telle mésaventure. Gandalf le Gris pris comme une mouche dans la traîtresse toile d'une araignée! Il arrive cependant que les araignées les plus subtiles laissent un fil trop faible. «Je craignis au début, comme Saroumane l'entendait sans doute, que Radagast fût également tombé. Je n'avais pourtant remarqué aucun indice d'écart dans sa voix ou dans son regard lors de notre rencontre. Si c'eût été le cas, jamais je ne serais allé à Isengard, ou je m'y serais rendu avec plus de circonspection. C'est bien ce qu'avait deviné Saroumane, et il avait dissimulé sa pensée et trompé son messager. Il eût été vain de toute façon d'essayer de gagner l'honnête Radagast à la traîtrise. C'est en toute bonne foi qu'il me chercha, et qu'ainsi il me persuada. «Ce fut la pierre d'achoppement du plan de Saroumane. Car Radagast ne vit aucune raison de ne pas faire ce que je lui demandais, et il s'en fut vers la Forêt Noire, où il comptait beaucoup d'amis de jadis. Et les Aigles des Montagnes allèrent de tous côtés et virent bien des choses: le rassemblement de loups et le rappel des orques, comme les allées et venues des Neuf Cavaliers, ils apprirent aussi la nouvelle de l'évasion de Gollum. Et ils envoyèrent un messager me porter ces informations. «C'est ainsi qu'au déclin de l'été, par une nuit de lune, Gwaihir, Seigneur du Vent, le plus rapide des Grands Aigles, vint impromptu à Orthanc, et il me trouva debout sur la cime. Je lui parlais alors, et il m'emporta avant que Saroumane ne fût sur ses gardes. J'étais loin d'Isengard quand les loups et les orques sortirent de la porte à ma poursuite. «Jusqu'où pouvez-vous me porter? » demandai-je à Gwaihir. «Sur bien des lieues, dit-il, mais pas jusqu'aux confins de la terre. J'ai été envoyé pour porter des nouvelles, non pour porter des fardeaux» «Alors, il me faudra un coursier à terre, dis-je, et un coursier étonnamment rapide, car je n'ai jamais encore été en tel besoin de hâte»
«Dans ce cas, je vous porterai à Edoras, où le Seigneur de Rohan siège dans ses salles, ce n'est pas très loin», dit-il. «Et j'en fus heureux, car dans le Riddermark de Rohan résident les Rohirrim, les Seigneurs des chevaux, et il n'est rien d'égal aux montures qui sont élevées dans cette grande vallée entre les Monts Brumeux et les Montagnes Blanches.
«Peut-on encore se fier aux hommes de Rohan, à votre avis? » demandai-je à Gwaihir, la trahison de Saroumane ayant ébranlé ma confiance. «Ils paient un tribut de chevaux, répondit-il, et ils en envoient un grand nombre chaque année au Mordor, à ce qu'on dit tout au moins, mais ils ne sont pas encore sous le joug. Si toutefois Saroumane est devenu mauvais, comme vous le dites, leur ruine ne saurait tarder longtemps» «Il me déposa dans le pays de Rohan avant l'aube, et maintenant je me suis trop étendu dans mon récit. Le reste doit être plus bref. En Rohan, je trouvai le mal déjà à l'œuvre: les mensonges de Saroumane, et le roi du pays refusa d'écouter mes avertissements. II m'invita à prendre un cheval et à m'en aller, et j'en choisis un à mon goût, mais peu au sien. Je pris le meilleur de son pays, et je n'ai jamais vu son pareil.
- Ce doit être une noble bête, en vérité, dit Aragorn, et je suis encore plus chagriné que de maintes nouvelles qui pourraient être pires de savoir que Sauron lève un tel tribut. Il n'en était pas ainsi la dernière fois que je suis allé dans ce pays.
-Aujourd'hui non plus, j'en jurerais, dit Boromir. C'est un mensonge lancé par l'Ennemi. Je connais les Hommes de Rohan, loyaux et vaillants, nos alliés, vivant encore sur les terres que nous leur avons données, il y a longtemps.
