11-15 avril 514
Une aube pâle se lève sur la ville. Cerise a mal dormi. La tête encore pleine de ses cauchemars, elle hésite entre se poser des questions à ce sujet, ou accepter ce fait comme habituel pour elle.
Elle mange sans appétit, refusant poliment les friandises que lui propose l'infirmière de garde. Dans sa tête, les images s'enchaînent, lugubres et douloureuses. Sakura et Saturnin sont inquiets, mais ils ne peuvent rien faire pour l'aider.
Dans son laboratoire, Chen est aux anges. Il a trouvé de quoi garder Cerise occupée et loin de lui pour de nombreux jours. Cela lui laissera un peu de temps pour trouver un assistant mâle afin de remplacer Cerise qui remplace Kazumi, et maintenir l'effectif minimal du laboratoire.
Devant le poste d'ordinateur en libre-service, elle glisse sa carte de dresseur dans la fente. Elle songe qu'il faut encore la mettre à jour, maintenant que ses pokémons ont évolué.
Un message l'attend dans sa boîte aux lettres électroniques.
De : professeur Chen
À : assistante Cerise
Objet : Mission à l'arène
Bonjour Cerise,
J'ai bien reçu tes informations concernant les évolitions ; comme exercice, essaye de rédiger des articles sur tous les pokémons que tu as enregistrés à ce jour.
Pour le moment, Arakaki Saori de l'arène de Mabashi a besoin de quelqu'un qui aille vérifier ses hypothèses et enregistrer ses découvertes.
J'attends ton rapport avec impatience,
Chen
Elle soupire tout en prenant l'adresse de l'arène. Comment pourrait-elle vérifier quoi que ce soit sans les connaissances de base nécessaires ? Elle n'a aucune formation en étude des pokémons ! La génétique et l'informatique sont les seuls domaines de connaissance dans lesquels elle a l'impression de pouvoir se défendre un tant soit peu. Et l'interprétation de données, tant que ça reste relativement simple. Tant pis. Elle n'a qu'à prendre note de tout ce qui lui sera dit et de tout ce qu'elle verra, et envoyer un rapport sans conclusion au professeur.
Chen se renverse dans sa chaise en souriant. Il pense, satisfait, que cette petite énigme va tenir Cerise occupée et loin du laboratoire où, trop dynamique et non familiarisée avec les lieux, elle dérange le train-train quotidien.
Arakaki Saori, directrice d'arène, est grande et élancée. Ses puissantes épaules sont celles d'une nageuse émérite et ses lourds cheveux noirs sont coiffés en une tresse qui repose sur son épaule. Elle est approximativement âgée d'une trentaine d'années. Elle reçoit Cerise dans son bureau.
- Je suppose que vous êtes venue pour le badge ? Je suis vraiment désolée, mais l'arène est fermée aujourd'hui.
- Vous n'y êtes pas du tout ! C'est le professeur Chen qui m'envoie !
- Ah, enfin ! Vous êtes l'élève qu'il envoie ? Cerise, c'est ça ?
- Oui, c'est bien moi !
- Il m'a demandé de ne pas vous révéler trop tôt ses conclusions, aussi vais-je commencer par le commencement... Et bien, depuis quelques temps, d'étranges créatures grosses comme un ongle apparaissent à intervalles de temps régulier dans mes bassins. J'ai commencé par penser à des parasites quelconques et j'ai donc signalé à la municipalité que l'eau qu'ils me fournissent est loin de respecter les exigences de mes protégés en matière d'hygiène !
Cerise lui fait signe de continuer tout en prenant des notes.
- J'ai également remarqué que mes hypocéanes se battaient entre elles environ deux semaines avant les épisodes invasifs.
Cerise acquiesce doucement.
- Je pense qu'il vous serait aussi utile de savoir que je suis directrice d'arène ici depuis bientôt cinq années. Les bassins sont ceux installés par la précédente titulaire du titre, ma cousine Ondine, et l'eau est fournie par la municipalité. Les épisodes invasifs durent depuis deux ans environ.
- Je vois... murmure Cerise tout en prenant des notes.
Sa tête commence déjà à lui faire mal. Machinalement dans sa tête elle commence à classer les informations et les évènements, comme si elle avait fait ça toute sa vie.
- Et la précédente directrice d'arène n'avait pas signalé de problèmes en ce sens, continue Arakaki. Non, aucun ; mais d'un autre côté, elle possédait moins de pokémons et moins d'élèves que moi. Les bassins étaient donc moins occupés...
- Donc ça a un rapport avec la surpopulation ?
- C'était notre première hypothèse de travail, au professeur Chen et à moi ; la municipalité a fait plusieurs inspections, dont voici les résultats. Chen les a déjà eus.
Arakaki ouvre un tiroir de son bureau et en sort un dossier.
- Voilà.
Cerise le feuillette. Le bassin principal, celui dans lequel apparaissent les poissons parasites, a un volume supérieur au volume minimal requis pour la détention des pokémons qui habituellement s'y ébattent, à savoir : le lockhlass d'Arakaki, son poissoroy, les deux poissoroys et cinq poissirènes de ses élèves, son staross, celui d'un de ses élèves et les deux staris de ses élèves, le léviator d'Arakaki, son hyporoi, les trois hypocéans et les hypotrempes de ses élèves, les quelques écayons des élèves et son propre luminéon. Le bassin de combat, non infecté, respecte lui aussi les normes. Les trois bassins de repos, où sont isolés les pokémons blessés, ne sont pas infectés et le plus grand est d'une taille légèrement supérieure à la norme requise pour un léviator.
