All the way 10
« Il ne viendra pas. »
« Il viendra. »
« Il serait déjà là si… » commença la jeune fille ;
« Il viendra, il voudra voir comment nous nous débrouillons, j'en suis sûr, » insista Harry, buté. « Rémus ne m'a jamais laissé tomber. »
Hermione lui jeta un regard sceptique, mais se tut. Voila trois jours qu'ils attendaient, sans succès, l'apparition de leur ancien professeur, et l'interdiction de communiquer leur devenait de plus en plus pénible.
« Il ne peut pas deviner que nous l'attendons, Harry, et avec Tonks… il doit avoir d'autres préoccupations. »
L'adolescent soupira mais hocha la tête.
« J'aimerais avoir des nouvelles du Terrier. Et des nouvelles tout court. Je sais qu'on avance ici avec les papiers de Régulus et le reste, mais… je déteste attendre sans savoir. »
« Peut-être pourrait-on demander au professeur s'il pense pouvoir sortir à nouveau, » suggéra Hermione d'une voix hésitante.
« Je n'aime pas trop l'idée de l'envoyer chercher Rémus, mais je suppose qu'il va bien falloir se décider… il faut que je descende le voir de toute façon. Ron est toujours dans ses papiers ? »
La jeune fille hocha la tête.
« Je l'ai rarement vu aussi passionné par des parchemins. Le plus étonnant, c'est qu'ils ne parlent même pas de nourriture ! »
Harry sourit malgré lui.
« Très bien, je vais voir où en est Snape. Si tu as une autre idée entre temps… »
« A tout de suite, » fit Hermione avec un sourire encourageant.
Descendre dans le sous-sol qu'occupait Snape pour ses potions donnait à Harry la même impression qu'il avait à Poudlard en descendant dans les oubliettes. La vue du professeur, penché sur un parchemin, une fiole en verre à la main, ne fit rien pour rassurer le garçon.
« Je peux approcher ? »
« M. Potter, » l'accueillit Snape en inclinant la tête, « je vous en prie. »
« Qu'est ce que vous faites ? » demanda Harry, incapable de résister à la curiosité.
« Je viens de finir un lot de potions de vitalité. Celles-ci sont des potions de sommeil sans rêve, celles-ci des potions de soin, et celles que vous voyez là sont du Poussos. La dernière sera une potion d'invisibilité si mes calculs ont été bons. »
« Une potion d'invisibilité ? Ca existe ? » s'étonna Harry.
« Elles sont rarement efficaces, mais j'ai pu trouver des ingrédients de premiers choix dans les réserves de la maison. J'ai de bonnes raisons de penser que la potion sera effective. »
« Hum. Vous avez tout ce qu'il vous faut, en ingrédients ? »
« Plus ou moins. Les stocks commencent à diminuer, mais je pense pouvoir continuer encore un certain temps. A moins bien sûr que vous ne souhaitiez quelque chose de bien particulier, » ajouta Snape.
« Oui et non, » soupira Harry. « Je vous fait confiance pour les potions. Faites ce qui sera le plus utile, ça ne m'a pas l'air trop mal jusque là. »
« Merci, maître. »
Le mot fit frissonner Harry. Snape l'avait utilisé de plus en plus fréquemment ces derniers jours, et il devait admettre qu'il n'avait pas chercher à l'en dissuader… un Snape servile lui convenait nettement mieux qu'un professeur irascible. Hermione n'aurait sans doute pas été d'accord, mais Snape semblait prendre soin de ne pas utiliser le mot devant elle plus que nécessaire.
« En fait, » reprit Harry, « c'est d'autre chose qu'il s'agit. Rémus n'est toujours pas venu nous voir. Il a sûrement ses raisons mais… nous avons vraiment besoin de lui parler. »
« Je vois, » fit Snape. « Souhaitez vous que je tente d'entrer en contact avec lui ? »
« Il ne faut pas que cette maison soit repérée, » prévint Harry. « Ni qui Rémus ne soit mis en cause de quelque façon que ce soit. Et bien sûr il ne faut pas que vous vous fassiez remarquer non plus, ni que vous communiquiez quelque information que ce soit à vos petits camarades. »
Snape réprima à peine un soupir d'exaspération.
