Mettons fin à ce suspens insoutenable, voici la suite^^ Bonne lecture !

Chapitre 10 : Descendre en enfer et tomber plus bas que terre

La nuit qui suivit la condamnation de Draco, Harry ne dormit pas. Il se sentait bien trop mal. Il avait passé les trois derniers jours à sourire aux remerciements et félicitation en tout genre. Les journalistes, ses collègues, ses amis, tout le monde, jusqu'à Ginny le vénéraient pour avoir réussi quelque chose dont il n'était ni responsable, ni fier : mettre sous les verrous l'une des personnes qui depuis quelques semaines comptait le plus à ses yeux. Lorsqu'il se leva le lendemain et qu'il se retrouva face à son reflet dans le miroir, il ne parvint pas à soutenir son propre regard.

Cette journée, ainsi que celles qui suivirent, furent parmi les plus étranges qu'il ait jamais vécues. Il avait tant souhaité retrouver son train-train quotidien… Pourquoi n'arrivait-il pas à raccrocher les wagons ? Tout était là, son appartement, sa fiancée, ses amis, son travail, et pourtant, il se sentait comme déconnecté de la réalité, comme étranger à tout ça… C'était comme si une partie de lui avait été emprisonnée avec Draco. Le pire était sans doute la difficulté qu'il avait à faire l'amour à Ginny… Il l'aimait pourtant toujours énormément mais il ne pouvait s'empêcher de comparer chaque baiser, chaque caresse, jusqu'au moindre effleurement à ce qu'il avait vécu avec Draco… Et ce n'était pas comparable.

Il lui arrivait parfois de repousser ses avances et face à ses questions, il avait fini par lui expliquer ce qui le préoccupait au point de l'empêcher de reprendre une vie normale. Il lui avait alors parlé de ses remords et avait tenté de lui faire comprendre à quel point Malfoy regrettait ses erreurs passées, mais il voyait bien que Ginny ne comprenait pas. Comment aurait-elle pu de toute façon ? Harry ne pouvait pas lui raconter tout ce qu'ils avaient partagé sans se trahir…

- Arrête de te tourmenter, lui disait-elle. De toute façon tu ne peux rien y changer.

- Je sais mais tu ne trouves pas ça injuste ? Demanda-t-il alors qu'ils étaient blottis l'un contre l'autre dans leur canapé.

- Écoute, commença-t-elle en se redressant pour lui faire face, tu sais que je ne souhaiterais à personne de passer le restant de ses jours à Azkaban mais Malfoy est et restera un criminel. Il n'était pas obligé de faire ce qu'il a fait. Je ne sais pas ce qu'il t'a raconté pour t'apitoyer, mais n'oublie pas qu'il a été Mangemort, il a torturé des gens au côté de Voldemort.

- Il avait 17 ans Ginny, il n'a fait que suivre le chemin que d'autres avaient tracé pour lui, tout comme nous au fond.

- Peut-être, mais ça n'excuse rien, trancha-t-elle. Et puis s'il avait été manipulé pendant la guerre pourquoi n'a-t-il pas changé de vie ensuite ?

- Ce n'était pas si simple…

Comme il ne semblait pas vouloir en dire d'avantage elle reprit :

- Désolé Harry mais pour moi, il a tout simplement choisi de continuer sur la voie du crime. Il a été jugé et maintenant il paye pour le mal qu'il a fait, ce n'est que justice.

Le brun ne répondit pas.

- Hey, dit-elle doucement en lui relevant le menton, rappelle-toi combien d'entre nous sont morts à cause des Mangemorts…

- Je n'oublie pas Ginny, souffla-t-il, le regard triste… J'ai besoin de prendre l'air, ajouta-t-il avant de se lever et d'attraper son manteau.

- Harry, l'appela-t-elle avant qu'il ne sorte.

Il se retourna avec un air interrogateur.

- Je t'aime.

- Moi aussi, répondit-il machinalement avec un faible sourire.

En cette fin d'après-midi, les pas d'Harry le menèrent dans un pub londonien où il entreprit de noyer sa peine dans le Whisky Pur Feu. Il but un verre en mémoire des morts, un pour célébrer les vivants et quelques autres encore à la santé de ceux qui ne l'étaient plus vraiment. Ça faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé… De repenser à la guerre, à tout ce qu'elle lui avait pris et aux âmes brisées qu'elle avait laissée dans son sillage. Des âmes prisonnières, tiraillées entre le désir de profiter de la chance qui leur était donnée de vivre et la culpabilité d'avoir cette chance quand tant d'autres l'avaient perdue.

Il contemplait le liquide ambré au fond de son verre lorsque quelqu'un prit place sur le tabouret voisin. Du coin de l'œil il reconnut la tignasse rousse de son meilleur ami.

- Comment t'as su que je serais là ? Demanda-t-il.

- Faut croire que j'te connais un peu, répondit Ron en commandant la même chose qu'Harry.

Cette réplique fit sourire le jeune Auror.

- Tu pourrais p't'être me donner un mode d'emploi alors… Ces temps-ci j'ai du mal à me comprendre moi-même…

- C'est d'avoir découvert que c'était Malfoy qui te menait en bateau qui te met dans cet état ? Tenta Ron.

- Tu crois vraiment que j'aurais pu ne pas le reconnaître ? Avoua-t-il en lançant à son meilleur ami un regard désabusé.

- Tu veux dire que tu savais ? S'étonna Ron, le fixant avec des yeux ronds. Dès le début ?

Harry finit son verre d'un trait et fit signe au barman de lui en servir un autre.

- Mais je croyais… reprit-il un peu perdu, Ginny m'a dit que tu n'étais pas au courant que Malfoy avait utilisé des sorts pour qu'on ne le reconnaisse pas, que tu l'avais convaincu de coopérer avec les Aurors en échange de sa liberté et que tu t'en voulais de ne pas avoir compris toi-même qui il était.

- J'ai menti, répondit-il simplement. Je me suis couvert… Comment j'aurais pu justifier auprès de mes supérieurs de ne pas leur avoir révélé que j'avais à portée de main un Mangemort en fuite ?

- Mais pourquoi t'as rien dit ? Demanda Ron abasourdi.

- Ils n'ont même pas cherché à comprendre… répondit-il perdu dans ses pensées. Les juges j'veux dire.

Ron ne dit rien, attendant la suite.

- Si tu savais par quoi il est passé Ron… reprit-il les larmes aux yeux. Putain il n'avait que 17 ans bordel ! Comment peut-on condamner quelqu'un à la prison à vie pour avoir commis l'erreur de s'être laissé manipuler à 17 ans !

- T'es en train de me dire que tu voulais le couvrir ?

- J'avais promis Ron, j'lui avais juré qu'il irait pas à Azkaban et j'ai rien fait pour empêcher ce gâchis, j'ai fait que me couvrir putain !

- Hey, arrête un peu les violons, on parle de Malfoy là, pas d'un enfant de cœur. Tu veux que je te rappelle le nombre de délits qu'il a commis rien que le mois dernier ?

- C'était pas grave, j'ai fait la même chose pour le bien de la mission, y a pas mort d'homme !

- Pas grave ?! Il t'avait pris ta baguette pour t'empêcher de contacter qui que ce soit, c'est de la séquestration, t'as eu de la chance que ça ne lui prenne pas l'envie de te liquider ! Et puis même sans ça, ce mec est un lâche, tu ne peux pas lui faire confiance. Lorsqu'il a accepté de collaborer avec les Aurors c'était uniquement pour sauver ses miches.