- Notre arène n'est pas agréée pour l'accueil de wailords, précise Arakaki, mais nous pouvons temporairement permettre à des wailmers d'occuper un bassin de repos ou le bassin de combat.
Cerise étale devant elle les plans de l'arène. Elle commence à se prendre au jeu. Arakaki continue de sourire doucement tout en contemplant Cerise. Cela lui réchauffe le cœur de voir une élève de Chen en plein travail. Cela la rassure sur l'avenir du laboratoire du vieil homme, très populaire une quinzaine d'années auparavant, lorsque Chen avait encore sa vigueur et le dynamisme de sa jeunesse. C'étaient de beaux jours alors, et les laboratoires de province étaient respectés. Le travail de Chen sur Suicune et Célébi, entre autres, lui avait valu une place parmi les plus grands. Mais maintenant, Tôdai hélas reprend ses droits en tant que meilleure université et meilleur laboratoire de tout le pays, notamment depuis l'intervention de la vieille Oshiro du Conseil des Quatre de la région. Cette femme, en prenant sa retraite, avait fait don d'une partie de sa fortune « au meilleur laboratoire de recherches du pays », et Tôdai avait bénéficié de sa générosité.
- Et donc, interroge Cerise, impatiente d'obtenir le plus de données possibles, les bassins de repos sont légèrement plus chauffés que les autres, et ils sont vidés et désinfectés après chaque usage, c'est bien ça ?
- Oui oui, tout à fait.
- Le bassin de combat est vidé et désinfecté toutes les semaines.
- Oui oui.
- Le bassin principal est équipé de suffisamment de filtres homologués, et le renouvellement de l'eau a un rythme supérieur à ce qui est demandé pour ce type d'installation. Donc le problème apparemment n'est pas matériel. Hum... voilà qui est bien mystérieux...
Arakaki sourit et continue ses explications.
- J'ai tout essayé ; j'ai fait suivre des traitements antiparasites à mes pokémons, pensant que ça venait d'eux ; ça n'a rien changé.
Cerise alors prend sa tête entre ses mains. Elle pose mentalement les données du problème. Aucune solution ne se présente à son esprit, sauf peut-être...
Elle regarde Arakaki dans les yeux et continue son interrogatoire.
- Est-il possible d'ouvrir la coupole au-dessus des bassins ?
- Oui, bien évidemment ! Nous le faisons le plus souvent possible, afin que les pokémons aient de l'air frais et l'impression d'être dans la nature.
- Et, est-ce que les pokémons sauvages volants, ou d'autres créatures non-pokémon, pourraient avoir accès aux bassins ?
- Oui, c'est tout à fait possible. Vous pensez donc que ces créatures dans mes bassins sont des petits déposés par des animaux sauvages venant de l'extérieur ?
- Oui, à moins que ces animaux sauvages n'aient servi que de vecteur, transportant les œufs ou les larves à leur insu.
Arakaki sourit. Elle n'en attendait pas moins de la part d'une élève de Chen. Une hypothèse claire et fulgurante, qui ne saute pas tout de suite sur la solution de facilité qui exalte pourtant tous les dresseurs – le nouveau pokémon. De la retenue, de l'esprit d'analyse, une vraie enquêtrice de police sous le nom d'assistante pokémon.
Puis elle regarde plus attentivement la personne en face d'elle. Cerise est résolument adulte, bien que sa petite taille puisse fausser l'impression. Pourquoi donc une adulte deviendrait-elle l'assistante du professeur Chen ? Et puis, le visage de Cerise lui semble familier... Avec des cheveux longs... un sourire éclatant... Ne l'aurait-elle pas déjà vue quelque part ?
Non, elle doit confondre. Le physique de Cerise est tellement commun ! Des centaines de jeunes Japonaises doivent lui ressembler. Qu'est-ce qu'une inspectrice de police de Mito ferait au service du professeur Chen, de toutes façons ?
Bon, autant l'aider un peu dans la résolution du problème. Avec l'expérience, elle finira par voir ce genre de solutions du premier coup d'œil. Chen a bien tort d'être dur avec elle. Certes, elle ne vaut pas ce jeune homme si doué, parti faire ses études à Tôdai... quel était son nom déjà ? Il avait fait la une des journaux quelques années auparavant, lorsque Chen l'avait présenté à la presse comme son héritier...
La championne d'arène secoue la tête. C'était le bon vieux temps, et il est révolu. À présent se trouve devant elle une jeune femme qui visiblement peine à résoudre l'énigme.
- Et si je vous dis que, pour chaque espèce de pokémon dans les bassins, il y a bien au moins un mâle et une femelle, tous deux à leur dernier stade évolutif, c'est-à-dire en pleine possession de toutes leurs capacités de reproduction ?
- Je ne vois pas où vous voulez en... (soudaine lueur de compréhension sur son visage) venir ?
