Notes de la traductrice : Salut tout le monde ! Mon beta F. et moi nous excusons de ce retard incroyable - mais je tiens à préciser que c'est entièrement la faute d'Orange. Me couper internet pendant une semaine, ça doit être l'idée qu'ils se font d'une bonne blague, AH AH. Et puis en plus, leurs standards téléphoniques sont presque aussi sympathiques et efficaces que les secrétaires d'administration à la fac, c'est pour dire... Enfin, le point positif c'est que maintenant j'ai fini de traduire tous les chapitres :D

Sans plus attendre, bonne lecture à toutes et à tous, merci pour vos reviews (j'y répondrai dès demain, promis, là je vais aller un peu dormir quand même) et j'espère que ce chapitre vous plaira ! (Ou du moins qu'il vous réconfortera en ces dures journées de rentrée :p)


One Harry Potter, Please (If Possible, Seduced and Ready)

Tout se passait bien pour le moment, se dit Draco. Bien sûr, les choses auraient pu mieux se passer, mais cela aurait pu être pire aussi. Potter était déçu, et il n'était clairement pas intéressé - comme si Draco aurait pu accepter de sortir avec lui de toute façon -, mais il l'avait cru. Ou du moins, Draco espérait qu'il l'avait cru. Après tout, l'explication logique qu'il avait inventée l'avait lui-même surpris - il avait presque réussi à se convaincre lui-même qu'il était l'admirateur secret de Potter.

Ce dernier était sans aucun doute caché dans les toilettes, occupé à réfléchir à ce qu'il allait faire ensuite. Quand il reviendrait, il allait essayer d'expliquer à Draco qu'ils ne pouvaient pas sortir ensemble étant donné qu'il n'était lui-même pas intéressé ; ensuite le blond prendrait une expression d'intense tristesse, celle d'un petit chien battu. Potter se sentirait extrêmement coupable, et il essaierait d'arranger les choses en étant gentil plus qu'il n'était nécessaire avec Draco.

L'ancien Serpentard eut un sourire. Ce plan avait été une bonne idée, après tout.

Il y avait juste une petite chose qui le gênait - vraiment, une petite chose de rien du tout. Enfin, deux choses. Premièrement, il n'avait pas vraiment apprécié la déclaration de Potter un peu plus tôt, à savoir que fantasmer - de façon excessive et d'un point de vue sexuel - au sujet d'une personne du même sexe faisait de vous un homosexuel. Sérieusement, si l'on suivait ce raisonnement, Draco était gay lui aussi. Et ça, c'était complètement dingue. De plus, lui, il n'entretenait ces fantasmes perturbants - mais intriguants - qu'au sujet de Potter, les autres hommes ne l'intéressaient pas du tout. Il s'agissait certainement d'une sorte d'anomalie passagère.

L'autre chose qui le dérangeait, c'était la déception évidente de Potter quand ce dernier avait vu que Hogan n'était pas l'homme qui lui avait fixé rendez-vous. Sa réaction était juste un peu insultante. Parce que, eh bien, si Draco était gay, il n'aurait pas été déçu face à quelqu'un d'aussi beau et intelligent que lui. Clairement, Potter préférait plutôt les hommes du genre idiots et peu attrayants. Donc il devrait se sentir flatté que Potter ne soit pas intéressé. En fait, Draco décréta qu'il allait même considérer le manque d'intérêt de son coéquipier comme un compliment. Cette décision améliora considérablement son humeur.

Maintenant, ils allaient commander leur dîner et discuter, et les choses entre eux allaient changer définitivement - en mieux.

Draco se tendit quand il entendit le bruit de pas qui se rapprochaient derrière lui. C'était le bon moment ; il se devait d'avoir l'air pitoyable, mais digne, et Potter serait prêt à faire n'importe quoi pour le réconforter. Le blond choisit une expression d'extrême tristesse et autorisa même ses lèvres à prendre une moue défaite, puis patienta jusqu'à ce que l'autre homme reprenne place en face de lui. Ce que le brun s'empressa de faire, et Draco n'eut besoin de lui jeter qu'un seul coup d'œil avant que tout son plan préparé avec soin ne vole en éclats et que lui-même ne perde complètement l'esprit.

Il y avait quelque chose sur le visage de Potter que Draco avait pensé ne jamais voir quand son coéquipier s'adressait à lui : des fossettes. De vraies fossettes. Le brun avait un sourire aux lèvres, un sourire sincère, chaleureux, qui laissait entrevoir ses dents blanches et faisait apparaître d'authentiques fossettes sur ses joues un peu rouges.

