Relecture Brynamon.
Merci pour vos alertes et favoris !
Merci à Caro19 et Supergirl971 pour leur review. Je n'en ai jamais assez.
En réponse à la tienne Marina : Félicitations ! Fille ou garçon ? Je suppose que les nuits sont courtes avec ton bébé. Alors je te remercie d'autant plus de me lire. J'apprécie toujours autant tes reviews. Il y a eu plein de rebondissements en effet. Tu veux voir la relation de Jake et Bella évoluer, ce chapitre amorce un tournant dans leur relation.
Merci d'avoir patienté. J'ai plaisir à vous retrouver avec ce chapitre dont les deux tiers sont consacrés à mon couple favori.
Bonne lecture.
Chapitre 10 : Mon ami, mon amour, mon ennemi.
POV JACOB
Trois jours avant.
Bella me fit part de son besoin de retourner dans sa prison dorée avant de quitter la propriété. Elle ouvrit la porte avec lenteur et pénétra dans une maisonnette qu'elle éclaira progressivement. Je restai sur le seuil, elle me demanda de la suivre. Elle sortit de sous son manteau, un large couteau. Perplexe, je l'observai se diriger vers le fauteuil qu'elle éventra, elle raya chaque meuble, brisa les miroirs, alla dans la chambre et procéda pareillement avec le matelas, les oreillers, les draps et la couverture. Elle ouvrit l'armoire et lacéra chaque vêtement avec violence.
-Pourquoi ne me laisse-t-il pas ? Pourquoi ne pourrit-il pas en enfer ? Hurla-t-elle.
Elle tremblait, je craignais un accident. Je m'approchai, l'obligeai à s'éloigner, évitant un coup malheureux. Elle hoqueta pensant m'avoir touché, lâcha le couteau et couvrit sa bouche de ses mains en étouffant un cri. Je me détournai pour retourner à l'entrée et attendis qu'elle se calme, je supportais mal de la voir ainsi. Il était urgent de partir loin d'ici.
Elle récupéra un cheval dans la sellerie. J'étais contre mais elle refusait de me contraindre à la porter de nouveau. Comme si cela me gênait !
Alors que nous allions aussi vite que nous le pouvions pour nous éloigner de cet endroit, ralenti par ce cheval pas très frais, j'évitais de réfléchir. Je ne savais pas où nous allions ni ce que l'avenir nous réservait. J'attendais l'aube pour redevenir moi, j'avais tant de choses à lui dire…
-Jacob…
Je ralentis, alarmé par le ton de sa voix.
-Je suis fatiguée, souffla-t-elle.
Nous nous arrêtâmes après quelques minutes, nous n'étions pas loin de la rivière que nous avions traversé la première fois. Nous avions donc parcouru une bonne distance. Quand nous y fumes, elle descendit d'un pas lourd et serra ses bras autour d'elle, transi malgré son manteau. Elle fit ensuite un tour d'horizon, se dirigea vers le coin d'herbe pour s'y asseoir, non sans avoir attaché son cheval et ôta son sac pour le poser non loin.
-Il y a un change que Thad m'a donné. Ce sera peut-être un peu juste pour toi…
J'opinai avec gratitude, puis restai planté là, face à elle, indécis. Elle me fixa intensément, les yeux papillonnant. Je m'approchai et m'allongeai derrière elle. Elle se coucha sur mon flanc et s'endormit le visage enfoncé dans mon cou. Elle était épuisée. Sa proximité me bouleversait, je contemplai son visage éclairé par le restant de lune. Un visage parfait abimé par son propre père. Je ne pouvais plus ignorer son besoin de vengeance qui était fondé. Je songeai au reste de ses blessures, et aux stigmates résultant de l'intolérable cruauté de ce vampire. J'avais ressenti beaucoup de satisfaction à le réduire en pièces sur le moment mais maintenant je me sentais malheureux parce qu'elle avait peur qu'il revienne et que je n'avais rien fait pour empêcher ça. Elle avait trop souffert, avaient été bafouée et humiliée trop longtemps, c'était un miracle qu'elle me fasse confiance.
Je craignais tant qu'elle ne se sente gênée en ma présence. J'avais été si horrifié de ce qu'elle avait subi que je n'avais pas eu le temps d'être troublé par sa nudité mais elle…
Les choses risquaient d'être compliquées entre nous. Notre histoire avait mal commencé. Notre histoire…
Je m'avançai peut-être.
Je humai son odeur, écoutai sa respiration, fixant la lune, incapable de dormir, je n'étais pas fatigué. Le temps s'étira puis la lune s'effaça lentement pour laisser place à l'aube. Les picotements annonciateurs de la fin de ma phase m'obligèrent à me dégager doucement pour me redresser. Je récupérai le sac, saisissant la lanière entre mes crocs puis m'éloignai en silence pour me préparer à réintégrer mon corps. C'était moins douloureux que l'inverse et un peu plus rapide. J'espérai que les loups encore prisonniers allaient être libérés par Emmett. J'étais soucieux de les avoir laissés là-bas mais il fallait que j'éloigne Bella.
