AVERTISSEMENT : Ce chapitre contient des passages émotionnellement, psychologiquement, et physiquement sensibles pouvant choquer les âmes les plus sensibles ou les plus jeunes(-16). L'auteur insiste sur le fait que l'intérêt de ces scènes n'est en rien du voyeurisme malsain, mais une intention de déstabiliser le lecteur. Si vous êtes peu à l'aise avec des sujets sensibles, je suis désolé.
Bonne lecture.

CHAPITRE 10 : La Faille du royaume d'Hadès
PDV Percy/Piper.

C'est assez dur à l'atterrissage, un vol d'ombres. Surtout quand le sol se trouve à l'intérieur même des Enfers. Un air un peu saturé remplissait mes poumons plus engourdis que mes muscles. J'avais à peu près l'impression de peser une tonne quinze, mais ce ne fut pas moi le premier à chuter...ce fut Nico. Qui semblait peser trois fois mon poids.

-Hey ! dis-je un peu stupidement sur le coup de la surprise.

J'étais tombée comme un poids lourd sur l'asphalte. Comme à peu près tout le monde, le froid me mordait sauvagement la peau comme un bout de viande crue. À mes côtés se tenaient un Percy et un Jason encore sous le choc du double voyage, une Hazel à moitié endormie et un Franck avec une envie de vomir. Heureusement qu'on était à jeun avant de partir. En entendant Percy parler, je fus la première à me relever en boîtant tout de même légèrement.

-D-désolé les gars...je crois que je n'y suis pas encore habitué...

Je m'éloignais rapidement du groupe quasi-immédiatement. C'était l'inverse de ce que je faisais d'habitude mais...en ce moment l'isolement me sied bien mieux que le rassemblement. J'avais peut-être un peu froid en m'éloignant des autres mais au moins j'évitais de les brûler avec mon instabilité. Je regardais au loin ce qu'il se passait. Par « loin », j'entendais le « ciel »...et des craquements.
Le ciel était zébré de noir ardoise et de rouge sang.

C'était franchement stupéfiant à voir, on aurait dit qu'une parcelle de ciel allait se détacher et tous nous écraser sous son poids. Délicieux scénario, je vous l'accorde. À quelques pas de là, Piper semblait regarder longuement les craquelures du ciel, les bras croisés et serrés contre son torse. Pour être honnête, je m'inquiète vraiment pour elle depuis quelques temps. Elle s'absentait assez souvent de nos discussions et plusieurs fois elle arborait un visage de croque-mort, même si elle n'avait plus assez d'appétit pour une simple bouchée. Annabeth avait devinée qu'elle faisait probablement face à une dépression sans pouvoir dire vraiment pourquoi. Une pensée vint me secouer le crâne : Annabeth m'avait avoué qu'il s'était passé « quelque chose » entre elles sans plus. Malgré mes efforts...elle ne semblait pas pouvoir en décrocher un mot. Mais bref, j'aurais l'occasion de lui en parler plus tard, il fallait se reconcentrer sur la quête.

-C'n'est rien Nico...t'as assuré, grognais-je en me relevant. Les gars ! Levez-vous !

-On est réveillés mec...arrête de taper dans tes mains...ça résonne, dit Jason en se levant difficilement.

Franck et Hazel de dirent rien tandis que Jason me prêtait main-forte pour soulever Nico et le soutenir. Le pauvre, il avait épuisé plus de forces que prévues. Son visage était blême -autrement dit, familier- et tout son corps semblait fumer. Heureusement, sa chair ne se consumait pas comme du tabac. Chacun d'entre nous prirent le temps de se situer dans l'espace, qui m'était un peu trop connu à mon goût, et de se ressaisir du voyage. J'avais cette même appréhension, ce même effroi que lors de ma première descente lors de mes douze ans. Pour être honnête, j'avais peur de ce qui pouvait arriver.

-On est d-dans les Enfers ? demanda Franck d'une voix livide

-On n'est même pas très loin des Asphodèles, soupira Hazel d'un ton tendu, j'ai cette sensation de...déjà vu.

Nico se détacha alors de moi et de Jason en fixant longuement sa demi-sœur. Il soupira. Soudainement, je sentis un grand froid courir le long de mos dos. Un froid à solidifier le sang et à corrompre les esprits. Le ciel grondait, la terre tremblait et mes dents claquaient. Le froid me faisait figer sur place, m'effrayait, me chuchotait des mots d'amour. En parlant d'amour...Piper ne revenait pas.

Rester là où j'étais à observer le ciel semblait plutôt ironique voire stupide, mais au fond je m'en moquais. J'avais même pu remarquer que les craquelures étaient plus concentrées à un certain point. Instinctivement, je sus que c'était notre but. La faille. Une boule se formait dans mon estomac, à la fois d'appréhension et de soulagement. Cela faisait des mois qu'on entendait parler. Que des demi-dieux s'en allaient. Qu'on était effrayés. La boule ressemblait à celle que j'avais lors de notre arrivée à Athènes il y a une éternité de cela.

Je sentis une main se poser sur mon épaule. C'était celle de Jason.

-Viens Piper. On y est presque.

Je soupirais en enlevant sa main de mon épaule de manière nonchalante. Pour être sincère...je sais que je suis méchante avec lui. Il avait essayé de changer au cours des derniers mois, mais à chaque fois que je le voyais il y avait cette étrange impression de toc et cette boule amère dans ma gorge. La rancœur serrait mes poings, mon cœur avait déjà un étau autour de lui. Il n'était plus le Grand Jason Grace qu'on avait connu à une époque. Ce n'était plus le modèle pour enfant que chacun aimerait être. Ses faiblesses étaient plus visibles, ses émotions moins contrôlées...bref, j'avais l'impression qu'au fond...il devenait un homme. Et, malgré ça...je pense que j'aurais pu de nouveau l'aimer.
J'aurais pu.

Je me redirigeais donc vers le groupe, sans lancer quelque regard à Jason, où Nico semblait se remettre d'aplomb.

-Bon, entamais-je d'une voix presque neutre, on fait quoi maintenant ?

-On fait comme on a dit, lança Percy, on se sépare et on fouille un peu partout pour trouver la faille.

Tout le monde se claqua le visage.

-Percy...rassure-moi...tu as bien écouté le plan, n'est-ce pas ..?

Bon, ok, je dois l'avouer : j'ai un peu somnolé durant le brainstorming. Mais ce n'est pas ma faute ! Trois heures trente d'affilée à partir de minuit, ça n'aide pas vraiment...heureusement qu'Annabeth n'était pas là. Elle m'aurait étranglée.

Dommage qu'Annabeth ne soit pas là. Ça aurait été marrant à voir. Qu'à cela ne tienne, je me contentais de grogner légèrement en attendant que quelqu'un reprenne la parole de façon plus censée.

-On reprends le plan d'Annabeth, commença Nico en me fixant. On forme chacun trois duos, et on se sépare au fur-et-à-mesure lors de l'avancée. Le but est d'abord d'observer et relever, on devrait éviter de tenter des trucs idiots. N'est-ce pas...

-J'ai compris Nico, soupira Percy. Mais tu sais comment on fait pour se repérer dans le temps ?

Nico semblait un peu...perplexe. Il avait l'air même trop déstabilisé par la question de Percy pour que la réponse soit optimiste.

-Je ne sais pas Percy...le temps est devenu comme...incalculable ici. Si cela se trouve ça ne fait qu'une seconde dans le monde réel qu'on est parti comme cela peut déjà faire deux mois.

Cette pensée noua les estomacs d'un peu tout le monde. L'idée me faisait énormément penser au Casino Lotus où Nico avait été enfermé pendant des années avec sa sœur Bianca, et qui avait failli nous faire rater notre première quête. Et, bizarrement, je n'étais pas vraiment nostalgique de cet épisode-là.

-M-mais, comment est-ce qu'Annabeth va faire pour nous retrouver alors ?

-Franchement, je n'en ai pas la moindre idée, dit Nico en haussant des épaules.