« Hey », dit Potter ; il baissa les yeux pendant un moment, avant de relever bien vite la tête pour rencontrer le regard de Draco. « Je suis désolé d'être parti brusquement comme ça. J'ai juste… » Il sourit plus largement encore, et réussit cependant à prendre un air penaud. « Eh bien, j'étais choqué. Je ne m'attendais pas à ça. »

Draco jeta un coup d'œil en direction des toilettes, craignant que quelqu'un ait kidnappé le vrai Potter et lui ait envoyé cette version souriante à la place, juste pour le déstabiliser.

La serveuse lui sourit et lui fit un geste de la main. Draco plissa les yeux : elle venait de se qualifier en tant que son principal suspect.

« Draco ? »

Le blond tourna la tête vers son partenaire si vite qu'il se froissa un muscle de la nuque.

« Pardonne-moi ? » fit Potter ; il pencha la tête sur le côté, et pendant un instant il ressembla à un petit chiot qui suppliait pour qu'on lui donne à manger.

Draco hocha la tête, incapable de parler. Sérieusement, si à cet instant Potter lui avait demandé de lui offrir le Manoir, il aurait certainement accepté. L'autre homme était-il conscient qu'il détenait un tel pouvoir ? Est-ce que les gens savaient qu'il pouvait faire ça ? Est-ce que cette expression faciale était même légale ?

Potter lui adressait un sourire rayonnant, comme si le blond venait juste d'accepter de lui faire don de toute sa fortune plutôt que de lui accorder son pardon. D'ailleurs, pourquoi avait-il même demandé à être pardonné ? Draco n'en avait aucune idée.

« Bien », fit le brun d'une voix douce. « Je pense qu'on devrait reprendre du début. »

Potter tendit sa main gauche, et prit celle de Draco dans la sienne. Si l'ancien Serpentard n'avait pas été figé par le choc, cela aurait sans aucun doute le cas maintenant. Après tout, Harry Potter lui tenait la main. Et ce dernier faisait même plus que ça. Il venait de retourner la main de Draco pour pouvoir entrouvrir ses doigts et se saisir de la rose presque écrasée. Le blond avait oublié qu'il la tenait toujours dans sa main.

« Ceci m'appartient, je crois », dit Potter alors qu'il prenait la rose et la plaçait près de lui sur la table. Sa main gauche resta là où elle se trouvait - et son toucher répandait une douce chaleur sur le dos de la main droite de Draco, même s'il ne touchait sa peau que du bout des doigts. Le brun fit remonter sa main, et caressa du pouce l'endroit de son poignet où le pouls de Draco battait.

Potter faisait de la magie sans baguette, Draco en était certain. C'était la seule explication logique au fait que des vagues de plaisir passent du pouce de l'autre homme pour se répandre jusque dans sa main et son bras. Il pouvait sentir son cœur qui battait à toute allure, et quand Potter commença à tracer des cercles avec son doigt, effleurant à peine sa peau, Draco battit des paupières et il sentit qu'il perdait la tête. C'était forcément de la magie. Une simple caresse comme celle-ci ne pouvait pas être si agréable, sauf si un quelconque sortilège était utilisé.

Le sang lui battait les oreilles, et il n'arrivait plus à percevoir que des grésillements étranges. Mais les lèvres de Potter remuaient, et Draco mit plusieurs secondes à réaliser qu'il était en train de lui parler.

« Quoi ? », murmura-t-il sans même savoir ce qu'il disait.

La langue de Potter se fit apercevoir, et passa sur ses lèvres pleines. Les grésillements étaient de plus en plus fort, maintenant. Assourdissants, même.

« C'est une bonne idée ? » Potter pencha à nouveau la tête sur le côté. Il n'avait vraiment pas le droit de continuer à faire ça.

« Bonne ? », répéta le blond. Ce n'était pas le mot que Draco aurait utilisé pour décrire ses sentiments actuels. Ce que lui faisait Potter n'était pas bon. C'était… « Fantastique. »

Les amis faisaient sûrement tout le temps ce genre de choses. Ils se caressaient mutuellement les poignets pour se montrer leur affection. Pas ses amis, certes, mais peut-être que c'était un truc de Gryffondor. Les Gryffondors étaient des gens étranges. Tout le monde savait ça.

