Chapitre 10. Un pardon difficile. Des vengeances insoutenables.
Le lendemain, Emma reçut plusieurs messages de Regina au travail.
Regina, 8h58
Emma, il faut qu'on parle d'hier soir. Est-ce que tu es disponible entre midi et deux ?
Emma, 10h50
Non, pas aujourd'hui. On a pleins de trucs à faire.
Regina, 10h52
Pleins de trucs à faire ? Sérieusement ?
Emma, 11h30
Oui, sérieusement. Si on discute maintenant, cet après-midi je ne serai pas en forme.
Regina, 11h31
Je comprends. A ce soir alors, Emma.
La danseuse n'était pas prête à reprendre leur routine, comme si de rien n'était. Comme si rien n'avait changé entre elles, alors que tout était différent, dans le cœur d'Emma. Bien sûr qu'elle était amoureuse de la brunette. Et jouer à la famille parfaite avec elle, ne l'aidait pas. Elle ressentait toujours son absence de réaction comme une trahison. Et un signe d'impossibilité.
« August ? Est-ce qu'on pourrait manger tous ensemble ce soir ? »
« Avec qui ? » le réalisateur lui demanda.
« Disons… toi, Killian, Robin, Tink, Ariel, Belle et Ruby ? » Emma proposa.
« Pourquoi pas. Un diner de stars et de préparatrices. J'aime assez. Est-ce que tu sais si Tink est célibataire ? » s'enquit-il, intéressé.
« Elle l'est » Emma lui répondit avec un clin d'œil.
« Count me in, alors beauté »
« Je te laisse les prévenir, et choisir un restau » rit elle.
« Super » August grommela.
Emma, 13h58
Je ne serai pas là, ce soir. On va manger au restau avec tout le monde.
Regina ne répondit pas. Emma soupira de soulagement. Mais son apaisement fut de courte durée.
Emma alla rejoindre Henry, en lui demandant si cela le dérangeait de passer la soirée avec Marianne et Roland. Le petit fut déçu de ne pas passer sa soirée habituelle, mais il accepta rapidement quand il vit la joie de Roland en apprenant la nouvelle.
Tout le monde se prépara donc pour sortir, et c'est tous ensemble qu'ils quittèrent les locaux. August donna l'adresse à David, et Emma était en train de monter dans la voiture quand le réalisateur lui dit :
« Regina nous rejoint directement sur place. Inutile de passer la récupérer »
La panique envahit Emma. August l'avait invitée. Elles allaient passer la soirée ensemble… David ramena d'abord Henry chez Marianne, puis il se mit en route pour le restaurant. Ruby, Belle, Ariel et Tink discutaient avec entrain, mais Emma n'y prit pas part.
Quand ils arrivèrent, les filles descendirent de la voiture en hâte, et entrèrent dans le restaurant. Emma resta en arrière, et ne s'aperçut pas immédiatement de la présence de David.
« Tout va bien, Emma. Ce n'est pas toi qu'ils vont manger, ce soir » lui sourit-il.
« Je sais, mais… »
Emma ne put finir sa phrase. Elle ignorait quoi dire.
« Ne crains rien. Je t'attends ici. Tu es magnifique, très bien habillée. Et entièrement à ta place » tenta-t-il de la rassurer.
La jeune femme lui sourit faiblement, et était sur le point de rentrer à son tour, lorsque Killian arriva. David fronça les sourcils.
« Puis-je être votre cavalier, Mademoiselle ? » lui proposa-t-il poliment.
Emma avait besoin de courage. Et rejoindre Regina avec quelqu'un d'autre lui semblait moins effrayant que d'y aller seule. Elle accepta donc son bras et ils entrèrent ensemble.
Tout le monde était déjà attablé, et Emma repéra aussitôt la brunette. Elle les fixait. Son masque était revenu. Killian lui tira sa chaise pour qu'elle s'assoit, et prit place à ses côtés. Regina lui faisait directement face. Emma allait avoir besoin de boire…
« J'ai entendu dire que ta chère mère t'avait rendu une visite surprise, Gina ? » August lui demanda, tandis que les discussions cessaient respectueusement.
