CHAPITRE 10

Lisbon se réveilla en sursaut, il faisait froid, très froid, et elle entendait une conversation. Son corps tout entier lui faisait mal, et elle se pelotonna le plus possible contre la seule source de chaleur qu'elle sentait contre elle. Elle cligna des yeux, sa vue était floue et la conversation se fit de plus en plus nette au fur et à mesure qu'elle se réveillait.

- Oui Grand Maitre, je vais m'en occuper, et je vais prévenir Malik de votre arrivée… fit une voix inconnue.

- Non, laisse le dormir, il est encore tôt…

- Comme il vous plaira.

Lisbon se redressa, elle voyait une immense barrière de bois derrière laquelle s'étendait une petite ville à flanc de colline. Il y avait des nappes de brouillard, le jour venait à peine de se lever, mais elle distinguait tout de même tout en haut un château qui dominait le tout. Sur les drapeaux, elle pouvait reconnaitre le symbole des assassins, et elle laissa échapper un soupir de soulagement.

- On est arrivés ?

- Oui, te sens-tu capable de descendre du cheval et de marcher jusqu'en haut ? fit Altaïr en montrant la forteresse.

- Oui, bien entendu…

Elle se redressa encore mais lorsqu'elle coupa le contact avec le torse d'Altaïr, le froid la saisit et elle grelota de tous ses membres. Altaïr l'aida à descendre de Khalil puis descendit à son tour, lui aussi était content d'arriver, faire du cheval avec des cotes cassées n'était pas vraiment agréable et la plaie à son bras nécessitait quelques soins.

- Ce qu'il fait froid… grelota Lisbon, qui essayait de décoincer ses articulations.

- C'est à cause du cours d'eau, dans quelques heures la chaleur sera insoutenable, et puis tu as dormi, on a toujours froid quand on se réveille en plein sommeil…

- J'ai l'impression d'entendre ma mère, sourit Lisbon en suivant Altaïr dans les rues désertes de Masyaf.

Il leur fallut un dernier effort pour monter jusqu'à la forteresse, la fatigue commençait à bien se faire ressentir et le moral était au plus bas, sans compter les blessures pour l'un et les courbatures pour l'autre.

- Ce que c'est beau, il n'avait pas l'air si grand vu d'en bas… confia l'agent qui contemplait les lieux.

Lorsqu'ils entrèrent dans le château, des gardes saluèrent Altaïr en posant la main sur leur torse et en se penchant, et Lisbon imita Altaïr qui fit de même pour les saluer, ce qui fit sourire l'assassin.

- Paix et sérénité Grand Maitre… firent-ils de concert.

- Veux-tu qu'on s'occupe tout de suite de l'orbe ? Tu dois être impatiente de rentrer chez toi… demanda Altaïr en montant les grandes marches qui menaient aux étages.

- Mon Dieu non, je veux simplement dormir… Si tu as quelques coussins dans un coin cela me suffira largement.

- Je dois avoir ça.

Altaïr la guida à travers les couloirs de la forteresse jusqu'à une porte qu'il ouvrit dans un grincement. Lisbon haussa les sourcils en découvrant une chambre. Il y avait peu de fournitures, un lit, une table et sa chaise, et une armoire meublaient la pièce, et des grandes tentures couvraient les murs ce qui donnait à la pièce une atmosphère plutôt chaleureuse. Comme le soleil n'était pas encore levé et que la lueur de l'aube n'éclairait pas assez la pièce, Altaïr entra et il alluma une bougie de manière à ce qu'il y ait un peu plus de lumière.

- Une chambre pour moi toute seule ? C'est le grand luxe… souria Lisbon en s'asseyant sur le lit.

- Reposes toi bien...

- Merci, répondit-elle en regardant l'homme sortir de la pièce et refermer derrière lui.

L'assassin était manifestement ébranlé, elle ne l'avait jamais vu si affaibli et attristé, et malgré ce qu'il voulait laisser paraitre, elle savait que la mort de Darim l'avait totalement abattu, comme cela était le cas pour elle. Elle s'allongea sans prendre la peine de retirer ses vêtements, ni de se glisser sous la couverture. Alors que le sommeil l'emportait à nouveau, elle pensait qu'il allait lui être difficile de quitter Altaïr, et qu'elle essaierait de repousser ce moment le plus possible, même si leur relation était plutôt ambigüe ces derniers temps.


