Olah ! Qu'est-ce que cette bête qui est venue annoncer l'arrivée du chapitre 10 de la fanfiction Illusion du Réel (que j'adore, bien entendu !) alors que celle-ci en est normalement à la 17° ?
Non messieurs, mesdames, mesdemoiselles, vous ne rêvez pas. Il s'agit bien du chapitre 10, dernier de ma collection "réécrite". D'ailleurs, c'est à partir d'ici que je reprends une publication normale, enfin !
Quoâ ? Comment ça ? Et le passage à Fuji-chaisplusquoi ?
Supprimé simplement et tout bonnement. Pour l'instant du moins donc veuillez, m'sieurs 'dames annulés toute cette partie de votre cerveau (je sais, c'est étrange). Je me suis faite raisonnable, jamais autant de choses n'auraient pu arriver à Katsuko aussi vite... Laissons passer un peu plus de temps, ce sera mieux !
En tout cas, j'espère que cela va vous plaire... et que je ne vous ais pas tous perdu... Que sera sera !
Chapitre X
KATSUKO
« Le moment présent est la piste désignée à tout nouveau départ. »
Louis-Marie Parent
Kojirô entra dans la salle de cours et posa son sac sur sa table. Il s'assit, tira son livre, sa trousse et se mit à la recherche de son cahier avant de se rappeler qu'il l'avait laissé vendredi dernier devant la porte de Kamya avec la photocopie des cours de la journée. C'était étrange comme son absence dénotait dans la classe. Les autres élèves continuaient de parler d'elle de temps en temps mais ils s'y étaient habitués. Ken et lui, au contraire, trouvaient le temps long et les plaisanteries d'Hikaru ne les sortaient pas de leur continuelle mauvaise humeur. Seuls les entraînements de football parvenaient encore à les distraire même si la forme morale ne suivait pas le reste. À plusieurs reprises, le coach le reprit pour manque d'enthousiasme. Il fallait qu'il se ressaisît, Kojirô en était conscient.
Soupirant, il laissa les sons des bruits de chaises tirées, des vêtements froissés, de pas ainsi que quelques brides de discussion, venir à ses oreilles. L'une d'elle attira vaguement son attention.
- « Tu sais quoi ! Samedi dernier pendant le match, il s'est passé un truc ! – c'est d'ailleurs dommage que tu ne sois pas venue, la Tôhô a vraiment bien joué, comme toujours ! – Enfin, dans les tribunes du premier étage, il y a eu une bagarre il paraît ! » racontait une fille ponctuant ses phrases de petits cris aigus.
- « Non, c'est vrai ? » pouffa son amie. Pouffa ? Qu'est-ce qu'il y avait de drôle à ce que des gens se battent ? Kojirô laissa tomber toute idée de le comprendre et s'intéressa plutôt à la suite, espérant en apprendre plus. Du terrain, ils avaient également remarqué que ça bougeait dans les tribunes, mais comme le match se poursuivait, ils ne s'étaient pas vraiment attardés à ce qui se passait réellement.
- « Et bien, il paraît que c'était en fait des chefs de clans qui se battaient pour ce territoire ! » confia la rapporteuse en exagérant la portée de sa voix comme si ce qu'elle disait intéressait tout le monde.
- « Un territoire ? Tu veux dire le stade de football ? C'est incroyable, mais… pourquoi ? Je veux dire, qu'est-ce ça peut leur rapporter ? »
- « Ah ça ! Si je le savais ! »
Kojirô arrêta de les écouter puisqu'elles ne paraissaient plus avoir grand-chose à lui apprendre. L'idée que le frère de Kamya pût avoir un lien lui caressa l'esprit. Après tout, les gars contre qui ils s'étaient battus l'autre soir devaient bien appartenir à une bande ! Ou quelque chose qui y ressemblait.
Il n'aimait pas l'idée qu'on pût s'affronter dans le stade, qui savait ce qui se serait passé si cela avait été plus grave ? Puisqu'ils n'avaient pas eu beaucoup d'écho et que le match s'était maintenu, Kojirô pensa que l'incident devait être néanmoins mineur et que les filles exagéraient sans doute les événements pour se rendre intéressantes.
Kojirô s'aperçut alors qu'un silence de mort avait subitement envahi la salle et tourna la tête pour regarder ce qu'il se passait. Il se redressa sur sa chaise quand il aperçut la silhouette de celle qui avait accaparé les discussions durant toute la semaine précédente et causé une forte polémique au sein du lycée.
Kamya se trouvait là devant eux et les regardait avec appréhension. On l'observait avec une telle insistance que même Kojirô parût gêné pour elle. Mais la surprise de la voir enfin de retour gelait le reste des émotions qui affluaient pourtant petit à petit. Elle fit un petit mouvement comme si elle prenait de l'élan et s'avança vers l'estrade en les saluant. On entendait dans sa voix son inquiétude mais elle s'efforçait de ne rien laisser paraître, comme avant. Elle se glissa jusqu'à sa place sans trop de difficulté, les autres élèves s'écartant légèrement à son passage. Au passage, quand ses yeux croisèrent ceux du tigre, elle lui sourit de façon presque imperceptible avant de retirer de son sac en bandoulière le carnet d'appel et un crayon et de repartir vers l'estrade.
Personne n'avait encore repris la parole.
- « Je vais faire l'appel, » annonça-t-elle en ouvrant le carnet. « Tsuki Amido ? » entama-t-elle.
Celle-ci était absente, elle griffonna à côté de son nom et continua. Le second était bel et bien là mais il ne lui répondit pas. Et ce fut ainsi pendant deux ou trois autres noms avant qu'elle ne referme subitement le carnet de note. Elle les regarda en soupirant.