Le regard de Regina n'avait pas encore quitté le visage d'Emma, et elle haussa les sourcils lorsque celle-ci leva les yeux vers elle pour écouter sa réponse. La question silencieuse vrilla ses tympans : c'est toi qui le lui as dit ?
« Oui, c'est vrai. Comme tu le sais, c'est toujours un plaisir » répondit-elle froidement.
Robin, qui était assis sur sa droite, lui pose une main compatissante sur l'épaule. Emma sentit la jalousie ressurgir. Elle espérait vaguement que Regina ne se sentit pas « vide » ce soir-là. Une autre partie de son cerveau lui disait qu'elle s'en fichait. Le sentiment qui en résulta fut de la colère mal déguisée.
« On a une grande nouvelle à vous annoncer » Ruby dit, sentant le malaise.
Tout le monde se tourna vers elle.
« Belle et moi nous sommes fiancées » dit-elle avec un sourire à couper le souffle.
Tout le monde applaudit, et acclama. Mais Emma était trop hébétée pour réagir. Ils lui adressèrent tous leurs félicitations, et Emma retrouva la parole.
« Vous ne vous connaissez que depuis deux mois » dit-elle.
Son ton n'était ni réprobateur, ni négatif. Juste surpris. Et ses deux amies ne s'en formalisèrent pas.
« C'est vrai. Mais quand quelque chose est destiné à arriver, tu le sais. J'ai su que ce serait Ruby, dès le moment où mes yeux se sont posés sur elle » lui répondit Belle.
Etait-ce son imagination, ou Regina l'avait-elle observée lors de cette explication ? Pour cacher sa gêne, et après les avoir félicitées, elle se servit un verre de vin, sans même proposer aux autres, et le vida d'une gorgée.
« Wow ! Mollo, Emma ! Je n'ai pas envie que ma star ait une gueule de bois demain » la réprimanda le réalisateur.
« Sacrée descente, Swan ! Ce soir, on se lâche, donc ? » Killian s'exclama, visiblement ravi.
« Qu'est-ce que je viens de dire, Kil ? » August répondit.
« Oh ça va, Papi ! On est largement dans les temps ! C'est toi-même qui l'as dit ! »
August eut un sourire indulgent, et finit par rire lorsque l'acteur lui versa un grand verre. Killian apostropha une serveuse :
« On aimerait du rhum et deux bouteilles de champagne, Mademoiselle »
« Combien de verres de rhum, Monsieur ? » lui sourit-elle.
« Apportez la bouteille, ça devrait suffire »
Tout le monde rit encore – à l'exception d'Emma et Regina. Lorsque les bouteilles arrivèrent, Killian et Robin firent le service : une flute de champagne pour tout le monde, et un fond de rhum pour ceux qui en voulaient… à savoir Emma, et les deux acteurs.
« Bon, ben je sens que demain, ça va être jour de repos » August se lamenta.
« Super ! » Robin s'exclama.
« Attends ta gueule de bois de demain, pour savoir si c'est une bonne nouvelle » Emma lui sourit, se délectant secrètement de la souffrance qui l'attendait.
« Je ne suis jamais malade après un soir de fête » répliqua l'acteur, avec suffisance et humour.
« J'ai un défi pour toi Killian, alors »
« Je suis partant ! C'est quoi ton défi, beauté ? »
« Faire en sorte que Robin se réveille avec une migraine à lui fendre le crane en deux, demain » Emma dit diaboliquement.
Tout le monde éclata de rire, et même Robin accepta. Puis ils levèrent tous leurs verres de champagne.
« A BELLE ET RUBY ! » Ariel s'exclama.
« A BELLE ET RUBY »
La soirée fut moins pénible que prévu. Emma avait déjà beaucoup bu, et riait à tout ce que disait Killian, sans même s'en rendre compte. Robin était, lui aussi, dans un sale état, et commençait à dire n'importe quoi. Emma n'avait aucun mal à ignorer Regina quand tant de monde lui parlait en même temps. La brunette, qui était restée sobre, discutait avec August. Pourtant, il n'échappa à personne, qu'elle passa sa soirée à observer Emma… à personne, excepté la principale intéressée.