-Telle qu'on la connaît, elle a dû prévoir quelque chose. Bref. Je ne sais pas précisément ce qui nous attends mais je crois qu'on devrait aller...par là.

Piper pointa du doigt une zone du ciel où les craquelures semblaient plus intenses que nulle part autre. Ça annonçait que du bon cette histoire, n'est-ce pas ? Nous nous jetions tous des regards à la fois entendus et inquiets. Nous ne savions pas ce qui pouvait nous arriver et personne ne pouvait réellement le prédire pour être honnête. Percy semblait être le plus détendu d'entre nous tous, alors que j'étais sans doute celle qui avait le plus peur. Des voix étranges sonnaient dans ma tête. Des sortes de sifflements de serpents stridents et surtout froids. On aurait pu facilement les confondre avec les chuchotements malsains d'un psychopathe dont on était la proie, du grand félin qui montrait ses dents à la petite souris qu'il tenait entre deux pâtes et le bout d'une griffe. Vous ne voulez vraiment pas savoir ce que vous pourriez entendre. En fait, le félin c'était comme le résultat de l'accouplement entre deux entités opposées et proches. La séduction contre et avec la destruction. Aphrodite et Arès...ouais...c'était comme si Deimos me chuchotait à l'oreille

-Vous entendez les gars ? demanda Percy contre toute attente, attirant les regards vers lui.

-Entendre quoi Perce ? me demanda Jason en haussant un sourcil.

-Ben...la...bref. Laissez tomber les mecs, j'ai dû délirer.

J'échangeais immédiatement un regard avec lui. Les yeux de Piper semblaient briller dans le noir, pas vraiment de pure beauté mais d'un grand effroi. Il ne semblait pas comprendre, j'intensifiais mon regard. Peu importe si les autres le voyaient. Il me fallut un peu de temps pour comprendre, mais je saisis enfin son message. Je n'avais pas déliré, elle avait entendu ces bruits elle aussi. Au vu du visage qu'il tire, je crois qu'il a compris. Après quelques secondes d'échange silencieux, Percy dit enfin à haute voix :

-J'vais me mettre en duo avec Piper je crois.

La plupart des regards se tournèrent de nouveau vers moi, mais cette fois ils alternaient entre leur point de départ et Piper. Je ne compris pas vraiment pourquoi, il n'y avait rien qui pouvait être suspect, n'est-ce pas ? Je n'ai parlé de "vous savez quoi" à personne. Alors, pourquoi autant de regards dubitatifs ?

-T'es sûr Percy ? me demanda Nico, l'air tendu. Vous ne risquez pas de vous perdre, toi et Piper ?

-Ça peut être risqué tu sais mec, intervint ensuite Jason en me regardant, t'es sûr de vouloir prendre le risque ?

La situation était cocasse à vrai-dire, j'aurais peut-être même pu en rire si je n'avais pas ces murmures qui figeaient mes cordes vocales. Je savais que Jason disait ça juste pour faire genre, pour se redonner l'image du leader attentionné et soucieux envers ses compagnons. Il avait plus l'air d'un clown que d'un dompteur de lions, et ce n'était pas un peu de peinture qui allait cacher les fissures de son masque. Deviens un homme, Jason. Arrête de faire semblant, assume que tu as juste peur, que t'es juste jaloux, que tu aurais préféré un autre scénario que celui-là. Tu ferais tellement plaisir à ceux qui t'entourent.

Je n'étais pas particulièrement réceptif aux regards en général, mais celui que m'envoyait Jason voulait tout dire. Il parlait peu avec sa voix ces derniers temps, à vrai dire je me demande s'il n'a pas perdu quelques mots dans son lexique. Mais ce regard, à la fois tendu et colérique, montrait bien que Jason commençait petit-à-petit à ressentir quelque chose envers Piper.

-J'en suis sûr Nico. De toute façon, je connais déjà un peu cet endroit, on a une carte pour chaque groupe comme Annabeth l'a annoncé, et on aura qu'à suivre le tracé des nuages.

-Ça peut se tenir, intervint Hazel, Jason et Franck seront accompagnés par toi et moi Nico. On pourra prendre des chemins un peu plus risqués vu qu'on maîtrise un peu l'endroit non ?

-Exactement Hazel. Et si, dans le cas où serait les premiers à arriver, on pourra déjà vous prévenir de ce qu'il s'y passe. Et Jason...

Percy se retourna vers lui, l'air sérieux dans le visage.

-La vie de sang-mêlé est un risque en lui-même, et elle n'est jamais là pour nous faciliter les choses. T'aurais dû t'y faire avec le temps, n'est-ce pas ?

Peut-être que j'étais un peu rude. Mais le regard de Jason ne transpirait pas de haine. C'était assez perturbant, mais finalement gratifiant. J'avais eu l'impression de servir à quelque chose, d'avoir un peu retrouvé la place d'un « leader ». Percy avait un sourire de satisfaction qui tordait ses lèvres. Jamais je n'aurais vraiment cru qu'il pouvait avoir un tel air aussi fier de lui. Ce que les autres disaient sur lui est plutôt vrai en fin de compte...

-On ne sait jamais ce qui peut arriver avec toi Percy, tu le sais ?

Un sourire à la fois amusé et exaspéré barrait pourtant le visage de Jason. Cela faisait depuis combien de temps qu'il ne souriait plus ? Et maintenant que je me pose la question...depuis combien de temps JE ne souriais plus ? Une nouvelle fois, une chappe de plomb froid recouvrait mon dos comme une couverture trempée. J'entendis de nouveau les voix. Ces étranges voix qui dégustaient mon sang comme une glace à force de la geler. Ces étranges voix qui semblaient plus forts dans mon dos que face à moi...voulaient-elles me servir de guide ?

-C'est ma spécialité non ? répondis-je alors à Jason.

Pas un mot ne suivit. Jason et Nico s'en allèrent, suivis de près par Hazel et Franck. Nous étions désormais seuls au milieu des enfers, avec pour trajet un ciel craquelé et pour guides des voix autant sympathiques que le cœur d'un dictateur. Et mon coéquipier était le petit-ami de la fille qu'on m'a forcé à aimer, que j'avais embrassée contre son gré sans que personne ne soit au courant. Je finis par soupirer :

-Je sens qu'on va bien s'amuser...

.

PDV Annabeth

La réunion générale n'était pas sur le ton habituel. Normalement, même avant de lancer la quête de 7 ou même la Grande Prophétie de Luke, il y avait toujours un certain optimisme voire un « je-m'en-foutisme » de certains. Pas ici. Et c'est là que j'avais pu sentir l'impact de la mort de Chiron.

Nous nous étions réunis tous au grand réfectoire, et un silence de cimetière s'y statuait. Même les esprits les plus bagarreurs et les plus farceurs n'arrivaient pas à mettre l'ambiance si particulière qu'il y avait au camp. Je le prenais comme un coup froid au cœur, le souvenir du cauchemar ne suffisant pas à me déstabiliser. J'avais l'impression qu'on vidait de force tout ce qui faisait mon foyer comme dans un abattoir.
Le silence était une lame de boucher alors que l'âme du camp mourrait (même pas à petit feu, le brasier n'était pas encore lancé).

Je jetais un œil à celles qui se tenaient sur ma droite : une Clarisse toujours borgne et à l'air ferme, une Reyna à l'allure stressée malgré ses tentatives (pas si vaines que ça) de le cacher, et une Rachel qui semblait en partie s'ennuyer. Nous étions toutes les quatre un peu à l'abri des regards pour se préparer à ce qui allait s'ensuivre. Honnêtement, voir Reyna ici était particulièrement touchant. Malgré son traumatisme, elle a accepté de nous suivre dans notre mission. Je la voyais trembler, mais son très léger sourire au coin de ses lèvres mettait en valeur son impatience. Dieux merci, elle avait assuré que les légions de la Nouvelle-Rome seraient là si on était partants. Rachel semblait...comme à son habitude. Etrangement détendue et difficile à cerner. Je l'aimais bien, mais ne pas réussir à savoir si elle se prenait au sérieux ou pas était un vrai défi.

