Ok, je suis désolé d'être tellement en retard, vraiment ! J'ai essayé, j'ai tout fait pour éviter, mais j'ai eu le droit à un syndrome de la page blanche assez violent, que j'ai combattu tant bien que mal.
Quoi qu'il en soit, on arrive bientôt à la fin de cette fanfiction ! Il s'agit là du pénultième chapitre, si je ne me trompe pas. J'espère réussir à combler vos attentes, quant à certaines questions... Ou pas.
Concernant Dean et Castiel - qui vont mieux, ici, vous verrez -, entre le chapitre 6 et 7, ils ont tenté de se lier, à la manière d'un oméga et d'un alpha. Cependant...
Voilà.
Bref.
Bonne lecture, désolé encore du temps que j'ai mis !
Ce chapitre sera édité dans la semaine qui vient, car il est présentement sans bêta.

Warning : Scène peu graphique, mais présente, qui donne une raison au M.


" Vous ne trouvez pas que ça sent la mer ? "

Le sourire, déjà crispé, de Mélanie se fige alors que sa porte commençait déjà à se fermer à nouveau. Autour d'elle, Bill, notre contribuable dévoué, peut sentir le doute et la mer se refermer comme un carcan étincelant qui attaque ses narines. L'iode le détruit doucement, de l'intérieur. Il s'infiltre dans le corps de l'homme.
"Voyons, Bill, qu'avez-vous pris ? " Le encore dans sa voix n'est que trop présent, et l'homme pourrait s'en indigner.
C'est qu'elle est dangereuse, mademoiselle Mélanie, au saut du lit.

" Rien, rien... marmonne-t-il alors qu'il inspire à pleine bouffées l'air coulant autour d'eux. Rien, rien. Mais je vous jure, ça sent la mer.
- ... Vous êtes monté me voir pour me dire que votre appartement sent la mer, donc ? note la jeune femme en rajustant son tailleur. Sur son bras, de discrètes lignes bleues courent là où ses veines ne sont certainement pas. Plutôt intéressant, comme technique d'approche. Vous savez, je suis assez libre, si jamais vous avez ce genre de ... Pratiques. "
Le regard sombre où se noient des étincelles, piques gelées qui dansent ou vies noyées qui s'enfoncent dans l'oubli, couvre d'un air appréciateur et ironique un Bill perdu. Au vu de sa tête, du genre à vouloir construire un mur entre le pays et le Mexique en hommage à Berlin quasiment, il est entrain de faire un infarctus.

"Moi ... Et vous ? Mais ... Mais enfin, Mademoiselle Mélanie ! Il s'agirait là d'aller contre l'ordre naturel des choses ! Deux Alphas ... oh mon Dieu, non, mais je ... Mélanie, voyons ! " Il tire sur le col de sa chemise, personnellement offensé que quelqu'un comme lui puisse seulement être imaginé dans une posture semblable. entre les jambes d'une Alpha... Une Alpha !
Non mais oh, où va le monde.

De tout manière, l'Alpha en face de lui n'est pas attiré par sa petite carrure, par son évident problème de sudation ou ses yeux, un peu globuleux, qui se teintent d'une couleur dangereuse alors qu'elle rit légèrement. Non, Mélanie a dans les idées, dans la tête, dans ses pensées, une autre proie bien plus intéressante à lier à elle, à prendre comme compagnon. Pas un Alpha, il ne faut pas rire, hein. Pas un Alpha. Elle ne se laissera pas prendre au jeu. Pas un Alpha. Mais bien un autre, dont l'odeur envoûtante depuis peu a laissé la place au vide.
Et ça, Bill le remarque : là où, par delà l'iode salé qui couvrait l'odeur de la jeune femme dans le vestibule, il pouvait déceler quelques traces d'un sucre typiquement Oméga, là, c'est comme si celui-ci s'était évanoui, d'un coup. Avalé par un tsunami, peut-être ?
Enfin bon, Bill, là, il tente déjà de se remettre de ses émotions. Mademoiselle Mélanie, voyons !

"Je plaisantais, voyons.

- Les liens sont une chose sérieuse ! " s'offusque l'homme dont le léger embonpoint tremble, dans la lumière. " Vous comme moi savez à quel point dédramatiser un lien et son importance peut amener à une rupture, voire à une blessure... "
Sa voix baisse alors qu'il continue, infatigable, la liste des atrocités prouvant que l'esprit sera toujours supérieur au corps. C'est vrai. C'est tellement vrai que, l'espace d'un instant, la jeune femme entrouvre sa porte pour laisser sortir l'odeur de sel marin. Elle se désole, oubliant un moment la marque acide dans son cou et l'odeur sucrée qui danse.
L'espace d'un instant, elle se désole, de tous ces hommes qui, comme elle, ont succombé aux histoires inventées par le temps.

