Quelques petites précisions:
- Il s'agit d'une fic NON- SORCIERS.
- Malgré tout, il y aura présence de fantastique.
- Il s'agit d'un rating M, donc je préviens tout de suite qu'à un moment ou à un autre, il y aura présence de lemon plus ou moins détaillé.
- Je le précise tout de même (juste au coup où certains seraient tombés sur cette fic sans savoir où ils mettaient les pieds) que cette histoire contiendra des relations HOMOSEXUELLES entre hommes, alors par pitié ne venez pas vous plaindre par la suite.
- J'ai préféré classer cette fic en Harry/Voldemort, bien que ce pseudonyme n'apparaîtra pas souvent.
- Les pensées des personnages seront en italique gras (bien que je les mettrais rarement).
- S'il y a un terme souligné dans le texte, c'est qu'il y aura un commentaire ou une définition à la fin du chapitre.
Bonne Lecture !
Peut-être était-ce son karma. Ou alors son mental était irrévocablement atteint. Harry n'avait pas d'autre explication plausible quant à son comportement méprisable envers Tom Riddle. Cet homme s'était montré d'une gentillesse et d'une bonté hors norme avec sa famille, et lui, il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de le repousser tel un malpropre, avant de le fuir comme la peste.
Quatre jours étaient passés depuis cette fameuse soirée d'Halloween. Et autant dire que Harry s'était sentis seul durant ce temps. Pansy avait tout tenté pour le faire parler, mais sans effet. Théo avait respecté son silence, tandis que Blaise avait continué de sortir des bêtises comme si de rien n'était. Puis il avait commencé à s'isoler. Pas pour fuir ses amis -enfin, peut-être un peu Pansy- mais pour échapper à Riddle. Il était principalement resté dans sa chambre, mais en avait très vite eu assez. L'air frais lui avait manqué. Il en était à ce point dans ses réflexions lorsqu'il prit une décision: il fallait qu'il aille prendre l'air. Alors, son ballon sous le bras et une envie folle de se défouler, il sortit de sa chambre. Heureusement, il parvenait à présent à suffisamment se repérer dans le manoir, en tout cas assez pour retrouver la porte principale et celle de sa chambre. À part quelques domestiques, il ne croisa personne. Rassuré, il fini par atteindre le grand hall, puis la double porte.
À l'extérieur, le temps était clair, mais le ciel chargé de nuages. Tranquillement, Harry contourna le grand édifice, ne sachant pas vraiment où chercher un endroit convenable pour s'entraîner. C'est juste avant de déboucher dans les jardins qu'il remarqua un petit chemin de terre brune, dissimulé dans la végétation et s'enfonçant dans la forêt. Intrigué, Harry s'y engagea après une ou deux minutes de réflexion. Après tout, s'il ne s'éloignait pas trop du manoir, il n'aurait aucun problème à retrouver son chemin. Le sentier était vraiment petit, et très inégal. Il descendait en pente, parfois tellement abrupte que Harry se demandait s'il n'aurait pas dû rebrousser chemin. Mais il était bien trop curieux pour le faire, tout en sachant pertinemment que ce chemin ne menait peut-être nulle part. Heureusement, la terre sous ses pieds n'était pas mouillée, mais juste un peu humide. La forêt était dense et silencieuse, ce qui n'inquiétait pas Harry outre mesure. Il s'était habitué au calme de Godric's Hollow et de ses environs.
Ce n'est qu'au bout de dix minutes environ qu'il déboucha dans une immense prairie entourée d'arbres. En ce début novembre, l'herbe était encore verte, ce qui était plutôt étonnant pour cette période de l'année. L'endroit était parfait pour un entraînement de foot improvisé. Calmement, Harry parcourut le terrain, prenant connaissance des rares imperfections de l'endroit. Il lui fallu bien vingt minutes pour tout inspecter. Et ce n'est qu'une fois cela fait qu'il lança son ballon aussi loin que possible, courant aussitôt après. L'air était frais en ce mardi après-midi, mais au bout d'une heure et demi à courir dans tous les sens, Harry était en sueur et avait aussi chaud qu'à midi au soleil en plein mois d'août. Mais ce n'est pas pour autant qu'il s'arrêta au contraire, plus il courait, plus l'adrénaline le poussait à accélérer. Courir lui avait manqué. Il aimait par dessus tout cette sensation de liberté que lui procurait l'exercice, et encore plus lorsqu'il était seul. Par moment, quand il était lancé à fond, il avait l'impression enivrante de voler: tout autour de lui disparaissait, et ne restait plus que le ballon et l'envie d'aller plus vite. Tous ses soucis s'effaçaient, gommés par la joie ressentie.
Tout à coup, le pied de Harry dérapa, et celui-ci se retrouva étalé de tout son long, face contre terre. Il mit plusieurs secondes avant de se retourner sur le dos, pour rester couché par terre, essoufflé, mais pour la première fois en quatre jours, satisfait. Durant de longues minutes, il resta immobile à contempler les nuages, s'amusant mentalement à trouver quelles étaient les formes des cumulo-nimbus. C'est là qu'il remarqua enfin que le jour avait commencé à décliner. Il devrait donc se dépêcher s'il ne voulait pas se retrouver dans la nuit noire. Sans compter qu'il reprenait les cours le lendemain.
Prestement, il récupéra son sweat -qu'il avait déposé plus tôt afin d'être plus à l'aise- ainsi que son ballon. Aussitôt, il reprit le petit sentier et remonta jusqu'au manoir. À aucun moment Harry ne remarqua qu'il était observé, et ce depuis le début.
