Trois choses – quatre ? – aujourd'hui : avez-vous vu cette longueur différente ? J'ai décidé de faire des efforts suite à une remarque, même si je vois bien que ce n'est pas tellement plus des confrontations de l'introspection Lucius.
Bonne lecture^^
CHAPITRE 10 : Premier Pas
Hermione Granger réapparut la tête haute dans une des nombreuses cheminées du Ministère de la Magie. Quelques sorciers se retournèrent sur son passage alors qu'elle gagnait les ascenseurs d'un pas décidé. Elle avait rarement eu l'air aussi déterminée. Et pour cause, c'était aujourd'hui ou jamais. Ce serait le début ou la fin de son projet, de sa crédibilité. Car c'était plus qu'obtenir des informations auprès de Lucius Malefoy pour elle, c'était avant tout une quête de justice et d'égalité.
Quand elle pénétra dans le bureau de son tuteur, celui-ci leva un sourcil dans sa direction et il resta à la même place pendant toute la journée alors même que les yeux de son propriétaire examinèrent Hermione autant que possible.
Comme d'habitude, la jeune femme s'occupa de tâches annexes pour Gideon, quoi qu'elle se montrât un peu plus mordante avec le nouveau stagiaire qui ne parvenait pas à trouver le bureau de Mr Stank du Département du Contrôle et de la Régulation des Créatures Magiques et qu'elle avait été forcée d'accompagner alors même que ce crétin essayait de la draguer ouvertement.
Elle assista aussi à une réunion du Magenmagot à laquelle elle ne prêta que peu d'attentions.
Non, elle était bien trop occupée à se repasser dans sa tête encore et encore les différents scénarios possibles, des plus réalistes aux plus loufoques – une acceptation totale et entière sans discussion – , des meilleurs aux pires – un remerciement en bonne et due forme de la part du Directeur du Département de la Justice Magique.
Hermione voulait vraiment que cela se passe bien. Lucius Malefoy avait vraiment, beaucoup, attisé sa curiosité et elle se languissait de connaître la suite de l'histoire de Bellatrix Lestrange. Et surtout, elle voulait se rassurer, savoir qu'elle n'allait pas risquer devenir un monstre du jour au lendemain et si jamais elle se faisait complètement refouler ce jour-là, ce serait fini, pour de bon.
Et quand elle pensait à ce que Malefoy lui avait déjà dit… C'était absolument dépitant. Mis à part cette tendance à la violence – ou plutôt cette non-répugnance à la pratiquer – Hermione ne voyait pas de différences fondamentales entre elles. Bon, elle ne pouvait pas tellement dire qu'elle était le genre d'élèves que les professeurs adoraient – enfin, elle ne l'admettrait pas, autant qu'elle n'admettrait pas avoir crevé de jalousie de ne pouvoir occuper cette place auprès de Slughorn à cause d'Harry.
Hermione voulait en savoir plus, tout simplement. Bien que Malefoy ait le contrôle total de l'information, il se montrait beaucoup plus loquace que ce que la jeune femme aurait pu espérer dans ses rêves les plus fous. Et elle espérait bien que cela allait continuer. Et pour ça, il fallait qu'elle réussisse à convaincre de laisser une chance à son projet qu'elle avait elle-même tendance à trouver un peu hâtif. Elle avait eu cette idée il y avait quelques temps déjà, toutefois, elle savait qu'il fallait parfois laisser le temps à la société sorcière de panser ses blessures avant de la confronter au passé et qu'il aurait mieux valu tenter de réhabiliter de jeunes sorciers qui ne souffraient que de préjugés et non pas s'attaquer à quelqu'un qui n'avait échappé à Azkaban que de peu.
C'était un coup de poker, comme disaient les moldus. Peut-être qu'elle réussirait à redorer le blason de Lucius Malefoy, peut-être que cela entrainerait la réintégration de toutes ces autres personnes qui avaient été mises de côté durant la guerre, peut-être que cela boosterait sa carrière. Ou peut-être que cela l'enterrera, la discréditera.
Hermione n'était même pas encore tout à fait certaine que Lucius Malefoy méritât autant d'efforts, alors à quel moment pouvait-elle être la personne qui se risquerait à le tirer du fond du trou où il avait atterrit ? Elle était folle, complètement folle. Pourtant, cette petite voix au fond de son esprit la convainquait que c'était le bon choix, qu'elle en mourrait d'envie et que, sans doute, une personne avec un minimum d'âme se terrait dans le corps frigide de l'ancien mangemort.
Un bruit sec la fit sursauter et la tira de ses pensées et elle se tourna vers son tuteur.
—Maintenant cela suffit, Hermione. Allez-vous finir par me dire ce qui vous occupe tant l'esprit ? Vous n'avez même pas fait ce qui vous prend une demi-journée d'habitude !
