Alexandre l'avait décidé, alors Alexandre l'avait fait. Il m'avait trouvé le meilleur des médecins pour suivre cette grossesse qui n'avait rien d'ordinaire. Le vieil homme, bien que sage et avertit de mon sexe, avait fait les yeux ronds en avisant mon ventre. Même si le peuple avait été mis au courant, pour justifier notre union, il n'arrivait pas encore à s'y faire. Quoi de plus naturel…
Et une fois le choc passé il m'avait examiné sous toutes les coutures, le regard jaloux et possessif de mon aimé pesant sur lui. les détails pratiques avaient été les plus durs à évaluer, puisque la zone incriminée était particulièrement intime, et donc réservée à mon époux, mais à force de patience nous avions fait le tour de la question.
_ Il faudra mettre au monde cet enfant par césarienne, annonça gravement le médecin. Votre ami…
_ Mon époux, le coupa mon aimé sans le moindre tact.
Je pris sa main dans la mienne pour l'inciter à la retenue. Son regard dur mua en une tendre cajolerie alors qu'il s'asseyait près de moi sur le lit et m'enlaçait.
_ Votre époux est incapable d'accoucher comme une femme, il n'est pas formé de la même façon… Mais je dois vous prévenir : la majorité des femmes qui sont obligées de recourir à la césarienne ne survivent pas…
Ayant le corps de mon aimé contre le mien, je sentis l'impact de la nouvelle. Il s'était raidi brusquement, tout comme moi. Ce n'était pas vraiment une bonne nouvelle, même pas du tout. J'ignorais s'il avait déjà assisté à ce genre d'interventions, mais je me rappelais en avoir vu une… Une vraie rivière de sang, des cris, des pleurs… Mais l'enfant allait bien, en sécurité dans les bras de son père éplorée par la perte de sa femme…
_ Vous devez bien pouvoir empêcher ça ! Vous êtes le meilleur du royaume !intervint mon aimé.
_ Ce n'est pas si simple mon roi…, grimaça le vieil homme. Je ne connais nul homme plus habile que moi pour cette pratique, mais cette expérience ne me prévient en rien de certaines pertes… Tout dépend de l'individu et de sa résistance…
Evidemment il n'y avait rien dans ce discours qui soit susceptible de calmer mon amant. Il n'était déjà pas assez angoissé comme ça… Et puis ça ne me rassurait pas non plus. C'était quand même ma vie qu'on évoquait en ces perspectives peu encourageantes, et mon état promettait un trépas des plus douloureux. De quoi appréhender sereinement l'avenir…
_ Mais il y a peut-être une autre solution…, glissa le vieil homme en rassemblant ses affaires.
_ Parlez, ordonna Alexandre tendu.
Sa brusquerie me fit sursauter, ramenant à moi son attention. Ses yeux affolés fouillaient les miens à la rechercher d'un réconfort que je ne pouvais pas lui donner…
_ A ce stade de la grossesse, je peux pratiquer une césarienne.
_ Mon fils vivra ?s'enquit immédiatement mon époux.
_ Non Alexandre…, répondis-je à la place du médecin. C'est beaucoup trop tôt, ça le tuera…
J'avais parlé d'une voix faible, lointaine, mais surtout choquée. Ce que nous proposait ce médecin était tout à fait révoltant ! Il voulait tuer notre fils, notre petit Achandre, et nous présentait l'affaire comme un service qu'il nous rendrait !
_ Vous voulez tuer mon fils ?s'assura mon aimé pris de court.
_ Votre époux aura bien plus de chance de survie si nous intervenons au plus vite. A vrai dire, la possibilité qu'il meure serait infime, se justifia l'homme.
Je craignais le zèle d'Alexandre dans la protection de ma vie. Il était tout à fait hors de question que je tue mon propre fils, mais ce médecin présentait les choses de sorte à convaincre mon compagnon que c'était notre meilleure option. Notre réconciliation était trop fraiche pour nous disputer à nouveau au sujet… Je ne voulais pas perdre à nouveau Alexandre… mais je ne voulais pas non plus devoir choisir entre lui et mon fils…
_ Alexandre, je t'en supplie, ne prend pas de décision disproportionnée…, chuchotais-je les larmes aux yeux.
Mon époux sonda longuement mes yeux noyés de larmes pendant qu'il caressait ma joue. Il était tout aussi perdu que moi, mais il restait perméable à ma détresse. C'était toujours ça…
_ Laissez-nous, commanda mon aimé. Nous vous ferons appeler en cas de besoin.