- C'est faux, il n'était pas obligé de le faire…

- Mais il prenait le risque que l'enquête sur le réseau se poursuive et que tu finisses par le dénoncer.

Voyant qu'Harry ne trouvait rien à répondre, Ron poursuivit :

- Et même si à l'époque, il était jeune et influençable ça n'excuse pas tout, il reste un ancien Mangemort et les crimes qu'il a commis sont bel et bien réels. Harry… ajouta-t-il en posant une main compatissante sur l'épaule de son meilleur ami, il ne vaut pas la peine que tu le plaignes, au risque de te décevoir, si tu avais été à sa place sur le banc des accusés, il n'aurait pas eu autant de remords que toi.

Le jeune Auror regarda son meilleur ami les yeux encore embués de larmes, il aurait tellement voulu être persuadé lui aussi que Draco n'était qu'une ordure… Ça lui ferait tellement moins mal… Mais Ron ne connaissait Malfoy que par le souvenir qu'il en avait… Harry, lui, avait appris à connaître Drake et ça changeait tout.

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Après cinq nuits sans sommeil et autant de jours à éviter son reflet, Harry compris qu'il n'oublierait pas. Pas tant qu'il saurait Malfoy enfermé. Il devait faire quelque chose ou la culpabilité le rongerait au point de ruiner sa relation avec Ginny.

Il avait pris sa décision et il était plus déterminé que jamais. Ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais il sortirait Draco d'Azkaban. Ginny avait raison sur un point, Malfoy n'était pas un saint. Mais à bien y regarder, aucun d'entre eux, les anciens petits soldats de la guerre, ne l'étaient vraiment. Les membres de l'Ordre du Phénix avaient eux-aussi été des criminels au nom de la paix, pourtant personne n'avait cherché à les juger pour les tortures ou les meurtres qu'ils avaient commis sur des Mangemorts. Envoyer Malfoy en prison ne servait qu'à apaiser la colère encore trop vive de la population sorcière, c'était de la haine pure et simple mais pour Harry, c'était injuste.

Ce matin-là, il dit à Ginny qu'il avait réfléchi, qu'il avait compris qu'elle avait raison, qu'il allait laisser Malfoy dans son trou, qu'il ne valait pas la peine qu'on se soucie de lui… Bien entendu, il lui mentit. Il avait un plan.

Pour commencer, il devait trouver quelqu'un qui serait prêt à l'aider. Inutile de chercher dans son entourage, même Ron, qui l'avait pourtant déjà suivi dans pas mal de galères, le prendrait pour un dingue s'il lui exposait son idée. Il devait trouver une personne qui tenait assez à Drake pour oser s'approcher à moins d'un kilomètre d'Azkaban et de ce qui y vivait. Il avait pensé à Narcissa Malfoy, elle était la candidate idéale, un peu trop même. Elle serait la première à être soupçonnée et à être traquée si elle s'enfuyait. Il fallait à Harry un visage inconnu des Aurors et pour ça, il n'avait plus qu'un seul endroit où chercher : en France.

Ainsi, alors qu'il avait été mis sur une autre affaire, il demanda à retravailler sur le démantèlement du réseau, prétextant vouloir terminer ce qu'il avait commencé. Car en effet, même une fois le Patron sous les verrous, il restait à faire le ménage autour de lui. Après son arrestation, tous ses biens avait été saisis et avec eux tous les documents relatifs à ses affaires. Marco Leonetti était peut-être un Cracmol, mais il était avant tout un requin de la finance comme on en fait plus, il possédait des actions dans de nombreuses sociétés à travers le monde et s'en servait pour couvrir des activités aussi lucratives qu'illégales. Tout son génie avait été de placer à la tête de ces sociétés des hommes de paille qui faisaient écran et prenaient ainsi tous les risques en cas de démêlés avec la justice.

Toujours est-il que sous couvert d'achever le démantèlement du réseau, Harry put mener tranquillement son enquête personnelle. Il n'était théoriquement pas censé enquêter hors des frontières du pays mais tant qu'il réussissait à faire les deux sans que personne ne s'en aperçoive, il ne risquait rien. Dans les jours qui suivirent, il se rendit donc dans le seul endroit où il pensait pouvoir trouver à coup sûr quelqu'un pour l'aider : chez Sadie.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était que les Aurors français avaient déjà fait une descente sur la maison close. Lorsqu'il arriva devant la porte, deux bandes de rubalise jaune vif portant la mention « Police, zone interdite » en barraient l'entrée. Harry ne tenta pas de forcer la serrure, des sortilèges de détection avaient probablement été posés au cas où justement quelqu'un essaie de retourner sur les lieux. À la place, il se renseigna discrètement sur ce qu'avaient découvert ses collègues francophones. D'après leur rapport, l'endroit était désert à leur arrivé. Ne restait que les meubles et quelques affaires oubliées témoignant d'un départ précipité des occupants. Au moins, Sadie et les autres n'avaient pas été arrêtés se dit-il, c'était déjà ça. Mais comment allait-il les retrouver maintenant ?

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Lorsqu'il rentra chez lui ce soir-là, Ginny tenta d'aborder le sujet de leur mariage. Harry l'écoutait d'une oreille mais il était préoccupé par autre chose.

- ... Tu ne crois pas ? Demanda la jeune femme. Harry ? Hey, tu m'écoutes ? S'insurgea Ginny se rendant bien compte que son fiancé était dans la lune.

- Excuse-moi ma chérie, je... j'ai la tête ailleurs, qu'est-ce que tu disais ?

- Que nous devrions fixer une date.

- Une date ?

- Pour le mariage Harry !

- Oh, oui bien sûr, excuse-moi, hem... Si ça ne te dérange pas, j'aimerais attendre d'en avoir fini avec le démantèlement du réseau avant d'arrêter une date. Ça me prend la tête en ce moment et je crois que j'ai besoin de fermer cette page avant d'en ouvrir une autre.

Ginny soupira, contrariée.

- Très bien, dit-elle. Si c'est ce que tu veux...

- Ne t'inquiètes pas, ça ne devrait pas prendre trop de temps et puis en ce qui concerne les préparatifs, tu as déjà bien réfléchi à ce dont tu avais envie, lorsque nous nous déciderons, tout pourra se faire très vite...

- Mais je ne me marrie pas toute seule Harry ! J'ai l'impression que tout ça ne t'intéresse pas ! S'emporta-t-elle.

- Mais non, arrête, répondit-il d'un ton ferme en tentant de rester calme. Je te l'ai dit, je suis préoccupé par autre chose en ce moment, c'est tout !

- C'est bon j'ai compris, on en reparlera quand tu auras démantelé ton précieux réseau !

- Ne soit pas injuste Ginny, ça fait des mois que je travaille sur ce dossier et tu le sais.

- Crois-moi, je ne risque pas de l'oublier, ça fait des mois que je t'attends à cause de ce fichu dossier justement.

Harry soupira à son tour.

- Écoute, commença-t-il en prenant la main de sa fiancée, dès que je boucle tout ça, on engagera quelqu'un pour organiser le mariage, ça ira vite je te le promets. Et puis j'aime tes idées et je veux que tu puisses avoir le mariage de tes rêves alors je n'ai aucune raison de vouloir modifier ce que tu as envie de faire.