Je fouillai dans le sac, en sortis un pantalon sombre en coton grossier et un maillot de corps blanc passé. Je me rendis compte que j'avais besoin d'un bain. Je me faufilai discrètement et m'engouffrai dans l'eau fraiche. Je surveillai Bella d'un œil. J'avais envie qu'elle se réveille pour la prendre dans mes bras. Je fis plusieurs plongeons, nageai encore et encore puis pensai à me laver. Le soleil était bien levé quand je pensai à en sortir. Je n'avais rien pour me sécher, le soleil ferait l'affaire. Je m'exposai, avec un étonnante et revigorante sensation de liberté. J'étais libre, j'étais amoureux, j'étais heureux…
Bella s'agita, je m'habillai prestement et la rejoignis. Elle s'assit, complètement hagarde, cherchant où elle était. Elle me remarqua, me regarda m'asseoir à ses cotés, confuse. Elle était encore très fatiguée, elle n'avait dormi que trois ou quatre heures. Je m'enhardis à lui caresser la joue du dos de la main, refoulant toute autre envie.
-Tu devrais dormir encore un peu.
Je me troublai sous les yeux froids qu'elle posa sur moi, puis elle se détourna brusquement et se leva. Elle rejoignit les fourrées et s'enfonça dans la forêt. Elle revint une bonne minute plus tard. Elle se rapprocha de son cheval :
-Nous devons nous éloigner, retournons chez ma mère pour la rassurer et nous mettre à l'abri.
Je la dévisageai sans mot dire, douloureusement rejeté. Elle se frotta le front, visiblement soucieuse.
-Tu ne crains rien avec moi.
Elle resta muette un long moment, fixant le sol.
-Il vaut mieux que je parte seule.
Je fus près d'elle en un claquement de doigt, lui attrapai la main, supportant mal les débordements de mon cœur malmené.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
Elle chercha à se défaire, colérique.
-Laisse-moi partir !
-Non.
Je persistai à garder sa main, essayant de comprendre. Sa colère cachait autre chose. De la peur ?
-Tu ne dois plus avoir peur, Bella.
-Ah oui ? Vraiment ?
Elle darda sur moi des yeux inquisiteurs et durs. Je cillai.
-Je… je sais que je n'ai pas su les empêcher de te faire du mal mais…
Elle arracha sa main de la mienne, se boucha les oreilles.
-Arrête ! Arrête ! Ne dis plus rien !
Qu'avais-je fait qui mérite tant de rancune ? Devant mon silence prolongé elle daigna me jeter un coup d'œil. Toute colère s'estompa de ses traits, elle se laissa abattre. Je restai perplexe, sur mes gardes, ne sachant plus comment réagir…
-Je m'en veux tellement, murmura-t-elle enfin.
-Mais de quoi donc ?
-De t'avoir entrainé dans ma chute.
Je commençai à comprendre.
-Tu ne m'as entrainé dans rien. Tu m'as dit de rentrer à Forks et je t'ai suivie en toute connaissance de cause.
-Je ne veux pas qu'il te fasse encore du mal par ma faute.
Sa voix trembla un peu. Je fis un pas vers elle dans un élan, elle recula.
-Si tu restes avec moi, c'est ce qui va arriver, continua-t-elle, malheureuse.
Je m'exaspérai, ne voyait-elle pas que cela m'était égal ?
-Tu n'en sais rien.
-Je le sais ! Et cela je ne peux l'accepter. Tu dois continuer sans moi.
Je ne pouvais croire à ses dernières paroles… pourtant cet air déterminé qu'elle affichait…
-Dis-moi franchement les choses Bella, ne te caches pas derrière des excuses.
Je perdais confiance. Elle me regarda sans comprendre.
-Pourquoi me repousses-tu ? Quel est le vrai motif ?
-Je ne t'apporte que du malheur. Et cela continuera. Et …
-Et quoi ?
-Regarde-moi enfin ! Peux-tu réellement souhaiter une femme comme moi, une femme esquintée qui ne tourne pas rond.
Plus que n'importe quoi oui…
Je n'eus pas le temps de répondre qu'elle enleva son manteau, commença à défaire sa robe.
-Regarde ! Cria-t-elle, à bout de nerf.
Je l'en empêchai, me faufilant derrière elle pour rattacher ses habits.
-Je sais tout ça Bella. Je ne risque pas d'oublier.
Je ne saisissais pas sa réaction, pourquoi se rabaissait-elle ? Je l'enveloppai de mes bras.