« Je présume qu'il est inutile de vous rappeler que je ne peux en aucun cas vous trahir, M. Potter ? Quant à entrer en contact avec Lupin… je pourrais lui faire parvenir un message d'un endroit autre que celui-ci. Un message codé lui donnant rendez-vous dans un endroit neutre, par exemple. »
« Un message codé serait suspect. Et à quel endroit neutre pensez vous ? Votre tête est assez connue… à moins que vous n'utilisiez une potion, bien sûr. »
« J'avais autre chose en tête. » Saisissant un parchemin neuf, Snape se mit à écrire avant de le tendre à Harry.
'Réunion des anciens de Poudlard, promotion 1971, aujourd'hui à 15h, à l'ancien repaire des Maraudeurs. Apportez vos souvenirs et de quoi boire.'
« Ca peut marcher, » fit Harry, méditatif. « Je ne pense pas que le nom des Maraudeurs soit trop connu. »
« Non, et la référence à la Cabane Hurlante l'est encore moins, » confirma Snape.
« D'accord, mais comment est-ce que vous allez lui faire parvenir ça ? »
« J'intercepterai un hibou aux alentours de Poudlard. Il y en a toujours. »
« C'est risqué de vous promener dans ce coin… il doit y avoir plus simple… »
« Je connais parfaitement le terrain et j'ai mes points de transplanage isolés, » assura le professeur. « Lupin ne risquera rien non plus en arrivant directement dans la Cabane. Le polynectar le rendra de toute façon anonyme. »
« Oh, » fit Harry, réalisant soudain à quoi 'pensez à apporter à boire' faisait allusion. Il restait à espérer que Rémus serait plus vif que lui… « Et vous, vous allez prendre l'apparence de qui ? »
« De personne, je ne tiens pas à ce que Lupin ne prenne peur, » expliqua Snape. « Je ne risquerai rien cependant. Si je ne suis pas revenu à 15h30, contentez vous d'enclencher le sort de rappel. »
« Et si vous êtes avec quelqu'un, et que ça le ramène jusqu'ici ? » demanda Harry, soupçonneux.
« Une fois de plus, il s'agit d'une particularité propre à ceux de ma condition. Le sort de rappel ne fera revenir que moi. »
« Bon, » hésita Harry. « Je vais voir avec Hermione. Je vous tiens au courant. Pendant qu'on y est, faites donc du polynectar, ça pourra sûrement servir… »
« Vous en trouverez dans le placard, j'en ai préparé hier, » répondit Snape.
« Bien. Dans ce cas, hum… continuez, » fit le garçon en se dirigeant vers la sortie. La plupart du temps, son antipathie pour le professeur prenait le dessus sur tout autre sentiment… mais parfois, la réalité de la situation lui revenait en plein visage et il devait admettre que cette idée d'esclave le rendait particulièrement nerveux. Comment était il sensé commander à un homme qui avait l'âge d'être son père ? Quant à la responsabilité que cela impliquait… non, il préférait ne pas y penser.
Si seulement Dumbledore avait été là pour lui expliquer les choses, ou Sirius, ou… quelqu'un. Même Arthur Weasley aurait fait l'affaire s'il avait pu lui parler plus souvent. Peut-être Rémus saurait il trouver les mots justes…
De retour dans le salon, il trouva une Hermione nerveuse, comme elle l'était toujours quand il allait voir Snape.
« Alors ? » demanda t elle avec appréhension.