Hermione pinça les lèvres. Il fallait bien qu'elle commence à le dire à quelqu'un, non ?
Elle jeta un coup d'œil à sa montre.
—J'ai un rendez-vous dans exactement quarante minutes avec Mr Dawlish.
Gideon lâcha la pile de parchemins qu'il avait dans la main avec un soupir et leva vers elle un regard sérieux.
—Mon enfant, qu'est-ce que tu espères faire ?
—Faire la demande de révision du dossier de quelqu'un, avoua-t-elle très rapidement, sans détacher son regard du sien.
Gideon soupira.
—Qui ?
Hermione posa les yeux sur ses mains, les triturant.
—Lucius Malefoy, déclara-t-elle la tête haute, le défiant de dire quoi que ce soit.
Bien entendu, il s'agissait de Gideon Campbell et il fit donc ce qu'il faisait toujours. Il lui donna son avis sans scrupule, après s'être moqué grassement.
—Voyons mon enfant, vous n'y pensez pas ! S'exclama-t-il en se levant difficilement du fauteuil où il était assis.
Puis, voyant qu'elle était parfaitement sérieuse, il ajouta :
—C'est une très mauvaise idée. Hermione, c'est la meilleure chose à faire si vous souhaitez perdre toute crédibilité ! Personne n'acceptera de faire ça, c'est de Lucius Malefoy dont nous parlons. Un ancien mangemort, qui a été bras-droit de Vous-Savez-Qui et dont la peine a déjà été hautement critiquée car jugée trop légère !
—Qu'est-ce qui vous dit que cela ne va pas marcher ? Que c'est sans espoir ? Vous êtes le premier à dire qu'il faut essayer avant d'affirmer quoi que soit, que tout est possible avec assez de conviction et de volonté.
Son tuteur secoua la tête.
—Bien sûr, mais il y a des choses qui ne méritent pas que l'on s'y risque. Hermione, ne tentez pas le diable, ne faites rien. Vous avez un avenir prometteur devant vous, je ne serais pas étonné que vous deveniez Ministre dans dix ou vingt ans. Ne risquez pas de détruire toute votre carrière pour un homme comme lui. Il n'en vaut pas la peine.
—Comment osez-vous ? Rougit la jeune femme en se mordant la lèvre, en vain. Tout le monde mérite qu'on se batte pour lui !
Il secoua la tête.
—Pas à votre détriment.
Hermione se redressa.
—Vous ne me ferez pas changer d'avis. Je sais que ce que je veux faire est juste, et que si j'y arrive, je pourrais aider beaucoup d'autres personnes dans le même cas. Je sais que je ne pourrais jamais me pardonner si je ne fais pas tout mon possible pour aider quelqu'un alors que j'aurais pu le faire.
—Le complexe du héros, grommela-t-il. J'aurais dû m'en douter… Bien, dit-il plus fort en serrant le dossier de son fauteuil entre ses mains, faites comme bon vous semble. Vous ne viendrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu.
—Ne vous inquiétez pas.
Et sur ces mots, elle rassembla ses affaires et sortit. L'heure fatidique était arrivée.
X
—Mrs Granger, la salua John Dawlish, le Directeur du Département de la Justice Magique, depuis derrière son bureau. J'ai été très surpris quand ma secrétaire m'a appris ce matin que nous avions un rendez-vous. (Il écarta les mains.) Que puis-je faire pour vous ?
Hermione inspira un grand coup, aspirant autant de courage que possible.
—Je suis venue pour vous déposer une requête. J'aimerais que le Magenmagot réexamine le cas de Lucius Malefoy.
L'homme, d'une quarantaine d'années, éclata simplement de rire et elle fronça les sourcils, pas certaine de la façon dont elle était censée réagir. Puis il s'arrêta abruptement et se pencha en avant, croisant les mains sur son bureau, la détaillant du regard.
—Excusez-moi, fit-il d'une voix qu'il peinait à garder sérieuse, mais vous plaisantez n'est-ce pas ?
—Absolument pas, le contredit-elle.
—Il en est totalement hors de question ! S'exclama-t-il et ses joues rougirent tellement qu'Hermione crut qu'il allait exploser.
—Monsieur, vous ne pouvez pas dire ça ! Nous sommes des sorciers et la magie fait partie de notre identité. Peu importe ce que l'on a bien pu faire, personne ne mérite d'être privé de la capacité de pratiquer la magie. C'est inhumain !
—Non, non, non ! Jamais je n'autoriserais ça. Surtout pour ce… ce… ce rat immonde ! Vous n'imaginez pas le scandale que cela provoquerait.
