Un pas après l'autre - dernier OS - Et si on vivait? Et si on s'aimait?
(J'ai choisi de clôturer cette série d'OS sur une scène du premier double épisode de la saison 8).
+Chaque enfant à sa place+. Ces mots résonnaient dans la tête d'Adèle comme un marteau piqueur sur le bitume. C'était insupportable.
Sur le quai devant la DPJ, elle était en train de craquer. Elle ne tiendrait pas longtemps comme ça. Elle voulait fuir avec son petit garçon. En quelques secondes, elle avait imaginé la vie en cavale qu'elle pouvait lui infliger. Elle n'était vraiment pas digne d'être la mère d'un enfant si adorable. Puis Thomas était venu mettre fin à ses idées noires.
Quand elle avait quitté la salle d'interrogatoire, il avait foncé derrière elle, passant d'abord par son bureau pour prendre sa veste en cuir rouge. Quand il ouvrit la porte du sas d'entrée, il la vit dos à lui, face à la Seine, sur le point de s'effondrer. Alors il s'avança vers elle.
"Adèle… Adèle". Quand elle entendit sa voix, elle fit volte-face, en larmes. "Thomas je peux pas je peux plus je vais…" Sa voix était étranglée. Il lui mit sa veste sur les épaules, la prit dans ses bras et la serra aussi fort que possible. Il lui caressait les cheveux en même temps qu'il murmurait des paroles rassurantes. Rassurantes pour elle mais aussi pour lui. Car il se rassurait lui-même en la tenant tout contre lui, si près qu'il pouvait sentir les battements de son cœur, son souffle dans son cou… son parfum dans ses cheveux…
"Respirez… doucement respirez… Je vais vous demander d'être forte pour moi. J'ai besoin de vous… Vous avez confiance en moi?" Elle ne put rien dire mais il la sentit acquiescer dans le creux de son cou. Et ça lui suffisait.
Pour Hugo, qu'il fallait retrouver le plus vite possible. Pour Ulysse qu'il fallait protéger. Pour Thomas qui lui avait demandé d'être forte. Adèle décida de prendre sur elle.
…
QUELQUES HEURES PLUS TARD…
Adèle avait risqué sa vie pour sauver celle d'un petit garçon. Elle avait risqué sa vie pour déjouer les plans d'Argos, pouvoir enfin avancer sans toujours avoir peur qu'il vienne détruire tout ce qu'elle avait construit.
Hugo était en sécurité avec ses parents. Eléonore allait bientôt découvrir sa nouvelle famille. Ulysse attendait sagement à la péniche avec Jess et Sidney.
Dans le couloir de l'hôpital, Thomas avait laissé entendre à Adèle qu'il ne s'en irait jamais bien loin. +Moi aussi je pourrais pas continuer sans toi+. Il l'avait donc entendu la veille quand il était inconscient. Heureusement qu'elle ne s'était pas trop étalée sur ses sentiments. Ça aurait été bien plus gênant sinon.
Baransky et Lamarck avaient décidé de faire l'impasse sur ses écarts de conduite. Argos avait signé des aveux, assurant qu'il s'était rendu de lui-même à la police. Elle trouvait ça étrange. Il voulait qu'elle lui rende visite… Elle ne s'y résoudrait jamais. Parce que même si elle savait qu'il y avait toujours un plan derrière le plan, elle avait décidé de faire une croix dessus. Et avait envoyé un message très clair directement dans la cellule d'Argos… Thomas.
Puisque son ravisseur avait compris qu'elle tenait tant au commandant, elle avait accepté quand ce dernier avait demandé à aller le voir en prison… pour lui faire comprendre que s'il s'approchait d'elle encore une fois d'elle, par n'importe quel moyen, il lui ferait payer.
Elle avait hésité puis avait donc dit oui en pensant à la tête d'Argos quand celle de Thomas passerait le seuil de la porte de sa cellule. Il n'y avait qu'un homme dans sa vie. Et ce n'était plus Argos. C'était lui.
…
Adèle était seule sur la péniche. Avec Ulysse. Il était tard… peut-être 23h elle ne savait plus. Jess avait pris la décision d'aller dormir chez Hyppolite avec Sidney. Elle avait senti que son amie avait besoin d'être un peu seule avec son fils. Parce que même si elle lui martelait tous les soirs +tatie t'aime très fort mon amour+, c'était son fils.
Elle avait endormi le petit garçon en le berçant contre elle dans son grand lit. Mais même avec la chaleur de son enfant contre elle, elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle pensait à Thomas. Ce qu'il avait pu dire à Argos tout à l'heure. Il lui avait envoyé un message quand il était sorti de la prison. +S'il n'a pas compris le message… je trouverai un moyen de lui faire mieux passer. Quoi que j'encours… Je ne le laisserai plus te faire de mal+.
Tu… te… toi… Ces mots l'avaient inquiétée parce qu'elle savait qu'il était prêt à risquer sa propre vie pour elle. Mais qu'il la tutoie, comme à chaque fois que l'un d'eux frôlait la mort, ça la fit sourire.