-L'Ombre du Mordor s'étend sur des pays lointains,répondit Aragorn. Saroumane y est tombé. Le Rohan est serré de près. Qui sait ce que vous y trouverez, si jamais vous y retournez?
- En tout cas pas qu'ils achèteraient la vie au prix de chevaux, dit Boromir. Ils aiment presque autant leurs bêtes que leur famille. Et ce n'est pas sans raison, car les chevaux du Riddermark viennent des champs du Nord, loin de l'Ombre, et leur race, comme celle de leurs maîtres, remonte aux jours libres de jadis.
-C'est bien vrai, dit Gandalf. Et il en est un parmi eux qui pourrait avoir été mis bas au matin du monde. Les chevaux des Neuf ne peuvent rivaliser avec lui, infatigable, rapide comme le vent. On l'a appelé Gripoil. Le jour, sa robe luit comme l'argent, et la nuit, elle est comme l'ombre, et il passe inaperçu. Léger est son pas. Jamais auparavant un homme ne l'avait monté, mais je l'ai pris et dompté, et il m'a porté à un tel train que j'atteignis la Comté alors que Frodon se trouvait sur les Hauts des Galgals, bien que je ne fusse parti du Rohan qu'après son propre départ de Hobbitebourg. «Mais la peur grandit en moi durant ma chevauchée. A mesure que j'allais vers le Nord, j'entendais parler des Cavaliers, et, bien que je gagnasse sur eux jour après jour, ils se trouvaient toujours devant moi. Ils avaient divisé leurs forces, à ce que j'appris: certains restaient sur les frontières orientales, non loin du Chemin Vert, et d'autres envahissaient la Comté par le sud. J'arrivai à Hobbitebourg, et Frodon était parti, mais j'eus un entretien avec le vieux Gamegie: beaucoup de paroles, mais peu de topiques. Il avait fort à dire sur les défauts des nouveaux propriétaires de Cul-de-Sac. «Je ne peux supporter les changements, dit-il, pas à l'âge que j'ai, et encore moins les changements pour le pire. Oui, changements pour le pire», répéta t'il maintes fois. «Le pire est un méchant mot, et j'espère que vous ne vivrez pas pour le voir. «Mais parmi tous ses discours, je démêlais enfin que Frodon avait quitté Hobbitebourg moins d'une semaine auparavant, et qu'un Cavalier Noir était venu à la Colline le même soir. Je repris alors ma route avec crainte. J'arrivai au Pays de Bouc, que je trouvai en tumulte, aussi affairé qu'une fourmilière que l'on a remuée avec un bâton. J'arrivai à la maison du Creux-de-Crique, la porte en avait été défoncée, et la maison était vide, mais sur le seuil gisait un manteau qui avait appartenu à Frodon. Alors pendant un moment, l'espoir m'abandonna, je ne m'attardais pas pour avoir des nouvelles, sans quoi j'aurais pu être réconforté, mais je me lançai sur la piste des Cavaliers. Elle était difficile à suivre, car elle allait en maintes directions et j'étais dérouté. Mais il me parut qu'un ou deux étaient allés vers Bree, et ce fut de ce côté que je partis, pensant à certains mots qui pourraient être dits à l'aubergiste. «On l'appelle Poiredebeurré, pensai-je.
Eh bien, si ce retard est de sa faute, je vais le faire fondre comme tout le beurre qui est en lui. Je rôtirais ce vieil idiot à petit feu. » Il n'en attendait pas moins et, en voyant ma figure, il s'écroula à plat et se mit à fondre sur-le-champ.
- Que lui avez-vous fait? s'écria Frodon, alarmé. II a été vraiment très gentil pour nous, et il a fait tout ce qu'il a pu.