-S'il ne s'agit que de cela, sache que ça n'a aucune incidence sur mes sentiments et tes blessures morales je t'aiderai à les guérir.
-Comment ? M'interrogea-t-elle sans conviction.
-Avec tout mon amour.
Voilà c'était dit. Je retins mon souffle, comme elle retenait le sien. Elle se retourna vers moi et m'enserra la taille avec force, le visage enfoui dans mon cou. Il y eut un instant infini où je m'envolai dans une plénitude proche du Paradis.
-Merci… Jacob.
Elle se détendit. Le vent soufflait sur nous. Elle resserra son étreinte. Mon calme se dissipa, mon corps s'affolant à son contact plus intime et je n'y pouvais rien, mon imagination s'enflammait, je pris sur moi et la repoussai à contre cœur.
-Nous devons y aller. Nous pourrons nous reposer en paix chez ta mère. Ensuite nous aviserons.
Elle acquiesça, prise de court, toujours bouleversée. Je me demandai qu'elle vision je lui offrais. Elle récupéra son manteau qu'elle enfila avec grâce.
-Je vais me changer, la prévins-je.
Elle me tendit la main.
-Et si nous marchions un peu.
-Ce n'est pas raisonnable.
Mais je cédai, lui tendant déjà la main, elle entremêla ses doigt aux miens, me sourit. Un sourire que je ne lui avais jamais vu. J'étais privilégié. Je nageai en plein bonheur.
OoooO
Alors que nous marchions depuis un long moment sans dire un mot, je vivais l'instant, écoutant le bruissement des feuilles, le chant de certains oiseaux, la douceur du vent. Elle avait les rênes de son cheval en main qui nous suivait. Elle aussi était attentive à ce qui nous entourait, libérant une paix que je n'espérais pas voir en elle. Nous formions un contraste, elle si élégante et moi si mal fagoté, pieds nus. Mais pour la première fois, j'avais la sensation qu'elle avait définitivement abaissé ses barrières et que nous formions un tout.
Le soleil était là, persistant, malgré le temps frais, il arrivait peu jusqu'à nous, se reflétant essentiellement sur les feuilles des arbres créant un ciel enchanteur. Elle me proposa de nous arrêter pour manger un peu. Elle me lâcha la main, son contact me manqua. Elle s'empara du sac, me montra un coin d'herbe où nous nous installâmes. Elle avait de l'appétit mais pas autant que moi. Elle se ferma brusquement.
-Que se passe-t-il ?
-Rosalie…
Je compris son changement d'humeur.
-Nous n'aurions pas dû la laisser.
-Elle est avec son mari, il saura la protéger.
-Tu en es sûr ?
-J'en suis persuadé.
Je l'étais réellement. Elle se concentra sur le sol, les yeux dans le vague. Elle s'éloignait. Je lui attrapai la main dans une urgence incontrôlable.
-Et si nous reprenions notre promenade ?
Elle accepta, retrouvant une mine naturelle. Nous reprîmes donc notre route, son cheval piétinant nonchalamment derrière nous. Elle rompit le silence après quelques minutes :
-Je ne connais même pas ton nom de famille.
Ni moi le sien, réalisai-je.
-Jacob Black.
-Enchanté Jacob Black, moi je me nomme Isabella Swan, mais je préfère que l'on m'appelle Bella, tu le sais déjà.
-Et moi mes proches m'appellent Jake.
-Jake…hum… Et dis-moi Jake, tu sais des choses sur moi mais je ne sais rien de ton passé, parle-moi de ta vie, de ta famille, d'où viens-tu ? As-tu des frères ou des sœurs ?
-J'ai vingt ans, je viens de la réserve indienne de Colville dans le comté de Stevens.
-Je ne vois pas où cela se trouve.
-Ce n'est pas la porte à côté, nous sommes situés au Nord-est de l'état, à la frontière canadienne.
-Comment tu as pu arriver jusqu'ici ?
Je n'avais pas envie d'en parler, elle le remarqua et changea de sujet.
-Moi je suis née à Neilton et j'y ai toujours vécu. J'ai vingt-et-un ans et je suis fille unique.
-J'ai deux sœurs de quatre ans mes ainées. Des jumelles.
-Je n'ai jamais vu de jumeaux, cela doit être fascinant.
-C'est compliqué de vivre parmi elles.
-Pourquoi ?
-Elles font tout ensemble. Je me suis fait une raison et mes parents aussi…enfin jusqu'à il y a quatre ans. Ils s'arrachent les cheveux pour les séparer depuis.
-Pourquoi les séparer ?
-Comment leur trouver un mari si elles sont inséparables ?
-A croire que c'est le destin de toute femme de trouver un bon mari qui travaille dur et qui lui soit fidèle.