Adèle prit Ulysse dans ses bras, en faisant bien attention de ne pas le réveiller et le déposa doucement dans son petit lit. Puis elle sortit en silence de la chambre et alla se servir un verre d'eau.
Elle savait qu'elle ne trouverait pas le sommeil tout de suite… Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'est que Thomas non plus. Il était assis à l'extérieur devant la péniche. Sur les marches des grands escaliers descendant du pont Alexandre III. Il avait vu la lumière de la cuisine s'allumer. Et lui qui n'était jamais collé à son téléphone sortit son portable de sa poche et envoya un nouveau message à Adèle.
+Tout va bien?+ La jeune femme refermait la porte de son frigo quand elle entendit son téléphone vibrer. Elle lut le message et se demanda s'il lisait dans ses pensées à distance. +Je n'arrive pas à dormir. Je suis bien trop préoccupée pour ça+. Il ne mit même pas deux secondes à répondre. +Par quoi? Tu es en sécurité maintenant. Je veille sur toi+. Elle sourit. Dieu qu'elle aimait cet homme… mais comment oser lui imposer une femme si torturée, au passé si noir et compliqué, après tout ce qu'il avait vécu par le passé.
+Je veille sur toi+. Elle ne se doutait pas que c'était littéralement ce qu'il faisait et qu'il n'était qu'à quelques mètres d'elle. Jusqu'à…
Elle décida de se faire couler un thé et de sortir prendre l'air sur le pont de la péniche. Thomas n'avait pas prévu ça. Il pensait qu'elle allait retourner se coucher, pas le prendre en flagrant délit en sortant. Quand elle s'appuya sur le garde-corps, face aux escaliers, et qu'elle le vit, elle fut sous le choc.
Lui était mort de honte. Il ne voulait pas qu'elle le prenne pour un fou. Quand leurs regards se croisèrent, il voulut fuir puis se leva et s'avança vers le bateau. Il se posta sur le quai, juste en face d'elle, qui trônait en hauteur sur sa péniche.
"Je suis désolé Adèle, je ne voulais pas vous effrayer. J'ai l'air d'un psychopathe là". Il avait utilisé le vouvoiement. Pourquoi? Il n'était que tous les deux. Pourquoi remettre de la distance? Elle effaça vite cette nouvelle barrière qu'il avait essayé de dresser.
"Dans d'autres circonstances… j'aurais certainement appelé la police si j'avais découvert qu'on m'espionnait comme ça", lança-t-elle sur le ton de la plaisanterie. "Mais puisque c'est toi… et quand plus tu es la police, je vais faire l'impasse". Il se mit à rire. Elle était donc si parfaite que ça? Ils se regardèrent sans rien dire de longues secondes puis elle décida de briser la glace.
"Tu vas… tu vas rester là longtemps ou tu vas me rejoindre à bord?" Il pencha la tête sur le côté, comme pour l'interroger, lui demandait si elle était certaine qu'il devait la rejoindre. "La porte est ouverte".
Elle ne broncha pas quand il s'avança pour monter sur la péniche. Elle l'attendit sagement sans rien dire. Il ouvrit la porte, la referma à clé derrière lui, puis traversa la pièce à vivre pour la rejoindre sur le pont.
Avant qu'il n'arrive, elle se pencha vers la table en bois pour poser sa tasse de thé qu'elle n'avait pas touché, et se tourna vers lui quand il s'approcha, tout près d'elle.
"Alors, tu es préoccupée par quoi?" Elle ne savait plus. Toutes ses mauvaises pensées s'étaient envolées quand elle l'avait vu assis sur ces fameuses marches d'escalier.
"Par ce que tu m'as dit tout à l'heure… Dans le couloir de l'hôpital devant la chambre d'Hugo". Il s'approcha encore plus et posa ses mains sur ses avant-bras. "C'est… c'est toi qui a commencé par me dire tout ça alors techniquement tu ne devrais pas être préoccupée".
"Oui mais techniquement tu étais inconscient quand j'ai dit ça, donc techniquement, ça ne compte pas vraiment", répondit-elle le sourire aux lèvres.
"Ca ne compte pas?" Son sourire s'effaça. "Je… ce n'est pas ce que je voulais dire c'est… pardon". Pendant qu'elle parlait, qu'elle cherchait ses mots, il lui caressait doucement les bras avec ses pouces.
"Je voulais dire tout le contraire. Tu m'as demandé si tout allait bien tout à l'heure. Je peux te répondre oui maintenant que tu es là. Parce que c'est toi, parce que t'es là… je n'ai plus peur de tout ça". Les mains de Thomas passèrent délicatement des bras d'Adèle à ses joues, en encadrant son visage. Il se pencha vers elle doucement, s'attendant à ce qu'elle ait un mouvement de recul, mais elle combla les derniers millimètres qui les séparaient et l'embrassa tendrement, amoureusement. A cet instant précis, il se fit la promesse de ne jamais laisser personne les séparer.
Parce qu'on s'est tant rapprochés que nos souvenirs se ressemblent
Parce que quand la vie n'est pas simple, c'est tellement mieux d'être ensemble
Parce que je sais que le lundi, je vais te parler et te voir
Parce que c'est toi, parce que t'es là, je n'ai plus peur du dimanche soir
