CHAPITRE X
15.
- Je me demandais… Pourquoi m'avais-tu emmené à bord de l'Arcadia quand maman a voulu que vous vous sépariez quelques temps ?
- Bien que ce soit peu probable, Saharya craignait que l'on ne s'en prenne à sa progéniture. Et, il n'y avait d'endroit plus sûr que l'Arcadia ! Ta mère a insisté pour que je te prenne avec moi, même si ça lui déchirait le cœur car elle ignorait si on se réconcilierait !
- Je comprends… Dommage que je n'en aie pas gardé le souvenir. Décidément, quel que soit mon âge, il semble que les trous de mémoire ne soient à l'ordre du jour ! grommela le jeune homme.
- Tu étais tellement jeune, temporisa son père. Et puis, ce vaisseau n'était vraiment pas un endroit pour un si petit enfant ! Moi, je suis plutôt soulagé que cela ne t'aie pas affecté. Mais, si aujourd'hui tu y tiens, Toshiro te fera une copie de ce que les caméras intérieures ont filmé.
- Oui, ça me fera plaisir !
Aldéran fronça les sourcils.
- En quoi étais-je plus en sécurité à bord de l'Arcadia ? reprit-il.
- Tu l'as vu en action, mais pas au combat ! Crois-moi, les tourelles de mes canons ne craignent personne, qu'il s'agisse de quelqu'un de normal ou de surnaturel, sourit Albator, très fier de son vaisseau !
Le jeune homme lui lança un regard en biais, soupçonnant visiblement son père d'exagérer et de parer son épave volante de qualités qui n'existaient plus !
Il ouvrit la bouche mais ne dit rien, se contentant de secouer la tête.
Devant le trio, Saharya marchait silencieusement, légèrement, remontant les immenses couloirs sans ouvertures, mais les parois sculptées mettant des trouées et des rondeurs asymétriques.
Par moments, une silhouette drapée dans une simple et longue robe pourpre, la longue chevelure de jais et les traits fins, apparaissait, pour ensuite disparaître en traversant les murs !
- Mes Suivantes, expliqua alors la Magicienne Blanche en devinant les questions que ses visiteurs se posaient. Elles et moi ne faisons qu'un avec ce Sanctuaire. Nous puisons nos forces en son cœur et inversement.
- Papa a dit que ce serait ce cœur qui me « purifierait » ? glissa Aldéran, de moins en moins rassuré et plutôt tenté de prendre ses jambes à son cou !
- Oui, je vais détourner l'énergie d'équilibre pour sonder au plus profond de toi et extraire l'âme noircie de Kwendel. Je sais que tu auras assez de courage pour l'endurer ! ajouta-t-elle pour le rassurer.
Aldéran, Albator et Clio s'arrêtèrent finalement dans une salle qui évoquait une grotte, stalagmites et stalactites de cristal blanc opaque cependant, le sol totalement lisse, au milieu de laquelle se trouvait une circulaire dalle de métal dorée de cinq mètres de diamètre au centre de laquelle se trouvait une autre de métal blanc de deux mètres de diamètre.
- Vas te placer sur la plus petite des deux dalles, Aldéran. Toi, reste bien en-dehors, ajouta-t-elle en posant sa main sur l'épaule d'Albator pour le retenir.
- Que va-t-il se passer ? questionna ce dernier.
- Tu verras.
Pas trop rassuré, le cœur battant, Aldéran s'était positionné comme sa génitrice le lui avait demandé.
Sur un geste de la Magicienne, le bracelet s'était ouvert et il avait alors rugi.
Mais avant qu'il puisse faire le moindre geste, la dalle d'argent avait irradié de lumière, l'enveloppant, l'emprisonnant dans un faisceau d'énergie intense tandis que la dalle d'or en émettait un autre légèrement plus faible.
- Comment ça fonctionne ? fit encore Albator.
- Cette énergie va absorber celle d'Aldéran, la démoniaque, qui est la plus puissante en lui, pour ne laisser intact que le fils que tu connais.
- Il va souffrir ?
- Le martyr… Je n'y peux rien, je ne peux pas le soulager. Cette énergie, du cœur même de mon Sanctuaire, va mettre chaque cellule de son corps à rude épreuve. Kwendel va résister aussi. La frontière entre leurs deux âmes est infime, je ne sais pas si ce rayon purificateur sera suffisant.
- Il le faut ! siffla alors le pirate. Je n'ai jamais accepté de perdre mon fils et ça ne va pas commencer aujourd'hui ! Je le refuse !
Le temps s'était figé, interminable et le silence absolu ne rendait que plus dure la vision de la silhouette floue d'Aldéran que retenait l'énergie purificatrice.
« Aie confiance, Albator. Saharya sait parfaitement ce qu'elle fait et tu sais qu'Aldie se battra aussi de toutes ses forces ! ».
Le pirate inclina alors légèrement la tête vers Clio qui le rassurait télépathiquement, son visage sans traits impassible mais on pouvait néanmoins percevoir la tension qui l'agitait !
- Clio a raison, il faut y croire, fit la Magicienne qui avait parfaitement perçu les pensées de la jurassienne.
- C'est tellement long…
- Oui, Kwendel refuse d'être chassé et il utilise l'énergie de son jumeau pour contrer le rayon purificateur. Je ne m'attendais pas à ça, avoua alors Saharya. Et s'il pompe toutes les forces…
- Aldéran ! hurla son père alors que la silhouette du jeune homme venait de toucher le sol.
- Kwendel lui prend toute son énergie, il n'a pas pu tenir le coup. Reviens immédiatement ! aboya la Magicienne alors que dans un réflexe irraisonné, Albator s'était précipité vers son fils.
Avançant à hauteur de Saharya, Clio avait joint les mains en un signe de prière.
- Que risque-t-il ? souffla la jurassienne.
- Le faisceau va automatiquement se nourrir de ses forces. Il ne pourra pas résister bien longtemps…
- Alors, j'y vais ! siffla Clio.
- Non, même toi, tu n'es pas assez puissante, jeta sèchement Saharya.
- Mais…
La Magicienne repoussa encore la jurassienne prête à entrer dans le rayon purificateur et s'en approcha elle-même alors que ses Suivantes étaient apparues en plusieurs rangs derrière elle.
Quand Saharya pénétra dans le faisceau, il devint totalement incandescent, aveuglant.
L'intensité lumineuse ayant décru, Clio enleva les mains de ses yeux qu'elle avait instinctivement protégés.
- Oh non… souffla-t-elle, atterrée, Aldéran et Albator inanimés au sol et les Suivantes hululant des lamentations pour leur maîtresse disparue.