- « Je vois qu'il faut d'abord que je mette les choses au clair avant de commencer, » dit-elle froidement. Kojirô la regarda surpris. Elle n'allait tout de même pas se justifier devant eux ? « Le règlement de cette école est très simple à comprendre. Trois absences injustifiées équivalent à l'interdiction de passer les examens de fin de trimestre ce qui, je vous rappelle, entraîne évidemment au redoublement. Et jusqu'ici, répondre à l'appel signifie simplement faire signe de présence. Alors, si vous voulez continuer comme ça, faites-le. Mais ne vous étonnez pas si ensuite vous recevez une lettre signalant de multiples absences injustifiées. Je vous souhaite également bon courage pour expliquer à vos parents pourquoi vous n'allez pas passer en terminale. »
Elle marqua une pause pour leur laisser le temps d'ingurgiter ses paroles. Kojirô sourit, c'était plutôt bien trouvé. Dans l'ensemble, ça paraissait plutôt bien fonctionner.
- « Bon, puis-je faire l'appel de façon normale ou dois-je d'ores et déjà vous marquer comme absents ? » demanda-t-elle.
Bien qu'en grommelant, ils lui demandèrent de recommencer et cette fois, tout se passa convenablement. Kamya revint alors à sa place où elle posa le carnet sur sa table avant de retirer deux cahiers et un paquet de feuilles de son sac. Elle laissa les feuilles sur son bureau et se releva pour aller donner le reste à Kojirô.
- « Merci de me les avoir prêtés, » lui dit-elle en souriant. Il remarqua alors que son sourire était sincère et qu'elle semblait légèrement différente. Sa façon de se tenir, plus décontractée, le regard qu'elle avait, l'expression de son visage… Sans compter la manière dont elle venait de parler aux autres. Kojirô récupéra ses affaires et les posa sur la table. « Et… merci de t'être inquiété pour moi. J'apprécie. » Elle le chuchota tellement bas qu'il eut presque du mal à l'entendre.
Il hocha la tête sans répondre. Il se sentait un peu mal à l'aise mais comprenait que la situation le justifiait. Un instant après, Kamya fut percutée de plein fouet par quelque chose de rapide et de plutôt grand. Réagissant instantanément, Kojirô se redressa pour l'attraper et l'empêcher de tomber mais il manqua de se faire renverser lui-même. Un peu désorienté, il aperçut néanmoins Ken Wakashimazu vautré à terre, dans un méli-mélo avec la déléguée. Ce crétin souriait, ravi de son effet. Kamya aussi déconcertée que lui, si ce n'était plus, mit un certain temps avant de comprendre qu'elle se trouvait allongée, encerclée par un gardien fou de joie. Quand elle retrouva ses esprits, elle se défit de son emprise avec embarras et colère.
- « Ken ! » lâcha-t-elle sur un ton de reproche. « Tu es impossible. Lâche-moi maintenant que tu as réussi à me briser les os ! »
Le gardien obtempéra et se releva plus vite qu'elle. Il l'aida à se remettre debout et posa ses affaires négligemment sur la table. Kamya arrangea ses vêtements, soupira et partit à sa place pour tendre le paquet de feuille à Ken. Bien sûr, tout le monde avait assisté à la scène et les commentaires fusaient d'ores et déjà.
- « Bah ! Elle doit bien être habituée à se faire retourner ! » entendit-on murmurer.
Il n'en fallut pas plus pour que Ken et Kojirô réagissent au quart de tour et se mettent à menacer la classe entière de massacrer le prochain qui laisserait fourcher sa langue.
- « Sans compter qu'il aura à s'expliquer devant le proviseur avec un charmant mot de ma part pour ses parents, » intervint le professeur Katsuya sous l'embrasure de la porte.
S'en suivit un véritable brouhaha alors que tous s'activaient à rejoindre leur place, certains rougissant sans doute du fait de leur propre culpabilité. Kojirô crut alors apercevoir l'expression du professeur s'adoucir quand ses yeux se posèrent un instant sur Kamya. Elle ne s'attarda néanmoins que l'espace de quelques secondes avant de commencer sa leçon. Les choses semblaient alors reprendre leur déroulement normal et les cours s'enchaînèrent jusqu'à la pause déjeuner.
Quand la cloche retentit, un grognement de soulagement parcourut la classe alors que le cours de Mr Kita se terminait enfin. Kojirô rangea rapidement ses affaires et se leva. Comme Ken, il avait bien l'intention de prendre Kamya avec eux malgré la présence de Tsuki (qui était arrivée cinq minutes après le professeur Katsuya). Celle-ci se dépêcha d'ailleurs de sortir en évitant de répondre à l'appel de sa soi-disant amie.
- « Tu viens manger avec nous ? » proposa alors Ken.
- « D'accord, » accepta-t-elle en souriant. « Mais je ne resterai pas longtemps, j'ai pas mal de choses à faire après… Il faut que je trouve Masu-san également. »
- « Aucun problème, allons-y ! »
Ils commencèrent par sortir de la classe puis ils descendirent les escaliers et quittèrent le bâtiment. Là, Ken et Kojirô la guidèrent jusqu'au petit coin de pelouse sur lequel ils avaient l'habitude de manger. Encore une fois, Kojirô fut surpris du changement. Si avant il parvenait à discuter avec la déléguée, à présent, cela se passait de façon plus naturelle, plus singulière. Kamya n'avait plus autant de manie qu'auparavant. Elle n'était plus alors qu'une jeune fille de dix-sept ans comme une autre. Enfin, elle restait toujours particulière puisque c'était elle.
- « Salut les gars ! » lança Ken en s'approchant d'un groupe de trois garçons. « Laissez-moi vous présenter Katsuko Mayashima. »
Kojirô fut étonné qu'il ne l'appelât pas par son surnom.
- « Tu veux dire Kamya, n'est-ce pas ? » demanda Neji.
- « Je préfère Katsuko, » réagit celle-ci. « Ou même Katsu, si vous préférez mais ne m'appelez plus comme avant. »
- « Très bien, » acquiesça Takeshi en souriant.
