Eh oui, encore un chapitre ce soir, mais sur mon autre recueil cette fois-ci (Cent thèmes) ! J'ai décidé cette fois-ci de faire une Yuya plus libre, plus dans l'ère du temps dirons-nous. Dites moi si ça vous plaît ou non. Et n'hésitez pas, si vous avez des idées, dites le moi j'essaierais de les écrire !
La jeune femme saisit son téléphone, souriante. Elle avait passé une excellente journée et n'avait qu'une envie : retrouver son conjoint. Une fois l'objet en main, elle le déverrouilla rapidement pour accéder à sa messagerie. Il y avait un SMS non lu. Il venait justement de l'homme avec qui elle partageait sa vie. Son sourire s'agrandit un peu plus avant de se faner tout aussi vite à la lecture du-dit message.
De : MonHomme
Séparons-nous.
Envoyé à 17h12
Sur le coup, elle ne sut qu'en penser avant de rire. C'était forcément une blague. Ils avaient prévu un voyage la semaine prochaine, venaient d'emménager ensemble depuis seulement quatre mois. Retrouvant son sourire, la jeune femme prit le métro, impatiente de le retrouver malgré le pincement au cœur qu'elle ne pouvait s'empêcher d'avoir suite à cette blague douteuse.
Encore six minutes de marche et elle se retrouva face à sa porte d'appartement. Ouvrant la porte, elle salua son petit ami comme à son habitude. Pourtant, elle n'eut comme seule réponse que le miaulement enjoué de Tenrô, son chat noir géant. Elle se pencha pour le porter et lui grattouiller les oreilles, récoltant des ronronnements puissants. Se dirigeant vers le salon, elle se figea. Il était vide. Pas de trace de son conjoint, ni de ses affaires. L'appartement avait été méticuleusement vidé de tout ce qui ne lui appartenait pas.
Elle posa le chat au sol, balança ses affaires et fouilla frénétiquement chaque pièce. Il devait bien avoir laissé quelque chose. N'importe quoi. Un papier, une pièce, une photo, un vêtement... Rien. Il avait tout emporté, partant de sa vie brusquement. Elle se saisit de son smartphone et composa fébrilement son numéro. Plus attribué. La jeune femme se laissa tomber au sol. Aussitôt, Tenrô vient se frotter à elle, réclamant son lot de caresses. Des milliers de questions tournaient en boucle dans son esprit sans qu'aucune réponse cohérente ne la satisfasse. Qu'avait-elle fait ? Pourquoi était-il parti ? Pourquoi si brusquement ? Il ne lui avait suffit que d'un message, un simple message pour la balayer de sa vie. Se relevant maladroitement, elle s'effondra dans son lit, toute joie la fuyant. Ses larmes se mirent à couler, abondamment, durant de longues minutes jusqu'à ce que les ronronnements, caresses et miaulements de Tenrô ne l'aident à s'endormir.
Quelques semaines plus tard...
Yuya prit son téléphone et pianota rapidement :
A : Mahiro.
Toujours okay pour ce soir ?
Envoyé à 18h16.
Comme d'habitude, la réponse ne se fit pas attendre :
De : Mahiro
Pas de soucis. On va s'éclater tu verras !
Envoyé à 18h17.
La jeune femme grimaça légèrement en voyant la réponse : elle savait que cette sortie avait été programmé dans l'unique but de lui faire oublier sa récente rupture. Mais bon, Yuya avait décidé de tourner complètement la page et de s'éclater. Pas de prise de tête, pas de relation sérieuse. Elle avait besoin de cette pause dans sa vie pour se recentrer sur elle-même mais également pour pouvoir tourner la page. La rupture, brutale et inattendue, avait été difficile à digérer. La jeune femme avait été plongée abruptement dans une phase de doute et de remise en question. Elle monta donc rapidement dans son appartement, se dirigeant aussitôt vers son armoire.
Le choix de ses habits de ce soir allait être primordial. Elle avait besoin de plaire, autant pour son ego que pour passer une bonne soirée. Yuya opta finalement pour une robe patineuse noire. Idéale pour danser, elle se sentait incroyablement bien dedans. Chaussant une paire de chaussures plates rouges, elle mit quelques accessoires assortis et se maquilla légèrement. Quand elle eut fini, elle se sourit dans le miroir. Elle se sentait bien et surtout belle, ce qui ne lui était pas arrivé depuis un moment.
Elle rejoignit Mahiro devant la boîte et passèrent sans difficulté le tri du vigile, sexisme oblige. Elles se dirigèrent vers le bar pour une consommation onéreuse et alcoolisée avant de s'installer à une table. Elles ne parlèrent pas vraiment, profitant simplement de l'ambiance. Bientôt, elles iraient danser mais pour le moment, le silence entre elles était confortable.
