Titre : Chacun son tour
Auteur : ylg/malurette
Base : LastMan (cartoon)
Personnages : Dave & Howard McKenzie
Genre : sickfic
Gradation : PG / K-plus
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "high" d'après 15kisses (élevé/défoncé/hautain)
Continuité/Spoil éventuel : pré série – Dave 20 ans, Howard presque 17
Notes : sequel à la double fic précédente
Nombre de mots : 1850
ooo
Dave avait commencé à se sentir mal le matin, et ça n'avait fait qu' empirer tout au long de la journée. Il dut écourter sa séance d'entraînement alors qu'on n'était qu'en milieu de semaine, après avoir déjà écourté celles du weekend précédant parce que Howard était malade… C'était son tour, maintenant. Il espérait être passé à travers : raté ! mais ça, il n'allait pas lui dire ! De Howard, d'ailleurs, il n'avait pas de nouvelles. Tant pis, ça attendrait la fin de la semaine. Il serait bien remis lui-même d'ici là…
Il rentra chez lui, agacé mais reconnaissant qu'il avait vraiment besoin de se reposer s'il voulait être en forme pour son boulot du soir. Il resta des heures allongé sans rien faire, à s'écouter agoniser. Il ne revenait pas de se sentir si mal, et que ça soit encore pire une fois qu'il ait cessé de lutter… Il avait l'impression de sortir du pire match de sa courte carrière, alors qu'il n'avait pourtant rien fait de particulier ces derniers jours. Quelle horreur… pas étonnant que Howard, moins résistant, se soit senti si mal. Et lui, ne pouvait pas se permettre ça. Il devait aller bosser !
Cette seule pensée l'ancrait dans la réalité. Sans ça, il aurait complètement lâché prise. Il avait l'impression de flotter, d'être complètement défoncé par la fatigue, la fièvre. Il prit trois aspirines d'un coup, sachant que deux n'avaient pas suffi pour Howard. La dose prescrite, bah, ça s'adaptait en fonction des gens et des besoins.
Son patron était d'accord là-dessus, d'ailleurs. Il commença par le regarder de travers en le voyant arriver. Il ne sut jamais où il trouva l'énergie pour se forcer à se relever et y aller, d'ailleurs. Mais il ne pouvait pas se permettre de manquer le boulot. Si ça arrivait trop souvent il se ferait virer, donc il faisait en sorte que ça n'arriver pas du tout s'il pouvait l'éviter. Déjà avec le coup de l'accident à l'automne précédent, il avait marqué des mauvais points…
De toute façon ce soir il y avait déjà un autre gars malade et pas de remplaçant. Il n'avait qu'à serrer les dents et se forcer encore un peu.
Le patron avait un truc pour l'aider à tenir ; il sortit une bouteille de sirop pour la toux de sa réserve personnelle sous son comptoir.
« Pour éviter de refiler tes horreurs aux clients. Prends-en dose à dose toutes les heures jusqu'à ce que ça s'arrange. »
La fin de la semaine se perdit dans un brouillard curieux. Il comatait la journée, se forçait à se lever le soir, faillit perdre le fil des jours et oublier quand revenait le vendredi. Il se traînait, rendu à un point où il ne sentait plus rien. Il avait l'impression bizarre d'être au-dessus de tout, en tout cas détaché. Il réalisait quelle était sa situation, il était simplement incapable de s'en inquiéter. Est-ce que c'est ça que ça faisait d'être Howard, d'avoir une explication logique pour tout mais ne jamais craindre aucune conséquence ? se demanda-t-il obscurément…
Quand il retrouva effectivement Howard, il était lui-même trop lessivé et n'eut pas le courage de lui demander comment s'était passée sa semaine. Il était debout au moins, et n'avait plus l'air à l'agonie. Chacun son tour, ça lui donnait de l'espoir que pour lui aussi ça ne prendrait plus longtemps avant qu'il arrive à remonter la pente.