« Excellent. » Potter eut un grand sourire ; ses lèvres étaient encore un peu humides et luisantes, et elles attiraient la lumière des bougies. « Alors, chez toi ou chez moi ? »

Draco avait dû manquer quelque chose, là. Et quelque chose d'important, c'était évident. Il n'avait aucune idée de ce que pouvait bien raconter Potter. Même si on pouvait difficilement le lui reprocher - l'autre n'arrêtait pas de le perturber, et utilisait son pouce à des fins malfaisantes et déroutantes.

« Quoi ? », demanda-t-il à nouveau, complètement perdu.

Le visage de Potter prit une expression légèrement irritée, mais l'instant d'après celle-ci avait disparu. « J'ai dit qu'on devrait se passer de dîner et passer directement au dessert. Tu as dit que c'était une idée fantastique. Donc. Chez moi ou chez toi ? »

La compréhension essaya de prendre forme dans l'esprit de Draco, mais ce dernier décida de repousser les pensées rationnelles qui l'assaillaient. « Le dessert ? Tu veux dire, tu veux prendre de la tarte ? »

Le sourire de Potter donna l'impression de se figer sur son visage. « Ce n'est pas le genre de dessert que j'avais à l'esprit. Mais je t'ai promis de la confiture, je suppose. J'en ai à mon appartement. »

Quand il comprit enfin ce que signifiaient les paroles de Potter, Draco retrouva ses esprits. Il n'avait même pas réalisé à quel point sa vision avait été brouillée avant qu'elle ne s'éclaircisse.

Potter voulait baiser. Avec lui. Il voulait le ramener chez lui, et faire exactement ce qu'il avait promis la nuit dernière. Ce qui ne faisait pas partie du plan de Draco. Potter n'était pas censé être intéressé. A quoi pensait-il donc ? L'ancien Serpentard avait-il l'air trop pitoyable, et Potter se sentait-il donc coupable ? Était-il possible qu'il soit prêt à faire ça juste par pitié pour lui ?

Il aurait dû retirer sa main de la prise de Potter. Il ne voulait pas lui donner une fausse impression, après tout. Il aurait dû faire savoir à son coéquipier qu'il n'avait pas besoin de coucher avec lui. Pas parce qu'il avait simplement pitié de lui. Ou plutôt, pas du tout, d'ailleurs. Etant donné que Draco n'était pas intéressé. Mis à part cette histoire de se caresser les poignets. Une foule d'images surgit dans son esprits, et ses fantasmes au sujet de Potter remontèrent à la surface, tentateurs, dansant devant ses yeux. Paniqué, le blond s'empressa de les repousser.

Cependant, la main de Draco refusa d'écouter les ordres de son cerveau, et resta là où elle se trouvait. Il allait juste devoir trouver quelque chose d'autre pour prouver à Potter qu'il ne s'attendait pas à coucher avec lui.

« J'ai faim », dit-il. « Je suis affamé, en fait. »

« Oh ? » Potter n'eut pas l'air surpris.

Draco hocha la tête, et la serveuse fit son apparition juste au bon moment, lui épargnant la peine de répondre à d'autres questions. Par pur réflexe, il essaya de retirer sa main, mais Potter resserra sa prise et son pouce continua à caresser tendrement son poignet.

Refusant d'utiliser la force, pas devant la serveuse, Draco baissa les yeux vers la table. Il sentit ses joues, son visage, tout son corps rougir quand il réalisa que Potter lui tenait la main. En public.

Si la serveuse trouva cela étrange, en tout cas elle ne le montra pas. Elle plaça leurs commandes sur la table, en évitant avec soin leurs mains jointes.

« Faites-moi signe quand vous voudrez prendre le dessert. »

Draco perçut clairement l'amusement dans sa voix, et il fut soulagé quand elle s'éloigna.

« Je suis prêt à le prendre maintenant », murmura Potter.

Draco leva les yeux, et croisa le regard de son partenaire ; ses yeux verts étaient prometteurs. Potter ne parlait pas du dessert.

Le blond déglutit et essaya de retirer sa main, mais l'autre s'y accrochait fermement.

« J'en ai besoin », fit valoir Draco. Quelqu'un ricana dans la salle, et il craignait bien qu'on se moque de lui.

« Moi aussi. » Potter avait baissé la voix, et il se pencha vers lui alors qu'il changeait finalement sa main de place. Ses doigts se faufilèrent dans la manche de Draco et il caressa la peau sensible de son avant-bras du bout des doigts, ce toucher léger toujours manifestement magique.

