Chapitre 10

Kathe n'arrivait toujours pas à croire qu'elle s'était débarrassée de Loki aussi facilement.

Voilà des jours qu'ils ne s'adressaient plus la parole. D'ailleurs, elle se demandait comment ils avaient réussi à arriver à Montréal sans s'entre-tuer ! Elle avait tout fait pour être la plus exécrable possible durant le trajet : fumant dans la voiture, le volume de la radio au maximum et elle meublait autant que possible le silence pesant en chantant de sa voix la plus horrible. Avec un peu chance, elle lui aurait abîmé les tympans pour le restant de ses jours ! En tout cas, elle s'était abîmée ses tympans à elle, dans toute cette histoire… Elle détestait chanter et habituellement elle se passait, bien volontiers, de faire entendre sa voix de casserole, mais à la guerre comme à la guerre !

Elle lui avait pourri tout le voyage, elle en était sûre !

C'est donc toute étonnée qu'elle l'avait entendu répondre un « Oui » sec et froid à sa demande d'aller faire du shopping toute seule pour leur ''mission'' de ce soir.

La jeune femme se doutait qu'il ne souhaitait pour rien au monde se retrouver dans les magasins avec elle, afin qu'elle se trouve une robe du soir. Elle avait déjà préparé toute une argumentation sur le besoin des femmes humaines à prendre tout leur temps pour choisir de beaux vêtements. Coup classique : aucun homme n'y résiste par peur de se retrouver coincé dans une folle journée shopping. Mais Loki accepta de la laisser seule, ne lui posant aucune question, se contentant de la regarder brièvement pour dessus son journal quand elle tendit une main pour avoir de l'argent.

Pas d'argent, pas d'achat !

Elle adora la décontraction avec laquelle il sortit une énorme liasse de billets de sa poche, la posant sans un regard sur la table.

Kathe était chaque fois sidérée d'avoir un tel porte-monnaie magique à sa disposition. Jusque-là, il avait toujours tout payé lui-même, alors lorsque la jeune femme se retrouva avec cinq mille dollars en espèce dans les mains, elle n'en revenait toujours pas. Jamais, de toute sa vie, elle n'avait tenu une telle somme entre ses doigts. Elle était même à peu près sûre de n'avoir jamais eu autant d'argent sur son compte en banque. Sans un mot de plus pour le Dieu, elle avait quitté rapidement la chambre d'hôtel, avant qu'il ne change d'avis. Elle lui jeta un bref coup d'œil avant de passer le seuil de la porte, mais il ne la regardait même plus.

Kathe remontait tranquillement le grand boulevard, de légers flocons virevoltaient et retombaient mollement comme une pluie de coton sur sa capuche relevée. Une partie de son visage étaient enfouie dans son écharpe, tandis que ses mains étaient bien au chaud dans les poches de son manteau.

Elle avait repérée une rue marchande en arrivant en ville, mais elle avait préféré se reposer pendant deux jours, avant de mettre son plan à exécution. Elle n'en avait pas encore parlé à Loki, redoutant sa réaction.

Kathe ne voulait pas que la tuerie de l'université recommence et elle s'était jurée de faire tout son possible pour limiter la casse. Si elle s'impliquait un minimum, elle pourrait certainement adoucir les envies de meurtre de Loki, évitant ainsi un nouveau massacre.

Ils recherchaient un homme en particulier : le docteur Lionel Richard, la jeune femme ne voulait pas qu'il subisse le même sort que le professeur Selvig, dont elle avait appris sa mort, sûrement causée par Loki, aux informations retransmises sur une télévision d'un Lavomatic.. Elle s'en voulait énormément d'avoir laissé le Dieu lui filer entre les pattes ce soir-là…

Si elle arrivait à être présente lorsque sonj psychopathe de compagnon mettrait la main sur Richard, elle pourrait peut-être lui sauver la vie. Et une fois que Loki aura récupéré sa précieuse relique, elle pourra enfin retrouver sa liberté, ne souhaitant plus qu'une chose : rentrer chez elle. Mais pour ça, il fallait que tout se passe selon son plan.

Décidant d'en parler au Dieu dès qu'elle rentrerait à l'hôtel, elle s'activa à chercher les magasins qui l'intéressaient dans les rues agitées de Montréal. Avec cinq milles dollars en poche, il y avait des chances qu'elle trouve son bonheur !