-La vie est ainsi. N'est-ce pas ce que tu souhaites ?
-Je souhaite vivre libre. Je ne sais pas vraiment ce que je souhaite de plus. Je ne veux pas être sous la coupe de quelqu'un, je ne veux plus de violence, de manque de respect. Je ne suis pas une chose.
J'opinai sans un mot, conscient de ce qui la rendait si méfiante et si réfractaire.
-Je n'ai pas grand-chose à t'offrir Jake, exprima-t-elle dans un murmure.
Je me gardai bien de la regarder, complètement retourné par cet aveu si intime et si explicite.
-Ne te soucie pas de ça, j'en ai plus que ce que j'espérais et cela ne fait que commencer.
POV BELLA
J'appréciai la douceur de la main chaude de Jacob se mêlant à la mienne. J'appréciai sa franchise. Une question me turlupina cependant :
-Tu n'as pas de promise qui t'attend chez toi ?
-Quelques unes oui.
Je ne pensais pas que cela me ferait si mal. Je m'arrêtai, il en fit de même et devant mon air contrarié, il éclata de rire.
-Non, ce n'est pas vrai, je n'ai personne qui m'attend.
Je le poussai de l'épaule, faussement fâchée. J'étais soulagée. J'étais passée très rapidement à la possession, sentiment étrange et confus, très nouveau.
-Ce n'est pas drôle.
-Je suis du genre taquin. Cela a tendance à agacer.
-Je le saurai maintenant.
Il rit de nouveau en reprenant notre promenade. Il était lumineux, je le découvrais réellement, le contemplant avec des yeux neufs et émerveillés. Il était pur et contrastait avec toute la noirceur que j'avais connue. J'étais attirée par lui, par son aura, par sa force et sa confiance en la vie. Il mettait tous ses espoirs en moi, persuadé que j'étais celle qu'il lui fallait. Et si ce n'était pas le cas ? Et si je le décevais ? Et si je n'arrivais pas à lui donner mon cœur ? Partirait-il ? Cette idée m'attrista si violemment que je m'arrêtai de nouveau.
-Ne t'inquiète pas pour l'avenir.
Surprise, je l'étais qu'il puisse si facilement savoir ce à quoi je pensais.
-Comment arrives-tu à deviner ce que je ressens.
-Je suis attentif, c'est tout. Et je vois aussi que tu es fatiguée, nous devrions reprendre la route.
Il avait raison, mais je voulais encore lui parler, entendre sa voix, sentir sa main dans la mienne.
-Bon d'accord, dit-il avec une résignation amusée. Je ne me transforme pas mais dans ce cas, permets-moi…
Il me lâcha la main et me souleva dans ses bras, m'obligeant à lâcher les rênes.
-…de te porter quelques minutes.
Il ne souffrait nullement de mon poids comme si je ne pesais rien. Je ne contestai pas, toujours sous le coup de notre compréhension mutuelle si inexplicable. Je percevais la contracture de ses muscles, il était fort, réellement. Je me sentais en sécurité. Être si près de lui me rappelait que je ne connaissais rien aux relations homme/femme. Je connaissais le désir souvent malsain des hommes mais j'ignorais ce qu'une femme pouvait ressentir au contact d'un homme qu'elle appréciait. La chaleur habituelle qu'il me procurait se déplaça vers une zone jusqu'ici insensible. Gênée, j'enfouis mon visage profondément dans le creux de son cou, près de son oreille, fut surprise par son odeur, un mélange brut et enivrant. Je posai une main de l'autre côté de son cou, le respirai bruyamment, inhalant son essence, amplifiant un besoin de contact primitif. J'eus un soupir de contentement. Mes lèvres s'égarèrent sur sa veine qui battait. Il s'arrêta et me reposa au sol. Je fixai le dit sol, embarrassée.
-Je t'ai mis mal à l'aise, j'en suis navrée, je…
Comment lui expliquer ? J'avais été submergé par un déferlement inopiné et extrêmement puissant et ne plus être dans ses bras était un supplice. J'étais en pleine confusion en lui refaisant face, je me perdis dans ses yeux qui étincelaient d'un milliard de diamant noirs, respirant lui aussi avec difficulté. Nous étions dans une situation qu'aucun de nous ne maitrisait et qui s'éternisait. Le temps se mit en suspend. Que convenait-il de faire ? Mes sens exacerbés me réclamaient à corps et à cri de retourner dans ses bras. Je le vis faire quelques pas, réduisant à néant notre séparation. Il attrapa mon visage, déployant ses immenses mains, me dévorant des yeux avec passion. Une passion amoureuse et non possessive.
-Puis-je ?