C'était une bonne chose pour Draco que son assiette soit remplie d'aliments visqueux et peu attrayants ; sinon - du moins, c'était ce qu'il craignait - il aurait pu s'effondrer, et son visage aurait fini dans sa nourriture. Avec un effort suprême et une torsion habile de son bras, il retira sa main de l'étreinte de Potter.

Ce qui n'eut pas l'air de déranger ce dernier. En fait, il avait l'air de beaucoup s'amuser.

« Tu n'as donc aucun sens de la pudeur, Potter ? », demanda Draco, massant et secouant un peu son bras droit. Il avait dû bander les muscles de son bras à un tel point qu'il avait vraiment mal ; sans mentionner le fait que les légers picotements de tout à l'heure refusaient de s'arrêter, comme si Potter avait jeté un sort à sa peau pour que Draco ait l'impression qu'on le touche pendant plusieurs heures après le contact initial. Ce qui était sans doute exactement ce qu'il avait fait. Quel connard hypocrite.

Le brun fixa son bras l'espace d'un instant, les sourcils froncés, mais son expression s'éclaircit quand il dit, « Si l'on considère que mon plan initial était de m'asseoir à côté de toi et de découvrir si la peau de ton cou a un goût aussi délicieux qu'elle en a l'air, je dirais que si, j'ai quand même assez de pudeur. »

Draco sentit qu'il avait la chair de poule, la peau de sa nuque le picotant même si Potter ne l'avait pas touchée. Encore de la magie - ce n'était pas juste.

« Encore que, je pourrais changer d'avis maintenant. »

Le blond s'empressa de prendre sa fourchette. « On est en train de manger, Potter », dit-il de sa voix la plus réprobatrice, et il essaya de détacher une huître de sa coquille. Ses mains n'étaient pas très assurées, mais il réussit à accomplir cette tâche avec toute sa dextérité habituelle. Il attrapa la coquille entre son pouce, son index et son majeur et l'amena à la hauteur de ses lèvres, avant de se pencher un peu et d'en avaler le contenu.

Comment un processus aussi simple avait-il pu dégénérer, ça, Draco n'en avait aucune idée. Mais c'était une mauvaise idée, parce qu'il faillit s'étouffer avec son huître quand il vit que Potter l'observait avec une grande attention.

Le brun ne mangeait pas ; il avait mis les coudes sur la table et s'appuyait sur ses doigts joints qu'il avait placés sous son menton, fixant la nuque de Draco comme s'il s'agissait du plat qu'il devait manger - et non les huîtres qui se trouvaient dans son assiette.

« Tu devrais manger », préconisa Draco, terrifié à l'idée que Potter puisse se jeter sur lui en plein milieu du restaurant. Doux Merlin, cet homme était-il un prédateur né, ou avait-il simplement été privé de sexe pendant trop longtemps ? Avait-il été sérieux lorsqu'il avait déclaré qu'il coucherait avec la personne qui se présenterait à ce rendez-vous, peu importe de qui il s'agirait ?

Potter eut l'air de vouloir refuser, mais il sourit à nouveau et reprit sa fourchette à fruits de mer.

Draco mit un long moment à se rendre compte qu'il n'aurait pas dû commander des huîtres. Regarder Potter engloutir et avaler ce genre de choses visqueuses lui faisait venir d'étranges choses à l'esprit. Le fait que l'autre homme le fixe du regard chaque fois qu'il déglutissait ne l'aidait pas non plus.

« Fini ? »

Draco sursauta et cligna des paupières, avant de baisser les yeux sur son assiette. Il n'avait mangé qu'une seule huître pour l'instant. Contrarié, il posa sa fourchette sur la table et jeta un regard noir à Potter, qui avait si grossièrement détourné son attention de son plat.

« J'ai oublié que je n'aimais pas vraiment les huîtres. »

Le regard de son partenaire s'assombrit, comme si en refusant de manger ses huîtres, Draco l'avait personnellement insulté.

« On s'en va, alors ? » Potter avait abandonné son ton séducteur ; il avait l'air agacé.

« Non ! » s'écria Draco avant de jeter un coup d'œil autour de lui, inquiet d'avoir attiré l'attention sur lui. « Je veux quand même prendre de la tarte. »

Le brun lui lança un regard condescendant, mais il leva la main et indiqua d'un geste à la serveuse de leur apporter le dessert.