« Et ce soir-là, tout le monde est monté sur une table pour scander son prénom et la supplier de revenir »
Ruby était en train de raconter une anecdote du Moulin Rouge. En temps normal, ce genre de réflexions l'aurait fait rougir, mais étrangement, elle se surprit à glousser.
« C'est vrai. Tu m'as appelé bouche d'or pour la première fois, aussi »
« J'aurais aimé voir ça » dit Killian, rêveur.
« La seule qui ait vu ça, c'est moi, de toute façon » Ruby lui répondit sur un ton compétitif.
« Et Regina » August ajouta.
Killian se retourna vers l'avocate, étonné.
« C'est comme ça que tu nous l'as découverte ? »
Regina acquiesça, sans lui répondre, l'ignorant superbement.
« Je remercie le ciel tous les jours que Dieu fait que ta route ait croisé la sienne » August dit en riant.
« Pas moi » Regina murmura.
Personne ne sembla entendre. Mais Emma le lut sur ses lèvres. Un déclic se fit en elle.
« Si ça peut te rassurer Killian, tu es le seul qui ait jamais dansé avec moi »
Elle voulait clairement blesser Regina, bien sûr, visant volontairement la première soirée qu'elles avaient passée ensemble. Dans son état d'ébriété, tous ses principes s'envolaient par la fenêtre.
« Et on danse drôlement bien » lui répondit-il avec un clin d'œil.
« On veut une danse » s'écria Tink en riant.
« Me l'accorderez-vous, Mademoiselle ? » Killian lui demanda, charmeur.
« Avec plaisir »
Et ils dansèrent. Tout tournait trop vite autour d'Emma. Elle ne pensait plus qu'à une chose, la remarque de Regina, la déception qu'elle avait vécu la veille, la colère qu'elle ressentait pour elle, la confusion dans laquelle elle était placée par sa faute. Tout n'était que Regina dans sa tête. Et quand Killian posa ses lèvres sur les siennes, elle accueillit la distraction à bras ouverts. A ce rythme-là, n'importe quoi serait plus supportable que les pensées qui tournoyaient dans son crâne. Killian l'entraina dehors, la faisant rentrer dans sa propre voiture. Elle s'en aperçut à peine. Et elle avait besoin d'évacuer toute sa frustration. L'acteur était parfait pour remplir ce rôle.
David s'arrêta devant une maison qu'elle ne connaissait pas, et elle supposa qu'elle appartenait à son partenaire. Mais quand ils descendirent de la voiture, David empêcha Emma de monter avec lui. Une violente dispute éclata entre les deux hommes. Elle finit avec le poing de David dans le ventre de Killian. Celui-ci partit sans demander son reste.
Emma lui demanda ce qui lui était passé par la tête. Et il le chauffeur lui répondit, avec toute la tendresse qu'elle lui connaissait :
« Ce n'est pas lui que tu veux, Emma. Je ne veux pas que tu fasses de bêtises »
Emma était trop soule pour se demander comment il avait deviné ça. Elle se contenta de s'écrouler dans ses bras. Il la ramena chez elle, et s'occupa d'elle comme seul un père aurait pu le faire.
Elle s'endormit dans son lit, et quand elle se réveilla le lendemain, elle s'aperçut que son ami l'avait veillée toute la nuit, dormant sur une chaise proche d'elle. Elle se sentit tellement coupable que la bile lui remonta dans la gorge… ou plutôt le reste d'alcool qui imbibait ses tripes. Elle alla vider son contenu dans les toilettes, ce qui réveilla David. Il lui tint les cheveux sans faire de commentaire.
Puis, elle se brossa les dents. Quand elle arriva dans la cuisine, David était déjà en train de lui préparer un café.
« Prête à m'expliquer ce qu'il s'est passé hier soir ? » lui demanda-t-il doucement.
Et Emma lui raconta tout. Sans omettre un seul détail. Depuis le moment où elle avait vu Regina, jusqu'à ce qu'il lui était arrivé la veille.