« Snape a eu une idée qui peut marcher, » fit il en lui tendant le parchemin. « Il veut utiliser un hibou de Poudlard. Qu'est ce que tu en dis ? »
« C'est une excellente idée ! Je suis sûre que Rémus répondra présent ! Les risques sont minimes, même s'il vaudrait mieux que le hibou ne soit pas intercepté… »
« Pendant qu'on y est, de quel genre de potions est-ce qu'on pourrait avoir besoin ? Snape a déjà produit tout un arsenal, mais tu devrais peut-être voir avec lui. »
« Oh, je doute d'avoir de meilleures idées que lui. Mais s'il a le temps entre deux potions, peut-être serait il bien qu'il aille jeter un œil aux trouvailles de Ron. Je lui montrerai les miennes ce soir, mais je n'ai rien trouvé qui puisse nous aider dans ces vieux grimoires… »
« Tu demanderas ça à Rémus, il s'y connait tout aussi bien. Je vais dire à Snape qu'il a le feu vert. Pas d'autre suggestion ? »
« Non, » fit la jeune fille en secouant la tête. « Mais propose lui de se reposer un peu avant. Je n'ai pas l'impression qu'il ait regagné sa chambre ces deux derniers jours. »
Se sentant subitement coupable, Harry acquiesça. Il avait intimé l'ordre à Snape de se rendre aussi utile que possible, mais il n'avait pas pour autant voulu dire qu'il devait se priver de sommeil… si c'était ce que le professeur avait compris, alors, il était bien plus stupide que ce que tout le monde prétendait.
« C'est bon, » fit il en rendant le parchemin au sorcier qui finissait de mettre une potion en bouteille. « Faites ça, mais soyez prudent. Et Hermione m'a dit de vous dire d'aller dormir. Je ne vois pas comment vous voulez être efficace si vous ne vous reposez pas ! »
« J'ai besoin de peu de sommeil, je me suis reposé ici en attendant que les potions arrivent à maturité. Mais si cela ne vous convient pas… »
« Non, non, faites ce que vous voulez. »
Bon sang, Hermione et Snape allaient le rendre fou, songea Harry… il n'avait pas la moindre envie de dire au professeur où il devait dormir, ni d'expliquer à Hermione que certaines personnes se portaient parfaitement bien avec quelques heures de sommeil… mais il avait la très nette impression qu'il allait malgré tout devoir faire les deux.
« Pendant que vous y êtes, si vous trouvez un moyen de faire des courses, n'hésitez pas. Quitte à sortir… »
« C'est entendu, » acquiesça Snape. « Dans ce cas, avec votre permission, je vais partir immédiatement.»
« Entendu, » répondit Harry. Il fit un geste pour partir, avant de se raviser. « Vous avez besoin de quelque chose ? »
L'éclat de surprise dans les yeux du professeur le mit encore plus mal à l'aise.
« Non, maître. »
« D'accord, » murmura Harry. « Faites au mieux avec Rémus, qu'il ne lui arrive rien. S'il pense que c'est trop risqué, qu'il ne vienne pas. Dites lui juste ce qui peut lui servir. »
« Tout ira bien, » assura Snape. Et quelque chose dans son ton apaisa étrangement le garçon.
« A tout à l'heure, alors. »
Tandis que Potter sortait du laboratoire, Severus se prit une nouvelle fois à éprouver ce dérangeant sentiment de pitié pour l'adolescent qui allait gâcher sa vie pour les années à venir. La gamin n'était qu'un petit monstre arrogant, bien sûr, mais il était aussi perdu et vulnérable qu'il l'avait été quand il était ce petit bébé braillard et rose.
Les choses avaient changé, mais depuis cette séance de légilimancie forcée, il ne pouvait s'empêcher de repenser de plus en plus souvent à ces quelques mois de paix. Au bébé qu'il avait juré de protéger et pour lequel il avait éprouvé une certaine tendresse.
Il secoua la tête, bouchant une dernière fiole. Il n'y avait plus grand-chose à faire maintenant pour tenter de recapturer ces instants perdus. Il n'y avait plus qu'un nouveau maître qu'il allait falloir contenter… et un vieil ennemi à affronter.