Elle avait lu et relu dans tous les sens le carton d'invitation que Loki lui avait remis. Il y était bien stipulé qu'il fallait s'y rendre en tenue de soirée. N'ayant que des jeans et des tee-shirts dans son petit sac de voyage neuf - ils n'étaient jamais repassés par le motel à côté de l'université - il fallait à tout prix qu'elle trouve un truc à se mettre ce soir. Il fallait rester crédible si elle ne voulait pas attirer l'attention pendant la réception.

- Plus tard dans la matinée –

Kathe rentra à l'hôtel complètement épuisée. Les sacs qu'elle portait, semblaient de plus en plus lourds et la neige tombant plus drue lui fit accélérer le pas. Il était à peine midi, il lui restait encore une bonne après-midi pour se préparer. Elle avait fait ses achats assez rapidement, bien décidée à liquider tout l'argent de Loki. Elle était tout d'abord allée chez le coiffeur, puis, elle avait pris tout son temps pour se choisir une simple robe de soirée noire, ainsi que des chaussures assortie à la robe. Il lui avait fallu ensuite acheter certains produits de beauté, comme du maquillage et c'est après trois bonnes heures de shopping qu'elle put enfin se sentir satisfaite de ses achats, et se décida à rentrer. La situation était des plus étranges, à tout moment elle aurait pu s'enfuir en courant, attrapant le premier taxi venu pour la conduire à l'aéroport. Elle avait bien assez d'argent en liquide pour rentrer chez elle, même si elle n'avait plus aucun papier. Elle pouvait même se rendre dans un commissariat pour trouver de l'aide. Si elle expliquait calmement qu'elle avait été témoin de plusieurs crimes la police la protégerait, elle en était sûre. Mais elle avait un certain problème d'éthique à abandonner ainsi Loki. Il pouvait bien crever dans un caniveau qu'elle s'en ficherait totalement, mais si elle fuyait, il trouverait une autre victime à traumatiser... Et elle n'était pas sûre de pouvoir vivre avec ça sur la conscience.

Il y avait déjà eu tellement de morts, et elle se sentait un peu responsable. Ne pouvant plus faire marche arrière, elle espérait sincèrement réussir à récupérer cette maudite relique. Une fois le Dieu bien loin de son système solaire, la jeune femme pourrait enfin souffler un peu et retrouver une vie aussi normale que possible. Même si elle n'oublierait jamais le mois qui venait de s'écouler… Ni même le Dieu, Loki…

Tout en tournant dans la rue qui rejoignait son hôtel, Kathe remarqua une petite cabine téléphonique sur le trottoir d'en face. Ce genre d'objet se faisait de plus en plus rare depuis que la plupart des gens disposaient de leur propre téléphone portable. A vrai dire, c'était la première qu'elle croisait depuis des semaines !

La jeune femme ne réfléchit que quelques secondes avant de changer de trottoir et de se diriger vers la cabine. Elle avait assez de monnaie sur elle pour téléphoner à l'autre bout de la planète et il fallait absolument qu'elle prévienne sa mère.

Elle y pensait de plus en plus ces derniers temps, sa pauvre mère devait certainement être horriblement inquiète. Voilà un mois que Kathe n'avait donné aucun signe de vie à ces proches, ils devaient tous la croire morte et la jeune femme souhaitait au moins joindre sa mère pour la rassurer : elle serait bientôt de retour. Peut-être même, serait-elle libre de rentrer dès ce soir ? Il fallait qu'elle la prévienne ! Et puis, le dernier message qu'elle a laissé sur sa messagerie, il y a plusieurs semaines de ça, avait dû la faire mourir d'inquiétude…

Elle entra dans la cabine de verre et se saisit du combiné téléphonique, attendant les consignes sur un petit cadran numérique. Après avoir introduit le montant nécessaire, elle composa de mémoire le numéro de téléphone et au bout de trois essais infructueux – Dieu, que son Smartphone lui manquait ! - elle reconnut instantanément la voix de sa mère.

- Oui, bonjour.

- Maman, c'est moi.

Kathe entendit très distinctement sa mère s'étrangler de surprise à l'autre bout du fil.

- Kathe ! Mon dieu; mais qu'est ce qui s'est passé ?! Où es-tu ?!

Sa voix était presque hystérique et Kathe comprit que si elle ne la calmait pas, elle risquait de prendre le premier avion pour le Canada afin de remuer ciel et terre pour la retrouver. Bizarrement, la jeune femme ne fut pas aussi heureuse qu'elle l'avait pensé. Et en entendant la voix affolée de sa mère, elle se rappela pourquoi elle avait fui la ville, quelques semaines plus tôt.

