CHAPITRE 10

Kurt s'endormit en pleurant ce soir-là. Il ne se rappelait pas s'être déjà senti aussi insignifiant et inutile que maintenant, à cause de Blaine. Blaine n'en avait rien à faire de lui, si ce n'était pour trouver un moyen rapide d'assouvir ses pulsions sexuelles et Kurt, en tant que seul autre garçon gay de McKinley, était sa seule option.

Il haïssait la manière dont il s'était emballé malgré les mises en garde de son père et de Carole. Il se haïssait lui-même pour apprécier ce qu'il s'était passé et plus que tout, il haïssait Blaine. Il haïssait les petits bleus laissés par ses doigts sur ses hanches et les suçons tout autour de sa clavicule et de son cou, et particulièrement celui sur son os iliaque.

Blaine l'avait bercé de fausses espérances tout en sachant combien il était inexpérimenté et combien il était gêné par tout ce qui touchait le plaisir physique, et il n'en avait rien eu à faire. Il s'était fait plaisir, puis s'était ni plus ni moins débarrassé de lui comme d'un vieux déchet.

Dieu, il haïssait Blaine plus que jamais. Son premier moment intime avec un autre garçon avait été complètement ruiné. Même le souvenir de son premier baiser lui comprimait la poitrine. Rien n'avait signifié quoi que ce soit pour Blaine, parce que la seule chose qui importait à Blaine, c'était sa queue.

C'est pour cette raison qu'il l'évita comme la peste une fois que leur lecture analytique fut terminée. Il s'assurait qu'il y avait toujours quelqu'un d'autre avec lui où qu'il aille et quand ce n'était pas possible, il allait du point A au point B le plus rapidement possible. Parce que cette fois-ci, il n'allait pas rompre la promesse qu'il s'était faite : c'en était fini de Blaine Anderson, et rien n'allait le faire changer d'avis. Ce connard avait déjà anéanti assez de ses premières expériences et il n'allait pas le laisser en ruiner une de plus.

Jusqu'au mardi suivant, Blaine fit tout son possible pour se retrouver seul avec lui. Il prit l'habitude de suivre Kurt à la trace et quelque soit l'ami avec lequel celui-ci marchait, il coupait leur chemin et s'incrustait dans la conversation. Chaque fois que Kurt faisait un arrêt à son casier, Blaine l'y attendait avec les livres dont il avait besoin pour le cours suivant.

Lors de leur cours de chimie de l'après-midi il sembla presque désespéré, s'imposant entre Kurt et son binôme et essayant de toucher chaque parcelle de lui à sa portée. Presque en panique, Kurt demanda à sortir pour aller aux toilettes, dans le seul but de s'échapper quelques minutes pour reprendre ses esprits. Même s'il avait pris sa décision, il n'arrivait toujours pas à contrôler les réponses de son corps à la promiscuité de Blaine. C'était vraiment le pire. Il haïssait tout ce que Blaine avait fait, mais il frissonnait encore à la vibration de plaisir que lui procurait le moindre de ses contacts.

Mais Blaine n'avait pas abandonné la partie quand il s'était esquivé aux toilettes. Quand Kurt sortit de sa cabine il fonça droit dans le garçon, dont un rictus auto-satisfait étirait les lèvres.

"Tu sais, tu n'as vraiment pas besoin de te donner tant de mal pour en avoir plus, bébé.

- Ce n'est pas un jeu, répondit Kurt avec mépris en se mettant rapidement en alarme et prenant un air ouvertement menaçant. J'en ai fini avec toi."

Un rapide pas vers le lavabo pour se laver les mains ne sembla absolument pas dissuader Blaine.

Un gloussement grave résonna dans son oreille quand il lui saisit les hanches et ses doigts appuyèrent sur les petits bleus qui n'avaient pas encore tout à fait disparus. "Je crois que toi et moi savons très bien que c'est un mensonge."