Près de deux heures plus tôt, un grand homme brun tournait en rond dans sa chambre, tel un lion en cage. Des débris de ce qui fut quelques instants auparavant un verre en cristal jonchaient le sol, brisé en mille morceaux après un contact violent avec le mur.
Cette situation était insupportable. Plus de deux mois qu'il l'avait enfin retrouvé, et il devait encore ronger son frein pour ne pas l'effrayer davantage alors qu'il l'avait sous son toit. Mais que faire ? Il ne pouvait décemment pas lui sauter dessus et tout lui avouer d'un bloc. Harry le prendrai soit pour un pervers, soit pour un psychotique. Peut-être même les deux à la fois. Il avait imaginé que les choses se feraient calmement, naturellement. Après tout, ils étaient fait pour être ensemble. Riddle n'avait pas songé que les sentiments du plus jeune seraient si chamboulés.
Voulant s'aérer les idées, Tom sortit sur la terrasse. Les poings appuyés sur la rambarde, il contempla l'horizon brumeux, tentant de trouver une solution à ses problèmes. Cette vue qu'il avait de la haute cime des arbres était la deuxième chose qui lui avait manqué quand il avait quitté Godric'Hollow. La première étant…
Sans compter que les choses n'allaient pas s'arranger de sitôt, puisque le lendemain, les cours reprendraient. Au moins à une certaine époque, il n'avait pas eu à se soucier de quelconque problème d'école.
Du coin de l'œil, à plusieurs dizaines de mètres en contrebas, il repéra Silver sortir d'entre les arbres et se diriger vers l'un des côtés du bâtiment, disparaissant bientôt de sa vue. Mais c'était suffisant pour avoir repéré l'objet de tous ses soucis sortir du manoir. Sans plus réfléchir, il quitta sa chambre et se dirigea à son tour vers l'entrée principale. Il suivit la direction que Harry avait prise, prêt à le ramener derechef avec lui à l'intérieur. Le jeune homme ne devait plus s'aventurer seul dehors, plus maintenant que sa présence au manoir Serpentard était su.
Toutefois, il était curieux. Alors, au lieu de le stopper, il le suivit. Il savait déjà où menait ce chemin, et il se doutait de ce qu'allait faire Harry. Silencieusement, il le suivit donc à distance. Il avait prit depuis longtemps l'habitude de parcourir cette forêt seul, sans personne pour le déranger, aimant la solitude qu'elle lui procurait. Mais voir le garçon à une centaine de mètres devant lui, marcher entre ces arbres lui procurait une satisfaction telle qu'il n'en avait plus ressentit depuis… fort longtemps. Précautionneusement, il évita les feuilles mortes, les racines et autres ronces afin de ne pas se faire repérer. Il aurait été idiot que Harry le remarque maintenant. Il souhaitait le voir au naturel, détendu, mais il savait que si sa présence était découverte, cela serait impossible. Chassant sa mauvaise humeur, il vit Harry atteindre la prairie. Prenant soin de ce dissimuler dans l'ombre des arbres, il se stoppa à une trentaine de mètre du petit brun, l'observant attentivement, ne voulant rien manquer.
Pendant une heure et demi, il le regarda s'entraîner au football. Fasciné, il grava dans sa mémoire chacun de ses mouvements, gracieux et rapides, ne voulant rien louper. Mais lorsque Harry se débarrassa de son sweat, se retrouvant en simple débardeur sans manche, les pupilles de Tom se dilatèrent. Captivé, il se força à ne pas bouger. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il le voyait avec quasiment rien sur le dos.
En repensant à cette soirée d'Halloween, quatre jours plus tôt, un doux sourire orna ses lèvres. Lorsqu'il avait vu Harry pénétrer dans la grande salle de réception, il avait bien crus qu'il n'arriverait jamais à se contenir. Il n'avait pas été au courant de la tenue que Pansy réservait au jeune homme, mais la voir sur Harry l'avait littéralement scié. Un fort sentiment de possessivité s'était alors fait ressentir. Il l'avait longuement observé, mais avait dû rapidement détourner les yeux pour faire bonne figure auprès de ses autres invités. Mais il avait été également très irrité par la façon dont ces derniers avaient lorgné sans vergogne sur Harry, le dévorant du regard.
Un bruit sec le tira brusquement hors de ses pensées, et il ne lui fallu qu'un quart de seconde pour en trouver la source: Harry était allongé par terre, sur le ventre, immobile. Immédiatement, une peur glaciale le prit aux tripes, une peur qu'il ressentait maintenant pour la seconde fois de sa vie. Une peur qu'il avait espéré de toute son âme ne plus jamais connaître. Fébrilement, il chercha une quelconque menace ayant pu s'en prendre à Harry sans qu'il ne s'en apercevoir. Mais rien. Il n'y avait rien ni personne autour de lui. Rapidement, les nerfs à vifs et les muscles crispés, il amorça un pas en direction du plus jeune, puis un autre, et encore un autre, et…
Harry se retourna sur le dos. Il n'avait pas l'air blessé, mais Tom ne voulait pas baisser sa garde. Prudemment, il s'arrêta, son regard vrillé sur le jeune homme, guettant cependant un éventuel signe de danger. Ce n'est que lorsqu'il aperçu l'expression amusée et sereine sur le visage de Harry qu'il comprit qu'il n'y avait rien à craindre. Rassuré, mais n'ayant pas oublié qu'une attaque n'était pas impossible, Tom se focalisa de nouveau entièrement sur Harry, l'oreille aux aguets. Mais fort heureusement, aucun danger n'était en vu, hormis peut-être la maladresse du garçon. Puis il le vit se relever, récupérer ses affaires, avant de rebrousser chemin. Calmé, il recommença le même manège qu'à l'allée, ne se faisant pas voir du jeune garçon.