Une journée et une nuit étaient passées lorsque Lisbon s'éveilla. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas aussi bien dormi, l'endroit était paisible et le lit était d'un confort absolu en comparaison avec les coussins du bureau de Damas. Une grande raie de lumière traversait la fenêtre et venait éclairer toute la pièce, et Lisbon pouvait désormais admirer la couleur des tentures de la chambre. Le rouge et le blanc dominaient, les couleurs des assassins, pensa-t-elle. Elle se redressa et fouilla ses poches, son téléphone indiquait 9h30, mais elle n'était pas certaine de l'exactitude de l'heure. Elle se leva, étonnée de ne plus être courbaturée, la ballade à cheval avait été désastreuse pour ses muscles, et elle se fit une note mentale d'essayer de prendre des cours une fois de retour à Sacramento. Son ventre grogna violemment et elle sortit de la chambre, en quête de l'assassin.

Les couloirs étaient un vrai labyrinthe, et elle ne croisa personne avant d'avoir marché un bon moment jusqu'à ce qu'elle tombe sur un homme habillé d'une tenue noire identique à celle du Rafiq.

- Paix et sérénité Tessa…

Lisbon haussa les sourcils, l'homme avait visiblement parlé avec Altaïr puisque seul l'assassin l'appelait de cette manière. Elle le salua à son tour.

- Bonjour…

- Je m'appelle Malik, vous cherchez Altaïr je suppose, je vais vous conduire jusqu'à lui, lui annonça-t-il en commençant à marcher.

- Merci Malik, fit-elle en le suivant.

L'homme n'était pas très bavard, et Lisbon n'insista pas. Elle le suivit jusqu'à l'escalier principal de la forteresse, et l'agent rencontra un peu plus de monde sur son passage. Des hommes gardaient les portes, d'autres étudiaient des livres entre des rangées immenses d'ouvrages, et les bruits qui venaient de l'extérieur donnaient l'impression qu'une bataille se livrait, entre des fracas de métal et les conseils avisés d'un homme qui donnait des instructions de combat. Malik monta encore un étage, et Lisbon découvrit un grand bureau qui trônait devant un mur de fenêtres, donnant à la pièce une clarté incroyable.

Altaïr leva les yeux du manuscrit qu'il avait devant lui et il se leva aussitôt pour aller à la rencontre de Lisbon.

- Tessa… Tu t'es enfin réveillée… dit-il sur un ton chaleureux.

- Enfin ? J'ai tant dormi que ça ? Il n'est que 9h30…

- Nous sommes rentrés hier matin… confia-t-il.

L'agent fit une moue d'étonnement qui fit sourire les deux hommes.

- Tu as fait la connaissance de Malik, c'est lui qui dirige Masyaf…

- Quand tu n'es pas là Altaïr… rajouta Malik

- Je ne suis pas souvent là…, tu peux t'adresser à lui si tu as besoin de quelque chose.

Lisbon ne pouvait détourner son regard d'Altaïr, elle avait du mal à le reconnaitre. Il portait lui aussi une tenue noire bien qu'il l'ait gardée ouverte contrairement à Malik, un pantalon blanc et une sorte de longue chemise blanche qui descendait jusqu'à ses genoux et dont il avait retroussé les manches jusqu'aux coudes. Sa taille était entourée d'une ceinture rouge qui pendait à l'avant et à l'arrière comme sur sa tenue habituelle, mais ce qui la surprenait le plus, c'était sa coiffure parfaite, et son visage parfaitement rasé, qui lui donnait quelques années de moins et une expression bien moins sévère.

- Dis donc, ce que tu es… beau… lança-t-elle sans vraiment y réfléchir.

Altaïr haussa les sourcils, peu habitué à ce genre de compliment. Malik sentit la gêne de son ami et s'adressa à la jeune femme dont le ventre avait grogné bruyamment juste avant sa tirade.

- Tu dois être affamée, je vais te conduire dans l'endroit le plus intéressant de toute la forteresse, fit Malik, un grand sourire aux lèvres.

- Avec plaisir…

Elle tourna les talons pour suivre à nouveau Malik, mais elle ne put s'empêcher de se retourner vers Altaïr une nouvelle fois. Dans la lumière éclatante de la pièce, il avait vraiment l'air…d'un ange, pensa-t-elle.