Kurt savait qu'il allait être à peu près impossible de se débarrasser de lui. Il avait laissé Blaine goûter à la seule chose qu'il voulait. C'était un peu comme s'il avait agité un énorme sac de bonbons sous le nez d'un gamin, mais qu'il lui en avait seulement donné un et s'était assis devant lui pour manger le reste. Ce simple avant-goût avait transformé l'envie de Blaine en un désir éperdu et obsessif, et Kurt devait trouver une manière d'y mettre fin sans céder à tout ce que son propre corps voulait. Car un frisson d'excitation descendait encore sa colonne à son toucher. Il n'avait jamais été plus confus à l'intérieur de lui-même, car une moitié de lui l'acceptait et pas l'autre. Il maudit silencieusement ses hormones qui détruisaient complètement ce qui avait été un cerveau intelligent et compétent il y avait à peine trois semaines.

Mais il avait déjà laissé les choses aller plus loin que la limite, et cette fois-ci il devait être ferme jusqu'à ce qu'il soit clair avec lui-même. Ou jusqu'à ce que Blaine lui donne un peu plus que du désir imbibé de testostérone. Il ne voulait plus de ça.

Kurt ferma le robinet et écarta Blaine brutalement. Même si Blaine était plus fort que lui, l'autre garçon tituba de quelques pas en arrière quand Kurt le fixa avec mépris "Ne me touche pas, Anderson. J'ai dit que j'en avais fini avec toi, et je le pense vraiment."

Il fit demi-tour pour sortir des toilettes mais une poigne solide sur son avant-bras l'arrêta. Il n'essaya pas de cacher sa surprise quand Blaine le fit pivoter et le colla contre le mur. La dernière fois qu'il avait demandé à Blaine d'arrêter, celui-ci l'avait lâché immédiatement sans insister d'avantage. Kurt pouvait sentir le désespoir dans le contact de Blaine quand celui-ci se colla contre lui. Il sentait son souffle court et haletant lui caresser le cou. Et pour la première fois il eut peur, tellement peur qu'il se figea.

"Merde, je veux juste...je te veux tellement, Kurt." Blaine appuya son front contre le sien. Ses yeux se fermèrent, mais Kurt eut le temps d'y voir un bref éclair de panique. "J'ai besoin de ça. Je... putain, j'ai besoin de toi."

Un nœud se forma dans le ventre de Kurt, et cela n'avait rien à voir avec le fait que le corps de Blaine soit scellé avec le sien. Il ne pouvait pas faire ça. Il s'était juré qu'il ne le ferait plus. Pas avant qu'il ait tiré tout ça au clair. Peut-être jamais. A cet instant, il se fichait que Blaine soit presque vulnérable et ouvert à lui, ou que peut-être Blaine ressente réellement quelque chose de plus qu'une banale attraction sexuelle pour lui. La partie rationnelle de son cerveau avait déjà pris sa décision. Blaine était sur les nerfs seulement parce qu'il s'était écoulé déjà presque cinq jours depuis leur aventure et tout ça n'était qu'une comédie pour apaiser son excitation.

"Non." Il fut étonné de réussir à garder une voix ferme en parlant. "J'ai dit non, et je le pense. Je ne suis pas ta pute, Anderson. Je ne vais pas te laisser me monter dessus chaque fois que tu as besoin de tirer ton coup."

Il écarta Blaine une nouvelle fois pour s'échapper dans le couloir rassurant, mais les mains de l'autre attrapèrent ses poignets et les ramenèrent entre leurs deux corps. Son cœur battit la chamade quand il regarda Blaine dans les yeux. Il y eut un infime éclair de quelque chose proche de la douleur avant que la colère y flamboie, et avec la colère vint l'arrogance.

"Oh, allez ! grogna Blaine avec exaspération. Je t'ai déjà dit que je ne te vois pas comme une pute, bébé."

Sa colère écuma à cette remarque. Blaine ne comprenait vraiment rien à ce qu'il ressentait.

"Je me fiche de ce que tu penses, cracha Kurt en essayant de dégager Blaine d'un coup d'épaule." Il savait qu'il allait perdre le contrôle de lui-même si Blaine ne reculait pas, et il ne voulait vraiment pas savoir ce qui leur arriverait à tous les deux si cela se produisait. "A cause de toi j'ai l'impression d'en être une. Tu t'es servi de moi, Blaine." Il détourna le regard, se sentant perdre son aplomb. Ses yeux le piquaient. Dieu, pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il soit si émotif ?

"Pas de souci là-dessus, dit rapidement Blaine, les lèvres étirées par un sourire lubrique. Je peux te faire sentir beaucoup mieux, bébé."

