Edward fit rouler la voiture à l'intérieur de la propriété.

Il approchait de la maison qui se dressait imposante parmi les arbres, et au bout du chemin en graviers...

Edward savait de par son expérience professionnelle, et également par son expérience personnelle, que la douleur provoquée par la perte d'un proche pouvait provoquer des douleurs... qui sont difficiles à surmonter... C'est là naturellement un euphémisme... Tout comme chez d'autres personnes, cela peut avoir un tout autre effet. Certains pensent surtout au passage chez le notaire.

... Mais pour les parents qui perdent un enfant... Ce n'était pas la même chose.

C'est là un sujet difficile à traiter.

Edward avala sa salive. Il lui fallait immédiatement regagner son sang froid. Même s'il aurait aimé éviter cela et rentrer chez lui. Mais Edward avait une conscience professionnelle. Il devait y aller.

Il songea à utiliser la technique que lui avait un jour donné son père Carlisle. Edward s'en souvenait... Il n'était pas encore entré au FBI...

C'était il y a plusieurs années...

Il était dans sa voiture de police, en train de faire une ronde, quand on l' avait appelé par radio. Il avait appuyé sur le bouton sur le tableau de bord, pour prendre l'appel. La secrétaire du commissariat de police lui avait indiqué une adresse où il devait se rendre. Des voisins avaient entendu des cris. Edward avait allumé son gyrophare, avait accéléré, zigzaguant entre les voitures, et s'était rendue à l'adresse indiquée. Une fois arrivé à l'appartement, il n'avait rien entendu. Silence plat. "POLICE, OUVREZ !" avait-il dit en tambourinant à la porte, comme on lui apprit à l'école de police. Mais personne n'avait répondu. Il avait essayé de forcer la porte à l'aide de son épaule. La porte était trop lourde pour être forcée. Il avait alors fait sauté la serrure avec son M-45. Avait pénétré à l'intérieur. Avait trouvé un corps ensanglanté dans la cuisine. Et une jeune femme assise dans le canapé du salon. En train de regarder la télé. L'écran était noir. La télé était éteinte. Elle voyait son reflet à l'intérieur de l'écran. "POLICE, A TERRE" avait-il dit à la jeune femme immobile. Il s'était rapproché en la pointant avec son arme. "A TERRE, J'AI DIS", avait-il répété sur un ton plus fort et plus ferme. Voyant qu'elle ne bougeait pas. Il avait pris violemment son bras. L'avait forcé à se coucher par terre. Entre le canapé et la table basse. Un genou entre les omoplates. Et avait déclamé :

"Vous avez le droit de garder le silence. Dans le cas contraire, tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit de consulter un avocat et d'avoir un avocat présent lors de l'interrogatoire. Si vous n'en avez pas les moyens, un avocat vous sera désigné d'office, et il ne vous en coûtera rien. Durant chaque interrogatoire, vous pourrez décider à n'importe quel moment d'exercer ces droits, de ne répondre à aucune question ou de ne faire aucune déposition."

Il lui avait menotté les bras dans le dos. Elle s'était laissée faire. La tête collée par terre. Edward avait appelé une ambulance. Puis ses collègues pour du renfort. Puis il avait composé le numéro personnel de son père :

_ Edward ?

_ Papa, j'ai peur.

_ Qu'y a-t-il, mon fils ?

_ Je viens d'arrêter une femme. Elle a tué son compagnon. Il est mort dans la cuisine. Je suis tout seul dans l'appartement. Elle ne bouge pas. Elle ne parle pas. J'ai appelé du renfort et une ambulance.

_ Etat de choc, l'interrompit son père. Tu l'as menotté ?

_ Oui, répondit Edward.

_ Ecoutes-moi Edward, fit son père à l'autre bout du fil. Tu vas retourner la voir pour la surveiller...

Edward retourna dans le salon où elle était toujours. Il la surveilla.

