Chapitre 10
Butch regardait son portable. Et plus précisément, le numéro inconnu qui avait été enregistré à son insu. Il se frotta le menton pensivement. Cela faisait quarante-huit heures qu'il était revenu d'il ne savait pas où, quarante-huit heures qu'il pensait à ce fichu, numéro Et 24 heures que son co-équipier avait arrêté son harcèlement. José avait pire qu'une nana hystérique quand il avait revu. Il avait commencé par un « Putain, où t'étais, j'ai des cheveux blancs à cause de toi et Maria n'a fait que prier », lui décochant une droite bien placée, l'insultant de tous les noms jusqu'à ces origines, pour finir à « fils de pute, j'étais inquiet et j'ai failli appeler le FBI ».
Etrangement, Butch avait été réticent à leur raconter sa mésaventure, lui expliquant simplement qu'il avait eu besoin de faire une pause, et s'était mis en mode « do not disturb ». Son patron lui était rentré dedans avec la délicatesse d'un kamikaze, pour finalement le renvoyer chez lui. Avec Rapport à son retour. Le mexicain avait froncé les sourcils, faillit répliquer, mais au vu de sa gueule, avait décidé de le laisser enfin- remerciant Dieu au passage- tranquille.
Et maintenant, il fixait ce putain de numéro inconnu. Se demandant si il devait l'effacer et par logique, oublié le reste avec ou prendre contact avec la personne détentrice de ce numéro.
Grand. Environ 1m90. Petit bouc. Cheveux noirs. Et des yeux incroyables. Et un cul à tomber à la renverse. Adepte d'une secte vampirique. Alléluia….
Et travaillant pour le gouvernement. Ces mecs étaient, il en était persuadé des mercenaires, offrant leur service aux plus offrants. Il n'y avait pas d'autres explications. Pour le peu qu'il en avait vu.
Il appuya sur le bouton d'appel. Les battements de son cœur s'accélèrent en entendant la tonalité. Il savait qui était au bout du fil. Il le sentait au plus profond de ces trippes.
La voix rauque qui répondit lui envoya un éclair brulant direct dans son bas ventre.
– Je ne savais pas si tu allais appeler…
Butch prit une grande inspiration.
– La question est pourquoi tu l'as enregistré ?
– On va appeler ça un craquage momentané !
– Tu n'as pas l'air d'un mec qui craque…même momentanément, répliqua doucement Butch.
Un long soupir, fut la seule réponse. Butch ne savait pas franchement quoi dire. Il l'avait appelé, mais c'était sur un coup de tête. Comme lui ! Et vu comme il était parti, autant ne pas s'arrêter en si bon chemin.
– Je veux te voir
Brusque inspiration.
A l'autre bout du fil, Vishous ferma les yeux. Depuis quarante-huit heures il avait l'impression d'être assis sur une charge de C4. Son cerveau était en ébullition. Ses instincts étaient passés en mode combat. Lui qui savait tout, qui était considéré comme le plus génial des frères, avait l'impression d'être un « bug » sur pattes. Tout était partit en vrille depuis LUI.
Il le détestait pour le mettre dans cet état-là. Affolé ! Il ne s'était jamais affolé. Putain de merde, ce n'était pas lui, ce mâle, bandant pour un mec, un humain, alors qu'il était heureux avec son compagne.
Mais là, c'était de la hauteur du viscéral ! Et c'était complètement flippant. Depuis ses trois cents d'existence c'était la première fois qu'il ressentait ça.
Rien n'aurait pu empêcher ça. C'était devenu un besoin…Et la meilleure solution pour satisfaire un besoin, c'était de s'y adonner. Il espérait surtout que ça disparaitra le plus vite possible. Il ne pouvait pas rester dans cet état. Au bord du gouffre. Et il ne pouvait pas rester sans rien faire. Ça lui boufferait le cerveau à force. Néfaste pour lui, Jane et à terme la Confrérie.
Trop dangereux. Il était instable et pouvait peter un câble à n'importe quel moment. Impossible. La dernière chose qu'il voulait s'était de mettre en danger les siens. Et qu'ils se retrouvent avec un vampire aussi sensible qu'une bouteille de nitroglycérine.
A cause de tout ça, il prit sa décision. Et il se jura que c'était le seul et unique accroc dans son contrat.
– Oui.
Silence. Long….Il retint son souffle.
– Quand ?
Il était hors rotation le lendemain soir.
– Demain soir au Commodore. 23 heures
– Parfait ! A demain…Souffla Butch.
– Oui ! A demain.
Il raccrocha et réalisa que sa main brillait sous son gant. Il fit son inventaire. Queue dressée, cœur qui battait sourdement. Canines sorties à fond.
Bordel, il était dans une sacrée merde….
