Hy les loulous de l'astre argenté !
Grâce à Vampirou (faites lui des bisous) et à ses musiques toujours parfaites, j'ai réussi à me concentrer sur cette suite ^^
Bonne lecture !
CHAPITRE 9
Dans une seule seconde
Stiles sort de la voiture. Il fait nuit. Il regarde le hangar, frappe une paume sur le toit de sa caisse et acquiesce avant de se décaler pour pouvoir claquer la portière. Tout le monde descend. Scott, Isaac et Derek. Lydia se gare juste à côté. Elle sort, vite suivie d'Alison. Ils observent tous le hangar. Ça a l'air désert. Totalement, foutrement désert.
— Vous sentez un truc ? demande-t-il en jetant un regard aux garous de la meute.
— Rien, admet Isaac en haussant les épaules.
Stiles se figure le hangar gris, les fenêtres intactes à hauteur de plafond, une grande porte close. Il jette un œil aux conteneurs géants, ces étranges Legos colorés, abîmés sur les bords, pas très bien alignés. Il finit par se détourner, se dirige vers son coffre et l'ouvre. Il sourit. Cette batte est un putain de porte-bonheur.
— On va aller prospecter, commande Scott en invitant les garous à le suivre d'un signe bref du menton.
— Est-ce que l'Alpha mojo rend tout le monde arrogant ou seulement Peter, Derek et Scott ? peste Stiles dans sa barbe inexistante.
— Le pouvoir fait ça, Stiles, rétorque Lydia d'un ton docte en le rejoignant à l'arrière de sa voiture.
— Mais du coup, t'as pas d'arme, élude Stiles en la scrutant de haut en bas.
— Mon arme pourrait bien te détruire les tympans, rappelle la rouquine en arquant son sourcil parfait.
— Le pouvoir rend comme ça, hein ? maugrée-t-il devant la morgue de la jeune femme.
— Prêts ? intervient Alison en rengainant son arbalète avec dextérité.
Stiles peste sur toutes les personnes qui l'entourent. Pourquoi ont-ils tous l'air badass ? Lui il est là, avec une fichue batte en métal et la dextérité d'un crétin amputé des deux bras et eux ont juste à sourire pour paraître dangereux. Il déteste sa vie. Il déteste qu'ils soient tous beaux, forts et beaux et forts. Merde. Il ne pourrait pas avoir deux ou trois trucs bien, lui aussi ? Non, pas Stiles. Lui il est intelligent, mais c'est noyé dans cette putain d'hyperactivité. Chaque fois que son cerveau frôle le génie, il se dissipe pour le rendre aussitôt con qu'une cruche vide. Il n'y a pas de justice.
— Est-ce qu'on lui dit ? demande Lydia en grimaçant de compassion.
— Je sais pas, répond Alison en pinçant la bouche.
— Quoi ? râle Stiles en fermant le coffre, batte en main.
— Tu parles tout haut, mec, lâche Isaac depuis le toit du hangar.
— Je vous emmerde, Isaac, toi et tous tes copains poilus et toutes ces nénettes parfaitement pas poilues !
— Nénettes ? s'enquit Lydia, moqueuse.
— T'as une couronne de cheveux, Lyd's, et des putains d'escarpins en daim. On est dans un entrepôt, et t'es comme en mode "mode", tu vois ? Alors je trouve que le mot nénette est assez gentil et prévenant, princesse.
— Je ne suis pas en mode Nénette, contre Alison en ajustant ses différentes armes.
Et qui est-il pour la contredire ? Personne. Alors il se tait. Merde, cette fille pourrait le transformer en brochette et le piquer à l'ail avec ces fichues dagues chinoises.
— Bon, les mômes, les interpelle Isaac en adressant un clin d'œil à Alison.
Les trois adolescents délaissent la voiture pour avancer vers l'énorme porte sur poulie. Stiles ne ressent pas la moindre peur. Il regarde d'un côté et de l'autre, comme avant de traverser. Il jette un regard vers le toit et offre un rapide salut à Scott, là, perché en hauteur sur l'un des bords. Isaac est de l'autre côté et Derek hume l'air un peu plus loin, le visage froissé, barbu, tendu. Il est ridiculement beau. C'est n'importe quoi. Le gars hume l'air comme un animal et même de cette façon il a l'air bien. Genre, il semble fort et intéressant. Si Stiles faisait ça, tous les regards le dévisageraient, perplexes, en se demandant s'il n'était pas chaud pour Heichen-house.
Il se détourne pour regarder Alison et son carquois, sa démarche assurée, droite, volontaire. Il observe Lydia et son joli sourire carmin, un regard vert pétillant et ce clin d'œil complice sur cette bouille de poupée surmontée d'une couronne nattée de cheveux roux. Alison se fend d'un sourire à fossettes avant de lever les yeux au ciel. Est-ce qu'il a encore parlé à voix haute ? Il se déteste. La chasseuse pose une main sûre, celle d'une championne d'arbalète, sur la poignée de la grande porte sur rails.
Il redresse le menton juste à temps pour voir Isaac sauter du toit en un bond parfaitement maîtrisé. Évidemment, il atterrit parfaitement à ses côtés. Fichu Loup-garou.
— Quel canidé pourrait faire ça, franchement ?
Tous les regards convergent vers lui et il écarte les bras, presque offensé.
— Mais c'est vrai, les gars, insiste-t-il, sa batte suivant dangereusement ses grands gestes. Un loup ne sauterait pas d'un toit ! La lune vous ment, les gens. Vous êtes plus un genre de félidé trop moche pour être considéré tel quel, c'est tout. Si tu voyais un cat avec ce genre de tronche, ben tu dirais que c'est un chien pour pas vexer toute la famille, c'est comme ça.