Il colla ses hanches contre celles de Kurt, et celui passa enfin à l'attaque. Sa jambe qui se trouvait coincée entre celles de Blaine s'élança brutalement, s'écrasant directement dans les testicules du garçon. Il vit une expression de surprise totale se former sur son visage, ses yeux s'écarquillèrent d'un coup et ses sourcils se haussèrent de douleur. Cette fois-ci, se débarrasser de Blaine ne lui demanda qu'une légère bourrade. L'autre garçon tituba un peu avant de s'écrouler sur le sol avec un gémissement aigu.

"C'était pour m'avoir utilisé pour te vider, Anderson, dit sauvagement Kurt. Je suppose que ça fait encore plus mal quand tu bandes, non ?"

La porte se ferma en claquant derrière lui et il se dépêcha de rejoindre la salle de chimie le plus vite qu'il le pouvait sans courir. Il ne voulait pas réfléchir à ce qu'il venait d'infliger à Blaine ou à tout ce qu'il s'était passé depuis qu'ils s'étaient rencontrés. En rentrant dans la classe et en passant devant le bureau de Mrs. Mentore, il entendit quelques mots de la conversation qu'elle était en train d'avoir au téléphone.

"Oui, Blaine Anderson a encore quitté le cours. Je ne sais pas s'il est encore dans l'établissement..."

Il passa son chemin et retrouva son binôme, essayant de se noyer dans leur exercice pour une fois de plus oublier Blaine.

Lors de la répétition du Glee Club cet après-midi là, il s'attendit à moitié à voir Blaine se pavaner devant la porte, mais celui-ci ne vint pas. Le petit-ami de miss Pillsbury, ou du moins il supposait que c'était son petit-ami car il n'était jamais sûr avec elle, passa pour leur faire un topo sur l'hygiène dentaire et pour rendre encore plus jaloux un Mr Schuester qui l'était déjà ostensiblement. Après ça, Kurt passa la majorité du cours à esquiver les questions indiscrètes de Santana et les gestes obscènes de Puck chaque fois que quelqu'un évoquait soit Blaine soit lui-même. Car peu importe le nombre de fois où il avait insisté sur le fait qu'ils n'étaient pas "ensemble", personne ne voulait le croire.

C'était encore une bonne raison de haïr Blaine. Il avait fait d'eux un sujet de ragots ou, comme Santana et Puck le disaient, des "sex-friends", (il se rétracta littéralement à cette expression) sans le moindre effort.

Le mercredi matin, il s'était attendu à une nouvelle tentative de tripotage ou même quelques contacts physiques. Mais il était rapidement en train d'apprendre que Blaine était plein de surprises et ne faisait jamais ce qu'il attendait de lui. Il prit sa place habituelle dans tous leurs cours, et si Kurt n'avait pas été aussi attentif à sa présence, il ne l'aurait même pas remarqué.

Il ne le regarda pas, et ne tenta pas d'entrelacer leurs jambes. Il ne caressa pas ses épaules, ne lui mit pas la main aux fesses. Même pas quelques remarques ou comportements déplacés susceptibles de prolonger sa retenue. Leurs professeurs semblaient soulagés de pouvoir faire un cours sans qu'il les interrompe d'une façon ou d'une autre, mais cela énervait Kurt encore plus. Oui, Blaine l'avait déjà ignoré auparavant, mais il avait alors flirté avec la première fille qui passait pour essayer de le rendre jaloux. Là il se contentait de baisser la tête, comme si chaque seconde de son temps était utilisée pour se reconstruire lui-même.

Il n'allait jamais réussir à comprendre Blaine, au final, si ? Et d'abord, qu'est-ce qu'il voulait, à présent ? Il était censé en avoir fini avec lui.

Il décida de suivre l'exemple de Blaine et de l'ignorer aussi. Ou du moins de faire comme si. Le silence inhabituel entre eux attirait son attention comme les pôles opposés d'un aimant. Est-ce que ses mots avaient vraiment blessé Blaine ? Ou était-ce seulement parce qu'il avait réduit ses testicules en bouillie mardi ? Il avait été le tireur de l'équipe de football, après tout, et il savait qu'il l'avait probablement blessé beaucoup plus qu'il n'aurait du. Peut-être qu'il avait eu des nouvelles de ses parents ou de son grand-père, et que ça avait l'air de l'aider. Et puis d'abord, pourquoi ses parents avaient disparu, à la base ? Etait-ce pour tous les ennuis qu'il représentait ou, et il n'avait vraiment pas envie de penser que c'était ça, était-ce parce qu'ils avaient découvert son homosexualité ? Il ne savait même pas depuis combien de temps Blaine était dehors et livré à lui-même. Ou pourquoi il ne pouvait lui-même cesser de gamberger là-dessus alors qu'il était supposé écouter ce que disait Mr. Ferguson.

