Bonjour tout le monde!

Je ne devrais pas publier, c'est les examens toussa toussa, mais franchement c'est bien plus marrant d'écrire et de discuter avec vous. Voilà pour ça, du coup je poste la suite!


Merci sidéral à

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Leolili

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maraille

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Swangranger

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Dominaing

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loupa4

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Marion4020

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Vous êtes de plus en plus nombreux à laisser des reviews, à mettre en fav/alert, et c'est très motivant!

Bonne lectureee


Chapitre 9

Vulnerant Omnes, Ultima Necat


Mercredi 3 Janvier

Horrible journée

Si le voyage avait bien commencé, le retour à la réalité lui était une autre paire de manches.

Retrouver Ron avait été un enchantement : après des mois à discuter par écrans interposés, la perspective de se mettre à jour pendant le vol avait été réjouissante. Réjouissante, et…illusoire vu l'état de fatigue dans lequel elle était: fatalement, Morphée s'était interposée et l'avait cueillie, mettant un terme à ce plan d'allure si prometteur. Et pour une fois, Ron s'était comporté en gentleman : il l'avait laissé somnoler gentiment sur son épaule, la recouvrant de sa veste quand ils étaient à une trop haute altitude, et la réveillant sans la brusquer à l'atterrissage. Elle était confuse, et désolée d'avoir manqué une opportunité de bavarder avec lui, mais il l'avait rassérénée assez facilement : il ne prévoyait pas de partir avant longtemps, et avait proposé de planifier un dîner chez Seamus dès ce week-end. Peut-être même, avait-il ajouté malicieux, pourraient ils se croiser avant: New-York n'était-elle pas une grande ville?

Et donc après une dernière accolade, elle avait sauté dans le taxi, ravie et reposée, prête à retrouver son chat et son petit loft que la concierge avait fait chauffer spécialement pour son arrivée (cette femme était une vraie mamie pour l'immeuble) et surtout, disposée à attaquer n'importe quel défi au travail le lendemain. Tiens, parlant de boulot…Elle s'était coupée numériquement de tout pendant ses vacances, alors bien sûr, en allumant son téléphone elle eut une ou deux petites surprises… Un message de Tom, ça c'était entendu. Elle le lirait plus tard, pour l'heure ce sont les messages de Pansy qui l'intéressent et pour cause : sa première journée de l'année ne commencera pas à neuf heures trente comme d'habitude, mais exceptionnellement à huit heures. Quand elle pensait profiter d'une longue nuit pour se remettre du décalage horaire : non. C'est donc un peu plus maussade qu'elle avait renoncé à déballer sa valise ne préparant que le strict nécessaire pour le lendemain, et avait pris le parti de se détendre avec Pattenrond, sans aucune hâte concernant la reprise à venir.

Horrible journée

Contre toute attente, Ron aurait peut-être mieux fait de la réveiller en fait : sa sieste et le jetlag firent qu'à la place de la longue nuit de repos qu'elle s'était figurée, elle avait à peine dormi trois heures. En se levant le ciel était noir d'encre et il neigeait à gros flocons, entrecoupé ça et là de pluie verglaçante. Elle avait soupiré et quelques heures plus tard, tant bien que mal elle alla franchir les portes du bureau…


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-Il entre dans la surface de réparation…

-Oui, oui…Allez tire ! Mais t'attends quoi tire y'a personne c'est le moment et…OUIIIII ! OUIIIIIII ! !

-Dit on peut savoir pourquoi tu te sens obligé de nous faire ta danse de la joie à chaque fois qu'il y a un but ? D'ailleurs c'est quoi ce match ? Je ne savais pas qu'il y en avait un aujourd'hui…Attend la France gagné ? Contre le Brésil ?

-BUUUUUUUUUUUUUUT ! OUIUOUIUOUIIOUIIIIIII !