-Et maintenant ? me demandait Clarisse l'air ferme, interrompant mes pensées.

-A part ce que je m'apprête à dire ? Je n'en sais rien.

Les retardataires, à savoir une bonne partie des campeurs, étaient en train de se rassembler. Toujours sans aucun bruit, assis au sol face au grand braiser sacrificiel éteint. Le sang palpitait dans mes veines et mes tympans battaient. Ce n'était pas la mort de toute façon, enfin pas encore.

-Si tu ne sais pas quoi répondre à quand les autres vont s'inquiéter, tu ne les auras pas à tes côtés.

-Je sais Reyna. Je le sais.

Nos voix étaient plutôt fermes. L'appréhension nous guettait, ME guettait, et aucun récent événement ne plaidait en notre faveur. La mort de Chiron, le suicide d'un jeune campeur qui ne voyait que le désespoir, et la longue période d'absence de l'équipe d'exploration...tout cela nous effrayait peu importe les bungalows. Sept semaines qu'ils sont partis. Clarisse me regarda longuement avant de pousser un soupir rauque.

-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandais-je alors d'une voix tendue.

-Toi. Ce n'est pas Annabeth ce que je vois là, retentit-elle d'une voix rauque.

Je lui jetais un regard dubitatif, et surtout énervé, alors que je voyais par le même moment Reyna et Rachel tousser. Clarisse soutint son œil valide sur les miens, je ne l'avais jamais vraiment vue aussi...dure. Et pourtant, connaissant le personnage, j'avais vu beaucoup de moments où elle flirtait avec les deux extrémités. Là elle plongeait dans la plus sombre.

-Tu peux répéter ?

Le regard de Clarisse passa alors de la lassitude à l'énervement. Elle se mit face à moi, quelques centimètres de différence m'obligeaient à lever la tête. Son œil tremblait de plusieurs feux, mais pas de joie.

-Regarde-toi, Puits de Sagesse, putain ! T'es comme un bouquin ouvert, on peut facilement savoir ce à quoi tu penses ! Tu as peur, tes yeux tremblent, on voit ta gorge se nouer et on n'a même pas l'impression que tu te sentes à l'aise ! Tu manques d'assurance, on dirait que tu n'es pas confiante envers ton propre plan ! Depuis quand un enfant d'Athéna n'a pas confiance en son plan ? Depuis quand montres-tu aussi facilement tes sentiments Annie ? Quand est-ce que tu as commencée à devenir aussi...vide ? Ce n'est pas toi que je vois, mais un faux. Une sorte de ballon avec ton visage peint dessus, vide, sans vie, sans expression, sans rien ! Regarde ce que t'es devenue. Est-ce que c'est toi, Annabeth Chase, celle qu'on a connu lors d'une Titanomachie ? Est-ce que c'est bien avec toi que je suis devenue « amie » ? Une faible ?

J'explosais de colère à ce moment-là, mon cerveau démarrait au quart de tour sans réfléchir. Mon épée d'os pendait toujours dans son fourreau mais mon bras eut vite fait de plaquer Clarisse sur un mur à l'arrière. Rachel et Reyna se hâtèrent de me tirer sur l'autre bras, malgré mes grands coups en l'air. Je regardais Clarisse avec un air mêlant haine et dégoût, mon esprit ne réfléchissait même plus.

Je dégainais mon épée, et lui mit sous le cou.

-Tu n'oseras pas Annie, dit-elle d'une voix faussement calme, tu as toujours peur. Tu ne réfléchis plus, t'es juste en colère. Baisse ton épée, ou tu feras une connerie que tu regretteras amèrement.

-Ferme-là Clarisse, dis-je en pressant ma lame contre son cou, ferme ta gueule avant que la connerie que t'appréhende n'arrive. Évite d'ouvrir ta gueule sans savoir ce par quoi on est tous traversé. J'ai peur, ouais. Je craque, peut-être, mais surtout je ne suis pas d'humeur à entendre une meuf qui ne sait pas ce dont elle parle. J'ai survécu à une mort quasi-certaine, et mon absence a brisé des amitiés. Je suis revenue pour voir de mes propres yeux mon père de cœur mourir. Et je dois à présent mener une armée de demi-dieux dans un endroit dont on ne sait rien du tout, dans le même endroit où mes amis sont allés ! Là où mon petit copain est allé, sans que j'aie de nouvelles de lui ! Sans que je sache s'il va revenir en vie, sans que je sache QUI VA REVENIR DE CETTE PUTAIN DE PROPHÉTIE !

Le silence tomba entre nous deux. Nous nous regardions avec haine, sous la surveillance paniquée de notre Oracle et de mon clone aux cheveux noirs. Ma lame déformait la peau de son cou dans une inquiétante vague, une vague dont je n'avais pas peur d'y plonger. Pourtant, l'œil de Clarisse prit une teinte sincèrement blessée. Colérique et blessée, je n'avais jamais vu mon amie comme cela...la pression de la lame s'affaiblit.

-Au moins, tu as un espoir de retrouver ton copain. Tu peux toujours espérer de le retrouver, et l'espoir fait vivre selon certains nunuches. J'ai perdu le mien en même temps que mon œil, et j'ai son sang sur les mains. Je te l'avais raconté, tu te souviens ? De quand il a commencé à devenir fou comme tu l'étais. De quand j'ai dû l'affronter sans être préparée et du moment où j'ai transpercé son cœur. Tu te souviens de ça, au moins ? Tu te souviens de toutes ces personnes qui ont perdues des proches cette année car ils étaient trop entreprenants ? Tu te souviens de ces mortels qui ont pénétrés nos barrières ? De ceux qui ont vu l'attaque des cyclopes ? Notre monde est noir, Puits de Sagesse, tu n'es pas la seule à le voir. Tu n'es pas la seule à avoir peur. Tu n'es pas la seule à qui cette salope de prophétie s'applique. Tourne la tête, et regarde ces gens qui t'attendent ! Ceux qui ont besoin d'une personne pour leur dire quoi faire et comment faire § Ceux qui ont besoin qu'on les guide car ils n'espèrent plus, ils ne vivent plus, ils survivent. Ils ont besoin d'une leadeur, pas d'une pleurnicharde. Ils ont besoin de TOI, pas d'une égocentrique. Pas d'une meurtrière. Ils ont besoin d'un héros, car ils ne pensent plus l'être. Pense à eux.

Le monologue me frappa de plein fouet, mon épée s'échappa de mes mains. Je tournais lentement la tête vers le réfectoire qui s'emplissait de murmures d'appréhension et de spéculations. Cette même appréhension ressentie lorsqu'on partait en guerre et que l'on savait qu'on devait y payer un lourd tribut. Clarisse avait raison. Combien de personnes avaient vu leur futur s'entacher de sang ? Combien de personne ont vu leur amour partir ? Combien de personnes avaient peur à ce moment-là ? Je réalisais que j'étais non plus égoïste et égocentrique, mais aveugle. Je ne voyais plus la douleur des autres. Je ne ressentais plus de compassion. Mes poings se fermèrent, et sans prendre mon reste, je m'avançais. Vers ceux qui devaient croire en moi.

Sans dire un seul mot.

J'allais devoir parler à un moment ou à un autre, mais pour une fois je voulais laisser ma place à quelqu'un d'autre. Laisser le privilège à quelqu'un d'autre de trembler sous le regard du camp. Laisser le privilège à quelqu'un d'autre de trembler, d'avoir la sensation de voler une place qui ne lui était pas destinée. Laisser le privilège à quelqu'un d'autre d'être le cliché du héros fragile en fait. Mais avec le temps, j'ai appris à cacher mes points faibles. Il était temps de redevenir la Annabeth Chase qu'ils connaissaient, celle qui ne quitte pas son rôle et celle qui va jusqu'au bout des choses. Cela m'encourageait à vrai-dire, en m'imaginant que je pouvais redonner un peu d'espoir. Que tout n'était pas perdu et qu'il y avait encore des choses qui ne changeraient jamais. C'était l'heure. Pour me motiver, j'imaginais une scène avec un public qui n'attendait que d'être touché. Qui n'attendait que de pouvoir sourire, rire, pleurer, réfléchir. Un peu de maquillage anti-rides de faiblesse, quelques mots et le tour était joué, n'est-ce pas ?