Gandalf rit
- Ne craignez rien! dit-il. Je ne mords pas, et je n'aboie que très peu. J'étais si heureux des nouvelles que je tirai de lui, quand il eut fini de trembler, que j'embrassais le vieux bonhomme. Je ne voyais pas comment la chose s'était passée, mais j'appris que vous étiez la nuit précédente à Bree et que vous étiez parti le matin même avec Grand-Pas. «Grands-Pas! » dis-je en un cri de joie. «Oui, monsieur, c'est ce que je crains, monsieur, dit Poiredebeurré, se méprenant sur mon sentiment. Il est parvenu jusqu'à eux malgré tout ce que j'ai pu faire, et ils se sont liés d'amitié avec lui. Ils ont eu une drôle de conduite pendant tout le temps qu'ils ont été ici. Obstinée, comme qui dirait» «Bougre d'âne! Triple idiot! Digne Prosper de mon cœur ! dis-je. C'est la meilleure nouvelle que j'ai eue depuis la mi-été: cela vaut pour le moins une pièce d'or. Puisse votre bière bénéficier de l'enchantement d'une excellence sans pareille pendant sept années! dis-je. Maintenant je peux prendre une nuit de repos, la première depuis je ne sais plus quand» «Je passai donc cette nuit là, me demandant vivement ce qu'étaient devenus les Cavaliers, car jusqu'alors on n'en avait vu que deux à Bree, semblait-il. Mais dans la nuit, nous eûmes d'autres informations. Cinq au moins vinrent de l'Ouest, ils abattirent les portes et traversèrent Bree en tempête, et les gens de Bree en tremblent encore, s'attendant à la fin du monde. Je me levai avant l'aube et partis à leurs trousses. Je ne sais pas trop, mais il me paraît clair que voici ce qui s'est passé. Leur Capitaine était resté en secret à l'écart au sud de Bree, tandis que deux de ses hommes traversaient en avant le village et que quatre autres envahissaient la Comté. Mais après leur échec à Bree et au Creux-de-Crique, ceux-ci revinrent rendre compte à leur Capitaine, laissant ainsi la Route non gardée pendant un moment, hormis par leurs espions. Le Capitaine envoya alors un détachement droit vers l'Est à travers le pays, et lui-même, en grande colère, suivit la route avec le reste de sa troupe. «Je galopai en coup de vent vers le Mont Venteux, que j'atteignis avant le coucher du soleil le surlendemain de mon départ de Bree et ils m'avaient devancé. Ils se retirèrent devant moi, car ils sentaient l'arrivée de ma fureur, et ils n'osaient l'affronter tant que le soleil était dans le ciel. Mais leur cercle se resserra à la nuit, et je fus assiégé sur le sommet de la colline, dans l'antique anneau d'Amon Sûl. J'eus la partie dure, vous pouvez m'en croire. Jamais on ne vit pareille lumière et pareilles flammes sur le Mont Venteux depuis les feux de guerre du temps jadis. Je m'échappais à l'aurore et m'enfuis vers le Nord. Je ne pouvais espérer faire plus. II était impossible de vous trouver, Frodon, dans les Terres Sauvages, et s'eût été folie de le tenter avec les Neuf sur mes talons. Je dus donc faire confiance à Aragorn. Mais j'espérais en entraîner quelques-uns et atteindre tout de même Fondcombe, d'où je vous enverrais du secours. Quatre Cavaliers me suivirent en effet, mais ils s'en retournèrent après un moment pour se diriger vers le Gué, semble t'il. Cela aida un peu, car ils ne furent que cinq, non pas neuf, lors de l'attaque de votre campement. «J'arrivai enfin ici par une longue et dure route, en suivant la Fontgrise et par les Landes d'Etten, puis en descendant du nord. Cela me prit près de quatorze jours du Mont Venteux, car je ne pouvais chevaucher parmi les rochers des collines des trolls, et Gripoil me quitta. Je le renvoyais à son maître, mais une grande amitié s'était établie entre nous, et, en cas de besoin, il reviendra à mon appel. II se trouva cependant que j'arrivai à Fondcombe trois jours seulement avant l'Anneau, et des nouvelles de son péril avaient déjà été apportées ici, ce qui se révéla certes bon. «Et voilà, Frodon, la fin de mon récit. Qu'Elrond et les autres en pardonnent la longueur. Mais jamais auparavant il n'était arrivé que Gandalf ait manqué à un rendez-vous et ne fût pas venu quand il l'avait promis. II était nécessaire de rendre compte d'un événement aussi surprenant au Porteur de l'Anneau, je crois. «Enfin, voilà le récit fait, du début jusqu'à la fin. Nous sommes tous réunis, et voici l'Anneau. Mais nous n'avons pas encore abordé notre propos. Qu'allons-nous en faire? »