Ginny leva les yeux au ciel avant de répondre.

- Je suppose que c'est aussi pour ça que je t'aime.

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Le lendemain, n'ayant pas de meilleure idée, Harry se rendit du côté des quartiers réputés pour abriter des prostitués. Il se disait que certains membres de la maison close s'y étaient peut-être retranchés. C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin… Il passa sa journée à déambuler sans voir un seul visage familier.

Dans les jours qui suivirent, il se rendit également à Lyon où il commença par s'introduire dans l'appartement de Draco qu'il fouilla de fond en comble. Il n'y trouva malheureusement pas de noms, ni d'adresses, ni même de photos qui pourraient lui donner ne serait-ce qu'un début de piste. S'il n'avait pas lui-même rencontré tous ces gens, il pourrait penser que Drake vivait reclus, totalement coupé du reste de la société.

Harry passa un mois entier à écumer encore et encore tous les bordels de Paname, en vain… Il ne trouva pas trace de Sadie ni d'aucun de ses pensionnaires. Il fit également à de nombreuses reprises le tour de tous les garages automobiles de Lyon, alla jusqu'à faire plusieurs fois l'aller-retour du côté du port en pleine nuit mais ne trouva personne. Ils semblaient tous s'être volatilisés.

Parallèlement, il parvenait doucement à recoller les morceaux avec Ginny. La routine reprenait ses droits, il côtoyait de nouveau ses amis et ses collègues, fréquentait de nouveau les lieux qui lui étaient familiers et par-dessus tout, il avait un but auquel se raccrocher qui lui permettait à la fois de reprendre sa vie en main et de ne pas sombrer : il était persuadé qu'une fois Draco libre, il serait enfin capable de tirer un trait sur leur histoire. Il avait simplement besoin d'honorer sa promesse pour pouvoir reprendre pleinement le cours de sa vie. Alors malgré ses recherches infructueuses, il refusait d'abandonner. Il avait besoin de ça pour avancer. Son raisonnement était purement égoïste et n'avait au fond pas grand-chose à voir avec d'hypothétiques sentiments qu'il pouvait éprouver envers le blond. Harry avait à tel point réussi à se persuader de cela qu'il parvenait de nouveau à faire l'amour à Ginny. Elle était son point d'ancrage dans la réalité et il se raccrochait à elle pour oublier les semaines surréalistes qu'il avait passé avec Draco.

Un jour, alors qu'il déambulait une fois de plus du côté du bois de Boulogne, une jeune prostituée l'aborda. Perruque blonde, outrageusement maquillée, les seins en évidence et les jambes à nu allongées par des talons vertigineux.

- Hé ! C'est bien toi qui cherche Sadie ? Demanda-t-elle.

- Pourquoi, tu sais où je peux la trouver ?

- Moi non, mais je connais quelqu'un qui pourra te le dire.

- Je t'écoute, répondit-il, méfiant.

- Qu'est-ce que tu me donnes en échange ? Sourit-elle.

Harry soupira et sortit de la poche de son jean un billet de 50 euros. En un mois à demander des renseignements à droite à gauche, il avait appris que dans ce milieu, rien n'était gratuit. Il avait dû faire du change - heureusement pour lui que Ginny ne mettait jamais le nez dans les comptes. La jeune femme fit la moue mais prit tout de même le billet qu'elle glissa dans son décolleté.

- Va au 7ème ciel et demande à voir le gérant.

Harry acquiesça, au point où il en était, tout était bon à prendre.

- Comment cet homme sait qui je cherche ? Demanda-t-il tout de même.

- Ça fait des semaines que tu cours toutes les putes de Paname et tu ne sors ton fric que pour leur demander des renseignements, ça ne passe pas inaperçu. Qu'est-ce que tu crois les gens causent entre eux ! Si tu veux bien m'excuser, ajouta-t-elle avant de se diriger d'une démarche lascive vers une voiture qui venait de s'arrêter un peu plus loin.

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Le soir même, Harry était devant les portes de la boîte. Il informa le vigile qu'il voulait voir le gérant et fut immédiatement conduit devant un bureau au rez-de-chaussée.

- Attends-là, lui dit l'armoire à glace qui frappa deux petits coups à la porte avant de passer la tête par l'entrebâillement. Je crois que le mec que vous attendiez est arrivé, boss ! Ajouta-t-il.

- Déjà, répondit une voix à l'intérieur, fais-le entrer.

Harry passa donc devant le vigile qui referma la porte, les laissant seuls.

- Je ne t'attendais pas si tôt, déclara l'inconnu : un jeune homme typé assis dans un fauteuil en cuir derrière un bureau. Je t'en prie fais comme chez toi, ajouta-t-il en lui indiquant le siège face à lui.

- Qui êtes-vous ? L'interrogea le jeune Auror qui préféra rester debout, n'appréciant pas le ton trop familier de son hôte.

- Demande-toi plutôt pourquoi je t'ai fait venir, sourit-il vicieusement avant de sortir sa baguette d'un geste vif. Accio ! Lança-t-il au moment où Harry allait attraper sa propre baguette.

Cette dernière atterrit souplement dans la main du gérant qui s'approcha jusqu'à coller la sienne sous la gorge du brun.

- J'en ai vu des pourritures dans ma vie, mais toi, Harry Potter, susurra-t-il, menaçant, tu es sans doute la pire de toute.

Et avant qu'Harry ait pu comprendre quoi que ce soit, il se retrouva projeté au sol par un crochet du droit qu'il ne vit pas arriver. Il reçut ensuite plusieurs coups de pied à l'abdomen avant d'être de nouveau tenu en joue, crachant ses poumons qui peinaient à aspirer l'air correctement.

- À partir de maintenant, tu vas laisser Sadie et les autres tranquille, si j'apprends que tu cherches de nouveau à les coincer, je te promets que j'te briserai tous les os un à un, c'est compris ?

- Je… commença Harry d'une voix cassé par sa respiration difficile. J'ai besoin de son aide.

- C'est ça oui, tous les Aurors de France sont déjà sur notre dos ! Ça ne te suffisait pas ? Tu préférais finir toi-même le travail pour en tirer un max de gloire ! J'ai lu la presse de ton pays dernièrement, tu dois être fière de toi ! Le héros du monde sorcier poursuit sa quête contre les partisans de Vous-Savez-Qui, grâce à lui un ancien Mangemort a été mis hors d'état de nuire ! Je te jure qu'un jour tu me payeras ce que t'as fait à Drake pauvre con ! En attendant ne remet jamais les pieds dans ce pays ! C'est plus clair maintenant ? Aboya-t-il.

- Est-ce que c'est toi Pablo ? Tenta Harry qui ne connaissait personne d'autre à Paris qui se soucierait à ce point de Draco.

Le jeune homme sembla surpris puis répondit :

- T'as raison, je ne me suis même pas présenté, effectivement c'est bien moi, et je te conseil de te rappeler de mon nom, parce que t'as pas fini de me trouver sur ta route.

- Je veux faire évader Drake, lâcha-t-il de but en blanc, et je n'y arriverai pas seul.

- C'est quoi ces salades ?

- Laisse-moi t'expliquer…

Pablo fronça les sourcils mais abaissa sa baguette, permettant à Harry de se redresser en position assise.

- T'as intérêt à être convaincant, lui dit-il.