Je ne pouvais pas dire que le silence s'installait. Juste qu'il changeait de position et d'attitude. De pesant il passait à insistant. Quelques regards las se levaient vers moi, d'autres trempés, d'autres vides de tout intérêt. Il n'y avait plus de catégorisation par bungalow, même les plus érudits semblaient se laisser aller aux sentiments noirs. Je sentis une lame froide longer mon dos dans une tendresse tranchante. Dix-sept heures pétantes. Mes yeux se fermèrent durant une demi-seconde, et ma voix se porta finalement après quelques secondes de réflexion -ainsi qu'un brin d'improvisation.

-Bien, dis-je alors en brisant enfin le silence, nous allons ouvrir la séance.

.

PDV Piper Percy

Cela faisait des plombes que Percy et moi marchions sans rien dire au milieu des Enfers. Nous suivions un chemin assez « simple » marqué dans le ciel obscur et craquelé. Nous ne disions rien depuis que nous nous étions mis en duo, et c'était l'un des pires silences que j'ai pu subir de ma vie. J'étais à la fois rongée par le stress, la peur, la honte, et surtout par l'ironie de la situation. S'il savait ce que j'avais fait...non, je ne voulais pas y penser.

Nous avions été attaqués au moins quatre ou cinq fois par des monstres, tout ce qu'il y avait de plus classique, mais beaucoup plus forts qu'avant. J'avais cette drôle d'impression que plus on avançait, plus notre force se sapait pour la donner à nos adversaires. Cela combiné avec le moral à zéro plus Piper qui ne disait rien...tout cela me donnait faim. Pourtant, ce n'était pas mon estomac qui gargouillait...

Des bruits rauques retissaient dans les environs, des bruits qui mêlaient un grognement de colère et un cri de douleur. Un cri froid, sans émotions, uniquement de la douleur. Et des voix stridentes qui soufflaient mille et un mots et directions en tous sens. Elles grondaient comme l'orage qui était sur le point de déverser sa fureur en trombes d'eau. Comme un dieu qui allait abattre sa malédiction sur sa victime. Et puis...le silence. Plus aucun bruit.

-Tu as réentendu les voix, toi aussi ? demandais-je alors soudainement d'une voix dure et froide. Elles sont présentes, hein ?

La voix de Piper avait failli me glacer encore plus le sang que celles des Enfers. Même dans sa posture rien ne semblait ressortir d'elle, et pourtant elle avait retrouvé un semblant de son visage d'avant. Bras croisés, visage inexpressif, yeux vides. Pourtant, en temps normal, il y avait de la matière pour les remplir...mais ces derniers temps c'est comme si elle fermait volontairement l'accès à son regard. J'étais vraiment mal, d'autant plus que vous connaissez mon talent particulier avec les filles, que ce soient mes amies ou pas.

-Oui. Je les ai réentendus. Il se passe quelque chose, j'en suis sûr et certain, mais je ne peux pas dire quoi.

-Elles veulent nous égarer, nous rendre fous. Peut-être même qu'elles veulent qu'on meure ?

J'avais sorti cela tellement naturellement que mon sang se figea dans mes vaisseaux. Je secouais la tête, non. Non, je ne devais pas penser à ça ici. Pas maintenant. Pile au moment où Piper avait dit ce mot, c'est comme si une lueur d'envie planait dans ses yeux. Je déglutis. J'avais un sale souvenir du Labyrinthe, mais je ne voulais pas penser à ça ici. Pas maintenant.

-Tout est possible en ces temps de fous...dis...Piper...

-Hum ? demandais-je en levant un sourcil, mais toujours lassée.

-Tu as peur ?

Je ne savais pas quoi répondre à cet instant précis. J'avais peur, c'était inexorable, mais je ne savais pas de quoi. Je ne savais même pas si j'avais ressenti cette peur avant qu'il ne m'en parle, si elle existait avant que je n'y pense. Je regarde Percy dans les yeux, il a un manque lui aussi. Un manque étrange de gris dans ses yeux verts. Et j'y voyais des yeux verts manquant de gris. Un filet froid coulait le long de mon dos, et mon cœur battait plus vite ; j'avais peur.

-Peut-être. Et toi ?

Je haussais des épaules. Non, je n'avais pas peur, j'étais simplement en colère. De ne pas savoir ce qui se tramait, ce qui causait le fait que tout cela soit arrivé. De ne pas savoir ce que mon amie avait, de ne pas avoir les autres à côté. De marcher des jours entiers dans ce fossé à cadavres et à âmes en peines en quête d'une chose dont on n'est même pas certains de l'existence. Je faisais juste un trop-plein en fait. Un fil chaud coulait le long de mon front, c'était ma sueur. Il faisait plus chaud. Et, soudainement, je ressentais un grand effroi.

-Que...qu'est-ce que c'est que ça ? me dit-il en pointant une sorte de masse noire devant nous.

-C...c'est...la...la faille, me dit-elle alors qu'elle commençait à courir.

-Hey ! Piper ! Attends-moi !

Nous nous mîmes à courir alors vers la masse noire. Un voile de fumée, dense, vivant, et murmurant des voix à la fois douces et rauques. J'en étais persuadée, la faille était derrière ce voile sombre. La chose la plus affreuse qui pouvait exister. Une chose dont on ne savait pas si c'était un esprit ou un être vivant. Constant ou intangible. Réel ou imaginaire. Effrayant ou bien attirant. C'était tout cela. Tout ce mélange, à la fois d'une force divine et de la faiblesse humaine. C'était la faille. On plongeait dans notre pire cauchemar. J'avais poussé un grand cri. Je lui avais attrapé la main in-extremis.

Et nous y sommes allé.

PDV Piper (déconseillé au moins de 16 ans)

Je sentis un filet froid filer le long de ma peau, s'enraciner dans la moelle de mes os, me déchirer les chairs. Mon dos, mes membres, et même mes sens étaient morts. L'ombre filiforme s'enroulait autour de moi comme un serpent autour de sa proie. Ma gorge se nouait, mes émotions s'emballaient, ma peur grandissait et surtout mon cœur battait. Alors que ma cage thoracique s'affaissait sous son poids, l'appréhension et l'effroi battirent une enceinte de tristesse à la place de mon cœur. Puis la douleur me fouetta, sans bruit claquant pour une fois.

Cette douleur qui me sciait les os et me tranchait doucement les nerfs comme ma chair. Cette douleur d'opération, propre et barbare à la fois, aux points sensibles et interdits privés de répit. Cette douleur tellement forte qu'il n'y avait qu'elle, pas de cri, pas d'opposition, juste la soumission à cette perverse. Cette perverse qui brise les cœurs et les corps. Ma vue s'obscurcit, je me sens faillir et tomber. La chute est longue, très longue, trop longue. Aucune lumière n'était visible mais l'air me brûlait la peau. Elle crépitait comme un morceau de bois dans une cheminée, chaque pore se détendait violemment et chaque fibre cuisait. Je n'étais qu'un simple morceau de viande que mon bourreau tenait à la pince, me saisissant à vif et me faisant brûler.