Ils s'installèrent et Kojirô sortit de son sac son panier repas, toujours aussi solidement fermé. Pourquoi n'arrivait-il donc jamais à l'ouvrir alors que c'était lui-même qui le fermait chaque matin ? Une main vint s'en emparer et l'ouvrit pour lui. Un peu ronchon, il récupéra son repas et remercia Kamya, enfin, Katsuko, d'un signe de tête. Mais ce qu'il appréciait encore moins, c'était bien de voir ce sourire significatif sur les lèvres de ses coéquipiers.
- « Tu pratiques un sport en particulier ? » demanda Neji alors qu'ils venaient de parler de football.
- « Les arts martiaux, » répondit-elle.
- « Waouh ! » siffla Mazuo. « Comme Ken ! »
- « Non, elle pratique le kung-fu, » corrigea celui-ci.
- « Ah ? Il y a une différence ? » interrogea Mazuo.
Katsuko et Ken parurent choqués. « Évidemment ! » s'écrièrent-ils d'une même voix avant de se mettre à rire.
- « L'essence n'est pas la même, » reprit Katsuko. « Même si les bases du karaté se fondent sur le kung-fu, c'est très différent. Nous ne sommes pas aussi stoïques et linéaires. »
- « Quoi ! » s'indigna Ken. « Là, tu me blesses. Comment peux-tu dire une chose pareille ! Le Karaté n'est pas linéaire. Je te croyais plus expérimentée que ça. » À présent, il paraissait vraiment blessé.
- « C'est toujours comme ça que se justifient les karatékas, » continua Katsuko. « Manque d'expérience, esprit fermé… Toujours une raison pour nier l'évidence. »
Ken rougissait alors qu'il commençait à s'emporter. Kojirô regardait la scène avec appréhension et incompréhension. Pourquoi le cherchait-elle ainsi ? Son visage était lisse, impassible à défaut près d'un petit sourire en coin que Ken semblait ignorer. Celui-ci continuait à parler – ou devrait-il dire crier – argumentant sur les non fondés d'une telle accusation. Quand il fut à bout de souffle, Katsuko laissa son sourire s'élargir.
- « Mais tu ne vois pas que je plaisante, Ken ? » pouffa-t-elle.
- « Bien sûr que… Quoi ? Pff ! Et ça t'amuse ? »
Katsuko n'était néanmoins pas la seule à rire, même Kojirô sourit. Tous savaient quel effet la colère pouvait avoir sur Ken. Sa pigmentation faisait que ses joues rougissaient de façon très visible et très localisée. Ainsi, il ressemblait à une montgolfière rouge et noire.
- « Allez, ne boude pas ! » lança Neji.
- « Après les nombreuses fois où tu en as fait de même avec moi, je pense que c'est tout à fait justifié, » rajouta Katsuko.
- « Ah ça ! Elle n'a pas tord, » approuva Takeshi.
Comme elle l'avait annoncé, Katsuko les quitta peu avant que la cloche ne sonnât. À présent, Ken et Kojirô, tout comme leurs amis, montaient les escaliers en direction de leur classe. Au second étage, ils firent face à une petite foule d'élèves réunies autour de Katsuko et de Yokohama. Tout le monde savait que tôt ou tard, ces deux-là allaient devoir se faire face. Cela ne surprit donc personne que l'affrontement se fît de façon publique, il était clair que le but de Yokohama était de disgracier sa rivale. Mais rivale en quoi ? se demandait-on. Personne ne pouvait y répondre.
- « Je dois t'avouer que je suis assez étonnée que tu oses remettre les pieds ici, » déclara Yokohama avec toute la supériorité dont elle pouvait faire preuve. « Je savais qu'ils ne t'avaient pas viré… » Elle eût un rictus de dégoût. « Serais-tu si fière pour oser te montrer ? »
- « Peut-être, » répondit Katsuko d'un ton sec. « Moi, je me demande surtout pourquoi tu perds ton temps à venir me parler ici. Espères-tu voir le fruit de ta mesquinerie ? Crois-tu réellement que tu as…quoi ? Gagné? Je te rappelle, Yokohama, qu'il n'y a jamais eu que toi pour croire qu'il y avait de quoi se battre. »
Yokohama se mordit la lèvre alors que ses yeux rétrécissaient, lui donnant l'air d'une vipère prête à cracher son venin.
- « Tu peux bien parler ! Mais personne ici n'est dupe ! On sait que tu faisais semblant et que tu nous as tous berné avec tes minauderies ! Que croyais-tu faire en nous cachant ta réelle identité ? »
- « Ma 'réelle identité' ? » Katsuko éclata d'un rire si froid que certains frissonnèrent. « Tu as beaucoup de choses à m'apprendre Yokohama ! Qui suis-je donc ? Allez, décris-moi puisque tu sembles si bien me connaître ! Il faut vraiment que tu sois stupide pour penser ainsi. Et permets-moi de te dire…non, de vous dire : je n'ai jamais trompé personne. Je n'ai rien fait de mal. C'est vous qui avez vu en moi ce que vous souhaitez voir ! Certes, j'ai utilisé quelques artifices bénins, mais au final, ce n'est pas moi qui me suis classée comme populaire. D'autant plus que vous ne pouvez pas m'accuser d'avoir rempli mon rôle de déléguée et d'élève modèle. Vous ai-je réellement menti à ce sujet ? À ce que je sache, je suis l'une des meilleurs élèves des premières et on ne s'est jamais plaint de mon travail de déléguée… Mais ça vous le savez parfaitement. Alors où ai-je menti ? »
Les gens se regardèrent, gênés. Katsuko venait de marquer un point, un énorme point.
- « Moi, » une voix s'éleva derrière Yokohama, « à moi tu as menti. »
Tsuki Amido se glissa entre les élèves et apparut aux côtés de Yokohama.
