Chapitre 10
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Lorsqu'il s'impatiente de ne pas la voir choisir, il demande les bagues les plus chères de la boutique, et leur jette un coup d'œil hautain.
Elle tourne les talons et sort à grands pas.
« Elle a du caractère, votre demoiselle… ! Bon coura-age ! » lance la vendeuse. Il l'ignore.
Elle ne mérite pas mieux.
Et lui a assez joué.
« Hermione ! »
Elle ne s'est pas contentée de sortir, elle part.
« Hermione, franchement… Qu'est-ce qu'il te prend… ? »
Elle fait volte-face.
« Qu'est-ce qu'il me prend ? »
Il se fige.
Parce qu'elle pleure.
« Tu ne manques pas de… De culot ! Tu te fous de ma gueule et tu oses me dem- »
Et quelque chose se brise en lui.
« Putain, mais tu ne m'écoutes pas ? Pourquoi ne me crois-tu pas ? Bien sûr que je veux t'épouser, si cet enfant est bien le mien…
-Quoi ? » Elle a un mouvement de recul.
Un second.
Puis elle transplane.
Et il n'a pas souvenir d'avoir autant regretté une parole qu'à cet instant.
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Elle n'arrive pas à arrêter de pleurer. Elle sanglote, crie parfois, et le bébé est tellement immobile qu'elle s'en inquiète.
Finalement, elle se décide à aller voir Pidicwanmiskwe.
Et son mari l'accueille avec un câlin.
« Oh, petite Hermione… Qui est le sale type qui t'a mise dans un état pareil ? »
Elle rit, malgré les larmes. John a toujours été agréable.
« Je pense qu'il va me falloir un attrapeur de rêves, John. »
Il l'entraîne doucement vers le pan de mur qui en accueille la plupart.
Quelques minutes plus tard, elle en a choisi deux. Elle vient les déposer sur le comptoir, et John les lui emballe.
« Bonne nuit, mesdemoiselles.
-Tu penses que c'est une fille ?
-J'en suis certain.
-On verra. » Elle s'interrompt. « Tu en as parlé avec ta femme ?
-Ca, non. Secret médical. »
Hermione sourit. Maintenant, elle ne sait plus qui croire.
« Tu veux monter ?
-Oh… » Elle hésite. « Non. Ca va mieux, maintenant. Tu peux lui passer un message ?
-Je t'écoute.
-Un test de paternité sans risque pour le bébé, ce serait à partir de quand ? »
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oOo
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La haute bâtisse est assez impressionnante. D'imposantes pierres blanches tirant parfois sur le crème montent pour dépasser les demeures les plus proches –si les centaines de mètres les distançant permettent encore de parler de 'proches'.
L'allée y menant est assez courte, en comparaison de l'immense terrain qui l'entoure. Elle ne s'attendait pas vraiment à ça, lorsqu'elle a obtenu l'adresse de Severus. Un quartier huppé et moldu ne permet normalement pas de grands terrains… Ici, un sort d'élargissement est à l'œuvre. De loin, la maison est semblable aux autres, un peu plus grande, mais sans autre distinction. En tant que sorcière, elle a pu s'approcher, passer les barrières magiques, et arriver à voir ses terres qui s'étendent si loin, cette mare et l'espèce de petit bois, d'un côté, le garage de l'autre, assez grand pour accueillir des voitures.
Elle ne sait pas s'il est là, et tant pis. S'il y est, ils s'expliqueront –s'ils y arrivent. S'il n'y est pas… Elle attendra, ou elle reviendra.
L'allée est vite derrière elle, et elle grimpe les quelques marches face à la grande porte de chêne. Un heurtoir ouvragé est accroché, et elle le saisit une première fois, puis une seconde, avant de pouvoir le rabattre contre le bois. Le son est discret, presque imperceptible. Une nouvelle fois, elle sent un sort vibrer sous ses doigts –le son doit être magiquement amplifié, à l'intérieur. Sa grossesse l'a rendue plus sensible à la perception des sorts qui l'entourent, partout, tout le temps, une nouvelle source de fatigue, ou plutôt, une source supplémentaire. Certains lieux sont comme une tension perpétuelle, frémissante, désagréable, d'autres sont plus 'doux', presque agréables. Cette porte est neutre.