A son tour, il sortit du laboratoire et se glissa discrètement sur le perron avant de transplaner dans la Foret Interdite, dans l'un de ces recoins qu'il connaissait si bien. Sentir le parfum des arbres familiers le revigora un instant, mais il n'avait guère le temps pour un accès de nostalgie. Scrutant le ciel, il ne dût attendre que quelques minutes avant de repérer un hibou qui tournoyait au dessus de la forêt. Plissant les yeux, il tenta de l'identifier.
« Déméther ! » siffla t il enfin en reconnaissant ses tâches. Aussitôt, le hibou descendit en piqué pour atterrir sur son épaule. Le manque de reconnaissance des hiboux à l'égard des sorciers soumis à un sort d'esclavage avait toujours particulièrement irrité Severus ; même s'il n'ignorait pas que cela tenait à la magie et non à une volonté des animaux, il ne pouvait s'empêcher d'en éprouver de la rancune.
« Pour Rémus Lupin, » annonça t il après avoir attaché le parchemin à la patte de l'animal. « Ou qu'il soit. C'est urgent. »
Le hibou partit aussitôt, visiblement sûr de sa destination et Snape soupira de soulagement. Il ne lui restait plus à présent qu'à espérer… et à faire des courses.
Quand l'heure du rendez-vous arriva enfin, ce fût non sans appréhension que Severus se dirigea vers la Cabane Hurlante, maudissant son idée. Combien de fois devrait il manquer de mourir dans cet endroit ? Si les probabilités avaient un rôle à jouer, alors il était prêt à parier tout ce qu'il lui restait qu'il finirait par périr dans cet endroit. Considérant qu'il n'avait rien à perdre, le pari n'était après tout pas bien risqué…
Un crac caractéristique déchira l'atmosphère et la silhouette du loup-garou apparut enfin, faisant sursauter Snape malgré lui. Pendant quelques secondes, il attendit baguette levée qu'un autre craquement suive, mais en vain. Lupin était bien venu seul.
« Severus, » salua celui-ci en faisant un pas en avant, main tendue. Une main hésitante que Snape ne prit pas.
« Lupin. »
« Je… j'ai bien reçu ta lettre. J'ai reconnu l'écriture, » fit Rémus d'une voix pitoyable. Severus fouilla son regard une seconde, mais il n'eut pas besoin d'utiliser la légilimancie pour comprendre. Tout était marqué là, dans la pitié dégoulinante dont le loup-garou l'enveloppait.
« C'est une bonne chose dans ce cas qu'une partie du message au moins ait été comprise, » répliqua t il d'un ton sec. « Je vois que l'allusion au polynectar, en revanche, n'a pas fait son chemin. »
« J'ai bien compris, mais je n'en avais pas à disposition et je n'ai pas eu le temps d'en trouver, » soupira Rémus. « Il a fallu que je prévienne l'Ordre. La situation est assez compliquée, en ce moment. »
« En effet, » acquiesça Snape. « C'est la raison pour laquelle M. Potter et ses amis souhaitent vous parler. »
« Tu peux me tutoyer, » offrit Lupin, « je… tu… » il s'interrompit, visiblement mal à l'aise.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, » répondit Severus. « Mon maître ne l'apprécierait sans doute pas. »
Cette fois, le loup-garou tressaillit de façon nette et satisfaisante.
« Merlin, Severus, je suis désolé… j'ai appris aujourd'hui seulement, et je ne peux pas te dire à quel point je suis… Merlin, je ne sais pas quoi dire. »
« Il n'y a rien à dire. M. Potter souhaiterait vous voir au plus vite pour discuter de différentes informations qu'il juge importantes. Pensez vous pouvoir vous rendre à Grimmauld Place aujourd'hui ? »
« oui, bien sûr, mais… ce n'est pas… j'ai besoin de comprendre ! » s'écria Rémus en faisant les cent pas dans la pièce. « Ce qu'il s'est passé, ici, à notre époque… le jour où j'ai failli te tuer… mes parents n'ont jamais compris pourquoi ta famille n'avait pas porté plainte. Même Dumbledore ne pouvait pas avoir assez d'influence… »
Snape se contenta de ricaner.