Alors que Potter redirigeait son regard sur lui, Draco s'éclaircit la gorge ; il réfléchissait à toute allure pour trouver un moyen de se sortir de cette situation.

« Tu sais, Potter… »

« Appelle-moi Harry ? » Il avait repris une voix douce, qui rendait sa requête irrésistible.

« Bien. Harry. » Il lui paraissait étrange de prononcer ce prénom à voix haute. Draco avait l'intention de dire quelque chose d'ironique - mais même s'il pouvait être acerbe avec Potter, inexplicablement, il lui était plus difficile d'employer ce ton quand il devait l'appeler Harry. « Harry, tu ne trouves pas que nous allons un peu trop vite, là ? Ne devrait-on pas au moins parler un peu, pour voir si… nous nous entendons bien ? » Il prit une profonde inspiration. « On ne peut pas juste… C'est notre premier rendez-vous. »

« Techniquement, c'est notre deuxième rendez-vous. Mais j'ai manqué le premier. » La voix du brun se fit plus suave. « Alors j'aimerais bien me rattraper. »

Draco sentit un frisson le parcourir, et il lui fallut un moment avant de trouver quoi répondre. « Ce n'est pas vraiment nécessaire. On n'a juste qu'à oublier cette journée-là. »

« Comme c'est gentil de ta part. »

Le blond fronça les sourcils. Potter avait l'air de faire dans le sarcasme. Mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir, car son coéquipier reprit la parole.

« Après toutes ces lettres que tu m'as écrites, je ne m'attendais pas à ce que tu sois si timide. Tu étais très clair à propos de ce que tu voulais. Tu devrais être content maintenant que tu es sur le point de réussir, non ? » Il eut un petit sourire en coin et ajouta, « Je suis même en train de réfléchir à cette idée de cordes et de fessée. »

Draco pâlit, horrifié. Foutu Hogan ! Qui aurait pu savoir qu'il était aussi pervers ?

Le sourire de Potter se fit clairement malicieux. « Je ne t'avais jamais pris pour quelqu'un de si… » Il sembla le mot approprié à la situation pendant un instant, « soumis. Mais bien sûr, les lettres ne mentent pas, n'est-ce pas ? »

Soumis ? Bordel de merde ! Si Hogan ne se trouvait pas déjà dans les égouts, Draco l'aurait traqué et l'y aurait enfermer pour toujours.

« Et voilà », dit la serveuse qui leur amenait de la tarte ; elle plaça une fourchette et un couteau devant Draco.

Ce dernier apprécia immédiatement un peu plus la jeune femme. Après tout, elle venait juste de lui fournir des armes. Il prit sa fourchette et l'enfonça dans le morceau de tarte qui se trouvait dans son assiette. Puis il le découpa avec plus d'énergie que nécessaire, réfléchissant à toute allure alors qu'il essayait de trouver comment faire sortir ces idées ridicules de la tête de Potter.

Il essaya de conserver une voix égale, et de ne pas montrer son agacement alors qu'il s'expliquait. « Les fantasmes et la réalité sont deux choses différentes. Tu ne devrais pas considérer toutes ses lettres au sens littéral. Je veux dire, j'ai certains fantasmes qui ne sont pas réalistes… », fit Draco d'un air philosophique, avant d'enfourner rapidement un morceau de tarte dans sa bouche pour s'empêcher de dire quelque chose de stupide.

« Est-ce que tu es en train de dire que tu as menti dans tes lettres ? »

Draco hocha la tête, marmonnant et déglutissant et piaffant presque, avant de dire, « Bien sûr que non. J'ai juste… » Il soupira, ne trouvant plus ses mots. La situation échappait à son contrôle. Il allait devoir être honnête. « Ecoute, Harry, tu dois prendre en compte le fait que je n'ai jamais vraiment… » Il serra le couteau entre ses doigts, réunissant son courage, « été avec un homme avant. Tout ça est nouveau pour moi. Les fantasmes sont une chose, mais je ne peux pas… Je ne peux pas aller trop vite. » C'était encore un argument excellent, songea Draco, impressionné. Même à ses propres oreilles, il avait l'air effrayé.

Potter cligna des yeux, puis le scruta comme s'il essayait de lire dans sa tête. Juste au cas où, Draco utilisa l'Occlumancie. Il n'était pas un expert en la matière, mais son partenaire était tout sauf un Légilimens accompli. Ses propres défenses mentales devraient suffir.