_ C'est bon. Je la surveille.

_ Tu vas faire quelque chose, reprit son père. C'est de la concentration mentale. Tu vas compter jusqu'à 5. Pendant ces 5 secondes, tu vas y mettre toute ta peur, toutes tes craintes, tout ce que tu ressens. Et quand les 5 secondes seront finies, la peur sera partie. Fais-moi confiance Edward.

Edward le fit.

Il compta.

1.

J'ai peur.

2.

J'ai peur.

3.

J'ai peur.

4.

J'ai peur.

5.

Comme par magie, la peur était partie. Il s'était sentit de nouveau confiant.

_ Merci Papa.

Et il avait raccroché. Ses collègues de la police étaient arrivés. Et lui, était rentré dans les bureaux de police se prendre un café bien mérité.

... C'était son premier cas de meurtre.

Et il n'était pas dans le service de son père.

Edward revint au moment présent - dans la voiture. Dans la propriété de Mme Swann.

Il n'avait plus peur.

Toujours aussi efficace, pensa-t-il soulagé. Juste 1, 2, 3, 4, 5...Et pourtant.

Il gara sa voiture sur le bord du chemin. Les environs étaient vraiment jolis. Puis il prit un temps avant de sortir. Pour reconstituer son masque de froideur. Ne rien ressentir. Être à l'écoute. MAIS ne rien ressentir. C'était la règle d'or au FBI. Peu importe si c'était méchant ou quoi, c'était comme ça.

Il s'étira le cou. Se détendit les muscles.

Sortit.

Marcha avec beaucoup d'élégance vers la maison de 4 étages. La porte était ouverte. Il entra. Et referma derrière lui. Les lumières du couloir étaient allumées. Il n'y avait personne.

_ Madame Swan ? appela-t-il prudemment.

Quelques toiles de peintures étaient accrochés sur les boiseries en bois qui tapissaient les murs du couloir dans lequel il se trouvait.

Une femme de ménage apparut à l'angle du couloir.

_ Par ici s'il-vous plaît Monsieur l'agent, dit-elle.

Edward hocha la tête et s'engagea dans le couloir à sa suite.

_ Entrez.

Il se trouvait dans un salon joliment décoré. Il y avait du thé sur une petite table.

Une femme était enfoncée dans le canapé en cuir beige. Edward contourna la table basse. Et s'assit en face de Madame Swan.

Elle le regardait avec un regard éteint mais qui avait subitement été rallumé. Edward savait d'avance que la discussion n'allait pas être facile.

Les cheveux blonds de la maman étaient grisonnants à la racine. La peau de son visage anormalement pâle.

_ Bonjour Mme Swan. Je suis l'agent Cullen. Je travaille au FBI.

Il se pencha pour lui serrer la main.

Renée la lui serra, dans un geste presque automatique. Presque.

_ J'enquête sur la disparition de votre fille.

_ Je sais, répliqua celle-ci sèchement.

Edward n'en tint pas rigueur et hocha la tête d'un air compréhensif.

Isabella,... mais qu'as-tu fait ?, pensa Edward.

_ J'aurais quelques questions à vous poser, Madame, dit-il calmement.

Il sortit un carnet de notes et un stylo. Le stylo que lui avait offert son père. Ce qui le réconforta un peu.

_ Allez-y, dit Renée avec un soupçon de fatigue dans la voix.

_ Je cherche à savoir ce qu'il s'est passé. Par mon enquête. Alors je sais bien qu'elle était chez son père quand elle a disparu. Mais j'aimerais que vous me disiez si.. quelque chose vous avait interpellé, avant qu'elle ne disparaisse... Si Isabella, votre fille, vous avait parlé de quelque chose qui la tracassait... Ou de quelqu'un..., ajouta-t-il après un temps d'hésitation.

_ En effet, répondit-elle. Elle était chez son père quand elle a disparu...