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Pendant ce temps, à Azkaban:

Au fond de sa cellule, un jeune homme aux cheveux de nacre était recroquevillé sur son lit, tremblant, les mains plaquées sur ses oreilles de chaque côté de sa tête, les yeux écarquillés par l'angoisse. Il aurait voulu mourir. À chaque instant depuis qu'il était régulièrement plongé dans son enfer personnel par ces immondes créatures, il espérait pouvoir enfin mourir. Malheureusement, cet instant n'arrivait jamais. Draco subissait sans discontinuer les assauts de son passé. Il voyait des visages, des tas de visages déformés par la douleur, il voyait sa baguette interrompre le sortilège, il s'entendait reposer la question, entendait les visages le supplier d'arrêter mais il n'arrêtait pas, il recommençait, encore, et encore jusqu'à l'épuisement, il était un monstre, il devait payer. Encore des visages, des soupirs écœurants contre sa peau, des râles avilissants à ses oreilles, le poids d'un corps entre ses cuisses, puis d'un autre et encore un autre, de la douleur, des tas de douleurs, des hommes et leurs sexes, un shoot et de nouveaux visages, encore du sexe, encore un shoot, un bad trip et au bout la descente, brutale. Il était une pute, il était un bourreau, il était un camé, il était un lâche, il était seul, il voulait crever…

Les seuls moments de répit qu'il avait, c'était lorsque chaque soir, un être humain traversait le couloir accompagné de son Patronus, pour vérifier si les Détraqueurs n'avaient pas fait de victimes parmi les prisonniers. Il ne lui fallait pas plus de 15 minutes pour longer le couloir dans lequel se trouvait la cellule de Draco, mais c'était 15 minutes d'intense soulagement durant lesquelles, collé à la grille de sa cellule, comme tous les autres prisonniers, il pouvait profiter des lueurs de joie du tigre argenté pour oublier. Juste oublier les causes du désespoir qui rongeait son âme. 15 minutes pour oublier la culpabilité d'avoir été un tortionnaire, l'angoisse de subir les foudres du Seigneur des Ténèbres ou encore le dégoût de s'être prostitué 15 minutes pour oublier qu'Harry l'avait trahi…

Le pire avec les Détraqueurs, c'était que leur simple présence vous plongeait dans un tel état de désespoir que vous n'aviez même pas le temps d'imaginer comment mettre fin à vos jours. La seule chose à faire était attendre que ça passe, attendre la lueur de bonheur au bout du couloir. Parfois, elle réapparaissait plus vite que prévu…

Ça avait été le cas lorsqu'environ une semaine après son arrivée, on lui avait amené un codétenu. Le Patronus s'était trouvé plus près de lui qu'il ne l'avait jamais été auparavant. À tel point qu'il avait pu toucher du doigt pendant un court instant un peu du bonheur qu'il avait éprouvé dans une autre vie, entre les bras d'Harry. Ce moment avait été magique, une bouffée d'oxygène au milieu d'un océan de larmes, mais cela n'avait fait que rendre la rechute plus dure encore. La nuit qui avait suivie, Draco avait été plus tourmenté que jamais, il tremblait et gémissait sans cesse, à tel point que son nouveau compagnon de cellule avait pris pitié de lui et avait fini par lui proposer une échappatoire à laquelle il ne s'attendait pas.

- Prend ça, lui avait-il dit en lui tendant une petite pastille bleue turquoise.

- Qu'est-ce que c'est ? Avait-il demandé d'une voix chevrotante.

- Ecstasy.

Draco avait fixé quelques instants la pilule. Assis sur le rebord de son lit, il se balançait légèrement d'avant en arrière, les mains crispées au bord du matelas. Il sentait son esprit torturé lâcher prise par moment, presque incapable de distinguer la réalité de ses hallucinations incessantes.

- J'ai soudoyé le gardien pour qu'il m'en file, c'est une drogue moldue, avait-il cru bon d'ajouter.

- Je sais ce que c'est, avait répondu Draco d'un ton sans réplique avant de se saisir du cachet. La prochaine fois, demande lui s'il peut pas plutôt nous trouver du Crystal.

- Y'a pas de quoi, avait ironisé le dealer avant de se rallonger.

Draco avait alors enfin eu droit à quelques heures de paix, la drogue l'avait rendu euphorique, annihilant l'influence des Détraqueurs. Au fond de lui, il savait déjà que ça ne durerait pas, tout comme il espérait déjà que son codétenu ne se retrouve pas en rupture de stock, car il savait d'expérience combien la descente était impitoyable, au moins autant que leurs infâmes geôliers.

En arrivant ici, il avait pensé avoir touché le fond, mais de toute évidence, l'enfer n'en avait pas…

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- Qu'est-ce que t'en dis ? L'interrogea Harry lorsqu'il eut fini son récit.

- J'en dis que t'es un grand malade…

Pablo regarda attentivement l'homme qui lui faisait face, puis reprit :

- J'espère vraiment ne pas faire une erreur, mais c'est d'accord, je te suis, approuva-t-il au plus grand soulagement du jeune Auror. Tu prévois de faire ça quand ?

- Donne-moi deux jours.

Lorsqu'il rentra chez lui ce soir-là, Harry était plus heureux que jamais, il allait bientôt pouvoir enfin tirer un trait sur toute cette histoire.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Lui demanda Ginny qui avait remarqué son humeur particulièrement joviale.

- Le démantèlement du réseau avance bien, je suis simplement heureux d'arriver au bout de tout ça, sourit-il. Et puis... je me disais qu'il serait temps de fixer enfin la date de notre mariage non ?

Un sourire éblouissant illumina le visage de la jeune femme tandis qu'elle serrait son futur mari dans ses bras. Ils eurent une longue discussion ce soir-là et finirent par se mettre d'accord. Le mariage aurait lieu dans une semaine. Ginny avait déjà tout prévu, le délai était court mais elle s'était renseignée et avait trouvé un organisateur de mariage hors pair. Elle le contacterait dès le lendemain. Et puis comme le lui avait dit Harry, plus le délai était court, moins ils avaient de chance de voir des journalistes mitrailler l'événement.

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Deux jours plus tard, dans le bureau de l'Auror Potter

- Kingsley m'a dit que tu voulais me voir pour me proposer d'aller sur le terrain, dit Ginny, toute excitée en passant la tête par la porte.

- Oui, acquiesça son fiancé, entre, je vais t'expliquer, lui intima-t-il.

La jeune femme s'avança et entendit claquer la porte derrière elle. Elle n'eut pas le temps de se retourner qu'elle sentit son corps se raidir. Harry se précipita pour la rattraper avant qu'elle ne tombe face contre terre.

- Pardonne-moi ma chérie, je n'ai pas le choix, je t'expliquerai tout plus tard, je te le promets, se justifia-t-il, pas très fier de lui. Aide-moi, on va la mettre là-bas, ajouta-t-il en regardant dernière elle, s'adressant à la personne qui s'était cachée derrière la porte pour lui lancer lâchement un Stupéfixe dans le dos.

- Donne-moi d'abord un de ses cheveux, je ne veux pas qu'elle voit mon visage.

Harry s'exécuta et attendit que le polynectar transforme Pablo en un parfait sosie de Ginny. Il en profita pour glisser une goutte de potion de sommeil entre les lèvres de celle-ci et leva le sortilège.

- Pourquoi tu ne la laisses pas stupéfixée ? L'interrogea Pablo tandis qu'ils la transportaient jusqu'à une petite penderie dans laquelle ils la cachèrent.