« Oh, il l'avait. Mais mes maîtres ont été satisfaits de pouvoir retourner la situation à leur avantage. Une influence élargie au Conseil de Poudlard contre leur discrétion. En réalité, ils auraient été plutôt enchantés du résultat si je n'avais pas manqué de me faire tuer dans l'affaire. Soyez assuré que j'ai été sévèrement puni pour cela. »
« Merlin, je suis tellement désolé, » murmura Lupin. « A l'époque, déjà… ? »
« Déjà quoi ? » fit sèchement Snape. « Cette cabane n'est pas le meilleur endroit pour une discussion, Lupin, je suggère que vous discutiez des détails avec M. Potter. »
« Non, pas encore… je veux savoir d'abord, » s'entêta Rémus. « Tu… appartenais aux Malfoy, c'est bien ça ? »
« C'est exact, » répondit Snape à contrecœur.
« Alors pourquoi n'ont-ils pas réclamé de l'argent à ma famille ? Pourquoi n'ont-ils pas exigé que je sois renvoyé ? »
« Parce que votre famille a toujours été renommée pour n'avoir aucune fortune et que Dumbledore a permis que d'autres options soient possibles. En réalité, notre cher directeur a été particulièrement soulagé que vous ne vous en soyez pris qu'à un esclave. Les dégâts ont ainsi pu être limités… car il a été établi qu'un loup-garou Gryffondor avait nettement plus de valeur qu'un esclave Serpentard. Si votre curiosité a été satisfaite, pouvons nous à présent regagner Grimmauld Place ? »
« Ce n'est pas ce que tu crois, » fit Rémus, visiblement consterné et dont le visage avait pris une intéressante teinte verdâtre. « Je comprends que tu m'en veuilles, Merlin sait que tu as toutes les raisons, mais j'essaie de comprendre… »
Sentant sa patience le quitter, Severus serra les dents. Lupin était visiblement sous le choc, mais il n'aimait pas plus cette pitié dans son regard que ses questions qui faisaient remonter à la surface tant de souvenirs déplaisants…
« Tout ce temps, depuis que nous étions à Poudlard, tu appartenais aux Malfoy ? » insista Lupin avec un regard de chien battu.
« Pour l'amour du ciel, Lupin ! » s'emporta finalement Snape. « Je suis né au service des Malfoy ! Ma naissance a été commanditée, mes géniteurs choisis sur catalogue par les Malfoy ! Est-ce suffisant ou dois je exhiber un certificat en bonne et due règle ? »
« Je ne savais même pas qu'il existait encore des esclaves dans notre société, » fit pitoyablement Rémus. « Mais je te promets d'étudier tout ce que je pourrais trouver afin de mettre un terme à ce sort… »
« Assez, » fit Snape en se pinçant l'arrête du nez. L'entrevue ne se passait absolument pas comme il l'avait envisagée… il avait prévu le mépris, l'indifférence, ou même une certaine dose de compassion feinte de la part de son ancien collègue, mais pas cette infernale pitié qui lui donnait la nausée. « Il n'y a aucun moyen connu de supprimer ce sort. Les quelques recherches qui ont été faites en ce sens sont à présent entre les mains de mon maître, qui n'a aucune intention d'en faire cet usage. Maintenant, si vous voulez bien vous intéresser une seconde au sujet qui nous concerne, il serait souhaitable que nous regagnions Grimmauld Place. M. Potter doit dans tous les cas activer le sort de rappel dans une dizaine de minutes. »
« C'est totalement surréaliste, » murmura Rémus. « Arthur Weasley m'a dit que James t'avait… acheté. Est-ce vrai ? »
De toute évidence, il n'y échapperait pas, soupira Severus. Et en tout état de cause, il n'avait aucun droit de ne pas répondre aux questions de cet homme.