-Qu'est ce que tu racontes ? Remets ton tee-shirt et calme toi c'est…

-Musiiiiiiique, La la la la laaaaaaa la la la la la laaaaaaaaaaa I will surviiive…

-Bon allez maintenant ça suffit, je confisque ta cassette de la finale de 98 ! T'es plus du tout lucide quand il s'agit de foot…ET je prends celle de l'euro 2002 aussi…

-Quoi ? Mais arrête ! Tu comprends pas : je suis un fan, j'ai le droit de rêver un peu, je le revendique même !

-Et les voisins ont droit de revendiquer le droit de dormir ! Allez !

Alicia Spinnet et Olivier Dubois, Dubois l'addict soutient son équipe favorite…allez les bleus !


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-Bonjour, bonjour, Hermione ! La salua Zacharias, fringant dans un costume en imprimé zèbre que lui seul pouvait porter. J'accessoirise tout le monde aujourd'hui ! Accessoire ?

Ce faisant, il l'affubla de lunettes à grosse monture carrées, jumelles de celles qu'il portait sur le nez.

-Il n'y a pas de verre, précisa-t-il inutilement en passant son doigt à travers le polygone. J'en ai commandé une paire par employé, voici les tiennes, fais-donc voir…

Il examina le visage de la brune, d'un œil aussi critique d'expert.

-Mmmh…Frais.

-C'est de moi que tu parles ? Bailla-t-elle, pensant à son teint blafard et à ses yeux bouffis. Et pourquoi est-ce qu'on vient de si bonne heure, d'abord ? Râla-t-elle, voyant une Pansy toute pimpante et vêtue de fourrure faire son entrée à son tour.

Il haussa les épaules, serein comme toujours.

-Draco voulait commencer les essayages au plus tôt. La Saint-Valentin est proche, c'est le moment de faire valoir le couple.

-Passé d'agréables fêtes ? Louvoya-t-elle, tandis qu'ils avançaient ensemble vers l'antre de la bête.

-Mi-travail, mi-familial, soupira Smith, saisissant un linteau débordant de manteaux pour examiner les tissus. Travaillé sur le prochain numéro, ait pu arracher pour quelques heures à ma harpie d'ex-femme les enfants…

-Tu as des enfants ? Sursauta Hermione, prise au dépourvue.

-Deux filles. Jumelles, précisa-t-il, rayonnant de fierté. Lilwenn et Rozzen Zeller-Smith, elles ont cinq ans. On les a eu au bout de notre deuxième année de mariage, juste après que Draco m'ait proposé de venir l'aider à prendre la tête du magazine- ce qu'il faisait un an plus tard. C'était merveilleux, à ce moment là, et puis…

-Et puis…

Zac eu un soupir résigné, et son regard toujours calme et distrait, pour la première fois se fit distant.

-J'ai vraiment mis toute mon âme pour aider Malfoy à faire de ce magazine l'entreprise colossale qu'il est aujourd'hui. Je travaillais tellement qu'à la fin, je ne voyais plus tellement Rose…et un beau jour, je suis tombé par hasard sur elle, en compagnie de ce type

Il eut un reniflement méprisant qui ne lui était pas coutumier.

-Enfin, c'est du passé maintenant, fit-il redevenant lui-même.

-Attend une minute, articula doucement son interlocutrice, tu veux dire que tu es là…même pas depuis le fondement…depuis bien avant ?

Il la regarda, interrogateur, clignant des yeux derrière ses immenses lunettes.

-Mmh…eh bien, oui ? Tu ne savais pas ?

-Demande humblement cours de rattrapage sur l'histoire de la société, murmura Hermione. La pensée que Pansy fut plus au fait qu'elle sur ce genre de détail ne lui était pas agréable, pas du tout.

-Accordé…dès qu'on aura cinq minutes, répondit Zac avec un clin d'œil.

Malfoy en effet, venait de faire son entrée. Toisant le monde dans un ensemble immaculé, il traînait derrière lui une foule incroyable : mannequins, photographes, personnel portant des décors en carton pâte, accessoiristes portant des caisses crevant de vêtements…Avec ça, l'étage fut vite plein à craquer.