Ce n'était pas forcément sa question. La maman ne finit pas sa phrase. Ses yeux étaient dans le vague...

_ Et donc quelque chose vous aurait-il interpellé ?

La vieille femme revint sur terre.

_ Elle me disait qu'elle sortait souvent, qu'elle avait beaucoup d'amis...

Edward fronça les sourcils...

Il n'était pas au courant de ça. Il avait vu Isabella comme un peu associable, un peu renfermée. Isabella aurait-elle réellement changé depuis leur rencontre, il y a deux ans, dans une certaine salle de cours ? Edward se rappela des chaussures à talons qu'il avait retrouvé. Elles avaient l'air stylées et branchées. Et elles avaient l'air de coûter cher. Ce ne serait pas un hasard ?

Et si deuxièmement, ce ne serait pas un hasard si ce soir-là, elle avait porté des chaussures branchées à talons ?

_ Elle me disait qu'elle s'amusait. Qu'elle avait de bonnes notes. Qu'elle rencontrait du monde. Qu'elle commençait à voir des occasions professionnelles s'ouvrir à elle...

Renée s'interrompit. Reniflant peu gracieusement.

La femme de ménage, ou la bonne, Edward ne savait pas, était restée cachée jusque-là. Elle accourut vers la maman.

Elle lui présenta avec douceur une boîte de mouchoirs.

La maman en prit une dizaine.

Mais ne se moucha pas. Elle se contenta de les garder en mains.

Elle ne le regardait plus.

Edward se leva.

Il contourna la table basse. Et vint s'asseoir près d'elle sur le canapé.

Il prit la boîte de mouchoirs. Et le garda en main tout en le lui présentant.

Avec une main de libre, il lui prit chaleureusement sa main à elle.

Edward mettait de côté -provisoirement ! - ses principes sur l'impassibilité, le sang froig, et tout le tralala...

Mais la mère d'Isabella ne semblait même pas avoir remarqué la présence du jeune homme près d'elle.

Il enleva sa veste bleu marine - marque Hugo Boss. La mit précautionneusement sur les épaules de la maman.

Celle-ci semblant toujours amorphe, terriblement passive.

Prête à éclater en sanglots à tout instant.

Il chercha un moyen, une solution.

Il regarda autour de lui : En face de lui, il y avait une cheminée, et des bûches. Toute à l'heure alors qu'il leur tournait le dos, il n'y avait pas fait attention.

_ Voulez-vous que je fasse un petit feu de cheminée ? proposa-t-il. Ca réchauffera la maison.

La mère hocha la tête. Des larmes au coin des yeux.

Edward se déplaça vers la cheminée. S'agenouilla. Remua les cendres avec le tisonnier. Il mit deux bûches dans la cheminée. Ainsi qu'un peu de journal. Craqua une allumette. Le feu s'embrasa.

Tout en faisant ces gestes mécaniques, Edward réfléchissait à ce qu'il venait d'entendre. Il essayait de réassembler les morceaux du puzzle...

Il y avait un truc... Ca il le savait. Mais quoi ?

Il y avait un truc qui clochait...

Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus...

Et pourtant, ça lui paraissait gros comme une maison... De toute manière cette histoire était difficile à démêler.

Edward cherchait. Il se concentrait et se résuma la situation : Une jeune fille, d'un certain tempérament renfermé, intègre un nouveau lycée après s'être faite virer du premier. Elle se fait des amis dans le nouveau lycée. Bon, où est le problème ? Elle sort avec ses nouveaux amis. Elle est au lycée. Que peut-il lui arriver ? Pourquoi finir en taule ? Soudain ce fût comme une lampe s'était allumée au plafond. Tout dépendait d'avec qui elle sortait. Etait-ce là la solution ? Est-ce que ça pouvait être aussi simple ? Les pièces du puzzle semblaient s'être assemblées.

_ Madame Swan! s'exclama-t-il en revenant vers elle et en reprenant sa main entre les siennes. Vos conversations ! Comment se passaient-elles ? Par portable ? Par mail ?