A présent, il avait presque l'air paniqué à cette simple idée.
—Mr Dawlish, commença Hermione d'un ton haut perché, sauf votre respect, je ne pense pas que vous soyez le mieux placé pour me dire ce qui est adéquat ou pas. Dois-je vous rappeler que vous étiez une véritable girouette politique par le passé ? Que c'est vous qui vous êtes conformé au nouveau régime instauré par Voldemort alors que de braves gens se battaient valeureusement pour la liberté et la survie de notre monde ?
—Je suis loyale au Ministère de la Magie, c'est tout ce qui compte à mes yeux et vous ne pouvez pas me retirer ça !
Hermione ne put réprimer un petit rire moqueur à son air légèrement hystérique.
—Oh, oui, effectivement. Et vous, ajouta-t-elle en faisant un pas en avant et en s'appuyant sur le bureau de son vis-à-vis, vous ne pouvez pas me retirer que j'ai joué, contrairement à vous, un rôle décisif dans la guerre, que j'ai reçu un Ordre de Merlin de Seconde Classe et que la population sorcière a énormément d'estime pour moi.
Elle serra les poings. Elle détestait faire ça.
—Je suis convaincue qu'il me suffirait d'aller voir n'importe quel journaliste et de dire absolument n'importe quoi que tout le monde le croirait.
Dawlish plissa les yeux.
—Vous n'oseriez pas…
—Ne me sous-estimez pas, Mr Dawlish. Nous méritons tous de pouvoir pratiquer la magie. Je ne demande pas de le libérer de toutes charges, je veux juste qu'il ait un nouveau procès, pour réussir à obtenir un autre peine, plus juste.
Il la fixa, en silence, un long moment.
—Quand bien même, personne ne réussira à faire quoi que ce soit pour lui. Personne ne voudra même jamais prendre sa défense car cela signifierait détruire leur carrière. C'est voué à l'échec.
Hermione releva le menton.
—Moi, je vais le faire. Je ne viens pas vous voir pour vous réclamer ça et ensuite me décharger de toutes responsabilités et laisser quelqu'un faire le sale boulot. Monsieur, je suis vraiment convaincue que c'est la bonne chose à faire, que nous avons besoin de tous ces sorciers que nous avons mis à l'écart. Nous ne sommes pas assez nombreux, nous risquons de nous écrouler, autant démographiquement qu'économiquement si nous ne réinsérons pas tous ces gens. Et j'ai décidé de commencer par Mr Malefoy, parce que la magie… c'est ce qu'il y a de plus important au monde. Je peux le dire, je suis une Né-Moldue, je sais ce que ça fait de se retrouver deux mois par an coupé du monde magique. A partir du moment où on y a gouté, on ne peut pas simplement retourner se terrer dans un placard, ça nous tuerait à petit feu. Vous croyez vraiment que n'importe qu'elle sorcier mérite ça ?
Dawlish soupira.
—Très bien, faites ce que bon vous semble, mais je ne veux pas avoir affaire à toute cette histoire. Mais rappelez-vous bien. C'est voué à l'échec, vous n'avez aucune chance.
Hermione eut un grand sourire.
—Je veux une déclaration écrite.
En sortant du bureau de son supérieur, Hermione laissa échapper un petit soupire et un mince sourire s'inscrivit sur son visage alors qu'elle s'écroula le long du mur.
Elle l'avait fait.
Tout pouvait enfin commencer.
X
—Bonjour Buddy, ravie de te revoir, j'aimerais parler à Mr Malefoy.
Le petit elfe de maison sautilla un instant sur lui-même, puis il hocha la tête et disparut dans un craquement sec. Hermione haussa les sourcils. Il n'avait pas transplanné, la dernière fois. Puis, tout aussi rapidement, Buddy réapparut et avança sa main vers elle trois fois de suite avant de finalement se saisir de la sienne en s'inclinant.
—Buddy demande pardon Madame. Le Maitre a demandé à Buddy de le faire.
—Pardon pour…
Mais Hermione n'eut pas le temps de finir qu'elle sentit une sensation affreuse au creux de son estomac, comme un crochet, avant de se faire aspirer. Elle dut fermer les yeux pour ne pas être malade et quand elle les rouvrit, Buddy avait disparu et elle ne se trouvait pu dans l'entrée du Manoir Malefoy. Au contraire, la jeune femme se trouvait à l'orée d'une petite forêt. En se retournant, elle put apercevoir le bâtiment, à plusieurs centaines de mètres de là où elle se trouvait. Hermione regarda autour d'elle avant de finalement apercevoir Lucius Malefoy entre deux troncs d'arbre. Il semblait contempler quelque chose, au loin.
—Mr Malefoy ?
Il ne répondit pas immédiatement.
