Chapitre 10 : Retour et épilogue
Un chalet, dans les montagnes, 26 décembre 2008
Ca me fait un drôle d'effet de réécrire dans les pages de ce journal alors que je croyais ça impossible. C'est vrai, comment pouvais-je penser ou même espérer sortir de l'enfer un jour ? Et pourtant, c'est arrivé, Sam m'a sauvé…
Nous vivons dans les montagnes depuis presque quatre mois maintenant et le temps est une chose tellement relative ici qu'on la remarque à peine. Seul le soleil nous indique le temps qui passe. Je me demande vraiment ce qui me serait arrivé à mon retour si Sam ne s'était pas aussi bien occupé de moi. Il a vraiment été magnifique et je ne crois pas que je pourrai assez l'en remercier un jour.
Quand je suis revenu de…là-bas, je dois avouer que je ne réalisai pas ce qui m'arrivait. Le premier jour a été fantastique et dénué de souvenirs, c'est vrai mais j'aurai aimé que ça dure plus longtemps. Quand je me souviens de ce que j'ai vécu là-bas, j'en ai encore la chair de poule et les yeux humides tellement j'ai l'angoisse omniprésente d'y retourner. Mais ce n'est rien à côté des crises que j'ai fait les jours suivants mon retour. J'imagine facilement de ce que tu as dû vivre Sammy auprès de moi, essayant de me rassurer au mieux sans pourtant y parvenir pendant que je m'enfermais dans mes souffrances et mes souvenirs douloureux.
Mais tu sais, je crois que je n'étais plus vraiment moi-même durant ces jours-ci et je ne comprenais pas comment on ne pouvait pas s'affoler de la situation qui me paraissait totalement désespérée, croyant sans cesse que des démons allaient débarquer pour m'emporter à nouveau en…là-bas quoi.
Si tu savais ce que j'ai vécu durant ces quatre mois, Sammy, si tu savais…d'abord jamais je n'aurai cru qu'il ne s'était passé que quelques mois mais plutôt des vingtaines d'années. Dès l'instant où mon âme y est arrivée, j'ai cru y être depuis des jours, et même des semaines. Mes appels au secours et ton nom que je criais sans cesse n'avaient absolument aucun effet et faisaient plutôt plaisir aux démons qui me torturaient qu'autre chose. Au tout début, je n'eus que les instruments qui me torturaient tels que les chaînes en travers de mon corps, cette suffocation continuelle et l'impression qu'on m'arrachait les entrailles à chaque instant. Mais ensuite vinrent les démons qui purent savourer de me torturer alors que j'étais déjà complètement anéanti et sans espoir, je dois l'avouer. Ils me faisaient sans arrêt croire que toi aussi tu étais mort et que tu viendrais me torturer à ton tour ou alors que je te verrai soudain à côté de moi, en proie à des tortures encore pires que les miennes. Je me demande encore franchement comment les tortures auraient pu être pires…mais bref, passons…
De toute façon, je ne croyais pas un traitre mot de ce qu'ils disaient et même si parfois, un doute faisait jour dans mon esprit et qu'ils l'exploitaient à envie, le voyant nettement, je savais que tu étais toujours en vie et que si tu étais mort, en train d'être torturé ou devenu un démon comme les démons le prétendaient, je t'aurai vu depuis longtemps. Le seul espoir que je pouvais avoir était que tu sois en vie, en forme, aidé de Bobby et peut-être d'Ellen et j'espérais vraiment que tu anéantisses le plus de démons possible, même si pour ça, je devrais en payer le prix quand ils arriveraient pour me faire payer leur envoi là-bas.
Alors qu'ils me torturaient, je ressentais aussi les autres âmes damnées des lieux, je crois qu'on est tous connectés pour tous souffrir en symphonie. Je ne les voyais pas, comme si j'étais seul mais la sensation est pire que la vision, elle vous transperce de l'intérieur. J'ai donc senti la présence de Bela et ses souffrances. Pour la peine et sachant qu'elle était logée à la même enseigne que moi, j'ai même eu pitié d'elle et je crois qu'elle aussi quand on s'est reconnu mutuellement… Comme quoi, l'animosité sur terre peut vraiment subir une mutation une fois qu'on est dans le même malheur et la même souffrance.
Heureusement, je n'ai reconnu personne d'autre et surtout pas Papa, grâce à Dieu…
Quand j'y étais, ils me faisaient revivre sans cesse les pires moments de mon existence, que ce soit la mort de Maman, celle de Papa, la tienne, ton départ pour la fac, les colères de Papa, mes erreurs durant mes chasses, ta possession par Meg, les exigences de Papa pour te tuer si je ne parvenais pas à te sauver et toutes les douleurs physiques et morales que j'avais pu endurer durant mon existence. Je revis aussi quelque chose dont je ne m'étais jamais souvenu et que j'eus la surprise de voir : mon esprit en-dehors de mon corps durant mon coma, juste avant la mort de Papa. Pour une fois, je dois avouer que ça m'intéressait et que j'étais content de voir ça, même si la joie a été de courte durée quand j'ai vu qu'Azazel avait possédé la faucheuse venue me chercher et que c'était en partie grâce à lui directement que je m'étais réveillé. Là, je dois dire que ça m'a porté un coup imprévu et amplifié par l'endroit et les démons, je ne te dis pas l'intensité de la douleur. C'est étrange que je ne me souvenus de rien quand je m'étais réveillé de mon coma mais c'est certainement le cas quand on a subi un tel traumatisme.