Mais l'odeur marine revient et avec elle reviennent les paroles de Bill, comme un bourdonnement qui jamais ne cesse. Une ombre se dresse, à côté de Mélanie. Un peu lourde, un peu dansante. Un bras qui se glisse autour de sa taille, une main qui effleure sa nuque, traçant la marque de plusieurs coups de dents.
Une main froide et douce comme l'océan. Perdu dans ses pensées, dans ses conneries inventées par les médias et la société un peu beaucoup axée sur les dominants trop bien ciselés, il ne se rend même pas compte que ses yeux se referment.
Il ne se rend même pas compte que l'instant devient blême.
Il ne sent pas la mer l'emporter...
Ou bien, quelque part, loin, quelqu'un lui dire enfin de la fermer.

~O~

"Un lien doit toujours être pris sérieusement, Dean. Très sérieusement. C'est ton devoir, en temps qu'Alpha, de croire en ce lien. De le maintenir, par la volonté et par l'adoration que tu portes à ton Oméga. Tu es l'Alpha, tu dois y croire.

- Et si je n'y crois pas ? "

La conversation, vieille d'au moins quinze ans, tourne et retourne dans la tête de Dean alors qu'ils font un break, avec Castiel. Leur livre est déchiffré. Sam toujours à la bibliothèque, avec son amie à s'envoyer en l'air ou ... Il ne sait même pas où. Il lui a envoyé plusieurs messages.
Peut-être qu'il répondra.
La conversation, donc, résonne dans les oreilles du Winchester qui, les yeux rivés sur Castiel, sent son cœur battre douloureusement dans sa poitrine. Pourquoi, alors ?
Il y croyait, lui. Il y croyait si fort.

"Eh, Cas... "
Sa voix s'envole et berce le moment. Douce. Hésitante. Aucun reproche tapi entre les mots. Juste une profonde douleur.
"Oui ? Tu as quelque chose ? "

"Et si je n'y crois pas ? "
Il hésite un peu, à peine.
"Est-ce que tu m'aimes ? "

C'est abrupt, précis et concret. Ça frappe l'ange de plein fouet, faisant trembler l'iris bleu, d'ordinaire comme un point d'ancrage dans la réalité. C'est fort. C'est douloureux, mais criant de vérité.
Est-ce que tu l'aimes, Castiel ?
La réponse que Dean attend n'est pas uniquement un oui, dénué d'âme. Ce n'est pas une longue tirade sans sens, comme les mots qui s'empilent maintenant entre ses lèvres sans vouloir sortir.
C'est juste une preuve.

Il se lève, doucement. Le chasseur n'attend rien de plus que ce silence. Que la douleur que l'on peut lire, cachée au fond des yeux d'un homme qui n'en est même pas un. Il s'approche de lui, comme désireux de comprendre. Il peut voir les yeux plein d'incompréhension, sentir l'odeur de deuil sur lui. Comme s'il enterrait son amour.
C'est tout un silence angoissant, porteur de promesses et d'avenir, d'un 'ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps' et de tellement de signification pour le Winchester qu'il doit combattre les larmes qui veulent s'échapper.
Sa main trouve le visage de Castiel, caresse la joue couverte de barbe de deux jours, peut-être trois.
Et leurs yeux se connectent, une autre fois. Ils se sourient. Leurs cœurs battent, mêlés, alors que leurs corps se rapprochent.
Ils se sourient.
Ils se comprennent.
Et peut-être même ...

Mais ça, il ne le sait pas.

Dean attire doucement Castiel sur le lit, un peu bancal, où se reposent des centaines de rêves brisés par le cours des années. Dans sa nuque, il peut sentir la plaie se résorber sans aucune raison, les coups de dent donnés en vain se gommer comme si rien n'était arrivé. Il pose ses lèvres sur celles de l'ange, l'embrasse, l'embrasse encore à perdre haleine. Leurs souffles, leurs langues se mêlent et ne se lâchent pas un seul instant, quitte à finir légèrement en manque d'oxygène, la tête qui flotte et les yeux fermés de peur de chavirer !
Ils s'en foutent.

Leurs odeurs, leur odeur car elle n'est plus qu'une, se glisse entre eux pour les rapprocher encore mieux. Les vêtements glissent, le long de corps tannés par la vie, dans un silence religieux troublés par les sourires et les soupirs. Dean promène ses doigts sur les épaules, le long de ses bras. Il pose un baiser sur sa bouche alors qu'elle s'entrouvre, comme s'il voulait parler.
"Shhhh... "
Tout va bien aller.