- J'ai..., commença-t-elle, ayant du mal à trouver ses mots, j'ai rencontré un vieil ami en Alaska et on a décidé de faire un bout de chemin ensemble. Désolée de te téléphoner que maintenant, j'ai perdu mon portable et jusque-là, je n'avais pas vraiment les moyens de te joindre...

- Où es-tu, Katherine ?

Sa mère était toujours aussi hystérique, sa voix montant dans les aiguë lorsqu'elle prononça son prénom en entier, comme quand elle était petite et qu'elle se faisait engueuler après une grosse bêtise.

- Maman..., tenta Kathe mais elle se fit aussitôt coupée la parole.

- Ne me mens pas ! La police est venue me voir il y a plusieurs jours, ils ont retrouvé ta voiture abandonnée sur un parking en Alaska ! Ils ont dit que toutes tes affaires avaient été retrouvées plus haut dans la montagne ! Est-ce que tu te rends compte du sang d'encre que je me suis fait ?

Kathe pâlit, accrochée de toutes ses forces au combiné.

- La police ?, lui répondit-elle essayant de ne pas montrer son inquiétude à se mère. Mais enfin, ils se sont sûrement trompés, ma voiture est là sous mes yeux. Je ne l'ai pas abandonnée.

Mais ce mensonge ne calma pas sa mère pour autant…

- Ils m'ont montré des photos, Katherine. J'ai très bien reconnu ta voiture et tes vêtements ! Ne me prends pas pour une idiote ! Tu vas me faire le plaisir de rentrer immédiatement !

- Mais c'est du grand délire ! Pourquoi est-ce que la police a pris la peine de venir te prévenir pour une banale histoire de voiture abandonnée ?

- Il y a eu deux meurtres, Kathe ! Le soir où tu m'as laissé cet étrange message, il y a eu deux meurtres dans une petite ville d'Alaska, pas loin de l'endroit où ils ont retrouvé ta voiture ! J'ai cru mourir de peur quand ils m'ont dit que tu avais disparu ! Et puis, qu'est-ce que tu faisais là-bas de toute façon ?

-J'avais envie de prendre l'air pendant mes vacances, répondit la jeune femme, qui ne voulait surtout pas expliquer tous ses malheurs par téléphone.

- Et bien, les vacances sont finies jeune fille ! Rentre immédiatement à la maison ! Jonathan t'a cherché partout, il a dit que tu t'étais sauvée de votre appartement ! Ce n'est pas une façon de se comporter ! Mon dieu, mais comment je t'ai élevé ? Tu avais pourtant l'air d'être une jeune fille calme et voilà que tu fugues maintenant !

Mais Kathe n'écoutait plus du tout sa mère râler au téléphone, son cerveau s'étant totalement arrêté sur le prénom de son ex.

Jonathan l'avait cherché partout...

Ces simples mots la glaçaient d'effroi, et elle n'était plus tout à fait sûre maintenant, de vouloir rentrer chez elle. Après avoir digérer cette information, son attention se reporta sur la voix suraiguë de sa mère. Cette dernière n'ayant même pas remarqué son malaise.

- Maman écoute, tout va bien, lui coupa-t-elle la parole. Je suis au Canada, ok ? Si tout se passe bien, je commence à rentrer dès ce soir.

La réaction excessive de sa mère ne se fit pas attendre.

- Comment ça, si tout se passe bien ? Est-ce que tu vas enfin me dire ce qui se passe ! Et puis, qui est cet ami avec qui tu voyages ?

« Par où commencer ? » pensa Kathe tout en énumérant mentalement les mensonges les plus crédibles à lui balancer pour échapper à la morale maternelle. Si sa mère savait la moitié de ce qui lui était réellement arrivé ce mois ici, elle mourrait d'une crise cardiaque dans l'instant.

- C'est personne maman. Ecoute, je v...

Mais elle ne put pas finir sa phrase, sa mère ne lui laissait même pas le temps de s'expliquer qu'elle enchaînait déjà avec vivacité.

- C'est pour un homme; c'est ça ?! C'est pour ça que tu t'es sauvée ? Kathe, c'est n'importe quoi ! Tu as passé l'âge de fuguer pour une histoire d'amour !

- Ce n'est pas une histoire d'amour ! hurla-t-elle, sentant la colère monter peu à peu dans sa poitrine. Et ça ne le sera jamais; t'as compris !