- « Tu as prétexté habiter dans les beaux quartiers pour qu'on te croit aisée et de bonne famille, » poursuivit-elle. « Tu as toujours fait semblant d'être parfaite, à l'écoute… Et plus que tout tu m'as fait croire que tu étais mon amie alors que ça n'en est rien, n'est-ce pas ? »
- « Et c'est toi qui parles d'amitié ! » s'exclama Ken avec colère en s'élançant lui aussi au devant de la scène. « C'est bien beau de l'accuser d'avoir fourvoyé ta soit disant confiance, mais tu n'as pas ton mot à dire. Toi aussi, tu nous as bernés. Avec ta gentillesse, ta maladresse, tes manières… Tu aurais mieux fait de te taire et de t'écarter ! Ne nous prends pas pour des cons. Personne ici ne sera dupe après ce que tu viens de dire ! »
- « Qu'est-ce qui se passe ici ? Écartez-vous ! Qu'est-ce que c'est que ce rassemblement ! »
La foule se dégagea aussi vite que la voix du professeur avait surgi derrière eux. Ken entraîna immédiatement Katsuko vers leur classe et Kojirô les suivit de près, bousculant ceux qui se trouvaient sur son passage et principalement Tsuki.
Les regards les fuyaient quand ils entrèrent dans la classe mais personne n'osa commenter ce qui venait de se passer. Le message avait été clair. Kojirô et Ken était de son côté, mieux valait se taire. Personne ne comprenait pourquoi ces deux-là restaient auprès d'elle alors que tout le reste – même son amie – lui tournait le dos. Quant au sujet de Tsuki, aucun ne pouvait ignorer l'agissement contradictoire de celle-ci. C'est pourquoi, quand elle entra à son tour dans la classe, les autres élèves parurent vouloir l'éviter encore plus que la déléguée.
La seconde journée se passa bien mieux que la précédente. Bien que tout le monde évitait Katsuko comme si elle portait la peste, personne n'osait plus laisser entendre une remarque désobligeante à son égard surtout lorsqu'elle se trouvait en compagnie de ses amis. Si on ne lui redevait plus aucun respect à présent qu'on ne la considérait plus comme faisait partie du cercle privé des populaires, on craignait encore d'attirer la foudre des joueurs de football et du président du conseil. Eux n'avaient point perdu de leur notoriété publique, et surtout de leur hargne.
Tous admettaient néanmoins une chose : l'intelligence et la malice de la déléguée. Comment s'y était-elle prise pour que son amitié avec eux restât indemne après la disgrâce et la honte qu'elle devrait ressentir ? On s'étonnait de l'indifférence dont elle faisait preuve à l'égard de ce qui se passait. Elle vivait sa vie, ignorait le reste, occupait toujours son poste de déléguée et souriait paisiblement. Son attitude agaça plus d'un. Néanmoins, aucun d'eux n'admit le principal moteur d'une telle aversion : la jalousie de la savoir à présent libre de toute obligation – que pouvait-elle craindre de plus ? Quels secrets inquiétants l'accableraient à présent qu'elle surmontait cette épreuve avec une telle sérénité ?
Kojirô paraissait satisfait à présent et bien plus détendus que des jours auparavant. Les choses revenaient à la normale, son cercle restreint d'amis venaient de se compléter de nouveau. Sa bonne humeur et son entrain retrouvés, il menait son équipe pendant l'entraînement avec une énergie nouvelle et confortable. Ses tirs commençaient à le satisfaire de nouveau alors qu'il percevait enfin une légère amélioration – certes trop minime pour se défaire de cette frustration constante, cependant elle était là et il s'en félicitait.
Katsuko ne restait jamais très longtemps avec eux, elle devait régler bon nombre de détails et rejoignait souvent Temi Masu. Ensemble, ils discutaient beaucoup et à voix basse comme s'ils conspiraient quelque chose. Leur complicité semblait s'être développée et Kojirô l'observa avec mécontentement. De son côté, Ken et Kazuki projetait un week-end près de la mer malgré le froid qui s'installait.
- « On s'en fout, ce n'est pas pour se baigner mais pour prendre un peu du bon temps ! » protestait Kazuki.
- « Autant aller à la montagne, on prendra en plus le grand air, » ripostait Kojirô.
- « On va toujours faire des promenades en montagne, » grommela Ken qui partageait l'avis de Kazuki et ne raffolait pas de l'idée de subir un entraînement intensif car avec son capitaine, cela se terminait toujours ainsi. « Autant changer un peu et profiter des dernières belles journées pour se prélasser sur le sable. En plus, on n'a aucun match de prévu ni aucun examen à passer la semaine prochaine… Enfin à part celui de Katsuya. »
Kojirô haussa les épaules avec indifférence. Bien qu'il préférât les hauteurs, il était toujours possible de s'entraîner sur la plage.
Chez lui également, il y avait du mouvement. Sa mère venait de recevoir une prime pour son travail exemplaire – surtout acharné – et hésitait sur la manière de le dépenser. Bien sûr, elle pensait économiser assez pour les cas de crise mais souhaitait absolument faire quelque chose. Naoko grandissait et avait besoin de nouveaux vêtements, de quelques accessoires et d'une nouvelle mode pour impressionner ses amies et ses soupirants, Takeru souhaitait s'acheter un nouveau ballon de basket-ball alors que le plus jeune des trois frères voulaient absolument garnir sa bibliothèque de quelques nouveaux livres historiques dont il vouait une véritable passion depuis quelques temps déjà. Après avoir épluché la bibliothèque de son collège, il souhaitait en plus lire d'autres bouquins sur les civilisations, la sociologie, la philosophie à travers le monde… de quoi faire tourner la tête à Kojirô. Lui, avait suggéré qu'elle partît prendre du bon temps chez leur tante Ochiko à Hiroshima, il savait que sa sœur adorerait pouvoir l'accueillir. Elle l'avait invitée bon nombre de fois en vain ; Keiko devait travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.