Les corps bougèrent se déhanchant de manière erratique. Les membres se mouvaient, suivant difficilement la musique. Le rythme emportait les consciences et les soucis loin de la piste de danse. Mahiro se fit rapidement aborder par un homme et s'éloigna de son amie. Yuya ne lui en voulut pas le moins du monde. Elles étaient là pour profiter et c'était bien ce qu'elle comptait faire également.
Après plusieurs heures cependant, la jeune femme songea à partir. Elle ne chercha pas Mahiro, elle devait être en charmante compagnie. Quant à elle, Yuya sortit dans la rue et choisit d'attendre un taxi. A cette heure de la nuit, mieux valait être prudente, quitte à se ruiner... Quelques minutes plus tard, une voiture bleue se gara non loin d'elle et elle la rejoignit d'une démarche énergique.
Au moment où elle posa sa main sur la poignée, de longs doigts chauds s'en saisirent. Sans se gêner, l'inconnu se glissa entre elle et la portière pour s'installer confortablement dans le taxi, l'ignorant complètement. Outrée, Yuya ne put que s'exclamer :
« - Ne vous gênez pas surtout ! »
Elle n'eut droit comme toute réponse qu'à un sourire moqueur et un merci tout aussi désopilant. Cependant, la jeune femme ne se laissa pas démonter pour autant. Ouvrant la portière côté passager, elle s'adressa directement au chauffeur :
« - Vous n'allez pas le laisser monter quand même ! »
Le conducteur haussa les épaules, désintéressé :
« - Premier arrivé, premier servi. Mais vous pouvez partager si vous voulez. »
Un seul coup d'œil suffit à Yuya pour savoir que l'inconnu refuserait quoi qu'il arrive. Se penchant un peu plus vers l'avant, elle enchaîna, sa voix se faisant plus douce :
« - Je suis sûre qu'on peut s'arranger pourtant... »
Une lueur lubrique s'alluma dans le regard fatigué du conducteur. Du menton, il désigna sa poitrine avant d'exiger :
« - Tu me les montre et il dégage. »
Yuya n'hésita pas une seule seconde : elle accepta. Le chauffeur se tourna vers son passager, resté jusqu'à là silencieux avant de lui dire de sortir. La portière arrière s'ouvrit et il sortit sans un mot. S'il restait dans le taxi, il savait que ce dernier ne démarrerait pas. Gardant son sourire moqueur ancré à ses lèvres, il détailla la jeune femme audacieuse. Plutôt jolie, elle avait l'air fatiguée et semblait avoir un peu froid dans sa robe courte. Après avoir mis sa ceinture, elle abaissa la vitre et ancra ses yeux émeraudes dans ceux, sanguins de l'inconnu ses lèvres s'étirèrent malicieusement et elle dit :
« - A charge de revanche mon grand. »
Le trajet se passa rapidement et elle put enfin reposer ses pieds malmenés par la danse. Elle n'avait pas été embarrassée une seule seconde d'utiliser son corps comme moyen de paiement. Elle n'avait pas honte de son corps et cela lui avait permis de ne pas rester dans le froid de longues minutes. Lorsqu'elle ouvrit la porte de son appartement, elle ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur. Si elle ne regrettait pas que son homme soit parti -après tout, qui quitterait son conjoint d'une manière aussi abjecte ?-, retrouver un appartement vide et froid de toute présence humaine lui était toujours aussi difficile. C'était une des raisons qui l'avait poussé à se suivre cette résolution : elle allait en profiter. Tout en respectant ses envies et ses désirs, elle allait se faire plaisir, tout simplement.
Ω
Yuya n'aurait jamais pensé retrouvé ce démon aux yeux rouges. Et encore moins au rayon papier toilette de son supermarché. Alors qu'elle prenait son paquet habituel, elle entendit un rire moqueur aussitôt suivi d'une remarque :
« - Tiens, miss Planche à Pain. »
Bien que la jeune femme ne l'avait rencontré qu'une seule fois pendant quelques minutes, elle reconnut aussitôt Kyo. Elle ne se retourna pas aussitôt, plaquant tout d'abord un sourire de circonstance avant d'avoir à affronter le démon.