C'était la première fois qu'elle criait sur sa mère de cette façon, et elle fut étonnée d'entendre un long silence à son coup de sang. Au bout d'un moment, sa mère finit par prendre la parole, inquiète.

- Kathe, qu'est ce qui se passe ? Je t'en prie, parle-moi. Si jamais tu as un problème, je suis sûre que Jonathan pourra d'aider. Il t'aime, tu sais et il n'a pas arrêté de t...

Kathe raccrocha violemment le combiné. Il se passa peut être deux seconde avant que sa colère n'explose pour de bon. Elle attrapa de nouveau le combiné pour le raccrocher plusieurs fois de suite, avec acharnement, ne pouvant s'empêcher de pester à voix haute, se fichant totalement des passants qui la regardaient s'exciter toute seule dans la cabine téléphonique.

- Pauvre conne ! Putain ! Mais pourquoi personne ne comprend à quel point Jonathan est un connard ?! Je le hais ce mec ! Je le hais !

Elle sortit comme elle put de la cabine téléphonique, ses mouvements rendus raides par la colère. Elle attrapa tous ses sacs rageusement, se coinçant plusieurs fois dans la porte en verre avant de réussir à en sortir, pestant toujours un peu plus sur sa vie merdique. Quand enfin, elle put prendre une grande bouffée d'air frais, elle s'empressa de sortir une clope de son manteau, cherchant désespérément une bonne dose de nicotine afin de se calmer.

Elle n'en revenait toujours pas d'avoir hurlé sur sa mère de cette façon, ni de lui avoir raccroché au nez. Mais il faut dire qu'elle l'avait bien mérité ! Cette mère indigne qui n'était pas foutue de voir à quel point le petit-ami de sa fille était une ordure. De tous les proches de Kathe, sa mère était celle qui la décevait le plus. Elles n'avaient jamais été très proches, surtout après le divorce qui avait brisé la famille quand elle était encore qu'une enfant. Mais Kathe lui en voulait de n'avoir rien vu de son malheur. Elle aurait dû être une des premières à remarquer sa détresse. Certes, elle n'avait jamais demandé de l'aide à qui que ce soit, mais même Pitt, qu'elle ne connaissait que depuis quelques mois, avait remarqué les traces de coups sur son corps.

Kathe tira plus fort sur sa cigarette, qui se termina bien trop rapidement à son goût, avant de se décider à rentrer. Toutes ses pensées ne l'emmenaient qu'à une seule conclusion : sa mère ne se souciait que très peu d'elle, cherchant simplement à avoir une bonne fille, tranquille et bien élevée, qu'elle pouvait contrôler.

Kathe l'avait compris depuis longtemps, sa mère était une accro au contrôle. Et elle avait contrôlé la vie de la jeune femme jusqu'à sa rencontre avec Loki. Kathe se rendit alors compte qu'elle n'avait jusqu'alors jamais été éloigné de sa mère aussi longtemps. Et elle devait bien se l'avouer, elle appréciait grandement de ne plus l'avoir sur son dos à longueur de journée. Avec cet étrange road trip, elle avait enfin réussi à couper le cordon. Elle avait changée; ne s'en rendant réellement compte que maintenant.

Et elle doutait, maintenant, de vouloir rentrer chez elle.

« Pour y trouver quoi ?» se demanda-t-elle en marchant lentement jusqu'à l'hôtel. A part sa mère, la maniaque du contrôle, rien ne l'attendait là-bas. Son père étant totalement absent, son ''ex'' petit copain la tuerait dès qu'il lui mettrait la main dessus et par dessus le marché elle se tapait un petit boulot minable et des études franchement gonflantes… Non, vraiment, rien de bien ne l'attendait à la maison !

C'est sur ces pensées horriblement déprimantes que Kathe entra dans la chambre d'hôtel qu'elle partageait avec Loki.

Quand elle croisa le regard du Dieu en passant le pas de la porte, elle fut presque ravie de retrouver cet univers étrange qui était le sien maintenant. Il fallait bien l'avouer, Loki était tombé à point nommé et la jeune femme se permit un petit sourire en pensant que ce dernier ne se douterait jamais, à quel point, il lui avait sauvé la vie.

Loki ne bougea pas d'un pouce à son arrivée, comme à son habitude. Imperturbable, il la regarda se diriger vers la petite table sur laquelle il avait posé son journal, le déplaçant in-extrémiste avant qu'elle ne balance tous ses sacs dessus. Elle ne tiqua même pas au regard sombre qu'il lui lança, elle était presque devenue immunisée contre ces regards de tueur.