- « Avec la prime, tu pourrais facilement t'acheter un billet aller-retour sans néanmoins tout dépenser, » argumenta-t-il. « J'ai des économies et je serais là pour surveiller les petits, tu sais… »
Keiko avait souri sans réellement répondre. Elle envisageait également cette possibilité, cependant. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas elle-même rendu visite à sa sœur et comme il l'avait souligné, celle-ci l'assaillait d'invitations. Elle ne se décida que deux jours après, le même jour où Ken et Kazuki annoncèrent quand ils comptaient aller passer le week-end à la plage, ayant invité avec eux Takeshi et sa petite copine, ainsi que Katsuko qui, néanmoins, refusa de s'y joindre. Kojirô sut alors qu'il allait devoir décevoir ses deux amis car il ne pouvait pas laisser ses frères et sœur seuls à la maison.
- « La poisse ! » grommela Ken. « Tu aurais dû nous le dire ! On a déjà réservé les billets ainsi que l'hôtel ! »
- « Encore heureux que c'était des réductions, » soupira Kazuki dont le père travaillait dans une agence de voyage et qui lui refilait toujours les bons plans en rab. « Par contre, on ne peut ni annulé, ni repoussé… Tant pis, on invite quelqu'un d'autre. »
- « Je n'y suis pour rien, » grogna Kojirô qui aurait préféré s'y joindre plutôt que de rester chez lui. « Je ne peux pas, c'est tout ! »
- « Si Kojirô ne peut pas… L'invitation tient-elle toujours ? » demanda Katsuko, un sourire gêné.
- « Quoi ! Tu peux ? » s'écria Ken, étonné mais ravi.
- « J'en ai discuté avec mon frère et c'est possible, finalement, » dit-elle.
- « C'est génial, » s'exclama le gardien. « Yun craignait de se retrouver seule avec nous, elle sera contente que tu viennes. »
- « J'espère, j'espère… »
- « T'inquiète, elle ne fait pas partie du lycée et puis, elle est plutôt sympathique. »
- « Et très mignonne, » rajouta Kazuki.
- « Et très mignonne, en effet. …Alors, Kojirô, tu ne veux vraiment pas changer d'avis ? »
- « Je ne peux pas y aller, je te dis ! » rugit-il, piqué par le regard plein de sous-entendu de Ken.
Le fameux week-end arriva et Kojirô, après que Keiko eût embrassé toute la famille, accompagna sa mère à la gare en lui portant son sac. Elle lui donna mille consignes et recommandations et le somma de l'appeler au moindre souci avant de grimper finalement dans le train et disparaître à l'horizon. Il n'attendit pas vingt minutes avant de retrouver le groupe composé finalement de Ken, Kazuki, Takeshi et sa petite copine, ainsi que Katsuko et son petit frère, Shunji. Chargés de sacs à dos, ils compostèrent chacun leur billet et patientèrent en faisant les présentations leur train. Yun Amashi ressemblait plus à son père, qui venait de Corée du Sud, qu'à sa mère qui, elle, était originaire de Kyushu. Son teint était plus mâte que celui de Katsuko mais légèrement moins que celui de Kojirô et elle dépassait Takeshi de quelques centimètres lorsqu'elle ne mettait pas de talons. Fort heureusement, elle n'en mettait que rarement, préférant des chaussures plates et confortables aux chaussures féminines. Elle possédait sa propre mode et aimait aborder un look « cool et décontracté », comme elle le caractérisait elle-même. Ce qui correspondait plutôt à son caractère.
Pour la première fois, Kojirô vit Katsuko mal à l'aise et légèrement intimidée par le caractère emporté et vif de Yun. Néanmoins, les premiers contacts furent plutôt bons et les deux jeunes filles semblaient pouvoir s'entendre à merveille. Shunji, lui, restait légèrement en retrait, observant le groupe et écoutant les conversations sans réellement avoir sa place dedans. Quand il croisa le regard de Kojirô, il fronça les sourcils.
- « T'es le grand frère à Takeru, non ? » demanda-t-il.
- « Ouais. »
- « J'me disais bien. »
Et il ne dit plus rien jusqu'à l'arrivée du train où il le salua brièvement et monta dans le compartiment à la suite de Yun. Katsuko lui sourit et lui souhaita un bon week-end et disparut à son tour. Ken lui adressa un clin d'œil amusé et un grand sourire, Kazuki exprima à voix haute ses pensées et le train démarra. Cette fois, tout le monde était parti et lui, rentrait chez lui pour retrouver Naoko se disputait avec Mamoru la télécommande. Kojirô s'étonna d'abord que le jeune Hyûga désirât tant regarder la télévision alors qu'il ne s'y attardait jamais longtemps, mais comprit vite lorsque celui-ci clama la légitimité qui lui était dû de voir l'émission sur Napoléon Bonaparte – son professeur lui-même lui en avait parlé ! (Kojirô s'interrogea sur les biens faits d'un tel conseil et se demanda si réellement, à son âge, Mamoru comprenait tout ce qu'il voyait ou lisait.) Sa sœur, elle, tenait à voir l'émission qui parlait des nouvelles tendances grâce à une émission de « Street Style ». Depuis quelques temps déjà, elle s'amourachait de la mode et affirmait à qui voulait bien l'entendre qu'elle deviendrait un jour une styliste reconnue. Kojirô se retrouva donc devant un dilemme. D'un côté, il voulait satisfaire son frère et sa sœur mais d'un autre, il ne pouvait pas non plus trancher. Mamoru ne regardait jamais la télévision et Kojirô était plutôt content de le voir se divertir autrement que dans ses livres. Néanmoins, on ne pouvait pas dire que le programme qu'il envisageait de regarder était prompt au divertissement d'un enfant de son âge. Pour ce qui était de Naoko, il voulait bien lui faire plaisir, d'autant que son émission ne durait pas très longtemps, mais il en avait assez qu'elle lui décrivît en détail toutes les tenues qu'elle voyait, qu'elle critiquât et se moquât, parfois avec une pointe de méchanceté, l'allure des filles bien plus âgées qu'elle, et aimerait qu'elle cessât de parler mode comme s'il s'agissait de l'art le plus beau et intellectuel du monde. Sa sœur devenait une « vraie » fille, comme elle aimait le dire, et il ne voyait pas ça d'un très bon œil. D'autant qu'elle pouvait attendre de voir la rediffusion. Assez vite, cependant, il fit son choix. Son frère remportait le droit de regarder la télévision.