Ce n'est que plusieurs heures plus tard, dans la nuit précisément, que Tom prit une décision. Il ne pouvait pas tout déballer à Harry, pas maintenant en tout cas. Il ne lui restait donc plus qu'à tout tenter pour percer les barrières du jeune homme, et ce sans lui révéler la vérité du passé, si possible. Quitte à utiliser quelques moyens déloyales pour y arriver, cela importait peu, du moment que Harry l'acceptait. Et il ferai tout, absolument tout, pour y parvenir.
- " Harryyy !"
Se retournant, l'interpellé n'eut le temps que de distingué une masse rousse de cheveux lui sauter dessus.
- " Ron ! Tu m'étouffes !"
- " Oh, désolé," lança le rouquin, surexcité, " mais tu m'as tellement manqué !"
- " Ron, je te rappelle que Harry est mon petit-ami."
- " Et alors ? Moi je suis devenu son meilleur ami avant que tu ne sois sa petite-amie, ce qui veut dire que j'ai la priorité. En plus, c'est moi le plus vieux."
- " N'importe quoi."
Décidément, rien n'avait changé, ce qui était tant mieux.
C'était le mercredi matin de la reprise des cours, et Harry avait été agréablement surprit de découvrir qu'il n'irait pas au lycée à pieds ou en bus, mais en BMW grise métallisée rutilante et dernière génération. Par contre, sa bonne humeur avait quelque peu décliné lorsqu'il s'était rendu compte que Drago Malefoy ferait partit du voyage. C'était Amycus qui s'était chargé de les conduire, un silence de mort régnant dans l'habitacle.
Harry sortit de ses pensées au moment où de douces lèvres se posèrent sur les siennes. Automatiquement et sans y réfléchir, Harry répondit au baiser de sa petite-amie.
Ginny.
C'est à cet instant que Harry se rendit compte que durant les quelques jours qu'il venait de passer au manoir Serpentard, pas un seul instant il n'avait eu une pensée pour la jeune fille, trop obnubilé par ses propres soucis. Honteux, il passa ses bras autour de la taille de Ginny, la serrant étroitement contre lui. Il se rendit compte que l'odeur de vanille de la jeune fille lui avait manqué.
- " Eurk !"
- " La ferme Ron !" s'exclama Ginny, les joues roses.
- " Bonjour."
- " Salut Hermione ! Alors, tu as passé de bonnes vacances ? Euh… non, mauvaise question. A-alors, quoi d'neuf ?" demanda Ron, le regard fuyant.
Superbement, la jeune fille snoba son ami roux, et se tourna vers Ginny, ignorant par la même occasion Harry.
- " Bonjour Hermione," lança à son tour la rouquine, pas sûre de ce qu'elle devait faire ou dire, " comment vas-tu ?"
- " Si j'oublies que je viens de passer les pires vacances de toute ma vie, très bien merci. Et toi ?"
- " Ça va ! Oh, Luna est là-bas, tu viens ?"
Voyant Ginny entraîner délibérément leur meilleure amie à l'écart, Harry et Ron soufflèrent un bon coup, soulagés comme jamais. Silencieusement, le jeune brun remercia Ginny.
- " Elle n'est pas prête de nous pardonner !"
- " Non, tu crois ?" se moqua Harry.
- " Bah, elle va bien finir par se lasser de nous faire la tête !"
- " J'espère, car sinon, tu peux dire adieu à ses notes." Ajouta Harry, un sourire goguenard aux lèvres.
Éclatant de rire face à la pâleur subite de Ron, Harry fini par se reprendre, quelques minutes plus tard:
- " Ne t'inquiète pas, ça lui passera. Elle s'en veut probablement aussi de ne pas avoir su nous arrêter à temps."
- " Elle n'a pas à s'en vouloir. C'est nous qui l'avons traîné dans ce cimetière après tout."
- " Va savoir."
À cet instant, le lycée ouvrit ses portes, et c'est en se traînant que les deux garçons pénétrèrent à l'intérieur.
- " Au fait Harry, comment c'est là-bas ?" demanda subitement le rouquin.
- " Quoi, le manoir Serpentard ?"
Hochement de tête affirmatif. Tous les habitants de Godric's Hollow avaient très vite été au courant du départ précipité des parents Potter pour Londres, ainsi que du fait que le manoir sensé être en ruines était en réalité en parfait état et habité de surcroît.
- " Ben, c'est… grand."
- " Ça je l'avais déjà deviné tout seul. Mais comment sont les gens ?"
- " Comment veux-tu qu'ils soient ? Normaux bien sûr." S'impatienta Harry, qui ne voyait pas bien où voulait en venir son ami.
" Quoi ? Ne me dis pas qu'il s'agit juste d'une bande de glandus venu s'enterrer ici ?"
Nonchalamment, Harry haussa les épaules. Il n'était pas sûr que qualifier Tom Riddle de glandu était vraiment la meilleure chose à faire, ni même qui que ce soit d'autre là-bas. À part peut-être Drago Malefoy. Voulant changer de sujet, Harry enchaîna:
- " En tout cas, j'ai trouvé un superbe endroit pour l'entraînement. Bien mieux que le terrain vague près de chez toi."
- " Génial ! C'est où ?" demanda Ron alors qu'ils atteignaient leur salle de cours.
- " Dans la forêt. Il y a une grande prairie pas loin du manoir."
Ron n'eu pas l'occasion de répondre car à ce moment, leur professeur de maths, Minerva McGonagal, arriva.