Arakaki sourit tandis que Cerise éclate de rire, de bon cœur.
- Oh, que je suis bête ! Que je suis bête ! Je cherche vraiment trop compliqué !
- En tout cas le mystère est résolu ! Enfin, c'est un honneur pour moi que de vous avoir ici à l'arène, afin d'enregistrer les nouvelles espèces. Elles sont déjà signalées à Chen, il a surtout besoin de données pokédex pour pouvoir travailler.
- Et bien, commençons, si vous le voulez bien !
Arakaki rit doucement.
- Évidemment ! Il y a eu de nouvelles couvées il y a peu, et je n'ai pas encore fait purger le bassin.
Cerise suit docilement la trentenaire jusque dans la salle principale. Elle est étonnée d'entendre Arakaki parler de « purger » le bassin de tous les bébés pokémons. Mais après tout, elle est maîtresse chez elle, et que faire d'autre avec les dizaines d'œufs que pondent les poissons ?
- Bienvenue à l'arène d'Utsunomiya !
Cerise en a le souffle coupé. La salle est immense. Sur un côté trône l'immense bassin principal ; les gradins pour les spectateurs des combats permettent d'accéder à une plateforme semi-flottante. Le bassin en lui-même reproduit un décor de fond marin.
Les bassins de repos sont sur le côté opposé de la salle. Pour le moment vides, ils sont équipés des dernières nouveautés en matière de suivi de pokémons aquatiques.
Enfin au milieu de la pièce s'ouvre le bassin de combat, austère et carrelé comme une piscine olympique.
Arakaki fait signe à Cerise : il va falloir enfiler une combinaison de plongée avec bouteilles et masque afin d'étudier de plus près des alevins et larves nés quelques jours auparavant.
Alors que, palmes aux pieds et bouteilles sur le dos, Cerise sort du vestiaire (qui heureusement se situe au même niveau que la plateforme de plongée du bassin principal), Arakaki pousse un hurlement :
- Vite ! Viens voir !
Cerise bondit, pokédex à la main, et, les yeux grands ouverts, assiste à (et enregistre) une scène rarement observée : la naissance de petits hypotrempes.
Le petit hypotrempe qui vient de naître ressemble comme deux gouttes d'eau à un hypotrempe normal, excepté sa couleur légèrement plus pâle et sa petite taille. Pondus par la mère, ils sont couvés dans la poche ventrale du père qui, le jour de la naissance, les expulse hors de son corps. C'est cette scène que Cerise filme, yeux exorbités.
- Vous croyez que c'est normal ? interroge-t-elle, paniquée.
- Si tu consulte ton pokédex, tu verras qu'il est aisé de différencier les hyporois mâles de par leur poche ventrale. Ce sont eux qui couvent les œufs jusqu'à éclosion.
- Donc c'est... normal ?
- Bien entendu ! Et si tu veux mon avis personnel, si l'hypocéan mâle ne se reproduit pas, c'est qu'il n'a pas la poche nécessaire pour couver les œufs, laquelle poche n'apparaît que lorsqu'il est assez robuste pour survivre à la naissance des petits. Les expulser de la poche est horriblement épuisant. C'est pour cela que chez les hypocéans, ce sont les femelles qui se disputent les faveurs des mâles.
Elles plongent dans le bassin. Tout au fond, les staris et staross sont étendus par terre, leur joyau brillant sur la face supérieure de leur corps.
Le pokédex annonce :
- Stari, staross. Pokémons Étoile et Mystérieux. Stari régénère ses tentacules perdues tant que son joyau est intact. Celui-ci pulse et luit, servant de moyen de communication pour cette espèce dont les individus parfois se laissent flotter à la surface de l'océan. Ce comportement est plus particulièrement observé à la fin de l'été. Staross est une créature mystérieuse qui communique en faisant luire son joyau. C'est à ce dernier que l'espèce doit son surnom de « joyau des mers » et la tradition veut que l'espèce soit liée aux étoiles du ciel. Souvent le ventre et le dos de ces deux créatures sont confondues. La bouche se trouve sur le dessous ; le sable qu'elle avale se cristallise autour de son anus, situé sur le dessus, pour former le joyau caractéristique de ces espèces.
Cerise hausse un sourcil, surprise. Elle n'aurait jamais imaginé que ces créatures étoilées puissent biologiquement fonctionner à l'inverse de ce que le bon sens populaire tient comme acquis.
Arakaki sourit derrière son masque de plongée. C'est toujours émouvant pour elle de voir les jeunes dresseurs parcourir le monde et plonger à ses côtés pour découvrir les mystères des pokémons eau. Elle commence à s'habituer au fait que Cerise soit adulte. Après tout, c'est peut-être mieux comme ça. Les routes sont si peu sûres pour les enfants, même accompagnés de leurs pokémons !
Les poissirènes et poisoroys s'ébattent gaiement entre les algues géantes. De temps en temps ils gobent l'une des larves qui s'agitent dans le bassin, ou l'un des hypotrempes transparents venant à peine de naître. Cerise interroge Arakaki du regard ; celle-ci lui fait comprendre que telle est la loi de l'océan.
