Entre la vie et la mort

Chapitre 10

Ce qui venait de se passer lui semblait étrange. Ces compatriotes avaient-ils vraiment perdu tout contrôle sur leurs émotions après avoir passé seulement une année ensemble ?

Si tel était le cas, Spock se félicitait d'avoir amélioré le sien tout en côtoyant des humains pendant 18 ans !

Spock entendit soudain un gémissement. Léonard McCoy, toujours étendu sur son lit, gesticulait en tous sens. Spock posa une main sur son épaule, observant son visage d'une pâleur inquiétante.

« Léonard, réveillez-vous ! »

Spock vit une nouvelle fois le médecin se réveiller en sursaut et regarder chaque recoin du dortoir, complètement désorienté.

« Docteur, vous êtes en sécurité ! » Déclara Spock, d'une voix qui se voulait calme et rassurante.

Léonard posa son regard sur lui et poussa un profond soupir.

«Que s'est-il passé ? Comment suis-je arrivé ici ? »

« Vous vous êtes évanoui. Je vous ai porté. » Tout en répondant succinctement à ses questions, Spock attrapa un scanner médical et le passa au-dessus de McCoy. Son pouls était rapide et sa tension artérielle élevée mais les autres paramètres ne montraient rien d'anormal. Il lui préleva ensuite un échantillon de sang qu'il analysa à l'aide d'un tricordeur. Cette dernière analyse montra une carence en électrolytes, en corrélation peut-être avec son alimentation, qui comme son sommeil, était de mauvaise qualité depuis plusieurs jours.

« Puis-je vous retourner votre première question, Docteur ? Que vous est-il arrivé ? Pourquoi être descendu dans la cité ?...Et de quoi avez-vous si peur ? » Spock avait reposé le tricordeur sur la table basse, à côté du lit du docteur, surpris que ce dernier se soit laissé examiner et prélever sans rien dire. La réaction normale de Léonard aurait été de l'accuser d'exercer illégalement la médecine !

« Je …Je voulais juste vérifier quelque chose… » Répondit Léonard à voix basse. Le front plissé, il se mordait les lèvres, hésitant à compléter sa réponse. « Spock, vous allez croire que je suis cinglé mais je suis persuadé qu'un tremblement de terre va avoir lieu et que cette cité va nous engloutir… »

Les sourcils de Spock disparurent une nouvelle fois sous sa frange.

« Docteur, je ne vous crois pas fou. Vous êtes juste un humain surmené, irrationnel et j'ajouterai : à l'imagination débordante ! » Spock força le médecin à se rallonger et ajusta la couverture sur lui. « Puis-je connaître vos arguments en faveur de la survenue d'un tel phénomène ? »

Les lèvres toujours pincées, Léonard fixa le plafond durant plusieurs minutes.

« Je l'ai rêvé. » Finit-il par dire dans un profond soupir.

« Rêvé ? » répéta Spock. « Fascinant. »

« Oh je vous en prie, Spock ! Cessez d'être condescendant avec moi et balancez vos arguments qui prouveraient que j'ai tort ! » Répondit Léonard avec sarcasme.

Spock s'exécuta, sans ressentir le moindre amusement à débattre avec son ami.

« Pour commencer, cette cité existe depuis plus de mille ans. Croyez-vous qu'elle ait attendu notre venue pour disparaître dans un tremblement de terre ? Ensuite, sachez que ce planétoïde est placé sous la surveillance de satellites depuis de nombreuses décennies. Aucune activité sismique n'y a été enregistrée au cours de ces 50 dernières années ! Si le risque d'un tremblement de terre existe, croyez-vous que Torgan et ses fils resteraient sur Faradrina sans aucun moyen d'en partir ? »

« Les Vulcains et leur implacable logique…Je suppose que non, ils n'auraient pas pris un tel risque… et tous les 4 mois, un cargo ravitaille Torgan et ses collègues en aliments frais et matériel.» Déclara Léonard, récitant à voix basse un passage du dernier rapport envoyé par Spock avant leur départ.

« Exact. »

« Pourtant, le vase est fêlé…C'est ce que j'étais allé vérifier ! »

Spock poussa un bref soupir. S'il avait été humain, il aurait levé les yeux au ciel. « Docteur, c'est un fait avéré qu'un tremblement de terre ne se produit pas sans signe annonciateur. Nos instruments n'ont relevé aucune activité sismique, que ce soit hier ou il y a dix jours…ce vase, vieux de mille ans était probablement déjà fêlé ! Quant à votre rêve… » Continua Spock.

