Comme je l'ai promis hier voici le chapitre suivant tout beau, tout chaud ! Je suis même tellement gentille que je le poste avant d'aller travailler ! lol En revanche je suis désolée pour les rewiews annonymes mais je n'ai pas le temps de vous répondre mais merci à tous. BONNE LECTURE !


Chapitre 9 :

- Attention, Monsieur Potter ! hurla d'une voix suraiguë un petit garçon en fauteuil roulant, mais trop tard.

Harry remontait du centre du terrain de basket en drib­blant. En riant il tournoya pour tirer et se prit la che­ville dans le repose-pieds d'un fauteuil. Il fit un bond en arrière et atterrit violemment sur les fesses.

- Monsieur Potter ! Monsieur Potter !

Le gymnase résonna des cris inquiets des enfants han­dicapés du cours de gymnastique que donnait Harry après les heures de classe, quand il avait terminé son travail de professeur. Les enfants se regroupaient autour de lui avec leurs fauteuils roulants, leurs béquilles et leurs appareils orthopédiques.

- Ça va, Monsieur Potter ? demandèrent-ils en chœur. Vous vous êtes fait mal ?

- Evidemment, les taquina-t-il en se dressant sur ses coudes, puis il passa la main dans ses cheveux toujours aussi ébouriffés mais assez court. Ma fierté en a pris un sacré coup.

Seamus Finnigan, petit macho de neuf ans qui tenait le rôle d'observateur et de juge de touche, plongea les mains dans ses poches et le contempla avec un sourire perplexe.

- Comment votre fierté a-t-elle pu en prendre un coup puisque vous êtes tombé sur le derrière ? fit-il remarquer de sa voix grave.

- C'est une question de perspective, Seamus ! dit Harry en riant.

Il était en train de se redresser quand une paire de grosses chaussures et un pantalon brun entrèrent dans son champ de vision.

- Monsieur Potter ! aboya le principal en contemplant d'un air féroce et bougon les traces sur la surface luisante de son gymnase. Vous appelez ça du basket ? A quoi jouez-vous ?

Bien que Harry enseignât à présent dans une classe de CE2 à l'école primaire de Keaton, ses relations avec M. Rusard ne s'étaient pas beaucoup améliorées depuis le jour où, quinze ans auparavant, il l'avait accusé d'avoir dérobé l'argent de la cantine. Certes il ne mettait plus son intégrité en doute, mais sa fâcheuse tendance à contourner en permanence les règles de l'établissement en faveur de ses élèves était pour lui comme une épine dans le pied. De plus, Harry le mettait à l'agonie avec ses innovations et, quand il lui opposait son veto, le jeune homme ameu­tait toute la ville pour obtenir le soutien moral et, si nécessaire, financier de ses concitoyens.

Conséquence de l'une de ses idées, l'école primaire de Keaton possédait un programme d'éducation intellectuelle et physique spécialement conçu pour les enfants handicapés, qu'il avait lancé et qu'il modifiait sans cesse avec ce que M. Rusard considérait comme un mépris frivole et caractérisé des procédures établies. A peine M. Potter avait-il mis en œuvre ce programme qu'il avait pris une autre direction sans le principal ait moyen de l'arrêter. Harry faisait campagne pour éradiquer l'illettrisme parmi les femmes de Keaton et des environs. Quand il avait appris que l'épouse du gardien ne savait pas lire, cela avait suffi à le lancer sur cette voie. Harry Potter l'avait invitée chez lui et avait commencé à lui donner des cours, mais la femme du gardien connaissait une autre femme qui ne savait pas lire, et cette dernière connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un... En peu de temps elles furent sept à appren­dre à lire, et M. Potter avait supplié M. Rusard de lui prêter une classe deux fois par semaine pour ses élèves.