La réponse mit un peu moins de temps avant d'arriver que toute à l'heure.

_ Parfois par téléphone, parfois par mail...

_ J'aimerais consulter votre boîte mail, demanda-t-il. Si ça ne vous dérange pas Mme Swan.

Elle hocha la tête et lui désigna un coin de la pièce. Il vit un ordinateur de dernière technologie, fermé et posé sur un meuble. Le meuble était calé contre une haute et belle fenêtre cintrée qui laissait passer la lumière filtrante du soleil. Dehors, le temps s'était assombri. Les rayons du soleil entraient dans la pièce.

_ 1011 c'est le mot de passe. C'est son anniversaire, expliqua-t-elle.

Elle lui donna l'adresse-mail.

Edward la remercia, en resserrant ses mains chaleureuses autour des siennes, froides. Il dit qu'il irait y jeter un œil une fois dans son bureau.

Il lui fallait maintenant remonter son moral... Ne pouvait-il vraiment pas lui dire qu'Isabella était en prison ?

_ Où est Phil au fait ? lui demanda-t-il.

Edward avait lu quelque part, dans un des dossiers, qu'ils étaient en couple et qu'ils semblaient filer le parfait amour. Elle le regarda par dessous ses cils d'un air interrogateur.

Le regard d'Edward dépassa soudain la mère d'Isabella. Il tomba sur la bonne qui l'avait accueilli. Celle-ci se tenait dans l'encadrement de la porte. Elle lui fit non, non !, non ! vigoureusement de la tête.

_ Mais ce n'est pas important, enchaîna très vite Edward comprenant le message et sur un ton enjoleur en mettant tout son pouvoir de persuasion dans cette phrase...

Il aimerait tellement pouvoir lui dire que sa fille était en vie...

_ Vous retrouverez bientôt votre fille, Madame Swan, dit-il à la place.

Il la regarda droit dans les yeux.

_ Vous avez ma promesse, déclara-t-il solennellement.

Edward se leva. La prit dans ses bras. Et ressera sa propre veste d'Hugo Boss autour de ses frêles épaules.

_ Vous avez ma promesse, répéta-t-il... Ce sera bientôt. Vous la retrouverez très bientôt.

Renée le regarda.

Il sut qu'elle croyait à ses paroles.

Il lui déposa un baiser affectueux sur le front.

Il se redressa.

_ Tenez bon.

Il partit.

Avant de quitter les lieux, il alla glisser un mot à la femme de ménage, ou la gouvernante, il ne savait pas ; il la remercia pour le travail qu'elle faisait, le soutien et le réconfort qu'elle lui apportait. La maman en avait besoin. Puis il lui laissa une carte de visite avec son numéro de portable, en lui disant de l'appeler si jamais elle se souviendrait de quelque chose et qu'elle voudrait lui en faire part, ou pour quoique ce soit d'autres. Il laissa volontairement sa phrase en suspense et partit.


Edward était sur la route. Il rentrait à l'hôtel. Le soir tombait. Et le ciel s'était obscurci.

Il pleuvait.

Edward avait mis ses phares et ses essuie-glaces tournaient sur le parebrise.

Il était enfin temps pour lui de rentrer dormir et se reposer.

La journée avait été chargée. Edward mit soudain son clignotant à droite et se gara sur le bas-côté.

Les voitures le dépassèrent en faisant hurler leur klaxon. Il attendit que toutes le dépassent.

Il fit demi-tour sur la route bien que ce soit interdit par le code de la route.

... Il ne prenait plus la direction de l'hôtel.


C'était l'heure de la pause. Celle qui précédait le dîner à la cantine. Comme toujours, les détenues sortirent dans la cour, sous la surveillance des gardiens en uniforme.

Elles prirent la direction de la cour.

En sortant, Bella sentit la brise du vent sur son visage. Il pleuvait.