« Oh non. Tu l'as attrapée aussi ? Je suis désolé…
- Boh, t'embête pas pour ça.
- Passe-moi les clés, dans ce cas, c'est moi qui conduis.
- C'est mon scooter, je peux conduire.
- Tu n'es pas en état. Tu devrais être au lit. Regarde-toi ! »
Dave grogna. Comme s'il pouvait se le permettre ! Il aimerait bien, remarquez, mais il avait des obligations.
« Dis donc, depuis quand tu te permets de me prendre de haut ?
- Ça n'est pas ma faute – enfin, pas complètement – si tu es malade. Tu as une fièvre élevée, c'est un fait. Tu as besoin de repos et c'est tout.
- Tu te prends pour quoi, le frère responsable ?
- Et pourquoi pas ?
- Pour une fois que c'est l'inverse… »
Howard insista.
« Attends. Regarde-moi. Fais voir tes yeux ? …Tu as les pupilles complètement contractées. Mais qu'est ce que tu as fait ? qu'est-ce que tu as pris ?
- Aspirine et sirop pour la toux, qu'est-ce que tu veux d'autre ?
- Enfin, tu sais qu'il y a de l'opium dans la plupart de ces sirops ?
- Euh… non. Mais ça doit à petite dose sans doute ?
- Et tu en as pris combien, des petites doses ? »
Plus que prescrit par la notice, mais parce que c'était prescrit par son patron. Pourquoi ne lui aurait-il pas fait confiance ?
« Si ça s'utilisait pour se défoncer, ça se saurait, contra Dave.
- Ça se sait.
- Ah bon ?
- Je le sais en tout cas.
- Ah ouais ?
- Ok, depuis cette semaine seulement. Mon camarade de chambrée m'en a parlé. Et puis la fois où je me suis… blessé à la main on m'a donné un truc un peu fort, du coup j'ai été me renseigner un peu dessus ensuite. Sur ce que ça faisait, où ça se trouvait… »
Dave tombait des nues. Depuis quand son petit frère, à la fois naïf et sérieux, un foutu étudiant protégé par la vie, en savait plus sur les conneries du monde extérieur que lui qui fréquentait un quartier pourri ? Est-ce qu'il avait lui-même des œillères à enlever ? Il se passait peut-être de trucs douteux sous son nez, derrière le club, et il ne voulait simplement pas les voir. Il faisait confiance aux gens, toujours.
Il fit confiance à Howard. Pour une fois. Il monta à l'arrière. Arrivé à l'immeuble, il se laissa même soutenir dans l'ascenseur. Howard s'occupa de tout.
De refaire le lit, de préparer le repas – Dave, à son tour, n'avait pas faim, mais au moins ne faisait pas de difficulté à avaler un bol de soupe – d'aller refaire des courses à la supérette du coin malgré l'heure tardive, de porter la lessive au lavomatic à défaut d'avoir accès à la buanderie du Club… Oh, et il faudrait qu'il aille porter ses excuses au coach d'avoir tout planté depuis plusieurs jours, d'ailleurs…
Dave eut l'impression que c'était le milieu de la nuit, pourtant ça ne pouvait pas être si tard que ça – où serait-il allé traîner si longtemps et pour quoi faire ? – Howard en rentrant vint s'abattre à ses côtés, négligeant son matelas et l'étroitesse du lit.
« Fais-moi une place, » geignit-il en venant se loger de force dans le peu d'espace qui restait.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je tombe de fatigue, je suis glacé. Tiens-moi chaud, s'il te plaît.
- Tu es encore malade ? Tu fais une rechute ?
- Non… Hum. Je suis juste encore convalescent et j'ai un peu présumé de mes forces. Mais ça va. Ça va aller. Juste quelques minutes…
- T'es sûr ?
- Mmh. Dave ? Tu… tu es brûlant. Est-ce que toi ça va ?
- Je fais avec… »
Il souleva le bras pour le laisser venir se nicher contre lui, lui enserra l'épaule pour s'assurer qu'il ne glisserait pas.