Arakaki fait signe à Cerise ; ensemble elles parviennent à capturer les trois types de larves. Puis elles remontent. La directrice d'arène va préparer un bassin de soin tandis que Cerise complète l'entrée pokédex d'hypocéan et d'hyporoi avec les informations données par Arakaki.
- Note concernant la reproduction : si le mâle n'est en état de se reproduire qu'à son dernier stade d'évolution, la femelle le peut dès son deuxième stade.
Deux hypocéanes, sous les yeux de l'hyporoi épuisé, se livrent un combat acharné. Cerise filme la scène afin de compléter le pokédex.
Au final, la femelle gagnante va se frotter au mâle qui la repousse. L'hypocéane se met à poursuivre le mâle qui tente par tous les moyens de lui échapper. Finalement, dans le coin opposé du bassin, l'hyporoi laisse l'hypocéane lui déposer une série d'œuf transparents et ronds ; elle se tortille et s'agrippe au mâle tout en écumant puis, après quelques minutes de ce manège, le laisse enfin tranquille. Une fois que la femelle a le dos tourné, le mâle tente de se défaire des œufs d'un brusque tour de rein, mais la femelle l'attrape de sa queue pour le faire tenir tranquille. En dernier recours, il lui crache un ouragan et vide sa poche à la hâte. Pour être sûr que la femelle ne revienne pas à la charge, il nage promptement jusqu'au léviator et de sa queue s'ancre à l'une de ses cornes frontales. Cerise parachève son entrée :
- Chez ces créatures, les femelles prennent l'initiative de la parade et de l'accouplement, allant jusqu'à se battre entre elles afin de gagner les faveurs du mâle. Le comportement de la femelle peut aller jusqu'au harcèlement ; vérifier si ce comportement est induit uniquement par la captivité et le faible nombre de partenaires disponibles, ou s'il est observé à l'état sauvage également.
Ensuite, installée tranquillement sur les gradins, ses bouteilles d'oxygène posées à ses côtés, elle observe les deux types de larves et crée des entrées anonymes.
- Larve type A. La tête est ronde et les yeux énormes et globuleux. Le corps, beige clair, présente des taches plus foncées. Sur le ventre, une boule, peut-être une réserve de nutriments. La queue est longue et fine. Aucune trace de nageoires.
- Larve type B. Sur l'avant, une sphère d'un blanc opaque. Le corps en lui-même, jaune-orange translucide, a une forme de feuille de chêne avec neuf lobes. Les premiers lobes se situent de part et d'autre de la tête, comme des antennes. L'ensemble des lobes ondule pour avancer.
- Larve type C. Les yeux sont noirs et le corps effilé. Les flancs sont blancs et le dos est rose. Une paire de toutes petites nageoires de chaque côté de la tête.
Arakaki fait signe à Cerise qui enlève ses palmes pour la suivre. Les larves sont installées dans les bassins et de la nourriture leur est donnée à profusion.
- Il n'y a plus qu'à attendre pour voir ce en quoi elles évoluent ! indique Arakaki. Je n'ai pas envie de te donner la solution moi-même ! C'est à toi de le découvrir !
Cerise acquiesce tout en la suivant vers les vestiaires, afin d'ôter sa combinaison étanche.
Le soir venu, Cerise communique les dernières informations obtenues au professeur Chen.
- Bonsoir professeur !
- Bonsoir Cerise. Comment avancent tes recherches ?
- Professeur, voici les photographiques que j'ai pu prendre des poissons étranges infestant le bassin principal de l'arène.
- Chut ! Pas si fort ! Si les clients du centre t'entendent, ils vont penser à des parasites ! Ce sont des pokémons, Cerise ! Traite-les avec le respect qu'ils méritent !
Elle se mord la lèvre inférieure, honteuse, et poursuit :
- D'après les observations d'Arakaki, il s'agit des premières larves de stari, de magicarpe et de poissirène obtenues en captivité. J'ai également obtenu une vidéo de la parade amoureuse et de l'accouplement chez hyporoi, ainsi que les rarissimes images de la naissance d'hypotrempes en captivité.
- Mais tais-toi donc ! Tu veux que les autres laboratoires nous volent la nouvelle ?
Cerise soupire.
- Bon, je vous transmets les informations.
- Ne compte pas sur moi pour rédiger les articles !
- Pardon ?
Chen a un sourire machiavélique. Voilà de quoi l'occuper. Elle n'aura qu'à rester au centre pokémon d'Utsunomiya pendant ce temps. Elle sera loin du laboratoire et lui, il sera tranquille.
- Ce sont tes découvertes, c'est donc toi qui rédigeras les articles. Je garde une copie des données, mais je veux que tu ne reviennes au labo qu'avec la descriptions complète des nouvelles espèces, comme je te l'ai demandé. Maintenant laisse-moi, j'ai à faire.
Il coupe la transmission. Cerise se prend la tête à deux mains : il lui faut dès à présent étudier de très près le comportement des larves, leur nourriture, leur croissance... Ce qui est loin d'être de tout repos. Heureusement qu'elle a Arakaki pour l'aider !
Trois jours durant, elle suit les larves dans leurs aquariums, les mesurant toutes les deux heures et ne prenant que peu de repos. Arakaki lui annonce au matin du quatrième jour, alors que Cerise se réveille d'une courte sieste, l'évolution des larves C, ou poiscailles, en poissirène ; des larves A, ou magialvins, en magicarpes et des larves B, ou starlas, en staris.