« - Tiens, monsieur sans gêne. Pas trop déçu d'avoir dû attendre ? »
Loin de se dégonfler, le démon enchaîna ce dernier adorait littéralement les joutes verbales. Trop peu de personnes avait le cran de l'affronter et encore moins les femmes :
« - Juste déçu d'avoir raté le spectacle... »
Yuya haussa un sourcil, circonspecte. C'était vraiment avec cette phrase qu'il pensait la gêner ? Ou pire, la déstabiliser ? C'était mal la connaître. Oubliant qu'elle était dans le rayon le moins sexy de l'histoire des courses, elle fit un sourire aguicheur :
« - Je ne fais pas qu'une seule représentation tu sais... »
Elle eut pour toute réponse un sourire ravageur. Elle sentait le désir prendre naissance au creux de ses reins. Ce n'était pas tous les jours qu'on la regardait avec une telle intensité, un tel désir dans le regard. Et pour une fois, la jeune femme avait envie d'y répondre. Ne plus se prendre la tête avec des questions. Juste se lancer. Fouillant dans son sac, elle trouva une vieille feuille froissée où elle inscrivit son numéro de téléphone. Il la prit aussitôt, augmentant le sourire de la jeune femme qui, confiante, s'approcha de lui. Lentement, le plus langoureusement possible, elle avança et lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques centimètres de la bouche du jeune homme, au lieu de s'y presser comme il l'aurait voulu, elle murmura :
« - Appelle moi. »
Elle se retourna et partit sans un regard en arrière, n'oubliant pas son précieux chargement. Elle pouvait sentir le regard brûlant du démon sur sa nuque. Néanmoins, quelques rayons plus loin, sa confiance en elle s'effrita quelque peu. Qu'avait-elle fait ? N'avait-elle pas été ridicule ? Elle lui avait proposé un plan cul ! Essayant de ne plus y penser, elle termina rapidement ses courses, incertaine sur ce qu'elle devait ressentir. De la honte ? De la jubilation ?
Yuya rentra chez elle et s'installa sur son canapé, bien décidé à se mettre un film sans prise de tête. Advienne que pourra. Si jamais il devait ne jamais la rappeler et bien tant pis ! Cependant, les heures passant, le doute revenait. Il faut dire que rester dans les murs de son appartement qu'elle avait longtemps partagé avec son ex n'était pas évident. Le pire était de ne pas savoir pourquoi il était parti. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Ou l'amour s'était-il simplement étiolé avec le temps ? Un départ aussi brutal cachait forcément quelque chose n'est-ce pas ?
La jeune femme soupira, écrasant son visage dans un oreiller. Elle se sentait si mal dans sa peau alors que quelques heures plus tôt, elle se sentait sœur d'Aphrodite... Un peu déprimée, elle s'empara de son téléphone :
A : Mahiro.
Je déprime.
Envoyé à 19h43.
De : Mahiro
Qu'est-ce qui se passe ?
Envoyé à 19h45.
A : Mahiro.
Je sais pas. Je me sens seule, triste et moche.
Envoyé à 19h46.
De : Mahiro
20h30, G, P&P ?
Envoyé à 19h47.
A : Mahiro.
… Okay.
Envoyé à 19h50.
De : Mahiro
Envoyé à 19h51.
Yuya sourit malgré elle. Ça faisait vraiment du bien d'avoir une amie sur qui compter ! A 20h35, la sonnette de son appartement sonna et elle ouvrit, un sourire déjà sur les lèvres. Elle ne put s'empêcher de taquiner Mahiro :
« - Tu es en retard ! »
Elle ne reçut en réponse qu'un tirage de langue en bonne et due forme et un sac plein dans les bras. Elle laissa son amie se déshabiller et s'installer dans le canapé. Elles avaient passé de si nombreuses soirées ensemble qu'elle était aussi un peu chez elle. Yuya pendant ce temps sortait le DVD de Pride & Prejudice du sac, l'énorme pot de glace et un pyjama en pilou qui avait l'air extrêmement confortable. Intriguée, elle interrogea son amie :
« - C'est quoi ça Mahiro ?
- C'est pour toi ! Ça fait quelque temps que quelque chose manquait à nos soirées films... et bien j'ai trouvé ! Va l'enfiler, je mets le mien ! »
Une fois dans la salle de bain, Yuya était dubitative mais elle fit confiance à son amie. Et une fois enfilé, elle en fut plus que satisfaite. Elle rabattit la capuche et aussitôt, elle eut un grand sourire aux lèvres. Elle sortit de la salle de bain et interrogea son amie :
« - Un kigurumi Totoro ! Tu m'as acheté un kigurumi Totoro ! »
Elle n'eut pas le loisir de finir sa phrase car Mahiro s'était levée, dévoilant également son kigurumi, ce qui ne fit qu'augmenter la joie de la blonde :
« - LE CHAT-BUS ! Tu es en chat-bus ! J'adore ! T'es trop adorable Mahiro, merci ! »
Finalement, la mauvaise humeur de Yuya s'évanouit rapidement grâce au combo : kigurumi, Tenrô ronronnant, glace et film. Mahiro était vraiment la meilleure pour lui remonter le moral. Elles restèrent à papoter des heures durant jusqu'à ce que, fatiguée, la brune ne décide de rentrer. Elle devait se lever tôt demain matin pour son travail et préférait dormir chez elle. Gardant son kigurumi, Yuya alla se coucher également, programmant son réveil. Elle n'attendit que quelques instants avant que Tenrô ne s'installe entre ses omoplates, comme à son habitude.