Quand M. Rusard avait fort raisonnablement pro­testé en invoquant les frais qu'occasionnerait l'ouverture d'une classe le soir, le jeune instituteur lui avait gentiment répondu qu'il allait s'adresser au principal du lycée. Pour ne pas passer pour un ogre sans cœur, M. Rusard céda devant ses yeux verts et son grand sourire. Peu après qu'il eut capitulé sur cette question, l'irritant militant eut besoin de matériel spécial pour accélérer l'apprentissage de « ses » adultes. Or, il l'apprit à ses dépens, quand Harry Potter avait une idée en tête, il n'avait de cesse de l'avoir mise à exécution. Convaincu qu'il avait raison et qu'un principe capital était en jeu, Harry Potter faisait montre d'une ténacité à toute épreuve, doublée d'un optimisme énergique et illimité, qui lui semblait aussi remarquable qu'agaçant.

Harry avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour ses enfants handicapés, mais ce programme d'alphabé­tisation lui tenait particulièrement à cœur. Rien de ce que M. Rusard pourrait dire ou faire ne l'en détournerait. Harry était résolu à obtenir le matériel dont il avait besoin et le principal était persuadé que son subordonné avait l'intention de mettre à profit ces deux jours de congé qu'il avait demandés pour se rendre à Amarillo afin de trouver l'argent nécessaire. Le principal savait de source sûre Qu'Harry avait persuadé le riche grand-père de l'un des élèves, qui habitait justement Amarillo, de le financer. A présent, il avait sans doute l'intention de soutirer de l'argent à ce pauvre homme qui ne se doutait de rien pour son programme d'alpha­bétisation des femmes.

Son penchant caractérisé pour les collectes, voilà ce qui lui répugnait le plus, ce que M. Rusard trouvait le plus gênant. Cela manquait vraiment de dignité d'aller « mendier » ainsi des fonds en faisant appel à la générosité des citoyens aisés ou de leurs parents. Depuis quatre ans qu'il enseignait à l'école primaire de Keaton, Harry Potter était devenu sa plaie, son ampoule au talon. Il était donc parfaitement excédé face au spectacle d'un Harry Potter qui se relevait et faisait de grands signes de la main en direction du ves­tiaire en donnant d'une voix forte des instructions pour le match de la semaine prochaine. Les cheveux en bataille et de petites lunettes posées sur son nez, le jeune homme avait l'éclat de la santé et la vitalité de la jeunesse, de sorte que M. Rusard avait cru à tort, lorsqu'il l'avait engagé, qu'il était sérieux, dynamique et pas compliqué. Il mesurait un mètre soixante-dix, avait une solide constitution et des abdominaux assez ferme, un visage doux, des pommettes hautes et une bouche rieuse. Sous des sourcils noirs et bien dessinés, ses grands yeux d'un vert émeraude, bordés d'épais cils recourbés, sem­blaient à la fois doux et innocents. Il avait appris à ses dépens que le seul trait de ce visage délicat qui laissait deviner l'homme qu'il était réellement, c'était ce men­ton têtu avec cette minuscule fossette. Le principal attendait pour l'instant que son turbulent instituteur en ait fini avec son « équipe », qu'il ait tiré sur son survêtement et passé ses doigts dans ses cheveux, pour daigner lui expliquer la raison de cette visite inhabituelle au gymnase.

- Votre frère Julian a appelé. J'étais le seul à répondre au téléphone au premier étage. Il m'a dit de vous pré­venir que votre mère souhaite que vous rentriez dîner à huit heures et qu'il vous prêtera la voiture de Ron pour votre voyage. II... m'a dit que vous vous rendiez à Amarillo. Vous ne m'en avez pas informé quand vous m'avez demandé un congé pour raison personnelle.

- Amarillo, c'est ça, fit Harry avec un sourire candide qui se voulait dissuasif, mais qui ne fit que mettre son supérieur sur ses gardes.

- Vous avez des amis là-bas ? demanda le principal tandis que ses sourcils se rejoignaient brusquement au-dessus de son nez.

Harry se rendait à Amarillo pour rencontrer un parent de l'un de ses élèves handicapés, dans l'espoir d'obtenir un soutien financier pour son programme d'alphabéti­sation... et il avait le sentiment désagréable que M. Rusard l'avait deviné.