Rassasiée, Lisbon profita d'un bon bain, et contrairement aux bains publics de Damas, elle avait le temps de savourer chaque minute, et surtout d'utiliser du savon à la texture qu'elle ne connaissait pas mais au parfum frais et agréable. Lorsqu'elle retourna dans sa chambre, des vêtements propres avaient été déposés sur son lit, tout comme son jean, sa veste noire et sa chemise, qui avaient été lavés et parfaitement pliés. Ses hôtes savaient recevoir, à n'en par douter. Elle osait presque la comparaison avec les hôtels miteux que le CBI leur payait quand son équipe était en déplacement.

Après hésitation, elle finit par enfiler les vêtements avec lesquels elle avait apparu en 1193. Cela faisait longtemps qu'elle ne les avait pas portés, et elle avait l'impression qu'ils étaient un peu trop grands.

- J'ai perdu du poids ? Se dit-elle à haute voix.

Avec ce qu'on mange et la vie qu'on mène c'est pas étonnant, pensa-t-elle avant de ressortir de sa chambre. Elle avait hâte de retrouver Altaïr, et après s'être remémorée le chemin jusqu'à l'escalier, elle grimpa les marches deux par deux pour atteindre le bureau du Grand Maitre. Celui-ci écrivait dans son fameux manuscrit, et il leva les yeux vers elle lorsqu'il sentit sa présence.

- Petit démon, tu as retrouvé tes affaires…

- Oui, merci de les avoir nettoyées, qu'est-ce que tu écris ? demanda-t-elle en passant derrière le bureau.

Elle glissa sa main sur son épaule et se pencha pour observer ce qu'il écrivait. Ce geste anodin déclencha en elle une série de frissons qui remonta le long de sa colonne vertébrale jusqu'à l'arrière de sa nuque, l'obligeant à fermer les yeux et à se concentrer pour ne pas perdre tout contrôle.

- Oh… Ce sont quelques remarques sur mes recherches et sur des sujets divers… J'aime tout consigner.

Comme elle ne réagissait pas, il leva le regard vers elle.

- Ca va ? S'inquiéta-t-il.

- Oui... oui pardon j'étais ailleurs.

- Je t'attendais pour réunir les deux orbes…

Lisbon observait ses cheveux, elle luttait pour ne pas y jeter ses doigts et les ébouriffer comme elle avait tant l'habitude de les voir, rien que pour le plaisir du toucher. Il sentait cette même odeur de savon qu'elle avait utilisé quand elle avait prit son bain, et à son contact, l'odeur devenait enivrante.

- Tessa ?

- Oui…

Il se leva et elle prit une grande inspiration. Elle avait du mal à comprendre ses réactions, ce n'était pas la première fois qu'elle se tenait à ses cotés et elle ne ressentait pas à chaque fois tant de désir. C'est à peine si elle écoutait ce qu'il lui disait.

- Voilà ton orbe, je vais chercher celui que nous avons…

Il s'éloigna et elle fixa l'orbe sur la table. A cet instant, elle n'avait aucune envie de le toucher, elle n'avait aucune envie d'en entendre parler, elle voulait juste passer le reste de sa vie avec cet homme. Elle glissa ses mains sur son visage en fronçant les sourcils, pourquoi ces pensées traversaient-elles sont esprit ? Elle avait l'impression de ne plus contrôler son cerveau. Elle fixa l'orbe à nouveau et tout son corps se mit à frémir, il fallait qu'elle retrouve Altaïr, qu'elle le touche, qu'elle le sente, qu'elle…

Elle lutta pour reprendre le contrôle, c'était cette chose, cette boule de métal, elle essayait de contrôler son esprit, il fallait que cela cesse. Lisbon tendit la main et agrippa l'orbe, un grand flash lumineux inonda la pièce, puis tout s'éteint comme si rien ne s'était passé. Lisbon reprit son souffle sans même savoir qu'elle l'avait bloqué, et elle approcha l'orbe de son visage pour mieux l'observer. Plus aucune lumière ne s'en dégageait. Lorsqu'elle prit conscience de la présence d'Altaïr, elle reposa l'orbe sur le bureau, comme si elle avait été prise en flagrant délit de bêtise.

Altaïr restait figé, choqué par la réaction de l'orbe mais aussi par la peine qu'il ressentait. Elle avait touché l'objet sans même l'attendre, sans même lui dire au revoir…

- Ca n'a pas fonctionné ? Finit-il par dire en s'avançant vers elle.