La rédaction sommaire des données et le tracé des courbes ne suffit pas à Chen, qui la charge de recommencer encore une fois en lui donnant des indications très précises sur la manière de procéder. Et en insistant bien sur l'importance des références bibliographiques. C'est, d'après lui, un bon entraînement au travail d'assistant.
Cela n'est pas pour fâcher Cerise, satisfaite de pouvoir prendre quelques semaines pour elle. Elle commence par visiter la ville tout en prenant des notes sur son dictaphone.
- Bien. Communiqué concernant le pokémon ptithyéna. Le ptithyéna est la préévolution de medhyéna. De taille réduite, son pelage est gris clair, sans trace de noir, contrairement à ses évolutions. Régime carnivore, type ténèbres. Pour le moment son movepool est inconnu, la logique veut que sa première attaque soit morsure. Les modalités d'évolution sont encore inconnues, mes propres expériences me laissent à penser que ptithyéna évolue par amour pour son dresseur.
- Communiqué concernant le pokémon poussikwak. Poussikwak est la préévolution de psykokwak. Plumage marron marbré, queue striée, ailes invisibles. Nage bien à la surface de l'eau. Nourriture : graines de petite taille, bouillie de farine de céréales. Poussikwak semble évoluer par expérience du combat. Son movepool se résume à l'utilisation de l'attaque trempette mais il se rattrape lors de son évolution en apprenant griffe et tourniquet.
- Communiqué concernant le pokémon vénéreine.
Elle soupire puis fouille au fond de ses souvenirs, à la recherche des détails concernant l'insecte.
- Ce pokémon est de type insecte/poison, comme dardargnan. Il s'agit de la femelle reproductrice de la colonie de dardargnans, qui ne quitte que rarement voire pas du tout le nid. Elle pond des œufs qui sont aussitôt pris en charge par les ouvrières et ouvriers du nid. Le nid en lui-même est fait de bois mâché puis aggloméré ; les fibres sont loin d'être aussi fines que pour du papier ou du carton. L'agressivité des dardargnans gardant le nid s'explique par la nécessité de conserver le seul individu de la colonie qui soit capable de se reproduire. Le movepool de vénéreine sera délicat à déterminer, étant donnée la dangerosité d'une colonie de dardargnans et l'impossibilité virtuelle de sortir vivant d'un de leurs nids.
Elle sourit en repensant à la façon barbare et violente avec laquelle elle s'est elle-même extirpée d'un nid de dardargnans.
- Nous supposons que la larve et le cocon de vénéreine sont identiques à ceux des dardargnans, mais cette théorie reste à vérifier.
- Communiqué concernant les évolitions.
Elle soupire. Une main tapote sur son épaule : c'est Léo, en ville pour faire quelques courses.
- Hé, Léo ! s'exclame Cerise en se retournant. J'étais justement en train de réfléchir sur un exercice de communiqué écrit concernant les évolitions, que me réclame Chen. Si tu as du temps, nous pourrions bosser ensemble dessus ?
Léo sourit.
- Seulement si tu m'aides à faire les courses ! répond-il.
Bras dessus, bras dessous, Cerise et Léo font le tour du marché, devisant tranquillement de la pluie et du beau temps.
- Et donc, ce jour-là, ma sœur et moi avons décidé de faire une trêve afin de donner une bonne leçon à ce gosse avec un tadmorv.
- Et vous avez réussi à vous venger ?
- Non ; trois jours plus tard, alors que nous avions finalement mis au point un traquenard dans lequel nous pensions qu'il ne manquerait pas de tomber, il a été envoyé en voyage initiatique.
- Quel dommage ! Tu ne l'as plus revu ensuite ?
- Non, sa mère a dit qu'il avait trouvé du travail en ville. Il envoie de temps en temps une lettre, un peu d'argent, un bouquet de fleurs... Mais il n'est jamais revenu à Utsunomiya.
- Tokyo est vraiment une ville cannibale, elles aspire les scientifiques, les fils de bonne famille...
- Oh, ce n'est pas toujours le cas ! Ma famille s'est beaucoup dispersée mais la plupart de mes camarades d'école préparatoire se revenus vivre ici. Quant à Arakaki, elle respecte la tradition familiale et s'occupe de l'arène.
- Oh, tu la connais ?
- Oui, sa famille est très connue ici pour son arène type eau. On dit que ça fait plus de deux cent cinquante ans qu'ils élèvent des pokémons eau.
- C'est amusant, j'ai travaillé avec elle durant plusieurs jours concernant des bébés pokémons.
- Des bébés pokémons ? Je savais qu'elle étudiait des pokémons eau mystérieux mais j'ignorais qu'elle s'était lancée dans l'élevage...
- En fait, ses poissons-mystères ne sont autres que les stades infantiles de certains de ses propres pokémons ; savais-tu que les œufs des pokémons aquatiques ne ressemblent pas du tout aux œufs des oiseaux ?
- Ahon...
- Et, il faudra absolument que je te montre, j'ai filmé un accouplement entre une hypocéane et un hyporoi !