J'avais déjà fermé les yeux, je les rouvris, découvrit son hésitation. Il me demandait la permission. Je fondis comme neige au soleil et soupirai un oui impatient. Il apposa ses lèvres délicatement comme s'il craignait de me faire mal. Ma lèvre inférieure me picota, me rappelant qu'elle était fissurée. Cependant cela s'estompa aussi vite, j'étais dans la découverte, réceptive à sa chaire, bouleversée par le bonheur que me procurait cette intimité. C'était chaud, c'était doux et merveilleusement addictif. Je voulais que cela ne se termine jamais. Il y mit fin pourtant, je protestai, essayant de renouer le contact.
-Bella…
Il ne m'en fallut pas plus pour agripper son cou, l'attirer étroitement contre moi et l'embrasser plus ouvertement, laissant courir mon instinct. Il n'y eut rien de plus naturel que d'accueillir sa langue contre la mienne. S'il avait pris l'initiative de ce baiser, il n'était plus maitre de rien. Je caressai ses cheveux, je voulais ne faire qu'un. Ses mains glissèrent jusqu'à mon cou puis mes épaules et s'aventurèrent dans mon dos, sur ma taille qu'il pressa sur la sienne. Je pris conscience de son envie. Il me repoussa brusquement, ôta mes bras de son cou. Je protestai de plus belle.
-Ce n'est pas très élégant de ma part. C'est même très inconvenant, se justifia-t-il.
-Mais…
Il se détourna.
-J'ai besoin d'une minute.
Il s'éloigna. Cette rupture brutale fut terrible. Je m'enveloppai dans mes bras, de nouveau en insécurité.
OoooO
J'étais pressée d'arriver chez ma mère. J'étais pressée de reprendre là où nous en étions restés Jacob et moi.
Devant chez ma mère, je le laissai se rhabiller et allai frapper à sa porte, non sans avoir déposé mon cheval derrière, anxieuse de son accueil. Personne. J'insistai. Toujours rien. Elle était peut-être sortie. Je fis signe à Jake qui quitta le bois. Je pris la clef camouflée sous la plante et ouvris la porte. J'appelai à tout hasard mais rien. Je me dirigeai vers la cuisine, la bouilloire était encore chaude. Elle était partie il y a peu.
-Tu veux déjeuner lui proposai-je, cherchant à casser le silence entre nous.
-Si tu veux.
Je m'affairai et nous mangeâmes ensuite en silence. Je le couvais des yeux sans honte, espérant un geste de sa part vers moi. Ma main chemina doucement vers la sienne. Il se leva pour débarrasser :
-Tu as fini ?
-Oui, oui.
Il entama la vaisselle. Je m'en étonnai, peu habituée à voir un homme effectuer des tâches ménagères.
-Je vais à la salle de bain, lui précisai-je sans conviction.
En sortant de mon bain, j'évitai de m'examiner dans la glace et m'entourai d'une serviette pour rejoindre ma chambre. J'enfilai l'une des rares robes que j'avais ici, elle était fluide et très longue, dans les tons bruns. Je m'assis sur le lit pour démêler mes cheveux. J'avais mal à mon bras toujours entouré de bandages, j'avais mal partout en réalité. J'étais fatiguée. Je m'allongeai en travers de mon lit. Le contrecoup des évènements me tomba dessus. Je fis tout mon possible pour ne pas sombrer dans la peur. Ici j'étais en sécurité et Jake veillerait sur moi. Je me redressai d'un bond, dans un ultime effort.
-Jake ? L'appelai-je.
-Je suis dans le salon.
Je fis des pas lents et trainants pour le rejoindre. Il était assis, plongé dans la lecture d'un livre.
-Que lis-tu ?
Je m'assis à ses côtés puis posai ma tête de côté sur ses genoux. J'allongeai mes jambes dans la foulée. Il déposa le livre, attrapa un coussin qu'il glissa sous ma tête.
-Rien. Je cherchais un moyen de ne pas te rejoindre dans la salle de bain.
-Pourquoi n'es-tu pas venu ? M'enhardis-je.
-Bella…Tu ne me rends pas les choses faciles.
-Tu te compliques la vie.
-Je n'ai pas été élevé ainsi. J'ai des principes. Nous sommes déjà allés très loin. Je ne veux pas te compromettre.
J'éclatai de rire. Il se braqua. Je me déplaçai sur ses genoux pour enfin le voir. Il était mécontent. Je perdis mon sourire, peu habituée.
-Tu ne peux compromettre ce qui a déjà été compromis Jake.
Il fronça les sourcils.
-Pas de cette manière c'est exact mais cela ne change rien, je ne suis plus intacte. Je me sens souillée. Pourtant cela ne t'a pas empêché de…
Je me tus, ne sachant comment formuler ma phrase. Il ne m'aida pas non plus.