Jamais je ne pourrai te décrire toutes les souffrances que j'ai endurées là-bas, il y en a tellement que je ne pourrais pas toutes les dire sans me faire souffrir en même temps et à quoi cela servirait ? A rien, à seulement faire en sorte de m'enfermer dans le passé et à ne pas vivre cette nouvelle vie que j'ai la chance de vivre grâce à toi. Pourtant, il a fallu que je t'en confie une petite partie quand tu as voulu m'aider à notre arrivée dans ce chalet. Je sais que c'était la seule solution pour essayer de me sortir de cet après-enfer mais quand même, Sammy, ça a été très dur… Au moins tu en as connu une partie et tu as compris pourquoi je me mettais dans des états pareils. La chaleur et l'amour fraternel que tu m'as offert alors durant tous ces mois que nous avons passé ici m'ont réellement aidé à surmonter mon chagrin, mes souffrances et ma peur inconditionnelle d'y retourner. Tu as été le meilleur frère qui puisse exister au monde, Sammy et je m'en suis facilement rendu compte par cet amour chaleureux que tu m'as offert, sans jamais penser à toi, me secourant à chaque heure, à chaque minute où j'avais besoin de réconfort, de paix et d'amour. Tu m'as soigné comme jamais je n'aurai été capable de le faire pour toi, tu étais d'une patience d'ange face à mes craintes et même à mes colères soudaines. Grâce à toi, j'ai pu revenir de l'en…oui, je dois le dire pour me débarrasser de ce poids… donc grâce à toi je suis revenu de l'enfer et encore grâce à toi, j'ai pu reprendre une vie normale malgré tous les souvenirs infernaux qui me pourrissaient l'esprit.
Mais je crois qu'avoir lu mon journal pendant mon absence a dû t'aider encore mieux à me comprendre et à savoir ce que je ressentais. Ainsi, tu es presqu'entré dans ma tête et dans mon cœur par ce journal, et tu as trouvé les armes qu'il fallait pour m'aider à me sortir du trou béant dans lequel je plongeais plus profondément chaque jour. Moi qui avais honte souvent d'écrire un journal, j'avoue que maintenant je suis content de l'avoir fait, car je sais que ça t'a aidé pour me soigner. C'est ainsi que j'ai vu que tu avais lu mon journal et que toi aussi tu y avais ajouté quelques lignes. Je n'ai pas pu m'empêcher de les lire, Sammy, désolé, mais j'ai eu cette curiosité que toi-même, tu as connue même si je n'avais pas l'excuse de ne plus t'avoir à mes côtés. Mais puisque tu ne voulais pas parler de ce que tu avais vécu et ressenti lors de mon absence, j'ai dû prendre le taureau par les cornes et le savoir de mes propres yeux. Je suis vraiment navré, Sammy pour toute cette peine et cette souffrance que ma mort t'a fait endurer… Je savais que tu serais désespéré bien sûr mais pas autant…
Quant à Stanford, je comprends mieux pourquoi aujourd'hui les raisons de ton changement de téléphone et je t'excuse entièrement, Sam, et je dois t'avouer que ça m'ôte un poids sur le cœur que j'avais gardé depuis cette époque. Non que je t'en voulais encore, ne crois pas ça mais disons que j'avais gardé une certaine rancœur impossible à dissiper faute d'explications et n'osant pas t'en parler ouvertement.
Apparemment, ce journal a accompli plusieurs miracles, comme quoi, c'est toujours utile. Maintenant que tu sais ce que j'ai vécu et ressenti depuis mon enfance et que je sais aussi ce qu'il en a été pour toi durant mon absence, je crois que notre communication va être beaucoup plus facile et que nous n'aurons plus besoin de ce journal comme intermédiaire. C'est dingue qu'il ait fallu attendre autant d'années pour apprendre à communiquer réellement et sans secrets mais pourtant, c'est ainsi. Le principal est que nous puissions le faire maintenant et qu'il n'est pas trop tard.
Je sais très bien que je ne serai jamais probablement comme avant mais le passé est le passé, Sammy et même si je suis désolé de ne plus être le même, j'essaie d'être le frère que tu as toujours aimé, c'est ça l'essentiel. Je reprends le dessus, petit à petit et je me sens pratiquement guéri de toutes mes blessures infernales passées. Ne t'en fais pas, p'tit frère, tu ne verras pratiquement plus la différence dans quelques semaines ou quelques mois maximum et ces quatre mois n'appartiendront plus qu'à un passé qu'on devra oublier.