Leur matinée de cours se passa tranquillement, sauf peut-être au moment où Ron eu apprit la soirée d'Halloween à laquelle Harry avait assisté. Bien sûr, le brun avait soigneusement évité le petit moment avec Riddle près de la balancelle. D'ailleurs, à ce propos, le jeune homme avait bien réfléchi, et avait prit la décision -difficilement- d'aller s'excuser auprès de l'homme pour son comportement. Quoi qu'il en soit, les deux garçons se dirigeaient donc vers la sortie, bien décidé à passer l'après-midi ensemble.
- " Potter !"
- " Qu'est-ce que tu veux Malefoy ?" demanda le brun en se retournant.
- " Je te signal que la voiture est de l'autre côté. Alors où est-ce que tu vas comme ça ?"
- " Mêles-toi de tes oignons !"
- " Justement, c'est ce que je fais ! Alors maintenant tu viens avec moi." Ordonna froidement le blond.
Autour d'eux, personne ne faisait vraiment attention, les élèves trop heureux de quitter le lycée pour renter chez eux et aller s'amuser. Certains discutaient joyeusement, d'autres se plaignaient déjà de l'avalanche de devoirs que les professeurs leurs donnaient, et certains couraient afin de ne pas louper le bus.
- " De quoi tu parles Malefoy ?" s'exclama brusquement Ron, hargneux. " Tu te prends pour sa mère maintenant ? Dégage et fous-lui la paix !"
- " Je ne t'ai pas adressé la parole, Weasmoche." Grogna Malefoy, les dents serrées.
- " Et bien moi je te parles, et je te dis de laisser Harry tranquille."
- " Sinon quoi ?" provoqua Drago en faisant un pas vers Ron.
- " Sinon je sens que tu vas bientôt avoir mal aux dents." Claironna le roux en jouant de ses biceps.
Voyant que les choses partaient en cacahuète, Harry s'interposa entre les deux.
- " Ron, arrêtes. Malefoy, je ne rentre pas tout de suite."
- " Et comment comptes-tu remonter au manoir sans voiture ?" demanda le blond, qui semblait sur le point de piquer une crise de nerf.
- " Je me débrouillerai."
Aussitôt, il entraîna son meilleur ami avec lui, sans laisser le temps à Drago d'ajouter quelque chose. Le blond les regarda partir, les poings crispés. Que devait-il faire ? Il ne pouvait pas laisser Potter se balader tout seul. Tom lui avait personnellement ordonné de surveiller le brun lorsqu'ils seraient au lycée. Il devait s'assurer qu'il ne reste jamais seul -ce qui n'était jamais le cas avec Weasmoche aux alentours-, ainsi que de veiller à ce qu'il rentre le plus vite possible au manoir. Et voilà que le premier jour où les cours reprenaient, Potter se tirait les mains dans les poches, et sous son nez en plus. Mais que pouvait-il faire ? Il ne se voyait pas attraper le garçon et le balancer de force dans la voiture devant tout le monde. Mais il se voyait encore moins suivre ces deux abrutis comme un toutou à sa mémère.
Retournant à la voiture, il se pencha sur la vitre côté conducteur:
- " Amycus, tu vas suivre Potter. Vas-y à pied et ne te fait pas voir. Il faut veiller à ce qu'il ne lui arrive rien."
- " Très bien."
Aussitôt, l'homme s'éclipsa, se mêlant avec habilité aux passants. Calmement, Drago marcha d'une allure normale en direction de la sortit du village. Ce n'est qu'une fois arrivé à la lisière de la forêt qu'il accéléra. Après tout, il n'était pas un faible humain. Pour quelqu'un de « normal », le trajet du lycée jusqu'au manoir aurait facilement prit une journée entière à pieds, mais pas pour Drago. Ni même pour ceux qui habitaient au sein de cette bâtisse construite dans la forêt. Non, pour ceux de son espèce, une minute maximum était nécessaire pour faire le trajet. Il suffisant juste de ne pas se faire voir aux yeux des humains. Ces créatures faibles et sans intérêts qui se croyaient au sommet de la chaîne alimentaire, mais qui ne se doutaient pas un seul instant que quelque chose de beaucoup plus fort se trouvait au-dessus d'eux. Pitoyable. Et dire que ses parents l'avaient forcé à étudier une année entière dans l'une de leurs écoles. Tout ça parce qu'il avait osé désobéir à son père. La punition avait été pire que tout ce qu'il aurait pu imaginer. Devoir côtoyer ces espèces de babouins arriérés était insupportable.
D'une démarche gracieuse et arrogante, le jeune Malefoy émergea d'entre les arbres, et se dirigea vers le manoir. Mais si l'extérieur ne laissait rien paraître, à l'intérieur, Drago était terrorisé. Comment annoncé au maître des lieux que Harry Potter se baladait tout seul dehors, sans autre protection que celle d'un domestique. Certes, Amycus était fort, mais ce n'était pas un guerrier. Si une attaque de groupe avait lieu, aucun ne survivrait.
Arrivé devant le bureau de Tom, Drago se figea. Comment allait-il lui avouer ça ?
- " Entre Drago." Tonna une voix de l'intérieur.
Inspirant un grand coup, le jeune blond s'exécuta et pénétra dans la pièce octogonale.
- " Un problème ?" demanda le brun sans relever les yeux de sa paperasse.
Oui. Potter n'en a fait qu'à sa tête et s'est tiré avec son abruti de meilleur ami. Maintenant, il est sous la seule protection d'un domestique et est probablement en danger.
- " Et bien,… euh… c'est..."
Tom releva les yeux, sans expression aucune sur le visage. Il analysa quelques secondes le visage blême du plus jeune, avant de demander d'une voix sans émotion:
- " Drago, où est Harry ?"