-Tu sembles vouloir faire les choses d'une certaine manière, je le conçois mais dans ma vie je n'ai rien connu de tel. Ma mère était enceinte de moi sans être mariée. Elle a été battue par mon père régulièrement. Je n'ai pas eu d'affection paternelle et les amis de mon père avaient trop d'attentions envers moi.
Il se crispa, horrifié. Je me rendis compte de l'impact des paroles que j'avais prononcées sans émotions. Je m'en voulus de lui faire subir cela. J'aurais mieux fait de tout garder pour moi.
-Je n'ai connu que la peur et la soumission et quand mon père a manqué de tuer ma mère, j'ai compris que je ne voulais jamais aimer personne.
Je vis son visage plonger dans une profonde tristesse.
-Cela a perduré quand j'ai été mise dans les mains de James. J'ai gardé l'envie de vivre uniquement pour me venger de mon père. Mais je savais qu'en le faisant je perdrais mon âme et que j'étais condamnée à vivre seule et malheureuse. Jamais je n'aurais pu imaginer un autre destin. Jamais je n'aurais pu imaginer que quelqu'un parviendrait à me redonner envie de croire en la vie. Une vie meilleure, une vie sans vengeance.
-Tu comptes laisser ton père en vie ?
-Je le ferai pour toi.
Il se troubla. J'examinai ses traits si parfaits auquel il tentait de redonner contenance.
-Non, tu dois renoncer pour toi-même sinon tu finiras par m'en vouloir.
Il avait encore raison. Il me caressa les cheveux sans un mot, à nouveaux soucieux.
-Et l'autre sangsue ?
Je me raidis. Que voulait-il me poser comme question ? Il resta muet. L'angoisse me prit aux tripes.
-Je ne veux pas que tu ailles le tuer, soufflai-je.
-Il doit payer.
Il avait parlé avec calme et détermination.
-Si je renonce pour mon père, tu dois renoncer pour James.
-Je le voudrais mais…
-Si c'est à cause de moi, renonce.
-Mais jamais tu ne seras heureuse.
-Cela me regarde, si je n'étais pas là, aurais-tu été te venger ?
Il ne prit même pas la peine de s'interroger, cela coulait de source :
-Oui. Mais cela n'aurait pas été de la vengeance, plutôt un juste retour des choses afin de rétablir l'équilibre du monde.
Je le sondai, cherchant à déchiffrer ses motivations. Il m'apparut clairement qu'il avait des idées bien définies. Cela me ramena à notre précédent sujet de conversation.
-Tu es quelqu'un d'entier. Nous nous ressemblons. Seule notre éducation diffère. Mais sache que je ne me moque pas de tes principes c'est juste que je ne les comprends pas. C'est irréel pour moi. Tu sembles provenir d'un autre monde.
-Non, je suis comme chaque homme devrait être.
Je lui effleurai la joue. Il tressaillit.
-Non, tu es unique et je suis heureuse de t'avoir rencontré.
Je fermai les yeux et commençai à m'engourdir, profitant de ses mains dans mes cheveux.
-J'espère que je t'aimerais comme tu le mérites…murmurai-je.
Je plongeai alors dans un sommeil réparateur.
POV ROSALIE
Ce matin
Le réveil fut difficile. J'avais mal…
Le temps de reconnaitre l'endroit, je me redressai pour me rallonger en criant de douleur la main sur mon ventre. Il y eut un mouvement près de moi, je criai de plus belle jusqu'à ce que le visage d'Emmett remplisse mon champ de vision. Je rêvais ? Sa main chaude sur ma joue me prouva que non. Je tentai de me rappeler les derniers évènements, déboussolée de le voir ici.
-Rendors-toi, tu as besoin de repos.
Mon angoisse augmenta. Repos pourquoi ? Je défis mes vêtements de nuit, dénudant des sutures. Je paniquai.
-Tu as été blessé mais tu as été soignée par un médecin compétant, tu vas te remettre si tu te reposes. Sinon tu risques une hémorragie.
-Je ne veux pas rester ici ! Criai-je hystérique. Il va…il va…
Je ne pouvais extérioriser ma peur, comment étions-nous encore en vie ? Emmett était calme. Il était toujours calme, ce n'était pas révélateur.
-Il ne va rien te faire. Il est mort.
Je secouai la tête frénétiquement, craignant que ces mots prononcés nous portent malheur. Il s'allongea à mes côtés, s'appropriant les trois-quarts du lit, me ramenant à lui.
-Il est mort je t'assure tu ne dois plus avoir peur.
-Comment ?
-Comment quoi ?
-Comment es-tu parvenu à me retrouver ?
-Je t'ai cherchée sans répit et je puis je me suis laissé prendre sur les conseils d'un autre loup qui était persuadé que je te trouverai dans un domaine. Il avait entendu parler d'une recrudescence d'enlèvements d'humains pour servir les Sang-Froid.