Après presqu'une semaine de "trou", c'était agréable.

Les détenues étaient toutes habillées pareil. Elles avaient toutes mis l'épais pull gris à manche longue donné par la prison. La plupart des détenues restèrent sous le préau à cause de la pluie. Elles discutèrent.

Bella avait envie de marcher sous la pluie.

Une dizaine de détenues firent comme elle et sortirent sous la pluie.

Alice aussi. Elle s'amusaient avec d'autres, au fond de la cour. S'amusant à les éclabousser.

Bella était seule.

Puis elle rencontra le regard de quelqu'un à moitié dissimulé par le grillage de la cour.

C'était un homme. Bella reconnaissait sa silhouette. Elle voyait son visage entre les gouttes de pluie. Bien qu'ils soient séparés de quelques centaines de mètres.

La pluie ruisselait sur le visage du jeune homme. Et sa mâchoire carnassière.

Il se fixèrent droit dans les yeux.

Bella frissonna. Elle n'avait pas envie d'approcher.

Mais elle n'avait pas le choix.

Ses yeux en gros-plan brillaient dans la pénombre ambiante. Ils étaient d'un vert effrayant.

Mouillée par la pluie, Bella se dirigea vers lui.

Elle se rapprochait de lui.

Elle ne montrant pas qu'elle avait peur. Elle marchait en ligne droite. Droit vers lui.

Mais que faisait-il là ?.., se demandait Bella tout en avançant vers lui et en tentant de trouver une explication à sa présence dans la prison...

Avait-il découvert...?

Déjà ?

Non ! pas si tôt !

Ce n'était pas possible !

Ils ne s'étaient rencontrés que depuis hier !

Elle parvint finalement à sa hauteur. Ils se toisèrent du regard sous la pluie battante.

Et nul ne paraissait être par la pluie. Ils n'étaient séparé que par un fin grillage.

Bella remarqua qu'il n'avait sur le dos qu'une chemise blanche et mouillée. Et une cravate bleu marine resserrée autour de son cou. Pas de veste - contrairement à son habitude. Bella se demanda s'il avait froid.

Le regard de Bella passa sur le côté. Elle remarqua que les gardiens ne faisaient pas tellement attention à eux... Normal c'est un agent du FBI, pensa-t-elle. Il A tous les droits. Ou presque. Edward engagea la conversation, sans attendre que Bella ne le fasse comme l'aurait peut-être exigé la politesse.

_ Tu ne te rends pas compte de ce que tu as fais, dit-il... Tu ne te rends pas compte, répéta-t-il en la toisant.

Bella prit soudain peur.

Avait-il trouvé ?

Elle ne bougeait plus.

Figée soudain.

Edward secoua la tête.

_ Tu ne sais pas la douleur que provoque la perte d'un proche...

Bella ne voyait pas où il voulait en venir.

_ Ta mère ! fit-il tout à coup.

Il la regardait d'un air désespéré...

_ Tu ne te rends pas compte Isabella.

Elle ne disait rien.

_ Et oui je connais ton nom chère Mlle Isabella Swann. Et je viens de rencontrer ta mère ce soir ! Quand toi tu es en prison... Elle est dans un sale état. Tu ne te rends pas compte de ce que tu as fais. Je ne lui ai même pas dit que tu étais en prison. Bella. Elle te croit morte !.. Ca fait maintenant 4 mois que tu es portée disparue.

Bella sentit son sang se retirer doucement de son visage. Elle avait blanchie.. Elle n'avait jamais prit le temps de considéré la situation en ce sens. Jamais. Mais surtout, elle ne comprenait pas pourquoi l'agent du FBI prenait autant cette affaire à cœur.

_ Donnes-moi une raison pour que je ne contacte pas le procureur, là, maintenant ? fit Edward. Que je leur donne ton identité. Tout de suite. Qu'on en finisse.