- Hypocéane ?
- Oui, hypocéan femelle...
- Alors hyporoi femelle, ça donne quoi pour toi ? Hyporeine ?
Ils rient ensemble de bon cœur.
- Dis-moi, Cerise, j'ai vu deux de tes trois pokémons ; pourquoi ne sors-tu jamais le troisième ? Il est puni ?
Elle sourit doucement.
- Newton est très, très vieux et très, très fatigué. Il arrive doucement sur sa fin, alors je ne le sors presque jamais. Ceci dit, ça n'a pas l'air de beaucoup le déranger. Lorsqu'il est dehors de sa pokéball, il ne fait que dormir de toutes façons...
Les courses finies, Cerise loue une bicyclette et accompagne son camarade jusque chez lui. Il lui a gentiment proposé de l'aider à monter un dossier sur les évolitions.
- Vois-tu, il est important, dans le monde de la science, de produire le plus grand nombre possible d'articles scientifiques. Là où tu as envie de faire un seul dossier, regroupant à la fois les connaissances actuelles, les généralités, les descriptions par espèce, tu vas devoir ruser. Faire un article sur les connaissances actuelles. Un autre sur les généralités en matière d'évolution. Un autre sur les spécificités évolutives de chaque espèce – voire même un article par spécificité, si tu arrives à faire assez long. Puis un article par espèce. Pour finir, un article résumant les dernières découvertes.
- Ça fait beaucoup !
- Oui, et c'est nécessaire. En tant que scientifique, tu es jugée sur le nombre de publications auxquelles tu collabores. Donc si nous co-signons ces articles, cela comptera pour chacun d'entre nous.
- Le professeur Chen voudra certainement co-signer lui aussi...
- Ajouter son nom aux nôtres fera rejaillir sa gloire sur nous.
- Je ne suis pas certaine de tout comprendre...
- C'est le dur monde de la science.
Cerise reste pensive, puis ils s'attellent tous deux au travail.
Au Sanctuaire, Sérénité et Père devisent à propos de Kami, leur sujet de conversation désormais habituel.
« Je n'aime pas la tournure que prennent les évènements... » confie Père. « Il est plein de colère et de ressentiment, et tout ce qui passe par son cœur est transmuté en haine et en douleur. »
« Il n'a que vingt-et-un ans. » répond Sérénité.
« Raison de plus pour être vigilant. Sa puissance est sans limites, et elle grandit encore ! »
« Il est peut-être plus fort que toi ou moi, mais à nous deux nous parviendrons à le contrôler, au besoin. »
« Il a déjà fait tant de mal par le passé ! »
« Le passé c'est le passé. »
Père soupire. Il n'en est pas si sûr.
Sérénité lui pose la main sur l'épaule.
« Ne t'en fais pas. L'avenir est sans cesse en mouvement. »
Elle l'embrasse tendrement.
« Et le présent est à nous... » répond Père, souriant à-travers ses larmes.
Silencieusement, Sérénité exulte. Elle a enfin retrouvé le Père qu'elle connaissait.
Cerise a posé sa tête sur ses bras ; elle est effondrée à côté du clavier de l'ordinateur de Léo. Ses lunettes, qu'elle n'a pas enlevées, lui rentrent dans l'arrête du nez. Quant à Léo, guère plus vaillant qu'elle, il ronfle avec fracas, bavant sur son carnet de notes. Tendrement, sa mère soulève sa tête et essuie le carnet. Puis elle écarte les cheveux du front de Cerise.
- Tu as l'air si troublée, si tourmentée, pauvre petite. Et tu t'entends tellement bien avec mon Léo ! Si seulement tu voulais bien l'épouser ! Il aurait bien besoin d'une compagne telle que toi. Et même si vous n'êtes qu'amis... (soupir) Tu ressembles tellement à ma petite Yumi !
La vieille dame embrasse le front de Cerise qui, perdue dans ses cauchemars, fronce les sourcils.
Laboratoire. Les rattatas en cage ne sont pas stables, elle doit vérifier leur état toutes les heures. Elle ne dort presque pas, et les scientifiques qui travaillent avec elle murmurent dans les couloirs. Certains rappellent qu'elle a été tirée d'une maison de prostitution avant d'intégrer le laboratoire. D'autres la croient beaucoup trop jeune pour mener à bien les expériences.
Les assistants tournent autour d'elle, éternelles figures spectrales hantant les laboratoires. Elle surveille leur travail au moins autant qu'eux surveillent le sien.
Les jauges du panneau de contrôle indiquent que l'œuf reste stable. La variation du flux est infime.
Elle félicite les autres membres du laboratoires qui viennent d'entrer dans la salle, attirés par l'alarme.
- L'œuf va éclore d'ici quelques minutes.
Le chef d'équipe prend la direction des évènements en main.
- Liquide amniotique de synthèse ! Immersion de l'œuf !
Le cylindre se remplit peu à peu.
- Qu'en est-il de la vérification de la stérilité de la chambre ?
- Tous les indicateurs sont au vert !
- Remplissage à dix pour cent !
- La coquille commence à se fissurer !
- Niveau de conscience critique ! Sept pour cent !
- Augmentation du flux analgésique à dix-huit unités !