- « C'est pas juste ! » s'écria Naoko, vexée, frustrée, indignée, etc. « La rediffusion se passe en semaine et je serais en cours ! »
- « Tant pis, » grommela Kojirô en haussant les épaules. « Tu peux regarder la vie de Napoléon, elle est intéressante et, au moins, ça te cultivera un peu. »
- « Mais je suis cultivée ! » rugit-elle en haussant la voix, le visage déjà rouge, les yeux sévères. Kojirô déglutit, elle ressemblait beaucoup – trop – à Keiko lorsqu'elle se mettait en colère. « Je ne confonds pas Georgio Armani avec Yves Saint Laurent, moi ! Deux styles pourtant incomparables ! »
- « Grand bien m'en fasse, » bailla Kojirô en s'installant à côté de Mamoru qui râlait d'avoir raté les dix premières minutes.
Naoko lâcha un « Rrrrruh ! » gutturales et sortit de la pièce, le dos droit et la tête haute, faisant claquer la porte avec colère avant de grimper les escaliers de la pointe des pieds et de claquer une nouvelle fois la porte de sa chambre. Kojirô passa la main sur le visage et se gratta le bout du nez en regardant les multiples tableaux représentants le personnage de Napoléon Bonaparte défiler alors qu'une voix grave racontait sa vie comme s'il lisait un roman. Mamoru était absorbé par les images et envoûté par les paroles, alors que déjà, le footballeur se sentait ramolli par l'ennui. Il quitta très vite le canapé et regagna la chambre des deux frères où il retrouva Takeshi qui tentait de se concentrer sur ses devoirs avec peu d'entrain. Néanmoins, il devait le faire : sans quoi, Kojirô ne l'autorisera pas à rejoindre ses amis du basket-ball pour aller fêter l'anniversaire de l'un deux, consigne donnée par sa mère. Voyant qu'il n'avait rien à faire, il regagna sa chambre où il s'attarda sur un magasine de sport en attendant que l'heure tournât.
Et l'heure tournât, en effet, sans que l'ennui ne se dissipât pour autant. Il était alors bientôt midi et Kojirô préparait le repas pour trois d'entre eux. Takeru venait d'être pêché par le père de son ami dans une BMW toute récente qui contenait déjà trois des invités. Serrés comme ils étaient à l'arrière, le buteur s'inquiétait de leur sécurité mais observa bien vite qu'il n'avait rien à craindre : le père du garnement roulait à si petite allure qu'à peine était-il arrivé au bout de la rue et avait allumé son clignotant gauche qu'un klaxon retentissait de mécontentement, le pressant d'accélérer l'allure.
Tandis que Mamoru lui relatait tout ce qu'il retenait de la vie de l'illustre français, Naoko continuait de bouder en décrivant tout ce qu'elle avait sans doute raté. Lassé et vaincu, Kojirô lui promit alors de l'accompagner en ville pour aller faire les magasins – avec la condition de ne rien dépenser du tout -, et sa jeune sœur exulta de joie et de reconnaissance. La seule perspective de passer l'après-midi entouré de vêtements lui faisait oublier le désagrément de son émission manquée. Mamoru, lui, était bien moins enchanté et abandonnant sa narration, déclara qu'il refusait absolument de s'y joindre.
- « Tu as pu voir ton émission et ta sœur, non, » grommela Kojirô qui maudissait décidemment ceux qui avaient créé Napoléon et la mode. « Alors tu viendras avec nous et pas de discussion ! »
- « Je veux pas aller dans ces boutiques ! » s'énerva-t-il. « Y a rien à faire, c'est que pour les filles ! »
- « Si tu veux, on peut également faire un tour dans les rayons pour homme, » proposa Naoko avec avidité. « Moi, ça ne me dérange pas ! Au contraire, je t'apprendrai à t'habiller et tu me feras moins honte quand on sort ! Je pourrais également t'aider, Aniki… »
- « Hors de question ! » s'écrièrent-ils d'une même voix.
Naoko haussa les épaules et s'installa à table, bientôt suivie de Kojirô et Mamoru. Le repas terminé, ils attendirent que leur sœur terminât de s'habiller – « Tu aurais très bien pu sortir telle quelle ! » lui avait dit Kojirô, ce par quoi elle avait aussitôt répondu : « T'es fou ! Ce serait la mort si on me voyait porter les mêmes habits qu'à la maison… - Et alors ? Personne ne sait que tu les as porté chez toi… - Quand bien même ! » Kojirô leva les yeux et s'installa sur son canapé en allumant la télévision. Ils en avaient encore pour un quart d'heure. À peine quatorze ans, et la voilà qui débordait de manières et d'obligations dont certaines filles s'entouraient. Il ne pourrait jamais comprendre ça… Son petit frère non plus, d'ailleurs.
Sa sœur n'était pas dans le même collège que Takeru, elle faisait le trajet seule tous les jours et s'était rendue indépendante d'eux. Ainsi, elle ne s'était jamais masculinisée, bien le contraire, on pourrait penser que cela la poussait à se rendre plus féminine encore.