« Oui. »
« Je ne l'ai jamais su… James n'en a jamais rien dit et Lily non plus… pourquoi ? » continua le loup-garou, qui semblait éprouver les plus grandes difficultés à trouver un semblant de calme.
« Les Potter ont tenu à garder l'information aussi confidentielle que possible. »
« Est-ce que Sirius savait ? »
« Il l'a su, » répondit Severus avec une grimace. « A l'époque où j'étais au service des Potter. Après son arrestation, toutefois, Albus a tenu à lui jeter un sort d'Oubliette. »
« Il aurait pu prendre la peine de lui parler par la même occasion, et vérifier sa version des faits, » fit amèrement Rémus. Puis, réalisant : « Mais… tu le savais ! Tu étais forcément au courant que Sirius n'était pas le gardien du secret ! »
Snape secoua la tête.
« Non. James Potter n'avait pas voulu que je sois dans la confidence. Il ne me faisait pas confiance, un trait que partage son fils. »
Ce fût au tour de Rémus de secouer la tête, incrédule.
« Mais… le sort de… d'esclavage implique une impossibilité de trahir ou de blesser le maître, n'est ce pas ? »
« En effet. »
« Alors pourquoi… »
« Je suggère que vous demandiez cela à M. Potter, qui ne cesse de me répéter que je suis un traître en puissance. Le temps presse, Lupin… »
« Je parlerai à Harry. Severus, je suis tellement désolé… si nous avions, su, à cette époque… »
« Vous auriez eu une autre bonne raison de me poursuivre, n'est ce pas ? » ricana Snape. « Ca suffit, Lupin. Il n'y a pas vraiment de hasard là dedans. Par ailleurs, tout ceci est parfaitement inutile, ce sont des choses bien plus graves qui nous préoccupent à présent. »
Rémus hocha la tête, défait.
« Très bien. Rendez vous à grimmauld Place, dans ce cas. Je transplane immédiatement. Nous pourrons mieux discuter là bas. »
Discuter. Comme s'il pouvait avoir envie de discuter avec Rémus Lupin. Mais une fois de plus, le choix n'était pas le sien… bien que la réaction de Lupin, si surprenante qu'elle soit, puisse finalement jouer en sa faveur. Après tout, Harry respectait l'homme… avec un grognement, Snape transplana sur le perron de la maison et entra sans tarder.
A l'intérieur, comme il s'y était attendu, des cris de joies résonnaient. Les joyeuses retrouvailles semblaient s'être dirigées vers le salon, et Severus s'empressa de s'éclipser vers la cuisine pour y déposer les victuailles et préparer le repas qu'on ne tarderait pas à lui demander. Cuisiner restait définitivement la meilleure façon de s'attirer les bonnes grâces de ses nouveaux maîtres, et Severus était reconnaissant pour l'appétit dévorant des adolescents.
Déballant un large morceau de viande, il entreprit de la faire griller. Peu importait l'heure ; avec un loup-garou dans la maison, il n'allait certainement pas risquer de laisser qui que ce soit avoir faim !
Dans le salon, les discussions allaient bon train entre l'ancien professeur et ses élèves.
« … et c'est comme ça qu'on a atterri ici. Est-ce que tu penses aussi que c'est sûr ? » demanda Harry en finissant le récit de leur évasion.
« C'était une excellente, idée, oui. Puisque Severus est de notre côté et que la maison n'a pas été livrée à Voldemort, elle reste l'endroit le plus sûr. L'Ordre a décidé de ne plus l'utiliser jusqu'à nouvel ordre afin de vous assurer un maximum de sécurité. »
« J'aurais préféré un peu plus de visite, mais je comprends, » acquiesça harry. « De toute façon, nous devrons sans doute partir bientôt pour… des recherches. »
« Des recherches ? » fit Rémus en fronçant les sourcils. « De quoi s'agit il au juste ? Arthur semblait penser que vous aviez un plan… »
« En réalité, c'est quelque chose que Dumbledore m'a demandé de faire. Je ne peux pas t'en dire plus, je suis désolé. »
« Je vois, » fit le professeur, visiblement contrarié. « Et ta cicatrice, Harry ? Comment se porte t elle ces temps ci ? »
Harry vit les yeux d'Hermione scintiller à cette question, mais il se contenta de secouer la tête, tout en se frottant machinalement le front.