Le lendemain, la jeune femme était de relativement bonne humeur. De repos, elle avait prévu de faire un tour dans sa ville si le temps le lui permettait et pourquoi pas s'installer dans un parc pour lire. Elle avait envie de sortir dehors et de voir du monde au lieu de rester enfermée. Après une rapide caresse à Tenrô, elle mit quelques affaires dans un sac, prit son livre entamé « Les chroniques de Khalitekla » et sortit dehors. Il faisait beau malgré le vent omniprésent.
Absorbée dans son livre et installée confortablement sur son banc, Yuya sursauta lorsqu'un jeune homme s'assit à ses côtés, faisant tomber son livre au sol. Jeune, il avait des cheveux blancs et des yeux bleus à faire chavirer n'importe qui. Courtois, il s'excusa aussitôt de ne pas avoir été plus discret et ramassa le livre avant de regarder la couverture :
« - Désolé de vous avoir fait peur, j'espère que votre livre n'est pas abîmé, Rose est une très bonne auteur. »
La jeune femme sourit avant de répondre, étonnée :
"- Vous connaissez Rose ? J'adore ses Chroniques, c'est mon livre de chevet.
- Personnellement, je préfère son recueil de contes mais ils sont bien tous les deux. … Je m'appelle Shinrei.
- Yuya, enchantée."
Ils restèrent de longues heures à parler littérature jusqu'à ce que la pluie ne les fasse fuir. Ils échangèrent tout de même leurs numéros, tous deux ravis de cette rencontre.
Yuya était dans le métro quand elle reçut un SMS :
De : Shinrei
Charmante rencontre.
Envoyé à 16h24
Elle était en train d'écrire la réponse quand un autre texto lui parvint :
De : Numéro inconnu
Une représentation ce soir ?
Envoyé à 16h25
Rien qu'à la lecture de message -pourtant innocent- la jeune femme sentit ses joues rougir. Son coup d'éclat de la veille au soir lui revint d'un coup en mémoire. Maintenant, elle en était persuadée : elle était allée trop loin. Elle ne répondit pas tout de suite, incertaine quant à ce qu'elle devait faire. Accepter et se laisser aller comme elle l'avait toujours voulu ? Après tout, dans le magasin hier, n'avait-elle pas adoré ressentir ce sentiment grisant ? Cette puissance et cette confiance ?
Yuya se connaissait bien : si elle ne répondait pas maintenant, elle ne le ferait jamais. Oubliant son bon sens, n'écoutant que ses envies, la jeune femme tapa rapidement une réponse :
A : Numéro inconnu
Où ?
Envoyé à 16h37
Elle reçut rapidement une adresse. Libre à elle d'y aller ou pas. Elle avait le contrôle. Elle avait le choix. Et le choix, c'est ce qui fut le plus difficile dans les heures qui suivirent.
Yuya n'avait jamais autant maudit sa mauvaise confiance en elle qu'en cet instant. Elle avait décidé d'y aller. Mais maintenant, une foule d'autre chose n'allait pas : le choix de ses vêtements, son absence de maquillage, ses sous-vêtements, son visage, son corps… Bref. Rien n'allait. Ou plutôt, il y avait beaucoup trop d'hésitation en Yuya. Pourtant, rien dans la démarche de la jeune femme indiquait qu'elle allait s'arrêtait. Bien au contraire, son pas était rapide, assuré. Comme s'il parlait pour elle, faisant fi de sa psyché. Plongée dans ses pensées, elle arriva à destination, des questions toujours en tête par milliers. Prenant sur elle -ou écoutant ses véritables envies, qui sait ?-, la jeune femme appuya sur la sonnette de l'immeuble. Elle respira un grand coup, essayant au mieux de chasser ses peurs tandis que le ronflement caractéristique de l'ouverture automatisé emplissait l'air.
La jeune femme choisit de monter les quatre étages à pied, histoire de se ménager. Mille et un scénarios tournaient dans sa tête. Lequel était bon ? Est-ce qu'il l'attendait vraiment ? S'il cherchait à la ridiculiser d'une quelconque façon pour ce qui c'était passé dans le magasin, elle ne s'en remettrait pas. Elle était encore trop fragile, trop peu sûre d'elle.