« Et tu crois vraiment que te taper un mec sous son nez lui donnera envie de toi ? »
David n'était pas en train de porter un jugement. Il essayait juste de lui faire voir ses propres erreurs.
« Dans tous les cas, ça n'aurait jamais pu marcher entre nous »
« Tu n'en sais rien » le chauffeur protesta.
« Si… C'est une intellectuelle. Et sa mère désapprouverait, en plus »
« Je doute que les parents aient quoi que ce soit à dire sur la vie sexuelle de leurs enfants » David souligna.
« Oui, et c'est justement ça le problème. Je ne veux pas faire partie que de sa vie sexuelle. Je veux faire partie de sa vie tout court » Emma répliqua.
« Et je ne vois toujours pas pourquoi sa mère aurait quelque chose à dire là-dessus »
« Tu ne l'as jamais vue »
« Je commence à croire que c'est une bonne chose »
Emma ricana. A 13 heures, ils partirent récupérer Henry. Emma aperçut Robin et eut encore une fois envie de rire. Visiblement, il expérimentait sa première gueule de bois. Et ce n'était pas joli-joli. Marianne ne cessait de leur lancer des regards de reproche, et Emma s'empressa de quitter les lieux.
Henry lui détailla sa soirée, et s'enquit de la sienne. Elle omit les détails pénibles… Ils finirent leur après-midi tous les deux, en mangeant des popcorns et regardant des dessins animés.
« Regina arrive à quelle heure ? » Henry lui demanda à 19 heures.
« Euh… »
« Je l'appelle » Henry l'interrompit.
Mais il revint bredouille.
« Je n'ai pas réussi à la joindre »
« Envoie-lui un texto »
Regina n'y répondit que bien plus tard. Emma lut le message par-dessus l'épaule de son fils.
Ma, 20h33
Je suis désolée, Henry, je n'avais pas mon téléphone sur moi. Je ne suis pas à l'hôtel, ce soir. Un truc de dernière minute. Je n'ai pas pu te prévenir avant. Je ne pourrai pas être là demain soir, non plus. Mais on se voit après-demain, d'accord ? Bisous mon chéri. Bonne nuit. Et sois sage.
Henry se tourna vers elle. Sa déception semblait immense.
« Tu crois que c'est de ma faute, Maman ? » demanda-t-il d'une voix si désespérée que le cœur d'Emma se brisa.
Elle lui répondit toutefois avec le plus de neutralité possible.
« Pourquoi ce serait de ta faute, Hen' ? »
« Ben… elle a peut-être pas accepté ce que j'ai dit à sa mère ? »
« Vous en avez parlé, Henry. Et tu sais très bien que Regina ne t'en voudrait jamais pour ça. Si elle te dit qu'elle n'est pas là, c'est qu'elle doit être en déplacement. Tout simplement. Ne va pas t'imaginer n'importe quoi » dit-elle en riant.
L'enfant sourit, visiblement soulagé. Emma aurait aimé en dire autant…
SQSQSQSQSQSQ
La scène qu'ils durent jouer le lendemain matin se déroulait en extérieur. Devant un vieux théâtre, proche de Central Park. Certains fans s'agglutinaient autour des acteurs, et Emma buvait son café, songeuse. Est-ce que ce genre de choses étaient sur le point de lui arriver à elle aussi, une fois que le film sortirait ?
La pensée la déstabilisa. Elle n'était pas sûre d'apprécier la notoriété… mais il était trop tard pour faire machine arrière de toute façon.
Killian ne fit aucune réflexion sur ce qu'il s'était passé. Emma en fit de même. David restait près d'elle. En plein air, elle se douta qu'il craignait pour sa sécurité, et sa présence l'apaisa. August s'approcha d'eux, avec trois grands cafés, et les emmena à l' écart.
« Emma… tu peux me dire ce qu'il s'est passé l'autre soir, avec Killian ? » lui murmura-t-il.
La danseuse rougit.
« Rien »
« Rien ? » August s'étonna.