Draco ne l'avait pas remarqué avant, mais dès le moment où le regard de Potter s'adoucit, il réalisa que le brun avait été en colère jusqu'à cet instant précis. Cependant, ses yeux étaient attentionnés et sa voix gentille quand il lui dit, « Je te taquine, c'est tout. Ne t'inquiète pas, j'irai doucement et je ferai attention. » Sa voix était particulièrement douce quand il ajouta, « J'ai l'intention de profiter de chaque moment. »

L'honnêteté de sa déclaration choqua moins Draco que la tristesse perceptible dans le ton de sa voix. Pourquoi Potter paraissait-il peiné ? Pour une raison que le blond ne parvenait pas à comprendre, cette affliction soudaine le contrariait.

Draco resta assis, regardant l'autre homme fixement, jusqu'à ce qu'il sente sur ses doigts quelque chose de chaud et de poisseux. Contrarié, il détacha son regard du visage peiné de Potter et baissa les yeux ; il eut le souffle coupé. Sa main était, contre toute probabilité, tombée dans son assiette, et de la confiture maculait ses doigts. Dégoûté, il laissa retomber son couteau et tendit la main vers sa serviette, maudissant intérieurement ses bonnes manières qui semblaient soudainement l'avoir abandonné.

Cependant, en quelques secondes, Potter kidnappa à nouveau grossièrement sa main.

« Je peux essuyer mes propres doigts, Potter ! », fit-il sèchement, et il essaya de libérer son poignet de l'emprise magique de son coéquipier. Les picotements de tout à l'heure se répandaient déjà dans son bras.

« Je te tiens. » Potter lui adressa un large sourire, se pencha en avant, et mit l'index et le majeur de Draco dans sa bouche.

Était-il possible de faire de la magie en utilisant seulement sa bouche ? Parce que c'était ce que Potter était en train de faire. Sa bouche était brûlante, et Draco sentait la chaleur se répandre dans tout son corps - son sang se dirigeait inévitablement vers le bas, et il se sentit véritablement excité pour la première fois de la soirée. Les lèvres du brun en face de lui étaient absolument parfaites, entrouvertes et entourant les doigts de Draco ; les mouvements que sa bouche faisaient étaient particulièrement suggestifs.

Le regard vert et pénétrant de Potter était fixé sur son visage alors qu'il dardait la langue, obligeant Draco à la regarder s'enrouler autour de ses doigts, glisser et attraper chacune des gouttes rouges de confiture à la fraise. Elle taquinait la peau sensible entre ses doigts, avant de se retirer lentement dans la bouche de Potter alors que ce dernier exerçait une pression de ses lèvres, puis se retirait un peu tout en continuant à lècher ses doigts - et Draco pouvait sentir fondre ses entrailles.

La langue humide de Potter passa encore plusieurs fois sur les doigts du blond, envoyant des frissons de plaisir directement jusqu'à son sexe. Puis l'autre homme recula et pressa un dernier baiser sur le bout de ses doigts avant de relâcher la main de Draco.

Le brun avait l'air très fier de lui alors qu'il se lèchait les lèvres, et dit, « J'ai adoré mon dessert. Ton goût s'accorde bien avec celui des fraises. »

Draco cligna des yeux, étourdi. Il prit une brusque inspiration quand il entendit une chaise racler le sol, quelque part à sa droite. Une femme fit, « Non mais vraiment ! », l'air scandalisée. Alors qu'il pouvait entendre le bruit des ses pas qui s'éloignaient, il se souvint de baisser sa main et de la cacher sous la table - ses joues le brûlaient.

Potter plissa les yeux, mais il eut l'air amusé. « Je pense que je l'ai choquée. »

« Tu m'as choqué », marmonna Draco, essayant en vain de se calmer.

La serveuse fit son apparition près de leur table et dit, « Euh. »

« Nous partons, maintenant », dit Potter non sans douceur. « N'est-ce pas ? », demanda-t-il à Draco ; il souriait, parce qu'il savait probablement que ce dernier serait tout à fait prêt à partir maintenant, après la prestation fantastique mais embarrassante que venait d'accomplir le brun.

Draco hocha sombrement la tête et se leva, prenant soin de ne pas regarder autour de lui. Il regretta de ne pas avoir touché au champagne ; il aurait bien pris un verre, là. Ou toute une bouteille.