- Remplissage à vingt-deux pour cent ! L'œuf est immergé !
- Fissuration de la coquille : quarante pour cent !
- Niveau de conscience en baisse ! Six virgule sept pour cent !
- Remplissage vingt cinq pour cent !
- Conscience à six virgule quatre !
- Fissuration à cinquante-cinq ! Ouverture de l'œuf !
- Remplissage à trente-et-un pour cent !
Elle regarde, le front appuyé sur le plexiglas, fascinée. Les éclats de coquille remuent, poussés par le pokémon qui tente de venir au monde...
Une rue quelconque dans une ville parmi tant d'autres. La maison qu'elle vient de quitter a une galerie vitrée, les barreaux des fenêtres sont ouvragés dans un style antique. Elle ajuste l'obi rose fuchsia qu'elle porte sur un kimono vert pomme. Avec son joli minois de tout juste onze ans, ça lui va très bien. À ses côtés, une roselia suit le rythme de ses pas : demi-cercle sur le côté, flexion de l'autre genou, pose du pied, arrêt. L'autre pied s'avance en formant un demi-cercle, flexion du premier genou, pose du second pied, arrêt. Ses getas noires à trois dents suffisent pour indiquer sa condition de courtisane. Le nœud de l'obi, réalisé devant elle, le confirme.
Demi-cercle, flexion, arrêt. Non loin, un homme la surveille, car les oirans, les courtisanes, ne doivent pas s'enfuir de la maison pour laquelle elles « travaillent ». Elle s'est habituée à cette présence silencieuse. C'est la règle.
Elle va jusqu'au bout de la rue, lentement, ses huit épingles à cheveux jaunes encadrant son visage terne et morne. Des peignes et autres ornements scintillent dans ses cheveux. Enfin elle s'arrête, regardant de droite et de gauche. Un homme s'avance. Il se penche à son oreille.
J'ai la marchandise.
Elle fait signe qu'elle l'a entendu et sort des plis de son obi un peu d'argent qu'elle a gardé, contre les règles de sa maison. L'homme compte les billets sans les regarder, les reconnaissant à leur taille. Puis il exhibe un paquet enveloppé d'un chiffon, qu'elle fait aussitôt disparaître dans les replis de son obi.
Ils échangent quelques paroles sans importance, puis elle lui donne ostensiblement la carte de la maison. Demi-cercle, flexion, pause, elle repart, tête droite, pour racoler des clients.
Salle principale de la maison close. Cela fait quelques temps déjà qu'elle travaille ici. Un peu moins de deux ans. Elle a ses habitués, clients et dealers. Ce genre de choses va vite dans le milieu.
Toutes les filles sont alignées ce soir, et étrangement ce n'est pas sur le balcon. Une jeune fille blonde décolorée est la cause de tout ce remue-ménage. Elle porte un kimono masculin noir avec une ceinture rouge nouée par-devant. Le patron de la maison la présente comme étant Murietta, venue sélectionner les meilleurs courtisanes pour son patron.
Murietta passe en revue les oirans et commence par évincer les plus vieilles. Ensuite elle va s'enfermer dans une salle annexe et fait rentrer les plus jeunes une par une.
En attendant son tour, elle sort son sac de tabac (ration de la journée) et y mêle certaines herbes. Elle se met à fumer sa longue pipe avec des gestes délicats, dévoilant le côté intérieur de ses poignets.
Enfin, c'est à elle.
- Sugar !
Elle avance dans la salle et la porte est refermée derrière elle. La dénommée Murietta semble avoir environ quatre ans de plus qu'elle. Seize ans. Le bel âge. L'âge d'être rachetée et de se marier. Ou de changer son carnet de clientèle, de passer des hommes mûrs aux jeunots.
- Déshabille-toi ! ordonne Murietta.
Elle sait quoi faire pour aguicher le client. Elle a acquis de l'expérience, depuis le temps. Délicatement elle pose sa pipe sur la table, après l'avoir éteinte. Elle tourne le dos à Murietta pour défaire son obi, jetant de temps à autres un regard par-dessus son épaule. Puis elle commence à faire glisser la première couche de vêtements de ses épaules.
- Enlève tout et retourne-toi !
Doucement Sugar se retourne en laissant glisser les étoffes sur sa peau nue. Murietta sourit.
- Juste ce qu'il faut de pudeur. Et si on te demande de le faire de façon provocante ?
Sugar sait le faire. Ça aussi, on le lui a appris. Elle remet ses vêtements souplement, renoue son obi et s'approche de Murietta, sourire aux lèvres. Elle dénoue lentement sa ceinture, se frottant à l'adolescente, sourire félin scotché au visage, yeux mi-clos et regard mort. Elle connaît son rôle par cœur. Puis, faisant de son obi une sorte de lasso, elle capture Murietta et la tire vers elle, tout en s'avançant. Elles sont toutes deux collées. Murietta commence à lui caresser le dos, mais elle n'a plus entre les mains qu'un kimono bleu fluo orné d'étoiles jaunes. Sugar prend un air faussement mutin et fait de son doigt un signe « attention si tu n'es pas sage je vais te punir » et envoie un baiser. Un autre vêtement tombe de ses épaules. Sugar porte un doigt à sa bouche en faisant « Oups... » et, dandinant des hanches, se penche en avant pour le récupérer.