Il devait relativiser, cette femme allait retourner dans son monde, et il n'aurait plus jamais l'occasion de la voir. Il s'était déjà bien trop attaché à elle, mais bien qu'il fasse tout pour s'en éloigner, il éprouvait une attirance inexorable. Son départ allait certainement créer un vide qu'il aurait du mal à combler, mais il devait tout faire pour s'y préparer.

- Non heureusement, je ne sais pas ce qui s'est passé j'ai perdu tout contrôle de ce que je faisais … balbutia-t-elle.

Altaïr posa le deuxième orbe à coté du premier, mais il n'y eut aucune réaction. Il les mit en contact, Lisbon les toucha l'un après l'autre et même ensemble, mais rien ne se produisit.

- Tu l'avais simplement touché ?

- Oui, j'ai juste posé la main dessus… rien de plus…

L'agent regardait Altaïr, il avait l'air dépité, espérait-il que cela fonctionne ? Elle avait envie de se jeter dans ses bras, de lui dire combien elle voulait rester avec lui, mais il avait changé, il était distant, de plus en plus… Elle soupira.

- Non ça fonctionne pas… et j'en ai assez de toute façon ! S'énerva-t-elle.

Elle courut vers l'escalier et les descendit rapidement, il fallait qu'elle s'éloigne un moment.


Deux semaines étaient passées. Lisbon avait prit le temps d'explorer la ville et la forteresse. Elle avait sympathisé avec Malik, et passait beaucoup de temps avec lui, mais elle avait aussi fait la connaissance de Farid, qui travaillait au marché, et elle le rejoignait tous les jours pour l'aider et discuter.

Altaïr, quant à lui, passait son temps dans son bureau à étudier les orbes. Cela l'obsédait à tel point qu'il en oubliait presque de manger et de dormir, et il sortait rarement de la forteresse. Mais la véritable raison de son obsession pour les orbes était bien plus profonde, il tentait en vain d'oublier la mort de Darim, il n'arrivait pas à se le pardonner, et la culpabilité le rongeait tous les jours un peu plus. Cela faisait aussi plusieurs jours qu'il n'avait pas vu Lisbon, et il se forçait à ne pas penser à elle, espérant qu'il arriverait à la sortir définitivement de son esprit. Malik lui avait parlé de Farid, le beau maraicher, et Altaïr s'efforçait de ne pas reporter toute sa haine sur l'homme par pure jalousie. Tessa avait fait son choix, pensait-il.

Alors que Lisbon discutait avec Farid, celui-ci aborda un sujet auquel elle ne s'attendait pas.

- Il parait que le Grand Maitre est devenu fou… Il ne sort plus de la forteresse.

- Quoi ? Pourquoi dis-tu cela, Altaïr n'est pas fou…

- Il parait qu'il a envoyé son apprenti à la mort lors de sa dernière mission à Damas, et que depuis il perd la tête.

- Il a tenté de le sauver ! S'offusqua-t-elle.

- J'ai entendu dire qu'il culpabilise tellement qu'il n'en dort plus… On ne culpabilise pas si on a tenté de sauver…

- Et toi tu crois tout ce que tu entends ! s'indigna Lisbon en haussant la voix.

- Doucement ma douce, on entend beaucoup de choses au marché…

- Je ne suis pas ta douce, je suis un vrai démon ! fit-elle avant de s'éloigner.

- Quel caractère ! souria Farid en la regardant partir.

Cette discussion avait remué Lisbon. Farid était sympathique, mais il n'arrivait pas à chasser Altaïr des pensées de la jeune femme, et quoiqu'elle tente de faire, elle n'avait plus gout à rien. Elle donnerait tout pour retourner à Damas. Elle savait qu'Altaïr culpabilisait pour Darim, mais les ragots étaient démesurés, Altaïr ne sortait pas de son bureau parce qu'il était obnubilé par les orbes, rien d'autre. Elle avait essayé de lui faire comprendre qu'elle n'était pas pressée de rentrer, elle-même n'avait pas retenté de toucher l'orbe, mais il cherchait encore et encore le fonctionnement de l'objet comme si tout en dépendait. Il n'avait même pas cherché à la voir depuis des jours…

Lisbon s'assit sur un banc et alluma son téléphone. Peut-être avait-elle tort de vouloir rester ici, Altaïr n'avait que faire d'elle après tout, c'est l'orbe qui l'intéressait. La jeune femme fit défiler les photos sur l'écran, sa vie à Sacramento commençait à lui manquer, surtout depuis qu'ils avaient quitté Damas. Lorsque la photo d'Altaïr apparu, les larmes montèrent, il fallait qu'elle en ait le cœur net.