-A ta tête, je dirais que tu ne t'attendais pas à cette cohue, interrogea gentiment son collègue.

Il se mouvait entre les personnes saluant à gauche à droite avec une aisance et un naturel parfait, de sa démarche tranquille de vacancier égaré.

-On ne fait pas les essayages directement au studio ? S'enquit-elle.

-Au studio ? Je crois bien qu'il n'y est jamais descendu. Tu vois vraiment Draco se déplacer ? Plutôt que cela, il préférera déménager toute la maison.

Spontanément, ils se trouvèrent à emboîter le pas du jeune homme, déjà en grands conciliabules avec Pansy concernant l'organisation de la journée. Il les salua d'un bref hochement de la tête, et enchaina sans transition sur son objectif du jour : commencer l'année, et pour cela démarrer fort. Hermione le scruta avec attention tout le long de son discours. La dernière fois qu'elle l'avait vu ils étaient dans un tout autre cadre, et il lui semblait que c'était une toute autre personne : plus détendue, sans pression extérieure. Revenu à New-York, ses traits étaient tirés et il avait l'air bien plus nerveux, et particulièrement fatigué à en juger les cernes qui se creusaient sous ses yeux.

Mais il était à peine huit heures, et même si elle était curieuse, pas question de compatir. Pas tant que je n'aurais pas eu la certitude qu'il a dormi au moins aussi peu que moi.


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Horrible journée.

Hermione reviendrait volontiers sur son jugement : finalement, les essayages se passaient relativement bien. Et la première bonne surprise venait de son employeur.

-Pansy, à la maquette, avait-il indiqué à sa première assistante qui n'avait pas besoin de plus pour connaître quelle serait sa mission ce jour-là. Granger…Prend un siège et tend l'oreille : tu seras mon regard scrutateur pendant les négociations avec les fournisseurs.

Étonnée, mais néanmoins ravie d'avoir l'opportunité d'apprendre quelque chose de nouveau, elle avait passé la matinée installée sur le même bureau que lui, crayon en main et glissant de temps à autres des remarques par écrit à Malfoy, discutant des propositions faites entre chaque représentant reçu. Elle ne s'y attendait pas, mais Draco était resté très professionnel : aucune méchanceté, aucune provocation n'avait encore été lancé à son égard. Tant mieux : même si elle ne se faisait pas d'illusion, pour l'instant il était trop occupé…Et quand il reviendrait à la charge…

Le travail était éreintant du fait de la pluralité des tâches et de leur rythme soutenu, mais elle trouva en son patron un travailleur au moins aussi acharné qu'elle. Midi approchant à grand-pas toutefois, elle sentait son énergie diminuer et réclamer une pause pour recharger ses batteries. Ils étaient au beau milieu d'une estimation financière quand sa collègue entra, venant lui fournir le parfait prétexte :

-Draco…Draco s'il-vous-plaît, il faut que je vous parle c'est urgent…

Pansy tenait le téléphone d'une main et couvrait le micro de l'autre (signe qu'elle ne voulait pas que son interlocuteur qui soit-il n'entende les propos qu'ils allaient échanger). Elle avait l'air mortifié, comme appréhendant la réaction de Malfoy.

Qui ne la reçut pas aussi sèchement qu'on aurait pu le croire :

-Eh bien ? interrogea-t-il, sourcil arqué.

Elle jeta un coup d'œil éloquent à Hermione, qui comprit que sa présence cruciale toute la matinée, risquait désormais d'être de trop.

-Je vais aller déjeuner, fit-elle en haussant les épaules.

Et son estomac gargouillant n'était pas mécontent de cette interruption pour tout dire. Autrement, je crois qu'elle se serait un peu énervée d'être tenue à l'écart…quoique…hiérarchiquement, Pansy n'était-elle pas sa supérieure ? Elle en était là de ses réflexions, et prenant sa veste et son portefeuille emprunta le couloir en direction des escaliers en vue de descendre à la cafétéria (au rez-de-chaussée), où à cette heure-ci elle retrouverait certainement comme ils en avaient l'habitude, Zac, au moins pour quelques minutes avant qu'il ne s'en retourne à son emploi du temps débordé. Ce qui me laissera le temps de passer au kiosque à journaux il y a une revue que j'ai très envie d'acheter et qui devrait déjà être sortie, songea-t-elle.