Quatre étages plus tard, Yuya se dit que ce n'était pas une si bonne idée que ça. Elle avait chaud et était sûre d'être rouge tomate. Peu importe. Elle avança jusqu'au numéro 42, mit son doigt sur la sonnette et s'arrêta. Ses doutes l'assaillirent, plus fort que jamais. Mais que faisait-elle là ? Pourquoi avait-elle accepté ? Bien sûr, elle pouvait faire demi-tour quand elle le voulait mais… ne ressentait-elle pas cette pointe d'excitation ? La nouveauté n'était-elle pas tentante ? Elle jeta un rapide coup d'oeil à ses vêtements : ils n'étaient pas froissés. Bien. Elle pouvait se lancer. Elle sonna brièvement et se recula instinctivement d'un pas, comme pour se protéger. Son coeur s'accéléra et son souffle se fit plus rapide. Elle était mitigée. Aussi excitée que paralysée.
Quelques instants plus tard, elle fit face à un sourire carnassier. Elle n'eut même pas le temps de saluer que, aussitôt, une main s'empara de son poignet droit pour la tirer à l'intérieur. Déstabilisée, ses affaires tombèrent au sol sans aucune chance d'être rattrapées. Ses lèvres furent aussitôt assaillies. Un désir intense balaya ses doutes et ses questions. Là, maintenant, elle se sentait à sa place. A quoi bon se soucier de ses vêtements quand, cinq minutes après avoir sonné, elle se retrouvait nue, alanguie dans des draps, un feu impérieux qu'il fallait à tout prix éteindre brûlant au creux de ses reins ? Comment ne pas avoir confiance en elle quand un homme vous regardait avec des yeux pareils ? Plusieurs coup de reins plus tard, elle n'eut plus le loisir de se poser des questions. Seul comptait le plaisir. Encore. Toujours.
Yuya n'avait pas envie de partir. Les draps soyeux contre son corps fourbu, le matelas bienveillant, l'oreiller moelleux. Ils s'étaient tous ligués contre elle pour qu'elle reste dans l'appartement. Ou plus particulièrement dans la chambre. Pourtant bientôt, elle devrait subir la caresse froide de l'air ambiant sur sa peau nue avant de partir. C'était dans le contrat implicite des coups d'un soir. Le matelas bougea à côté d'elle, signe que le démon se levait. Malgré elle, la jeune femme grogna : c'était bientôt son tour. Le bruit de la douche la décida. Elle ramassa ses habits éparpillés dans l'appartement avec un sourire amusé. Il avait vraiment été fougueux. Tout en mettant ses sous-vêtements, la jeune femme fit le point. Elle ne se sentait pas honteuse, loin de là. Elle ne regrettait rien, bien au contraire. Et elle était prête à remettre le couvert.
Une fois habillée, elle frappa à la porte de la salle de bain en lui faisant savoir qu'elle partait. Sans oublier de préciser d'une manière plus ou moins subtile qu'elle était d'accord pour un second round. Sur le chemin du retour, Yuya remarqua enfin qu'elle n'avait pas répondu au sms de Shinrei. Elle s'excusa rapidement et lui fit savoir qu'elle avait également apprécié la rencontre. La réponse se fit rapide et direct : il lui proposait un rendez-vous.
Shinrei et Yuya se revirent dans un café librairie le lendemain soir. Elle n'était jamais allée dans ce genre d'endroit mais le concept la ravit aussitôt. Elle se sentait attirée par Shinrei : séduisant, intelligent, galant… il avait tout pour plaire. Il n'était pourtant pas son genre habituel d'homme. Il lui fit découvrir de nombreux romans dont elle dévora les résumés avant de noter scrupuleusement leur nom et elle lui montra ses coups de coeur du moment, comme ses romans préférés. Puis, ils dérivèrent sur leurs vies privées. Avocat, il travaillait pour une grande structure à temps partiel et avait un cabinet privé en parallèle. Cela expliquait sa grande rigueur et son austérité de premier abord. Yuya, graphiste freelance, lui parla de son métier avec passion malgré les nombreuses difficultés auxquelles elle pouvait être confrontée. Il n'y connaissait rien et avait visiblement quelques réserves sur un métier aussi peu stable mais il écoutait respectueusement. Elle était en train de parler de sa dernière commande lorsque son portable vibra doucement : un texto. Tout en continuant de raconter les exigences misogynes, elle ouvrit le message :
De : Démon
T'as oublié ça Planche à pain.