Isaac assène une claque sur son épaule alors que Alison fait coulisser porte sans montrer un signe d'effort.
— Certaines races de chiens peuvent parfaitement sauter d'un toit, lui apprend le Bêta en le dépassant pour être le premier à en franchir le seuil.
— Ne nourrit pas ses délires, Isaac, grogne Derek en sautant à son tour.
— Ne nourrit pas ses délires, singe Stiles avec gravité sans même regarder ce fichu loup sexy. Fais comme moi, Isaac, grogne suffisamment pour qu'on oublie que tu es en fait un gros minou disgracieux. Mi-A-Ouuuuuuu.
Il scrute le hangar et fait tourner sa batte en aluminium dans le creux de sa paume. Il aime cette arme.
— Elle serait plus efficace avec des clous, mais j'ai pas encore réfléchi à comment la recustomiser. Le pied serait que les clous soient rétractables, comme vos griffes pas du tout canines. Le jeu de mots est fendard…
— Abrège, se moque Isaac en secouant ses boucles.
— Ouais, achève-nous, grogne Derek de loin et Stiles sourit largement.
Isaac s'avance jusqu'au centre du bloc gris poussiéreux plein de cagettes vides. C'est d'un cliché.
— Où cette batte restera peut-être simplement, et bien, une batte, celle-là même qui nous a sauvé la vie in extrémis quand l'antre du Nemeton c'est littéralement délité dessus nos têtes. Ce qui est déjà quelque chose. À défaut d'être badasse, elle a le mérite d'être utile et de l'avoir prouvé.
— Est-ce que tu essaies de nous faire passer un message ? le raille gentiment Scott, un pas derrière lui. Chouette comparaison avec toi-même, mec.
Stiles s'entend rire et fait tourner sa batte avant de suivre Isaac à l'intérieur de ce qui ressemble de plus en plus à un tombeau. Il tourne la tête, tend son poing à son frère d'arme, d'âme, Scott, et celui-ci lui rend son geste avant de le rejoindre et de marcher à son côté. Derek ferme la marche, son ombre imposante se dessinant dans le jour déclinant.
— Merde, Derek, t'en imposes même quand on te voit pas, rit Stiles en fixant le dessin de sa silhouette sur le sol et le mur.
Ils y sont, à l'intérieur.
Stiles continu à avancer sans se retourner, sans remarquer Derek, ses yeux de loups et son sourire en coin, presque flatté. L'adolescent est trop occupé à écouter les murmures de Lydia et Alison. Leurs rires discrets, leurs chuchotements. Ces petites teignes lui jettent un coup d'œil moqueur. Il déteste tout le monde, surtout les filles. Il s'engouffre encore, encore, encore. Plus il avance, plus il doute. Ce n'est pas tant l'ombre du soir que cette étrange appréhension qui lui noue le ventre.
— Heu…, hésite Stiles, perplexe, en se retournant pour fixer étrangement l'entrée. Quand tu disais que tu sentais rien, Zac, c'était genre, "Je sens aucun danger, les gars, foncés" ou plutôt, "Tiens, ça alors, aucune forme de vie vivante qui respire et vit n'a traversé ce lieu depuis des lustres" ?
— Heu, doute celui-ci en cherchant de l'aide auprès des deux autres loups.
— Parce que si c'est la deuxième option, vous êtes conscients, tous, que c'est impossible, hein ? Juste pour qu'on soit clairs entre nous. Rien qu'à voir l'état de ces cagettes à la con ou même…
Scott enroule aussitôt une main autour de son poignet.
— Stop, ordonne-t-il de son timbre Alpha.
Avant que l'un d'eux n'ait le temps de réagir, une ligne de poudre noire est jetée au sol. Elle est parfaite. Une porte invisible pour créatures magiques. Un piège. Mais un piège qu'il peut briser. Du sorbier. Stiles penche la tête sur le côté, intrigué, et se détache sans peine de la prise de Scott sur son bras.
— Vous sentez quelque chose, là ? demande-t-il en fronçant les sourcils sans cesser d'avancer.
Arrivé à hauteur de cette ligne sombre, il tend le bout de sa basket en vue de la briser. Un mur. Il ne peut pas la toucher ni l'atteindre.
— Rien, lâche Derek. Merde.
— Les gars ? s'inquiète Stiles tout haut alors que tout le monde est déjà aux aguets. Je crois qu'on a un sérieux problème. Merde est un mot beaucoup trop faible, là.
Il regarde cette ligne intacte et sa main qui bute sur un mur invisible. Il est humain, c'est impossible. Il regarde en hauteur, puis de nouveau vers le bas, et pousse cette muraille utopique sans obtenir d'autre résultat qu'un échec cuisant. Impossible. C'est impossible. Son appréhension monte en flèche.
— Je, j'arrive pas à, c'est une putain de blague !
— Stiles, éloigne-toi, ordonne Scott avec force.
— Scott, pou-pourquoi j'arrive pas à virer cette poussière putain, je suis le maître humain du sorbier et de l'imaginaire.
— Stiles, pousse-toi de là.
Ce dernier lâche sa batte qui atterrit brutalement au sol, en plusieurs rebonds métalliques. Il pousse encore. Parce que tout son instinct refuse l'idée. Alison le rejoint et s'accroupit au sol. Elle souffle sur la poudre, mais la poudre ne bouge pas. Elle pose sa main et rencontre la barrière, comme Stiles, comme les êtres surnaturels. Ce qui est juste le truc le plus dingue que Stiles ait vécu depuis… et bien, la semaine d'avant, avec Jennifer.