- Vous voulez vérifier mes achats ? lui demanda-t-elle comme si de rien n'était.

Elle était de bonne foi, si elle voulait lui soumettre son plan pour ce soir, il fallait qu'elle face patte blanche.

- Non, ce ne sera pas nécessaire, lui répondit-il, en se replongeant dans sa lecture.

- Franchement ça doit faire au moins dix fois que vous le lisez ce foutu papier. Vous n'en avez pas marre ?

Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Voilà des jours qu'ils ne s'adressaient plus la parole et les quelques mot qu'elle avait échangé avec sa mère, sans parler du fait qu'elle avait passé la matinée avec des gens tout à fait normaux, lui avait rendu son naturel. Elle n'arrivait tout simplement plus à retenir sa langue et s'il y avait bien quelque chose qu'elle aimait faire, c'était discuter ! Même si avec Loki, c'était toujours un peu délicat de trouver un sujet de conversation qui ne l'énervait pas : projet quasi-impossible !

Un peu étonnée, elle regarda le Dieu replier le journal pour le poser sur la table, il ferma les yeux et se frotta légèrement l'arête du nez en soupirant.

« Il a l'air fatigué », se dit-elle, puis elle se rappela qu'il ne dormait jamais, ou en tout cas, elle ne l'avait jamais vu dormir, alors tant pis pour lui s'il ne tenait pas le coup.

- J'ai un plan pour ce soir, lança-t-elle, tandis qu'il se frottait toujours le visage de ses longs doigts fins.

Elle avait parlé sans trop réfléchir. Le fait de le voir enfin avoir des réactions presque humaines l'aidant grandement à garder son sang-froid face au regard interloqué qu'il lui lança.

- Un plan ? lui demanda-t-il, d'une voix un peu lasse mais qui semblait tout de même un peu amusée. Pourquoi ? Ne me dis pas que tu es toujours prête à m'aider ?

Kathe en resta pantoise, et ne trouva rien d'autre à dire que la vérité.

- Ben... ouais.

Il lui jeta un regard très étrange, et la jeune femme ressentit un léger frisson la traverser. Jusque-là, elle avait plutôt bien réussi à résister au charme du Dieu, surtout depuis qu'il l'avait traitée comme une moins que rien, alors il ne fallait pas qu'elle flanche maintenant, pas à quelques heures de retrouver sa liberté tant désirée.

- Je veux dire... C'était convenu non ? Moi, je vous aide et vous... vous ne tuez personne, ajouta-t-elle, sans être trop sûre de pouvoir compter sur la dernière affirmation.

Loki la regardait de plus en plus bizarrement, ne semblant pas tout de suite comprendre le sens des mots de la jeune femme. Elle avait pourtant parlé clairement mais il semblait réfléchir intensément tout en la fixant de ses yeux de glace, cherchant dans son regard la vérité. Comme il ne bougeait toujours pas, elle décida d'insister.

- Vous pouvez me faire confiance. On va simplement à cette réception comme convenu, on attrape le docteur Richard, on lui demande « gentiment » où se trouve la relique. Ensuite, vous la récupérez et vous quittez cette planète. Ce n'est franchement pas compliqué !

- Pourquoi ferais tu tout cela pour moi ? lui demanda-t-il.

Il était suspicieux maintenant, doutant qu'elle veuille réellement l'aider.

- Tout ce qui m'importe c'est que vous quittiez ma planète, sans massacrer personne au passage. Le reste, je m'en fiche complètement. Enfin de compte, je fais une bonne action en vous aidant; non ? Même si c'est vous le méchant... Vous le faites vachement bien d'ailleurs... lui répondit-elle avec un naturel qui les étonna tous les deux.

Loki la regarda de travers mais ne put empêcher son éternel sourire en coin se dessiner sur ses lèvres fines. La jeune femme se rendit compte alors que ce sourire lui avait manqué ces derniers jours, et elle s'en voulut de le prendre autant en pitié. Il demandait simplement à quitter la terre, qui pourrait le lui reprocher ? Mais avant de se laisser éblouir ainsi par les dents blanches et bien droites du Dieu, il fallait qu'elle soit sûre d'une chose.

- Par contre mon aide à un prix, lança-t-elle d'une voix dure. Vous devez me promettre de ne pas tuer le docteur Richard, même s'il vous énerve. Et je veux que vous restiez à côté de moi, quoi qu'il arrive.

