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Désolation

Note de l'auteur : Ceci est probablement l'avant-dernier chapitre. Je verrais bien ;) Bonne lecture et merci pour vos reviews!


Une brise fraîche soufflait sur la ville fantôme. Nous avions laissé l'académie derrière nous, pour parcourir le parc où les herbes folles poussaient librement. Aucune trace d'Hanokh ou d'un quelconque habitant imaginaire. Sans la puissance nécessaire à son maintien, l'illusion ne faisait plus effet. Les immeubles semblaient à l'abandon, quand ils n'étaient pas à moitié effondrés. Il y avait plusieurs traces d'explosions dans l'entourage direct de l'école, comme si on avait voulu la détruire. Mais, sur ses murs, aucun stigmate. Le dôme l'avait protégée, mais les rues, elles, n'avaient pas été épargnées, comme si les attaques s'étaient retournées contre les agresseurs.

« Cela doit probablement être le cas. Je pense que c'est de cette manière qu'ils ont fini par disparaître. » Pensa Spock.

« Ils ne voyaient sûrement pas d'autres solutions que d'espérer que le champ de force finisse par faiblir. » Répondis-je.

J'essayai de ne pas penser à ces gens, désespérés, unis dans une même cause perdue d'avance. Dans ce décor, le silence était roi. Hanokh pouvait se cacher n'importe où et il lui restait tout de même ses capacités de base. Il allait sûrement tenter de s'en servir contre nous. Instinctivement, je cherchai la main de Spock. Il accrocha son index et son majeur aux miens, percevant mon insécurité. Nous avancions de nouveau côte à côte vers le danger, mais je ne voudrais pas être ailleurs.

« Moi non plus. Pour rien dans l'univers. » Réagit mon compagnon.

Je resserrai ma prise sur ses doigts. Je nous sentis seuls au monde, dans cette ambiance d'apocalypse. Nous débouchâmes de l'autre côté du parc, dans une rue tout aussi déserte que les autres. Les poils de ma nuque se hérissèrent et je me tendis en entendant un cliquetis sur le goudron, derrière nous. Nous nous retournâmes lentement vers la source du bruit. Un énorme molosse se tenait au milieu de la chaussée, la bave aux lèvres, les babines relevées révélant des crocs luisants et pointus, ses griffes crissèrent sur la route. J'adoptai automatiquement une position défensive, prêt à partir en courant au moindre mouvement de l'animal.

« Il est seul, nous sommes deux. Nous devons nous séparer pour espérer le dérouter. » Pensai-je précipitamment.

Spock me regarda un instant.

« Les Vulcains sont plus rapides et plus endurants que les humains. S'il se lance à ta poursuite tu n'as aucune chance. »

« Quoi ?! » Hurlai-je.

Mais, il se précipitait déjà sur la bête, en faisant de grands gestes, attirant toute son attention. En réponse, elle se jeta sur lui en grognant. Mon compagnon s'engouffra dans une rue parallèle, à une vitesse que je ne pus qu'admirer. La créature s'élança à sa suite sans même faire attention à moi.

Je me retrouvai seul, incapable de réfléchir clairement durant d'atroces secondes. Puis, je me forçai à faire le vide dans mon esprit, comme Spock me l'avait appris. Je ne perçus ni peur, ni douleur de sa part, seulement qu'il était vivant et qu'il allait encore bien. Je m'exhortai donc à retrouver mon calme et à prendre une décision. Il m'avait accordé un sursis et la possibilité d'agir. Je devais compter sur le fait qu'Hanokh ne pouvait contrôler qu'une chose à la fois et tout faire pour le débusquer, en espérant que mon compagnon saurait s'en sortir. Je ne pouvais qu'extrapoler des suppositions, mais je devrais faire avec. Logiquement, il ne devait pas être trop loin, car il nous avait vus et attaqués avec son molosse. Je commençai par me concentrer sur les immeubles alentour, essayai de détecter le moindre mouvement. C'est là que je le vis. Derrière la vitre sale d'une fenêtre, au deuxième étage d'un bâtiment à ma droite. Il regardait dans la direction qu'avait prise Spock. J'en profitai pour courir jusqu'à l'entrée, avant qu'il ne se demande où j'étais. Je me jetai sur la porte qui céda sous mon poids et pénétrai dans un hall étroit et lugubre. J'appuyai sur l'interrupteur, rien ne se passa. Je me résignai à monter dans le l'obscurité, et gravis les escaliers d'un pas rapide et le plus léger possible. À mi-chemin, une marche traîtresse se déroba sous mon pied droit. Je me rattrapai à la rampe à deux mains et me retrouvai enfoncé jusqu'au genou. Un éclat de pierre vint s'enfoncer dans mon mollet, transperça ma botte et j'étouffai un cri de douleur dans mon poing fermé. Je sentis mon sang couler dans ma chaussure, le long de ma cheville et m'appuyai sur ma jambe valide pour m'extirper prudemment du trou en serrant les dents, puis forçai pour me dégager. Je m'assis ensuite, pour prendre le temps de vérifier les dégâts. Bones allait m'assassiner, si je sortais vivant de cette aventure. L'entaille était moche, mais peu profonde. Je pourrais faire avec. Je tirai sur la manche de mon t-shirt, jusqu'à sentir la couture de l'épaule craquer, et l'arrachai, pour la nouer autour de la plaie, puis tentai de me remettre debout et grimaçai sous la douleur. C'était supportable. Le tissu doré se teintait déjà de rouge, tandis que je reprenais ma course, plus prudemment cette fois.