« Ça faisait des années que t'étais pas venu demander un câlin, dis donc.
- Je ne demande pas de câlin. J'ai juste besoin de quelques minutes de repos. Ça ira mieux tout de suite après, répéta-t-il… comme pour s'en convaincre lui-même.
- Ouais, ouais… »
Il n'était pas du genre tactile d'habitude. Il l'avait été avec Maman il y avait si longtemps, mais c'était de l'histoire très ancienne, il en perdit très vite l'habitude une fois à l'orphelinat. Besoin d'un bisou sur le front, la joue ou un genou écorché pour le réconforter après avoir été malmené par des garçons plus âgés au pensionnat ? même pas. Rien du tout.
C'était d'autant plus surprenant qu'il réclame tout à coup un contact prolongé.
« Tu es sûr que tu es guéri ? s'inquiéta quand même Dave.
- J'ai passé le lundi à l'infirmerie à végéter, mardi dans ma chambre pas mieux, mercredi à la BU avancé doucement sur mes dossiers en retard. Je suis retourné en cours hier. Et je rattrape le chapitre manqué petit à petit. Je suis toujours fatigué mais ça va.
- Le docteur avait dit repos la semaine entière, lui rappela-t-il.
- Mais ça allait. T'inquiète. Je suis sûr que tu seras sur pieds dans un jour ou deux toi aussi.
- C'est pas ça qui m'inquiète…Bon, pas juste ça. »
Et puis ensuite, le calme et le silence. Dave crut que Howard s'était endormi sur place, mais dans la position serrée où ils se trouvaient, et avec sa propre fatigue, il n'était pas capable de le secouer pour le réveiller. Il n'en eut pas besoin : il prit une longue inspiration, poussa un tout aussi long soupir, et se releva, péniblement. Sans un mot de plus, ni d'excuse pour être venu squatter là ni de remerciement pour l'avoir laissé faire, il se prépara pour la nuit et regagna son propre matelas.
« S'il y a quoi que ce soit, souligna-t-il quand même, réveille-moi, hein ? »
Il ne se faisait pas beaucoup d'illusion sur le fait d'entendre par lui-même, dans son sommeil, tout changement et de se réveiller spontanément. Il avait encore besoin de repos lui aussi. Tous les deux…
Ce fut un second weekend lent. Howard continua à se charger de réchauffer le bouillon de poulet et préparer le thé au miel, autant que nécessaire. Dave arrêta totalement le sirop… et se retrouva à tousser tellement fort, tellement longtemps, qu'il en perdait son souffle. Le manque d'oxygène lui laissait la tête vide.
« La vache, ça plane encore plus sans qu'avec… »
Ç'aurait dû être terrifiant, pourtant, il était trop détaché de la réalité physique pour continuer à s'en inquiéter. Il n'était pas terrifié, non, il était au-delà de l'angoisse et attendait juste que ça passe. Après tout, si Howard y avait survécu, il le pouvait aussi. Ça passerait forcément. Au bout d'un moment.
Quand Dave toussait trop, Howard l'aidait à se soulever pour qu'il respire mieux, lui frottait le dos.
« Il faudra que tu m'apprennes, si tu as besoin que je te masse, signala-t-il.
- Bof, non. »
Il avait un peu peur de perdre de la masse musculaire s'il restait alité trop longtemps, mais il n'avait pas le courage d'expliquer à Howard comment l'aider à lutter contre. Tant pis. Il n'allait pas s'en faire pour ça non plus. Il regagnerait bien ses muscles plus tard, quand il irait mieux. À son rythme. Pourvu qu'il aille vite mieux…
Ouais, bon, il n'allait pas en vouloir à Howard de n'avoir pas respecté les délais prescrits et d'avoir voulu reprendre ce qu'il faisait au plus vite, hein. Il comprenait.
« Ça va vite aller mieux, promettait-il, d'ailleurs. Tu vas voir, tu remonteras la pente et tu retrouvera tes sommets d'avant en un rien de temps. »
