- Yuki-kun, murmura-t-il doucement.
« Yuki, Shigure et Kyo ne sont plus»
Il vit le visage du jeune homme assis à sa gauche se décomposer et sa respiration s'arrêter, puis reprendre, d'abord lentement, avec difficultés, puis de plus en plus rapidement, beaucoup trop rapidement, il n'allait pas tarder à hyperventiler, aussi se précipita-t-il d'ajouter :
« Non Yuki, pas dans ce sens. Ils ne sont plus, mais ils ne sont pas morts, ils sont toujours vivant, c'est juste que … qu'ils … que … peut-être aurait-il mieux valu qu'ils le soient. »
Il soupira et porta ses doigts à ses tempes qu'il commença à masser douloureusement. Ses maux de tête, loin de s'atténuer, ne faisaient au contraire que s'accentuer d'heure en heure. Pas besoin de posséder des connaissances en médecine pour savoir qu'ils étaient étroitement liés à la tension nerveuse et à l'inquiétude toujours grandissante qu'il ressentait. Couplé à ça le manque de sommeil et son incapacité à garder quoique ce soit dans son estomac. En un mot ses migraines n'étaient pas prêtes de disparaître.
Mais là n'était pas son problème majeur. Pas à cet instant. Car là, tout de suite, il allait lui falloir trouver comment répondre aux questions de son cadet. Comment trouver les mots adaptés et les assembler correctement pour formuler ce qui allait certainement être une des phrases les plus pénibles et difficiles de son existence. Bon sang Shigure pourquoi n'es-tu pas là quand j'ai réellement besoin de toi. C'est toi l'homme de lettres, mon domaine à moi c'est les sciences, adressa-t-il mentalement à ce cousin par qui tout avait commencé et qui maintenant brillait par son absence. Il se savait injuste d'accuser ainsi son meilleur ami, s'il avait pu nul doute qu'il serait à présent à ses côtés. S'il avait pu cette conversation et cette problématique n'auraient d'ailleurs aucune raison d'être.
Car comment expliquer à un jeune homme plus tout à fait un enfant mais pas tout à fait un adulte non plus que ses deux cousins avaient totalement disparus, que leurs corps étaient toujours là, avec eux, mais que eux par contre …
Comment expliquer à Yuki ce que lui-même avait toutes les peines du monde à croire et surtout à accepter, même avec le recul.
Qu'il n'y avait rien qu'ils puissent faire, que c'était fini, une route différente leur avait été tracée à ces cousins qui étaient restés maudits même s'il s'agissait d'une malédiction différente, un avenir différent ou plutôt l'absence de tout avenir, un chemin dont ils ne reviendraient pas maintenant qu'il avait été entamé. Le pire des sorts. Des trois Akito avait sans doute été le plus chanceux. Non, il n'y avait pas de doute à avoir. Il avait été le plus chanceux. Car au moins pour lui c'était terminé.
Comment …
Oui, comment le dire à Yuki autrement que par des données bruts et des faits implacables.
Comment l'y préparer … comment le ménager …
Peut-être que si Kureno terminait son récit … peut-être qu'il n'aurait pas lui à entrer dans les détails … peut-être même que la souris serait en mesure de comprendre, de s'imaginer …
Non ! C'était se voiler la face. Même l'esprit le plus créatif ne pourrait imaginer pareil scénario, pareil rebondissement tortueux.
Et il ne pouvait décemment pas demander ça à Kureno … il avait déjà assez souffert comme ça. Doux euphémisme. Qui était-il pour lui demander pareille chose ?
Mais une voix claire bien que légèrement troublée par l'angoisse vint interrompre ses pensées.
Kureno.
Le jeune homme semblait partager une vision presque similaire à la sienne, sauf en ce qui concernait son rôle à tenir apparemment.
- Yuki ! fit le coq en se tournant vers le jeune homme.
« Tout s'est enchainé très vite après que la porte se soit ouverte pour y laisser entrer des gardes du corps et quelques serviteurs zélés. Une dizaine de personnes, peut-être moins, je ne sais plus. »
« Tout me parait tellement confus, comme si cela s'était produit en rêve ou dans une autre vie. »
« Une seconde j'ai vu Shigure se jeter désespérément sur Akito, comme pour attirer à lui les nouveaux arrivants, comme pour éliminer le seul témoin de ce qui venait de se passer, ce qui avait été dit et confessé, être le seul et unique coupable et porter le chapeau, et l'instant d'après Kyo qui intervient à son tour et essaye de décrocher les doigts de Shigure autour du cou d'Akito. »
« Puis plus rien. »
« En dehors d'une lumière aveuglante qui a traversé la pièce bientôt suivie d'une puissante onde de choc qui nous a terrassées.