Envoyé à 18h55
Une pièce jointe s'afficha alors doucement, suivant les aléas de la connexion : une clé USB. Et pas n'importe quelle clé. Celle de son projet. S'excusant auprès de Shinrei, elle rédigea rapidement une réponse :
A : Démon
J'arrive.
Envoyé à 18h57
Elle ne demanda pas s'il était chez lui, elle devait avoir cette clé USB absolument aujourd'hui pour commencer à travailler demain. Ce projet était terriblement important. Si elle le réussissait, elle pourrait éventuellement trouver une place dans un cabinet qui regroupait plusieurs corps de métier. Elle s'excusa encore une fois auprès de Shinrei, lui dit qu'elle avait oublié quelque chose de très important chez un ami et courut prendre le prochain métro. Comment avait-elle pu ne pas s'en apercevoir ? Elle la gardait toujours dans la poche de son jean mais dans la précipitation, elle avait dû tomber sans qu'elle s'en rende compte. Zoomant sur la photo, elle vérifia que c'était bien la sienne. Aucun doute possible. Retournant dans le menu, c'est là qu'elle tilta. Il l'avait appelé Planche à Pain ! Quel rustre !
A : Démon
Tu disais pas que j'étais une Planche à pain hier soir, goujat.
Envoyé à 19h13
De : Démon
Tu disais pas autant de mots hier soir.
Envoyé à 19h14
Malgré elle, la jeune femme rougit. En effet, Yuya n'avait pas été très cohérente. Les mots disparates peinaient à former des phrases compréhensibles, préférant devenir des injonctions vitales. Elle ne répondit rien, consciente que pour avoir la paix, il ne fallait pas rentrer dans son jeu.
Comme la veille, Yuya appuya sur l'interphone et monta les marches qui la séparait de sa précieuse clé USB. Elle toqua aussitôt, sans tergiverser cette fois-ci. Le démon ouvrit rapidement, la clé dans une main, un sourire ravageur sur les lèvres qui fit aussitôt hausser les sourcils à la blonde. Elle tendit la main, exigeante. Le sourire de l'homme en face d'elle s'agrandit un peu plus :
"- Voyons, tu crois pas que je vais te la rendre sans contrepartie alors que je l'ai gardé une journée entière ?!
- Et qu'est-ce que tu veux ?"
Il avança le bassin de manière suggestive tandis que son regard descendait vers ses lèvres. Cependant, elle n'eut pas la réaction escomptée. Loin de s'emporter, la jeune femme s'accouda au chambranle de la porte.
"- Chiche. Déshabille toi je t'en prie. Mais tu prends le risque de te voir raccourci de manière… chirurgicale."
Pour plus de réalisme, elle fit claquer ses dents à la fin de sa phrase. Kyo se mit à rire : une tonalité grave, vibrante qui envoya des frissons dans le ventre de la jeune femme. C'était hypnotique et Yuya se surprit à vouloir l'entendre plus longtemps. Elle se redressa, croisa les bras et demanda :
"- Tu m'invites à entrer et boire un verre ?"
Le démon s'écarta, la laissant passer. Son regard coula sur la silhouette de la jeune femme et la suivit jusqu'à ce qu'elle s'installe sur le canapé. Elle dégageait quelque chose… d'indescriptible. Jamais il n'avait couché deux fois avec une même femme. Trop de problèmes, cela leur donnait de fausses idées. De l'espoir. Mais avec elle, il se sentait bien. Comme si la relation était normale. Ils s'étaient bien entendus dès le début et pas sur le plan sexuel uniquement. Preuve en était des blagues bon enfant qu'ils s'étaient échangées. Il y avait entre eux comme une… complicité ? Alors quand le jeune homme posa son regard sur Yuya, il n'hésita pas et s'approcha d'elle dans la ferme et bonne intention de renouveler la même soirée que la veille. Cette femme avait le don de faire voler en éclats ses principes quand bien même il ne la connaissait que depuis une journée.
Le lendemain, la jeune femme se réveilla dans d'autres draps que les siens. Elle regarda l'heure mais elle n'était pas en retard : elle en profita pour s'étirer et admirer le corps nu à ses côtés. Son visage semblait serein, détendu et magnifique. Cet homme était d'une beauté dangereuse, elle le savait. De celle qui vous brûle et qui vous laisse une marque même si vous avez retiré votre main de la flamme. Il était irrésistible. Yuya tendit la main vers son visage endormi, caressant les contours du bout des doigts.
Quelques minutes plus tard, le jeune homme se réveillait, une paire d'yeux émeraudes le fixant avec intensité. Il n'eut le temps de rien dire qu'elle se penchait sur lui avant de l'embrasser et de dire :
"- J'emprunte ta salle de bain."