Ce fut un enfer, un calvaire, un martyre, en somme, une abominable erreur. Non seulement, ils passèrent des heures dans de multiples magasins de fringues, mais en plus, Naoko voulait essayer toutes les paires de chaussures à sa taille – qui lui plaisaient ou non ; « Je ne saurais si elles me déplaisent réellement qu'une fois à mes pieds ! » - ainsi que des magasins d'accessoires et de bijouteries. Jamais Kojirô n'était resté debout sans rien faire, avançant lentement entre les rayons, entre chaque pile de vêtements, attendre devant les vestiaires, porter son frère qui, du coup, s'était endormi, traverser la rue pour joindre une autre boutique… L'après-midi s'éternisa tellement qu'ils rentrèrent chez eux et retrouvèrent la BMW qui avait amené Takeru à la fête. Celui-ci sortit de la voiture et déclara avoir attendu des heures entières. Kojirô s'excusa auprès du père et rentra chez lui en soupirant. Néanmoins, une fois chez lui, il fallait encore qu'il préparât le dîner.
Il ne se reposa qu'après avoir regardé la télévision avec Naoko, pendant que ses deux frères s'endormaient dans leur chambre commune. Une fois dans sa piaule, Kojirô se laissa tomber sur son lit. Finalement, la journée était passée plus vite qu'il ne l'espérait. Il ne manquait plus qu'à occuper son dimanche.
En réalité, son week-end se déroula bien mieux qu'il ne le pensait. S'occuper de ses trois petits frères et sœur lui prenait tout son temps. Il les aidait dans leurs devoirs, leur donner des conseils, aller jouer avec eux au football dans le parc non loin de sa maison – même Naoko accepta de s'y joindre -, sans compter qu'il devait lui-même terminer son travail scolaire.
Sa mère rentrait le soir suivant, aussi il dût se lever très tôt le lendemain pour aller amener Takeru à son collège, puis Mamoru à son école. Il arriva au lycée pile poil au moment où la cloche sonnait et rejoignit sa classe rapidement. Il s'avança et retrouva Ken, Katsuko et Kazuki en pleine discussion.
- « Hé, salut ! »
- « Bonjour Kojirô. »
- « Salut. »
- « Franchement, tu as raté the week-end ! » s'exclama Ken. « C'était super cool ! »
- « Ah, » ronchonna Kojirô.
On ne pouvait pas dire que son week-end à lui avait été des plus « cool » ni des plus reposants, non plus. Il écouta néanmoins les deux garçons narrer leurs deux journées de vagabondage, d'expériences étranges, de soirée festive… et quelques péripéties. Katsuko, plus réservée, participait à l'échange avec le sourire mais plus d'attention. Alors que les deux autres cherchaient à étayer sa jalousie, elle se contentait de dire qu'elle avait passé du bon temps.
- « Hé, Katsuko ! »
Le quatuor de première convergeait vers la sortie lorsque quelqu'un appela la déléguée. Encore une fois, il s'agissait du Président du Conseil. Katsuko lui parla pendant un bref instant, revînt vers eux pour s'excuser et les quitta en se joignant à lui.
- « Hé ! Ils ne sortiraient pas ensemble, ceux-là ? » demanda Kazuki.
- « Pas que je sache en tout cas, » douta Ken, haussant les épaules. « Mais t'as raison, c'est louche ! »
- « Elle n'a pourtant rien dit à ce sujet, ce week-end… » continua Kazuki.
- « Ça, c'est bien un point que je n'arrive pas encore à cerner chez elle, » avoua Ken. « Difficile à déterminer comment elle considère les gens. Elle est trop aimable avec tout le monde… J'aurais pensé que ça changerait après ce qui s'est passé. »
- « Ben, tu t'es bien planté ! À part qu'elle a l'air un peu « libérée » et plus abordable, elle a pas changé d'un pouce, pas vrai Koji ? »
- « … »
- « Hé, on te cause ! »
- « Hein ? De quoi ? »
Kojirô passa la main sur son front, il avait l'impression d'avoir sauté dans le temps et bien sûr, n'avait rien entendu de ce qu'avaient dit ses coéquipiers. Il soupira, mécontent. Quelque chose le taraudait et la conversation qu'ils reprirent n'était pas pour arranger son humeur. En grommelant, il les dépassa et partit se changer en vitesse avant de rejoindre le terrain et se concentrer sur son entraînement.
Le physique l'emportait toujours sur l'esprit, l'exercice lui permit de se défouler et de se détendre après un week-end à s'occuper de ses petits frères et sœur. Et il y avait… Il tira… raté. Zut ! Il ne devrait pas laisser ses pensées reprendre le dessus. En rageant, il se remit en place. Une séance de tirs au but lui permettait généralement de faire le point, d'annihiler ses soucis. Prise d'élans… Lui et elle, ensemble ?... Poteau.
- « Et merde ! »
- « Et alors, Kojirô ! Tu rêves ou quoi ? » gronda le coach. « Sois plus concentré, détends-toi et tire avec justesse ! La force n'est rien si tu le plantes à côté ! »
Il essaya une autre fois avec un bref succès. Cependant, la médiocrité que son but lui inspirait ne satisfaisait ni lui ni même l'entraîneur qui ne manqua pas de le lui faire remarquer. Il fut consigné à quelques tours de terrain supplémentaires « pour se remettre les idées en place » et réitéra l'exercice jusqu'à ce qu'il obtînt le bon résultat. Cela fonctionna, Kojirô ne pensait plus ; il agissait et reprenait son niveau habituel, au grand soulagement de tous. Personne n'avait été en reste : exercices intensifs et redressements en tout genre furent ordonnés à tous. Aussi, quand l'entraînement arriva à sa fin, les joueurs rejoignirent les vestiaires avec soulagement.