« Quelque chose s'est produit, quelque chose de suffisamment fort pour lever la malédiction. »
Kureno s'interrompit et fixa ses mains posées sur ses genoux qu'ils ouvraient et refermaient et qui maintenant étaient animées par de petits tremblements tenus.
Kureno qui se mordillait le coin de la lèvre, clairement indécis sur la manière de poursuivre son récit. Récalcitrant aussi. Ce qui était loin de l'étonner, quand on savait ce qui allait suivre.
Mais il semblait que le destin ait finalement développé quelque sympathie pour l'homme, ou peut-être était-il tout simplement lassé de toujours le choisir pour victime, toujours est-il qu'il décida de lui accorder quelques minutes de répits en la personne d'un nouvel interlocuteur.
- Quelque chose oui, résonna derrière lui la voix grave d'Ayame qui se tenait dans l'encadrement de la porte, une partie du visage dissimulé dans l'ombre, droit, solide. Qui sait depuis combien de temps il se trouvait là à les écouter, sans bruit pour ne pas dévoiler sa présence. Ayame et silence. C'était quelque chose qu'il aurait pensé impossible jusqu'à peu. Un oxymore s'il en existait un. Mais les évènements des derniers jours l'avait forcé à modifier la définition qu'il avait du terme ''impossible'' et à remettre en question les observations et les connaissances qu'il pensait pourtant acquises.
Ayame qui montrait un nouveau visage, calme, sérieux, imperturbable quand tous parvenaient tout juste à ne pas s'enfuir pour aller se cacher, pour ne pas sombrer dans l'effroi. Ayame. Le serpent. Celui au sang froid de par son signe. Son ancien signe.
« Nous aimons penser que c'est lié à la signification de chacun des signes, que sa dynamique a été perturbée, fit Ayame en adressant un petit sourire de soutien à son frère qui visiblement était perdu au possible avant de venir les rejoindre d'une démarche souple mais non moins déterminée et de s'installer un peu à l'écart. Même lui ne pouvait se résoudre à s'assoir dans le fauteuil de Shigure situé en face de lui et à présent seul siège laissé libre.
« Le chien, le protecteur, celui qui voue une fidélité absolue à son Dieu, ce même chien qui le trahit, le renie et tente de le détruire. Et le Chat, le maudit, l'impur, qui a toutes les raisons pour se rebeller, pour le haïr et le vouloir déchu et misérable, ce même chat qui vient à son secours, qui s'interpose. »
Et Ayame s'arrêta, comme pour laisser à Yuki la possibilité de se jouer la scène dans la tête. Après quelques dizaines de secondes celui-ci hocha de la tête, autorisant par là-même la poursuite de l'explication.
- C'est ironique n'est-ce pas ? Shigure qui toute sa vie s'est entouré des maudits pour au final être seul de par son geste, et Kyo qui désespérément a voulu entrer dans le cercle, faire partie de quelque chose et qui finalement aura fait l'inverse, aura détruit ce cercle synonyme de rempart infranchissable et aura permis aux autres de le rejoindre à l'extérieur. Deux personnes, deux caractères et deux signes opposés et qui, avec leur intention diamétralement opposée, seront parvenu à s'unir dans une même destinée.
- Aya … Ayame, murmura la souris, hésitante, effrayée sans doute de la réponse qu'il allait obtenir et du même coup n'aimerait pas
« Qu'a voulu dire Hatori-Sama, que sont devenus le baka-ne … Kyo … et Shigure ? Et Akito ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Dans son siège Kureno se raidit, ce qui ne passa nullement inaperçu. Sentant le regard de tous il vit le jeune homme refreiner un frisson et une lueur de panique vint illuminer son regard. Sans doute le coq aurait préféré se trouver partout sauf ici, à devoir revivre des souvenirs qu'il ne doutait pas être pénible et douloureux.
- Je ne sais pas, Yuki. Je ne sais pas. Je ne me rappelle de rien entre la lumière et le moment où j'ai repris connaissance. Et c'était le chaos. Comme si une tempête était passée par là.