Il plongea la tête dans son oreiller tandis qu'il essayait de calmer les battements désordonnés de son coeur. Cette fille allait le rendre fou. Il fallait se rendre à l'évidence : elle lui plaisait.
Ω
Les mois passèrent, alternant les rendez-vous sexuels avec Kyo et les rencontres plus intellectuelles avec Shinrei. La jeune femme se sentait libre, heureuse. Sa séparation violente n'était plus qu'un lointain souvenir dorénavant.
Elle sentait que, de plus en plus, Shinrei essayait de se rapprocher d'elle. Et Yuya n'était pas insensible à son charme. C'est pourquoi quand il l'embrassa un soir où ils étaient chez elle, elle se laissa faire. Cependant, elle le prévint quand il essaya d'aller plus loin. Elle ne voulait rien de sérieux. Seulement une histoire sans lendemain. La jeune femme ne remarqua pas à quel point Shinrei tiqua. Elle avait alors les yeux fermés, les lèvres fermement accrochés à ses jumelles. Et le jeune homme ne peut plus réfléchir, plus penser tandis qu'il se laissait, pour une fois, emporter par la passion. Après cette soirée, Shinrei se fit plus proche, un peu plus tendre, sans jamais chercher à aller aussi loin que cette fameuse nuit où ils avaient fait l'amour.
Ces deux relations convenaient parfaitement à la jeune femme. Elle n'entretenait aucune relation amoureuse. Elle appréciait sa vie telle qu'elle était actuellement. Ou peut-être se voilait-elle la face ? En tout cas, elle aimait ses discussions enflammées avec Shinrei autant que ses moments sexuels et complices avec Kyo. Alors jamais elle n'aurait pensé en arriver là un jour.
Ω
La deuxième fois que Shinrei embrassa Yuya, ce fut dans un bar. Ils sirotaient leur cocktail lorsqu'un sourire particulièrement éblouissant de la jeune femme l'avait fait craquer. Il avait eu une terrible envie de l'embrasser et, comme la première fois, elle avait accepté ce geste intime. Le baiser était un peu timide, presque tendre. Yuya l'approfondit un peu plus, passant sa main derrière la tête, l'approchant au plus près d'elle. C'est pour ça que lorsqu'elle fut brutalement arrachée des lèvres de son ami, elle ne comprit pas aussitôt ce qu'il se passait. A côté d'elle, Kyo venait de saisir Shinrei par le col de sa chemise, un poing levé en direction de son visage. Il feula ces quelques mots avant de l'abattre :
"- Ne la touche pas !"
Sonné, le jeune érudit se releva après de longues secondes, une main pressant son visage pour amoindrir la douleur. Ce fut à son tour de rugir, gardant toutefois une distance de sécurité :
"- C'est ma petite amie ! Comment oses-tu ?!"
La jeune femme ne sut comment réagir au premier abord. Elle avait peur de comprendre. Ce ne fut que lorsqu'ils allèrent de nouveau en arriver aux mains qu'elle s'interposa :
"- Non mais c'est une blague ?! Je ne suis la petite amie de personne ! Je… mais… comment avez-vous pu croire une telle chose ? Il me semble pourtant que… Raaah, vous êtes vraiment… mais vraiment …. ! Shinrei, je t'avais dit vouloir une histoire sans lendemain ! Et toi Kyo, de quel droit est-ce que tu lui ordonnes de ne pas me toucher ? Pour qui te prends-tu ? Mon petit ami ? Quelle idée t'es passé par la tête ? On ne fait que coucher ensemble à ce que je sache ! Vous m'avez prise pour quoi ? Un objet dont on peut être le propriétaire si on le désire ? … Vous me faites pitié !"
N'attendant pas de réponse, préférant se calmer plutôt que de continuer ce dialogue de sourd, la jeune femme sortit, le pas furieux. Son rythme était rapide, puissant. Elle était plus que furieuse, en rage. D'une rage froide, sourde. Elle arriva à son appartement plus vite que d'ordinaire, ses pas la portant rapidement. Elle se jeta aussitôt sur son lit, Tenrô venant s'installer entre ses omoplates pour ronronner. Elle marmonna de longues minutes, le visage dans son oreiller avant de se calmer.
Elle sentit plusieurs vibrations dans sa poche. Son téléphone. Elle se contorsionna pour l'atteindre sans trop déranger Tenrô avant de raccrocher aussitôt. C'était Shinrei. Elle n'avait clairement pas envie de lui parler maintenant. Ni à lui, ni à Kyo. Par contre, elle avait véritablement envie de se confier à Mahiro. Elle chercha à la joindre et fut soulagée lorsqu'elle décrocha au bout de deux sonneries.