J'arrivai au deuxième étage en boitant légèrement et me remémorai la façade extérieure pour tenter de repérer l'appartement dans lequel je l'avais vu. Un bruit me tira de mes réflexions. Une porte s'ouvrit au bout du couloir et je me camouflai dans l'obscurité d'un renfoncement, en retenant ma respiration. J'entendis plus que je ne vis Hanokh se diriger vers l'escalier. Il avait sûrement l'intention de repartir à notre recherche. Il passa près de moi, sans me voir, mais s'arrêta sur la première marche. Il s'accroupit au sol et toucha le sol de ses doigts, avant de les ramener devant ses yeux. À la faveur d'un rayon de soleil blafard, je pus apercevoir qu'ils étaient rouges. Mon sang avait goûté sur le plancher. Sans lui laisser le temps de déduire quoi que ce soit, je me jetai sur lui. Il prit peur et bascula dans le vide. Je tentai de le retenir, mais mes mains se refermèrent sur le vide et il dégringola les marches. Le mur du palier stoppa sa chute. Il s'étala sur le carrelage, un de ses bras formait un angle anormal et sa tête saignait. Il semblait inconscient. Je me précipitai sur lui, pour vérifier qu'il était vivant, pris son pouls et fus soulager de le sentir. Je n'avais jamais voulu la mort de cet homme. Mais, son état était inquiétant. Je m'emparai de mon communicateur.

« Kirk à l'Enterprise. »

« Ici Sulu, Capitaine. Nous étions inquiets de ne pas avoir de vos nouvelles. Tout va bien ? »

« Moi, oui. » Le rassurai-je, en jetant un œil à ma jambe.

Bones serait furieux de ce mensonge, mais je n'avais pas le temps pour ça.

« J'ai un blessé ici. Un habitant de la planète. Téléportez-le sur le vaisseau et prévenez McCoy. »

« À vos ordres, Capitaine. »

« Et, Sulu. Cet homme est un prisonnier. Qu'il soit conduit en cellule une fois qu'il sera soigné. »

« Bien Capitaine. Je vous remonte aussi ? »

« Non, je dois rejoindre Spock. Vous savez où il est ? »

« Attendez. »

Je patientai d'interminables secondes.

« Nous le détectons à environ un kilomètre à l'Est de votre position. »

« Merci, Sulu. Kirk, terminé. »

Je raccrochai, alors que le corps d'Hanokh se dématérialisait devant mes yeux, puis redescendis dans la rue.

Je m'engageai dans la voie qu'avait empruntée mon compagnon, plus tôt. L'Ogmiosien knock-out, le molosse avait dû disparaître. Le besoin de retrouver mon compagnon me donna des ailes et j'en oubliai ma douleur, en me mettant à courir le plus vite possible. Je parcourus les avenues désertes en criant son nom. Ma voix raisonna dans le vide désolant entre les bâtiments abandonnés. Je perdis mon souffle et ma plaie m'élança de nouveau. Je le repérai enfin, à un croisement. Il se précipita vers moi et je me jetai dans ses bras.

« Tu vas bien ? » M'empressai-je de l'interroger.