La question à ne pas poser. Statufié, les yeux écarquillés, Drago n'était plus capable d'ouvrir la bouche. Son regard fixé sur Riddle, il ne savait plus quoi faire. Il allait mourir. Tom Riddle ne lui pardonnerait jamais cette erreur. Lentement, trop lentement, Tom se leva sans quitter des yeux le blond. Celui-ci dégluti, s'attendant au pire. L'homme se posta à quelques centimètres en face de Drago, le dominant de toute sa hauteur.
- " Où est Harry ?"
À cet instant, la prestance et l'arrogance des Malefoy avaient complètement disparu des gênes de Drago. Il n'était plus rien face au regard froid, furieux, mais surtout dangereux de Tom Riddle.
- " I-il est… encore au village. Je n'ai pas réussi à le convaincre de venir avec moi. Il ne-"
- " Où est-il ?" le coupa violemment le grand brun comme si Drago n'avait pas ouvert la bouche.
- " J-je ne sais pas exactement."
Croyant sa dernière seconde arrivée, Drago mit quelques secondes à réaliser que Riddle n'était plus dans le bureau. Hormis lui, la pièce était déserte.
Furieux. Paniqué. Tom n'arrivait plus à réfléchir clairement. Courant à toute allure dans les couloirs, il atteint le garage souterrain en moins de trois secondes. Une de plus, et il se retrouvait au volant de la voiture la plus proche de lui. Il fallait qu'il retrouve Harry.
- " Je crois que Drago a de gros problèmes." S'exclama Blaise en entrant tel un boulet de canon dans un petit salon où était rassemblés Pansy, Théo et Ulric.
- " Tu parles de sa manie de toujours se recoiffer ? C'est sûr qu'à ce train-là, il va vite devenir chauve." S'exclama avec un sourire Ulric.
- " Non, je suis sérieux." Et effectivement, le basané l'était, chose très rare et qui calma instantanément les rires.
- " Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda Pansy, les sourcils froncés.
- " Je passais près du bureau de Tom, et j'ai surpris une conversation. Apparemment, Drago aurait en quelque sorte perdu Harry."
- " Comment ça perdu ? Est-ce que Drago n'était pas censé surveiller Harry ?"
- " Si, mais je ne connais pas tous les détails. Je sais juste que Tom était vraiment furax. J'ai crus qu'il allait massacrer Drago."
- " Et que s'est-il passé ?" questionna Ulric, pour une fois sérieux.
- " Tom est partit comme une tornade. Je crois qu'il a quitté le manoir."
- " Il est certainement parti à la recherche de Harry." Déduisit Théo, le visage grave.
- " Vous croyez que Tom ferait vraiment quelque chose contre Drago ?" demanda Pansy, incertaine.
- " Je te rappelle qu'il est question de la vie de son âme-sœur. Je suis sûr et certain que si Harry était en danger, il ferai n'importe quoi. Je serai capable de tout s'il y avait un quelconque risque pour Raphaël." Commenta d'une voix neutre le frère de Théo.
- " Est-ce qu'on peut faire quelque chose ?"
- " Je pense qu'il vaudrait mieux s'abstenir, surtout si Tom est dans l'état d'esprit auquel je pense." Assura Ulric.
Le stress et l'incertitude avaient envahit la pièce. Chacun tentant de trouver une solution possible pour régler cela sans heurts. Mais dans l'état actuel des choses, rien n'était faisable. Drago était dans le pétrin, et ils ne pouvaient rien faire. Soudain, Pansy s'exclama, furieuse:
- " Mais quel con !"
Les trois autres la regardèrent, les yeux ronds.
- " Pansy ?" demanda Blaise, incertain.
- " Mais qu'est-ce qu'il croyait ? Le laisser comme ça ! Il sait pourtant à quel point Harry est important pour Tom. Mais non, lui il le laisse filer en sachant pertinemment que quelque chose peut lui arriver !"
- " Et bien en tout cas, c'est à espérer que Tom retrouve au plus vite Harry. Ça limitera peut-être les dégâts." Fit Ulric, la mine sombre.
- " Où est Drago ?" demanda calmement Théo à Blaise.
Mais avant que le basané n'ai pu répondre, une voix qui ne leur était pas étrangère s'éleva:
- " Ici."
- " Drago !" s'exclamèrent Théo et Blaise d'une même voix.
Le blond avait les lèvres pincé et les sourcils légèrement froncé, signes que la situation était mauvaise. Et mauvaise, celle-ci l'était vraiment. Tous se rendaient compte de la gravité des évènements. Immédiatement, Drago alla s'asseoir dans le fauteuil le plus proche, avant de se prendre la tête entre les mains.
- " Comment tu te sens ?" osa demanda Blaise.
- " Comment je me sens ?" répéta d'une voix acide le jeune Malefoy. " À ton avis, comment je devrai me sentir ?"
- " Ce n'est pas la peine de t'en prendre à lui Drago." Réprimanda Pansy, visiblement très énervée. " C'est de ta faute si tu as merdé."
- " Je le sais bien !" s'exclama le blond d'une voix aiguë. " Mais qu'est-ce que je pouvais faire ? Traîner Potter de force dans la voiture peut-être ? C'est sûr qu'avec ça, personne n'aurai fait attention !"
- " Tu aurais pu essayer de discuter avec lui. Je ne sais pas moi, tu n'avais qu'a lui dire que Tom voulait lui parler d'urgence, où n'importe quoi d'autre !" poursuivit Pansy.
- " Ça n'aurait pas marcher. Je l'ai suffisamment côtoyé pour savoir que ce gars est une véritable tête de mule. Rien de ce que j'aurai pu dire ou faire ne lui aurait fait changer d'avis. Et à cause de ses conneries, c'est moi qui vais morfler."