Enfin une lumière, un orange étouffant et une sueur collante. Le filet froid continuait de couler le long de mon dos alors que la lumière rongeait ce qu'il restait de ma carcasse. Mon dos sentit un sol arriver lourdement, mes yeux virent le cauchemar. Un incendie. Un gigantesque incendie aux allures de déjà-vu apocalyptique grondait autour de moi comme une malédiction. Un lointain, si lointain, souvenir m'assaille alors je voulais hurler. Des cris recouvraient mes supplications, aigus et désespérés, se répétant en continu. Des cris d'enfants qui réclamaient leurs parents. Mes tympans sifflèrent, je voulais hurler, pleurer, me détacher des harpons invisibles qui s'accrochaient dans mon corps. Mais je ne pouvais rien faire à part subir, attendre de savoir ce que le maître de cet hôtel de l'horreur m'avait concocté. Le brasier n'était que l'apéritif.

Le sol s'affaissa de nouveau sous mon dos, la chute continuait inexorablement. Le feu m'avala sans aucun remord ; il mastiquait, me secouait dans tous le sens, me réduisait en tas de cendres et de viande broyée. Aucune différence ne subsistait entre mes muscles et mon sang, mon cœur et mes larmes, mes os et de l'eau. Ce charognard avait grignoté jusqu'au dernier filament de ce que j'étais. Il ne me restait plus que mes émotions, mes sensations, mes sentiments. Et j'eus encore plus peur. J'eus peur de ce qui allait arriver alors que le feu prenait l'allure d'une tornade. Grande, destructrice, affamée et rassasiée. Mon corps balançait de droite à gauche, et je n'avais plus de champs de lilas ou de chants d'Apollon pour m'évader. J'étais pieds et main liés, je venais de terminer les hors-d'œuvre.

Silence.

Je m'étais arrêtée de tomber, et les liens invisibles qui me retenaient prisonnière s'étaient désagrégés. Tout autour de moi se déployaient les Enfers sous leur plus pure forme. Une masse noire, grouillante, froide, mouvante. Une sorte d'esprit à l'aura d'effroi et de désespoir qui encercle et se fond dans les cellules de ma peau. Je ne bougeais plus, sans rien faire ni imaginer quoi que ce soit. Juste, je me noyais dans la vague noire qui déferlait. Respirer une dernière fois. Et au loin je vis une forme. Aussi terrible que belle, aussi sombre que mes envies malgré la couronne dorée qui l'entourait, aussi belle que le pire des rêves que je pouvais avoir.

Je voyais Annabeth, sourire envieux sur son visage.

Je vous promets qu'à ce moment-là, tout se bousculait dans mon cerveau. La peur prenait l'étrange place qu'aurait pu prendre la joie ou même l'appréhension. Annabeth était belle, trop belle. Son sourire s'étirait trop, était trop...parfait. C'est comme si ma mère s'était maquillée en elle et s'apprêtait à se servir de moi comme de son plat principal. Mes pires peurs ressortaient en même temps que les veines de ma peau, je voulais bouger -et je le pouvais- mais je n'y arrivais pas. J'étais une proie bien trop facile d'accès.

Elle s'avança vers moi, d'une belle démarche que je n'avais jamais vraiment remarquée chez elle avant cela, avec un sourire aussi grand que l'étincelle d'envie dans ses yeux gris. Elle se mouvait lentement, avec la grâce d'un serpent et le style d'une mannequin. Ses pas silencieux me claquaient les tempes, le choc devenant de plus en plus fort alors qu'elle se rapprochait. Annabeth est debout face à moi, au sol et autant apeurée qu'excitée. Excitée car mon moi intérieur sait ce qu'il va se passer...

-Piper...

Juste ce murmure. Ce murmure plein de sous-entendus, ce murmure à la fois pervers et magnifique...ce murmure annonçait le début de ma déchéance. Ma respiration s'accélérait, j'avais déjà peur alors que rien n'était arrivé. Annabeth s'agenouille à mes côtés, puis penche sa tête au-dessus de la mienne. Mes pensées se bousculent dans mon esprit, je ne bouge toujours pas. J'ai envie, mais j'ai peur, tellement peur, de ce qui va arriver. Et Annabeth me sourit encore en me dégageant d'une main une mèche de cheveux. Mes dieux, à la fois je maudissais intérieurement Aphrodite pour m'avoir fait ça, et à la fois je me perdais dans le gris de ses yeux et de mes esprits.

-Shhh, Piper. Ne te laisse pas envahir par tes doutes...profite juste de l'instant...

Sa voix...trop...sifflante...sensuelle...charmante. Mes poumons se remplissent d'air à grande vitesse alors qu'Annabeth et moi sommes de plus en plus proche. Son souffle bat ma peau en une caresse envieuse. Et son visage est tellement proche du mien que la crise cardiaque guettait le terrain. Je sais ce qu'elle va dire. Je veux me boucher les oreilles et entendre sa voix dire ces mots. Ces simples mots qui détruisent ma vie, celle des autres, et qui pourtant la font perpétuer. Elle va le dire, sa langue parcourt la commissure de ses lèvres...de mes lèvres.

-Je t'aime.

Et elle commence à me dévorer les lèvres. Sa bouche mord mes plus sombres et profondes envies, mes plus profonds désirs. Mon cœur vient d'exploser, mon corps est enfermé dans une chambre froide tellement je suis rigide. Annabeth...elle...m'embrassait. Non, elle ne m'embrassait pas, elle se défoulait juste. Les courbures de son corps pressent les miens, je suis la proie d'une chasseuse à la recherche de chair fraîche. Ses mains parcourent chaque parcelle de mon corps alors que celles de mon visage se remplissaient de mes larmes. J'aimais tellement cette sensation, mais je me haïssais tellement au même instant. Annabeth attrape une de mes mains, la force à s'installer sur son dos, et ce sans aucune once de résistance. Nos mains parcourent nos silhouettes comme deux serpents se frottant l'un à l'autre. Des frissons à la fois d'effroi et d'extase parcouraient le long de mon corps, ne pouvant sortir de mes lèvres fermées, l'appréhension grimpait en flèche.

-Ah...Annabeth...

Malheureusement pour moi, ce soupire ressemblait plus à de l'extase qu'à une supplication. Mon corps me forçait d'aimer, mes sentiments aussi, mais ma logique hurlait. Et Annabeth, CETTE Annabeth, n'écoutait pas la logique. Lentement, sa tête ainsi que son corps à moitié dénudé, rampèrent. Et mon amour laissa totalement place à la panique, qui rampait lui aussi. Il courrait le long de mon corps, franchissait mes portes interdites, remontait le long du bras de la blonde qui me faisait tourner. C'était lui, le serpent qui voulait me dévorer. C'était lui, le bourreau de mes émotions. C'était lui qui allait me laisser une marque indélébile, au fond de ma chair, en déchirant la barrière de mon innocence.

Je bouge. Je supplie, je gémis, mais rien n'y fait. Il a franchi les portes, il joue avec moi, il lape ma sueur et mes larmes. Il lape mon envie, privant d'eau la petite fleur qui me protégeait. Je veux hurler, j'ai peur, je n'en ai pas envie, pas maintenant, pas comme ça. Je ne veux pas me perdre, je ne veux pas qu'elle fasse ça. Malheureusement, la sourde Annabeth continuait son festin. Elle finit, après une longue recherche, par envoyer ses serpents s'accrocher à moi. Je hurle encore, de plus en plus fort, elle allait me voler. Elle allait me kidnapper, me torturer, me faire hurler comme elle le faisait actuellement avec le pire des outils de torture existants. Les serpents plantèrent leurs crocs, ils allaient répandre un poison de luxure dans mes veines. Je perds pieds à ce moment précis.
Annabeth manipulait un cadavre hurlant, pas moi.

Les hurlements montaient, montaient, faisaient trembler le voile des Enfers. Des hurlements de douleur, de peine, de rage, et d'une pointe de plaisir non désirée. Et des craquements. Mes yeux étaient fermés, je ne voulais pas voir le spectacle qui se déroulait là où il se trouvait. Mais je sentais mes côtes subir de grands chocs. Mon visage. Mes jambes...ce n'était plus de l'affection. Mes paupières, cousues entre elles, me faisaient mal autant que les poings qui s'abattaient sur mon corps déjà assez meurtri. Et pourtant le serpent était toujours là, plus menaçant, plus violent, plus grand. Mes cris prenaient de plus en plus d'intensité, je suppliais la mort. Qu'elle vienne, qu'elle m'embrasse, qu'elle me baise s'il fallait ! Je voulais mourir. Juste mourir pour ne plus avoir à aimer, ni à avoir mal. Mes yeux se déchirèrent alors que je sentis mon bassin craquer en un grand coup sec.