Il y eut un silence. Elrond reprit finalement la parole
- Cette nouvelle au sujet de Saroumane est grave, dit-il, car nous avions confiance en lui, et il est très au courant de tous nos conseils. II est dangereux d'étudier trop à fond les artifices de l'Ennemi, pour le bien ou pour le mal. Mais de telles chutes et trahisons ne sont, hélas! pas nouvelles. Parmi les récits entendus aujourd'hui, c'est celui de Frodon qui m'a le plus étonné. J'ai connu peu de Hobbits, en dehors de Bilbon, ici à présent, et il me semble qu'il n'est peut-être pas aussi seul et singulier que je l'avais cru. Le monde a beaucoup changé depuis la dernière fois que je fus sur les routes de l'Ouest. «Nous connaissons sous de nombreux noms les Êtres des Galgals , et sur la Vieille Forêt, bien des contes ont été faits: de tout cela, il ne reste plus qu'un massif détaché de sa marche septentrionale. Il fut un temps où un écureuil pouvait aller d'arbre en arbre de ce qui est maintenant la Comté au Pays de Dun, à l'ouest d'Isengard. J'ai autrefois voyagé dans ces régions, et j'ai connu bien des choses sauvages et étranges. Mais j'avais oublié Bombadil, si, en fait, c'est le même qui parcourait les bois et collines il y a longtemps et qui, même alors, était plus vieux que les vieux. Il ne portait pas alors ce nom. On l'appelait Iarwain Benadar, le plus ancien et le sans père. Mais il a reçu bien d'autres noms de la part d'autres gens: les Nains l'on appelé Torn, les Hommes du Nord Orald, et il a eu beaucoup d'autres noms encore. C'est une créature étrange, mais peut-être aurais-je dû le convoquer à notre Conseil.
- II ne serait pas venu, dit Gandalf.
- Ne pourrions-nous encore lui envoyer des messages et obtenir son aide? demanda Erestor. II semble qu'il ait un pouvoir même sur l'Anneau.
- Non, ce n'est pas exactement ce que je dirais, répliqua Gandalf. Mettons plutôt que l'Anneau n'a aucun pouvoir sur lui. II est son propre maître. Mais il ne peut rien changer à l'Anneau lui-même, ni briser son pouvoir sur les autres. Et à présent, il est retiré dans une petite terre, à l'intérieur de limites qu'il a établies, bien que personne ne puisse les voir, attendant peut-être un changement des jours, et il se refuse à en sortir.
- Mais à l'intérieur de ces limites rien ne semble l'ébranler, dit Erestor. Ne prendrait-il pas l'Anneau, afin de le garder là à jamais inoffensif?
-Non, dit Gandalf, pas de son propre gré. Il pourrait le faire si tous les gens libres du monde le suppliaient, mais il n'en comprendrait pas le besoin. Et si on lui donnait l'Anneau, il l'oublierait bientôt ou plus vraisemblablement le jetterait. Pareilles choses n'ont aucune prise sur son esprit. Ce serait le moins sûr des gardiens, et cela seul suffit à répondre à votre question.
-Mais en tout cas, dit Glorfindel, lui envoyer l'Anneau ne ferait qu'ajourner le jour néfaste. Bombadil est loin. Nous ne pourrions pas le lui rapporter sans être devinés, sans être remarqués par quelque espion. Et même si c'était possible, tôt ou tard le Seigneur des Anneaux apprendrait le lieu de sa cachette et y porterait tout son pouvoir. Ce pouvoir pourrait-il être bravé par Bombadil seul? Je ne le pense pas. Je crois qu'en fin de compte, si tout le reste est conquis, Bombadil tombera, le Dernier comme il fut le Premier, et alors viendra la Nuit.