Au bout de quelques minutes, Sugar est nue sur les genoux de Murietta, un air faussement innocent dans ses yeux noirs éteints.
- Parfait, concède Murietta. Passons aux choses sérieuses.
Elle enfile un gode-ceinture.
- Maintenant, je suis un homme, fais-moi grimper aux rideaux.
Mécaniquement, Sugar se met à genoux et répète ce que sa grande sœur lui a appris. Le plastique a un goût affreux.
Un éclair rouge, un élektek apparaît. Sugar tourne la tête, surprise.
- Si je te dis que ma seule façon de prendre mon pied, c'est t'entendre hurler pendant que mon pokémon te prend sauvagement ?
Sugar, les yeux humides, tremblante de terreur, parvient tout de même à contrôler le son de sa voix. Elle est à la merci du client. C'est la règle. Et puis, en quoi ça pourrait être pire que ce par quoi elle est déjà passée ? Elle connaît son rôle et ses répliques par cœur.
- Faites comme il vous plaira ; je ne suis là que pour servir votre plaisir.
Un sourire sadique illumine le visage de Murietta.
- Voyons jusqu'où tu es prête à aller pour un peu de blé...
Sugar ferme les yeux et serre les dents lorsqu'une décharge électrique lui vrille les reins ; elle laisse échapper un couinement de douleur. La décharge lui a fait l'impression de crampes soudaines.
- Continue !
La voix de Murietta est celle d'une folle furieuse ; Sugar soupire et prend son mal en patience, des larmes de douleur dans les yeux, des gémissements au bord des lèvres. Pour passer le temps elle chante dans sa tête.
« Un deux trois nous irons au bois... »
Le patron de la maison frappe doucement à la porte peu après que Sugar ait terminé de glapir. Il entrouvre le battant. Sugar, secouée, pleine de crampes, n'arrive pas à se rhabiller. Murietta caresse son membre artificiel. L'élektek est retourné dans sa pokéball. Avec des yeux d'experte, elle examine les pokémons de Sugar : une roselia, un blindalys, et surtout, un nostenfer.
- Est-ce que tout va bien ? interroge le patron.
Murietta sourit en montrant ses canines.
- Tout va pour le mieux. C'est elle que je vais garder.
- Ah, content que vous ayez trouvé une personne convenable. Les autres avaient un air bizarre en sortant de la pièce...
- Vous pourriez sortir ?
Il se retire. Ce n'est pas à lui de juger ce que les clients font avec la marchandise. Son boulot à lui est de veiller à ce que ladite marchandise soit convenablement payée. Et qu'elle ne s'enfuie pas.
Murietta étend ses jambes sur la table, avachie sur les coussins. Elle sort de son sac une poignée d'herbes et les bourre dans une pipe qu'elle allume avec délectation. Sugar reconnaît l'odeur caractéristique des feuilles de chanvre.
- Tu peux fumer avec moi si tu veux.
Sugar saisit la pipe et tire une bouffée, sans s'être rhabillée. La fumée la calme. Sa vue commence à se troubler. Elle se sent mieux.
- Tu en as eu du cran de voler le nostenfer du boss...
Sugar ne répond rien. Sans doute, l'élektek était sa punition. Peu importe. Elle ne voulait pas le nostenfer, elle voulait le nidoking. Elle veut bien se débarrasser de la chauve-souris, si on le lui demande.
Elles passent une bonne demi-heure à fumer, puis Murietta étend Sugar sur le ventre. Elle vide les dernières braises sur le dos de sa victime qui, sous l'effet de la drogue, ne ressent pas la douleur. Enfin Murietta la laisse se relever.
- Pourquoi ? interroge Sugar, la voix pâteuse, à peine consciente de ce qui vient de se passer.
- Pour avoir l'air plus authentique. Les gens chez qui je suis envoyée travailler veulent de l'authentique. Ils veulent du sale. Ils veulent sombrer dans la perversion la plus totale. Tu auras l'air d'une véritable pécheresse si tu supportes n'importe quel assaut en poussant des cris de jouissance et en exhibant des marques de mutilation. Avec le temps, tu supporteras la douleur, et tu pourras même passer pour une masochiste en puissance.
Elle sort un fin poignard et caresse Sugar de sa lame.
- Tu vas voir, c'est bien plus intéressant que de travailler ici. Et ça paye bien mieux. Tu t'habitueras aux sacrifices. Après tout, on n'a rien sans sacrifice, n'est-ce pas ?
Cerise se débat dans son sommeil et réveille Léo par la même occasion. Sakura et Saturnin poussent des cris affreux tout en courant dans tous les sens.
Léo, secoué par ce réveil brutal, tente de calmer Cerise comme il peut.
- Ce n'était qu'un rêve, un mauvais rêve... (il la prend dans ses bras et lui caresse les cheveux) Calme-toi, Yumi, ce n'était qu'un mauvais rêve...
Fin du chapitre
Chapitre basé sur la chanson Whoever brings the night de Nightwish. Vous trouverez les paroles de cette chanson à l'adresse suivante : www(point)metrolyrics(point)com/whoever-brings-the-night-lyrics-nightwish(point)html