Elle se leva et courut jusqu'à la forteresse. Les gardes la saluèrent au passage puis elle se précipita vers le bureau d'Altaïr, mais celui-ci était vide. Elle repartit rapidement vers ses quartiers, bousculant tous ceux qui se trouvaient sur son passage, entrainant des vagues de contestations tout le long du chemin.

Lorsqu'elle arriva devant la porte des quartiers d'Altaïr, elle s'arrêta un moment pour reprendre son souffle, puis elle essuya ses yeux avant de toquer à la porte. Sans réponse, elle insista une deuxième fois, puis une troisième, jusqu'à ce qu'elle décide d'entrer sans attendre l'autorisation.

Altaïr, assis à sa table, se tourna vers elle en haussant les sourcils.

- Tessa ? Que se passe-t-il ?

- Tu me manques… fit-elle sans réfléchir.

Elle s'approcha de lui, son expression était éteinte, il ne portait pas sa belle tenue de Grand Maitre, mais un simple pantalon et un t-shirt, et il avait à nouveau sa barbe de deux jours, et ses cheveux ébouriffés.

- Je ne te vois plus, pourquoi tu te caches ici ?… rajouta-t-elle, sans obtenir de réponse.

- J'ai entendu dire que tu culpabilisais de la mort de Darim… dit-elle encore.

Altaïr ne répondait pas, mais les mots semblaient avoir un impact sur lui, ce qui n'échappait pas à l'agent.

- C'était un accident, ce n'est pas ta faute…

- Je l'ai lâché, j'aurais dû le retenir…murmura l'assassin.

Lisbon sentit comme un coup de poignard dans le cœur, les rumeurs n'étaient pas si loin de la vérité, il déprimait et elle ne s'était rendu compte de rien…

- Tu as fait ce que tu pouvais, personne n'aurait pu mieux faire…C'était impossible…

- J'aurais dû mieux le préparer, l'empêcher d'attaquer le convoi, j'aurais dû le renvoyer à Masyaf pour continuer sa formation…

Le ton de sa voix changeait petit à petit, et ses yeux devenaient brillants, les larmes menaçant de couler d'un instant à l'autre. Lisbon, qui retenait aussi ses larmes, se précipita sur lui et enlaça son visage pour le serrer contre son buste. Elle glissa ses mains dans ses cheveux et y déposa des baisers entre deux mots.

- Ne pense pas ce genre de choses… Tu ne pouvais pas deviner ce qui allait arriver…

Elle serrait son visage contre elle, posant sa joue sur le haut de son crane, comme pour le protéger d'un environnement hostile. Il se tourna vers elle, pivotant sur sa chaise, et l'enlaça en respirant l'odeur de sa peau, relevant la tête pour l'enfouir dans son cou.

- Altaïr… murmura-t-elle d'une voix à peine audible.

Soudain, il se redressa brusquement, la soulevant en même temps qu'il se leva de la chaise, et il la plaqua contre le mur, s'appuyant sur elle de tout son poids. Elle poussa un cri de surprise et de frayeur à la fois, pensant l'espace de quelques secondes qu'elle avait mal fait et qu'il allait la brutaliser, mais il agrippa son visage entre ses deux mains et l'embrassa fougueusement, comme s'il avait attendu ce moment depuis des siècles. Elle appuya ses coudes sur ses épaules pour y prendre appui, et tout en continuant de glisser ses mains dans ses cheveux, elle enlaça sa taille avec ses jambes, toute aussi impatiente que lui de sentir son corps contre le sien.

Il pencha la tête sur le coté, atteignant la peau de son cou, juste sous son oreille, goutant chaque centimètre de chair, et elle ferma les yeux, frémissant toute entière, le souffle coupé par l'exaltation du moment. Elle reprit son souffle dans un gémissement alors qu'il continuait de gouter sa peau, mordillant sa mâchoire pour revenir sur ses lèvres et l'embrasser comme si sa vie en dépendait.