Théo enchaîna à la place de Pansy:
- " Tu sais très bien que ce n'est pas de la faute à Harry. Il n'est au courant de rien."
- " Ah oui, parlons-en de ça ! Pourquoi est-ce que personne ne lui a encore dit la vérité ?"
- " Ne cherches pas d'excuse. Ce qui est fait est fait. De plus, tu sais très bien pourquoi Tom n'a encore rien dit à Harry." Dit calmement Ulric, ouvrant la bouche pour la première fois depuis l'arrivée du blond.
- " Mais enfin, cette histoire s'est passée il y a presque cinq siècles. C'est de l'histoire ancienne à présent."
Rapide comme l'éclair, Ulric se releva d'un bond et saisi Drago par le col de sa chemise. Ses yeux, d'ordinaire d'un beau bleu océan, étaient à présent plus noirs que les ténèbres. L'aîné des Nott souleva le garçon de plusieurs centimètres, ses yeux pleins de fureur encrés dans les orbes grises.
- " De l'histoire ancienne ? Tu crois peut-être que c'est de l'histoire ancienne pour Tom ? Tu dis ça parce que tu ignores le sentiment que l'on ressent en rencontrant son calice, tout comme tu ignores la peur que l'on peut avoir qu'il ne lui arrive malheur. Tom a déjà affronté une fois la perte de son âme-sœur, tu crois sérieusement qu'il a envi de revivre ça ? Tu crois qu'il prendrai le risque en sachant que la menace n'a pas été éliminée ?"
- " Lâ-lâches-moi !" suffoqua Drago.
- " Seulement quand tu aura compris la gravité de la situation dans laquelle tu t'es mis."
- " Je ne… pouvais rien faire !"
Les yeux de Ulric semblèrent s'obscurcires encore plus. Pansy, Théo et Blaise pouvaient pratiquement voir des éclairs de fureur traverser les yeux anciennement bleus du jeune homme. Et c'est avec effroi qu'ils virent ses doigt se crisper davantage autour de cou de Drago, coupant la respiration de ce dernier. Pansy décida d'intervenir à ce moment là:
- " Ulric, ça suffit. Tu connais Drago, il ne reconnaîtra jamais qu'il a fait une erreur. Lâches-le s'il te plaît."
Il fallu de longues secondes avant que Ulric ne consente à lâcher le blond. Celui-ci tomba lourdement, les genoux au sol, toussant à s'en arracher les poumons. Massant sa gorge douloureuse, il ne releva même pas la tête lorsque son bourreau lui lança, sur le pas de la porte:
- " Je serai toi, je me ferais discret à partir de maintenant. Dans le cas contraire, je ne pense pas que Tom se montre aussi gentil que moi."
Et sur ce, il sortit sans plus s'occuper des autres.
- " Bon sang, dix-sept ou dix-huit ans, c'est du pareil au même !" s'exclama Ron avec hargne.
- " Pour toi peut-être, mais pas pour ceux qui servent l'alcool." Répondit Harry avec calme.
- " Il n'y a qu'à Godric's Hollow que cette loi est respectée ! Je suis sûr que si on était à Londres ou dans une autre grande ville, personne ne rechignerai à me servir un verre de Whisky."
Effectivement, cela n'aurai posé aucun problème s'il avait habité dans une grande ville. Ron faisant plus vieux que son âge, aucun barman n'aurai eu de soucis à lui servir de l'alcool, puisque celui-ci n'aurai connu le roux ni d'Ève ni d'Adam. Toutefois, les choses étaient bien différentes dans un petit village où tout le monde se connaissait. Alors quand le plus jeune fils Weasley avait débarqué au pub et commandé un Whisky-coca, les rires s'étaient déchaînés. Tom, le vieux barman du pub, avait répliqué: Tu ne crois pas que tu es un peu jeune pour ça fiston ? Tenez les garçons, prenez ça plutôt, c'est cadeau de la maison.
Vingt minutes après cet épisode assez humiliant, ils étaient donc installés à l'une des table du Chaudron Baveur, un coca devant chacun. Harry s'était, à de nombreuses reprises, demandé d'où pouvait bien provenir un tel nom, avant de laisser tomber. Après tout, les gens appelait leur établissement comme ils le souhaitaient, même si cela était bizarre au final.
Harry poursuivit:
- " En tout cas, tu ne crois pas qu'il est un peu tôt pour du Whisky ? Après tout, il n'est que quinze heures."
- " Bah, je n'ai pas vraiment le choix. Mes parents n'en boivent pas, alors ce n'est pas comme si je pouvais en boire en douce. Il n'y avait donc qu'ici pour tenter ma chance." Se lamenta le roux.
- " Mais pourquoi ce brusque intérêt pour l'alcool ? Je ne savais pas que tu voulais autant y goûter !"
Au grand étonnement de Harry, Ron se mit brusquement à rougir. Pourtant, il n'avait rien dit de gênant. Rouge comme une tomate, le fils Weasley jeta de vifs coups d'œil autour de lui, s'assurant ainsi que personne ne les écoutait. Harry préféra taire l'inutilité de ce geste, étant donné que le pub ne comptait que quatre clients hormis eux. Après tout, un mercredi après-midi, la plupart des gens étaient occupées. C'est donc après s'être assuré qu'il n'y avait aucune oreille indiscrète que Ron se pencha en avant, intimant à Harry de faire de même.
- " Tu vois, pendant les vacances, Fred et George m'ont envoyé une lettre. Oh, rien de bien original, juste leurs blagues habituelles complètements débiles. Sauf qu'il y avait un truc en plus… je ne sais pas trop pourquoi ils m'ont envoyé quelque chose comme ça. Dans la lettre, ils me disaient que… si je voulais plaire à une fille, le meilleur moyen était de paraître viril, et que pour ça, je devais boire de l'alcool, fort de préférence."