Hier, c'était Noël…un Noël que je n'aurai jamais cru fêter, croyant que celui de l'an passé avait été le dernier, même s'il fut chaotique, sanglant mais très à mon goût à la fin. Sammy l'a organisé d'une façon magistrale, encore mieux que la dernière fois. Il est même allé chercher un sapin dans la forêt d'à-côté pour y accrocher ensuite des petites ampoules et des guirlandes d'un magasin du village à dix kilomètres de notre chalet. J'ai été étonné quand il m'a offert des cadeaux et encore plus quand j'ai découvert un nouveau blouson en cuir et un revolver flambant neuf. J'étais vraiment fou de joie et j'avoue avoir réussi à sourire depuis la première fois depuis mon retour, enfin depuis que j'avais commencé à me souvenir. La joie, le soulagement et l'émotion intense dans tes yeux ont été les plus cadeaux pour moi tellement j'étais heureux de te voir aussi heureux.
Mais tu n'avais pas pensé que je pourrai t'offrir moi aussi un cadeau, n'ayant pas sorti de l'enceinte du chalet depuis notre arrivée. Heureusement que j'ai Bobby et qu'il a pu me fournir ce dont je rêvais pour toi depuis longtemps, un cadeau qui me tenait à cœur : une voiture de sport totalement neuve et équipée des dernières nouveautés. Quand tu l'as vue, je crois que tu es bien resté bouche bée combien…dix minutes ? J'avais l'impression de voir un enfant devant son nouveau jouet tellement tu as paru impressionné et ravi. Ce cadeau que je voulais te faire depuis qu'on était tout gosses, j'ai enfin pu te le faire, Sammy et j'avoue que j'en suis très heureux. Tu as tellement fait pour moi durant toutes ces années et surtout depuis ces derniers mois que tu méritais que je t'offre la terre entière mais je n'ai trouvé qu'une voiture, c'était plus raisonnable et que tu n'aurais peut-être pas accepté d'être le dirigeant de la planète. Je sais que les voitures ne sont pas ton domaine de prédilection mais je sentais que tu en avais besoin tout au fond de toi et qu'être sans arrêt à la place passager de mon bébé ne te satisfaisait plus, même quand tu la conduisais, tu sentais qu'elle ne t'appartenait pas.
Et puis, comme ça, c'est plus pratique. Nous avons maintenant deux voitures pour deux frères, deux chasseurs qui vont très bientôt sortir de leur retraite pour venir botter le c à tous les s de démons et de créatures démoniaques qui se mettront sur notre route. Toujours partant ?
THE END
(tu crois qu'il faut un générique de fin, Sammy ? Bon, si tu veux…)
STARRING
Dean Winchester (c'est mouaaa, le dieu vivant…)
Sam Winchester (l'autre taré à côté de moi)
John Winchester (Papa, ne sois pas trouillard, viens…)
Mary Winchester (où que tu sois, on t'aime Maman)
Jessica Moore (Jess, repose en paix mon amour)
Bobby Singer (allez, amène-toi, ne sois pas modeste)
La Metallicar Chevrolet Impala 1967 (allez viens ronronner près de moi…)
Azazel (ou le YED, toi, va te faire foutre)
Tous les démons rencontrés au cours de nos chasses (gardez bien au chaud vos derrières en enfer, sinon on vous y renvoie illico presto)
Et nous, Dean et Sam Winchester, saluons tous les lecteurs de ce journal s'il venait à tomber entre vos mains. Si c'est le cas, c'est qu'on s'est fait soit arrêté, soit enlever ou pire. Si c'est le cas et que nous sommes ad patrem, merci d'envoyer ce journal à Bobby Singer, à Sioux Falls dans le Dakota du Sud. S'il est malheureusement aussi ad patrem, eh bien…faites en sorte que ce journal ne soit pas diffusé un peu partout, dans la presse ou les médias, nous ne souhaitons pas que le monde démoniaque soit connu du public, ce serait l'affolement général. Alors si vous êtes quelqu'un d'honnête et de prudent, gardez-le ou mettez-le en sécurité, là où personne ne pourra le lire et connaître ce que nous avons vécu.
Bien sûr, si nous sommes toujours en vie, vous avez plutôt intérêt à nous le remettre quand on viendra le chercher sinon…je crois que nos armes seront suffisantes pour vous montrer de quoi on est capable…à part si vous voulez qu'on appelle un méchant petit démon ou esprit pour qu'il vous persuade totalement.
Si vous êtes un démon, sachez qu'un exorcisme était caché en travers de ces lignes grâce à un sort et que si vous avez lu, ne serait-ce qu'une ligne de ce journal, vous avez dû commencer à sérieusement étouffer et que vous devez en ce moment partir déjà en enfer…désolé, mon vieux, il ne fallait pas nous voler notre journal.
Sur ce, salut cher lecteur et restez sur vos gardes, le monde surnaturel peut s'ouvrir à vous d'un instant à l'autre, restez vigilent.