« Non rien, mec. Je l'ai dissuadée de monter chez Killian et je l'ai ramenée chez elle » David lui expliqua.
« Donc je n'ai aucune crainte à avoir sur le déroulement de la suite de mon film ? »
« Non » Emma lui répondit, sincère.
Son regard fut attiré par un kiosque. Elle regarda machinalement les couvertures des magazines, et ce qu'elle vit lui glaça le cœur. Regina. Embrassant un homme. Les gros-titre disaient : « Humbert aurait-il trouvé la femme de sa vie au sein de l'ONU ? »
Emma se figea. Les deux hommes suivirent son regard, et échangèrent un regard d'appréhension.
« Euh… Emma… » August commença.
« August, tu me donnes ma matinée ? »
Le réalisateur geignit.
« J'ai pas vraiment le choix, tu vas être incapable de jouer correctement de toute façon, maintenant »
« David ? »
« On est parti » lui répondit-il.
Elle acheta le magazine en question avant de partir, et feuilleta rageusement les pages sur le trajet. Il y avait des photos de ce mec et elle dans plusieurs endroits. Les clichés avaient été pris de nuit. Emma comprenait mieux le « contretemps » de Regina de la veille. Et le fait qu'elle n'ait pas vu son portable. Sa fureur était à son comble quand la voiture se gara.
David descendit, et lui expliqua qu'ils étaient au siège social de son cabinet. Le building était immense. Elle ne savait pas où se trouvait le bureau de la brunette. Mais aveuglée par la rage, elle n'hésita même pas.
Elle entra dans le bâtiment, et ne s'arrêta pas lorsqu'une personne lui demanda ce qu'elle voulait. Elle prit l'ascenseur et appuya sur la touche du dernier étage. Bien sûr, cela ne marcha pas. Cet étage devait être bloqué par mesure de sécurité. Elle appuya sur l'avant dernier. Cette fois, l'ascenseur se mit en marche. Aussitôt arrivée, elle remarqua les escaliers au bout du couloir. Elle avança vers la porte, en remarquant du coin de l'œil que des agents de sécurité la suivaient déjà. Elle se mit à courir et monta les marches quatre à quatre.
« ARRETEZ-VOUS » commencèrent-ils à crier.
C'est ça oui, pensa-t-elle. La première chose qu'elle vit en déboulant dans l'immense pièce, fut une secrétaire, surprise de son arrivée. Plusieurs portes lui faisaient face.
« Euh, je peux vous aider, Mademoiselle ? »
L'écriteau « Regina Mills » était affiché sur une des embrasures, tout au fond. Elle s'y précipita.
« MADEMOISELLE, VOUS NE POUVEZ PAS ENTRER, ATTENDEZ »
Elle entra quand même, folle de rage, alors que la secrétaire et les agents de sécurité étaient derrière elle. Regina n'était pas seule. Il y avait une grande table au centre de la pièce. Le bureau était immensément éclairé, en raison de tout un pan vitré de la pièce, donnant vue sur l'océan. Regina était debout, une main sur le bureau, et l'autre sur sa hanche, visiblement en pleine conversation. Plusieurs autres personnes se trouvaient autour d'elle. Certaines assises, d'autres non. Tout le monde se tourna vers elle, surpris. Et Emma ne se sentit même pas intimidée.
Elle avança vers Regina et les agents lui attrapèrent le bras. Elle se dégagea de leur emprise, d'un mouvement violent de l'épaule, et Regina leva la main vers eux, en signe d'apaisement. La table les séparait. Emma lui jeta le magazine qui atterrit devant elle. La brunette n'avait toujours pas bougé. Sa main était même revenue sur sa hanche.
Elle n'accorda qu'un coup d'œil à ce qu'Emma lui avait lancé, puis l'observa. Tout le monde sembla attendre sa réaction avec appréhension.
« La réunion est terminée » finit-elle par dire.
Sa voix était grave. Trop grave. Aussi dangereuse qu'elle l'avait été quand Neal l'avait embrassée. La plupart des gens s'enfuirent sans un commentaire, comprenant qu'il ne servait à rien de discuter. Les agents de sécurité étaient déjà repartis. D'autres semblèrent s'indigner.