—Que faites-vous ici ? Nous ne sommes que lundi, à ce que je sache.
Hermione fit quelques pas pour se mettre à sa hauteur.
—J'ai été voir John Dawlish.
Puis elle vit ce qu'il contemplait. Une sorte de rosier aux roses blanches dont les branches étaient entremêlées à une sorte de sculpture qui, à l'heure actuelle, était presque totalement invisible.
—Qu'est-ce que c'est ? Ne put-elle s'empêcher de demander.
—Qu'a dit Dawlish ?
Il lui tournait toujours le dos, toujours perdu dans l'observation de ce si étrange élément.
—J'ai cru à un moment qu'il serait dur à convaincre, mais finalement j'ai su trouver les… arguments… pour le convaincre.
Malefoy eut un petit rire moqueur.
—Cet homme est la personne la plus influençable que je connaisse… enfin, après Fudge bien entendu. Celui-là était une vraie marionnette. A se demander comment il a pu devenir Ministre de la Magie…
—Est-ce que vous sous-entendriez que ce que j'ai fait n'était rien d'autre qu'une formalité ? S'indigna-t-elle en fronçant les sourcils.
Pour la première fois, il se retourna et elle put voir son visage impassible, aussi insupportablement glacial. Un des coins de sa bouche s'étira en un petit sourire en coin.
—Non, bien sûre que non.
Il y eu un instant de silence.
—Dois-je comprendre que je retrouverais bientôt ma liberté ?
Hermione haussa un sourcil.
—J'espère que vous avez conscience que ce n'est pas encore prêt d'arriver ? Qu'il va falloir se battre, travailler dure ? Vous devriez recevoir un hibou dans la semaine qui vous transmettra votre convocation pour la première séance du procès et nous devrons être certains d'être prêts pour le jour J.
—Je suis sûr que vous ferez du très bon travail. Je me trompe ?
Elle secoua la tête en souriant et elle aurait juré voir un éclat d'étonnement dans son regard.
—Je fais toujours de l'excellent travail. Cependant, je vais avoir besoin que vous y mettiez un peu de bonne volonté et que vous me racontiez en détail le déroulement de votre procès, les charges, les éléments atténuants. (Elle secoua de nouveau la tête.) Je n'arrive pas à y croire, je suis allée dans les archives du Ministère et j'ai même eu une dispute très violente avec la secrétaire, et j'ai finalement dû en tirer la conclusion qu'il n'y avait eu aucune trace écrite ou que ce soit d'autre.
Malefoy eut une moue méprisante.
—Vous croyez vraiment, siffla-t-il de sa voix doucereuse, que nous autres, criminels – ou devrais-je même dire Serpentards ? – avons droit à des procès équitables ? Que ce qui tourne autour de nous est juste ? Je pensais que le sort de ce Sirius Black vous avait servi de leçon… Les hommes politiques ne voient que ce qui les arrange et rien de plus. Ils ne vont certainement pas dépenser des moyens quand ils peuvent l'éviter… C'est sans doute pour cela que je n'ai pas fini à Azkaban. (Il fit un bruit méprisant.) Depuis que Shakelbolt a banni les Détraqueurs, ils sont obligés d'envoyer des Aurors et cherchent donc à faire des économies en limitant les effectifs tant du côté des gardiens que des criminels. Totalement pathétique…
Hermione pinça les lèvres et l'observa en fronçant les sourcils.
—Je ne savais pas, finit-elle par dire.
—Vous ne saviez pas, ricana l'homme. Comme c'est étonnant.
Il se rapprocha un peu d'elle.
—Vous n'êtes qu'une gamine…
Elle rougit furieusement et leva la main, prête à le gifler, mais Malefoy intercepta sa main, la fusillant du regard.
—Qu'essayez-vous de faire ? Petite insolente…
—Je suis la personne qui peut pratiquer la magie et aller où bon me semble, affirma Hermione en se dégageant de sa poigne, sans pour autant se reculer. Je suis la personne qui peut et qui veut vous aider à vous sortir de la situation difficile dans laquelle vous êtes. Alors je ne vous conseillerais qu'une seule chose : éviter de m'insulter ou de faire quoi que ce soit qui pourrait me faire changer d'avis.
La jeune femme se força à ne pas soupirer, baisser le regard ou quoi que ce soit d'autre qui pourrait lui faire savoir qu'elle était totalement terrifiée – bien qu'il en soit sans doute parfaitement conscient.
Finalement, il arrêta de la transpercer du regard et se détourna pour se diriger vers le Manoir.
—Nous allons discuter donc.
Voilà, j'espère que cela vous aura plu. J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre, bien que la rédaction m'ait pris infiniment plus de temps que je ne l'aurais cru. A bientôt^^