Arrivée à mi-chemin, un fracas inattendu dans les escaliers bien des marches plus haut l'interpella : le bruit de quelqu'un qui descend à son tour et qui semblait être très, très pressé.

-Hé, Granger !

Quoi, déjà ?

Bien sûr. C'était trop beau pour durer…

-Au cas où tu n'aurais pas compris la première fois : je m'en vais déjeuner. Maintenant ! Asséna-t-elle, descendant à son tour plus vite.

S'ensuivit une espèce de course poursuite, sans queue ni tête pendant laquelle Draco une veste dans la main et ses clefs de voiture dans la bouche, dévalait l'escalier pour espérer rattraper la brune qui de son côté, mettait toute l'énergie qui lui restait dans ses jambes pour ne pas avoir à subir ce qui s'annonçait d'emblée comme une rallonge de dossier à traiter, alors qu'elle avait vraiment besoin d'une pause. Sauf que voilà : Malfoy a des jambes plus grandes que les siennes, et il a tôt fait de la rattraper.

-Grrrrraaaangeeeerrrrrr, se plaignit-il, posant une main sur son omoplate et reprenant ce ton insupportable de diva capricieuse qu'il avait pourtant fait l'effort de quitter ces dernières heures.

Sentant qu'elle venait de perdre, un peu honteuse de leur attitude de gamins jouant à chat dans la cour de récré, elle consentit à se retourner – alors qu'elle était presque arrivée sur le perron - c'est-y-pas une misère ça ! - pour contempler son patron courbé en deux, une main sur le flanc et l'autre tentant de dompter les mèches de cheveux qui s'étaient évadées pendant sa cavale. Il avait le souffle court, les joues roses, et…une espièglerie inqualifiable dans le regard.

Méfiante, elle se résolut à contre-attaquer :

-Tu es impossible Malfoy Junior, si tu tiens absolument à voir un de tes caprices assouvis demande à Pansy ou à un autre membre du bureau pour qui ce n'est pas encore l'heure de pause : tu m'as suffisamment exploitée comme ça aujourd'hui, je suis épuisée et j'ai besoin d'un solide repas avant d'être capable de te supporter encore trois heures.

-Déjeuner tu dis ? Enfin Granger, mais qu'est-ce que tu crois ? S'exclama-t-il, faussement outré.

-Que tu es un esclavagiste en puissance ? Mima-t-elle.

-Voyons si je suis encore esclavagiste après ça : moi aussi je vais déjeuner Granger, et c'est ton jour de chance parce que le généreux et sublime rédacteur-en-chef que je suis t'invite.

Ce qui la laisse bouche bée. Pour la proposition ou l'orgueil de son patron, je n'en sais rien…Toujours est-il qu'elle était bouche bée. Et je dis proposition mais en fait c'est assez inexact : le ton de Malfoy était catégorique, du genre qui ne souffre d'aucune équivoque ni contestation possible. Et Draco profita évidemment de ce moment de stupéfaction de sa part pour la saisir par le bras et la traîner- avec un air de déjà vu- un étage plus bas, dans le parking sous-terrain où était garé son véhicule personnel.

Une fois assise sur le siège en cuir de l'habitacle, seulement là elle retrouva l'usage de sa voix, et sa réplique l'étonna malgré elle, son estomac paraissant avoir pris le contrôle de son corps et de son cerveau :

-Je veux manger italien.

Cela le fit sourire…un quart de secondes.

-Tout ce que tu voudras, Granger, répondit-il, levant les yeux au ciel et secouant la tête dans un mouvement exagéré. Tout ce que tu voudras.

Sa réponse surpris la jeune fille, mais pas autant qu'elle le surprit lui-même.