Incrédule, Harry éclata de rire au bout de quelques secondes.
- " Ron, il ne faut pas gober tout ce que tes frères te disent."
Ledit Ron se renfrogna, comprenant que ces frères s'étaient une fois de plus joués de lui. Un peu calmé, Harry continua, une note espiègle dans la voix:
- " Mais, je suppose que si tu voulais essayer, c'est qu'il y a une fille à impressionner, non ?"
De nouveau, le rouquin vira au rouge cramoisi. Il bredouilla quelques paroles intelligibles, avant que Harry ne le rassure:
- " Je plaisante, ne t'inquiètes pas."
Le silence s'installa entre les deux garçons, chacun sirotant tranquillement son soda. Mais si Harry était sereinement perdu dans ses pensées, ce n'était pas la même chose du côté de son meilleur ami. Les paroles du brun tournaient en boucle dans la tête de Ron. À vrai dire, Harry avait visé juste: il y avait bien une fille derrière tout ça. La lettre de Fred et George avait été comme une révélation pour lui. Grâce à ça, il avait longuement réfléchi durant les vacances sur ses sentiments, ainsi que la personne à qui ils étaient destinés.
Prenant son courage à deux mains, Ron releva le regard et demanda, incertain:
- " Dis vieux, qu'est-ce que tu penses de… d'Hermione ?"
À moitié surprit par cette question, Harry se força à ne pas sourire. Il savait depuis un moment que ses deux meilleurs amis éprouvaient des sentiments l'un pour l'autre alors qu'eux-même semblaient l'ignorer. Que Ron lui pose cette question signifiait peut-être que le garçon s'était enfin rendu compte de ce qu'il ressentait.
- " Et bien, je pense que c'est une fille géniale. Elle est toujours là pour ses amis, et on peut compter sur elle. Ça m'étonne d'ailleurs qu'elle ne soit pas déjà en couple." Harry avait dit cette dernière phrase l'air de rien, mais avec quand même une lueur ironique dans les yeux. Ron rougit aussitôt.
- " Ouai, je pense pareil. Enfin bon, j'ai toujours pensé ça d'elle." Avoua-t-il précipitamment.
Quelques minutes après, les deux garçons quittèrent le Chaudron Baveur et avancèrent calmement dans la place principale du village. Ils croisèrent plusieurs autres élèves de l'école, certains étant des amis et d'autres non.
- " P-Pour en revenir à Hermione, tu crois qu'elle pourrait… qu'elle pourrait être intéressée par quelqu'un en ce moment ?"
Harry réfléchit soigneusement au choix de ses mots:
- " Je crois que si un garçon s'intéressait à elle et lui proposait de sortir, Hermione considérerai sérieusement cette possibilité. Mais je pense que ce garçon aurai beaucoup plus de chance si à la base, il y avait déjà un lien amical entre eux."
- " Vraiment ?" s'excita Ron, un sourire heureux au visage.
- " Bien sûr, alors lances-toi. Je suis sûr qu'elle te dira oui."
- " Q-Q-Q-Quoi ? Mais non ! Ce n'est pas… vraiment… ce…" Harry vit avec amusement une rougeur hors norme se propager du cou de Ron vers la racine de ses cheveux, en passant par les oreilles. Le rouquin poussa un soupir, "Ça ce voit tant que ça ?"
- " Je l'avais remarqué depuis un bon moment déjà. Avant même que tu ne t'en rende compte toi-même."
- " Et tu penses vraiment que je peux avoir ma chance ?"
- " Évidemment !" Harry ne voulait pas aller trop loin dans ses révélations. Après tout, un peu de trac ne ferai pas de mal à son ami.
Mais presque aussi vite qu'elle était venue, la bonne humeur de Ron s'évapora.
- " En tout cas pour le moment, ce n'est même pas la peine d'essayer."
Harry était sur le point de lui répondre lorsqu'un bruit étrange le coupa net.
- " T'entends ça ?" lui demanda Ron.
Le brun ne prit pas la peine de répondre, trop absorbé dans l'écoute de ce qu'il entendait. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'il comprit enfin de quoi il s'agissait: un moteur de voiture.
- " La vache ! T'as vu cette caisse ? Ce type est malade de rouler aussi vite !" s'exclama le rouquin, ahuri.
Oh oui, pour l'avoir vu, Harry l'avait vu. Après tout, une Cadillac CTS coupé de couleur blanche n'était vraiment pas courant dans le coin. Encore moins une Cadillac roulant à plus de cent cinquante kilomètres heure dans les petites rues de Godric's Hollow et fonçant droit dans leur direction. Bizarrement, Harry avait une petite idée de l'identité du conducteur de cette merveille hors de prix. La voiture se stoppa à deux mètres d'eux à peine, et immédiatement, Tom Riddle sortit pour se retrouver face à face à un Harry Potter perplexe et intrigué.
Les deux bruns se fixèrent durant de longues secondes, le plus jeune, complètement perdu, se posant mille et une question sur le comportement du plus âgé. Les traits de ce dernier arboraient une expression parfaitement neutre, mais ses yeux, eux, reflétaient un tourbillon de sentiments que Harry ne lui connaissait pas jusque là. Contrariété, colère, froideur, et quelque chose que Harry ne put identifier, se bousculaient dans les prunelles rougeoyantes de l'homme. Un maelström de sentiments tous plus contradictoires les uns que les autres s'imposa alors à lui, le perdant davantage dans ses interrogations.