La porte s'ouvre, et un elfe lève ses grands yeux globuleux vers elle.
« Bonjour, mademoiselle. Qui dois-je annoncer au Maître ? »
Hermione sourit à la petite créature, qui semble presque rougir sous l'attention.
« Hermione Granger, s'il te plaît. Severus est là ?
-Oui, Miss Granger ! Maître Severus est en haut ! Durenn va le prévenir ! Entrez, je vous en prie ! »
Elle s'avance à pas mesurés dans la demeure. Un grand hall beigeâtre, carrelé de motifs élégants, se dévoile. Un escalier monumental monte vers les étages. L'elfe Durenn lui désigne un 'coin' d'une quinzaine de mètres carrés paré d'une belle causeuse ancienne, d'un tapis persan et d'une table basse, qui se couvre instantanément de boissons et petits mets divers, semblant tous plus appétissants les uns que les autres.
Hermione s'installe et attrape une babiole tartinée.
L'elfe disparaît dans un pop, et quelques secondes plus tard, Hermione entend des pas dans l'escalier.
Mais ce ne sont pas des pas masculins… Le cliquetis rythmé de talons aiguille est trop reconnaissable.
Hermione plisse les yeux.
Un instant, elle croit la reconnaître.
Elle porte une alliance.
« Severus ? Tu attendais une petite grosse ? »
Mais ce n'est pas Lettenia Greengrass, bien que la ressemblance soit frappante.
Non, cette fille est plus jeune, plus grande et plus mince encore. Le visage et la chevelure sont très semblables, mais pas réellement identiques.
« Comment ? » La voix de Severus s'échappe de l'étage.
« Une PETITE GROSSE » répète la fille, plus fort.
Hermione essuie les miettes sur ses lèvres.
Elle se sent NAINE et OBESE.
Mais il est hors de question de pleurer à nouveau… Encore moins à cause de cette fille.
De cette femme mariée, se corrige-t-elle en fixant l'alliance.
« Vous vouliez quoi, sinon ?
-Je ne suis pas 'grosse', je suis 'enceinte'. Apprenez la différence.
-Il y en a combien ? Deux ? Trois ? »
Elle plisse les yeux, et retient le 'allez vous faire foutre, salope' qui lui brûle les lèvres.
Severus apparaît derrière la fille, en haut de l'escalier.
« Astoria, je ne vois pas de qui tu peux parler… Hermione ! »
Il jette un coup d'œil interrogatif à Astoria Greengrass, et descend les dernières marches.
« Pourquoi parlais-tu d'une 'petite grosse' ?
-Ca me semblait adéquat… » lâche-t-elle, hautaine et moqueuse. « Je n'avais pas l'air d'une baleine, enceinte.
-Non, effectivement. Tu étais si maigre que tu es restée à Sainte Mangouste quatre mois avec interdiction de te lever et d'utiliser la magie. Félicitations. Rentre chez toi, au lieu de dire des âneries. Embrasse Scorpius et salue Draco de ma part.
-Tu rentres quand ? »
Severus a reporté son attention sur Hermione, et ne daigne pas regarder à nouveau Astoria.
« Aucune idée. Bonne soirée.
-De même. » Elle jette un œil à sa montre. « Enfin, vue l'heure, ce sera un aller simple pour le pays des rêves. » Elle toise Hermione de haut en bas et transplane.
Sous le regard interrogatif de la jeune femme, il tente une réponse.
« J'ai payé un point de transplanage international sur tout le domaine, réservé à une liste précise. Moi-même, mes elfes, mes employés. »
Il lâche un geste vague vers le point d'où Astoria a disparu.
« Astoria Malfoy est ma secrétaire. Je suis… Navré de ce qu'elle a dit. Elle est parfois… »
Il cherche ses mots, et ne les trouve pas.
Alors il change de sujet.
« Je te demande pardon, pour tout à l'- »
Enfin, il essaie.
« Tiens. »
Elle lui remet une enveloppe. Il lève le sceau devant ses yeux, mais ne le reconnaît pas.
« Tu as un rendez-vous pour un relevé. Si l'horaire ne te va pas, tu peux le changer.