- Je ne manquerai que deux jours, fit-il pour élu­der la question. Et j'ai déjà trouvé une remplaçante pour s'occuper de mes classes.

- Amarillo est à plusieurs centaines de kilomètres d'ici. Vous devez avoir des choses importantes à y faire.

Au lieu de répondre à cette question à peine voilée sur le but de son voyage, Harry remonta la manche de son sweat-shirt, regarda sa montre et s'écria d'un ton pressé :

- Mon Dieu ! Il est quatre heures et demie. Je ferais mieux de me dépêcher si je veux rentrer à la maison, prendre une douche et être de retour à temps pour mon cours de six heures.

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Quand Harry émergea du bâtiment scolaire, Seamus Finnigan attendait près de sa voiture, son petit visage tout froncé.

- Je vous ai entendu parler d'Amarillo avec M. Rusard, lança-t-il d'une voix incroyablement rocail­leuse, celle d'un adulte atteint de laryngite. Et je me demandais, Monsieur Potter... Est-ce que je vais chanter ou non dans la fête folklorique de l'hiver ?

Harry réprima un sourire. Comme ses frères aînés, Seamus Finnigan excellait dans tous les sports. C'était toujours lui que l'on choisissait en premier pour former une équipe. Il était l'enfant le plus populaire des petites classes, et il était donc ulcéré d'être en revanche le dernier, dès qu'il s'agissait de musique. On ne lui attribuait jamais de rôle chantant car, quand il ouvrait la bouche, il émet­tait des sons qui provoquaient dans l'assistance des rires incontrôlables.

- Ce n'est pas moi qui décide, Seamus, dit Harry en jetant sa serviette sur le fauteuil du passager de sa vieille Ford. Cette année, je ne m'occupe pas de la fête folklorique.

Le petit garçon lui adressa alors un sourire malicieux et pensif sachant instinctivement qu'Harry avait toutes les indulgences pour lui. Le jeune instituteur aimait son cran, son dynamisme et surtout sa gen­tillesse innée à l'égard d'un de ses camarades handica­pés, un dénommé Dean Thomas.

- Eh bien, croassa-t-il, si vous en étiez responsable, est-ce que vous me laisseriez chanter ?

- Seamus, dit Harry, qui sourit en tournant la clé de contact, le jour où on me demandera de choisir qui doit chanter, tu chanteras.

- Promis ?

Harry acquiesça.

- Viens donc à l'église un de ces jours et je te le prouverai. Je te mettrai dans le chœur des enfants.

- Mes parents n'aiment pas trop les sermons.

- Alors ça, c'est un vrai dilemme, déclara Harry par sa fenêtre ouverte en reculant lentement pour sortir du parking des professeurs.

- C'est quoi un dilemme ?

- Regarde dans le dictionnaire, fit-il en se pen­chant pour lui frotter la tête.

Pour rentrer chez lui, il passa par le centre de Kea­ton, un quartier plein de commerces et de bureaux qui entouraient l'imposant tribunal du comté. Quand, enfant, il était arrivé à Keaton, la vieille cité texane lui avait paru très étrange sans boulevards ni gratte-ciel, mais il avait vite appris à aimer ses rues tranquilles et son atmosphère accueillante. Keaton n'avait pas beau­coup changé en quinze ans. Pittoresque et désuète, elle était restée fidèle à elle-même avec le pavillon blanc de son parc municipal et ses rues pavées de brique et bordées de boutiques et de maisons proprettes. Bien que la population soit passée de trois à cinq mille habitants, la ville n'en avait pas pour autant changé de mode de vie pour complaire aux nouveaux arrivants. C'étaient eux qui s'étaient acclimatés. On allait généralement à l'office le dimanche, les hommes se rassemblaient tou­jours au club du chaudron baveur le premier vendredi du mois et l'on célébrait la fête nationale chaque été selon la tra­dition. Sur la pelouse de la place, la fanfare municipale jouait sous le kiosque drapé de blanc, de bleu et de rouge pour l'occasion. Jadis les habitants se rendaient à ces festivités à cheval ou en cabriolet. A présent ils venaient en break ou en mini, mais les rires et la musique retentissaient comme autrefois. Les enfants jouaient à chat entre les vieux chênes ou se promenaient, main dans la main en dégustant une glace, tandis que leurs grands-parents restaient assis sur les bancs à se remémorer le passé. C'était une ville où l'on tenait beaucoup aux vieilles amitiés, aux vieilles traditions, aux vieux souvenirs. C'était aussi une ville où l'on savait tout de tout le monde.