Ce qui était le cas quelque part songea-t-il.
Kureno s'était une nouvelle fois arrêté, comme pour s'éclaircir la tête même s'il était plus probable que c'était pour se donner du courage avec ce qui allait suivre. Et pour en connaitre le contenu, dans les grandes lignes, il ne le comprenait que trop.
- Des carcasses de meubles jonchaient le sol, certains écrasaient des corps brisés et désarticulés, d'autres étaient non-reconnaissables tellement ils étaient endommagés. Toutes les vitres avaient volé en éclat et des morceaux de verres étaient allés s'insérer dans des murs pourtant situés à plusieurs mètres ou … ou dans ces mêmes corps. Il ne restait rien debout, comme si tout avait été balayé par une explosion et trainé sur plusieurs mètres. »
« Le sol … le sol était jonché de débris, on ne voyait même plus les tatamis. Et tout ce rouge carmin, sur les estampes déchirées, sur les cloisons coulissantes et les paravents, sur la cire des bougies qui coulait toujours malgré l'absence de flamme. »
« Comment c'est possible ? Comment est-ce que je peux me souvenir de petits détails aussi inutiles et ne pas me souvenir du comment ? Ayame? Hatori ? »
Il ne put s'empêcher de remarquer que tandis qu'il décrivait la scène dont il avait été témoin le jeune homme se passait inconsciemment la main sur son épaule, là où il savait se trouver hématomes et contusions pour les avoir traités. Et cela l'inquiéta profondément. Ce qu'il avait quelque part redouté se produisait : Kureno perdait pied et commençait à revivre la scène, comme l'attestaient ses pupilles qui étaient de plus en plus dilatées, sa pâleur naturelle de plus en plus prononcée. Et ses traits qui se contractaient sous l'effet d'une angoisse et d'une horreur indicibles.
Avant qu'il ne puisse intervenir cependant le coq le devança, le regard flou posé sur le mur en face de lui. Il semblait à des années-lumière et non plus dans cette pièce avec eux. A cet instant ils n'existaient plus pour le coq.
- Personne ne bougeait. Personne ne criait. Il n'y avait pas un bruit. Même le vent et le tonnerre à l'extérieur avaient cessé. Le silence complet. Et je me tenais là, et tout autour de moi … Il n'y avait rien … il n'y avait rien … personne sauf des corps tout autour, des dizaines de corps. Qui ne bougeaient pas. Et pas un son, pas un cri ni même un murmure.
« J'étais entouré par la mort, tout autour de moi n'était que désolation et destruction. J'ai cru un moment qu'ils étaient tous morts, que j'étais l'unique survivant de ce carnage. Et je ne savais pas quoi faire, j'étais paralysé. Je n'avais qu'une pensée en tête : pourquoi moi ? Pourquoi y avais-je échappé ? Pourquoi ? Qu'avais-je de si spécial et qu'ils n'avaient pas pour en décider ainsi ? Et tandis que je me posai cette question je maudissais ma bonne étoile d'en avoir décidé ainsi. Car j'étais plus seul que je ne l'avais jamais été. Je devais agir moi qui de ma vie n'avais jamais eu à le faire. Et personne, personne pour m'indiquer quoi faire. J'étais paralysé, sans pouvoir faire un pas dans quelque direction que ce soit, et pas un bruit, pas un mouvement. Je me suis demandé si c'était cela être en enfer, dans le royaume d'Enma. Avais-je été jugé pêcheur, était-ce mon châtiment ? Etre témoin du martyre de mes proches sans pouvoir rien y faire, comme je l'avais fait toute mon existence mortelle durant avec Akito. D'ailleurs où était-il ? Akito ? Et Kyo ? Et Shigure ?
« Ils sont là, à quelques mètres, et je ne les ai pas vu. Pas avant de réellement les chercher. Pourquoi ? Suis-je si égoïste que cela ?
« Ils sont là, étendus, immobiles, enchevêtrés. Et pales, comme les morts. Peut-être le sont-ils ? Ils sont parmi ces autres corps, ils sont ces autres corps.»