_ C'est simple, répliqua Bella. Tu ne sais toujours pas si j'ai commis une infraction.

Edward secoua la tête.

_ Tu as gardé le silence sur ton identité face à un juge qui te la demandait à ton procès. A ton jugement. C'EST une infraction !

_ Mais si à la base, je n'avais commis aucune infraction ?... La justice ne se retrouverait-elle embetée ? ... Qui sait les médias auraient peut-être l'idée de venir à se pencher sur la question. Après tout, je n'ai encore que 18ans ! A ton avis, quel parti prendront-ils ? Celui de la justice ? Ou le mien ?

Edward fût surpris par la répartie de la jeune fille. On aurait dit qu'elle avait déjà pensé à tout. Elle avait tellement d'assurance. Edward était pris de court. Puis il réfléchit à ce qu'elle avait de dit, et reconnut qu'elle n'avait pas tort. Edward savait le pouvoir des médias. Il savait qu'ils prendraient son parti à elle. Il baissa les yeux vaincus. Ses beaux yeux verts de chat. Il était pris à ses propres arguments.

_ J'espère que tu sais ce que tu fais, murmura-t-il doucement. Que tout ça en vaut la peine.

Il laissa la remarque s'imprégner dans l'esprit de la jeune file.

Ils se taisèrent. Là, sous la pluie battante. Edward se demandait comment démêler cette histoire, aux conséquences si importantes.

Et dire que la jeune fille en face de lui savait tout ! Mais, elle ne voulait pas cracher le morceau. Devait-il utiliser ses techniques d'interrogatoire venues spécialement du FBI ? Edward se reprit. Pas sur une jeune fille.

Elle n'a que 18ans.

Il murmura très bas, comme s'il voulait qu'il n'y ait qu'eux deux qui entendent.. Un peu comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher et qu'il retenait ça depuis trop longtemps.

_ Tu ne veux pas qu'on te retrouve. Comme ça arrive parfois, quand on est en prison. Par exemple, quand j'étais simple flic je me souviens que des ex-taulards m'avaient demandé de les réenvoyer en prison parce que ça chauffait trop à l'extérieur, alors même qu'ils n'avaient commis aucune infraction ! Simplement pour la raison qu'être en prison était plus sécurisant pour eux qu'être à l'extérieur.

Bella ne dit dit rien, le laissant continuer.

_ Mais toi.. c'est différent.. J'ai d'abord pensé à ton père, dit Edward comme s'il se parlait à lui-même. Tu n'aurais pas voulu pas qu'il sache que tu étais en taule. Il est shérif. C'est compréhensible. Mais... j'ai alors pensé.. qu'il aurait pu t'aider à sortir. Avec ses relations et sa connaissance du milieu, cela n'aurait pas été très dur. J'en ai donc conclu la chose suivante, Isabella. Il n'y a que 2 possibilités.

Il releva les yeux vers elle :

_ TU ne veux pas qu'on te retrouve. Et par là-même tu veux caché que tu es en taule. OU tu protèges quelqu'un. Et c'est pour cela que tu gardes le silence.

_ Cette affaire est plus compliquée que tu ne le penses Edward, répliqua Bella. D'ailleurs je te conseille de tout laisser tomber. C'est dangereux !

_ Je suis chargé de résoudre ton cas, Isabella. C'est pour ça que je suis là. Crois-moi ça ne me prendra pas beaucoup de temps.

_ Bella, rectifia-t-elle machinalement.

Edward la regarda avec l'air de ne pas avoir suivi.

_ Les gens m'appellent Bella. Pas Isabella. Je préfère Bella à Isabella. Quoique ici personne ne m'appelle comme ça..

Il ne dit rien, l'air songeur.

Ici c'était Tally. Ou détenue Rk-357-9.

Bella pensait à chez elle. Là où les gens l'appelaient Bella.