- Je suis capable de me contrôler, tu sais, dit-il, paraissant surpris de se faire ainsi sermonner. Je te le répète encore une fois, les vieux de l'autre fois ne sont pas morts. Ils ont peut-être même déjà décongelés, donc pas la peine de me chaperonner.

- Je ne parle pas de ces pauvres gens. Quand nous étions à l'université, vous avez fait exprès de m'abandonner à l'extérieur pour aller tuer le professeur Selvig. Je n'ai aucune confiance en vous. Non seulement, vous avez encore tué un humain de sang-froid, et en plus, j'ai failli avoir de gros problèmes en me retrouvant toute seule. Plus de coups fourrés, ok ?

- Selvig est mort ? lança Loki surpris.

- Ou...oui, bégaya Kathe qui avait un peu de mal à comprendre. Mais vous l'avez tué, non ?

- Désolé de te décevoir ma chère, mais ce meurtre-là n'est pas de moi.

Loki ne mentait pas, Kathe pu le voir quand son air devint très vite sérieux. Quelque chose semblait embêter profondément le Dieu dans la mort du professeur.

- Mais alors qui la tué ? Aux informations, ils ont dit qu'il était mort le soir où la poche de gaz a explosé sous le campus... Même si ce n'était pas vraiment une poche de gaz, hein ?

Il la regarda de travers, s'agaçant légèrement devant sa lenteur d'esprit. Apparemment, il y avait quelque chose qu'elle avait raté… Elle y réfléchit un instant, avant de trouver en frappant dans ses mains.

- C'est le monstre de fumée noire ! Lui aussi recherche la relique ! Mais comment a-t-il su où chercher ? Et pourquoi tuer Selvig ?

- Selvig a fait des expériences sur la relique dans un laboratoire secret qui était caché dans le sous-sol. J'ai ressenti tout de suite la puissance magique caractéristique de la relique s'échapper tout autour de l'immeuble, mais je suis arrivé trop tard. Tout comme notre ami, lui dit-il, sans perdre son sourire en coin. C'est un Démons des Abîmes, ils vivent habituellement au bord de l'Univers, dans sa partie la plus chaude. Ils ont été maudit par Odin lui-même, il y a de cela des siècles, et la relique pourrait leurs permettre de se libérer de cette malédiction.

- Quelle genre de malédiction ?

Kathe était de plus en plus curieuse, elle adorait quand Loki lui parlait ainsi de son univers enchanté, à des années-lumière de sa petite réalité d'humaine, tout à fait banale.

- Ils sont coincés sur leur propre planète. Au tout début du cosmos, il y avait deux grandes entités : les Dieux et les Démons. Les Dieux ont engendré la race humaine et tant d'autre dans l'univers, tandis que les Démons se contentaient de détruire toute forme de vie, aspirant sans fin l'Energie Noire de l'Univers. Il fut décidé de les exiler, eux et leur planète, dans la galaxie la plus éloignée, les condamnant à brûler dans les flammes de leur propre ignominie. La relique pourrait leur permettre d'accéder au Cube Cosmique gardé sur Asgard.

- Et avec le Cube, ils retrouveraient leurs libertés ?

Loki acquiesça d'un air sombre.

- Et si ils se libèrent, qu'est-ce que se passera ?» demanda-t-elle, un peu inquiète d'apprendre l'existence de ce qui ressemblait fortement à la description de l'enfer et de ses habitants.

- Le cosmos pourrait bien disparaître. Si les Démons mettent la main sur la relique et le cube, leurs puissances combinées leur permettraient d'aspirer la plus petite particule d'énergie existante dans tout l'univers. Tout disparaîtrait, même le royaume d'Asgard et ... ta précieuse planète.

Kathe frissonna. Elle se souvenait très bien de l'unique démon qu'elle avait rencontré, et elle ne doutait pas un instant des paroles de Loki.

- ... On risque de revoir un de ces monstres ? lui demanda-t-elle d'une petite voix, inquiète.

Maintenant qu'elle commençait à comprendre l'étendue de la merde dans laquelle ils se trouvaient, elle comprenait mieux pourquoi il avait paru l'air de plus en plus inquiet au fur et à mesure qu'il se rapprochait de Montréal. Elle regarda le Dieu se lever lentement de sa chaise.

