Grand-mère et le général faisaient face à Oscar.
« Je m'excuse auprès de vous deux. Je n'ai pas pleinement réfléchi aux conséquences de mes actes » dit t'elle sobrement mais avec sincérité.
« Mais qu'est ce qui t'as prit mon petit ? » demanda Grand-mère.
« Oui, nous aimerions bien connaitre quelle folie vous possède en ce moment mon enfant ? Vous quittez la Garde Royale sans me tenir au courant et maintenant ce mensonge ! » vociféra le Général.
« Ce n'était pas tant un mensonge… » commença t'elle alors qu'André entra avec les deux cognacs que Grand-mère lui avait demandé de servir. Il déposa les verres sur le bureau. La vieille femme avala l'alcool d'une traite mais le général n'y toucha pas.
Il allait partir, lorsque le général le retint.
« Restes André ! Cela te concerne aussi, vu qu' il s'est servi de toi comme prétexte. »
André ne se fit pas prier. Il s'adossa contre le mur se tenant au fond de la pièce. Oscar ne pouvait le voir, il était dans son dos.
« Reprenez donc, vous en étiez à « ce n'était pas tant un mensonge » dit le Général.
« En effet, Vous n'êtes pas sans savoir qu'André risque de devenir aveugle. Grand-mère a du vous en parler »
« Oui »
«Je ne voulais pas reprendre mon service si tôt sans le savoir tiré d'affaire. »
Le général fronça les sourcils. Grand-mère eut un petit sourire de sympathie. Le cœur d'André fit un bond. Il avait donc bien comprit : Oscar l'avait fait passé, lui, avant son devoir.
« Oscar, André n'est plus un enfant, il sait se soigner tout seul, il n' a pas besoin de vous. Vous repartirez donc demain. Estimez vous heureux que je vous laisse vous en tirer aussi bien. » dit le Général
« Non, je ne partirai pas » objecta Oscar.
Grand –mère et André eurent un petit sursaut. Le général tapa de son poing sur le bureau.
« Comment ? » hurla t'il
« Je ne prendrai pas mon service, tant qu'André ne sera pas guéri. Je me dois de rester à ses cotés et de le soutenir dans cette épreuve. »
« Oscar… » murmura André.
« Assez d'enfantillages, Grand-mère prendra très bien soin de lui ! Vous allez faire ce que je vous dis »
« Non, J'ai toujours suivi mon devoir et ma raison plutôt que mon cœur. Si André risque de perdre la vue, c'est en partie ma faute. Je refuse de prendre mon commandement sans lui et il ne peut pas m'accompagner dans l'état où se trouve sa vue. »
« Cette décision n'est pas de votre ressort. Vous allez m'obéir Oscar ! »
« Oscar, tu devrais écouter ce que dis ton père » tenta Grand-mère timidement.
« Non, père, j'ai toujours répondu aux moindres de vos désirs dans le seul souci de pour vous plaire, espérant le moindre petit signe d'estime de votre part. Savez vous Monsieur, combien il me fut terrible d'apprendre par Grand-mère qu'en réalité, je n'étais pas un Garçon, mais une fille lorsqu'elle m'annonça l'arrivée d'un « vrai » petit garçon pour me tenir compagnie au château. »
Oscar serrait les poings
« Cette douleur que j'ai ressenti, à quel point, je me suis sentie rejetée J'étais une fille et vous ne le supportiez pas. Vous m'aviez dit que j'étais un garçon et élevé en tant que tel. Vous ne pouviez m'aimer pour qui j'étais, J'étais trahie et abandonnée. Sachez que ,tout cela, je le ressens toujours, chaque fois que vous utilisez le masculin lorsque vous parlez de moi ou m'adressez la parole. Malgré tout, je voulais que vous soyiez fier de moi. J'avais décidé d'être le plus parfait des petits garçons pour gagner votre amour. André n'était pas encore arrivé que je le considérais comme un ennemi. Je devais tout de suite montrer que j'étais en mesure battre « un vrai » garçon. Sa présence était un défi que vous m'imposiez. Pourtant très vite tout à changé, l'ennemi est devenu source de bonheur et de tendresse. Jamais je n'avais été traitée avec tant d'équité et de respect pour celle que j'étais. Oui une fille !. Il ne feignait pas d'ignorer pas ma nature, lui ! mais en plus il me poussait à me dépasser, à croire que je pouvais y arriver. Je l'impressionnais même. A chaque instants, il me soutenait, me consolait m'encourageait tout en respectant ma fierté, avec lui je n'avais peur de rien. Je l'adorais, il était et reste le pilier qui me permet de résister et d'avancer. »
Oscar prit une grande inspiration. André et Grand-mère avaient les larmes aux yeux. Le général fixait sa fille impassible.
« C'est uniquement à lui que je dois d'être devenue la personne qui se tient ici devant vous. Sans lui, je ne suis rien. Je l'aime père ! D'un amour sans faille et profond qui m'a toujours accompagné au point même d'en ignorer l'existence tant il eut toujours été présent en moi. Je croyais ne pas savoir ce qu'était l'amour, et ne pas avoir le droit d'aimer ni d'être aimé , comment aurais je pu l'être alors que mon propre père , lui-même, ne m'aimait pas ? Mais je me trompais, chaque jour de ma vie, j'aimais et j'étais aimée. Je n'aurais jamais pu affrontée les obstacles comme je les ai fait si cela n'avait pas été le cas. »
Grand-mère pleurait
maintenant à chaudes larmes. Le général était immobile. Il fixait
sa fille. André s'avança vers Oscar.
«J'ai passé
pratiquement 32 ans à ne penser qu'à vos désirs père » André
posa ses deux mains sur les épaules de sa bien aimée
« Mais je ne sacrifierai pas le bien être de l'homme que j'aime plus que tout au monde pour vous. Je veux l'aimer, le chérir , être à ses cotés dans cette dure épreuve comme il l'a toujours fait avec moi. C'est avec lui que je poursuivrai ma tâche d'héritier de la famille et ma carrière militaire comme il en a toujours été! Ne vous méprenez pas, aussi étrange que cela puisse paraitre, je ne vous hais point, je vous aime. Mais vous ne m'imposerez plus jamais vos choix. Je n'ai pas peur de votre colère, vous pouvez même me renier si vous le souhaitez. La balle est dans votre campMonsieur. Quant à moi je veux bien poursuivre d'être « votre fils » mais considérez aussi que je suis une femme aimante et aimée et qu'à partir de ce jour, André demeurera ma seule priorité»
La voix d'Oscar n'avait jamais failli. Elle était restée ferme et déterminée. Elle toucha l'une des mains d'André appuyée sur son épaule puis la serra très fort.
A suivre.