« Akito. Son visage, il est pétrifié. Défiguré par la douleur. Et ses yeux. Exorbités. Vides. Fixant le plafond. Et du sang. Tellement de sang. »
« Du sang qui s'écoule de ses orbites. Ainsi que de ses oreilles. Et de son nez. Et son corps. Mon Dieu …. Sa peau est craquelée, elle tombe en lambeau par endroit comme si elle a été brûlée par quelques feux abominables de l'enfer. Et l'odeur est étouffante et écœurante, nauséabonde, elle donne le tournis, elle me pousse à tourner le dos et à fuir mais je ne parviens pas à détacher mes pieds du sol, ils semblent ne faire qu'un avec ce dernier. Cette odeur de friture, de putréfaction ... elle … elle … je n'arrive pas à respirer, elle me prends à la gorge, elle me brûle la poitrine, elle me ronge de l'intérieur ... Je veux partir … je veux … je veux … je ne sais pas ce que je veux … la tête me tourne … la pièce est de plus en plus sombre … mes jambes … j'ai mal … j'ai peur … je veux … je ne veux plus … que ça s'arrête … pitié … faite que ça s'arrête … »
- Kureno, ça suffit, intervint-il, pour Yuki qui n'avait pas besoin de connaitre des détails aussi sordides mais aussi pour Kureno qui semblait revivre ce cauchemar éveillé, comme en témoignait le fait qu'il en parlait au présent mais surtout parce qu'il semblait à chaque mot prononcé suffoquer un peu plus, il commençait même à tousser, des râles s'échappaient de sa gorge.
- Shigure … et Kyo … ils sont à côtés. Eux aussi sont … ils sont … Kami Sama il faut les aider … Shigure … Kyo … Ils ont besoin d'aide … mais je ne peux pas les rejoindre … je suis retombé à genou, et j'ai l'impression de disparaitre dans le sol … je n'arrive même pas à ramper vers eux … je ne peux pas et ils sont là … si près … je peux presque les toucher … mais je ne peux pas … et ils sont si … si … si immobiles … ils sont … endommagés eux aussi … détruits … leurs yeux … leurs yeux … leur visage … oh par tous les Dieux aidez-moi … faite que je me réveille … c'est juste un cauchemar … ils ne peuvent pas … non, pas eux … quelqu'un … s'il vous plait … quelqu'un …
Il se tenait maintenant à côté de son cousin et tentait de le faire revenir parmi eux en l'appelant, en le secouant par l'épaule d'abord gentiment puis de plus en plus vigoureusement.
Mais rien n'y faisait.
Kureno était parti trop loin et il n'y avait aucun moyen de l'y atteindre.
Une couverture trainait sur un fauteuil qu'il s'empressa d'entourer autour du coq qui devenait de plus en plus pale, de plus en plus froid aussi à en juger par les frissons glacés qui parcouraient son corps. Il entrait en état de choc. Doublé d'une attaque de panique. A ce rythme très vite il ne parviendrait plus à respirer librement. Il y avait urgence.
- Ayame ! Prépare-lui une tasse de thé. Maintenant, ordonna-t-il, le professionnel en lui reprenant ses droits. « Yuki, retires-lui ses chaussures puis tu m'aideras à l'allonger»
Et sans attendre de voir si ses directives étaient suivies il se précipita vers l'entrée où il savait avoir laissé sa sacoche qui heureusement ne le quittait jamais.
Quand il revint quelques secondes plus tard il vit que Yuki avait su anticiper ses attentes. Kureno était maintenant étendu, les jambes légèrement surélevées, la couverture recouvrait l'ensemble de son corps et il lui parlait à voix douce en lui tenant la main. De là où il se trouvait il ne pouvait entendre les mots, pas sûr que Kureno puisse les comprendre non plus mais l'intention était là.
Ce qui lui laissait le champ libre pour faire ce qu'il avait à faire. Après avoir vidé le contenu de son sac sur la table, il n'avait pas de temps à perdre avec l'ordre et la méticulosité, il trouva les ampoules au liquide ambré qu'il cherchait et avec des gestes économes et habiles en prépara une seringue.