- Je n'en sais rien. S'ils ont retrouvé la trace de la relique la dernière fois, c'est uniquement parce que le shield a fait des expériences dessus, augmentant considérablement sa portée d'ondes d'Energie Noire dans l'Espace. Je ne peux malheureusement rien faire pour empêcher une confrontation la prochaine fois que nous les reverrons.

-Bien ! Ça n'a pas l'air très compliqué. On casse la gueule aux Démons, on esquive le Shield, on récupère la relique et basta… Avec un peu de chance je ne mourrai pas ce soir !

Elle ne voulait pas croire que la confrontation était inévitable, mais elle se préparait toujours au pire avec Loki. L'humour était une bonne façon pour elle de garder un semblant de calme face à la situation. Mais tout au fond d'elle, son instinct de survie lui hurlait de rentrer chez elle au plus vite. C'est qu'elle commençait à risquer gros dans l'histoire...

Loki parut amusé, sentant la nervosité dans les propos de la jeune femme, et il lui fit un petit sourire compatissant, se penchant tout doucement vers elle.

- Ma chère, je n'ai qu'un conseil à te donner : si jamais tu te retrouves seule avec un ou plusieurs démons..., lui expliqua-t-il de sa voix la plus profonde, celle qu'il réservait habituellement pour les arguments qu'il voulait absolument convainquant. Fuis. Fuis aussi vite et loin que tu le pourras. Et ne les laisse jamais te toucher, tu m'entends ?

Son ton était ferme et il la regardait intensément, cherchant à imprimer le moindre de ses mots dans le cerveau de la jeune femme. Cette dernière était tétanisée par la peur. Elle n'était plus très sûre maintenant de vouloir aller chercher cette foutue relique.

- Mais vous serrez avec moi; n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle timidement d'une voix mal contrôlée. C'est ça le plan : rester ensemble et trouver la relique.

Le Dieu se redressa d'un coup, surprenant Kathe qui eut un léger sursaut, et il partit faire les cent pas dans la petite chambre. Tournant autour du lit, faisant demi-tour chaque fois qu'il se retrouvait face au mur, passant et repassant devant la jeune femme à lui en donner le tournis. Il semblait très sérieux en s'adressant à elle, plongeant son regard dans le sien de temps en temps pour s'assurer qu'elle comprenait bien tout.

- Même si on est ensemble, je ne peux garantir ta sécurité à cent pour cent. Si jamais, il devait m'arriver quelque chose... lui dit-il la forçant à se taire alors qu'elle ouvrait déjà la bouche pour répliquer... Si jamais il devait m'arriver quelque chose donc, tu n'auras pas beaucoup de temps pour fuir. Il faudra te fondre dans la foule pour te protéger, utilise les gens comme bouclier s'il le faut.

Nouveau regard appuyé qui ferma la bouche à Kathe.

- Et surtout ne te fie à personne. Les Démons peuvent utiliser la magie tout comme moi et ils sont particulièrement vicieux, ne te laisse pas berner par leurs belles paroles. Mais le plus important, c'est qu'il ne te touche pas ! Je suis sûre que tu te souviens parfaitement de la sensation que cela procure ?

Elle s'en souvenait très bien. Elle acquiesça vivement en hochant de la tête ne souhaitant faire aucun commentaire.

En vérité, elle se souvenait surtout du baiser qu'ils avaient échangé sous la douche ce même soir. Et elle eut bien du mal à cacher sa légère gêne tant le souvenir des lèvres froides du Dieu contre les siennes était encore vivace dans son esprit. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais le souvenir de ce tendre baiser dans la vapeur chaude de cette salle de bain occultait totalement celui plus violent qui lui avait imposé dans la cuisine.

Loki ne remarqua rien de sa gêne et continua à tourner comme un lion en cage. Kathe en profita pour poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis tout à l'heure.

- Et comment je saurais si vous êtes parti ou pas ?

Il s'arrêta totalement de marcher. Planté à quelques mètres d'elle, les mains derrière le dos, il la regarda avec tellement de douceur que le cœur de la jeune femme fondit comme neige au soleil. Il était tellement beau, bien plus beau que quand il gardait cet horrible masque hypocrite. Elle ne l'avait jamais vu comme ça, le bleu de ses yeux semblait s'adoucir ainsi que tout son visage, tandis qu'il la regardait comme elle aurait pu le regarder si elle s'était laissée faire : avec beaucoup trop de tendresse.