-Tu as pris des risques.
-Je ne pouvais pas vivre sans toi.
Un bien-être m'envahit, repoussant l'horreur de ces derniers mois. D'autres souvenirs plus heureux me ramenèrent à une autre constatation : il était là. Il était là…
Je me blottis dans ses bras, en pleurs. Je n'arrivais pas à savoir ce que je ressentais : de la joie ? De la peur ?
-Ne pleure pas.
J'écoutais les battements puissants de son cœur, me refamiliarisant avec son odeur. Il me berça et la peur diminua. Je sombrai dans le sommeil à nouveau.
Des voix me forcèrent à m'éveiller. Je ne voulais pas, j'étais si fatiguée. Ma tête me tournait, ma bouche était pâteuse. Je sentis le froid du verre contre mes lèvres et le goût de l'eau sur ma langue. Avais-je demandé quelque chose ? Cela me fit un bien considérable.
Je perçus vaguement le médecin me palper, un produit froid me crispa et il me força à ingurgiter un sirop infâme. Ils parlèrent un moment. La voix d'Emmett toujours aussi sereine m'aida à me rendormir.
La nuit était là quand je rouvris les yeux, j'avais une envie pressante. Mince ! Comment faire. Je me levai avec courage et m'assis, nauséeuse. Je n'étais pas dans ma chambre, heureusement. Je ne l'aurais pas supporté sachant Emmett à mes côtés.
Debout, je tanguai dangereusement. Il franchit le seuil au bon moment, me rattrapant in extremis alors que je voyais le sol d'un peu trop près. Il me réprimanda, je lui expliquai.
-Il y a un pot de chambre juste là, me précisa-t-il.
-Non ! Me crispai-je. Jamais de la vie ! Emmène-moi dans la salle de bains.
-Tu es têtue, sourit-il, soucieux malgré tout.
Il me souleva comme une plume, c'étais si bon d'être dans ses bras.
OoooO
Je dinais d'un plateau délicieux qu'il m'avait préparé. Il me narra à ma demande ce qui s'était passé hier soir.
-Il n'y a plus personne ici alors, constatai-je.
-Non. Bella a été chercher le médecin et quand il a terminé et a jugé que tu étais hors de danger elle est partie avec Jacob.
-Qui est Jacob ?
-Le loup brun-roux.
Ma cuillère se suspendit.
-Tu veux dire … ?
-Je ne veux rien dire, ils sont partis tous les deux. Voilà ce que je sais. J'ai ensuite libéré les loups restant ce matin. Il n'y a que nous ici.
-Je veux rentrer à la maison.
Il s'attrista :
-Tu sais bien que…
-Oui je sais mais je veux retourner là-bas, je veux offrir une sépulture à mon père et je veux reconstruire notre foyer.
Il hésitait. Je le contemplai avec soin. Je ne me lassais pas de le faire redoutant d'être privé de lui de nouveau dans un futur imminent. Il se questionnait intérieurement. J'attendis.
-Tu sais que je ne saurais rien te refuser pourtant cette idée me parait être déraisonnable.
-Je le dois à mon père, je dois m'occuper de sa succession et continuer ce qu'il a entrepris.
Il était perdu.
-Il s'occupait de l'orphelinat bénévolement et faisait des dons à l'église catholique régulièrement.
-Je n'étais pas au courant.
-Il n'en parlait pas, il n'était pas homme se vanter.
-C'était un homme bon, il ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Et nous non plus.
Il posa sa main sur mon ventre, les yeux brillants. Il pensait à notre bébé. Jamais je ne lui dirai ce qui s'était passé, mais je devais le prévenir de ma stérilité. Le chagrin me tomba dessus comme l'effondrement d'une bâtisse. Je repoussai le plateau et me rallongeai, les yeux fermés puis les rouvris, terrorisée par les images des flammes dévorant mon père sans qu'il ne puisse se défendre. Je suffoquai…
-Emmène-moi loin d'ici, je t'en supplie, hoquetai-je en tendant les bras vers lui.
La seconde suivante j'étais dans ses bras, entourée de ma couverture et dévalant les escaliers. L'air extérieur me saisit et me calma. Il voulut avancer, je lui demandai une dernière faveur. Il me hissa suffisamment haut pour que j'attrape une lanterne. Je lançai celle-ci de toutes mes maigres forces sur le perron qui prit feu doucement. Il reprit sa route, je m'autorisai un dernier coup d'œil une fois bien éloignés et profitai quelques secondes du spectacle de la maison en feu regrettant qu'il ne soit pas à l'intérieur pour être sûre qu'il ne viendrait pas me hanter.