- Essaye de le maintenir le plus immobile possible Yuki. Il risque de se débattre comme un beau diable! » Et sans attendre il planta l'aiguille à travers les vêtements de Kureno qui, comme il l'avait prédit se mit à se contorsionner, cherchant inconsciemment à s'éloigner de cette nouvelle source de douleur. Son cousin n'avait toujours pas émergé de ses sombres souvenirs. Pire, il semblait s'y enfoncer davantage, et la brulure cuisante qu'il savait être provoqué par son produit n'allait pas arranger cet état de fait, comme en témoignait les gémissements qu'il poussait et qui très vite se transformèrent en cris de douleur et de terreur, en supplications déchirantes. « Arrêtez … pitié … arrêtez … j'ai mal … laissez-moi … ayez pitié … j'ai mal, ça brûle tellement …» Ce n'était plus seulement Akito qui était en proie aux flammes cette fois.
- J'ai fini, adressa-t-il à Yuki qui le regardait les yeux emplis de larmes, le suppliant d'arrêter-là cette nouvelle forme de torture.
- Est-ce que … est-ce qu'il va aller mieux ? demanda la souris sans quitter le du regard.
- Oui. Le calmant que je viens de lui administrer devrait agir assez vite. Il sera fatigué, et confus, mais il va aller mieux.
- Non, je veux dire …
Et il poussa un soupir. Il savait ce que le jeune homme voulait réellement savoir. Il savait aussi la réponse qu'il aimerait avoir à lui donner. Celle que Yuki voulait par-dessus tout entendre, celle qui redonnerait à tous un peu d'espoir, de stabilité. Mais il ne pouvait s'y résoudre. Ce serait cruel, pour Kureno, pour Yuki, pour Ayame qui il le savait ne perdait rien de ce qui se passait ici. A quoi bon les induire en erreur sous prétextes de les ménager, il n'avait aucun moyen de dissimuler la vérité de toute façon.
- Il ne s'en remettra jamais vraiment Yuki. Toute sa vie il a vécu auprès d'Akito et même s'il n'aimait pas l'homme, même s'il le détestait, Akito est tout ce qui a habité ses journées, il est tout ce qu'il connaissait vraiment de ce monde. Et Kyo et Shigure. Non il n'oubliera jamais, il a vu et a vécu quelque chose de vraiment horrible, imagine il a cru être le seul à survivre, il était seul dans les ténèbres où il ne régnait que mort et destruction pendant des heures. Il arrivera un jour à mettre de la distance, à dépasser cela. Ou alors il deviendra fou et il se fermera à ce monde à jamais, il ne saura plus distinguer le vrai du faux, le cauchemar de la réalité. Il sombrera Yuki, et il n'y aura rien que nous pourrons faire alors. Il est tout seul dans cette lutte avec lui-même. Encore une fois. La seule chose que nous pouvons faire maintenant est resté avec lui, le soutenir, lui apprendre ce qu'être une vraie famille signifie. Il va nous falloir être uni Yuki, pour lui mais aussi pour Kyo et Shigure. Il va nous falloir apprendre à vivre et à travailler ensemble, à pardonner et à nous pardonner. Sinon il n'y a aucun espoir, pas pour eux et peut-être pas pour nous non plus.
Kureno avait enfin cessé de se débattre, mais ses lèvres continuaient à s'ouvrir et à se fermer, incapable de formuler les mots qui s'y formaient, le simple fait de respirer lui semblait être extrêmement douloureux comme en témoignait son souffle court et saccadé, si irrégulier que ça en était pénible pour ceux qui en était témoin.
Il s'agenouilla aux côtés du jeune homme et lui déboutonna les deux premiers boutons de son col. Il pouvait entendre Ayame s'activer dans la cuisine. Yuki lui s'était redressé et se tenait maintenant de l'autre côté de la salle, appuyé contre le mur, ses yeux hypnotisés par le mouvement de sa main qu'il passait dans les cheveux de son patient pour le calmer, pour lui permettre de se raccrocher à quelque chose de concret. Ses cheveux étaient collés à son front par la sueur alors même que sa peau était glacée. Ses yeux semblaient incapables de rester immobiles et virevoltaient dans tous les sens, mais au moins ils avaient perdu en désespoir et en horreur. Malgré les apparences Kureno allaient mieux. Pour le moment. Il n'avait pas mentit à Yuki. Un dur travail attendait le coq. La crise de panique qu'il venait d'avoir n'était malheureusement que la première d'une longue liste à venir.
Il sursauta légèrement lorsqu'une tasse de laquelle s'échappait un doux arôme de fleurs de cerisier apparue dans son champ de vision. Ayame se trouvait au-dessus de lui, un plateau sur laquelle reposaient trois autres tasses identiques dans les mains, un sourcil levé, interrogatif, une demande à laquelle il répondit négativement.