Sans quitter une seule seconde ses lèvres, elle agrippa le t-shirt de l'homme d'une main, le tirant comme elle pouvait vers le haut pour essayer de lui retirer. Il se décolla à peine d'elle, et l'aidant dans sa tâche, il retira le t-shirt, un bras après l'autre tout en la gardant plaquée au mur. Il ne décolla ses lèvres des siennes que le temps de faire passer l'étoffe par-dessus sa tête, et il la jeta au loin, concentré sur la femme qu'il tenait dans ses bras. La respiration d'Altaïr augmentait comme son désir, et il respirait vite et fort par le nez, les gestes impatients, tout comme Lisbon dont toutes les cellules du corps réagissaient à son contact.

Il chercha à retirer la chemise de Lisbon, s'appuyant avec force contre son bassin pour la maintenir plaquée au mur, et tandis qu'elle embrassait son cou, il remonta rapidement le tissu l'obligeant à relever les bras pour s'en défaire et à quitter sa peau le temps de passer sa tête dans l'encolure. Une fois la chemise retirée, il tira sur le soutien-gorge de la femme, peu habitué à ce genre de dessous.

- Attends… attends je vais le faire… dit-elle entre deux respirations, comme si elle venait de courir un 100 mètres.

Elle se défit rapidement du vêtement, et le jeta au loin, agrippant à nouveau Altaïr pour enfin coller sa peau nue contre la sienne, et sentir sa chaleur l'envahir, en même temps que des vagues ininterrompues de frissons intenses qui ne la quittaient plus depuis le premier baiser.

Avide de toucher ses formes, Altaïr appuya Lisbon contre lui, et en quelques pas il l'allongea sur la table à laquelle il était assis auparavant, envoyant valdinguer la chaise au loin bruyamment. Puis il se pencha sur elle, l'embrassant rapidement avant de redescendre lentement dans son cou, glissant ses lèvres sur sa peau si douce, tout en passant ses mains, bien à plat, sur sa poitrine, crispant ses doigts sur ses seins pour mieux les sentir en entier dans ses larges paumes. Elle était si petite et frêle dans ses bras, il avait l'impression de devoir faire attention de ne pas lui briser les os, sous l'impulsion du désir qui montait rapidement en lui.

Lisbon pencha la tête en arrière, lui laissant meilleur accès. Sa peau frémissait sous les lèvres de l'homme et elle glissa ses mains dans son dos, l'attirant vers elle en crispant ses doigts contre ses omoplates, avant de les remonter dans sa nuque puis dans ses cheveux, qu'elle frottait tendrement, les laissant glisser de haut en bas entre ses doigts. Ce qu'elle aimait toucher ses cheveux… Elle remonta ses cuisses contre les hanches d'Altaïr, les resserrant pour appuyer son bassin contre elle, sentant tout son corps en demander toujours plus.

L'homme était descendu encore plus bas, passant sa langue sur chaque centimètre de peau, suçant la pointe de ses seins avec appétit, et sentant ses tétons durcir sous ses lèvres. Il passait d'un sein à l'autre, malaxant l'un pendant qu'il aspirait l'autre dans sa bouche. Les gémissements de Lisbon ne faisait qu'augmenter son désir de la toucher et de la sentir toute entière, il passait ses mains sur ses cotes, les sentant passer une à une sous ses doigts, puis en se redressant, il agrippa le pantalon de Lisbon, tirant sur le bouton d'un coup sec, ce qui entraina la braguette avec.

Lisbon se redressa alors rapidement et elle dénoua le lacet du pantalon d'Altaïr, les mains tremblantes de désir, souhaitant pouvoir aller encore plus vite. Lorsqu'elle l'eut dénoué, Altaïr agrippa son menton et l'embrassa en l'allongeant à nouveau délicatement sur la table, puis il attrapa la ceinture du pantalon de la jeune femme pour le descendre le long de ses jambes, entrainant sa petite culotte dans le mouvement, jetant ensuite le tout au sol et reprenant sa position entre ses cuisses. Il aida son propre pantalon à tomber sur ses chevilles, puis il agrippa la taille de la jeune femme pour tirer son bassin au bord de la table. Celle-ci écarta ses cuisses, la respiration haletante, n'en pouvant plus d'attendre.

- Viens mon amour, murmura-t-elle, le regard remplit de désir.