Mais le cerveau de la jeune femme ne s'arrêta pas sur cette étrange douceur, parce qu'elle décela autre chose que de la tendresse. Il y avait tout d'un coup énormément de tristesse qui se dégageait de cet homme en face d'elle : il la regardait comme si il la voyait pour la dernière fois. Il la caressait tout entière du regard, semblant mémoriser chaque recoin de son visage et la jeune femme ne put retenir une chaleur suffocante lui monter aux joues. Comme toujours, la voix abyssale du Dieu se perdit en écho dans tout son corps quand elle atteignit ses oreilles.

- Tu le sauras le moment venu.

Elle aurait presque pu sentir une caresse lui frôler la nuque, les paroles de Loki n'étant que douceur et tendresse tout comme son regard qui la fixait toujours aussi intensément.

Habituellement, c'était le moment qu'il choisissait pour lui sauter dessus avec violence. Une fois qu'elle était bien déconnectée de la réalité, comme maintenant. Après lui avoir sorti le grand jeu, il profiterait de ce moment pour l'attraper comme une poupée de chiffon, pour ensuite faire d'elle tout ce qu'il voulait.

Pourtant rien ne se passa.

Loki garda bien sagement ses mains derrière son dos et perdit peu à peu son sourire tendre pour retrouver celui plus espiègle qui lui était plus naturel, la dévisageant avec amusement. Mais ce qui mit Kathe encore plus dans l'embarras fut certainement l'absence totale de moquerie, elle était rouge des pieds à la tête, nulle doute qu'il aurait profité de son embarras pour se moquer d'elle. Mais il n'en fit rien.

Ne le voyant toujours pas bougé et étant totalement incapable de supporter son regard une seconde de plus, Kathe attrapa tous ses sacs sur la table et se dirigea précipitamment vers la salle de bain.

- Il... Il faut que je me prépare pour ce soir, lança-t-elle avant de disparaître derrière la porte.

Bien qu'elle sache que cela n'était pas réellement nécessaire, elle tourna le verrou de la porte. Elle jeta en vrac tous ses vêtements neufs et se précipita vers la baignoire pour faire couler l'eau avec force, ouvrant au maximum les robinets.

Elle se fichait bien de savoir si l'eau était chaude ou froide, profitant simplement du bruit de l'eau coulant avec fracas dans la cuve vide pour inspirer et expirer profondément. Reprenant tout doucement son souffle, elle tituba jusqu'au large lavabo encastré contre le mur, s'y accrochant de toutes ses forces pour ne pas flancher sous son poids. Elle leva les yeux vers le miroir accroché au mur en face d'elle, pour contempler, sidérée, son propre reflet, incapable de comprendre comment Loki réussissait à la mettre dans de tel état juste en la regardant.

Kathe se dévisagea dans le miroir : ses pupilles étaient dilatées et ses joues avaient pris de belles rougeurs. Son regard descendit un peu plus bas et elle regarda ses lèvres trembler sans qu'elle ne s'en rende compte. La jeune femme avait horriblement chaud d'un coup !

Un peu plus et elle se serait presque jetée sur lui. Mais Kathe s'étonnait également qu'il ne l'ait pas fait lui-même. Il avait pourtant été plutôt prompt à réagir les dernières fois et il était improbable qu'il n'est pas remarqué l'état dans lequel elle se trouvait. La jeune femme fit tourner le problème plusieurs fois dans sa tête tout en se déshabillant, constatant au passage une légère tiédeur entre ses cuisses même si elle refusa obstinément de l'associer au dieu.

Ce n'est que lorsqu'elle mit un pied dans la baignoire qu'elle se souvint qu'elle lui avait interdit, à jamais, de la toucher une nouvelle fois. Sur le moment, ça lui paraissait être une bonne idée, mais aujourd'hui elle regrettait de ne pouvoir avoir droit à un autre baiser divin, avant que Loki ne parte définitivement de la Terre. Elle se mit instantanément une gifle mentale pour avoir pensé à une chose aussi stupide. Loki lui avait bien fait comprendre qu'il n'aurait aucun mal à ne plus l'approcher et jusque-là il s'y était très bien attelé. Kathe savait qu'aujourd'hui il lui faisait les yeux doux parce qu'il serait bientôt séparé d'elle, il lui offrait juste un dernier regard de pitié avant de disparaître de sa vie. Il n'avait aucune considération pour la race humaine et encore moins pour elle. Elle n'avait donc aucune raison de pleurer son départ.

Seulement, la jeune femme fut bien contente de savoir que le bruit de la douche recouvrait le bruit d'un sanglot qu'elle ne réussit pas à étouffer.

Fin chapitre 10