Le jeudi après-midi, il eut enfin l'opportunité de penser à autre chose qu'à Blaine. Mr. Schuester avait cédé à leurs supplications et les laissait faire un numéro de Britney Spears lors de l'assemblée du lycée l'après-midi suivant. Le seul souci étant la soudaine volonté de Mr. Schuester de participer à leur performance. Il ne voulait même pas réfléchir au pourquoi du comment derrière cette lubie. Une heure de plus en répétition à apprendre la chorégraphie compliquée et à se mettre au point vocalement l'envoya directement au lit après un rapide dîner avec son père.

Il fut absolument outré par le fiasco de leur performance à l'assemblée du lycée le vendredi. Tout allait pour le mieux du monde jusqu'à ce que la Coach Sylvester ait craint le pire et enclenché l'alarme incendie. Mr Schuester leur avait alors promis qu'ils ne feraient plus jamais de Britney et il en était revenu à ses ennuyeux et répétitifs projets de cours.

Puis ce qu'il redoutait arriva le premier mercredi d'octobre. Mr. Robertson distribua les consignes pour leur seconde lecture analytique de roman, et leur rendit leurs notes et appréciations sur la première. Il ne fut pas surpris par le 98% gribouillé en rouge en haut de leur copie. Les analyses de Blaine s'étaient révélées incroyablement détaillées et approfondies. C'était l'idée de devoir passer de nouveau du temps potentiellement en tête à tête avec Blaine qui l'inquiétait. Le garçon, à sa grande surprise, n'avait pas l'air emballé non plus. Il fit quelques remarques plutôt grossières quand Kurt tenta de trouver un horaire et un endroit pour travailler sur leur devoir et finit par abandonner. Blaine n'avait jamais été si peu enclin à coopérer, mais au moins ils étaient une fois de plus dans les derniers groupes à passer. On était le 6, et le 18 était encore loin. Il avait des choses plus importantes à faire ce weekend qu'un stupide devoir avec Blaine.

La représentation annuelle de La Mélodie du Bonheur avait lieu ce vendredi et même si son père était agacé par le fait qu'il rate encore leur habituel dîner en famille, il avait seulement fait semblant d'en avoir quelque chose à faire. Ces dîners avaient lieu toutes les semaines, et ce n'était pas la fin du monde s'il en ratait un ou deux pour sortir avec Mercedes et passer une soirée fantastique. Rien n'allait assombrir sa journée, pas Blaine, pas leur devoir, et même pas le fait d'être mis en binôme avec Azimio en cours de Français. Il rattraperait le coup avec son père durant le weekend de toute façon, peut-être en l'aidant à l'établi ou en regardant avec lui un de ces stupides films d'action devant lesquels il s'endormait.

Il était au milieu d'une tirade en français destinée à insulter Azimio et à lui expliquer combien il allait s'amuser lorsque la porte de la classe s'ouvrit. Azimio jeta un coup d'œil derrière lui et les personnes qui venaient d'entrer commencèrent à chuchoter rapidement avec Mme Bellefort dans son dos.

"Kurt ?"

Surpris d'entendre la voix de Mr. Schuester dans son cours de Français, il se retourna légèrement sur sa chaise, le sourire moqueur destiné à Azimio toujours figé sur ses lèvres.

"Tu peux venir dehors avec nous ?"

Ms. Pillsbury était avec lui. Son visage se décomposa quand il vit leurs expressions, et son rythme cardiaque s'accéléra. Quoi qu'ils s'apprêtaient à lui dire, ce n'était pas quelque chose qu'il avait envie d'entendre.