« Spock ! J'ai observé chaque centimètre carré de ce vase. Il était peut être vieux mais il était intact jusqu'à ce matin ! »

« Docteur, croyez-vous en une défaillance de nos sondes analytiques ? » demanda Spock.

« Cela reste une possibilité ! Les machines aussi, peuvent avoir des défaillances ! » Répliqua Léonard tout en haussant le ton.

« Léonard, si une secousse, même minime, s'était produite durant la nuit, ne croyez-vous pas que nous l'aurions ressenti ? »

Le silence de Léonard marqua la fin du débat. Léonard fixait de nouveau le plafond. Il demeura allongé sur le dos et ferma les yeux sous le regard inquiet de Spock. Le docteur avait toujours montré de la ténacité dans leurs échanges. Rares étaient les fois où Spock avait eu le dernier mot.

Alors qu'il croyait le médecin endormi, Spock se leva. Il s'apprêtait à quitter la pièce lorsqu'il entendit de nouveau la voix lasse de Léonard.

« Spock, croyez-vous aux rêves prémonitoires ? »

Le demi-vulcain poussa de nouveau un bref soupir avant de retourner s'asseoir aux côtés de Léonard.

« Non, je ne crois pas aux rêves prémonitoires, tout comme je ne crois pas que notre destin soit écrit par avance. Comme tous les vulcains, je ne crois qu'en des faits avérés et en la logique. »

« Spock, quand ces cauchemars ont commencé, je me réveillais sans souvenir précis de ce dont j'avais rêvé. Quelques brides me revenaient, mais sans plus. Je me rappelais d'un espace clos, froid et sombre, et…de la sensation d'étouffer. Mais plus les jours passent, ou plutôt les nuits, plus je me rappelle de certains détails. Oui, chaque fois que je ferme les yeux, je me retrouve au cœur de la cité, à suivre des kilomètres et des kilomètres de ruelles de pierre. Mais dans mes cauchemars, les murs se fissurent, le sol tremble et je vous pousse hors d'un cercle de pierre qui menace de s'effondrer sur vous... Quelques détails changent mais la fin est toujours la même : vous mourez. Que je crie pour vous prévenir du danger ou que je vous pousse pour vous en écarter, vous mourez ... »

« Docteur, vous êtes diplômé en psychologie. Vous savez donc que chez les humains, l'une des fonctions inhérentes au rêve est l'expression de l'inconscient. »

« Et inconsciemment, je souhaite votre mort ? » demanda Léonard, perplexe.

« Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question, Docteur… Une autre fonction du rêve est la mémorisation de vos expériences. Dit autrement, vous rêvez de ce que vous avez expérimentez durant vos phases d'éveil. Vous rêvez de la cité parce que c'est notre environnement ! …L'effondrement de la cité est une façon qu'à votre inconscient de dire que vous détestez cette mission !» Spock observa Léonard. Visiblement, ce dernier n'était pas convaincu.

« Spock…Je ne fais pas des cauchemars depuis 3 jours…mais depuis trois semaines ! Et je me rends compte aujourd'hui que je rêvais de Faradrina avant même d'y avoir posé un pied ! Spock, je sais que ce que j'affirme est difficile à croire, mais un tremblement de terre va se produire !» Déclara Léonard, le visage pâle, toujours soucieux.

« Docteur, vous devez vous reposer. » Affirma soudain Spock. Ce dernier tournait le dos au médecin tout en fouillant la trousse médicale de McCoy.

« Spock, ne retournez pas dans la cité ! Je vous en prie, il faut me croire ! » Le supplia le médecin qui s'était levé pour rejoindre Spock.

« Spock, mais que faîtes-vous ? Spock…»

Les yeux de Léonard s'agrandirent comme des soucoupes à la réalisation que le vulcain venait de vider le contenu d'une seringue hypodermique dans son épaule.

« Je m'assure que vous allez vous reposer, docteur.»

Léonard battaient des paupières et secouait la tête, luttant contre le sommeil. Malgré tout, il savait que le puissant somnifère injecté par Spock aurait tôt ou tard raison de lui.

« Traître…Tricheur… » Parvint-il à dire.

Léonard tituba jusqu'à son lit et s'y allongea, gentiment guidé par Spock. Ce dernier ajusta ensuite l'oreiller et les couvertures autour de sa victime. Certes, il aurait obtenu le même résultat avec le pincement neural vulcain mais utiliser la ruse favorite de Léonard lui avait semblé être une bien meilleure idée. Spock s'autorisa un petit sourire. (cf l'épisode 12S03 L'Impasse ou The empath.)

« Bonne nuit, Docteur. »

A suivre …