« Oui, j'ai réussi à le semer et à m'abriter dans une boutique ouverte. Puis, soudainement, il a disparu. Tu y es pour quelque chose ? »

« Oui, j'ai neutralisé Hanokh, il est sur l'Enterprise, dans un sale état. Je ne l'ai pas raté. »

« Lui non plus, apparemment. » Répondit-il, en désignant ma jambe.

« Un stupide accident. Rien de grave. » Le rassurai-je, au moment où un vertige me prenait.

Je me rattrapai à ses épaules. Il me retint fermement contre lui.

« Tu as perdu trop de sang. De plus, tu as couru pour me retrouver. Tu n'as rien mangé depuis des heures. Je vais appeler le vaisseau, tu as besoin de soins. »

« Mais… Dror et les autres… »

« Plus tard. »

Sans plus polémiquer avec moi, il sortit son communicateur.

« Spock à l'Enterprise. »

« Ici Sulu, monsieur Spock. Le Capitaine est avec vous ? »

« Oui, et il ne va pas bien. »

« Il m'a pourtant dit… »

« Jim ! Quand tu seras dans mon infirmerie, je t'attacherai à un lit jusqu'à ce que tu acceptes enfin de faire attention à toi ! Je vais t'apprendre à mentir, moi ! » Hurla Bones, par-dessus la voix de l'Asiatique.

« Docteur McCoy, ce n'est pas le moment. » Le réprimanda Spock. « Deux à téléporter. Spock, terminé. » Conclut-il brusquement.

Il resserra sa prise sur moi, alors que ma vue se brouillait de nouveau. J'avais la nausée et je sentis à peine les picotements de la dématérialisation. Un instant après, j'étais sur la plateforme de téléportation. Un brancard m'attendait, accompagné de Christine Chapel. Je lui souris, reconnaissant qu'elle ait réussi à retenir Léonard.

« Ne pensez pas lui échapper. Il vous attend de pied ferme. » Me dit-elle.

« Je n'en doute pas. » Répondis-je, résigné, en m'allongeant.

J'agrippai la main de Spock.

« Retourne avec eux. Ils vont penser qu'on les a abandonnés… »

« Personne ne croira ça. Dror est avec eux. Je m'en irais quand je serais sûr que tu vas bien. » Insista-t-il, en nous suivant dans le couloir.

Nous prîmes le turbolift, direction l'aile médicale et quand les portes s'ouvrirent, je sentis l'angoisse m'envahir.

« Ne le laisse pas me torturer ! » Dis-je à Spock, en attrapant son bras.

« Tu l'as provoqué, Jim. »

« Je voulais te retrouver. »

« Je sais. »

Il porta ma main à ses lèvres et y déposa un baiser apaisant. Je vis nettement Christine cacher un sourire derrière ses doigts. La porte de l'infirmerie s'ouvrit sur notre passage et une tornade s'abattit sur moi. Les seuls mots que je retins furent « hypospray », « étrangler », « sale gosse » et « cheveux blancs ». Mes vertiges empirèrent. Je fus posé délicatement sur un lit aux draps frais qui sentaient le désinfectant. Bones dénoua la manche qui compressait toujours la plaie. Je retins un hurlement de douleur, mais il n'était pas dupe.

« Tu ne t'es pas raté, Jim. » Constata-t-il, plus calmement. « Rien de dramatique, mais tu as besoin d'une transfusion et que je referme tout ça pour éviter une infection. » M'expliqua-t-il.

Il demanda ensuite une dose de sang à Chapel, avant de m'injecter un antidouleur dans la cuisse. Je râlai pour la forme, mais ma jambe s'engourdit et je pus enfin me détendre un peu.

Une fois soigné, je tentai de me lever pour repartir sur la planète. Une nausée me reprit, quand je posai mes pieds au sol. Quatre mains m'obligèrent à me rallonger.

« Si tu essayes ne serait-ce que de mettre un orteil en dehors de cette pièce, je te jure que je t'assomme et que je t'enferme dans une cellule jusqu'à nouvel ordre ! » Me menaça Bones.

Je me laissai retomber sur les oreillers en soupirant.

« J'y retourne. Je prends deux gardes avec moi pour m'aider. Nous nous en sortirons très bien. Reposes-toi, T'hy'la. » Murmura Spock, en se penchant sur moi.

Il déposa un baiser aérien sur mes lèvres, avant de quitter la pièce. Je capitulai et me laissai aller au sommeil.