- Je connais peu de choses de Iarwain à part le nom, dit Galdor, mais je crois que Glorfïndel a raison. Le pouvoir de braver notre ennemi n'est pas en lui, à moins qu'un tel pouvoir ne soit en la terre même. Et pourtant on voit que Sauron est capable de torturer et de détruire jusqu'aux collines. Ce qu'il reste encore de pouvoir réside en nous, ici à Imladris, chez Cîrdan aux Havres ou en Lôrien. Mais on t'ils la force, avons-nous ici la force de résister à l'ennemi, à la venue de Sauron à la fin, après la ruine de tout le reste?
- Je n'en ai pas la force, déclara Elrond, ni eux non plus.
-Alors, si on ne peut conserver l'Anneau pour toujours hors de son atteinte par la force, dit Glorfindel, il ne nous reste que deux choses à tenter: l'envoyer au-delà de la Mer, ou le détruire.
- Mais Gandalf nous a révélé que nous ne pouvons le détruire par aucun moyen que nous possédions ici, dit Elrond. Et ceux qui résident au-delà de la Mer refuseraient de le recevoir: pour le bien ou pour le mal, il appartient à la Terre du Milieu, c'est à nous qui demeurons encore ici qu'il appartient d'en faire notre affaire.
- Eh bien, dit Glorfindel, jetons le dans les profondeurs, et qu'ainsi les mensonges de Saroumane se réalisent. Car il est clair à présent que, même au Conseil, il s'était déjà engagé sur un chemin tortueux. Il savait que l'Anneau n'était pas perdu pour toujours, il voulait toutefois que nous le pensions, car il commençait à le convoiter pour lui-même. Mais souvent dans les mensonges se cache la vérité: dans la Mer, l'Anneau serait en sécurité.
- Pas pour toujours, dit Gandalf. Il y a bien des choses dans les eaux profondes, et les mers et les terres peuvent changer. Et ce n'est pas notre rôle ici de ne penser que pour une saison, pour quelques générations d'Hommes ou pour une époque passagère du monde. Nous devons chercher une fin ultime de cette menace, même si nous n'espérons pas l'atteindre.
- Et cela, nous ne le trouverons pas sur les routes vers la Mer, dit Galdor. Si on estime trop dangereux le retour à Iarwain, la fuite vers la Mer est maintenant grosse du plus grave péril. Mon cœur me dit qu'en apprenant ce qui est arrivé, Sauron s'attendra que nous prenions la route de l'Ouest, et il ne tardera pas à le savoir. Les Neuf ont certes été privés de leurs montures, mais ce n'est qu'un répit avant qu'ils ne trouvent d'autres coursiers et plus rapides. Seule la puissance déclinante du Gondor s'oppose à lui et à une marche en force le long des côtes vers le Nord, et s'il vient assaillir les Tours Blanches et les Havres, il se peut que les Elfes n'aient plus désormais aucune possibilité d'évasion des ombres qui s'allongent en Terre du Milieu.
- Cette marche sera encore longtemps différée, dit Boromir. Le Gondor décline, dites-vous. Mais il est toujours debout, et même la fin de sa force est encore très forte.
- Sa vigilance ne peut pourtant plus arrêter les Neuf, dit Galdor. Et l'Ennemi peut trouver d'autres routes que le Gondor ne garde point.
- Dans ce cas, dit Erestor, il n'y a que deux solutions, comme Glorfindel l'a déjà déclaré: cacher l'Anneau pour toujours, ou le détruire. Mais toutes deux sont hors de notre portée. Qui résoudra cette énigme pour nous?
- Personne ici ne le peut, dit Elrond avec gravité. Tout au moins personne ne peut prédire ce qui se passera si nous prenons telle ou telle route. Mais il me semble voir clairement à présent laquelle nous devons prendre. La route de l'Ouest paraît la plus aisée. Il faut donc l'éviter. Elle sera surveillée. Les Elfes ont trop souvent fui par-là. Maintenant, en cette ultime circonstance, il nous faut prendre une route ardue, une route imprévue. Là réside notre espoir, si tant est que c'en soit un. Nous engager dans le péril aller vers le Mordor. Il faut envoyer l'Anneau au Feu.