Annabeth était là, tout sourire, assise à côté de moi, les mains occupées. A me torturer, évidemment. Malgré cela, même si elle était là, juste à côté de moi...il y avait toujours le serpent qui mordait. J'avale ma salive, je tourne difficilement la tête, et je vois une autre statue à la couronne blonde à la place de son prédécesseur. Ses yeux bleus m'électrisèrent sur place, et mes larmes sortirent enfin en mêlant au sang de mes marques. Pourquoi lui ? Pourquoi je le voyais...pourquoi me frappait-il ? Comment ? Pourquoi ? Etait-ce ça, ma destinée ? Mourir...ainsi ? Je le voulais tellement. Juste que tout cela s'arrête, que ce satané serpent ait fini de sucer mon sang et d'avoir répandu son poison. Que ce serpent ait fini de me torturer.

Elle veut de nouveau m'embrasser, mes lèvres restaient collées entre elles. Une claque, un cri de surprise, et j'étais vaincue. J'étais dans la situation la plus...humiliante qu'il soit. Je veux mourir. Maintenant.

-Piper...Piper...PIPER !

Une autre voix. C'était une voix moins envieuse, plus essoufflée, paniquée. Une voix que mon faux plaisir voulait noyer, une ancre qui tombait enfin auprès de moi. Je bouge, je veux sortir de là. Je veux partir, les coups ne m'arrêtaient plus. Je veux partir, mon corps redevint largement plus léger. Je veux partir, je me sens enfin libre, les serpents ne me mordaient plus. Je m'accrochais fortement à cette voix inespérée, que je ne pensais plus jamais pouvoir de nouveau entendre. C'est la voix d'un homme. Il hurlait mon nom comme un désespéré, un homme qui allait perdre une amie comme son chemin. Il avait peur, mais il avait bravé ses démons, j'y avais succombé.

-Piper ! Je te lâche pas, ne t'endors pas !

Ne pas m'endormir ? C'était un avertissement assez original...tellement que l'envie d'y désobéir était tentante. Je me sens légère, je veux dormir, mais la vitesse et le vent m'en empêchent.

-Piper...je te jure que si tu dors maintenant, on va se faire tous les deux tuer !

Nous percions le voile, nous tranchions la porte d'entrée de la faille. Je me resituais, je savais où nous étions et qui me tenait. Je m'accrochais de toutes mes forces à Percy, contrairement à ce que j'aurais cru auparavant. Mes vêtements semblaient se tremper, l'air noir s'était condensé et liquéfié. Je ne pouvais qu'imaginer la couleur de l'eau, la même couleur que celle qui avait failli nous emporter à Rome. Mais cette eau-là ne nous emportera pas.

Elle ne nous emportera jamais. Je cours le plus vite possible, perçant l'eau et les cauchemars, la violence qu'on préférerait garder dans l'ignorance, et la barrière entre vie et mort. Il est temps. Je saute.

Et nous sortons enfin. Nous sommes de l'autre côté. Et le sommeil me gagna.

PDV Percy

J'avais vu Annabeth morte.

J'avais vu Annabeth morte.

J'avais vu Annabeth morte.

Je...ne voulais plus jamais retourner dans ce truc. Un mélange d'un plongeon dans le Styx combiné à une petite randonnée dans le Tartare n'aurait pas pu égaler une minute dans ce voile. D'ailleurs, en parlant de lui, je ne m'étais pas immédiatement rendu compte tout de suite qu'il faisait le tour d'une faille. LA Faille. Une grande crevasse dans le sol semblable à celle de l'effondrement de la grotte à Rome, lorsqu'Annabeth avait trouvé l'Athéna Parthénos, qui crachait littéralement de l'ombre. On voyait quelque chose à cause du ciel, qui teintait soit dans le sang soit dans l'ambre, mais surtout qui était presque sur le point de chuter.

Je me tenais, Piper dans les bras, en hauteur derrière des sortes de falaises de roches froides. De là où j'étais, je pouvais voir les monstres se promener au bord de la falaise...des monstres humains. Pas de créatures mythologiques dont j'avais pourtant l'habitude, mais une foule de formes humaines entourées d'une aura...tantôt noire tantôt grise. C'était bien plus choquant que ça en avait l'air, la faille ressemblait à un océan d'eau cauchemardesque et chaque personne en bas était un grain de sable. Malheureusement, j'étais trop loin pour voir des visages, mais une certitude surgissait dans ma tête : on était dans la merde.

Piper est froide. Trop froide. Dès que je sentis cela, je la posai au sol en prenant soin de ne pas nous faire repérer (malgré les bruits de pas approchants). Sa peau était normale, mais bon sang, elle ne semblait plus là. Elle était gelée, elle n'avait pas de respiration, elle semblait...sans vie. Encore plus que d'habitude. Son visage était figé dans une sorte de tristesse et d'effroi que n'importe qui ne voudrait voir. Je ne voulais pas croire qu'elle était morte à ce moment-là, ma colère envers le lieu et la peine de voir mon amie ainsi me donnaient une sorte d'instinct. Je mis mes doigts sur son cou, glacé bien évidemment, à la recherche d'un pouls. Qui ne voulait pas sortir de sa cachette. La panique me gagna rapidement, je réfléchissais à cent vingt façons de la sauver le plus vite possible en même temps que j'entendais les bruits de pas s'approcher. Je hurlais son nom en la secouant légèrement (je vous avais dit que j'étais paniqué !), et sans surprise elle n'était pas plus chaude pour se réveiller. Les bruits se rapprochèrent, tant pis, je reprenais Piper à deux bras pour nous éloigner.

Une fois bien cachés, je me mis accroupi à côté d'elle, et me hâte de faire un massage cardiaque. J'essayais de me rappeler au fur-et-à mesure du rythme qu'il fallait prendre tout en appuyant de toutes mes forces. Un, deux, trois, quatre, j'écoute sa respiration. Toujours rien. Je recommence, quatre coups, les pas se rapprochent, et toujours rien. La panique me gagnait encore petit-à-petit, je commence à suer et quelques voix se font entendre. Des voix ni humaines ni animales, juste maléfiques, des voix d'inconnus et de quelques légères anciennes connaissances du camp. Je crus reconnaître la voix d'un des Alatir...et je ne voulus pas y penser.

Mon cerveau carburait à cent à l'heure sur ce qui se passait : Piper, les bruits, le ciel, la faille...la faille. J'avais une étrange sensation près de cette faille, comme si elle me donnait à la fois de la force, de la colère, du désespoir, de la mélancolie. Elle sentait que j'avais les mains chargées, elle voulait me faire baisser les bras. Je me donne une claque, et me reconcentre sur Piper, je ne voulais pas la laisser mourir ici. Je la réausculte rapidement, et me rends compte que sa peau commençait à devenir bleutée. Elle manquait d'oxygène...mais les massages ne servaient à rien. Et je l'avais compris.

-Eh merde...

Vous voyez où je vais en venir. Les bruits de pas se rapprochaient, et je ne pensais qu'à la vie de mon amie. Je pinçais le nez de Piper, lui basculai la tête, pris une grande inspiration, ouvrit de deux doigts sa bouche avant de plaquer la mienne dessus et de souffler tout l'air que j'avais. Malgré la toux, je fis une seconde fois cette action avant de reprendre le massage cardiaque. Je ne compte plus les secondes, j'alterne juste les deux étapes en espérant. Son pouls revint petit-à-petit, après une sixième inspiration et un septième massage. Les pas se rapprochaient, je décide je lui donner une dernière inspiration. Là, tout aurait pu se passer normalement, elle aurait toussoté, je me serais écarté et on aurait pu s'enfuir sans discussion.