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Pendant ce temps, au sommet du building…

-…Draco aurait adoré vous recevoir en personne Docteur, il me disait encore il y a quelques jours (au téléphone bien sûr, sa pathologie est contagieuse mais il est tellement perfectionniste) quel éminent spécialiste des thérapies de couple vous étiez et à quel point il se réjouissait de votre participation au dossier spécial Saint-Valentin…

-On dit que c'est un charmant garçon, approuva Elphias Doge, bombant le torse de fierté à chaque couche de brillantine que rajoutait Pansy sur sa réputation, et je me réjoui tout autant de collaborer avec vous : vous avez tellement de lectrices ! Autant de clientes potentielles pour mon cabinet et…euh, enfin je veux dire, d'opportunités pour ces couples en crise de trouver une solution à leurs soucis quotidiens. Aider les amoureux, c'est ça, c'est tout à fait ça.

Pansy le gratifia d'un sourire enjôleur qui mettait une pointe de douceur sur ce joli minois et ne manqua pas de faire glousser le psychanalyste de contentement.

-Alors c'est entendu, hein ? ma petite. Puisque vous êtes là, c'est vous qui serez notre point de contact entre mon cabinet et votre entreprise.

Il déposa une petite carte contenant ses coordonnées.

-A très vite, merci encore de nous avoir reçus quand même. J'espère que Monsieur Malfoy se remettra bien vite de cette terrible grippe aviaire…ah, ces jeunes ! Allez, fiston : allons maintenant, nous avons une réservation au Chaudron Baveur avec Reg qui doit déjà y être.

Il hocha plusieurs fois la tête en souriant, puis pris tranquillement la direction de l'ascenseur, emportant dans son sillage un Ron Weasley plus que déçu, scrutant anxieusement les alentours dans l'espoir d'apercevoir Hermione.

Quand les portes de métal se refermèrent, elle n'était nulle part : mais les yeux perçant de Pansy les suivaient partout.


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Qu'est-ce que…mais qu'est-ce qui se passe, avec cette cuisine ?

-Oh, Lily, déjà rentrée ? Avec Sirius on a voulu préparer le repas, pour te faire une surprise !

-James, mon chéri…commença Mrs Potter, d'une voix légèrement chevrotante.

-On a essayé de faire comme toi, mais…

-…lais apparemment, le bicarbonate de soude et les autres éléments chimiques n'étaient pas des plus recommandés pour la sauce, acheva Black, raclant l'espèce de pâte gluante accrochée à sa semelle.

-Des pâtes, James… comment as-tu pu rater la cuisson d'un simple plat de PÂTES ?

Lily s'en fut, claquant la porte, laissant son mari penaud. Sirius se mit soudain à s'étrangler de rire.

-James, mon vieux, est-ce que…est-ce que tu peux me rappeler ton métier ?

-Ben, pour l'instant j'étudie encore pour devenir un grand expert en psychopharmacologie …il y a quoi de drôle ?

-Tu n'as pas encore ton diplôme en théorie, mais là, Lily…

-Lily ?

-Elle vient de te fournir le diplôme…de psycho-pâtes !

-…

-Pwhahahahahaha !

Garçon d'honneur, Sirius Black, James et Lily Potter. Un long plat de fiançailles.


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Ristorante I Fiori

-Pourquoi…

-Pourquoi est-ce que je me retrouve dans un restaurant avec toi en train de me demander si je dois opter pour les tagliatelles au saumon avec crème fraîche ou pour les lasagnes aux épinards que j'affectionne particulièrement ? Je ne sais pas Malfoy, mais laisse-moi me concentrer : au cas où tu ne l'aurais pas remarqué…l'heure est grave, le dilemme Cornélien.

Et elle se replongea dans le menu, dissimulant son visage à la vue du blond à qui cette tirade venait sans le vouloir, lui arracher un sourire franchement amusé.

-Le plat du jour pour moi, commanda-t-il une fois le serveur venu s'intéresser à leur table.

-Et pour Madame ? S'enquit l'homme, stylo en l'air prêt à fendre le papier.