- Ne le prend pas mal, mais je préfère ne pas compter sur toi pour venir lever le sortilège et comme personne n'aurait l'idée de venir la chercher dans ce placard à balais, elle risquerait de mourir de déshydratation avant que quelqu'un ne la trouve. Avec la potion, elle se réveillera d'elle-même dans quelques heures.

- Du moment qu'elle dort assez longtemps pour ne pas foutre en l'air notre plan, ça me va, dit-il en haussant les épaule.

- Tiens, met ça, lui intima Harry en sortant des habits féminins d'un sac à main qu'il avait pris dans le placard de sa fiancée. Garde le sac et mets-y tes fringues, ça évitera que tu te fasses remarquer lorsque la potion aura cessé de faire effet.

Il vérifia une dernière fois que Ginny était installée aussi confortablement qu'il était possible de l'être dans un placard avant d'en refermer les portes coulissantes.

- Bien, allons-y, déclara-t-il lorsque Pablo fut changé.

- Je te suis.

Les deux compères traversèrent alors le département de la justice magique et prirent l'ascenseur pour descendre au niveau 9. De là, ils accédèrent par un petit escalier au niveau 10 où se situaient la salle d'audience portant le même numéro, dans laquelle Draco avait été jugé quelques semaines plus tôt.

La cheminée de cette salle était la seule à être reliée à la prison d'Azkaban, elle en était la porte d'entrée privilégiée pour tous les condamnés. Sachant que la prison était, tout comme Poudlard, soumise à un sort anti-transplanage, elle en était également la seule et unique porte de sortie - hormis la mer, qui ne pouvait objectivement pas être considérée comme une porte.

Harry travaillant toujours sur le démantèlement du réseau, il n'avait eu qu'à prétexter avoir besoin de réinterroger Malfoy pour obtenir un parloir.

C'est pourquoi Pablo et lui se trouvaient à présent devant l'âtre verdâtre de la salle d'audience n°10, dans lequel ils entrèrent sans hésitation. Ils atterrirent quelques instants plus tard devant une immense grille de fer forgé derrière laquelle le sorcier qui était de garde ce jour-là les attendait. Il vérifia leur laissez-passer et déverrouilla la porte de la grille qui isolait la cheminée du reste du couloir sur lequel elle donnait. Harry savait que cette grille avait été renforcée au moyen d'un grand nombre de sorts de défense qui la rendait résistante à des centaines de sortilèges, même issus de la magie noire. Ce n'était pas tant cela qui inquiétait le jeune Auror, mais plutôt les sortilèges de révélation qui risquaient de dévoiler leur supercherie.

Par chance, il avait été suffisamment attentif aux cours de potion qu'il avait suivi à l'EFA pour se rappeler qu'ajouter de la livèche au polynectar brouillait la majorité des sorts de révélation. Il n'avait encore jamais essayé en situation réelle, et fut soulagé lorsque Pablo passa la grille sans retrouver son apparence normale.

Ils suivirent le gardien le long du couloir qui au bout de quelques mètres, tournait à angle droit sur la gauche.

Chaque fois qu'il venait, Harry avait l'impression d'entrer dans un château fort moyenâgeux. Tout était en pierres brutes, du sol au plafond. Des torchères brûlaient le long des murs, palliant ainsi au peu de lumière que laissait filtrer les quelques meurtrières qui ouvraient la vue sur la mer, agitée par les caprices du ciel.

- Allez-y, le prisonnier vous attend, leur déclara le gardien après avoir fait tourner l'une des nombreuses clés de son trousseau dans la serrure d'une lourde porte en bois qui devait déjà avoir quelques siècles de bon et loyaux services derrière elle.

Harry sentit son rythme cardiaque grimper en flèche avant même de passer le seuil de la porte. Il n'eut toutefois pas le temps de se demander dans quel état il allait retrouver Draco qu'il le vit déjà, assit sur une chaise, seul au milieu de cette petite pièce vide et sinistre. Il sentit une chape de plomb s'abattre brutalement sur son estomac et une vague de culpabilité comme il n'en avait encore jamais ressentie le submerger. À cet instant précis, face à ce visage qu'il reconnaissait à peine, il fut sûr d'avoir pris la bonne décision, peu importait Ginny ou sa hiérarchie au diable les conséquences de tout cela, il était prêt à tout pour effacer à jamais de ce visage d'albâtre l'expression que les Détraqueurs y avaient incrustée.

La puissance de ses certitudes aurait dû lui faire peur, mais ce ne fut pas le cas. En cet instant une seule chose comptait vraiment : sortir l'homme qu'il aimait de cet enfer, parce que oui, définitivement il aimait Draco Malfoy. Comment avait-il pu être assez stupide pour nier à ce point l'évidence ? Se demanda-t-il en avançant lentement jusqu'à lui.

Les coudes posés sur ses genoux, une main serrant fermement le poing opposé, Draco le regardait par en dessous. Il était méconnaissable, une barbe de quelques jours mangeait son visage amaigri, il avait les yeux rougis d'avoir trop pleurés et des cernes violacées de n'avoir pas assez dormis. Harry, qui quelques dixièmes de seconde plus tôt avait un millier de choses à lui dire se sentit soudainement incertain. Face à cet inconnu au regard noir d'une haine qu'il ne lui connaissait pas, il resta malgré lui muet la gorge à telle point nouée qu'aucun son ne semblait plus capable d'en sortir.

Les Détraqueurs qui avaient amené Draco dans la salle s'étaient éloignés depuis un moment déjà. La douleur et la peine s'étaient lentement atténuées, dévoilant une colère sourde dont Draco lui-même ne soupçonnait pas l'existence. Il serra un peu plus les mâchoires, s'efforçant de ne pas claquer des dents tout plutôt que de laisser voir à ce connard ce qu'il avait fait de lui : un minable, tout juste capable de savoir si ses tremblements incessants étaient provoqués par le froid qui ne le quittait plus ou par le manque.

- Qu'est-ce que tu viens foutre ici ? Réussit-il à cracher d'une voix plus assurée qu'il ne l'était réellement.

Harry se figea en percevant toute la haine et la rancœur que contenaient ses quelques mots. Il comprit soudain qu'il ne servait à rien de s'excuser pour quelque chose d'impardonnable. Aucuns mots ne justifieraient jamais ce qu'il avait laissé faire. Draco ne lui pardonnerait pas et tout l'amour du monde n'y changerait rien.

- Hem… Je…, balbutia-t-il.

Je quoi ? Je suis venu pour te sortir de là, je te demande pardon, j'ai oublié de te dire à quel point je tiens à toi, si tu savais comme je m'en veux de te voir là… Chacune de ces répliques sonnaient bien trop mélodramatiques aux oreilles de Harry. Ça ne leur ressemblait pas. L'amour ne leur ressemblait pas de toute façon…

Pablo qui avait observé en retrait ce bref échange intervint lorsqu'il vit Harry, muet, sortir de la poche intérieur de sa veste deux fioles qu'il posa sur le bureau devant lequel Draco était assis.

- Hem… en fait, on est venu te libérer, dit-il mal à l'aise, plongé malgré lui dans l'ambiance frigorifique qui régnait entre les deux ex-amants. C'est moi, Pablo, ajouta-t-il se souvenant qu'il avait l'apparence de Ginny lorsqu'il reçut un regard assassin de la part de son meilleur ami.