Sauf que Piper a décidé d'ouvrir les yeux quand j'avais encore mes lèvres sur les siennes pour lui donner de quoi respirer !

Je me dégageai immédiatement, je voyais clairement le regard à la fois outragé et égaré de Piper, mais par manque de temps je la fis lever rapidement pour commencer à courir. Les bruits de pas se mêlaient désormais à des grognements plus que sauvages ; Piper passait constamment du choc à la peur, accrochée en partie à moi pour ne pas tomber. Je regarde en arrière, il n'y a presque que des visages à moitié humains. Les yeux laissaient places à des creux que seule une lueur noire de démence remplissait. Cette même lueur de démence dans les yeux d'Annabeth, le matin où tout avait basculé. Ma découverte me stupéfia, mais je ne devais pas m'arrêter maintenant. Je pressai le pas.

-P...Percy...fais attention ! me prévint Piper.

Par réflexe, je tournai la tête...ce qui était une bonne idée vu qu'on m'avait lancé une bombe qui explosa en vol à quelques centimètres de mon visage. Une bombe fabriquée par l'un des Alatir...eh merde. Je continuai encore à courir alors que l'armée des fous se massait quelques mètres derrière nous, il nous fallait un plan au plus vite. Malheureusement je n'avais pas les capacités d'Annabeth, et même un petit coup de chance était impossible en ce lieu. Il me fallait de l'eau...de l'eau...
Mon idée aurait pu me donner une claque elle-même tellement elle aurait pu se trouver stupide, mais à cet instant je ne pouvais qu'espérer que cela marche. Mais si cela marchait, cela annoncerait aussi quelque chose d'effroyable. Je pressai le pas.

J'eus alors un tout petit coup de chance, une parcelle de roche sur le point de céder fit son devoir pile entre nous et les autres. Deus ex Machina, peut-être, mais pour une fois que je suis content qu'ils sortent, je ne vais pas me plaindre. Je reposais alors Piper au sol, en m'assurant qu'elle allait bien. Son regard était multicolore, mais dans les teintes de noir. Je savais que c'était à cause de ce fichu voile, mais le fait savoir ce qu'elle avait vu était trop délicat pour dire si je voudrais ou non. J'avais vu le cadavre d'Annabeth, le climax de mon cauchemar, et cela me suffisait comme horreur. Piper se mit en position assise, le dos sur les roches.

-Piper. Ne bouge surtout pas, je reviens vite, promis.

Elle me répondit après un soupir. Je décidai de ne rien dire de plus. Mais, au moment où je m'apprêtais à me lever, elle me saisît fortement la main. Mon regard se fixa dans le sien, et je compris. Elle avait peur, ça c'était sûr, mais surtout pleine de questions.

-On y est. On est à la faille.

-Je sais, soupira-t-elle, Percy...tu ne m'en veux pas, hein ?

-Hein ?

-Pour...vous avoir...abandonnée ? Pour ne rien vous dire depuis des mois ?

J'entendais les monstres semi-humains gratter la roche. Ma mâchoire se serra, je devais aller vite...mais Piper me faisait tellement de peine. J'étais sur le point de regretter de la laisser seule, encore, elle avait besoin de quelqu'un. Mais je devais aller...vite.

-Non Piper. Non, je ne t'en veux pas...

-Percy...reste...je ne veux pas...je ne veux pas...

Son regard était suppliant, elle faisait vraiment de la peine à voir. Je repensais durant un instant à lors de la quête des Sept, lorsqu'elle avait son tout autre visage sur l'Argo II. Le visage souriant, l'esprit plus vif, le courage dans son poignard. Aujourd'hui je ne voyais qu'une version d'elle-même passée par une vidange. C'était à peine si son arme tenait dans son fourreau. Une explosion retentit, plus forte que la première, faisant trembler le sol. J'essayais d'oublier le mélange des cris de douleur du Champ des châtiments, des murmures des quelques âmes en peine qui gravitaient autour de la faille, des beuglements des monstres et des réminiscences de mes cauchemars. Meurs...meurs, jeune héros.

-Je ne t'abandonne pas Piper, lui dis-je en prenant sa tête entre mes mains et la fixant dans les yeux, tu m'entends ? Je me débarrasse juste d'eux. Je reviens.

-M-merci...ne me laisse pas seule...

Je prends une grande bouffée d'air et lui adresse un dernier sourire amical, avant de me lever et de courir vers le rocher. Merci au dieu des facilités scénaristiques, à l'intervention aléatoire, je parvins à monter assez facilement sur la façade. Pour la première fois depuis un bout de temps, je dégainai Turbulence dont le bruit métallique eut pour effet de faire taire les beuglements. Les plus proches du rocher s'éloignaient à la vue de la lueur de l'épée, c'était toujours ça de pris pour les calmer. Ma respiration semblait se couper à cet instant précis.

Ces visages...ces visages que j'entrevoyais à peine...ces visages vidés de toute humanité...ces visages cauchemardesques et familiers à la fois. Ces visages étaient des visages de demi-dieux en tous genres, des grecs, des romains. Et c'était principalement les fameux disparus recherchés depuis des mois, les demi-dieux qui sont partis à la recherche de cette faille et qui ont succombés avant nous. Depuis des mois, cette armée macérait dans son aura noire, n'attendant que des nouvelles victimes pour grossier leurs rangs. Pas de Grand Méchant à combattre...juste nos proches.

L'un d'entre eux eut l'audace de saisir ma cheville du bout du bras, que je repoussais d'un coup d'épée. Turbulence fut tâché de sang. De véritable sang. Mon petit plan pouvait marcher. Je tendis l'épée devant moi, en comptant sur la lueur du bronze céleste comme bouclier, en la tenant de la main gauche. Je tendis aussi la main droite, en fermant les yeux et me concentrant sur l'eau qui pouvait avoir à proximité. Et il y en avait. Une grande flaque, dure à manier, mais une source si évidente. Les cris passèrent en sourdine dans ma tête, je ne me focalisais plus que sur l'eau. Uniquement l'eau, celui contenu dans le sang de mes opposants. Il bouge, il se rebelle, il ne veut pas m'écouter. Je sens mes paupières se serrer et mes sourcils se froncer, je donne un nouvel ordre plus ferme. Il hésite, il se sent faillir. Il est sur le point de succomber, je ferme ma main et serre mon poing. Il succombe. Les bruits s'arrêtèrent tout court.

Mes yeux s'ouvrirent brutalement, admirant le spectacle de ma maîtrise de sang. Trop d'informations circulaient dans ma tête, trop de connexions, de circuits, de possibilités. Un immense battement résonnait dans mon crâne, celui synchronisés des corps que je maîtrisais. Je pouvais tout leur faire faire. Mon bras se penche sur la droite, ils suivent tous le mouvement -certains tomberont même. Sur la gauche, ils s'écrasaient les uns et les autres sur les façades de pierres. Je ressentais leur rage et leur désespoir, j'étais trop près de leur aura...mais c'était grisant. Mon moi moral me murmurait de m'arrêter alors que le Percy enragé hurlait de continuer. Ce mélange de toute puissance, de silence d'effroi, de déchirement interne était...à vrai dire...plaisant ? Pas au point de me séduire définitivement du côté obscur, mais tout de même agréable.

Je serre encore un peu plus le poing, la sensation m'emporte. Turbulence tomba à terre, mais je ne le remarque pas, mes deux mains avaient du sang entre leurs paumes. Je fais un grand geste, le sang à l'intérieur des corps circule plus vite. Très vite. Trop vite pour certains, qui s'écrouleront immédiatement. J'avais tué certains de mes semblables, sans que je ne réalise dans l'immédiat. Un rire nerveux sortit de mes lèvres, petit-à-petit le pouvoir m'emportait. Je pouvais claquer des doigts, certains cœurs feraient de même. Je pouvais lever le bras, et remplir leurs cervelles comme des éponges (je ne pense même pas avoir été dégoûté en voyant certaines paires d' « yeux» pleurer de sang). Je pouvais bouger, ils me suivraient.