-Mademoiselle, corrigea-t-elle sèchement.

Elle n'avait aucune envie de passer pour Madame Malfoy.

-Carpaccio de bœuf avec copeaux de parmesan, annonça-t-elle.

-Nous y voilà : ça t'aurais écorché la bouche, pas vrai ? De dire : « je vais prendre la même chose que Monsieur » ? Une partie de moi à envie de saluer ta lucidité concernant le choix du plat du jour, mais une autre songe sérieusement à te faire passer par la fenêtre.

-Malfoy j'accepte de manger avec toi : il n'y avait rien dans notre contrat oral concernant la conversation.

-Contrat oral, mmh ? répéta-t-il, arquant un sourcil. Attention aux expressions que tu utilises Granger : nous sommes dans un lieu public, et c'est dangereusement tendancieux…

-Seulement pour les esprits mal placés, répliqua-t-elle avec une moue. Estime-toi heureux que je ne te fasse pas une scène dans ce même lieu public, parce que ce que tu m'as fait relève littéralement du kidnapping…

-Comme si j'étais un serial killer, soupira-t-il, se concentrant désormais sur la carte des vins.

-…du rapt, de l'enlèvement même…

-Et revoilà la mythologie qui s'en mêle, ricana-t-il, hautain. Dois-je te renommer Sabine le temps du repas ?

Elle renifla d'un air méprisant.

-Tu n'as rien d'un Romulus, constellation Draco, onis, marmonna-t-elle.

Il lui lança un drôle de regard.

-Quoi ? Se défendit-elle.

-Rien, Granger, rien. Je ne t'ai même pas complimenté sur tes magnifiques lunettes, asticota-t-il, sarcastique. Monture noire, chemise noire…c'est un remake, Dona Elvire ?

-Pour que je sois Dona Elvire il faudrait implicitement qu'on me trouvât un Don Juan. J'ignore celui à qui tu faisais référence Malfoy, mais qui fut-il, c'est tout sauf flatteur pour sa personne : on sait comment l'histoire se termine. Et par ailleurs, je tiens à signaler à l'homme en question, au cas où il nous écouterait, que je n'ai rien d'une Elvira classique et désespérée. Quant à ces lunettes…

Elle alla accrocher son regard.

-Je suis bien d'accord. Elles sont jolies. Mais une forme ronde eut été plus appropriée, tu ne crois pas ?

Elle ponctua sa réplique d'un petit sourire qui signifiait « si tu vois ce que je veux dire » et l'éclair dans ses yeux lui appris qu'il n'avait pas manqué l'allusion.

-Granger je te signale qu'on est à table pitié, nous deux c'est déjà suffisant : il n'y a pas de place pour inviter Potter. Par ailleurs, cette provocation n'a visiblement qu'un but : esquiver ma question. Je te demandais pourquoi, il me semble ?

-Pourquoi, quoi ?

Surgit du néant, un autre serveur apparut à leurs côtés mettant brièvement fin à la dispute pour inconsciemment les mettre d'accord : ça avait l'air délicieux.

Riche, consistant : exactement ce dont j'avais besoin.

Et sans plus de cérémonie, Hermione s'en remit à son plat de pâtes, valeur sûre dans cet environnement inconnu choisi par le blond. Le restaurant était chic, même si à son soulagement le seul nom du patron avait suffit à leur garantir une table à l'écart, isolés à côté d'une fenêtre où nul ne les verrait ni ne les dérangerait. Elle ne se sentait décidément pas à sa place dans cette sphère de gens…

Saisissant ses pensées au vol, le directeur enchaina :

-Pourquoi est-ce que tu as décidé de postuler pour un magazine ?

-Qu'est-ce que c'est que ce préjugé à mon égard, maintenant. J'ai considéré que ça pouvait être une expérience professionnelle extrêmement stimulante, et jusqu'à présent soit heureux : tu es parvenu à me donner cette impression.

-Ah bon, moi je te stimule ? Reprit-il, l'air ouvertement satisfait.