Le médecin parut assez étonné que son projet fou ne reçoive pas un grand succès, mais ne protesta pas. Il récupéra son matériel et nous quitta après avoir salué le roi. Un silence lourd s'abattit sur nous une fois seuls. Je réalisais à peine que je n'allais peut-être pas voir grandir mon fils. D'ailleurs je n'allais peut-être pas non plus entendre ses premiers cris, ni même le tenir dans mes bras…
Pourtant ça n'entachait en rien ma résolution. Si je venais à périr en lui donnant la vie, alors mon existence aura été bénéfique pour quelqu'un. Après toute une vie passée à tuer sans grande distinction, ce serait la meilleure des retraites possibles… Cet enfant ne serait pas seul. Il aurait son père, qui le chérirait pour deux. Et puis même s'il me coûtait de l'admettre, il aurait Olympias aussi…
_ Si je comprends bien… il me faut choisir entre l'homme que j'aime et mon fils…, résuma tristement mon aimé.
_ La décision est déjà prise mon Alexandre, posais-je calmement. Quoi qu'il arrive, nous devons privilégier Achandre. Si je dois périr pour qu'il vive alors soit, je l'accepterai. C'est un sacrifice que je suis prêt à faire. J'ai déjà vécu une vie bien remplie.
_ Une vie bien trop courte!
Deux larmes s'échappèrent de ses yeux alors qu'il protestait. Il avait peur, je le sentais bien…
_ Et lui n'en a pas eu du tout… Mon aimé, soit raisonnable. Mieux vaut se concentrer sur notre héritier. Tant qu'il vivra, une part de moi sera toujours avec toi…
_ Mais moi je veux le voir grandir à tes côtés, se lamenta mon amant. Je veux te voir le bercer pour calmer ses pleurs, et lui chanter des berceuses. Je veux te voir t'émouvoir de ses premiers pas, et t'inquiéter de ses chutes. Je veux t'entendre lui raconter l'histoire des grands héros, et t'exaspérer de mes enseignements… Je ne vis que pour ça Héphaïstion ! Je veux te voir élever notre fils, et t'y aider…
_ Ne t'étais-tu pas déjà résigné à élever cet enfant seul ?lui rappelais-je.
_ Le contexte était parfaitement différent ! Et crois-moi je ne l'envisageais pas avec un grand enthousiasme !se justifia-t-il férocement.
_ Ce n'est pas un reproche mon aimé, lui assurais-je tendrement. C'est juste que désormais il faudra envisager cette possibilité avec plus de sérieux…
Mon roi, peiné comme jamais il ne l'avait été dans sa vie d'opulence et de satisfaction constante, baissa la tête. Il n'avait plus la force de soutenir mon regard. C'était la première fois qu'il était impuissant quant à une conquête à l'issue indéterminée… Pourtant je ne pouvais pas clore le sujet si vite. Même si c'était pénible à entendre, il fallait que certaines choses soient posées. Une fois la discussion achevée nous pourrions ainsi libérer notre esprit de cette menace, la repousser au loin.
_ Je t'aime Alexandre.
Mon aimé releva brusquement la tête. Le changement de ton était clairement audible. J'étais passé de la gravité à la tendresse, mais il en avait besoin. Il ferait un blocage si je m'enfonçais dans l'aspect sinistre qui entourait la venue miraculeuse de notre fils.
_ Ni toi ni moi n'avons envie de tuer cet enfant, alors il nous faudra prendre le risque. C'est notre fils Alexandre.
Mon tendre époux ne contesta pas ma décision, pas plus qu'il ne l'approuva. Pour unique réponse je dû me contenter de cette étreinte désespérée qu'il m'offrit. J'y répondis avec douceur, caressant ses cheveux en espérant pouvoir ainsi l'apaiser.
_ Promet-moi, Alexandre… promet-moi que si je ne survis pas à sa naissance, tu n'en tiendras pas rigueur à Achandre, que tu l'aimeras pour nous deux…, l'implorais-je.
_ Comment pourrais-je exécrer ta chair mon aimé ?répliqua-t-il dans un murmure.
_ Promet-moi Alexandre, insistais-je.
_ Je t'en fais le serment. Je veillerai sur lui. Mais ça ne t'empêche en rien de t'accrocher à la vie de toutes tes forces…
Me détachant doucement de son corps, je m'emparais de son visage pour l'embrasser. Le premier baiser me laissa sur ma faim, en appelant un autre. Celui-là même fut tout aussi frustrant, réclamant un nouveau. Et ainsi, au fil de mes tentatives de me rassasier de ses lèvres nous finîmes haletants, allongés sur le lit.