« Mais Regin… »
« DEHORS ! » cria-t-elle, sans lâcher Emma du regard.
Mais sa rage et la puissance qui émanaient d'elle en cet instant, n'auraient jamais pu égaler celles d'Emma. Lorsque la dernière personne fut sortie, et que la porte se fut enfin refermée, Regina lui demanda, avec cette même voix profonde :
« Je peux savoir de quel droit tu te… »
« De quel droit, Regina ? C'est moi qui devrais te poser cette question ! » Emma s'emporta.
« J'en déduis que tu n'apprécies pas ma nouvelle conquête ? »
Et Regina eut l'audace de sourire. Son sourire était non seulement suffisant, mais victorieux.
« Ta nouvelle conquête ? »
La voix d'Emma n'avait été qu'un murmure. Mais même à ses propres oreilles, Emma entendit le péril menaçant qui s'en dégageait. Regina cessa de sourire.
« Je ne pense pas que cela te regarde en quoi que ce soit » Regina dit, tentant de cacher son trouble.
Elle se détourna, et avança jusqu'à la vitre, fuyant son regard. Elle portait une jupe qui s'arrêtait mi-cuisse. Fendue sur le côté. Et un débardeur en soie blanc. Largement décolleté. Comme toujours.
« Ah non ? »
« NON ! » dit-elle en se tournant vers Emma, folle de rage.
Emma ne comprit pas le changement soudain d'attitude.
« Je ne t'ai pas demandé ce qu'il s'était passé entre cet abruti et toi… »
« IL NE S'EST RIEN PASSÉ » Emma l'interrompit, avec hargne.
« TU L'AS EMBRASSÉ » Regina riposta, son ton concordant avec celui de la jeune femme.
« Il m'a embrassée » Emma rectifia avec dégout.
Regina la regarda avec dédain.
« Et il t'a ramené chez lui, oui. Je suis au courant, j'étais là »
« Je n'y suis pas allée »
« Ça ne change rien. Je ne t'ai rien demandé… »
« Tu le fais, maintenant. Et si c'est pour te venger et te jeter sur le premier venu, j'aurais préféré que tu me le demandes, Regina ! » Emma l'interrompit une nouvelle fois, avec colère.
Regina l'observa pendant quelques secondes sans mot dire. Puis elle établit :
« Que les choses soient bien claires, Miss Swan. Je ne sais pas quel droit vous pensez avoir sur moi ou mes agissements, mais ils ne sont en rien liés à vous. Ma relation avec Graham ne regarde que nous. Je ne cherchais pas une seule seconde à me venger »
Elle ment, fut la seule pensée qu'Emma put formuler dans son esprit. Elle sentait le mensonge comme si elle l'avait proféré elle-même.
« Vraiment ? » Emma grogna.
Regina ne prit pas la peine de répondre. Elle n'en avait peut-être pas le courage. Emma s'avança vers elle, rapidement.
« Restez où vous êtes, Miss… »
Mais avant qu'elle n'ait pu finir sa phrase, Emma était déjà sur elle, emprisonnant la brunette contre la vitre avec son propre corps. Ses deux mains enserraient sa taille, et leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
« Arrête de me vouvoyer » Emma lui ordonna, sa voix à peine plus audible qu'un chuchotement.
« Recule » Regina protesta faiblement.
« Pourquoi ? Je n'ai aucun pouvoir sur toi de toute façon. Non ? »
« Non » Regina approuva d'une voix étouffée par le désir.
« Tu as refusé de passer la soirée avec nous, pour voir ce con d'acteur » Emma continua.
Regina retint son souffle.
« Tu ne m'as même pas défendue quand ta mère m'a insultée »
Dans un dernier élan de bravoure, Regina lui répliqua avec tout le sarcasme qui lui restait :
« Et alors ? Tu vas me punir ? »
L'invitation était à peine déguisée. Emma lui écarta les jambes avec une des siennes, remonta sa jupe le long de ses cuisses, et souleva la femme d'affaires sans effort. Les jambes de Regina s'enroulèrent immédiatement autour de sa taille, et ses mains s'agrippèrent à ses cheveux. Le corps de Regina était collé contre la vitre, et Emma le sentait déjà vibrer entre ses mains.