« Rien. Je ne comprends pas pourquoi. Elle me faisait mal au début des vacances, et je pouvais parfois voir ce que voyais Voldemort, mais maintenant… plus rien. »
La désapprobation se lisait dans les yeux d'Hermione.
« Depuis quand exactement ? » demanda doucement Rémus.
« Je n'ai pas vraiment fait attention, avec tout ce qu'il s'est passé, » maugréa Harry. « En tout cas, elle n'a pas servi à grand-chose depuis qu'on est arrivés ici. »
« Harry ! » s'indigna Hermione, « Elle n'est pas sensée servir ! Tu es supposé occluder ! »
« Je suis un cas désespéré en occlumancie et tout le monde le sait, » rétorqua Harry. « Autant que cette connexion serve à quelque chose si elle peut me permettre de voir ce que Voldemort trame. »
« Severus ne t'a pas fait reprendre les leçons ? » demanda Rémus, inquiet.
« Ca ne risque pas, » fit sèchement Harry.
« J'espérais que vos relations se seraient détendues avec… ce qu'il s'est passé, » fit Lupin. « Mais il faut le comprendre, Harry, c'est une chose absolument terrible… il a toutes les raisons d'être furieux. Je lui parlerai, j'essayerai de lui faire entendre raison. »
« En réalité, » interrompit Hermione, « le professeur Snape n'a posé aucun problème depuis l'anniversaire d'Harry. Il a été tout à fait courtois et serviable. »
« Je ne comprends pas ? »fit Rémus d'un ton hésitant.
Hermione jeta un regard d'excuse à Harry qui avait détourné le sien.
« C'est Harry qui a en réalité du mal à s'adapter, ce qui est également compréhensible. »
« Effectivement, , » acquiesça Rémus en serrant l'épaule du garçon dans sa main. « Tout cela est tellement… inattendu, et incroyable ! »
« Mais ça ne lui donne pas le droit d'être aussi pénible avec le vieux Snape, » fit Ron à son tour. « Je veux dire, je suis le premier à dire que Snape est un fichu sadique en tant que professeur, qu'il a été injuste et carrément insupportable avec nous pendant toutes ces années, et j'aurais adoré pouvoir lui jeter quelques bons sorts que les jumeaux m'ont appris, avant… mais les choses ont changé maintenant, on est dans la même galère, et il est le premier à ramer. Alors si tu pouvais cesser de le considérer comme l'ennemi à abattre, ce serait vraiment un progrès. »
A ce discours, Harry était passé par toutes les teintes du rouge au vert pâle, pour finalement tourner un visage blanc vers son ami.
« Tu n'étais pas là, cette nuit-la. Tu ne l'as pas vu tuer Dumbledore. »
« Il t'a dit lui-même que c'était à sa demande ! » s'exclama Hermione, irritée. « Je ne te comprends pas, Harry. Je ne te comprends vraiment pas. »
« je fais des efforts, d'accord ? » s'exclama l'adolescent. « Et je ne l'ai pas battu ni quoique ce soit, que je sache ! Il vit sa vie, il fait ses potions, il mange quand il a faim, qu'est ce qu'il vous faut de plus ? Que je lui donne une médaille ? »
Ni Hermione ni Ron ne répondirent, mais leurs regards entendus et leurs signes de tête désapprobateurs parlèrent pour eux.
Rémus, de son côté, passait sa main dans ses cheveux, l'air perdu.
« Je ne comprends pas.. »
Il fut interrompu par l'entrée de Snape par la porte de la cuisine.