Je surplombais mon aimé, installé sur son bassin, et je savais que je ne le laissais pas indifférent. Loin de là même… Une bouffée de chaleur s'empara de moi. Depuis quand n'avions-nous pas fait l'amour ? La nuit de noces ne comptait pas, c'était indiscutable, alors il fallait remonter à notre séparation… C'était bien trop loin…
_ Sachons profiter du temps qui nous est offert, suggérais-je fiévreux.
Mon Alexandre oublia tout alors que ces mots glissaient entre mes lèvres. Il se jeta sur moi, me faisant basculer sur le dos, et me dévora de baisers affamés, et pourtant tendres. Je ne pouvais que gémir et subir ce délicieux assaut. Il n'y avait pas meilleur amant qu'Alexandre… ou du moins je n'en connaissais pas d'autres. Enfin… ce n'était pas non plus les occasions qui s'étaient multipliées, ni même l'envie de tester ailleurs…
Mes réflexions fondirent en une poignée de secondes lorsque l'air vint lécher à son tour ma peau, dans son intégralité. Je rencontrais alors le regard sauvage de mon amant qui caressait mon corps nu de son regard. Comme s'il ne le connaissait pas déjà par cœur… Il n'y avait eu qu'une petite –enfin… c'était une question de point de vue…- modification depuis notre dernière étreinte.
Je réalisais alors dans quelle position je me trouvais. J'étais toujours allongé sur le dos, mais mes cuisses surélevées étaient très largement ouvertes, et justement mon amant s'était installé entre, à genoux, sa toge déformée par une bosse au niveau de son entrejambe. Il semblait sur le point de me dévorer… et je ne demandais pas mieux… Pour y parvenir, je me redressais juste assez pour lui retirer son vêtement et mordais sa lèvre inférieure. Je connaissais très bien l'impact de ce petit geste sur lui…
Conformément à mes attentes, Alexandre se jeta sur moi après cette provocation. Il était désinhibé au possible, ses mains enserrant mon bassin contre lequel il frottait furieusement son érection, me donnant une idée assez précise du rythme qu'il allait délicieusement m'imposer très vite. Je ne pouvais que gémir en m'ouvrant encore plus à lui pour implorer sa conquête. Mais mon amant poursuivait sa torture avec toujours plus d'ardeur, ses dents venant mordre mes tétons pour que je me cambre. C'était une position indécente au possible, mais je m'en moquais. Nous avions fait pire par le passé…
Arriva enfin le moment tant attendu de la pénétration. Je le compris en voyant mon aimé ralentir et se mettre soigneusement en place. Il aimait faire la chose en douceur, opérer cette union avec amour. Et pour ça il s'allongeait sur moi, assemblant au possible nos corps avant l'apothéose de la fusion. Mais là ce n'était pas possible.
J'étais gêné au possible, mortifié. Mon ventre prenait de la place, et il serait amené à en prendre encore plus à l'avenir… Nos ébats en seraient modifiés puisque mon amant aimait se coller à moi dans les instants de fièvre… Là je me faisais l'effet de ces hommes bedonnants dont le ventre gras se balance à chaque pas et la barbe possède assez de vivre pour affronter un siège de cinq mois…
Honteux au possible, je me dégageais en douceur, ne rêvant que de me faire oublier. Jamais je n'avais imaginé qu'un jour mon physique puisse faire obstacle à notre passion. Frustré, je me cachais sous les couvertures. Voilà que j'étais de nouveau emprisonné… Bloqué dans un corps qui ne correspondait plus à celui que j'avais toujours eu…
_ Que t'arrive-t-il mon tendre Héphaïstion ? Tu ne désires déjà plus mes baisers ? Me suis-je montré trop empressé ?s'enquit mon aimé en venant se coller contre mon dos.
_ Je suis énorme, geignis-je. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant… Tu ferais mieux d'aller te soulager chez une courtisane… Elle pourra te plaire et te satisfaire, elle…
_ Je ne désire personne d'autre que toi. Héphaïstion tu portes la vie…, chuchota-t-il émerveillé.