Les trois heures qui suivirent se déroulèrent dans un brouillard confus. Il avait été entraîné dans le couloir et on lui avait annoncé que son père venait d'être emmené de toute urgence à l'hôpital. Mr. Schuester les y avait conduit tous les trois en voiture, leur communiquant le peu d'informations qu'il avait appris du bref coup de téléphone qu'avait passé l'hôpital au secrétariat. Kurt l'entendit à peine derrière la voix de son père, dont les paroles du matin lui résonnaient dans la tête.

Tu me déçois, Kurt

Le petit déjeuner des champions.

Oh mon dieu, il voulait juste se rouler en boule sur le siège arrière et pleurer jusqu'à ce que quelqu'un le réveille et lui dise qu'il était en train de rêver. Mais il comprit que ce n'était pas une option quand Ms. Pillsbury ouvrit sa portière et l'aida à sortir de la voiture. Il fit les cent pas dans la salle d'attente pendant au moins une heure avant que les médecins viennent lui parler, et même alors il ne fut pas très avancé par ce qu'ils lui dirent.

Son père avait fait un arrêt cardiaque et se trouvait dans le coma. Ils ne savaient pas quand et même s'il allait un jour se réveiller. Kurt passa une heure assis à son chevet à tenir sa main molle comme lui avait l'habitude de tenir la sienne, puis Mr. Schuester insista pour qu'ils retournent à McKinley. Il faillit refuser, mais la vision de son père, d'habitude plein d'entrain, de sourires, de blagues et de rires, étendu là avec moins de vie qu'un sac de patates, le fit changer d'avis.

Il fallait qu'il s'éloigne, qu'il oublie. Ce ne pouvait pas être réel. C'était juste impossible.

Il arriva à l'école juste à temps pour la dernière heure de son dernier cours. Il fut même presque content de voir Blaine, juste pour se changer les idées, même si le garçon semblait ne plus vouloir avoir affaire à lui. Tout le monde était déjà prêt devant sa paillasse. Blaine jouait à passer son doigt rapidement dans la petite flamme du bec Bunsen, et le groupe à côté de lui essayait de s'éloigner le plus possible.

Mrs. Mentore sembla surprise de le voir errer dans sa salle de classe. Elle lui sauta dessus et le pressa vers son siège.

"Kurt, je ne pensais pas te voir après que ton père...

- Je ne peux pas manquer les cours. J'aurais trop à rattraper, répondit Kurt rapidement, se dérobant légèrement à la mention de son père."

Il ne voulait pas penser à ça. Jamais.

"D'accord. Tu peux sauter le TP d'aujourd'hui si tu veux, Kurt.

- Non, non. Je vais le faire. Ça va aller." Ses lèvres bougeaient toutes seules, essayant de trouver quelque chose, n'importe quoi pour éloigner son esprit de la réalité qui l'oppressait par tous les côtés.

"Bon, Emily est malade aujourd'hui donc tu peux travailler tout seul...

- Tu peux toujours te mettre avec moi, bébé, l'appela la voix de Blaine à travers la salle. On forme une équipe vraiment sexy, tous les deux."

Kurt était tellement à côté de la plaque qu'il remarqua à peine le retour de l'arrogance dans la voix de Blaine, et le fait même que c'était à lui qu'il semblait s'adresser. Il était à peine conscient de ce qu'il faisait quand il assura à Mrs. Mentore que ça irait, qu'il travaillerait avec Blaine. Tous les regards le suivirent et beaucoup de gens murmurèrent quand il se laissa tomber à côté de Blaine, la distraction la plus efficace et la plus bienvenue qu'il aurait pu souhaiter à cet instant. Par miracle, le garçon n'avait même pas commencé le TP qu'ils devaient faire alors qu'il avait habituellement presque terminé à cette heure-là.

"Tu n'as pas commencé ?"

Blaine haussa les épaules, les yeux rivés sur ses lèvres. "'distrait par des trucs plus importants, bébé."

Kurt se raidit légèrement au contact tiède de Blaine à côté de lui, et une botte vint s'enrouler autour de sa cheville. Oui, c'était vraiment une distraction efficace.

Il jeta un regard à la feuille de TP pour se renseigner sur le sujet de la séance : réaction chimique sur des languettes-test. Facile, mais ils allaient devoir patienter. Et patienter signifiait que son esprit serait libre de vagabonder. Il ignora les frôlements de plus en plus aventureux et commença son TP en trempant chaque languette dans son produit chimique attitré. Une fois que tout fut prêt, il enclencha le retardateur qu'on leur avait donné et tira son tabouret pour s'asseoir en attendant et prendre des notes sur ce qu'ils étaient supposés observer.