Une brève image de la soirée d'Halloween revint en mémoire à Harry, avant qu'il ne la chasse instantanément. Ce n'était vraiment pas le moment de repenser à ça. Mais que pouvait-il bien lui dire ? Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il faisait là ? Le visage de Drago Malefoy s'imposa subitement à son esprit. Cette sale fouine avait certainement dû raconter quelque chose dans son dos car il avait refusé de le suivre.
- " Vous êtes qui vous ?" demanda soudainement Ron en toute délicatesse.
Avec une lenteur effroyable, les rubis se détournèrent de Harry pour se poser sur le rouquin. Ce dernier frissonna sous l'intensité du regard de Riddle. Cet homme dégageait quelque chose, quelque chose que Ron ne parvenait pas à identifier. Mais une chose était sûr: cet étranger était dangereux. Quelque chose dans son allure, dans son maintien, lui affirmait qu'il fallait se méfier de cet homme. Puis comme s'il n'existait pas, le grand brun reporta son attention sur Harry, et lui ordonna d'une voix dure et froide:
- " Montes dans le voiture."
Les deux garçons écarquillèrent les yeux, ahuris.
- " Pourquoi ?" parvint à demander le concerné d'une voix blanche.
- " Contentes-toi de faire ce que je dis."
- " Je ne suis pas d'accord ! Pourquoi je devrai vous obéir sans avoir d'explication ?"
Le ton commençait à monter, mais Harry s'en fichait royalement. Il n'y avait aucune raison pour lui d'obéir ainsi à cet homme sans avoir de réponses concrètes. Et ce même si son cerveau lui criait de la fermer et de monter dans cette voiture. Voiture qui ne lui était pas si inconnue que ça, soit dit en passant. Il lui fallu quelques secondes avant de se rappeler le jour où il l'avait aperçu devant le lycée. Ainsi ce bolide lui appartenait. Pas étonnant.
Harry remarqua que quelques villageois regardaient dans leur direction, se demandant certainement ce qu'il se passait. Mais malgré ça, Riddle restait imperturbable. Cette situation gênait un peu Harry, qui n'aimait pas attirer l'attention sur lui, mais il refusait de céder aussi facilement.
- " Ouai ! Pourquoi vous voulez l'emmener ? Et puis vous êtes qui ?" s'exclama Ron, semblant s'être remit de sa surprise.
Visiblement contrarié, Tom Riddle tourna à nouveau son regard vers le roux.
- " Avant de demander le nom de quelqu'un, on se présente soi-même. N'est-ce pas là une règle de bienséance ?" lui rétorqua le brun avec une froideur évidente.
Ron rougit de gêne et de colère de se faire ainsi rabroué. Riddle reporta à nouveau son attention vers Harry.
- " Tu refuses donc de m'obéir ?"
- " Tant que je n'aurais pas d'explication, oui !"
- " Soit. Amycus, retournes à la voiture et rentres au manoir."
Abasourdis, Harry aperçu le domestique à quelques mètres de lui seulement. Il n'eut malheureusement pas le temps de tergiverser davantage que, ni une ni deux, il se retrouva à presque deux mètres du sol, à fixer le bitume depuis l'épaule du grand brun. Par réflexe, il s'agrippa à ce qu'il put, c'est-à-dire aux hanches de l'homme. Incrédule, une colère noire monta en lui, et il s'écria, furieux alors que Riddle se dirigeait vers la Cadillac:
- " Reposez-moi ! Vous n'avez pas le droit de faire ça !" lança-t-il en lui donnant des coups dans le dos, ce qui avait autant d'effet que de frapper dans un mur. Ron tenta bien lui aussi de retenir l'homme, mais rien à faire.
Harry fut coller sur le siège passager, et afin qu'il ne puisse se faufiler à l'extérieur, Tom se pencha vers lui pour lui boucler sa ceinture de sécurité, lui murmurant au passage:
- " Au contraire, j'ai tous les droits. Tu vis chez moi à présent, tu devra donc t'habituer à mes règles. Et si en l'occurrence, je refuse que tu sortes pour une raison quelconque, tu devra t'y conformer."
Et sur ces paroles, Riddle claqua la portière, avant de faire rapidement le tour de la voiture et de s'installer derrière le volant. Harry n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre de la part de cet homme qui s'était montré pourtant si différent jusque là. Juste avant que la Cadillac ne reparte, le jeune Potter n'eut que le temps d'apercevoir la tête déconfite de son meilleur ami qui ne savait pas quoi faire, ainsi qu'une dizaine d'autres personnes qui les regardaient, abasourdis. La voiture démarra en trombe. Pendant tout le temps que dura le voyage de retour, pas un mot ne fut prononcé entre les deux bruns. Ils étaient trop en colère pour cela.
Lorsque la voiture se stoppa face au manoir, Harry se dépêcha de descendre, veillant au passage à claquer le plus fort possible la portière, avant de pénétrer à l'intérieur pour se diriger vers sa chambre. Il savait que sa réaction était ridicule et puérile, mais c'était plus fort que lui. Comment cet homme pouvait-il s'octroyer le droit de lui dicter sa conduire sous prétexte qu'il l'hébergeait ? D'accord, il pouvait comprendre qu'il y ait des règles à respecter, comme partout ailleurs, mais à ce qu'il sache, il n'en avait brisé aucune. Alors pourquoi un tel comportement ? Où était le mal à sortir un mercredi après-midi avec son meilleur ami ? Cet homme ne comptait tout de même pas le priver de ses amis tout le temps de son séjour chez lui tout de même ? Car si tel était son attention, cela risquait de ne pas passer.
Avec fureur, Harry entra dans sa chambre, jeta son sac à dos dans un coin et referma violemment la porte. Sa vie au manoir allait vraiment lui paraître longue.
