Drace se mordait la lèvre inferieure tout en regardant Gabranth qui, pour le coup, avait vraiment une tête de tueur psychopathe aimant démembrer ses victimes encore vivantes, sa bouche étant restée coincée en un rictus sinistre.

« Nous ne pouvons pas le laisser comme ça, Seigneur Vay…

- Plait-il ?

- S… Seigneur Cupidon, rectifia Drace, désespérée de devoir appeler ce fils d'empereur qu'elle ne portait déjà pas dans son cœur, de manière si ridicule.

- Et pourquoi ? Il est plutôt mignon et le rouge lui sied bien, vous ne trouvez pas ? dit Vayne en pouffant de rire. Je suis sûr qu'en plus il est obéissant ! Allez, Gabranth ! Non attendez, pas Gabranth… Donne la papatte, Gaby !

- Monseigneur, je vous en prie ! » s'exclama Drace, littéralement outrée.

Et c'est avec horreur qu'elle vit pourtant Gabranth s'avancer vers Vayne et poser la main dans celle de son maitre ! Un frisson glacial lui parcourut l'échine et elle en vint à se demander si l'occasion n'était elle pas justement un parfait prétexte pour séquestrer Vayne jusqu'à la fin de ses jours.

Et pourtant, elle avait beau cogiter, elle ne voyait pas comment faire cesser cette mascarade sans recourir à la violence. C'est donc résignée et profondément froissée qu'elle regarda Vayne s'amuser à faire faire des tours à Gabranth, renommé Gaby le labrador, qui lui obéissait aveuglément… ou presque.

Quelques instants plus tard, une jeune fille aperçut Vayne et se précipita vers lui, les bras ouvert en criant son nom, amoureusement. Gabranth réagit au quart de tour ne laissant même pas le temps à Vayne de répondre. Il fondit sur la jeune fille et lui asséna un coup d'une violence incroyable, coup qui envoya la jeune fille valser à plusieurs mètres !

« GYAAAAAH, ma douce, ma bien aimée, mon petit oiseau des iles, ma pomme d'amour bio au caramel sans sucre issu du commerce équitable ! s'exclama Vayne, les larmes aux yeux. Gaby comment as-tu pu, méchant chien ! »

Mais Gabranth, toujours sous l'effet de la furie et entouré d'un halo rouge incandescent, se précipita à quatre pattes vers la jeune fille et entreprit de la griffer et de la mordre, ce qui eut pour effet de déchirer ses vêtements. Par miracle, l'effet du vin de Bacchus s'estompa et Gabranth reprit ses esprit… et mit quelques secondes qui lui parurent pourtant une éternité avant de se rendre compte dans quelle position il se retrouvait.

Il était à quatre pattes au dessus d'une jeune fille aux vêtements déchirés, la tenant par les épaules, et lui comme elle, étaient recouverts de sueur (lui à cause de la furie et elle parce qu'elle avait failli y rester)! Pour couronner le tout, il tenait quelque chose dans sa bouche ressemblant fort à une brassière ! Sous le coup de la surprise, il voulut se relever mais tomba sur son postérieur. C'est dans cette position qu'il recula de plusieurs mètres, terrifié à l'idée de ce qui venait de se produire car bien sûr, il n'avait aucun souvenir de ce qu'il avait fait les dix dernières minutes.

Alors que Vayne se jetait dans les bras de la jeune fille, Drace s'approcha de Gabranth. Il lui jeta un regard terrifié.

« Drace, dites moi que je n'ai pas… Nous… Cette fille et moi…

- Non rassurez vous, votre honneur est sauf, répondit Drace qui se jura de ne jamais avouer ce qu'il s'était passé. Vous avez cru que cette jeune femme en voulait à la vie du seigneur Vayne et avez tenté de stopper sa… (Elle toussota, cherchant ses mots.) fougue.

- Ah, répondit Gabranth, toujours sous le choc.

- GABRANTH !! hurla Vayne. Je ne voulais vraiment pas en arriver là mais votre comportement ne m'en laisse pas le choix !!! Votre poste de haut juge, vous l'oubliez car vous êtes vir… vi… Ah… »

Et Vayne s'évanouit, s'écrasant lourdement sur le sol. Gabranth, en état de choc, n'avait pas bougé d'un poil, Drace s'était contentée de le regarder et la jeune fille était de toutes manières trop hébétée pour faire quoique ce soit.