Ω
Elle n'avait voulu parler à personne. Ni Shinrei, ni Kyo. Mahiro lui avait dit de prendre du recul. De se poser les bonnes questions. Il fallait faire un choix parmi les trois possibilités qui s'offraient à elle. Et ça n'allait pas être facile. Elle éprouvait de l'attirance pour les deux, certes, mais pas de l'amour. Pour aucun d'entre eux. Elle ne voulait pas d'une relation sérieuse. La situation lui plaisait ainsi. Enfin, elle lui plaisait avant. Maintenant, tout allait être bouleversé et elle ne voulait pas choisir. Elle ne voulait aucun d'entre eux deux.
Ω
Elle se dirigea vers sa porte d'un pas traînant. Sûrement un livreur. Son souffle se figea quand elle fit face aux yeux rouges. Cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait donné aucun signe de vie, préférant faire le ménage dans sa tête. Pourtant, elle se décala pour le laisser entrer. Elle ne pouvait pas se tenir à l'écart indéfiniment.
Ils restèrent dans l'entrée, silencieux, Tenrô venant se frotter contre eux. La jeune femme ne voulait pas commencer. Elle ne savait pas quoi dire. Et elle attendait des excuses également. Mal à l'aise, elle soutint quand même le regard rougeoyant de son ancien amant. De longues minutes s'écoulèrent dans le silence absolu avant qu'il ne se dirige vers elle. Elle croisa ses bras dans une posture défensive mais il se contenta d'effleurer son visage, le regard grave. Il murmura, le regard ancré dans les prunelles vertes :
"- Appartiens-moi."
Sa main descendit dans son cou avant d'agripper sa nuque et de l'attirer à lui. Il déposa un baiser passionné sur ses lèvres, avec comme un arrière goût de désespoir. Le souffle de la jeune femme se fit plus rapide et le démon la serra plus fermement avant de se faire repousser. Yuya avait le regard brillant, de larmes ou de passion, elle-même n'aurait pu le dire. Elle détourna le regard avant de dire :
"- Je suis désolée, je… non. Je n'ai jamais voulu ça. Je ne me vois pas vivre avec toi. C'était sympa mais seulement d'un point de vue… intime. Je… excuse- moi."
Le démon resta figé un moment avant de partir, le regard noir. La jeune femme ne le regarda pas, les bras enroulés autour de son corps. Elle ferma la porte comme si elle était dans un état léthargique avant de s'asseoir sur le canapé, insensible à l'insistance de Tenrô qui réclamait des caresses. Avait-elle fait le bon choix ? … Oui. Elle n'avait pas un instant pensé vivre avec lui pendant les moments qu'ils avaient partagé. Et puis c'était trop flou, trop frais dans sa tête pour qu'elle puisse réellement s'engager.
Le lendemain, la jeune femme en profita pour mettre les choses au clair avec Shinrei. Elle n'était pas sienne. Elle n'était à personne et ne le désirait pas. Elle avait dit la même chose à Kyo. Elle l'aimait bien mais ça s'arrêtait là. S'il n'était pas capable de faire la part des choses, mieux valait en rester là. Au revoir.
Ω
Quelques semaines plus tard, la jeune femme sortait en boîte avec Mahiro. Un sourire accroché aux lèvres, elles se déhanchaient sur la piste de danse lorsque le regard émeraude accrocha un regard vermeille. Elle s'arrêta de danser. Pendant les dernières journées, elle avait eu le temps de réfléchir. Elle ne lui avait pas laissé sa chance. Et il lui manquait en quelque sorte. Après tout, pourquoi pas ? Lorsqu'il lui avait avoué son amour, il paraissait si sincère, si… intense. Comment un homme comme lui pourrait blesser une femme comme elle lorsqu'il lui avait fait une déclaration avec ce regard ?
Délaissant son amie, elle se dirigea vers le démon. Elle ne savait pas ce qu'elle allait lui dire exactement mais, s'il était d'accord, elle lui laisserait sa chance. Repartir de zéro. Shinrei était gentil, adorable même. Mais il n'avait pas la passion, l'ardeur de Kyo. Il ne déclenchait pas en elle cette avidité alors que le démon la rendait folle. Il la complétait. Elle l'aimait. D'un amour hésitant, balbutiant, mais d'un amour véritable.
Une fois à sa hauteur, elle dit simplement :
"- Prêt pour une deuxième représentation ?"
Alors ? Est-ce qu'une Yuya plus libre vous parle ?