- Qu'est-ce que… commença ce dernier en fronçant les sourcils, pas très sûr de bien comprendre la situation.

- Tiens, prend ça, déclara froidement Harry en poussant vers lui la fiole dans laquelle il venait d'ajouter un de ses propres cheveux.

Draco fixa le jeune Auror quelques longues secondes qui parurent une éternité à ce dernier, à tel point qu'il ne parvint pas à soutenir son regard.

Le prisonnier esquissa un sourire sardonique.

- Regarde-moi bien droit dans les yeux Potter ! Cracha-t-il, contenant la colère qui le rongeait. Peu importe ce que tu feras pour te racheter une conscience, je ne suis pas comme tous ces lèche-cul qui te servent de fans, n'espère plus rien de moi, tu entends ! S'emporta-t-il.

- T'en fait pas, je n'attends rien, mentit-il, les mâchoires crispées.

Il ne s'était pas attendu à ce que ça se passe si mal, ni à ce que ça fasse si mal… À quoi s'attendait-il au fond ? À ce que Draco lui saute dans les bras ? C'était complètement ridicule, pensa-t-il, désabusé.

- Et comment tu comptes nous sortir d'ici ? Reprit Draco sur la défensive.

- Donne-moi un de tes cheveux.

- Et après ? Vous êtes rentré à deux, ils ne laisseront pas sortir trois personnes.

- Toi tu sors, moi je reste.

Draco le fixa, un instant déconcerté par cette déclaration, puis il se mit à rire, d'un rire lugubre.

- Le sacrifice du héros ! Comme c'est touchant, railla-t-il.

Il s'arracha un cheveu et le déposa dans le second flacon avant de le tendre à Harry.

- Amuse-toi bien, stupide héros, dit-il en avalant lui-même sa potion.

Harry ne releva pas et descendit d'un trait le contenu de la fiole qu'il lui tendait.

Une fois transformé, ils échangèrent leurs habits. Si Harry fut choqué par la maigreur de son ancien amant, il n'en montra rien. Il s'assit à la place du prisonnier et regarda s'éloigner un couple illusoire qui n'aurait plus jamais vraiment de sens après les ravages qu'avait provoqué l'apparition de Draco dans sa vie…

Lorsque la lourde porte en bois se referma, le laissant seul face à lui-même, il sentit sa détermination faillir. Un frisson le parcourut des pieds à la tête, il était heureux de savoir Drake dehors … Mais leur histoire valait-elle vraiment tous ces sacrifices ?

Un vent froid s'engouffra dans la pièce, il était trop tard pour se poser ce genre de question, tout était terminé entre eux, et Ginny ne lui pardonnerait jamais ce qu'il avait fait, personne ne l'attendait dehors désormais, il était seul et il ne serait plus jamais heureux…

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Draco avait réussi à faire bonne figure devant le gardien. Il était mentalement et nerveusement épuisé mais pour la première fois depuis une éternité, l'espoir était là. Il allait quitter cette enfer, s'enfuir pour ne plus jamais y revenir. Ils passèrent sans difficulté la grille magique mais une fois dans la salle d'audience, Pablo informa Draco qu'il était préférable qu'ils empruntent la cheminée personnelle du bureau de Potter afin que personne ne les voie sortir du ministère. Aussi traversèrent-ils le département des Aurors, faisant mine d'être pressés lorsqu'un collègue tenta de les arrêter pour discuter.

- Harry, lança l'homme, je te cherchais. Salut Ginny. Dis-moi est-ce que c'est toi qui t'es occupé de…

- Désolé, le coupa Draco, il y a urgence, on se voit plus tard, s'imposa-t-il tout en reprenant sa route le long du couloir, suivi de près par Pablo.

Ce dernier commençait déjà à reprendre son apparence lorsqu'ils refermèrent enfin la porte du bureau derrière eux.

- Déjà, s'étonna Pablo, se sentant redevenir lui-même.

- Crois-moi t'es beaucoup mieux comme ça, sourit Draco, étonnamment heureux de voir apparaître le visage de son ami.

Cela rendait un peu plus réel encore ce qui était en train de se passer.

- Et maintenant ? Où on va ? Demanda-t-il en s'approchant de la cheminée.

- Un endroit neutre et bourré de monde d'où on pourra disparaître à la manière moldue, suggéra Pablo.

- Ah, la magie, soupira Draco, si pratique, mais si facilement traçable.

Quelques secondes plus tard, les deux compères se retrouvèrent au Chaudron Baveur, Draco enveloppé dans une cape prise dans le bureau de l'Auror Potter, afin de ne pas être reconnu.

Ils se rendirent du côté moldu de la gare de King's Cross sans prendre le temps de boire un verre au pub. Après avoir acheté leurs billets, ils n'eurent qu'à traverser la rue pour se retrouver devant la façade rouge brique de Saint Pancras. Ils longèrent une multitude de magasins situés sous des arcades de couleur crème, leurs pieds foulant un carrelage nacré sur lequel se reflétait la lumière extérieure que laissait entrer l'immense verrière barrée de poutres métalliques s'imposant au-dessus de leurs têtes. Ils prirent ensuite l'escalator qui les mena sur le quai de l'Eurostar, lui-même surmonté d'une superbe horloge dont les dorures étincelaient sous la lumière de ce milieu d'après-midi. Quelques minutes plus tard, ils avaient pris place dans le train et filaient à toute allure en direction de Paris.

Durant le voyage, Pablo raconta à Drake ce qui s'était passé en son absence.

- Lorsqu'elle a su pour l'arrestation du Patron, Sadie n'a pas attendu la visite des Aurors pour mettre les voiles. Direction quelque part entre Los Angeles et Vegas. C'est ce qu'elle m'a dit la dernière fois que je l'ai vue…. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis.

- Tant mieux. C'est plus prudent d'attendre que les choses se tassent avant de reprendre contact.

Pablo acquiesça puis repris :

- Quelques-uns de ses protégés sont partis avec elle. Pour les autres, Dieu seul sait où ils sont…

- Espérons pour nous qu'aucun d'eux ne se fasse prendre… Ce petit cafard de Craig serait bien capable de nous balancer.

- Il vendrait sa mère à un troll pour sauver son petit cul de camé.

- Ouais… acquiesça Draco soudainement pas très à l'aise.

Pablo soupira. Les tremblements de son ami ne lui avaient pas échappés. À regret, il glissa sa main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un minuscule sachet qu'il mit discrètement dans la main du blond.

- Tu devrais aller aux toilettes, lui dit-il.

Draco lui lança un regard de profond soulagement exprimant l'incongru mélange d'une infinie gratitude et de sincères excuses. Pablo hocha la tête, signe qu'il n'avait pas besoin de se justifier ou d'en dire plus.

Lorsqu'il revint s'asseoir sur la banquette du train, sa fatigue s'était complètement évaporée, il n'avait pas ressenti ça depuis ce qui lui semblait une éternité.

- On est bientôt arrivé ? Demanda-t-il, impatient de pouvoir se dégourdir les jambes.

- Encore un petit quart d'heure, répondit Pablo.

- La vache, j'avais presque oublié à quel point c'était bon, dit-il en s'agitant sur son siège.

Pablo lui fit un sourire amer.

- Qu'est-ce que tu prenais là-bas ? Lui demanda-t-il discrètement.