-Un… Comment ?
-Tu veux une preuve de… L'identité du père. Va donc marquer ton territoire, Severus. »
Malgré l'expression, il voit qu'elle plaisante. Plus ou moins. Elle est à peu près détendue. Malgré Astoria. Il a envie de s'excuser pour cela. Mais l'a déjà fait.
« Je suis vraiment désolé, Hermione. »
Elle ne répond pas.
« Je sais que je devrais… Enfin… Je suis navré de ne pas pouvoir avoir confiance pour une chose si primordiale. Je suis navré de ne pas en être capable. »
Hermione relève son regard jusque là fixé sur le bout des bottes de Severus. Elle détaille le pantalon bien taillé allongeant encore sa silhouette, la ceinture et sa boucle ouvragée –un blason, apparemment- la chemise gris perle qui dépasse d'un veston noir à boutons d'argent, la gorge imberbe, et enfin elle tombe sur son intense regard noir.
Et elle ne peut que se remémorer la façon dont ce regard la fixait, et l'a aidée à jouir, cette nuit-là.
« Je sais que ce n'est pas dans ta nature. Mais il va falloir apprendre à respecter mes choix, et à… Faire confiance. S'il te plaît ? »
Il sourit.
« J'essaie déjà. Mais… » Il souffle un peu. « La réciproque est vraie. Lorsque je te demande en mariage, Hermione, je suis sincère. Je ne joue pas. Je ne compte pas laisser mon enfant… » Il cherche une expression adéquate. « Seul. Seul avec sa mère. Je ne veux pas vous laisser. Nous allons… Rétablir les choses.
-Rétablir quoi, Severus ? L'honneur ? Respecter les normes sorcières ?
-Oui.
-Je ne me marierai pas pour de telles bêtises. Je n'y ai pas d'intérêt. Les normes sorcières américaines… Se foutent de ce qui aurait été considéré comme une fille-mère, en Angleterre. Ca n'a aucune importance. Je ne risque ni ma place ni ma réputation, sans quoi je n'aurai rien eu, dès le début, puisque je n'ai pas caché ma situation en arrivant. » Elle se frotte un peu les yeux, du bout des doigts. « Je ne me marierai pas sans amour.
-Pourquoi crois-tu qu'il n'y en aurait pas ? »
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Note d'Aë : Durenn s'est échappé de la fic 'l'avocate du diable', de Garfieldown, pour nous rendre visite ici ^^ N'hésitez pas à lui rendre visite sur ses pénates originelles 3
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Note de Sockscranberries : Oh oooooh ça se corse dirait-on ! En fait ils nous font un remake de l'éternel jeu du chat et de la souris :p
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Note de Marayeva : J'aurais préféré Asphy :p
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Aë : Je sais, tu AIMES Asphy, mais elle reste dans la guerre et naissances ^^ C'était l'occasion d'un clin d'œil ^^ Je me demande si le doute de voir une femme avec alliance qui ressemble tellement à Lettenia chez Severus, donc potentiellement sa femme, malgré ce qu'il a dit, se ressent…
Je modifie ^^'
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« Elle a du caractère, votre demoiselle… ! Bon coura-age ! » lance la vendeuse. Il l'ignore. Il fait bien
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Parce qu'elle pleure. Et meeeer**
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« Putain, mais tu ne m'écoutes pas ? Pourquoi ne me crois-tu pas ? Bien sûr que je veux t'épouser, si cet enfant est bien le mien… Abruti !
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Et il n'a pas souvenir d'avoir autant regretté une parole qu'à cet instant. Oh le con ! Mais franchement !
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Elle n'arrive pas à arrêter de pleurer. Elle sanglote, crie parfois, et le bébé est tellement immobile qu'elle s'en inquiète.
Finalement, elle se décide à aller voir Pidicwanmiskwe. A tes souhaits !
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« Une PETITE GROSSE » répète la fille, plus fort. Et ma main dans ta figure tu la veux grande et maigre ou petite et grosse ?!
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Elle plisse les yeux, et retient le 'allez vous faire foutre, salope' qui lui brûle les lèvres. Non, ne le retiens pas !