Ses idées ne s'éclaircirent qu'une fois après être sorti du restaurant et avoir pris une bouffée d'air frais dont il avait bien besoin. Il ne se souvenait pas d'avoir payé le repas ; mais Potter avait dû s'en charger, puisque quand il fit son apparition sur les pavés près de Draco, personne n'avait l'air de le poursuivre.

Draco se sentait plus calme et décida qu'il était désormais capable de réfléchir de façon rationnelle ; il essaya donc de trouver un moyen pour se sortir de cette situation. Il apparaissait que le seul moment où Potter s'était un peu calmé, c'était quand Draco avait annoncé qu'il n'avait jamais été en couple avec un autre homme et qu'il préférait y aller lentement.

Peut-être qu'il pourrait se défiler pour le moment. Convenir d'un ou deux autres rendez-vous, puis dire à Potter qu'il s'était trompé, et qu'il n'était pas gay après tout. Que toute cette histoire était une énorme erreur et que l'ancien Gryffondor n'était pas obligé de coucher avec lui parce que Draco lui faisait pitié, ou, si la seule raison pour laquelle Potter le désirait était l'appel de sa libido sans égale, qu'il devrait simplement trouver quelqu'un d'autre pour satisfaire ses pulsions. Encore que, se renfrogna le blond, quelqu'un d'autre ne comprenne pas Hogan. Ou qui que ce soit au Ministère. Ou n'importe laquelle des connaissances de Draco. Ou même quelqu'un qu'il ne connaissait pas, étant donné que ces hommes-là pouvaient être des psychopathes.

Juste alors qu'il se retournait, prêt à remercier Potter pour la soirée et à suggérer qu'ils prennent un nouveau rendez-vous pour la semaine prochaine, le bras de son coéquipier se glissa autour de sa taille ; et Draco perdit complètement ses repères alors qu'on l'entraînait dans l'ombre. Potter le serrait contre lui, si étroitement que le blond craignit qu'il ne cherche à l'étouffer. Leurs torses étaient pressés fermement l'un contre l'autre ; une des jambes de l'ancien Gryffondor se glissa entre les cuisses de Draco, forçant ce dernier à se rappeler qu'il était excité. Tout comme Potter. Il frissonna quand il sentit quelque chose de ferme et chaud se presser contre sa cuisse.

Potter avait placé une de ses mains au creux de son dos, y exerçant une pression légère, mais Draco était sûr que son partenaire serait prêt à appuyer plus fort si jamais il se décidait à lutter. Non pas que Draco ait envie de fuir. Même s'il savait que c'était ce qu'il devrait faire, parce qu'il ne voulait pas donner de faux espoirs à Potter, mais son corps ne lui avait pas obéi une seule fois au cours de la soirée et il se doutait bien que ça n'allait pas commencer maintenant.

L'autre main de Potter resta près du visage de Draco pendant plusieurs secondes ; puis, timidement, le brun pressa sa paume contre sa joue et écarta avec douceur ses mèches blondes égarées, avant de revenir sur la joue de l'ancien Serpentard. Ce qui était complètement dingue, c'était que Draco trouve ce contact encore plus choquant que quand Potter lui avait léché les doigts dans le restaurant. Là, c'était plus intime ; il ne s'était pas attendu à un geste aussi tendre, pas de sa part. La chaleur de la paume sur sa joue était incroyable, et Draco ne put s'en empêcher ; il pencha un peu la tête sur le côté, appuyant plus fermement son visage contre la main de son partenaire.

Potter émit un son étrange, étranglé, et le blond sentit un souffle chaud caresser ses lèvres. Ce ne fut qu'à cet instant qu'il réalisa qu'il avait fermé les yeux. Et peut-être même ronronné. Il rouvrit brusquement les paupières et croisa le regard de Potter. Ses yeux étaient passés d'un vert lumineux à une teinte bien plus sombre - Draco ne savait pas si c'était parce qu'il y avait moins de lumière dans l'allée, ou bien parce que Potter était en train de succomber à ses pulsions sexuelles clairement désespérées.

Le pouce du brun caressait sa joue, traçant des cercles près de ses lèvres, et répandant des picotements maintenant devenus familiers à Draco dans tout son visage.

« Je dois t'embrasser », fit Potter si doucement que l'ancien Serpentard put à peine l'entendre. Il avait l'air de vouloir s'excuser de quelque chose, son expression similaire à celle qui animait ses traits lorsqu'il arrêtait des gens qu'il croyait innocents. « Je dois le faire », répéta-t-il sur un ton suppliant, sans s'approcher, sans l'embrasser ; il restait juste là à fixer Draco avec son regard de chien battu - regard qui, dans un certain sens, était encore plus efficace maintenant.