POV RENEE
Ce matin
Depuis le départ de Bella il y a deux jours, je tournai en rond dévorée par l'angoisse. J'avais attendu, espéré qu'elle me revienne sans dommage. Je savais qu'elle ne renoncerait pas, je n'avais pas su la convaincre, je n'avais pas trouvé les mots. Mais comment lui en vouloir alors que je brulais de cette même haine contre lui. La solitude n'avait fait que renforcer cet état. La mort de Phil avait été la pire chose que je n'ai jamais vécue, même mon agression ne m'avait pas paru plus cruelle. J'avais compris ce que c'était d'aimer réellement quelqu'un et d'être aimée en retour dans le respect et la confiance.
Je ne pouvais faire confiance à cette pourriture de Charlie Swan. J'avais passé deux nuits blanches. Ce matin en me levant j'avais compris que Bella ne reviendrait pas. Il l'avait soit tuée soit redonnée à ce monstre sanguinaire. Et cela fut le déclencheur. Je ne pris pas le temps de petit-déjeuner et quittai la maison, déterminée.
J'avais marché longuement jusqu'à chez mon plus proche voisin à qui j'empruntai un cheval en échange de quelques œufs et quelques légumes de mon jardin. La route me parut interminable…
Il était déjà midi quand je franchis les frontières de Neilton, le cœur déchainée. Cela faisait si longtemps que je n'étais pas revenue ici. Pourtant je n'eus aucun mal à me diriger dans cet environnement hostile. Je voulais ma fille, je voulais savoir ce qu'il en avait fait et je voulais lui faire payer sa dernière misérable action. Je me fis violence devant mon ancienne demeure. Une belle demeure faisant office de prison. Je descendis et poussai le portail, j'attachai le cheval et avançai sans réfléchir plus longtemps. Mon sang bouillonnait, ma tête martelait sans arrêt le prénom de ma fille. Devant la porte je poussai la poignée sans frapper. Elle ne s'ouvrit pas. Je tambourinai violemment pressée d'en finir avant que le courage ne me fasse défaut. Quand la porte s'ouvrit, je sursautai mais ce ne fut pas lui en face de moi mais une jeune fille, une infirmière. Je la repoussai sans ménagement et m'engouffrai dans toutes les pièces, la jeune femme sur mes pas.
-Madame…
-Où est-il ? Sifflai-je en l'agrippant.
-Là-haut, m'éclaira-t-elle très pâle devant mon air féroce.
Je n'eus pas le temps de monter, il était déjà dans les escaliers, vêtu d'un peignoir en velours sur ses vêtements de nuit, une canne en main, il vacilla en me voyant. Je me renforçai en découvrant son handicap. Je priai la jeune femme de partir. Il était muet de stupeur, elle en profita pour fuir. Je n'étais donc pas la seule à avoir peur de lui. Je le toisai avec fureur (et un peu de crainte).
-Où est Bella ?
Silence.
-Où est-elle ! Hurlai-je à bout de nerf.
La fatigue se faisait ressentir, mes jambes flageolaient. Il tenait la rampe et descendit une marche. J'en montai une. Il en descendit une autre et j'en remontai une.
-Comment est-ce possible ?
-Tu n'as pas bien fait ton travail, espèce de monstre. J'ai survécu et Bella le savait. Elle est venue me voir régulièrement dès que tu t'absentais.
Il serra sa canne. Ses traits déformés par la rage.
-Et quand elle s'est enfuie de cet enfer où tu l'as envoyée elle est venue se réfugier auprès de moi. Oui moi sa mère.
Il fulminait
-Comment as-tu pu l'envoyer là-bas ? M'effondrai-je malgré moi. Je croyais que elle au moins tu l'aimais !
-Elle est trop comme toi, c'est une incapable qui ne sait que se plaindre et ne pas obéir.
Je blêmis sous l'évidence du peu d'amour qu'il lui portait. Comment avais-je pu me tromper de la sorte ?
-Où est-elle ?
-Je l'ai renvoyée là-bas.
-Non ! M'époumonai-je en montai les marches comme une hystérique.
Devant lui cependant, je ne pus esquisser le moindre geste, figée par ses yeux bruns malfaisant. Il eut un rictus tout en soulevant sa canne avec laquelle il me frappa violemment au visage. Mon nez explosa, je vis des étoiles et réalisai avec horreur qu'il m'avait poussé avec force dans le vide, mon corps se désarticula inexorablement et dans des craquements atrocement douloureux à chaque impact m'emmenant vers une mort certaine, mes dernières pensées allèrent vers Bella et Phil avant que ma tête ne heurte le sol carrelé.
J'attends votre avis.
J'ai posté 3 chapitres de « Blanche-Neige et le Chasseur » depuis la dernière fois pour ceux que ça intéresse.
La suite rapidement.