Altaïr se pencha une nouvelle fois sur elle et elle remonta les jambes contre ses hanches. Il la fixait droit dans les yeux lorsqu'il passa sa main entre leurs deux corps pour se placer entre ses cuisses, laissant glisser son pénis jusqu'à l'entrée de son vagin, la sentant déjà prête à l'accueillir en elle.

Lorsqu'il s'enfonça en elle, lentement, difficilement, elle se crispa, grimaçant et gémissant de douleur, sentant la pression s'accroitre au fur et à mesure qu'il la pénétrait. Il s'arrêta un instant et elle reprit son souffle, écartant encore ses cuisses pour s'ouvrir le plus possible à son ardeur, mais il s'appuya encore en elle avec force, et elle poussa un cri, sentant son intérieur écartelé par la pression. Altaïr gémit, elle était si étroite, il devait forcer pour la prendre, et lorsqu'il la pénétra en entier, un frisson de plaisir l'envahit, le bloquant dans cette position, appuyé profondément en elle. Elle s'était crispée à nouveau, la tête penchée en arrière, gémissant à son appui continu. Lorsqu'il relâcha son appui, elle reprit son souffle bruyamment et releva le visage vers celui de l'homme, verrouillant à nouveau son regard avec le sien. Elle passa ses mains dans le bas du dos d'Altaïr, enfonçant ses doigts dans sa peau et il se retira lentement d'elle, frissonnant de tout son corps.

Les premiers mouvements de l'assassin furent lents et appuyés, Lisbon sentait la douleur s'atténuer au fur et à mesure qu'elle s'ajustait à sa taille, et bientôt les cris de douleur se changèrent en gémissements de plaisir, et les corps se décrispèrent pour s'enlacer et se frotter l'un contre l'autre avec une tendresse et une chaleur décuplées.

Lisbon passait ses mains partout où la longueur de ses bras le lui permettait, frissonnant et gémissant bruyamment à chaque mouvement de l'homme. Lorsqu'il accéléra ses mouvements, elle souria en arquant son dos, alors que la table menaçait de se renverser à chaque coup de bassin qu'il envoyait entre ses cuisses.

L'agent sentit le plaisir monter en elle avec une puissance rare, chaque cellule de son corps comme électrifiée se rappelait à elle, lançant des décharges dans toute sa colonne jusqu'à sa nuque.

- Mon dieu…oui… Altaïr… fit-elle en s'agrippant à lui de toutes ses forces.

Tout son corps sursautait rapidement au rythme des à coups de l'homme, et elle ferma les yeux, se crispant violemment lorsque le plaisir ultime atteint son paroxysme, bloquant sa respiration durant des secondes de pur bonheur. Il stoppa ses mouvements, incapable de bouger en elle tellement ses parois intérieures le serrait quand elle jouit, et il observa son visage transformé par le plaisir, des larmes glissant aux coins de ses yeux, jusqu'à ce qu'elle reprenne son souffle et qu'elle se relâche progressivement.

Il respirait rapidement, la sueur perlait sur son front et donnait à toute sa peau halée des reflets luisants, et Lisbon, encore tressautant de plaisir, ne pouvait qu'admirer la beauté de cet homme au corps parfait.

Altaïr lui sourit et, du bout des doigts, il dégagea les mèches de cheveux qu'elle avait collées sur le front, puis il se pencha pour l'embrasser tendrement alors qu'elle l'enlaçait comme si elle ne voulait faire qu'un avec lui. Il l'agrippa avec force et se redressa sans cesser une seconde de l'embrasser. Il se dirigea vers son lit et ils s'y allongèrent tous les deux. Lisbon en profita pour rouler sur l'homme qu'elle chevaucha en posant ses mains sur son torse, mouillé de sueur. Elle se pinça les lèvres en le fixant, son regard était ardent et impatient, et elle frissonnait rien qu'à l'observer, se remémorant en quelques secondes tous les fantasmes qu'elle avait imaginé rien qu'en regardant son visage d'ange.

Il posa ses mains sur sa taille, remontant lentement sur ses cotes pour arriver jusqu'à ses seins qu'il malaxa lentement entre ses doigts, profitant du spectacle qui s'offrait à lui, puis il glissa ses mains dans son dos, redescendant lentement jusqu'à ses fesses, crispant ses doigts avec force.