- « Aaah ! C'était quoi, ça ? » se plaignit Ken en s'affaissant sur l'un des bancs, son t-shirt à la main, s'épouvantant de l'autre. « J'ai bien cru que c'en finirait jamais ! »
- « Tu parles ! On a bien dû faire mille bornes en une heure ! » gémit Takeshi en se tenant les mollets.
- « Et on se demande à cause de qui, hein ! »
Des regards chargés d'accusations se tournèrent vers Kojirô qui, pour toute réponse, les fusilla sur place. Il prit une douche, se vêtit et sortit en claquant la porte. Tout cela ne tournait pas rond. Rentrer chez lui n'était pas réellement une excellente idée, il décida donc de faire des détours et s'attarda dans les rues de la périphérie de Tôkyô aussi longtemps qu'il pût.
Il décida finalement de rentrer chez lui quand il passa devant une petite supérette. Une annonce placardée sur la vitrine l'intéressa et il y jeta un coup d'œil. Il s'agissait d'une offre d'emploi à mi-temps et payé convenablement – même si l'on pouvait rêver plus. Après avoir reçu la bourse pour entrer à la Tôhô, la famille Hyûga avait déménagé de façon à être plus proche du lycée, Kojirô avait donc arrêté momentanément de travailler. Il reprenait toujours un job pendant les vacances bien payé dans l'entreprise d'un des amis de la famille. Cela faisait quelques temps qu'il y repensait mais il ne s'était jamais vraiment décidé à reprendre un travail pour l'année scolaire. En voyant cette affiche, il l'envisagea plus sérieusement.
La porte coulissa alors qu'il entra à l'intérieur. Il découvrit alors à la gauche de l'entrée, non loin des caisses, un petit coin qui faisait office de glacier mais également de pâtisserie et de boulangerie. Il s'avança vers les caisses.
- « Excusez-moi, où dois-je m'adresser pour poser ma candidature pour le boulot proposé ? » demanda-t-il.
- « À moi directement, » répondit la jeune femme qui portait des lunettes aussi rondes que celles de Woody Allen, et un sourire chevalin. « Il me faudrait juste ton curriculum vitae et tes horaires libres... J'imagine que tu es encore étudiant ? »
- « Oui, c'est ça, je suis au lycée Tôhô, » indiqua-t-il d'un signe de tête poli. « J'ai un CV sur moi. »
Il tira de son sac une feuille légèrement froissée et la regarda embêté. Même s'il n'avait pas prévu de postuler directement mais il avait toujours sur lui un exemplaire de son CV, réalisé et imprimé chez Ken. Il s'excusa et voulut revenir plus tard mais elle l'arrêta. Elle prit le document, le parcourut et inclina la tête.
- « Tu sembles avoir beaucoup d'expériences derrière toi et pourtant tu es très jeune, » commenta-t-elle. Elle prit une pause. « J'aimerais te proposer de passer une période d'essai. »
- « De combien ? » demanda Kojirô.
- « D'un mois. Rémunéré, bien sûr. Nous sommes en pénurie d'employés ces temps-ci, il me faut absolument trouver quelqu'un. »
Il ne dit rien, remarquant à son tour qu'elle paraissait bien jeune pour être elle-même la patronne de la supérette, aussi modeste fût-elle.
- « Excusez-moi, » reprit-il. « Qui est votre patron ? »
- « J'étais certaine que tu allais me le demander, » dit-elle avec un sourire. « Tu l'as quasiment devant toi. Je m'appelle Yoko Bayato, mon père est le patron mais je suis celle qui fournit tout le travail administratif et, comme tu peux le voir, qui remplit également le rôle d'employée ! »
Encore une fois, Kojirô ne parla pas, incertain d'avoir son mot à dire. Il trouvait ça quelque peu précipité qu'elle l'acceptât si facilement et, surtout, si rapidement, mais n'allait certainement pas rechigné.
- « Tu commenceras dès la semaine prochaine, ok ? » continua-t-elle. « Ah, et il me faut toujours tes horaires de disponibilité. Voyons ça ensemble, tu veux bien ? »
Et avant même qu'il ne pût protester, elle lui fourra du papier et un stylo dans les mains.
Le lendemain, Kojirô se rendait au lycée quand il aperçut la silhouette de Katsuko se dégageait de la petite ruelle dans laquelle il l'avait déjà vue disparaître plusieurs fois. Quand elle le vit, elle lui sourit néanmoins avec sympathie et le salua chaleureusement. Il remarqua alors qu'il ne savait pas comment il devait l'appeler. Il ne se souvint pas d'avoir utilisé ne serait-ce que son nom de famille dans une discussion et encore moins avec elle, alors que Ken utilisait clairement son prénom. Devait-il en faire de même ? Pourtant peu souciant de se genre de détails, Kojirô remarqua qu'il n'arrivait pas à se décider. Sans parler de la gêne de l'appeler de façon peut-être trop familière au goût de la jeune fille, il ressentait une certaine appréhension. En clair, cela montrait l'évolution de leur relation qui, jusque là, n'avait jamais été très productive, se balançant entre une amitié fragile et quelque chose de non défini, d'incertain. Cela faisait étrange de l'appeler Katsuko, parce que cela faisait déjà un an qu'il l'entendait nommée Kamya. C'était étrange de passer d'une habitude à l'autre.
- « Dis-moi, Kojirô, Ken m'a dit que tu avais l'habitude de travailler en plus du lycée, est-ce que ce n'est pas pesant sur ton temps libre en plus du football ? » demanda-t-elle en le regardant.
Son sourire, plus franc et sincère qu'à l'usure, lui fit réaliser à quel point les choses allaient changer. Que tout, enfin, s'apprêter à fonctionner de nouveau et que l'habitude reviendrait très vite. À ses côtés, se tenaient la nouvelle Katsuko. Celle qu'il commençait à entrevoir comme une bonne amie, unique en son genre.