Impuissant, Draco hocha la tête. Il ne pouvait pas lui dire non. Pas alors qu'il le regardait avec cet air-là, le suppliant de lui accorder ce qu'il demandait.

Potter entrouvrit immédiatement les lèvres, son souffle rapide effleura celles de Draco ; puis le brun se pencha en avant et ferma les yeux, ses cils sombres caressant ses joues rougies. Draco, lui, garda les yeux ouverts. Il fixa le visage de son coéquipier alors que ce dernier se rapprochait du sien - il n'arrivait pas à croire ce qui était en train de se passer, qu'il se laissait faire. Quand les lèvres de Potter touchèrent les siennes, brûlantes et pleines, mais avec plus de force, plus de brusquerie que celles d'une fille, ses yeux s'écarquillèrent au lieu de se fermer.

Tout le perturbait : la jambe de Potter entre les siennes, son torse pressé si fermement contre le sien ; le cœur de Harry qui battait avec tant d'ardeur qu'il, lui, pouvait le sentir ; la main sur sa joue, qui maintenait sa tête en place ; la vue des paupières de son partenaire, si près, et si pâles comparées à ses longs cils, encadrées par ses lunettes qui menaçaient de se presser contre le visage de Draco ; et la sensation des lèvres de Potter, toujours aussi fermes, mais incroyablement douces alors qu'elles se pressaient contre les siennes, sa langue qui frôlait occasionnellement la lèvre inférieure du blond et le faisait frissonner à chaque fois.

La main de Potter qui se trouvait dans le creux de son dos se déplaça hardiment plus bas, bien plus bas, jusqu'à se placer sur ses fesses, sans s'y agripper ni y exercer de pression - elle traçait et explorait avec légéreté la courbe que formaient les fesses de Draco. Mais peu importe à quel point ce toucher était léger, le blond ne put s'empêcher de lâcher un halètement, et les mots de Potter résonnaient encore à ses oreilles : Je le baiserai sur mon matelas, avait-il dit. Cette idée n'aurait pas dû lui paraître si séduisante, et d'une façon elle était terrifiante ; mais la caresse de Potter faisait monter chez lui certaines envies, des désirs enfouis jusque là profondément dans son esprit. Il réalisa qu'il voulait que le brun le touche avec plus d'insistance, que sa main appuie plus fort, qu'il s'agrippe à lui plutôt que de continuer ces caresses hésitantes.

La langue de Potter se glissa dans la bouche de Draco, et ce dernier y retrouva le goût de citron provenant de la sauce qui avait accompagné les huîtres, celui de la framboise de la confiture que l'Auror avait léchée sur les doigts du blond - et un goût propre à Harry, meilleur que tout ce que Draco avait pu goûter auparavant, qui battait facilement l'amertume des citrons et la douceur des framboises.

Potter recula soudainement, et prit une profonde inspiration avant d'ouvrir à nouveau les yeux. S'il en jugeait par le souffle erratique de son coéquipier, Draco pouvait en conclure que ce dernier avait oublié comment respirer ; et ce ne fut qu'une fois qu'il sentit l'air frais brûler ses poumons qu'il réalisa que lui aussi avait oublié comment faire.

Les yeux de Potter étaient toujours aussi sombres, mais ils étincelaient, brûlaient d'un désir évident. « Chez toi ou chez moi ? », haleta-t-il, la paume de sa main caressant toujours les fesses de Draco. Si ce dernier avait été le seul à avoir son mot à dire, la main en question pouvait rester là où elle se trouvait indéfiniment.

Draco croyait pas qu'il était gay et il ne pensait pas vouloir coucher avec des hommes, mais il en voulait plus. Il en voulait désespérément plus. Et Potter le lui proposait, alors pourquoi ne pas accepter ? Il s'agissait d'une forme de magie incroyable que l'ancien Serpentard n'avait jamais expérimentée auparavant et si Harry était prêt à lui montrer comment il faisait, eh bien, il était prêt à apprendre.

Draco se passa la langue sur les lèvres pour apaiser la brûlure agréable qu'y avait engendrée le baiser de Potter, puis passa ses bras autour de la taille de ce dernier et le força à se rapprocher encore plus. « Chez moi », fit-il d'une voix rauque qui sonna étrangement à ses propres oreilles, et il les fit tous les deux Transplaner.


TBC