- Ecstasy, chuchota le blond. Mais ça ne vaut pas le Crystal que tu viens de me filer, ajouta-t-il tout sourire. Comment ça se fait que tu te trimbales avec ça d'ailleurs ?

- Qu'est-ce que tu crois ? Il faut bien que je fasse tourner le business au 7ème ciel. Comme je ne savais pas dans quel état j'allais te retrouver j'en ai pris un sachet, juste au cas où...

- Pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu en avais ?

- Parce que je ne voulais pas que tu le saches. Et autant te le dire tout de suite, je n'ai pas l'intention de te fournir indéfiniment, c'était juste pour dépanner. Je voulais éviter une crise de manque pendant ton évasion mais dès qu'on sera en sécurité tu commenceras ton sevrage, c'est claire ?

- Ouais bien sûr... Répondit Draco sûr le ton de l'évidence. J'ai pas l'intention de retomber aussi bas que la dernière fois t'inquiète ! Mais laisse-moi juste kiffer quelques jours ok ? Le temps de revenir à la réalité, j'ai vécu un enfer là-bas, tu le sais ça hein Pablo ? Je survivrai pas à la descente, pas maintenant...

Pablo soupira.

- Je te laisse deux ou trois jours mais après t'arrêtes tout, ok ? Tu sais aussi bien que moi que plus ça dure, pire sera la descente.

- T'en fais pas, ça va aller, lui assura Draco.

Au fond ce n'était pas tant la descente en elle-même qui le préoccupait, mais plutôt ce qu'il y avait après. Il ne se sentait pas la force de faire face aux conséquences de l'ouragan Potter une fois revenu à son état normal.

Pablo aurait voulu que Draco lui en dise un peu plus sur la nature de sa relation avec Harry. Mais de toute évidence, il était encore trop tôt pour aborder le sujet. Bon sang, ce mec s'était carrément laissé enfermer à Azkaban pour le sortir de là ! Il ne connaissait personne d'autre capable de faire un truc pareil pour qui que ce soit. Lui-même, malgré toute l'affection et la profonde amitié qu'il portait à Drake, n'aurait jamais pu accepter de côtoyer les Détraqueurs d'aussi près…

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Deux jours plus tard...

La porte du petit appartement Londonien se referma sur Molly Wealsey qui n'avait pu s'empêcher de rester plus longtemps que les autres. Elle voulait être sûre que sa fille et son futur gendre avaient tout ce dont ils avaient besoin. Après ce qui venait de se passer, son instinct de maman poule avait immédiatement refait surface... Pauvre Harry, se dit-elle. Les fantômes de la guerre semblaient ne pas vouloir le lâcher, même après tout ce temps... Mieux valait pour Draco Malfoy qu'il ne croise pas un jour la route de Molly Weasley, se promit-elle tandis qu'elle rentrait au terrier la rage au ventre.

Dans l'appartement qu'elle quittait, une autre Weasley sentait monter en elle une rage toute semblable mais dirigée cependant vers un tout autre individu.

Harry, qui venait de passer la journée à Sainte-Mangouste, sous l'œil inquiet des Médicomages, sentait peser sur lui le regard noir de sa fiancée. Il avait redouté ce moment toute la journée, enfin depuis qu'il avait été en état de comprendre qu'il était sorti de son enfer personnel tout du moins. Ne sachant pas à quoi s'attendre, il décida de parler le premier.

- Excuse-moi, murmura-t-il sans oser regarder Ginny en face.

- Excuse-moi... Répondit-elle d'un ton beaucoup trop calme. Excuse-moi ? Répéta-t-elle. C'est tout ce que tu as à me dire ? Excuse-moi ?

- Je... Je ne sais pas quoi dire d'autre...

La jeune femme eut un éclat de rire triste.

- Écoute, reprit-il, je suis désolé de t'avoir fait subir ça mais je n'avais pas le choix ! Pablo menaçait de s'en prendre à toi ! Je ne pouvais pas t'en parler !

- Mais je ne suis pas en sucre putain ! Je vais bientôt devenir ta femme Harry, se soutenir, se protéger et se faire confiance, c'est généralement ce que font les personnes qui s'aiment ! Tu m'as menti ! Tu as trahi ma confiance !

- Mais j'essayais de te protéger justement !

- Tu sais très bien que je suis capable de me défendre toute seule ! Si tu m'en avais parlé, on aurait pu trouver une solution, ça aurait été facile de faire arrêter ce Pablo qui te faisait chanter, je ne comprends pas pourquoi tu n'as rien dit !

- Je... Je n'ai pas réfléchi, j'ai eu peur pour toi, je ne voulais pas qu'il t'arrive quelque chose c'est tout...

C'est ce qu'il avait raconté à ses collègues lorsqu'ils l'avaient interrogé pour savoir comment il était arrivé à Azkaban sous les traits de Draco Malfoy. Mais Ginny avait raison, si Pablo était vraiment venu le trouver en le menaçant de s'en prendre à elle, Harry n'aurait jamais accepté sans rien dire. Il aurait trouvé un moyen de faire échouer l'évasion et d'arrêter Pablo. Mais admettre ça, c'était admettre qu'il avait menti à ses supérieurs et il ne se voyait pas du tout leur expliquer qu'il était pathétiquement tombé amoureux d'un ancien Mangemort au point d'accepter de prendre sa place face aux Détraqueurs. En y réfléchissant, personne ne le croirait de toute façon.

- Mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait putain ?! Renchérit Ginny. Un criminel, un ancien Mangemort s'est évadé à cause de toi ! Qui sait ce que cet enfoiré de Malfoy va encore inventer comme atrocité maintenant qu'il est de nouveau libre ?!

- Arrête un peu, il n'est pas si monstrueux que tu le penses !

Harry n'avait pas pu retenir ses mots mais il les regretta aussitôt qu'il s'entendit les prononcer. Contre toute attente, la colère de Ginny sembla retomber comme un soufflé, elle fixa son futur mari avec un regard insondable pendant un long moment.

Une drôle d'idée venait de traverser son esprit, une idée qu'elle n'aimait pas et qu'elle s'empressa de chasser de ses pensées. De toute façon, c'était complètement absurde. Harry n'aurait jamais fait ça... Il ne se serait jamais fait enfermer à Azkaban de son plein gré, c'était ridicule, personne ne ferait jamais ça, il faudrait être fou. Harry n'était pas fou et puis il l'aimait, il ne lui aurait jamais fait ça volontairement.

- Quoi ? Finit par demander Harry, gêné par ce silence pesant qui venait de s'installer entre eux.

- Rien, je...

Ginny prit une grande bouffée d'oxygène et poursuivit :

- Écoute, je crois qu'on devrait oublier toute cette histoire d'accord ?

Surpris, Harry ne répondit pas tout de suite.

- ça fait des semaines que toutes nos disputes tournent autour de ce fichu réseau et de Malfoy, j'en ai marre, je ne veux plus qu'il s'immisce entre nous.

- ça n'arrivera plus, répondit Harry. Viens là, ajouta-t-il en ouvrant les bras pour que Ginny puisse s'y blottir.

Il la serra fort contre lui en se disant qu'elle n'imaginait même pas à quel point elle avait raison. En cet instant, Harry se sentait à la fois soulagé qu'elle ne pose pas plus de questions et terriblement coupable pour tous les mensonges et les non-dits qu'il entretenait entre eux.

Mais tout ça c'était bel et bien fini, se promit-il. Jamais plus il ne lui mentirait. Il n'en aurait plus besoin de toute façon. Malfoy était parti et il ne le reverrait pas... Jamais.