Ses pensées retournèrent immédiatement vers l'hôpital, jusqu'à ce qu'une main puissante s'enroule autour de sa taille. Son estomac se contracta, à la fois par excitation et parce que ce contact lui rappelait la promesse qu'il s'était faite.

"Blaine, s'il te plaît, arrête de me tripoter."

La main se figea mais resta à sa place. "Pourquoi, bébé ? Je sais que tu aimes ça. En plus, c'est une bonne distraction."

Donc, Blaine savait. Génial. A présent il recommençait à penser à son père. L'humidité revint une nouvelle fois dans ses yeux à la pensée de son père, d'habitude fort et courageux, qui ressemblait à présent à un petit nourrisson prématuré entouré d'une jungle de fils et de tuyaux.

La hanche de Blaine heurta la sienne lorsqu'il renifla, et il sentit la main sur sa propre hanche se resserrer encore. Blaine n'alla pas plus loin, et Kurt ne s'était pas attendu à ça. Blaine se fichait de tout, et il était nul pour tout ce qui était d'être agréable ou de dire quelque chose qui n'était pas blessant. Il était juste probablement en train d'espérer que Kurt, dans sa détresse, oublie ses limites et ses principes et se jette dans ses bras.

Le retardateur annonça que le temps était écoulé, et il se jeta à corps perdu dans la fin de son TP alors que tout le monde commençait à ranger ses affaires. Blaine se contenta de l'observer travailler, assis sur son tabouret, sans parler mais sans participer non plus. Les annonces de l'après midi résonnèrent dans les haut-parleurs. Kurt remit tout le matériel à sa place et rinça les récipients pleins de produits chimiques lorsque que la sonnerie retentit.

A son plus grand étonnement, Blaine ne sortit pas avec le reste de la classe. Il glissa son bras autour de la taille de Kurt et l'attira vers lui, chuchotant pour que Mrs. Mentore ne les entende pas depuis son bureau. "Je peux t'aider à oublier tout ça si tu veux, bébé."

Ses mots coupèrent le souffle de Kurt et secouèrent bizarrement sa poitrine. Mais il n'allait pas se laisser avoir une seconde fois. Même si cela pourrait l'aider à tout oublier pour quelques heures. Même s'il voulait absolument prétendre que rien n'était arrivé, ce n'était de toute façon pas ça qui allait empêcher son malheur de continuer.

"Non, Blaine, dit-il d'une voix lasse en séchant les récipients et en les remettant dans leurs boites. Si tout ce que tu as à me proposer est un orgasme, alors je ne suis pas intéressé. Pourquoi tu n'arrives pas à comprendre ça ?

- Oh, allez. Pense que tu vas jouir à mort quand je vais te sucer, bébé."

Pas si, quand. L'assurance de Blaine le fit frissonner. Et vraiment, il haïssait ça. Il haïssait le fait que son père soit à l'hôpital et que tout ait changé en seulement quelques heures, et qu'il pourrait très bien finir orphelin, et que la seule chose que Blaine tirait de tout ça c'était une nouvelle opportunité de coucher.

"Va te faire foutre, Anderson ! s'écria Kurt." Il se fichait du fait que Mrs Mentore soit assise vingt mètres plus loin ou qu'il allait probablement encore finir en retenue. Il ne pouvait plus supporter les avances de Blaine en plus de tout ce qui lui arrivait en ce moment. "Je ne veux pas coucher avec toi. Je ne veux pas de toi près de moi. Mon père est... pourrait être m..."

Il ne pouvait pas le dire. Le prononcer rendait la chose réelle. Les larmes qui avaient menacé de couler durant tout l'après-midi glissèrent de ses yeux avant qu'il puisse les arrêter. Et il s'enfuit en courant, sans même prendre le temps de récupérer ses affaires ou de voir leurs réactions à son explosion. Il ne fit pas attention à l'endroit où il allait jusqu'à ce qu'il se retrouve dans une salle de classe vide, et même alors il ne voyait presque rien à travers ses larmes. Il se laissa glisser sur le sol à côté de la porte fermée et ramena ses genoux sous son menton.