Heureusement pour moi, je sentis une main attraper ma cheville par l'arrière, me sortant de ma transe. C'était Piper, le regard affolé...et surtout virant dans le noir obsidienne complet. Sa poigne était plus forte que d'habitude, mais à la fois plus frêle que jamais. Cela me permit de revenir immédiatement à terre, et de comprendre qu'elle commençait à devenir comme eux. J'avais pris trop de temps. D'un mouvement du bras, je fis valser les corps raides les uns sur les autres, et les bloquai. Enfin un peu de tranquillité de ce côté-là.

Je descendis du rocher en attrapant Piper par le poignet, avant de courir sur quelques hasardeux mètres pour l'isoler. Son visage était suintant, son regard perdu, et ses gestes aléatoires. Elle tremblait comme une victime d'hypothermie, et surtout respirait mal. Ses yeux fuyaient, comme s'ils voulaient se fermer, mais je l'obligeai à garder la tête droite.

-Piper, fixe-moi, c'est pas le moment de te rendormir !

-Percy...cet endroit, murmurait-elle en bougeant faiblement des lèvres, il me veut. Le lieu me veut.

-M-mais...qu'est-ce que tu racontes ? demandais-je, complètement paniqué.

-La faille...elle me...elle me parle. C'était SA voix...elle me parle.

Les voix me revinrent presque immédiatement en tête. Mon dos trembla, elles me chatouillaient de leur main froide. Elles nous avaient guidés jusqu'ici, je ne pouvais pas savoir où étaient les autres. Pourquoi moi, je n'en avais aucune idée. Ce que je savais, c'est qu'elles étaient sur le point de prendre Piper. La plus fragilisée mentalement parmi nous deux, surtout après notre passage dans le voile. Qu'avait-elle bien pu voir de plus horrible que moi pour être ainsi ?

-Ne l'écoute pas Piper, commençais-je d'une voix tremblante. Concentre-toi sur moi, relève ta tête et fixe mes yeux. Voilà, comme ça, tu n'as pas intérêt à tomber dans les pommes maintenant. Parle-moi, dis-moi ce qu'il ne va pas.

-Je...j'ai froid. Très froid. J'ai le sang chaud...mais j'ai l'impression de mourir au fond de moi.

-O-ok...je, je vois. On va s'en sortir, tu m'entends ? Tu...tu verras, on va revenir sains et saufs.

-Percy...je ne veux pas. Je ne veux pas revenir saine et sauve. Je ne veux pas, je ne peux pas, je n'y crois pas.

Elle craquait. Cela se voyait, cela se sentait, et c'n'était pas agréable à voir. La voir ainsi tremblante, les larmes aux yeux, la voix chevrotante, et l'envie de mourir en tête...j'espère sincèrement pour vous que vous n'aurez jamais à vivre pareille situation avec vos proches. Elle craqua finalement, l'envie de se retenir avait disparu. Les larmes sortaient de ses yeux comme un incendie se répandait en forêt, comme si sa douleur se faisait rejeter comme un intrus. Dos toujours plaqué contre le mur, et la tête entre les mains, Piper était de moins en moins contrôlable. Ses ongles griffaient son visage, et ses cris résonnaient dans l'espace désormais vide. Elle voulut tomber au sol, mais je la retins dans mes bras. Même si la situation pouvait paraître étrange, à vrai-dire, je la laissais faire. Nous étions seuls, complètement seuls.

-J-je ne veux plus être seule, m'avoua-t-elle enfin dans un râle. Tr-trop longtemps...je l'ai été trop...longtemps...

Elle accentua un peu sa poigne. J'étais sec d'à peu près tout : de paroles, de pensées, d'émotions, d'idées. Je n'avais que de la peine pour cette fille que je connaissais uniquement d'apparence. Pour cette fille qui partait d'un visage que je connaissais, que je n'arrivais plus à situer. Tout simplement pour cette fille qui n'a pas eu de chance parmi les demi-dieux. Mes bras se resserrèrent fraternellement autour de ses épaules, et ma bouche chuchote.

-Tu n'es pas seule. Je te promets que dès qu'on reviendra, tu pourras tout me dire.

-Tout ? demanda-t-elle avec une pointe surprise dans la voix.

-Yep.

La discussion coupa très court, les bruits reprenaient. Nous nous séparâmes aussi brutalement qu'à son réveil, puis en alternant nos regard entre le rocher et nos yeux simultanément. Elle comprend immédiatement dans mon regard que je n'étais pas certain de pouvoir refaire ce que j'avais fait. Et je comprends qu'elle a une idée.

-On se casse ?

-On se casse, LE PLUS VITE POSSIBLE !

Alors nous nous mîmes à courir. Heureusement, Piper avait repris assez de forces pour qu'on puisse faire de plus grandes enjambées et de courir LARGEMENT plus vite. Quelques minutes à peine nous avait suffi pour les semer, mais nous étions sur le point de cracher nos poumons. Jusque-là, je me disais que rien ne pouvait être encore plus bizarre...puis j'ai vu Piper prendre un gros caillou et le jeter en bas des falaises.

-M-mais...

-Attends, m'interrompit-elle en me pinçant la bouche, j'ai vu quelque chose en bas.

Nous attendîmes. Une seconde. Dix secondes. Vingt. Cinquante. Puis un bruit fendit l'air, et se ficha à côté de mes oreilles. C'était une flèche, classique, venant tout droit du camp grec. Le temps d'échanger un regard étonné avec Piper, elle se jeta sur le message accroché tandis que je me mis à découvert, à la recherche...de la plus belle armée que j'avais vu de ma vie.
Un grand attroupement de demi-dieux grecs et romains, en visiblement bonne santé, se tenait en bas. Sous le même fanion, le symbole des deux mythologiques sur fond violet et orange. Je voyais toutes les têtes, encore vivantes, que je connaissais et même des inconnus complets. À la fois émerveillé par le spectacle et stupéfait qu'Annabeth, que je voyais en contrebas dans son armure en tête de file, ait pu lancer une initiative pareille, je n'entendis presque pas le message que lisait Piper.

-« Nous avons avec nous Jason, Nico, Hazel et Franck, ce sont eux qui ont trouvés en premiers la faille et qui nous ont guidés jusqu'ici. Rejoignez-nous-en bas, Nico viendra vous chercher que quand vous serez à vue. ». On est les derniers, visiblement...

-Pour une fois, j'vais te le dire, je suis plutôt content d'être le dernier, dis-je avec un sourire au coin du visage.

-Tu penses qu'ils savent pour...eux ?

Je relançais un regard en contrebas, reconnaissant le trio de tête accompagnant Annabeth. Clarisse, allure plus guerrière que jamais même si son visage était trop lointain pour en être persuadé, et Reyna qui -littéralement- pétait la classe. Jason et Nico se tenaient un peu plus à l'arrière, comme pour se ressaisir. Franck et Hazel allaient bien.

-Aucune idée...mais dans le doute...

On échangea un dernier regard. Un peu plus positif, mais aussi un peu plus paniqué. On fonçait tout droit dans une mission-suicide, on le savait, mais c'était bien le grand jour de toute façon. J'entendis quelques grondements dans ma tête, ça ne provient pas du voile mais de la faille elle-même. On devait faire vite, les prévenir à temps.

-Allons-y ! hurlâmes-nous alors, en commençant notre course.

TO BE NEXT...

Salam les gens, j'espère que ce chapitre (qui a été très dur à faire à cause de la scène du cauchemar de Piper) vous aura plu. On approche très rapidement du grand final de ce tome 1, que je compte faire avec presque que de l'action. Je souhaite un bon ramadan à ceux qui jeûnent et même aux autres, merci de votre attention ^^

CHAPITRE 11 : La bataille des enfers. 17 Juin 2018.