Elle se sentait mal. Edward avait réussi. Elle ne put s'empêcher de repenser à sa mère. Bella repensa à ce qu'il lui avait dit quelques minutes plus tôt. Sa mère qui l'attendait. Bella ne s'était pas imaginée... qu'elle pourrait lui manquer.

_ Tu sais que ta mère n'est plus avec Phil ?

Il remuait le couteau dans la plaie, ou quoi ? Puis elle releva des yeux surpris vers lui : il paraissait avoir lu dans ses pensées. Il la regardait de ses deux grands yeux verts avec l'air d'attendre une réponse.

Bella fit non de la tête. Une boule se formait dans sa gorge. Elle comprenait que, sa-mère-s'était-séparée-de-Phil... Elle ferma les yeux de douleur.

_ Au risque de me répéter ça vous dépasse, murmura-t-elle. Cette affaire est trop grosse pour vous.

Et toi, tu ne sais pas qui tu as en face de toi, eût-il l'envie de répliquer.

Mais il se retint. A la place il dit d'un ton plus gentil, affectueux :

_ C'est gentil de me le signaler. Mais je suis du FBI. Merci. Je suis un grand garçon, tu sais... Je crois que je m'en sortirais. Je n'en suis pas à ma première affaire...

_ Tu ne pourras pas dire que je ne t'aurais pas prévenu, Edward.

Edward fit un geste pour tenter d'alléger l'atmosphère assez tendue ce soir. Il marqua une pause dans ses gestes.

_ Bella... Comment connais-tu mon nom ? Je ne te l'ai jamais donné...

_ J'en sais plus sur toi que tu ne le penses, dit mystérieusement Bella... J'ai mes sources.

Elle avait un jour lu une note sur Facebook : une fille amoureuse enquête mieux que le FBI. Bella sourit. Ca collait parfaitement à la situation.

Edward, lui, fronça les sourcils sous la pluie, l'air agacé. Il avait un mur en face de lui.

Elle baissa les yeux vers ses chaussures. Il comprit qu'il fallait changer de sujet. C'était bloqué.

_ Tu fais du 37 ? demanda Edward.

Sa voix était plus douce.

_ Oui..., répondit-elle.

Il hocha la tête.

Bella ne chercha pas à savoir comment il avait fait pour savoir qu'elle faisait du 37..

_ Je suis du FBI, dit-il pour s'expliquer... J'ai l'habitude d'étudier les traces de pas..

Il se tut.

Comme si elle avait besoin de ses explications.

Elle releva timidement les yeux vers lui. Le regarda.

Puis le regarda vraiment.

Avec l'impression de se prendre un flash-back d'il y a deux ans. La salle de cours. Et il était là, devant elle. De nouveau. Vous savez, il y a dans la vie, des instants qui nous surprennent par leur netteté, leur fugacité. Les yeux de Bella passèrent sur son cou mouillé par la pluie. Ses cheveux trempés. La chemise blanche collée à son corps d'ivoire. Sa cravate mouillée. Qu'elle commençait à apprécier. Ses yeux. Obscurs. Verts. Purs. Brillants dans la pluie. Arrêtes d'enquêter sur cette affaire, pensa-t-elle très fort. C'est trop dangereux pour toi. Elle essayait de lui faire passer ce message. Elle sut à son regard déterminé qu'il l'avait reçu.

Bella comprit qu'il ne changerait pas d'avis. Il continuerait l'enquête. Jusqu'au bout. Bella ne pouvait rien pour l'en empêcher. L'arrêter. Elle plongeait dans son regard dans le sien, peu à peu hypnotisée par leur magnétisme si... Ses yeux étaient deux abysses profondes, sans fin, d'où jaillissait une émeraude de la mine.

_ J'peux t'embrasser ? lâcha Edward d'une voix rauque.

Son cœur battait à tout rompre. Elle l'avait toujours voulu.

Puis... Ce fût comme une montée d'adrénaline... Il n'avait pas le droit !