Sa main se porta sur mon ventre enflé. Bien loin de me réconforter, ce geste me poussa dans l'idée que je n'avais plus le moindre pouvoir de séduction. J'étais un père à présent, rien de plus… Je doutais même de retrouver ma place de général après la naissance de mon fils…
_ Je serais un homme bien superficiel si je ne t'aimais que pour ton corps, ne crois-tu pas ?poursuivit mon roi. Tu n'as pas pris de poids mon aimé, ce que je vois n'est pas l'œuvre d'un excès de nourriture…
C'était même plutôt le contraire. Si nous avions su nous contenter d'une amitié respectueuse et loyale, comme Aristote ne cessait de nous le conseiller, nous n'en serions pas là… Au lieu de cela nous, ses sages disciples, nous avions copulé à outrance, profitant de la moindre occasion, expérimentant toujours plus… Et voilà qu'un fils grandissait dans mon corps. Mais je n'arrivais pas à me plaindre quand même. A nous deux nous étions en train de créer la vie, alors que c'était normalement impossible.
Je hoquetais, abandonnant mes pensées, lorsqu'une poigne ferme et douce se referma sur mon érection toujours frustrée. Mon aimé nicha son visage au creux de mon cou, et je n'eu pas besoin de me retourner pour savoir qu'il souriait, fier de lui.
_ C'est plus parlant que des mots, n'est-ce pas ?me taquina-t-il.
_ Alexandre…, gémis-je.
Mon amant vint couvrir mon cou de baisers tout en continuant ses doux vas et viens. Il profita de la liberté de sa seconde main pour revisiter mon antre délaissé depuis bien trop longtemps. Soumis à toutes ces sensations, je voulus les accentuer et mouvais mon bassin pour y parvenir, me frottant contre l'érection de mon roi dont les doigts s'immisçaient encore plus profondément en moi.
_ Tu es bien installé mon amour ?
_ Oh… Ne t'avise surtout pas de bouger de là…, expirais-je.
Malgré cette demande clairement formulée, mon aimé retira ses doigts de mon corps. Je grognais sur lui et m'apprêtais à me retourner pour l'interroger sur les motifs de sa torture, mais il trouva un meilleur moyen de me satisfaire… Ma bouche s'ouvrit mais je fus incapable de crier lorsqu'il me pénétra avec cette douceur qui le caractérisait. Sa main libre empoigna fermement ma cuisse pour la surélever puis la bloqua derrière son corps pour avoir un plus large accès à mon intimité. Nouvellement libérée, sa main s'immisça entre mes cuisses et remplaça celle qui massait mon érection. De cette main qui était désormais privée d'occupation, mon aimé vint taquiner mes tétons, avant de se décider à l'établir sur mon ventre rebondi.
_ Si je n'avais pas si peur de te faire mal mon amour, je te prendrais si fort… je t'arracherais des cris de plaisir sans jamais te laisser souffler, je t'aimerais jusqu'à ce que tu m'implores pour que je te laisse un peu de repos…
Mes joues rougirent, ce qui était des plus ridicules dans notre position. Alexandre s'amusait beaucoup de ce genre de réaction. C'était plus fort que moi… A chaque fois je me souvenais de ce si jeune et pudique amant auquel j'avais donné ma virginité… Rien que me prendre la main le faisait rosir, mais le garçonnet était devenu un homme des plus débauchés…
_ Mais comme je suis un amant exemplaire, je pense d'abord à toi. Je veux te faire l'amour doucement, pour que tu profites de chaque seconde…, poursuivit-il d'une voix rauque.
_ Alors fais-moi l'amour mon Alexandre, mon roi…, le suppliais-je. Il y a si longtemps…
Il n'y eu aucune avancée, malgré ma prière. Mon amant était toujours profondément ancré en moi, ses bras m'encerclant pour me retenir contre lui, mais il ne bougeait pas. Son seul mouvement était au niveau de sa tête, alors qu'il faisait glisser ses lèvres le long de mon épaule.
_ Hum… J'aimerais beaucoup, mais il manque quelque chose avant…, me nargua-t-il.
Je pestais intérieurement après mon amant. Comme si j'étais en état de réfléchir en cet instant ! Pourtant je savais qu'il ne céderait pas, alors il me fallait mobiliser ce qu'il me restait de concentration pour comprendre ce qu'il attendait. Il n'y avait pas une multitude de choses qu'il pouvait désirer dans un moment pareil…
_ Je t'aime…, trouvais-je après une poignée de secondes. Je t'aime Alexandre…
C'était un rituel pour nous, je l'avais omis cette fois… Depuis la toute première fois c'était les mots qui débutaient nos étreintes. Sans eux la lutte de nos corps ne signifiait plus rien. Quand nous nous disputions et que ces mots disparaissaient dans des ébats primitifs, nous avions toujours cette frustration tenace au bout du compte, et c'était souvent une piste de réconciliation.