Maintenant qu'il avait commencé à pleurer, il n'arrivait plus à s'arrêter. Mais il savait qu'il devait le faire. Carole et Finn étaient censés le retrouver pour aller à l'hôpital, et il ne voulait pas qu'ils se fassent du souci pour lui en plus de tout ça. Il essuya ses yeux d'un geste sec et essaya de reprendre ses esprits, mais la porte s'ouvrit et il se figea, s'attendant à ce que le professeur soit revenu dans sa classe.

Mais ce n'était pas un professeur… c'était Blaine.

Il faillit hurler. Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il le suive ? Est-ce qu'il ne pouvait pas juste lui foutre la paix ?

Blaine s'appuya dos contre la porte, la ferma doucement et croisa les bras sur sa poitrine. Kurt se releva rapidement et tenta de le dégager de la porte pour sortir et mettre le plus de distance possible entre eux. Mais Blaine bougea à peine, et les larmes qui l'aveuglaient baignaient toujours ses yeux malgré ses efforts pour les arrêter.

"Bon sang, laisse-moi tranquille ! hurla Kurt." Ou du moins il essaya, car sa gorge était trop serrée et enrouée d'avoir tant pleuré.

"Hummel... Kurt... Je... merde !" Blaine passa une main dans ses boucles, l'air plus étrange et confus que jamais. Kurt pouvait deviner à son expression que même lui n'avait aucune idée du pourquoi il avait suivi Kurt alors qu'il était tellement bouleversé. Mais il se fichait de connaître la raison pour laquelle Blaine se trouvait ici. Il voulait être seul.

Kurt tenta une nouvelle fois sa chance avec la porte. Il attrapa violemment Blaine par l'épaule et essayant de le dégager de son issue de secours. Mais Blaine reprit sa place et lui saisit le bras d'une poigne de fer pour l'écarter de lui.

"Laisse-moi partir, bon sang, dit Kurt en gémissant presque." Il luttait à la fois contre l'étreinte et le hurlement qui menaçait de jaillir de sa gorge.

"Non, répondit Blaine en les éloignant tous les deux de la porte."

Il ne pouvait plus rien voir, les larmes lui remplissaient complètement les yeux et dévalaient ses joues, et il cognait avec ses poings sur le torse musclé de Blaine en criant "Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu en aurais la moindre chose à faire ?"

Il martelait Blaine de ses poings, tirant et se tordant de toutes ses forces pour se libérer. Il était à moitié en train de hurler et à moitié en train de pleurer, et Blaine resserra sa poigne plus encore.

"Parce que je sais ce que tu ressens !"

C'était la première fois que Blaine criait devant lui, il n'avait jamais entendu autant d'émotions dans sa voix. Il se figea devant la confession qui venait de résonner dans la salle de classe vide, les yeux fixés sur Blaine. La main de Blaine le lâcha et se serra dans le poing qu'il pressa contre ses yeux, comme s'il était furieux contre lui-même pour ce qu'il venait de dire.

Mais Kurt était trop bouleversé, trop furieux et trop aveuglé par sa propre douleur pour se soucier du fait que Blaine soit honnête et ouvert à lui.

"Conneries, dit-il d'un ton cassant en écartant Blaine de la porte d'un coup d'épaule. Tu n'as aucune idée de ce que je ressens." Sa main était posée sur la poignée quand Blaine parla. Sa voix était douce et vide, et le corps de Kurt se figea une nouvelle fois.

"Mon père est mort quand j'avais quatorze ans. Ma mère quand j'en avais six."

Kurt fixait la porte en bois. Sa main qui tenait la poignée était moite et glacée.

Pendant quelques secondes, le seul son audible fut celui des lourdes Doc Martens de Blaine qui s'éloignaient de la porte et le souffle de Kurt, tremblant et reniflant. Il se tourna lentement vers Blaine, les entrailles comprimées par l'incrédulité. Le garçon brun ne le regardait pas. Ses bras étaient étroitement serrés autour de sa poitrine, ses yeux concentrés sur son pied qui jouait avec une éraflure du carrelage.

"Blaine je… je suis…désolé, bégaya Kurt."

La tête de Blaine se redressa d'un coup à ses mots et il sembla surpris, comme si personne ne s'était jamais senti mal pour lui auparavant.