_ Non ! Non ! Non ! Non. Mais attends ! Tu me fais la morale. Pour ça, t'es doué. Puis après... Tu n'essaierais pas de m'embobiner là ? Parce que...

Elle ne finit pas sa phrase !

_ Ah, arrêtes, fit-elle en proie au désespoir. Et, d'ailleurs, puisque t'en parlais, t'en sais quelque chose, toi peut-être, de la douleur causée par des gens que tu perds ?

Elle pointa un doigt vengeur sur lui.

_ Non. Parce que tu as TOUT toi ! Une famille qui te chérit. Ta vie est une réussite de A à Z. Alors d'essayer de me faire croire que tu me comprends... Je suis en taule au cas où tu n'aurais pas remarqué.

_ C'que j'en sais ? la coupa-t-il.

Edward rigola.

Rigola sans pouvoir s'arrêter.

_ Ce que j'en sais ? HAHA. Ma mère est morte. Si tu veux tout savoir ce sont mes deux soeurs qui ont tué ma mère !... Drôle, non ?

Bella déglutit.

Il y eut un tilt dans sa tête.

Une hypothèse lui était venue à l'esprit.

Et quand le doute naît dans un esprit, je vous met au défi d'aller l'y retirer.

_ Tes sœurs, ce ne seraient pas Alice et Rosalie quand même ? demanda-t-elle d'un ton prudent.

Edward la regarda sous la pluie.

Abasourdi.

Il déglutit. Cherchant à comprendre.

Il prit une inspiration.

_ Ne me dis pas que... elles sont incarcérées ici. A Forks ? Rosalie et Alice sont ici? L'endroit où elles ont été incarcéré, est caché dans les fichiers de police. Même pour le FBI... Pour ne pas que je les retrouve...

Le regard devenu fou d'Edward passa vers la cour derrière Bella. Cherchant leur silhouette des yeux. SOUDAIN...

_ ALICE !? hurla-t-il.

Edward aggripa à deux mains le grillage le séparant de Bella. Il tira dessus de toutes ses forces. Il l'avait trouvé. Il semblait vouloir déchiré de ses mains le grillage.

_ ALICE !? Je vais te tuer ALICE.

Bella se retourna sur elle-même. Vit Alice figée. Qui les regardait.

Edward se mit subitement à grimper le grillage telle une panthère. Son pied dérapa sur le grillage, à cause de la pluie. Edward remit son pied. Monta plus haut.

Des mains le tirèrent soudain en arrière. Les gardiens de la prison.

Abasourdie, Bella le vit être trainé à l'intérieur du bâtiment... Trainé de force. Il ne voulait pas se laisser faire. Mais les gardiens étaient beaucoup plus nombreux que lui.

Bella ne comprenait plus rien. Elle ne croyait pas à la scène qui venait de se dérouler devant ses yeux.

Bella marcha en direction Alice, à travers la cour. Pour avoir des explications. Il tombait des cordes !

_ Tu as tué la mère de Cullen ? demanda-t-elle à Alice ...

_ C'est moi Cullen !, s'écria Alice.

Bella était abasourdie.

Le coup partit. Bella l'avait giflé de toutes ses forces.

Le bruit mat de la frappe retentit dans les airs.

Alice s'affala par terre sous la violence du coup porté.

Elle avait une main sur sa joue. La regardait apeurée. A terre. Dans la boue.

Bella se jeta sur elle.

Elle ne put pas s'en empêcher.

La frappa... Comme le lui avait apprit Edward 2ans plus tôt... Avec force.

_ Pourquoi, Alice ? Pourquoi t'as fait ça ?

Les coups pleuvaient. Tout comme les larmes. La pluie.

Et les coups pleuvaient toujours. Des mains la tirèrent en arrière. Sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle secoua les jambes pour tenter de se dégager.

_ T'avais pas le droit, ALICE ! T'AVAIS PAS LE DROIT !