~O~

Je t'aime, tu sais ?
C'est un cri, tout un amour violent et passionné, aussi brillant qu'une âme déchaînée, qui colle leurs deux corps ensemble. Une chaleur silencieuse qui pousse leur frénésie. D'abord, juste leurs bouches, laissant au passage des marques rouges sur leurs peaux tannées par des centaines de combats. Ton corps n'est rien de plus qu'un champ de bataille sur lequel tu as sans cesse triomphé.
Dean hurle dans son esprit, hurle un amour qu'il peine à retranscrire par ses mains caressant le corps sous lui. Il hurle, il crie, il supplie sans qu'un bruit ne franchisse ses lèvres. L'instant est trop précieux, le moment trop présent encore, pour le gâcher avec des mots inutiles.

Il croit en Castiel. Il croit en eux, en tout ce que le silence lui dit, depuis des heures. Il croit aux mots qui n'ont pas pu sortir des lèvres de l'ange, il croit aux gestes trop souvent retenus, aux regards trop longtemps soutenus, aux moments trop vite oubliés.
Il croit en eux.

Castiel sourit à l'homme au dessus de lui. Sa Grâce, qu'il peut à peine sentir, palpite et tend vers l'infini de l'âme lumineuse. Je t'aime aussi.
C'est un murmure avalé, alors qu'il ouvre docilement les jambes, mû par un instinct plus puissant que lui. C'est un sentiment glacé, curieusement apaisant, qui glisse le long de son torse et de son cœur, s'enroule autour alors qu'il n'ose même pas cligner des yeux. De peur de te perdre et de te voir t'effacer.

Il croit en Dean. Il croit en eux, en tout ce que leurs âmes se sont promis quand elles se sont touchées pour la première fois. Il croit en ce moment précis, en la rencontre de leurs deux corps imbriqués l'un dans l'autre, qui dansent sur un matelas de mauvaise qualité. Il croit aux larmes qui perlent au coin des yeux de son amant. Il croit à toutes les prières qu'il n'a jamais entendues, perdues dans le vent ou dans des morts inutiles.
Il croit en lui.
Il croit en eux.

Je t'aime.
Les mots n'ont pas besoin d'être dits pour être entendus. Ils dansent dans l'air du non-dit, entre les odeurs et les anciennes rancœurs qui s'envolent au loin. Ils ne sont plus que deux. Un.
Ils croient en eux.

Ce n'est pas du sexe. L'acte en lui-même en devient insignifiant. Le corps de Castiel qui s'arque sous Dean, leurs corps noués par l'effort et liés par la biologie, ce n'est rien.
La seule chose qui compte, Dean en a conscience, c'est ce moment où ses dents rencontrent enfin sa peau. Ce moment où Castiel n'est plus un autre, un ange du Seigneur déplumé, au halo brisé et aux yeux un peu trop tristes. Ce moment où ils cessent enfin, enfin, de s'appartenir et d'exister.
Ce moment où ils croient en eux suffisamment pour se permettre de disparaître en temps que personnes distinctes.
Ils croient en eux.
Et c'est bien assez.

"Et si je n'y crois pas ? "

La question ne se pose plus, songe Dean, une demi-heure plus tard, blotti entre les bras d'un ange.
La question ne se pose plus, car maintenant, on y croit.

~O~

Le téléphone sonne. Une fois, deux fois. Cinq, quinze, vingt voire quatorze fois. Mélanie s'en fout, ce n'est pas le sien. Elle a refermé sa porte et est retournée dans son appartement bien trop grand pour elle. Deux chambres, deux salles de bain, un tapis bleu et glauque qui court du corridor principal aux entrées qui le sont moins.
C'est génial, c'est beau, mais ça sert à rien.

Elle entend des murmures, des grognements, en provenance de la pièce la plus à droite. Seconde chambre, la plus petite. Ses talons claquent sur le parquet, alors que son odeur de cire, de miel et de regrets s'envole pour danser autour de la poignée. Elle sourit. Dans chaque coin de la pièce dont elle entrouvre la porte, une personne se tient.

D'abord, un homme pale, nu et lacéré. Un corset glacé et vrombissant se détache de sa peau, lui faisant comme un triangle sanglant de pétrole grouillant sur son épiderme. Ensuite vient un jeune homme effacé,fragile, couvert de givre. Aucun bruit ne s'échappe de ses lèvres, mais on devine à ses tremblements qu'il a froid.
Trop froid.
Le troisième coin est occupé par une jeune femme au sourire lointain. Elle a les yeux dans le vague et le ventre gonflé, ironiquement ballonné, alors qu'elle serre contre elle un corps sans vie et mutilé. Du sang coule le long de ses jambes jusqu'à ses pieds.
Le dernier coin se trouve être vacant, encore. Plus pour longtemps, elle l'espère.

Et au centre, sur une chaise, Sam se tient. Ou plus exactement, Sam est retenu. Des liens courent sur sa peau, et un sourire court sur le visage de Mélanie alors qu'il lève vers elle un regard affolé.
"Il est peut-être temps de nous expliquer. "