"Non, ne le sois pas. Je veux dire... en fait... je devrais..." Blaine traina des pieds et se laissa tomber sur le bureau du professeur, tordant ses avant-bras à l'endroit où ils croisaient son torse.

Kurt fit un pas hésitant dans sa direction, et Blaine s'éclaircit bruyamment la gorge.

"Je devrais être désolé." Blaine s'éclaircit de nouveau la gorge et grommela les derniers mots "Excuse-moi."

Kurt voulait des excuses, mais il n'avait jamais compté en avoir un jour. Il essuya ses joues et demanda "Pourquoi ?

- Parce que... bon sang, il faut vraiment que je le dise ? J'ai dit que je suis désolé, ça suffit pas ?" Blaine se mit soudain en colère et commença à faire les cents pas devant lui. Kurt l'arrêta en posant une main sur son bras et le fit tourner jusqu'à ce que leurs yeux se rencontrent.

"Oui, il faut que tu le dises. Parce que j'ai besoin de l'entendre."

Blaine le jaugea du regard tellement longtemps que Kurt en vint presque à penser qu'il avait oublié qu'ils étaient en pleine conversation ou même pourquoi ils étaient plantés là. Les yeux vert-noisette jetèrent un coup d'œil à la porte close, comme s'ils espéraient que quelqu'un entre et les sauvent, puis revinrent sur le visage de Kurt. Il fallut un moment à Kurt pour se rendre compte qu'ils ne regardaient pas ses lèvres ou un autre endroit où Blaine le regardait d'habitude. Il n'y avait pas non plus ni de lubricité ni d'arrogance, seulement beaucoup d'incertitude et de malaise.

"Pour...la semaine dernière chez... chez moi..."

Sa voix mourut mais Kurt pouvait voir dans son regard qu'il essayait d'en dire beaucoup plus, seulement il ne savait pas comment le dire. Il se mordit la lèvre et remua le pied pendant que Kurt attendait, puis...

"Je n'étais pas en train de... t'utiliser...bon, si, un peu j'imagine... mais voilà... merde... seulement je..." Il s'arrêta de nouveau, et avala une grande bouffée d'air. "Je te veux... te veux près de moi... J'aime juste t'embrasser, ok ?"

Il agita ses mains d'un air exaspéré et se retourna, et vraiment, pensa Kurt, c'était loin d'être des excuses parfaites ou même exceptionnelles. Mais de la part de Blaine, c'était mille fois mieux que ce qu'il avait espéré. Et il savait, même si Blaine ne l'admettrait jamais, que c'était important pour lui. Il ne pouvait pas le lui faire remarquer, malgré tout. Rien qu'en le voyant batailler avec ces mots honnêtes, il savait que la moindre remarque pourrait renfermer de nouveau Blaine sur lui-même.

Il acquiesça donc en silence, même si Blaine lui tournait le dos et ne pouvait pas le voir. Le bruit du métal contre ses dents se fit entendre et Blaine se retourna, son arrogance regagnant peu à peu son regard. Pour une raison ou une autre, ce bruit n'importunait plus Kurt autant qu'avant. Ils s'observèrent de manière un peu embarrassante et Blaine augmenta le cliquetis de son piercing.

"Bon, et cette pipe, je te la taille bébé ?"

Kurt leva les yeux au ciel et se tourna vers la porte. "Non. Juste non."

Blaine gloussa derrière lui, mais il n'avait pas son habituel accent d'arrogance et de supériorité. Kurt se retourna pour regarder une dernière fois la lueur de compréhension qui brillait encore dans ses yeux.

"Même pas en rêve, Anderson." Il secoua l'épaule en ouvrant la porte brusquement et s'essuya le nez et les joues avec sa manche.

"En fait, on fait beaucoup plus que ça dans mes rêves, bébé. Et je suis prêt à parier qu'on fait beaucoup plus que ça dans les tiens aussi."

Kurt claqua la porte et passa récupérer son sac avant d'aller retrouver Carole et Finn. Il ne comprenait pas pourquoi son cœur se sentait un peu plus léger tout à coup. La visite intimidante à l'hôpital d'un père qui ne se réveillerait peut-être jamais était sa perspective la plus imminente, mais Blaine... Blaine Anderson n'était peut-être pas un cas aussi désespéré qu'il ne l'avait cru au premier abord.