_ Je t'aime aussi Héphaïstion, mon tendre Patrocle, mon autre…, chuchota mon aimé à mon oreille. Je n'imagine même pas ma vie sans toi, parce que je sais qu'il n'y aurait rien digne d'être défendu sans toi, sans tes sourires, sans tes mots… Je ne connais le monde qu'à travers toi… Tu es mon monde Héphaïstion.
Toujours touché par de pareilles déclarations, je me retournais au possible sans me dégager de son emprise pour venir réclamer un baiser. Mon Alexandre fut plus qu'heureux de se tordre à son tour pour réunir nos lèvres. Les mots me manquaient pour lui dire à quel point je l'aimais… Mais j'imaginais que mon regard suffisait à lui en transmettre une vague idée. C'était en tous cas ce que son sourire amoureux me laissait penser…
Mon tendre roi attendit que je me sois repositionné avant de s'enrouler encore plus contre moi, fondant son corps dans le mien comme il avait l'habitude de le faire. Il n'y avait absolument plus rien pour séparer nos deux peaux en fusion qui se frottaient lascivement l'une contre l'autre. Les mouvements de mon amant étaient extrêmement doux, réguliers, tendres… absolument libérateur. Nous ne recherchions pas le plaisir dans la fièvre. Non, c'était bien plus intense que ça.
Tout en se mouvant avec douceur, mon aimé couvrait ma peau de baisers dans la mesure du possible. J'eu aussi droit aux plus beaux compliments qui puissent être faits à un amant. Alexandre ne cessait de me jurer une fidélité éternelle, une dévotion inébranlable, un amour et un respect immuables. Et moi je le croyais, sans aucune retenue. Je m'abandonnais à lui délivré de la moindre crainte. J'étais bien là.
Ses baisers, ses caresses, ses promesses et ses mouvements me conduisirent à la plus douce des jouissances après un temps qui me fut difficile d'évaluer. Peut-être quelques minutes, peut-être plusieurs heures… peut-être même des jours ! Si ça avait été humainement possible, j'aurais pu tendre vers ce dernier choix…
Le souffle court, en sueur et éreinté, je me laissais choir sur le dos dès qu'Alexandre se retira. Je n'aurais pas pu être plus détendu… Du moins c'était ce que je croyais avant que mon roi me prenne dans ses bras. Là pour le coup c'était le plus parfait des bonheurs… Combien de fois avais-je connu cet état de béatitude en ce même lieu ? Ma main se porta instinctivement sur mon ventre plus tellement plat, résultat direct de mon addiction à ces moments.
Je n'attendis pas bien longtemps avant qu'une seconde main rejoigne la main. Je ne pris pas la peine de relever la tête. Cette main était tout aussi parlante que l'auraient été les yeux de mon aimé. Et je ne tenais pas vraiment à ce qu'il devine le fil de mes pensées.
_ Alexandre… Je veux changer de médecin. Ou alors interdis-lui de tenir à nouveau de pareils propos devant moi…
Je savais que mon aimé y pensait aussi. Il ne serait pas si tendu sinon… Pourtant il s'efforçait de mettre ses propres inquiétudes de côtés pour me rassurer, me cajoler. Les baisers qu'il déposa sur ma chevelure marquaient cette intention.
_ Nous trouverons une solution mon tendre Patrocle, me promit-il. Nous en avons toujours trouvé une.
Je m'accrochais de toutes mes forces à cette promesse. Je voulais y croire, je voulais faire confiance à ce regard déterminé. Rien n'était impossible à Alexandre, il l'avait déjà tant prouvé… Pouvais-je seulement dire le contraire dans mon état ?
La pensée des caprices démesurés et comblés de mon roi me fit sourire. Les dieux étaient indiscutablement de son côté, et je ne pouvais qu'espérer qu'ils seraient aussi de celui de notre fils…
Dérobant un dernier baiser à mon amant, je me réinstallais ensuite dans ses bras et fermais les yeux. La journée n'avait pas été particulièrement chargée dans la mesure où je n'avais pas bougé de cette pièce, mais les étreintes d'Alexandre me remuaient si profondément que j'en ressortais toujours épuisé. Ce n'était pas pour me déplaire. C'était la meilleure fatigue que je connaissais…