« Si vous avez faim, il y a de quoi manger dans le four. Si vous avez besoin de moi, je serai en bas. »
« Laissez donc vos fichues potions deux minutes, » fit Harry. « Rendez vous utile, pour une fois, et faites un compte rendu à Rémus de toutes les activités de vos petits camarades mangemorts, et par le menu ! N'essayez pas de lui dissimuler quoique ce soit, c'est compris ? »
Le professeur lui jeta un regard fatigué et s'avança vers eux.
Visiblement incapable de trouver ses mots, Rémus les dévisageait à tour de rôle, bouche bée.
« Harry… »
« La liste risque d'être longue si je dois rapporter chaque minute des réunions. Si vous avez une pensine à disposition, Lupin, je suggère que nous l'utilisions. »
« Je crains de ne pas en avoir, non. »
« Et ca sera Professeur Lupin ou Monsieur pour vous, » fit sèchement Harry. « Un peu de respect ne vous fera pas de mal. »
« Harry ! » s'exclama Rémus, « Il n'en est absolument pas question ! Severus continuera de m'appeler comme il l'a toujours fait et je n'y vois aucun inconvénient ! En revanche, j'aimerais te voir montrer un peu plus de ce fameux respect au professeur Snape ! »
« Vous n'allez pas vous y mettre aussi ! » s'écria le garçon, qui sentait la colère et la frustration bouillir en lui. « Il vous a fait renvoyer de Poudlard ! Il vous déteste, vous aussi, au cas où vous ne le sauriez pas ! »
« Severus a fait ce qu'il pensait avoir à faire, et il a toujours continué à préparer la potion Tue-Loup pour moi, Harry. Dois-je te rappeler à quel point cette potion m'est indispensable ? »
« Il ne le faisait que parce que Dumbledore l'y obligeait, » fit le garçon entre ses dents.
« J'ai reçu une fiole de potions il y a deux semaines, » répondit sèchement Rémus.
Tous les yeux se tournèrent vers Snape qui se contenta de hausser les épaules, visiblement indifférent.
« Je n'ai pas pu te remercier jusqu'à présent, » reprit Rémus plus doucement, « pour tout dire, je n'étais pas certain qu'elle vienne de toi, considérant… je regrette d'avoir douté. Encore une fois, merci. »
Severus hocha brièvement la tête, le regard fixé sur le mur opposé.
Harry, de son côté, semblait frappé de stupeur. Les yeux écarquillés, il dévisageait l'esclave sans parvenir à y trouver ce qu'il cherchait. Quand il reprit finalement ses esprit, sa voix était plus posée.
« A défaut de pensine, est-ce que vous ne pourriez pas montrer ce que vous avez vu à Rémus par légilimancie ? »
Snape hésita avant d'acquiescer.
« Je peux essayer. »
« Cela risque d'être pénible, » fit remarquer Rémus.
« Cela ne devrait pas poser de problème. Vous allez cependant devoir vous concentrer sur les réunions de Mangemorts et ce que vous souhaitez vous en particulier. »
« Je n'ai jamais été particulièrement doué en légilimancie, » avoue Lupin d'un ton piteux.
« Une chance que je le sois pour deux, dans ce cas, » rétorqua Snape.
Harry ouvrit la bouche pour répliquer, avant de la refermer avec un grognement. Puis, sans un mot, il sortit de la pièce, sous le regard désabusé des quatre sorciers.
Peu importait ce qu'ils pensaient, songea t il tandis qu'il refermait la porte derrière lui. Peu importait. Ils ne pouvaient pas comprendre. Même raison n'avait visiblement aucune idée de tout ce que cela pouvait signifier pour lui.
S'appuyant contre le mur, il essuya rageusement une larme de sa manche. Il y avait tout de même un point positif… demain, quand ils seraient seuls, il demanderait à Snape de lui montrer d'autres souvenirs. Demain, au milieu de toutes ces horreurs, il verrait ses parents…