Quelques instants après, quand tout le monde avait recouvré son état de santé normal (sauf Gabranth qui restait profondément humilié et Vayne qui restait profondément endormi) Drace demanda des comptes à la jeune fille qui avait appelé Vayne d'une façon aussi familière. Il s'avéra qu'elle était la domestique qui lui avait apporté son repas de la veille. Apres qu'il ait bu sa soupe, Vayne avait viré au rouge tomate, s'était retrouvé avec une fièvre de cheval –pardon, de chocobo- et l'avait fait baisser en se jetant dans une fontaine située à l'intérieur du palais. La fièvre passée, il avait fait une déclaration d'amour torride à la servante et après avoir fêté la nuit dignement (et Drace refusa que la servante entre dans les détails à ce moment là. Quoiqu'elle n'aurait pas raté grand-chose, car Vayne et sa compagne s'étaient en réalité tellement appesantis sur l'alcool qu'ils s'étaient endormis complètement saouls sans se toucher) ils étaient partis tôt le matin pour fêter dignement (enfin en ayant une définition assez erronée de la dignité) la st Valentin dans ce parc !

Evidemment, elle nia qu'elle avait participé à l'empoisonnement même si Drace se doutait du contraire. Etrangement, elle ne dit rien à ce sujet.

Portant Vayne sur son dos, Gabranth, Drace et la gouvernante se dirigèrent vers leur vaisseau. Laissant les deux hommes en avant, Drace lui demanda :

« Dites moi, ce philtre, est ce toujours l'effet qu'il produit ?

- Hein ? Euh, je l'ignore… Normalement il suffit de quelques gouttes pour rendre votre aimé désespérément amoureux de vous… Ou tout du moins pour pimenter une nuit, ajouta-t-elle en pouffant de rire. Mais là, je ne sais pas pourquoi il a agi de la sorte.

- Hmm… et vous en avez toujours ?

- Oui, pourq… » commença la jeune fille qui plaqua ses mains sur sa bouche, réalisant son aveu. Elle jeta un regard effrayé vers Drace qui, quant à elle, avait un air triomphant.

« Je vous propose un marché, fit la juge. Donnez-moi quelques gouttes de ce philtre et je vous promets de ne pas vous dénoncer.

- Vous me le promettez vraiment ?

- Je n'ai qu'une parole.

- Et bien soit… » dit la servante qui, même si la question lui brulait les lèvres, n'osa pas demander à Drace à qui elle destinait le philtre.

De retour au vaisseau, ils mirent le cap sur Archadès. Une fois arrivée à bon port et ayant revêtu leurs armures, Drace partit s'occuper de Vayne avec la servante alors que Gabranth allait faire son rapport à l'Empereur.

C'est avec surprise qu'il vit la porte de la salle du trôle entrouverte et sa mâchoire faillit se décrocher lorsqu'il vit l'empereur ivre mort jouer au strip-poker avec le Dr. Cid !

« V… Votre altesse ! s'étrangla le jeune homme. Que… Que…

- Ah, c'-tousse, hips- vous, Gabr-hips ! Que c'est qu'-hips, tousse- voulez ?

- L'empereur vous demande ce qui vous amène, Juge Gabranth, traduisit machinalement Cid, qui avait déjà du se séparer de presque tous ses vêtements.

- Je… Drace et moi avons… ramené le seigneur Vayne au palais… Mais il a perdu connaissance et… Il est alité, répondit Gabranth, rouge de honte, fixant ses bottes avec la plus grande attention.

- De qu-hips, tousse-uoiii ? Vayne était –hips- sorti ?

- Je pense que notre Empereur a oublié ce que son fils à fait, monseigneur Gabranth ! Je pense aussi que le lui rappeler serait une mauvaise idée… Vous ne voudriez pas qu'il s'énerve, hmm ?

- Euh, je… Non, mais…

- HAHAHA, -TOUSSE, HIPS- QUINTE FLUSH ROYALE !! s'exclama l'empereur étalant ses cartes avec fierté. Ca me rappelle –tousse, hips, tousse- ma jeunesse décidément ! Allez, Cid, retirez votre pantalon ! »

Le postérieur du Dr Cid étant la dernière chose qu'il avait envie de voir, Gabranth s'enfuit à toutes jambes hors de la salle du trône. Il se précipita sur un balcon afin de s'oxygéner le cerveau.

Alors qu'il reprenait petit à petit son calme et essayait d'effacer de sa mémoire la scène à laquelle il venait d'assister, il entendit un roucoulement et se prit brusquement un pigeon voyageur en pleine tête. En pestant, il attrapa l'animal par le cou et manqua de l'étrangler. Il vit alors un billet accroché à la patte de l'animal et, après l'avoir déplié, le lut.

Drace qui avait couché Vayne, que même une explosion de l'ampleur de celle qui avait détruit Nabudis n'aurait pas réveillé, s'approcha de Gabranth. Le voyant trembler, elle lui demanda ce qui le troublait. Sans dire un mot, Gabranth tendit le billet à sa collègue qui le lut.

« A l'attention des Juges Gabranth et Drace. Sommes à Bhujerba, dans la taverne « le Cumulus » avec Larsa. Avons besoin d'aide, situation critique. Venez en civil. »

Et c'était signé Zargabaath.