-Figure de style. Même toi tu es capable de déceler ça.

-Même moi, concéda-t-il. Vin, Granger ? Plutôt blanc ou plutôt rouge ?

Même si en son fort intérieur, il songeait : « plutôt blond ou plutôt roux ». Interprétez ça comme vous le voudrez.

-Pas de vin, merci mais il faudra retourner travailler…

Il se contenta de remplir son propre verre.

-On reçoit un actionnaire Indien cet après-midi. Pas méchant, mais assommant au possible : mais après quelques verres, je suis sûr que je le trouverai drôle.

-Je te rappelle qu'on est venu en voiture, et que tu conduisais ! S'exclama Hermione, scandalisée.

Ce qui ne l'empêcha pas de reprendre du saumon, tandis que Draco levait son verre, lui portant un toast plus goguenard que jamais, une malice enfantine quelque part dans les yeux.

-C'est bon Miss Ligue des Défense des Droits du Peuple, je me contenterai d'un unique verre de ce délicieux Chianti.

-C'est fou ce que tu ressembles à Hannibal Lecter en disant ça…

Il lui offrit un sourire carnassier, décidément amusé par la tournure que prenait leur conversation.

-Peut-être bien Granger…tu n'as jamais demandé ce qu'étaient devenues toutes mes autres deuxième assistantes ?

-Malfoy.

Elle le gratifia d'un sourire indulgent.

-Nous savons pertinemment toi et moi où est le principal danger pour les gens de mon rang dans l'entreprise.

Il l'observa pendant quelques secondes, lèvres entrouvertes, désarçonné.

-Mais oui, poursuivit-elle sur le ton de l'évidence. Animal à sang froid dont le pelage se couvre de fourrure en hiver, il troque régulièrement son habitat naturel de boîtes à chaussures et de macarons hors de prix pour des galas et autres soirées mondaines. On le distingue à son goût pour les vêtements dernière griffe et sa propension à sauter sur les bêtes à hermine dès qu'elle en voit approcher.

Elle avait vu la concentration monter dans ses yeux, et se demandait s'il allait trouver.

-Merlin…tu ne veux quand même pas dire…Pansy ?

La plaisanterie pourtant débitée avec l'air le plus sérieux du monde, le fit éclater de rire comme Hermione ne l'avait jamais vu. Les soucis semblèrent quitter son visage et lui rendirent son aspect juvénile, momentanément effacés, brouillés par le poids des problèmes. Il renversa la tête en arrière, et ses yeux se fermèrent complètement : c'était la première fois qu'elle le voyait se laisser aller, lâcher le contrôle. Et son rire était contagieux : elle se surprit à le suivre, des images de Parkinson juchée sur une branche d'arbre agitant des bras recouverts de plumes lui venant à l'esprit. Et elle rit à son tour, pourquoi ? Je n'en sais trop rien, il doit bien y avoir plusieurs choses : le manque de sommeil qui joue sur sa nervosité, l'image de sa collègue dans une position si ridicule, elle qui faisait tout pour être le plus soigné possible la plupart du temps, Malfoy peut-être qui semblait ne plus vouloir s'arrêter, les mains sur le visage ne laissant apparents que deux yeux rieurs, les épaules agitées de soubresauts.

-Granger, est-ce que tu te rends compte qu'en cet instant j'ai l'impression de discuter avec Blaise ?

L'œil d'Hermione brilla à l'évocation de son ami.

-C'est vrai, reconnut-elle, j'oubliais que tu connaissais Blaise toi aussi…

La présence du troisième hôte qui en bon pique-assiette, était venu s'incruster à la table, flotta au-dessus d'eux pendant quelques instants.

-Arrête Malfoy, tu sais que si on parle de lui il risque sérieusement de se débrouiller pour réellement venir.

-Un jour Granger, un jour…prononça-t-il, énigmatique, buvant d'un trait le fond de son verre.