— Je comprends pas, murmure-t-elle en se redressant.
— C'est pourtant simple, claque Derek dans le hangar saturé d'échos. On vient de se faire piéger et personne dans cette pièce ne peut nous libérer.
Impossible, la main de Stiles est rejetée par cette putain de poudre à la con. Comme si le sorbier le repoussait. Plus il avance les doigts, plus il se replient naturellement vers sa paume. Il ne peut pas les tendre. Impossible, il l'aurait su. Il en a déjà tenu dans les mains. Il peut forcément la toucher. Il se détourne, les yeux écarquillés, et jette un œil à Derek qui le fixe intensément et sans ciller, ses iris de garou incandescents. S'il était un être surnaturel, il le saurait forcément. Ou peut-être que le Nemeton leur a légué plus que son refuge. Peut-être que cette petite noirceur est surnaturelle et biaise complètement son rapport au Sorbier. Derek serre les poings, mais ne le lâche pas des yeux. Il donne l'impression de vouloir le rejoindre. Le rassurer.
Alison le détourne de cet instant en dégainant son arc face à cette porte ouverte qu'ils ne peuvent plus franchir. Elle vise, elle vise tout un groupe. Et lui recule beaucoup trop doucement. Il est pétrifié. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tout leur échappe de cette façon ? Il ne sait même pas pourquoi il montre ses paumes. C'est plus fort que lui, comme pour calmer ce qui est en train de leur glisser entre les doigts.
— Stiles ! claque Scott en le tirant en arrière.
— Reste derrière moi, ordonne Derek en se plaçant instinctivement devant lui.
L'adolescent sent une main attraper la sienne. Une petite main frêle, celle de Lydia. Il se détourne. Elle regarde droit devant. Elle a peur. Il s'agrippe à ses doigts et ils reculent. Il entraine Lydia avec lui et recule encore jusqu'à se retrouver quasiment plaqué aux caisses vides adossées au mur du fond.
— Stiles, il se passe quelque chose de grave, murmure Lydia, les yeux grands ouverts sur l'entrée.
Le jeune se retourne, lâche la main de Lydia, regarde les fenêtres à hauteur de plafond. Il n'y a pas d'issus, ils sont réellement piégés. Des chasseurs entrent, une quinzaine. Ils les font reculer, les regroupent, et lui cherche une issue qui n'existe pas. C'est un putain de cauchemar. Comment ont-ils même pu savoir qu'ils seraient là ? Stiles regarde vers Alison. Elle est tendue, droite comme un I, prête à en découdre. Les chasseurs les contournent tous de façon à faire un cercle autour d'eux. Le cœur de Stiles va sortir de sa cage d'un instant à l'autre. Ils sont là, au milieu de cette tombe et ils sont fait comme des rats.
— Ne faites rien d'irréfléchi, ordonne Scott entre ses dents.
Ils sont cernés. Clac clac clac clac clac clac, un tandem de fusilles qui s'arment. Stiles retient toute une flopée de sarcasmes, parce que, merde, ils ont déjà fait le truc irréfléchi en question, puisqu'ils sont ici, visés par de vrais flingues. Une bonne quinzaine. Des armes à feu. Il déteste ça. Ce n'est absolument pas fairplay. Aucun d'eux n'a d'arme à feu.
Puis elle entre. Au début, elle n'est qu'une silhouette. Pourtant, Stiles sait que c'est elle la matriarche. Il ose un regard autour de lui. Derek est juste derrière. Scott devant. Isaac sur le côté. Ali est proche de Scott, Lydia est juste derrière elle. Ils n'ont aucune formation. Là, maintenant, au cœur du danger, ça semble tellement évident. Ils ne sont que des gamins pris au piège et Stiles aurait presque envie d'en rire. Ils sont si ridicules. Des mômes jouant aux guerriers. Devant autant de véritables combattants, ils n'en paraissent que plus risibles. Tout ce qu'ils ont vécu n'est pas encore assez pour qu'ils puissent se confronter à pareille embuscade. À croire qu'ils n'ont pas pris leçon. À croire qu'ils ont baissé leur garde, si grisés par leur dernière aventure qu'ils en ont oublié celles à venir.
Et sa batte gît là-bas, juste à côté de l'entrée. Bien sûr, elle lui serait inutile en main, mais le simple fait qu'il se soit séparé de sa seule arme comme on oublie ses clefs sur une table prouve son manque total de discernement. Stiles se passe une main dans les cheveux et délaisse un rire bref. Un gargarisme. Le souffle de Derek heurte sa nuque. Il s'est rapproché et lui n'ose plus se retourner. Il peut se contenter de cette proximité pour ne pas flancher. S'accrocher à ce courant brulant qui se veut rassurant. Qui l'est. C'est celui d'un loup-garou, après tout. Celui de Derek.
Ouais, ça va bien se passer. Ils sont ensemble. Ils ont déjà combattu. Stiles tente un regard de biais. Derek ne le lâche pas des yeux. Entend-il son cœur battre au rythme effréné de sa course pour survivre ? Sent-il sa peur, celle qui enserre sa gorge et pétrifie ses muscles ? Peut-il voir sa frayeur autant qu'il la ressent lui-même ?
— Bonjour, les enfants, claque la voix sèche de la femme souriante.
Elle dépasse ses hommes pour se placer face à eux. Face à eux, encerclés et pointés avec des armes. Elle est âgée. Son visage est marqué. Ses cheveux ne démentent en rien son expérience. Sa droiture est-elle que doit l'être celle d'une guerrière. La sous-estimer serait une erreur. Son clan est bien formé.
— J'ai ouï dire qu'il y avait eu ici une naissance à fêter ?
Les membres de la meute échangent des regards incertains. Peut-être que ces gars se sont trompés de cible finalement. Peut-être ont-ils une chance de se sortir de ce fichu pétrin.
— Ils l'ignorent, comme c'est touchant, reprend la femme, mains dans le dos, sourire faux au coin des lèvres.
Stiles n'aime pas la façon dont elle les scrute. Comme s'ils n'étaient plus que des animaux bons pour l'abattoir et qu'elle venait d'acquérir les meilleurs morceaux de leur vivant.
— Votre mage ne vous a donc pas prévenu des risques d'un tel sacrifice.
L'adolescent n'aime non plus son accent. Il est brutal, il s'accroche aux « r ». Il appuie les mots, leur donne trop de sens, trop de fatalité. Ou est-ce juste l'ambiance, les armes pointées, et ces êtres insensibles figés dans leurs devoirs. Celui de les soumettre, sans doute de les tuer.
— Le Nemeton n'est pas une magie à prendre à la légère.
Cette fois, elle n'a plus de sourire. Elle semble même en colère. Comme une fichue grand-mère.
— Votre druide a commis une grave erreur. De celles qui brisent l'équilibre naturel des choses. Heureusement, il existe des clans qui rétablissent cette justice de l'existence.
— En tuant des gamins, super, maugréé Stiles, sitôt griffé par Derek.
Pas grand-chose, juste une marque dans l'intérieur de son poignet. Ce gars passe son temps à le marquer. Même s'il le nierait certainement, mais Stiles a beaucoup de preuves pour étayer son propos.
— Savez-vous ce qu'est une trinité, jeune homme ? Dans un monde où la magie côtoie quotidiennement l'aveuglement des hommes ? Dans un monde où la puissance et le pouvoir prévalent sur la nature et son équilibre ? Où l'être humain avilit le vivant pour le simple plaisir de le dominer ? C'est une entité remarquable. Entre de mauvaises mains, ce serait le chao. Il est de notre devoir d'éradiquer ce genre de souci avant qu'il ne devienne celui de la ville tout entière. Si Argent faisait son travail, nous n'aurions pas à dépasser la frontière pour corriger ses erreurs.
— Nous gérons très bien ce territoire, claque Alison, surprenant la plupart des soldats.
Stiles en est un peu impressionné. Parce que cette nana fait face comme le ferait la future matriarche du clan Argent/McCall.
— Alors la rumeur disait vrai, répond la dame en s'approchant d'Alison.
Toute la meute se tend.
— Les chasseurs du clan Argent se sont liés à des loups-garous.
— Nous avons également changé notre code. Nous ne chassons plus ceux qui nous chassent, Madame Calavera. Nous protégeons ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes.
— Tu es un bon soldat, jeune fille. Ta tente l'était aussi.
Alison déglutit et Stiles a envie de frapper cette vieille peau.
— Ma tente était une meurtrière.
— Elle avait le sens du devoir.
Derek grogne et Stiles a envie de grogner aussi. Alors il le laisse faire une seconde, puis tends sa main derrière lui et appui sur son ventre dans l'espoir qu'il se calme. Ça marche. Depuis quand temporisent-ils l'autre ?
— Elle s'est laissée dévorée par son ambition, continue la matriarche. La Trinité en fera tout autant. D'autant plus si elle concerne des humains. Trouvez-moi le cœur. Avec un peu de chance,
L'ordre claque dans l'air et les chasseurs commencent à vouloir s'approcher. Les jeunes se resserrent les uns aux autres.
— Allons allons, les enfants. Nous n'avons besoin que du cœur de la Trinité pour la détruire. Une vie contre combien ? Six ? C'est plutôt fairplay et chacun de vous pourra rentrer chez soi.
— Est-ce que cette conne propose vraiment d'abattre l'un d'entre nous ? demande Stiles entre ses dents.
La main de Derek attrape de nouveau son poignet pour le serrer et lui intimer clairement l'ordre de la fermer. Pourquoi faut-il qu'ils soient à deux doigts de mourir pour que ce crétin de loup devienne incroyablement tactile ?
— L'Alpha est sans doute le cœur, lâche un homme d'une vingtaine d'années sans quitter le groupe des yeux.
— J'en doute, il est déjà celui de sa meute, refuse la dame en les scrutant un par un. Et c'est un véritable Alpha. Il a peut-être même été créé par le Nemeton, donc en toute logique, il est le corps.
— C'est quoi de ce délire ? râle Stiles avant de pester des griffes qui s'enfoncent dans son poignet.
Autant pour lui, Derek ne tient pas une minute entière en le touchant sans lui faire mal. Pour le marquer, si voulez son avis. Ou l'empêcher d'attirer l'attention sur lui. Mais quand même, il le marque.
— Mec, c'est pas l'heure de me faire une putain d'acuponcture, peste-t-il entre ses dents.
— Si vous ne nous aidez pas, vous allez tous y rester, prévint la vieille femme en les observant. Nous avons besoin de trois sacrifiés. J'imagine que la chasseuse et l'un d'eux avec l'Alpha. Il ne reste plus beaucoup de possibilités pour le dernier. Trouvez le cœur, si vous n'y parvenez pas, tuez-les tous.
Sur ces mots, la femme part, accompagnée par deux de ses hommes.
— Je suis… commence Stiles dans un murmure inaudible, le cœur fou de ce qu'il réalise.
Si cette trinité existe vraiment. Si cette magie les hante au point de les rendre surnaturels, alors, il est le cœur. Il le sait. Il le sent.
— Chute, lui souffle Derek en se plantant dans son dos. Tais-toi, Stiles. Tais-toi. S'il te plait.
— Je crois, je crois que c'est…
— Merde, la ferme, Stiles.
Son grognement ressemble davantage à une supplique qu'à un ordre. Il attrape déjà sa taille. Pour une fois, ce n'est pas agressif. Ce n'est pas un avertissement, c'est un aveu. Il le protège. Il a peur pour lui. Isaac et Scott amorcent un mouvement vers Alison. Merde. Évidemment. Il faut que tout le monde doute. Il faut qu'il détourne l'intention des chasseurs.
— Qu'est-ce que ça fait, une Trinité ? demande-t-il en refusant catégoriquement de regarder dans la direction d'Alison ou de Scott.
— L'enfant demande comment dégoupiller une grenade, se moque l'un des hommes les plus âgés.
Quelques rires sans joie répondent à sa remarque et Stiles est aussitôt ignoré. Il croit sentir Derek glisser son nez sur sa nuque. C'est presque aussi déstabilisant que cette situation qui leur échappe totalement.
— Qui est l'Alpha ? réclame une femme.
Elle a des cheveux blonds accrochés en queue de cheval. Elle est habillée pour la guerre. Elle en a d'ailleurs les armes. Ils en ont tous les armes.
— C'est moi, répond Scott en serrant les mâchoires, mains en l'air.
Stiles a peur. Il y a pas mal de chasseurs. Pas un ou deux. Non, ils sont encerclés. Alison semble calculer leurs faibles chances de s'en tirer. Lydia pince la bouche et s'empêche de parler, peut-être même de respirer. Mais elle trépigne. Ses petits poings sont serrés. Elle a envie de pleurer. Elle panique. Et Stiles en connait la raison. Lydia entend la mort venir. Ils sont peut-être tous condamnés. Il ne sait pas quoi faire. Il se sent complètement impuissant. Nerveux, agité, mais totalement impuissant. Il a froid. C'est la peur qui lui gèle le sang. Seul Derek derrière lui semble être une source de chaleur suffisante pour l'empêcher de s'écrouler.
Ils sont au milieu d'un hangar, au milieu de rien, sans âme qui vive, ni témoin, et eux sont comme déjà morts. Isaac ne bouge pas. Il a une arme pointée sur la nuque. Il déteste ça, transpire. Stiles n'aime pas non plus. Il a l'impression d'entendre un murmure mortel, celui de son sang qui se glace dans ses veines. Il est horrifié de voir tous ses amis encerclés par des armes à feu. Par des tireurs qui savent ce qu'ils font. Par des chasseurs qui n'hésiteront pas à les descendre. Ils ne visent pas des adolescents, ils visent des êtres surnaturels. La panique s'accroît. Stiles ne sait pas quoi faire de ça. Il serre les poings, comme Lydia, mais lui n'a pas l'amplitude pulmonaire de sa frayeur. C'est pire que ça, pire que tout. Ils ne se sont pas sortis de cette merde de meute d'Alphas pour se faire descendre par des abrutis qui n'en ont apparemment rien à foutre de buter des gamins.
— Avance-toi, ordonne la femme en faisant un signe bref du menton.
C'est une façon d'appeler le cœur à se dénoncer. Scott avance d'un pas.
— Non, intervient Stiles, parce que cette femme va l'exécuter, il le sait.
Il le sent. Où il le voit à la frayeur qui hante le moindre trait du visage de Lydia. Elle va l'exécuter devant eux. Elle ne tremblera pas, n'hésitera pas, ni ne fléchira. Elle ne réfléchit plus par elle-même depuis trop longtemps. Elle a été formée pour ça. Derek pose une main dure sur son épaule pour qu'il se taise, Stiles se dégage d'un mouvement trop brusque, trop tendu, presque en colère, et lui jette un regard défiant avant de reprendre son point de vue.
— Scott, ne bouge plus, répète Stiles, et il trépigne. Vous n'avez pas le droit, les chasseurs ont des codes.
Son cœur est un concert débilitant sur le thème de la trouille. Dans sa tête c'est le chao. Ils sont encerclés, il n'a pas de solution. Mais ils ne peuvent pas se laisser mitrailler comme du bétail. Si le problème c'est lui, qu'elle importance ? Un seul mort contre six. Ils tiendront peut-être parole. Peut-être, peut-être qu'ils tiendront parole. Leur code est trop important, trop ancré en eux. S'il se dénonce, les autres auront une chance de s'en sortir.
— N'essaie même pas, Stiles, gronde bassement Derek. Ne fais pas ça.
— C'est pour défendre ce code que l'on nous a envoyé ici, rétorque la femme sans perdre de sa contenance. Si ton Alpha n'a rien à se reprocher, il n'a rien à craindre.
— C'est bon, Stiles, assure Scott en lui faisant signe de se calmer, de ne pas bouger, de ne rien faire.
A-t-il compris qui était le cœur ? Est-il en train de jouer au héros pour le protéger ? Ce crétin de loup, son frère, est-il en train de se sacrifier encore une fois ? Hors de question. Une vie sans fenêtre aux volets ouverts ne vaut pas la peine d'être vécue. Tout, sauf cette nuit noire.
— Écoute ton Alpha, gamin, conseille un type près de lui.
Celui-là même qui pointe une arme sur lui. Stiles a envie de lui en coller une. Ils mentent. Ils sont là pour une exécution, pas pour un procès. Son regard est braqué sur Lydia. Lydia qui ferme les yeux si fort qu'elle froisse tout son joli visage de nacre. Elle serre davantage ses petits poings, des larmes coulent sur sa petite bouille de poupée. Quelqu'un va mourir et ce ne sera pas Scott. Il ne faut pas que ce soit Scott. Jamais. Pas son frère. Jamais. Stiles voit tout au ralenti. Lydia ouvre la bouche pour hurler, il amorce un pas vers son frère, son ami d'enfance. Une main le retient, celle de Derek, il s'en détache et bondit. C'est sa seule chance. Sa seule chance. Le cri de Lydia va les décontenancer. Déjà il retentit tout autour d'eux. Il est assourdissant. Il se répercute contre les parois de sa cage thoracique avec la même folie que son cœur emporté.
Stiles se précipite comme au ralenti, il pousse Scott pour prendre sa place devant l'arme qui tire. Il ferme les yeux de toutes ses forces et des éclaboussures recouvrent son visage. Il n'a pas mal. Quelque chose coule comme des larmes sur sa peau. Des larmes chaudes, presque réconfortantes. Chaudes sur sa peau glacée par l'effroi. Il tremble, ouvre les yeux. Derek. Derek et ses yeux qui s'éteignent. Derek et le sang qui recouvre son visage. Derek qui le regarde, mais qui ne le voit plus. Derek est mort. Mort. Mort. Et Stiles a son sang sur la peau, sur la bouche, dans les yeux. Le sang de Derek. Il tremble. Pétrifié, il tremble. Derek s'écroule et le cri de Lydia meurt aussitôt remplacé par le sien.
Puis le monde tangue.
Une seconde.
Pas juste un vertige, non, un tremblement de cœur, le sien. Ça vient de lui. De sa rage, de son désespoir, de son refus. Le silence tombe, envahit l'espace, le prive d'oxygène. Ne subsistent bientôt plus que les respirations teintées d'incertitudes. Celles qui cherchent en vain un air qui n'existe plus.
Deux secondes.
Ça vient de lui, tout ce vide, ce néant, cette colère si absurde que le temps semble s'être arrêté pour l'accueillir, pour la cueillir. Plus de mots, plus de voix ni de son. Plus rien. Une secousse, comme si la terre peinait à retenir son propre souffle. Stiles s'arque entièrement. Il offre sa gorge, yeux grands ouverts sur le plafond et bouche béante sur un cri inexistant. Un tambourinement, une course à l'unisson, un martèlement comme le cœur d'une armée en marche pour la guerre.
Trois secondes.
Un crépitement, la promesse d'un orage enragé, le craquement d'un ciel déjà fêlé. Et puis les vagues, le déchainement, la fureur d'éléments impossibles à contrer. La folie poussée au bord de son précipice. Un fil prêt à céder.
Fou, fou, fou. Impossible. Impossible. Derek ne peut pas mourir.
Le fil s'effiloche. Les larmes coulent et il se rompt. Stiles abaisse le menton et les chasseurs s'écroulent à genoux, comme contraint par des mains invisibles. Les balles qu'ils ont tirées tombent avec eux comme des pétales sans atteindre leurs cibles. Le jeune fixe ce corps sans vie, il ne voit plus rien d'autre. Il n'entend ni ne voit plus rien d'autre. Il se laisse choir juste devant et pose ses mains sur cet être dépourvu d'existence. Il s'affole et hurle de nouveau. Des craquements s'en suivent, comme pour aider son cri à se porter plus haut. Plus il hurle, plus le monde se brise autour de lui. Alors il continue. Il le brisera autant qu'il l'est lui-même. Les corps se broient. Les cris se meurent. La vie s'éteint et il l'attire à lui pour la rendre à celui qui ne doit pas mourir. Pas lui.
Jamais.
— Derek ! hurle-t-il, démentiel, alors que le sang est partout autour d'eux. Derek ! Reviens ! DEREK ! ME LAISSE PAS ! ME LAISSE PAS !
Les craquements s'intensifient. L'orage est tout autour de lui. Sa pluie est rouge. Son tonnerre est un sanglot de désespoir. Sa foudre s'abat sans discontinuer. Mais Derek est mort. Il est encore mort. Alors il faut plus. Plus qu'eux, plus que tout. Stiles ferme les yeux. Son cri meurt, sa vie le lâche. Allez. Allez, allez, allez. Il faut qu'il la lui donne. Il ne doit pas mourir.
Un souffle faible. Un battement de cœur. Il soulève les paupières. Derek le regarde. Ses yeux clignent plusieurs fois. Il est vivant et Stiles s'autorise enfin à tomber. Il sent son corps s'écrouler, mais il ne souffre pas. Sa tête heurte le sol, mais il n'a plus mal. Il regarde ce regard et délaisse une dernière larme.
Il a envie de parler, mais c'est comme si de l'eau le submergeait. Il essaie de bouger, mais ses membres sont engourdis par le liquide glacé qui semble recouvrir son corps.
— Vous saviez que pendant une noyade, on retient notre respiration jusqu'à en perdre connaissance ?
Il ne peut pas se débattre, il n'arrive plus à se battre. Sa tête devient douloureuse.
— Ça s'appelle l'apnée volontaire. Ça veut dire que vous avez beau être terrorisé, votre instinct de survie est tellement fort que vous gardez la bouche fermée jusqu'à ce que vous ayez l'impression que votre tête va exploser.
Des points lumineux se mettent à danser, flous, envahissants. Éblouissants. Il sent son corps se détendre malgré lui, ses yeux se voilent d'eux-mêmes comme dans le refus de constater sa propre fin.
Sa tête est sur le point d'exploser, mais il garde sa bouche fermée. Encore, encore, encore.
— Et si tu retiens ta respiration jusqu'au tout dernier moment ? Qu'est-ce qui se passerait si tu décidais de ne pas ouvrir la bouche ? De ne pas laisser l'eau entrer ?
Tout son être aspire à cette inspiration, celle qui le libèrera enfin. Celle qui envahira ses poumons pour en chasser les dernières bulles d'oxygène.
— On est obligé de laisser l'eau entrer, c'est un réflex.
Encore une seconde. Son crâne va exploser.
— Mais si tu retenais ta respiration un peu plus longtemps jusqu'à ce que ce reflex se déclenche, avait insisté la psychologue, ça pourrait te faire gagner du temps, peut-être même suffisamment pour te permettre de remonter à la surface, pour que l'on puisse te porter secours. Si c'est ta survie qui est en jeu, ça vaut peut-être la peine de souffrir, non ? avait demandé la druidesse.
Il sent l'instant exact on son corps capitule. Il a envie de pleurer, de le retenir, de s'excuser.
— C'est seulement quand vous laissez l'eau rentrer que vous arrêtez de souffrir, d'avoir mal. C'est là que la peur s'arrête et que tout devient paisible...
Ses lèvres s'entrouvrent comme au ralenti et il laisse son cops l'accueillir, cette fin, soulagé jusque dans son dernier soupir. Il a l'impression de chuter et l'eau l'avale tout entier, le tire vers le fond, vers les ténèbres. Il est au cœur d'un océan et s'enfonce dans son abîme, les lumières sautillent, s'éloignent, et il chute toujours.
Le noir est partout, insondable, opaque. Il grignote ses dernières miettes de conscience.
Tout s'éteint. Tout se vide. Ses muscles cessent de tressauter. Son corps abandonne, sa tête aussi. Il se laisse simplement porter, dériver. Tout est paisible, silencieux, indolore. Il peut presque percevoir son dernier battement de cœur. Ce traitre de cœur qui tressaille une toute dernière fois. Ce cœur vide de cette musique unique, impatiente, trébuchante.
— Derek ?
— Je suis là, Stiles.
— Mais qui vous dit que ça va s'arranger ? avait soufflé Stiles, perplexe. Qui vous dit que la souffrance ne va pas laisser place à l'enfer ?
Ça y est, demain n'existe plus.
— Dans ce cas, souviens-toi de ce que Winston Churchill a dit un jour : "Si vous traversez l'enfer, continuez d'avancer".
La première fois qu'il se réveille, il fait sombre. Des cris, de l'affolement. Scott est un monstre. Un magnifique monstre noir aux yeux rouges comme un volcan. Stiles hurle de douleur et tout redevient noir.
La deuxième fois, il se sent malade. Terriblement malade. Il vomit. Tousse. Le vertige est prégnant. En lui. Ses larmes le brisent. Le monde tremble. Ou est-ce lui ? Une main, celle de Derek. Derek est en vie ? Les tremblements se calment.
— Ça a l'air de marcher, pleure Lydia en mettant sa petite main au creux de la sienne encore libre.
Stiles ne la regarde pas. Il regarde ces yeux, ce lac, et y plonge. Derek est en vie. Il l'a pourtant vue mourir.
— Qu'est-ce qu'on fait ? panique Alison, des larmes plein la voix. Il y a, il y a des cadavres partout. Je, je, je sais pas quoi faire…
— Ça ne s'arrête pas au hangar, lâche Isaac en les rejoignant.
Sa voix tremble. Stiles n'a pas souvenir d'avoir déjà entendu cette voix trembler.
— Il faut appeler ton père Ali, quelqu'un, peut-être Deaton.
— Mais Scott ? Il, il semble incapable de, de, de reprendre forme humaine.
— Alison, lâche Lydia en retenant ses sanglots. Il faut que tu reprennes tes esprits. Appelle ton père. Je vais, je m'occupe du Docteur Deaton. Scott fait juste les cent pas, rien de grave.
— Il lèche le sang des cadavres, Lydia ! hurle à moitié Alison, paniquée. Comment, comment on a pu, comment, Stiles, et… c'était…
— Chute, Ali, déglutit Lydia, Tendue. Je crois, je crois qu'il faut qu'on respire, tous.
Stiles n'a pas quitté ce regard. Il est beau et vivant alors il pleure. Parce qu'il ne fait pas si noir si Derek en vie. Quelque chose gratte en lui. Il fronce les sourcils. Et la mémoire le frappe de plein fouet. Le tourbillon. Les morts. Son envie de tuer, de détruire. Il réalise. Il comprend. Non. Stiles se pétrifie et entrouvre les lèvres. Il a tué. Il a tué. C'est lui. Lui qui fait pleurer Alison et Lydia. Qui fait trembler la voix d'Isaac et empêche Scott de retrouver son humanité. C'est lui.
— Non…, souffle-t-il, perdu, et le monde e remet à tanguer, à frissonner et se briser.
— Stiles ! hurle Lydia.
Il retombe dans le noir.
Les heures qui suivent sont une succession de cris et de douleur. La dernière fois qu'il se réveille, il est au cabinet du Docteur Deaton. Scott est recouvert de sang et de larmes. Alison et Lydia ne sont pas mieux. Isaac est pâle, éclaboussé de rouge, mais sans larme. Il semble traumatisé.
— Derek…, souffle-t-il comme si plus rien d'autre n'avait d'importance.
Son corps est épuisé. Son cœur aussi. Quelque chose déconne. Ses perceptions. Sa vie tout entière. Sa tête pleine de cauchemars trop réalistes.
— Stiles, concentre-toi sur ma voix, exige Deaton.
— Enlevez-le-moi, enlevez-le-moi, pleure-t-il, anéanti.
— Ce pouvoir est lié à toi, Stiles, il faut que tu te calmes.
Stiles secoue la tête et pleure encore. Alors, pour accompagner ses larmes, la terre tremble comme le feraient ses lèvres. Le jeune sait que ce n'est pas une impression. Il entend les bruits métalliques, les portes des placards, et il n'arrive pas à empêcher son cœur d'avoir peur et d'empirer les choses.
— Faut vider ma tête, Doc, pleure-t-il, épuisé. Videz ma tête. Vite… vite, dépêchez-vous, je vais pas, je, je vais pas tenir longtemps…
— Bien, accepte l'homme, le regard humide, la peau presque grise. Je vais d'abord t'endormir.
— S'il vous plait, murmure-t-il avant de retomber dans le noir.
— Ils sont tous morts, Docteur, entend-il Lydia chuchoter avant qu'il ne tombe totalement dans l'inconscience.
— Chris s'occupe de l'incident. Il a dépêché beaucoup de ses hommes.
— Non, je parle d'eux trois. Quand, quand Stiles a fait ça, Alison et Scott sont tombés et sont morts aussi. Et… j'ai hurlé et… c'est comme s'ils m'avaient entendu… Ils sont simplement revenus…
Puis plus rien.
Quand Stiles se réveille, il fait déjà jour. Sa chambre est silencieuse et le soleil filtre à travers le volet. Il grogne. Il est épuisé. Peut-être qu'il devrait se rendormir une heure ou deux. Mais quand il ferme les yeux, la peur le submerge et il se redresse d'un seul coup. Pendant une seconde, il a eu l'impression de se noyer. Finalement, il ferait mieux de se lever.
Il sort du lit et enfile le premier froc qui lui tombe sous la main. Il ouvre la porte à la volée.
— Papa !
— En bas !
— J'arrive !
Stiles s'arrête. Une douleur. Sa tête. Il pose ses paumes sur son crâne. Ils sont cernés. Clac clac clac clac clac clac, un tandem de fusilles qui s'arment. Le sang, partout du sang, des murs gris qui en portent encore les taches. Des cris, celui de Lydia, le sien, des grognements. Le hangar vide, bousillé, le hangar cerné, criblé de balles. Stiles tombe à genoux, Stiles s'écroule devant Derek. Ses mains touchent frénétiquement le sol, ses doigts touchent ce corps sans vie, le bousculent, s'y accrochent. Derek.
Clac clac clac clac clac clac. Une ovation, les vitres sont encore là, Derek est derrière lui. Stiles fouille le sol de sa chambre, le gratte comme s'il cherchait à y creuser sa tombe, à en sortir vivant. Derek le retient. Quelque chose vibre dans l'air. Un cri qui se retient. Un cœur qui s'accélère. Un concert de souffle en suspens. Des corps sans vie. Partout des corps sans vie. Et tous ces visages recouverts de sang. Lydia, Alison, Isaac, Scott, Derek. De la chair et du sang. Des dizaines de cadavres.
Un hurlement. Le sien. Sa tête lui fait mal. Le sol tremble. Son pouls s'emballe. Les vitre implose. Le shérif monte en trombe.
—Scott ! Ça recommence !
—Je viens !
Le loft, la lumière bleue, le vent fraie qui passait par les vitres brisées. Alison et Scott posté juste un pas devant lui, face à madame Calavera. Lydia, Aiden, Ethan, Danny, Isaac, qui restaient en retrait.
—Votre cœur se souvient, n'est-ce pas, Monsieur Hale ? demanda la matriarche. Il se souvient de votre ancrage, de votre amour. La mémoire a plus d'une facette.
Derek Acquiesça et Stiles, adossé à son torse, en fit tout autant.
—Aidez-moi, murmura-t-il en sentant les larmes envahir son regard perdu.
—Je suis là pour ça, corazón. Ton Druide arrive.
—Vous ne ferez rien, gronda Scott en se plaçant instinctivement devant son frère.
—Je ne peux plus le détruire sans risquer de détruire toute cette ville, cuerpo. Je ne vais pas tuer ton ami. Il a lié son cœur à chacun d'entre vous et qui sait d'autre encore, je ne peux plus faire autrement que de vous aider à le contrôler, à l'apaiser. Je sais reconnaître une défaite quand j'en vois une, davantage si c'est la mienne. Nous protégeons ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes, n'est-ce pas, espíritu ?
Alison acquiesça, solennel.
RAR :
samsi : Zuuuuuteuh, même pas drôle,si on a même plus le droit de s'automutiler, mais ou va le monde ? o.O \o/ Merci beaucoup, ça me fait très plaisir. Je suis contente, parce qu'au final, c'était peu prévisible et l'effet de surprise était presque garanti XD MDR! En plus, j'avais ménagé mes effets et tout,punaise, j'en suis presque fière (le presque vient du fait que je ne me suis pas surprise, du coup, bah, ça m'a un peu gâché le suspens ... comment ça je suis pas net ? ^^') Aw, merciiiiii tout plein, je prends, comme d'hab, j'en fais des réserves même. Plein de petits câlins et de petites de remerciement pour tes commentaires et tes encouragements. :3
Verdict ? Bon ou dois-je essayer le plongeon en eau trouble, les pieds à l'abri dans du béton armé ? XDDD
Des bisous !
Félie