- Mon stéthoscope ! demanda-t-il simplement à la place en se saisissant du récipient qu'il posa à côté de lui.
Il aurait pu se contenter de presser son index contre le poignet du coq pour obtenir les informations dont il avait besoin mais cela avait un côté rassurant, le son d'un cœur qui bat, aussi irrégulier ou anarchique soit-il. Lui non plus ne voulait pas être entouré de silence.
Le cœur allait bien constata-t-il quelques instants plus tard. La vie poursuivrait donc un peu plus son cour à travers le jeune homme. C'était rassurant.
Après avoir posé son stéthoscope il releva la tête vers Kureno et fut surpris lorsque ses yeux croisèrent ceux effrayés mais conscient de ce qui l'entourait et de qui l'entourait.
-Hatori
- Ne parle pas pour le moment. Ayame aide moi à le redresser veux-tu.
Et avec l'assistance du serpent il joint le geste à la parole. Il avait l'impression de manipuler un enfant sans aucune force. Le jeune homme était épuisé comme en témoignait ses yeux qui commençaient à se fermer.
- Kureno, l'appela-t-il en le secouant doucement. « Pas tout de suite, poursuivit-il quand il fut certain d'avoir son entière attention.
« Tu dois d'abord te réchauffer » et il lui porta la tasse fumante aux lèvres.
Les minutes suivantes passèrent ainsi. A plusieurs reprises il dut le rappeler à lui. Quand enfin il vit réapparaitre des couleurs sur les joues de Kureno et sa peau reprendre une température plus convenable il l'aida à se rallonger. A peine son cousin reposa la tête sur le coussin qu'il s'endormit.
Il ne savait combien de temps il était resté là ensuite à le regarder assoupi, hypnotisé, comme si le quitter du regard l'aurait fait disparaître ce qui était illogique il en convenait mais la peur n'était pas une entité à s'enticher de rationnel.
Lorsqu'il se remit debout ses genoux craquèrent et ses articulations protestèrent contre ce traitement. Il n'allait pas échapper aux contractures qui allaient s'en suivre.
Il se passa une main dans les cheveux, une lourde lèche se repositionnant naturellement devant son œil éteint, et il soupira avant de se retourner vers les deux autres hommes qui s'étaient agenouillés devant la table chauffante où ils buvaient leur thé et tentaient de dissimuler leur inquiétude par une fuite du regard même si leurs mains un peu trop crispées autour du récipient témoignaient du contraire. Ces deux-là … ils étaient vraiment frères, malgré les contestations du plus jeune pour du contraire.
- Je crois que nous avons encore des explications à fournir, autant en finir.
.
A suivre.
Imthebest: je suis contente que le chapitre précédent t'ai plu, je vais faire le maximum pour que ça continue et j'espère que tu n'as pas été déçue par celui-ci. "N'empeche, si Kyo et Shigure sont morts, comment il a fait Kureno pour s'en sortir ?" Excellente question de ta part, tu n'as pas encore eu la réponse complète à celle-ci mais ça ne saurait tarder. Déjà tu sais que ni Kyo ni Shigure ne sont morts ^^
C'est bizarre comment ce chapitre s'est construit. Je n'ai pas traité du quart de ce que j'avais initialement préparé. Au lieu de ça la situation de Kureno s'est présentée d'elle-même sans que je puisse faire quelque chose. Mes doigts se sont activés et voilà. J'espère que vous avez quand même aimé et que vous aurez la patience d'attendre pour connaitre ce qui s'est réellement passé pour Kyo et Shigure (sinon vous pouvez me mp et je vous donnerez quelques micro spoils).
Pour ce qui est de Kureno vous l'aurez peut-être compris mais c'est un personnage que j'apprécie beaucoup, il figure même dans mon top cinq (1- Kyo 2- Shigure 3- Yuki 4- Hatori et enfin 5 donc- Kureno). C'est un personnage que la mangaka a laissé enveloppé d'un doux mystère. On le connait peu, on a que les grandes lignes, mais il semble si humain, si compatissant alors qu'il a vécu en reclus. Je sais pas mais quelque chose m'attire dans ce personnage.
Alors voilà je le fais mettre de ce chapitre de manière indirect et autre que par POV.
… merci de l'avoir créée.