Harry faisait partie de tout cela. Il aimait ce senti­ment de sécurité, d'appartenance, que cela lui donnait et, depuis qu'il avait onze ans, il avait scrupuleusement évité de faire quoi que ce fût pour s'attirer la cri­tique des colporteurs de ragots. Adolescent, il ne fréquentait que les garçons et les filles qui avaient reçu l'approbation tant de ses parents que de la ville tout entière et ne fréquentait pas les fêtes tant prisées des adolescents américains avec alcool et sexe à volonté. Jamais il n'était en retard, jamais il n'enfreignait les règles de la circulation ni aucune loi importante. Il avait habité chez ses parents pendant ses études universitaires.

Quant à la petite maison qu'il avait louée l'an dernier au nord de la ville, elle était impeccablement tenue. Et aucune des quelques petites amies qu'il avait eu ne pouvait se vanter d'avoir partagé son lit. Il ne vivait pas comme un moine pour autant mais il vivait en suivant certaines règles et oui à près de 26 ans, il était toujours puceau et cela ne le dérangeait pas le moins du monde. Pour lui, faire l'amour était une chose qui ne se fait pas à la légère et il attendait de rencontrer la bonne personne ce qui ne c'était pas encore produit. Harry avait trouvé un vrai foyer, une famille aimante qui le respectait et lui faisait confiance et il s'était juré d'en être toujours digne. Et il avait si bien réussi qu'adulte, Harry Potter était devenu le modèle de la ville de Keaton. Non seulement il était instituteur, s'occupait bénévolement des han­dicapés et de l'alphabétisation, mais il faisait partie de la chorale, participait activement à l'élaboration des kermesses paroissiales et collectait des fonds pour la nouvelle caserne de pompiers.

C'était donc avec résolution qu'il avait éliminé toute trace du petit gamin des rues, impulsif et insouciant, qu'il avait été. Mais ses sacrifices avaient été si bien récompensés qu'il avait toujours eu l'impression que c'était lui qui avait de la chance. Il aimait travailler avec les enfants et se passionnaient pour l'ensei­gnement des adultes. Il s'était façonné une vie par­faite. Mais quelquefois, seul le soir, il ne pouvait chasser le sentiment que tout n'était pas si parfait. Il y avait quelque chose de faux ou de déplacé, comme un manque. Il s'était créé un rôle et ne savait plus trop que faire.

Un an auparavant, quand Cho Chang, la fille du nouvel assistant du pasteur qui était venu aider le père d'Harry, arriva, il comprit ce qu'il aurait dû savoir depuis long­temps : il avait besoin d'une femme et d'une famille à aimer. Il s'était donc rapproché de Cho et tout le monde s'attendait à ce qu'il la demande en mariage, en particulier Cho elle-même, mais Harry hésitait. Maintenant la jeune fille, qui avait trouvé un poste en Floride comme bibliothécaire attendait toujours qu'Harry se décide à lui demandé sa main. Les commères de la ville, aux yeux desquelles la jeune femme aurait été l'épouse idéale pour Harry, avaient été déçues quand Cho était reparti le mois der­nier, juste après Noël, sans avoir de bague de fiançailles au doigt. Cho plaisait aussi à Harry, objective­ment. Sauf parfois, le soir, alors que ces doutes vagues, inexplicables, surgissaient... Il n'avait donc pas pu se décider et l'avait laissé partir en lui promettant toutefois de l'appeler souvent.

A suivre…


Un autre chapitre de terminé. La suite arrive samedi. Bises