Puis, elles s'embrassèrent. Leur baiser ressembla en tout point au premier : affamé, passionné, et presque désespéré. Regina empoignait la chevelure d'Emma, cherchant à la rapprocher encore plus près. Les mains de la danseuse sur les cuisses de l'avocate l'enserraient avec plus de violence. Ses ongles se refermèrent sur sa peau, et elle trouva du plaisir à la griffer. A la marquer. En réponse, le gémissement de Regina fut à peine humain.
Emma se dégagea soudain de son emprise, en reculant. Regina en tomba presque, mais se rattrapa au dernier moment. Sa position et le rouge de ses joues auraient été comiques, si elle n'avait pas eu l'air aussi effrayant.
« Tu n'as pas intérêt de… »
« Bonne journée, Regina. Je te laisse de la lecture »
Emma repartit, bouillonnant de rage et de désir.
SQSQSQSQSQSQ
Lorsqu'elle passa récupérer Henry en fin de journée, celui-ci pleurait. Mary-Margaret avait l'air complétement dépassée et désolée. Emma la regarda sans comprendre, et le professeur lui dit :
« Il m'a demandé de regarder la télé en prenant son gouter, et il est dans cet état depuis »
Henry se précipita sur elle. Elle le souleva et lui fit un câlin. Elle se doutait déjà de ce qu'Henry avait dû voir, et cela la dégoutait d'avance.
« T'en fais pas, MM. Surement une mauvaise nouvelle en Égypte »
Elle partit sans prendre le temps de leur dire au revoir. En voyant Henry pleurer, David voulut lui parler, mais un regard d'Emma l'en dissuada.
« David, est-ce que l'on peut dormir chez toi, cette nuit ? » lui demanda-t-elle.
« Emma… » soupira-t-il.
« S'il te plait ? »
« Bien sûr » confirma-t-il.
Dans la voiture, Emma tenta de réconforter son fils.
« Écoute Henry, tu n'as pas à être triste comme ça. Tu veux que Regina soit heureuse, non ? »
« Oui, mais avec nous » sanglota ce dernier.
Emma eut un rire désabusé.
« Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, Henry. Je te l'ai déjà expliqué »
« Si ! Vous êtes amoureuses l'une de l'autre et vous faites n'importe quoi »
La colère surgissait. Tant mieux, pensa Emma. Elle préférait la rage au chagrin. Elle pouvait gérer ce genre de crise.
« Nous ne sommes pas amoureuses. On est très proches, et on s'aime beaucoup. Et ça n'empêchera pas Regina de rester avec nous. Au mieux, tu gagneras un nouveau père » Emma s'emporta elle aussi.
« Je veux pas d'un père » Henry dit d'une voix dédaigneuse.
« Ce que tu veux est impossible » Emma lui répondit avec plus de douceur.
« Je vous déteste. Toutes les deux » murmura-t-il.
Emma décida de lui laisser le temps de se calmer. C'est David qui s'occupa de son enfant ce soir-là. Et le lendemain, ils partirent ensemble. Mais Henry la boudait toujours.
A peine arrivés sur le plateau, il s'enfuit en courant rejoindre Roland. David lui murmura :
« Regina l'a appelé plusieurs fois, hier soir. Il n'a pas répondu »
Emma se rembrunit.
« Emma… comment est-ce qu'elle a réagi, hier ? »
« Je n'ai vraiment pas envie d'en parler maintenant, David »
« OK. Je suis là si tu as besoin »
« Merci »
La journée passa si vite, qu'Emma s'en aperçut à peine. Le soir, ils rentrèrent chez eux.
« On commande une pizza, ce soir ? » Emma lui proposa.
« Oui »
« Qu'est-ce que tu veux ? »
« Royale »
« Ok, je les appelle »
Une demi-heure plus tard, quelqu'un tapa à la porte. