Hey hey heeey !

Encore un mois s'est écoulé depuis le dernier chapitre... désolée. Comme je l'avais dis dans ma note du chapitre 8, j'ai eu une période vraiment pas facile niveau écriture. Je dis pas que ça m'est passé, mais ça va un peu mieux alors j'essaye d'en profiter.

Les résultats du bac c'était hier et je l'ai eu avec mention assez bien. Maintenant que je suis sûre d'en avoir fini avec ça, je vais pouvoir me concentrer sur mes histoires.

Sur ce, bonne lecture !


CHAPITRE 9 : "Maybe soulmates are just two ordinary people who are too stubborn to let the world pull them apart."

C'était une journée de printemps, chaude et lumineuse. L'air sentait l'herbe fraîchement coupée et les fleurs de cerisiers. Au pied d'un temple de la ville, dans les jardins qui l'entouraient, des centaines de personnes étaient réunies par le beau temps et les traditions. Dans l'herbes s'étalaient des couvertures colorées sur lesquelles reposaient nourriture et boisons, alors qu'autour, des familles discutaient et riaient avec entrain. Des enfants couraient dans tous les sens, jouant bruyamment tous ensemble comme des amis de toujours, même lorsqu'ils ne se connaissaient pas.

"Hanami! Hanami! Hanami!" scandait un petit garçon aux cheveux châtains portant un t-shirt sur lequel était imprimée la face d'un alien vert. Il avait le plus grand et le plus lumineux des sourires alors qu'il tournoyait dans l'herbe juste au pied d'un cerisier, les bras levés vers la cime de l'arbre.

"Tooru! Tu vas finir par tomber et te faire mal," le gronda une jeune adolescente avec une mine sévère.

"Laisse le s'amuser Tomoe," gloussa une femme assise tout près d'elle.

Sa fille la regarda et s'assit à coté d'elle en grommelant que si son petit frère se faisait mal, il ne pourrait s'en prendre qu'à lui.

Près du petit Tooru, un garçonnet aux cheveux brun foncé coiffés en piques était assis et le regardait pirouetter avec attention. Le châtain finit par s'arrêter, mais la tête lui tournait et il se retrouva à tituber, s'approchant dangereusement de son ami jusqu'à trébucher sur lui. Un glapissement de surprise résonna et les deux garçons tombèrent, Tooru écrasant de tout son poids Hajime qui n'avait rien demandé.

"Tooru, t'es lourd," se plaignit le petit brun en tentant de se dégager, la mine froncée.

L'enfant leva la tête sans bouger du corps de son camarade, et il le regarda avec un air perdu pendant une seconde, le temps de retrouver ses sens. Un peu plus loin, sa soeur fit remarquer qu'elle l'avait prévenu.

Le petit garçon finit par se pousser, et lorsque qu'il regarda son ami se rasseoir, ses yeux s'illuminèrent de toute une constellation d'étoiles et un immense sourire fleurit sur son joli visage.

"Waouh, c'est trop beau!" s'écria-t-il avec admiration.

Hajime haussa un sourcil, "Quoi ?"

Tooru pointa du doigt le haut de sa tête, "Tes cheveux !"

Le brun leva les yeux par réflexe, mais ne pouvait rien voir de ce que son ami voulait dire. Il ne voyait pas que quand il avait chuté et que sa tête avait rencontré le sol herbeux, des pétales roses tombés des branches de cerisiers s'étaient logés dans sa coiffure.

"On dirait une princesse !" gloussa le châtain.

Cela fit férocement rougir son ami qui se frotta vivement les cheveux pour en dégager les pétales de fleurs, "Crétin!"

"Non!" gronda Tooru en fronçant les sourcils, "Ne les enlève pas !"

Contrarié qu'Iwaizumi ai chassé les fleurs, il en ramassa une poignée et la lui lança au visage en riant. Son ami lui cria dessus, lui ordonnant d'arrêter, mais le petit garçon se contenta d'un sourire admiratif.

"Mais tu es beau comme ça," dit-il avec un ton enjoué.

Hajime rougit encore et il détourna les yeux. Tout le monde autour d'eux pouvait voir comme il irradiait alors de bonheur alors qu'il essayait d'empêcher ses lèvres de se retrousser dans un sourire. Il adorait quand Tooru lui disait qu'il le trouvait beau. ça lui donnait chaud dans la poitrine et ça lui faisait tout drôle dans le creux du ventre. Il ne savait pas ce que c'était que ce sentiment de joie, mais ce qu'il savait pour sûr, c'est qu'il l'adorait, et qu'il n'y avait que son ami qui le faisait se sentir comme ça.

Il sourit légèrement, et passa le reste de la journée avec des pétals coincés dans les cheveux, au plus grand bonheur de Tooru.

Ce Hanami avait été une journée superbe. C'était un souvenir précieux dans l'esprit des deux garçons. Le souvenir d'une époque infiniment heureuse où aucun mal ne semblait pouvoir les atteindre.


Il était tout juste sept heures du matin et dehors il faisait encore nuit lorsque la porte du bureau où dormaient Hajime et Tooru s'ouvrit dans un grand fracas, et qu'on se mit à les secouer tous les deux violemment pour les tirer du sommeil.

Quand le châtain ouvrit les yeux, il découvrit le visage de sa soeur, empreint de panique. Cela eu le mérite de le tirer des limbes de l'endormissement et il se sentit immédiatement bien éveillé, alors qu'il cherchait à comprendre ce que lui racontait son aînée avec empressement.

"Nee-san, qu'est-ce qui se passe ?" demanda-t-il avec inquiétude en accrochant le regard de sa soeur pour attirer son attention.

"Il faut que vous partiez," répondit Tomoe d'un ton grave.

Elle dû se rendre compte qu'ils ne comprenaient pas vu leurs mines effarées, alors elle prit une seconde pour souffler, avant de reprendre avec le plus grand sérieux.

"Maman vient de m'appeler. Au sujet d'Hajime-kun. Ses parents sont ici, à Miyagi."

Le sang des deux garçons ne fit qu'un tour et ils durent probablement blêmir d'un coup alors qu'un sentiment d'horreur les saisissait. Sans penser ne serait-ce qu'une demi-seconde, Tooru sauta sur ses pieds et se précipita pour attraper ses vêtements. Il envoya les siens à Iwaizumi.

"On s'en va, Iwa-chan."

Le brun hocha la tête et se leva à son tour. Il se sentait un peu agar, mais il obéit presque par automatisme. Par instinct de survie. Ils se changèrent plus rapidement que jamais, ne tenant même aucun compte de la présence de Tomoe dans la pièce, alors que la jeune femme les observait en mordillant nerveusement ses ongles.

Elle avait été tirée du sommeil par la sonnerie de son téléphone, et lorsqu'elle avait décroché en voyant s'afficher le nom de sa mère, cette dernière lui avait hurlé dessus sans aucun préavis. Elle lui avait expliqué que les parents d'Hajime étaient chez eux, et à la recherche de leur fils. Bien sûr, dès qu'ils avaient comprit qu'il avait fait une fugue, ils avaient deviné sans mal qu'il reviendrait ici.

'Il est chez toi avec Tooru, n'est-ce pas ?'

Sa mère l'avait alors prévenue qu'ils allaient venir pour chercher leur fils.

'Tomoe. J'ai préféré te prévenir de ce qui se passe, mais ne dis rien à Tooru et Hajime-kun', l'avait-elle implorée d'un ton faible. 'Les encourager leur fera plus de mal que de bien et tu le sais aussi bien que moi.'

Elle savait. Et pourtant, elle n'avait pas pu se résoudre à ne rien dire. Elle ne voulait plus jamais revoir la douleur qu'elle avait vue sur le visage de so frère deux jours auparavant, une expression qu'il avait portée depuis le départ brutal de la personne pour laquelle il était transit d'amour.

Les deux garçons avaient fini de s'habiller et s'étaient pressés dans le couloir pour enfiler leurs chaussures. Tomoe les avaient suivis et les fixaient. Elle se demandait si elle faisait le bon choix en les laissant s'enfuir. Elle savait que leur mère avait raison, qu'ils ne faisaient que courir en vain. Mais pour autant...

Elle tendit quelques billets à son frère alors qu'il allait ouvrir la porte d'entrée. L'adolescent regarda l'argent, puis sa soeur, avec un air perdu.

"Vous ne pouvez pas vous enfuir sans un sou en poche," expliqua-t-elle en tentant un sourire nerveux.

Les yeux de son petit frère se mirent à briller et il hocha la tête. Il prit l'argent et l'enfonça dans sa poche.

"Je vais essayer de vous faire gagner du temps," continua la jeune femme, "Cachez-vous quelque part pendant quelques heures. Je t'appelerai pour vous tenir au courant"

"Pourquoi tu nous aide à fuir ?" demanda Tooru. La question lui brûlait les lèvres alors qu'il se souvenait la dispute qu'ils avaient eu à peine la veille quant au fait qu'il y avait cette possibilité qu'ils ne puissent pas gagner.

Tomoe dessina un sourire bienveillant. "Je t'ai bien dis que je serai toujours de ton coté."

Le châtain eut une soudaine envie de se jeter à son cou pour l'enlacer. C'est vrai, elle l'avait dit. Et elle avait toujours été une personne de parole.

"Merci nee-san," sourit-il.

Elle hocha la tête d'un geste entendu, "Partez maintenant"

"Oui"

Ils échangèrent un dernier regard, puis Tooru prit la main d'Hajime et ils partirent en courant. Tomoe les regarda faire. Elle avait une boule dans la gorge et un frisson désagréable la traversa. Un instinct lui avait dicté de se ranger du coté de ces deux amoureux qu'on empêchait de s'aimer, mais finalement, avait-elle vraiment prit la bonne décision ? Elle ne savait pas où tout ça les mènerait. Elle ne savait pas où ils iraient -elle espérait qu'ils ne se cacheraient pas trop loin. Tout cela semblait bien trouble. Absurde.

Mais comme l'avait dit son frère, tout cette histoire l'était.


Oikawa et Iwaizumi couraient. Ils couraient à en perdre haleine dans les rues de la ville qui s'éveillait à peine. Le soleil commençait tout juste à se lever et le froid était mordant. Ils avaient les poumons en feu, et un point de coté torturait Hajime depuis deux bonnes minutes maintenant. Cependant, il ne s'arrêtait pas. Ils devaient aller le plus loin possible avant de se permettre de s'arrêter.

Il avait froid et chaud à la fois, son souffle était furieusement erratique, son coeur cognait comme jamais au milieu de sa cage toracique, et les muscles de ses jambes hurlaient qu'on les laisse se reposer rien qu'un instant.

Mais il ne pouvait pas se permettre ce luxe, pas encore.

Tout était embrouillé dans son esprit, et il était trop concentré à essayer de réguler sa respiration pour se débarrasser de ce point de coté, qu'il n'arrivait pas à ordonner ses pensées.

Tout ce dont il était sûr, c'était qu'il devait partir.

Il savait que ses parents finiraient par venir ici pour le retrouver. Quand il était partit, il leur avait dit qu'il passait la nuit chez un ami de l'équipe. Ça leur avait fait gagner une journée. Et puis ils avaient dû commencer à s'inquiéter de ne pas le voir rentrer. Ils avaient dû essayer de le joindre, mais il s'était débarrassé de son téléphone en le laissant dans sa chambre. Et puis, doucement, ils avaient dû finir par comprendre, et sans doute prendre le premier train en direction de Miyagi pour le retrouver.

Il n'avait pas l'intention de se laisser capturer si facilement.

Cela faisait bien six ou sept minutes qu'ils fonçaient dans le petit matin, lorsque Tooru commença à ralentir la cadence jusqu'à s'arrêter complètement. Ils accueillirent tous les deux cet arrêt avec bonheur et prirent une grosse minute à reprendre leur souffle avait d'enfin parler.

"Où est-ce qu'on va ?" demanda Oikawa.

"J'en sais rien," répondit Iwa.

"On pourrait demander à Makki ou Mattsun de nous cacher ?"

Hajime secoua la tête, "Je ne veux pas les impliquer là-dedans. On a déjà impliqué ta soeur et sa famille, c'est déjà trop."

Oikawa acquiesça ses paroles. Leur absurde histoire avait déjà touché trop de monde dans leur entourage. Il eut alors une idée.

"Le bus !"

L'Ace haussa un sourcil perplexe, "Quoi ?"

Un sourire déterminé vint retrousser les lèvres du plus vieux, et il se remit à courir.

"Oi ! Où est-ce qu'on va !?" Iwaizumi se lança à sa poursuite. Le caoutchouc de leurs semelles couinait sur l'asphalte alors qu'ils filaient à toute allure. Heureusement que la pratique du volley les avaient dotés de jambes robustes et d'une grande endurance. Cependant, soliciter ainsi leurs muscles dès le réveil et sans échauffement préalable allait sûrement avoir un prix en courbatures le lendemain. Enfin, c'était bien le dernier de leurs soucis pour l'instant.

L'arrêt de bus leur apparut finalement, et le véhicule de transport communautaire était déjà là. Ils eurent à peine le temps d'arriver alors que les portes automatiques se refermaient déjà, pour que le chauffeur leur ouvre et les laisse monter.

Ils allèrent s'asseoir à l'arrière du véhicule et reprirent leur souffle. Le bus était silencieux et tranquille. A cette heure du matin, seuls quelques lycéens s'y trouvaient, et éventuellement une ou deux personnes en costumes. La plupart avaient des écouteurs vicés dans les oreilles, certains terminaient leur nuit, blottis dans les fauteuils inconfortables. Les fenêtres étaient pleines de buées à cause du contraste entre le froid du dehors et la chaleur des corps et du chauffage à l'intérieur.

Oikawa soupira en laissant sa tête tomber sur l'épaule d'Iwazumi qui reposa la sienne contre son crâne, laissant les cheveux châtains lui chatouiller la joue. Il ferma les yeux. Son coeur avait encore le rythme éffréné de leur course, mais il autorisa son corps à se relâcher.

"Ton plan ?" demanda-t-il au bout d'un moment.

"On se cache et on attend."

"Mais où ?"

Le capitaine sourit doucement, "Tu verras"

"C'est pas le moment de jouer aux devinettes," fit remarquer Hajime d'un ton irrité. Cela tira un léger gloussement à son camarade, mais ce dernier ne lui révéla pas leur destination pour autant. Il sentit la main froide de Tooru glisser contre la sienne, et il la serra, entrelaçant leurs doigts.

"J'ai peur," avoua alors Oikawa d'une toute petite voix.

"Moi aussi," confia à son tour Iwaizumi. Et il serra sa main encore plus fort.

L'espace d'une seconde, une idée folle lui traversa l'esprit. Et si il se livrait simplement à ses parents ? C'était sa faute après tout, si ils se retrouvaient comme ça maintenant. Ce qu'il voulait, plus que n'importe quelle autre chose au monde, c'était le bonheur d'Oikawa, et sa sécurité. Il était revenu égoïstement vers lui, et il songea que peut-être cela n'avait pas été la bonne chose à faire.

Si il s'était plié à la volonté de ses parents, Tooru aurait finit par l'oublier et il aurait continué sa vie, heureux. Mais égoïstement, rongé par la douloureuse distance qui les séparaient, il était revenu. Maintenant, ils risquaient tous les deux de très gros problèmes, sans oublier Tomoe qui l'avait caché.

"Je t'aime Iwa-chan"

"Je t'aime aussi"

Ah, c'était si stupide. Comment avait-il pu croire ne serait-ce qu'une seconde qu'il pourrait se résigner à laisser son petit ami refaire sa vie sans lui. Au fond, il n'était qu'un égoïste. Même si au premier coup d'oeil, on pouvait penser que c'était Tooru qui était le plus dépendant, la réalité était plutôt l'inverse. Tooru était un garçon fort et indépendant. Mais lui, il ne l'était pas autant. Il savait qu'il ne pourrait jamais réussir à vivre éloigné de lui. Il était entravé à lui par les chaînes lourdes et solides de l'amour qu'il lui portait.

Ils descendirent du bus après une quarantaine de minutes de trajet, et l'arrêt était juste au pied du lieu qui était leur destination.

"Ici ? Tu es sûr ?"

"Tu as une meilleure idée ?"

Iwaizumi haussa les épaules. Pas vraiment pour être honnête, alors il ferait avec. Il s'avançèrent en silence. L'endroit était entouré d'un calme profond. A cette heure de la journée, et même à ce moment de l'année, les lieux n'étaient pas vraiment fréquentés. Au fond, ce n'était peut-être pas une si mauvaise cachette. Ils étaient dans la ville voisine, dans un lieu reculé et avec peu de passage. Ils avaient une chance de ne pas se faire repérer.

"C'est vraiment plus triste en hiver," constata Oikawa en regardant les cimes dégarnies des cerisiers qui avaient perdus fleurs et feuilles. Seules restaient leurs branches, s'élevant sur le ciel gris comme des doigts déformés cherchant à attraper les nuages.

"C'est vrai," approuva Iwaizumi, "Mais on reviendra au printemps, pas vrai ?"

Tooru s'arrêta pour le regarder. Pendant un instant, il revit le petit garçon aux cheveux pleins de pétales roses durant le Matsuri qu'ils avaient passé ici pour la première fois. Il sourit et hocha la tête.

"Oui !"

Bien sûr qu'ils reviendraient lorsque les arbres seraient en fleurs. Avec Tomoe et Takeru, et Mattsun, Makki, et toute l'équipe. Lorsque tout serait rentré dans l'ordre, ils reviendraient accueillir la belle saison sous un toit de fleurs roses.

Ils arrivèrent devant le temple qui couronnait le parc de cerisiers, et ils poussèrent la lourde porte pour y entrer. Il faisait plutôt sombre à l'intérieur parce que le soleil n'était pas encore assez haut dans le ciel pour l'éclairer correctement, mais il faisait bon. Tout était silencieux et l'air sentait les encens. Ils refermèrent derrière eux et s'avancèrent. Il n'y avait pas l'air d'y avoir âme qui vive. Tant mieux.

La pièce principale dans laquelle ils venaient d'entrer était carrée. Le sol était en tatamis, ce qui les força à retirer leurs chaussures et à les prendre à la main, et les murs étaient tout en boiseries sculptées et en papier de riz. Du plafond pendaient des décorations dorées et contre le mur du fond se dressait un grand autel en bois noir et en feuilles d'or. Il y avait aussi quelques lampions et des sculptures.

Ils passèrent dans la pièce adjacente ouverte au public. Elle était aussi carrée, plus sobre et plus petite, avec de grandes fenêtres. Le seul mobilier était composé d'une table basse entourée de coussins plats, et un buffet sur lequel reposaient de petites figures en marbre et en feuilles d'or.

Oikawa fut le premier à s'asseoir sans délicatesse, avec un soupire de soulagement. "Voilà, ici on sera tranquilles"

Iwaizumi s'installa en face de lui. Il était un peu nerveux.

"Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?" demanda-t-il en regardant autour d'eux. S'ils allaient passer l'entièreté de la journée ici, il allait bien falloir qu'ils s'occupent.

"Et si tu me racontais une histoire ?" proposa Tooru avec un sourire.

"Quoi ?"

Le châtain s'avachit sur la table basse, croisant ses bras sur la surface boisée et déposant sa tête par dessus. Sous cet angle, ses yeux brillaient étrangement, et l'ombre qui cachait une partie de son visage lui donnait un air étrange.

"Parle-moi de Kyoto"

Hajime se tendit comme la corde d'un arc et il déglutit, "Pourquoi ?"

"Pourquoi pas ?" répliqua l'autre avec un haussement d'épaules. "On va être là pendant un moment après tout. Je veux savoir ce que tu faisais, là-bas"

Iwa le fixa un instant sans rien dire. Il n'avait pas vraiment envie d'y repenser, les moments passés là-bas n'étaient que des mauvais souvenirs. Mais bien malgré lui, des images s'imposaient à son esprit, et il ne parvenait pas à les chasser.


Cela faisait quatre jours qu'il était arrivé à Kyoto avec ses parents. Pendant cette nuit-là, il avait énormément neigé et au petit matin, la ville était recouverte de blanc. Le tapis de poudreuse qui couvrait les trottoirs était de presque cinq centimètres d'épaisseur.

Il faisait un froid glacial ; Iwaizumi ne pu que le constater quand il sortit de l'appartement pour aller en cours. Il enfouit ses mains tout au fond des poches de son blouson alors qu'il avançait dans la neige. Il n'avait pas de gants -il n'avait jamais aimé ça et s'obstinait à refuser d'en acheter. Mais avant, Oikawa en avait toujours une paire pour lui lorsqu'il faisait froid, et il le forçait à les porter sur le trajet qu'ils faisaient ensemble.

Et bien qu'il détestait ces ridicules gants noirs décorés de têtes d'alien vertes, il aurait tué à cet instant pour pouvoir les porter. Il avait l'impression que l'hiver était plus rude ici qu'à Miyagi.

Pour être honnête, tout était tellement différent. Il s'était déjà perdu en essayant de rentrer (et il s'était retrouvé sans savoir comment devant un Love Hotel) et même après quatre jours, il devait se concentrer pour trouver son chemin. D'autant plus qu'avec toute cette neige, la ville semblait avoir prit un aspect encore différent. Les gens aussi étaient différents. La mode d'ici n'était pas la même, comme certaines mœurs.

Lorsqu'il allait au lycée, il passait près d'un konbini. A chaque fois, il sentait ses jambes ralentir et il avait envie de s'arrêter. Pour attendre Oikawa. Cet idiot était encore en retard ! Il devait encore perdre du temps dans sa salle de bain à se coiffer. Quel crétin. Il devrait avoir honte de le faire attendre dans le froid comme ça !

... et puis il se souvenait. Ce n'était pas le combini près duquel ils se rejoignaient pour aller en cours, et Oikawa n'arriverait pas en retard, en s'excusant. Il ne réclamerait pas un bisou qu'Hajime ferait mine de refuser de lui donner. Il ne bouderait pas jusqu'à avoir ce qu'il voulait. Il ne le disputerait pas parce qu'il ne voulait pas mettre ces gants ridicules. Ils ne marcheraient pas cote à cote, leurs épaules se frôlant de temps en temps, jusqu'au lycée. Rien de tout ça n'arriverait plus.

Il se sentait seul.

Au lycée, il avait l'impression d'être dans une sorte de monde parallèle. Il retrouvait les mêmes types de personnes qu'à Seijoh, mais elles étaient pourtant si différentes. Ici, l'Ikemen du lycée était un joueur de l'équipe de base-ball. Il y avait toujours une traînée de personnes qui le suivaient partout en babillant avec admiration pour obtenir une seconde de son attention. Un spécialiste des sourires Colgate, et sa voix était roucoulante la plupart du temps.

Enfin, d'après un camarade de classe, ce gars n'avait que son corps pour lui, et il était apparemment bête comme un pneu. Tout le contraire d'Oikawa qui avait à la fois la beauté et l'intelligence. Il lui manquait. Même ses fangirls lui manquaient. Il n'aimait pas ce mec-là, il n'aimait pas ces fangirls-là. Il voulait retrouver son beau gosse à lui, et les fangirls qu'il avait toujours connues.

Il se sentait seul.

Les entraînements de volley aussi étaient différents. Les gars étaient cool et l'ambiance était bonne. Ils s'entendaient tous bien entre eux et riaient beaucoup. Mais pour autant, Iwaizumi ne se sentait pas à sa place. L'équipe d'Aoba Johsai lui manquait. Matsukawa et Hanamaki, et leurs constantes taquineries, Kindaichi et son admiration pour ses sempais (et surtout pour lui, il fallait l'avouer), Kunimi et ses remarques cyniques, Yahaba qui se mettait en colère contre Kyoutani, et ce dernier qui refusait d'écouter Oikawa et qui le rendait fou. Même le coach lui manquait. Le gymnase lui manquait. Son uniforme lui manquait.

Ici, entouré ce ces gens, il se sentait comme un intrus. Comme s'il était de trop ou indésiré. Pourtant, les autres joueurs essayaient de l'intégrer du mieux qu'ils pouvaient, mais cela ne marchait pas. Le sentiment de marginalité d'Hajime était trop grand.

Il se sentait seul.

Un soir, après l'entraînement, le capitaine de l'équipe lui avait proposé de se joindre à eux pour une sortie. Ils allaient aller à la salle d'arcade, puis manger des ramen. Il avait poliment refusé l'invitation alors que sa gorge s'était nouée. Il allait souvent manger des ramen après l'entraînement avec Oikawa, Hanamaki et Matsukawa. Ils allaient souvent à la salle d'arcade, et Matsukawa et lui se livraient des batailles féroces sur Street Fighter, pendant que Oikawa perdait magistralement à Space Invaders pendant que Hanamaki se moquait de lui.

Parfois, les autres se joignaient aussi à eux, et ils passaient des heures entières à jouer aux jeux d'arcade et à donner des gages aux perdants. Il y avait souvent beaucoup de triche et tout le monde s'amusait à déconcentrer Tooru pour le faire perdre (c'était trop amusant de le voir s'énerver). C'était des moments précieux qui manquaient atrocement à Iwaizumi.

Il se sentait seul.

Seul, seul, seul. Terriblement seul. Bien sûr, il appréciait la solitude de temps en temps, mais pas comme ça. Il aimait être seul, pas se sentir seul. Il y avait une grosse différence. Et ici, il se sentait profondément, désespérément seul.

"Hajime, comment s'est passée ta journée ?"

"Bien."

Mal, tellement mal...

"Et l'entraînement, c'était bien ? Tu t'entends bien avec les autres joueurs ?"

"Oui."

Non, je me sens comme un intrus...

"Je trouve vraiment Kyoto très agréable. Je suis heureuse que l'on ai emménagé ici, pas toi Hajime ?"

"..."

Non. Je veux rentrer. Je vous déteste.


Il était seize heures bien passées maintenant. A midi, Oikawa était allé leur acheter de quoi manger avec l'argent que Tomoe lui avait donné, et il en avait profité pour faire l'acquisition d'un jeu de cartes. Ils avaient joué pendant une heure environ, avant de se lasser, et sans vraiment savoir comment, ils avaient fini par s'endormir sur les tatamis, blottis l'un contre l'autre.

C'est une sonnerie de téléphone qui les réveilla -le thème musical de X-Files. En se rendant compte que son portable sonnait, Tooru s'était jeté dessus. Son visage avait blêmit. Il avait levé les yeux vers Hajime qui le fixait avec insistance.

"C'est Tomoe," dit-il d'une voix basse.

Ils allaient finalement savoir.


Preview du chapitre 10 -

"Alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ?"

"Iwa-chan, tu m'entends ?"

"Tu as toujours été tellement égoïste..."

"On n'a pas de temps à perdre."

"C'est toi qui les a laissés s'enfuir."

"Iwa-chaaaaan!"


Eh voilà ! J'espère que ça vous a plu. Je vous fais la promesse que le chapitre 10 sortira la semaine prochaine !

Je tenais sincèrement à remercier du fond du coeur les personnes qui m'ont encouragée à ne pas abandonner. Franchement, je ne sais pas ce que je ferais sans vous. Merci aussi aux reviewers ! C'est grâce à vous tous que je continue. Alors merci.

Sur ce, à la semaine prochaine pour la suite ! o/