Lisbon sourit, il était si impatient qu'il commençait à cligner des yeux rapidement et que sa respiration se faisait saccadée. Elle passa sa main sous son bassin pour prendre le pénis de l'homme entre ses petits doigts. Elle le frotta lentement de haut en bas ce qui provoqua immédiatement des grognements chez Altaïr qui resserrait ses abdominaux en gémissant. Elle le plaça entre ses cuisses et le frotta encore, faisant augmenter la frustration de son amant. Elle finit par s'appuyer sur lui, lentement d'abord, le temps de s'ajuster à nouveau, puis en enchainant les mouvements de haut en bas, reposant ses mains, les bras tendus, de chaque cotés du visage d'Altaïr.

L'homme passait ses mains sur les cuisses de Lisbon, caressant sa peau du bout des doigts, mais bientôt il agrippa son bassin, et pliant les genoux, il donna des à coups vers le haut, la pénétrant plus rapidement. Lisbon grimaça puis se pencha en avant, sursautant à chaque à coups qu'il donnait en elle. Il gémissait de plus en plus fort, ralentissant parfois ses mouvements pour les reprendre à nouveau à allure soutenue. Puis lorsqu'il sentit le plaisir monter rapidement, il s'arrêta, puis se redressa pour s'asseoir en l'enlaçant. Lisbon l'enlaça immédiatement, passant ses bras autour de sa nuque. Il l'embrassa tendrement, glissant ses doigts dans ses cheveux longs et agrippant sa nuque pour appuyer son baiser. Elle appuya son bassin sur lui avec force, l'enfonçant profondément en elle. Elle fronça les sourcils, sentant le plaisir revenir progressivement dans son bas ventre, malgré la douleur qu'elle ressentait à l'appuyer si fort en elle.

Après un moment, il la bascula sur le coté et il s'allongea sur elle, s'empressant de la pénétrer à nouveau et de reprendre les mouvements, mais cette fois-ci lentement et profondément. Elle gémissait de plaisir en arquant son dos, tandis qu'il sentait tout son corps s'enflammer par la passion folle qu'il éprouvait pour cette femme. Ses gémissements étaient une douce musique à ses oreilles et il avait envie de la garder pour lui, de ne faire plus qu'un avec elle et de ne plus jamais la laisser partir. Il frôlait ses lèvres avec les siennes, sentant son souffle sur son visage à chaque fois qu'elle respirait, et l'embrassait passionnément avant d'enfouir son visage dans son cou, reniflant l'odeur de son corps, glissant son nez dans ses cheveux, et aspirant sa peau si douce juste sous son oreille. Seul son bassin bougeait entre les cuisses de Lisbon qui sentait ses muscles se contracter à chaque mouvement, ses doigts enfoncés dans son dos, elle non plus ne voulait plus jamais le laisser partir.

Les gémissements d'Altaïr se faisaient de plus en plus présents, et il commençait à accélérer le rythme jusqu'à ce qu'il se fige dans un dernier à coup brusque, restant profondément en elle, l'orgasme prenant le contrôle sur l'homme dans un plaisir intense et puissant qu'il tentait de garder le plus longtemps possible en lui. Lisbon le sentit jouir en elle, et cette sensation fit monter son plaisir encore plus rapidement. Lorsqu'il reprit les mouvements, elle se crispa presque immédiatement, prise à son tour par la puissance de son orgasme, avant de se relâcher, décontractant tout son corps encore frissonnant.

Altaïr s'allongea sur elle, prenant garde de ne pas appuyer de tout son poids sur sa petite silhouette. Ils reprirent tous les deux leurs souffles, sans un mot, sans un bruit que leurs respirations, leurs corps enlacés tendrement.

Après quelques minutes, elle glissa ses doigts sur la nuque de l'assassin, gratouillant l'endroit avec tendresse. Puis elle fut la première à rompre le silence, et chuchota à son oreille.

- Je t'aime Altaïr Ibn La'Ahad…

Elle le sentit frissonner à ses mots, et elle tourna doucement la tête pour déposer des baisers sur sa tempe. La respiration de l'homme avait repris un rythme normal, et il se glissa doucement sur le coté, gardant son bras autour d'elle, et se pelotonnant contre elle dans une position confortable.

Elle regardait son visage, ses yeux étaient fermés, son expression était sereine, il était tout simplement magnifique pensa-t-elle.

- Dors… je veille sur toi mon ange, chuchota-t-elle à nouveau, les yeux brillants d'amour… pour un assassin.