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- ça y est, t'es réveillé ?

- Casse-toi ! Répondit la voix éraillée de Draco du fin fond de la couette sous laquelle il avait élu domicile depuis un certain temps déjà.

- Je t'ai apporté de quoi manger.

À ces mots, Draco consentit tout de même à émerger. Il était affamé.

- Tiens, ajouta Pablo en lui lançant une petite bouteille d'eau. Bois ça pour commencer, t'es complètement déshydraté.

Draco attrapa la bouteille et but sans faire de commentaire. Il savait d'expérience qu'il n'avait pas dû manger ni boire grand-chose depuis plusieurs jours.

- Accroche-toi mon vieux, t'as passé le plus dur, lui dit Pablo qui avait assisté à la descente de son ami au cours de ces dernières 48 heures.

Draco eut un sourire désabusé. Pablo ne pouvait pas savoir... Mais lui savait. Le plus dur commencerait lorsqu'il aurait achevé la descente.

Il ne se souvenait pas de tout dans les moindres détails mais ce n'était pas très difficile pour lui de reconstituer le puzzle pour savoir ce qu'il avait fait de ces quelques jours de liberté retrouvée.

Euphorique et plus sûr de lui que jamais, il avait dû baiser la moitié des mecs qui avaient franchi la porte des back rooms du 7ème.

Ce dont il se souvenait parfaitement en revanche, c'était d'avoir enchaîné les sniffes de plus en plus fréquemment car l'effet s'estompait de plus en plus vite.

- Depuis combien de temps est-ce que... commença-t-il, la voix chevrotante.

- Cinq jours, répondit Pablo.

- Déjà, répondit Draco qui ne pensait pas être sorti d'Azkaban depuis si longtemps.

- Et oui. Tu as sniffé non-stop pendant les trois premiers jours avant de commencer à descendre.

Draco se souvenait de ça oui. Les sniffes lui faisaient de moins en moins d'effet et son corps commençait à protester violement contre le manque de sommeil et de nourriture. Il avait commencé à flipper. Après avoir baisé tous ces mecs avec l'assurance d'un dieu grec descendu sur Terre, il avait brusquement eu envie d'être seul, se sentant moche et ne comprenant pas comment les autres avaient pu le trouver attirant. Il s'était sentit comme une merde. Petit à petit, les sniffes ne lui faisaient plus aucun effet et malgré un besoin vital de se reposer, son corps semblait incapable de s'arrêter. Il avait beau essayer de dormir, il n'y arrivait pas. C'est à ce moment-là qu'il avait commencé à avoir des hallucinations, se rappela-t-il en contemplant les plaies sur ses avant-bras.

- C'était pas beau à voir, tu m'as vraiment fait peur tu sais, ajouta Pablo qui avait surpris son regard.

Draco ne pouvait qu'imaginer le spectacle qu'il avait dû offrir à son ami. Il se souvenait que sa peau avait commencé à le démanger. Il s'était gratté, de plus en plus fort, et lorsqu'à force de s'acharner il avait fini par s'écorcher, il avait vu, horrifié, un insecte sortir de sa plaie. Il s'était alors rendu compte qu'un millier d'autres insectes courraient sous sa peau. De tout petits insectes, couverts de pattes étaient en train de le dévorer de l'intérieur. Paniqué, il s'était gratté de plus belle, jusqu'à être couvert de petites plaies sanglantes par lesquels il était persuadé de pouvoir faire sortir toutes ces bestioles.

C'était sans doute ce moment-là que Pablo considérait comme le pire moment. Mais si Draco était d'accord pour dire que ces hallucinations étaient souvent des plus atroces, il savait aussi que le plus dur restait à venir.

- J'ai fini par t'attacher pour que tu arrêtes de te lacérer la peau. Après quelques heures à te débattre contre tes liens, tu as fini par t'endormir... Tu as dormi si longtemps que je me suis demandé si tu n'étais pas mort... Au moins 24heures d'affilée.

Draco n'était pas étonné, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Ne sachant que répondre, il commença à manger en silence. Pablo s'installa non loin de là et déplia un journal en se servant un café.

La faim de Draco s'atténuait au fur et à mesure qu'il remplissait son estomac et pourtant, un étrange sentiment de vide et de malaise semblait ne pas vouloir le quitter. Malheureusement, il connaissait bien cette sensation et il savait qu'elle ne le quitterait pas de sitôt. Il se sentirait mal pendant encore plusieurs jours, le temps que la descente s'achève, et il aurait envie de consommer de nouveau pour aller mieux. S'il résistait jusque-là, ce qu'il avait bien l'intention de faire, il lui faudrait ensuite affronter une déprime lancinante plus ou moins longue, c'était cela le manque. Et pour Draco, le pire n'était pas de descendre mais bel et bien de ne pas replonger lorsqu'il le sentirait : le manque.

- Tiens, intervint Pablo en lui tendant le journal qu'il était en train de lire. On dirait bien que Potter est enfin sorti d'Azkaban.

Draco parcourut rapidement la double page de Planète Sorcier qu'il avait sous les yeux : « Angleterre : le survivant à Azkaban » « Victime d'un complot, Harry Potter témoigne » « Draco Malfoy : un ex-Mangemort en fuite ». Quoi qu'il fasse, qu'il soit « involontairement » complice d'une évasion ou pétri de terreur face à des Détraqueurs, Potter resterait toujours un héros constata-il amèrement. Il balança le journal sur la table d'un air dédaigneux.

- Comment t'as fait pour le convaincre de prendre ma place là-bas ?

- Hem... Ben c'était son idée en fait...

Comme Draco ne semblait pas comprendre ce qu'il venait de dire, Pablo s'expliqua.

- Ce que raconte l'article est un tissu de conneries, je n'ai jamais menacé sa pouffe et encore moins obligé à faire quoi que ce soit. En fait, il a passé des semaines à fouiner dans les quartiers chauds de la ville à la recherche de Sadie, ou de quelqu'un qui la connaissait. Il a fini par atterrir au 7ème et quand il a compris qui j'étais, il m'a demandé de l'aider à te faire évader. J'aimerais pouvoir dire que l'idée vient de moi, mais je n'aurais jamais pensé à un truc aussi tordu...

Face au mutisme de son ami, Pablo continua, hésitant.

- Tu sais je... Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous mais il avait vraiment l'air prêt à tout pour te sortir de là. Il doit être dingue de toi pour...

- Ta gueule ! Le coupa sèchement Draco. Casse-toi, ajouta-t-il d'un ton ferme en se levant pour retourner en direction de son lit. Casse-toi je t'ai dit ! S'énerva-t-il alors que Pablo n'avait pas bougé, trop surpris par ce brusque saut d'humeur.

Compréhensif, il se leva, récupéra son journal et sortit de la pièce sans faire de commentaire. Draco se glissa alors sous sa couette et se mit à pleurer. C'était peut-être la fatigue, les conséquences de sa descente ou encore le stress de ses dernières semaines qui retombait... À moins que l'ouragan Potter ait une fois encore dévasté son cœur. Peu importe la raison au fond, le résultat était le même, Draco se sentait mal et personne ne pouvait comprendre sa douleur... Même pas lui-même.

à suivre...

Les choses se compliquent. La relation entre nos deux héros survivra-t-elle à tous cela?

A bientôt pour la suite !