Le ventre plein, la jeune fille se sentait étrangement bien, trop bien même considéré les circonstances. Avec une pointe de culpabilité, elle pensa à Harry, et son visage anxieux chassa celui de leur ami commun de son esprit. Si elle n'avait pas ce nœud soudain à l'estomac, je suis sûre qu'elle aurait sursauté à l'idée d'avoir quoi que ce soit en commun avec Malfoy. Elle allait ajouter quelque chose d'ordre professionnel, histoire de faire dévier la conversation vers des horizons moins personnels, quand le téléphone de Draco sonna. Aussi vite qu'il était apparu, le sourire glissa de son visage à la manière du palais du Prince Pondichéry de Charlie et la Chocolaterie, exposé trop longtemps au soleil. Il extirpa avec une mauvaise grâce visible son cellulaire, et son expression ne s'améliora pas en lisant son nom.

Appel entrant
Maman

Fait assez rare pour être souligné : si les contacts dans son téléphone sont estampillés « Père », « Tante », ou « Collaborateur n° 4 », Cissy elle avait droit à sa petite attention. Mais pas pour longtemps : d'un geste sec, la chair de sa chair coupa la sonnerie, et n'oublia pas d'éteindre la machine infernale qui retourna bien vite dans sa poche intérieure. Quand il posa de nouveau ses yeux sur Hermione, ils étaient plus sérieux, le gris acier prenait la dominance sur le bleu.

-Prête ? interrogea-t-il, d'une voix plus cordiale que ce à quoi elle s'attendait.

-Presque. Je n'ai toujours pas répondu à ta question, après un bon déjeuner je te dois au moins ça : je suppose que ta question est légitime. Bon, ça ressemble fortement à une redite d'entretien d'embauche, mais...

-Granger s'il-te-plaît, soupira-t-il, un peu plus las.

Il a dit « s'il-te-plaît » ? Curieusement, Hermione semble un peu gêné de répondre, pourtant ce ne devrait pas être difficile…

-J'avais des propositions au ministère de la Justice…mais il y avait aussi…des obstacles, grimaça-t-elle.

Il hocha la tête : elle n'avait pas besoin de lui faire une leçon sur la corruption gangrénant nombre d'administrations.

-Et puis, vous avez une certaine réputation : en venant en Amérique me faire une expérience, dans ces bureaux en particuliers, je suis presque certaine de pouvoir rentrer où je veux après. C'est ce qu'il y avait de mieux à faire dans ma situation.

Elle n'en dira pas plus pour l'instant, et je sais que je vous ai promis qu'on reviendrai plus tard sur les raisons plus précises qui l'ont poussée à s'expatrier. Mais pour l'heure, ça semble être assez pour Draco, il acquiesce encore, l'air on ne peut plus professionnel.

-Logique, trancha-t-il. Pragmatisme à l'emploi, plutôt rusé même. Mais…

Toujours un préjugé concernant la brune, est-ce qu'on sait exactement à quoi il tient ?

-…tout de même, c'est le dernier endroit sur Terre où je t'aurais imaginé après Poudlard.

-On ne se connaissait pas à Poudlard, pointa la jeune fille. Il n'y avait rien à imaginer, Malfoy.

A ces mots son visage qui avait été tour à tour goguenard, joueur, rieur, et usé se ferma brusquement : il le recouvrit d'un masque d'impassibilité inviolable, ce qui ne lui échappa pas. Elle reposa lentement le verre de jus de fruit qu'elle allait porter à sa bouche.

-Prête à partir ? Demanda-t-il sommairement, jetant un coup d'œil à sa montre.

Si différent de la personne avec qui elle venait de déjeuner…comme si une porte qu'il avait laissée entrouverte venait de se refermer en claquant.

Elle se contenta d'hocher la tête et de reprendre sa veste. Tard, trop tard : rapide comme l'éclair, il était déjà à l'embrasure de la porte. Elle avait manqué quelque chose, ça elle l'avait bien remarqué. Elle avait la désagréable impression qu'une pièce du puzzle refusait de se mettre en place, qu'elle avait loupé un élément…

Mais quoi ?

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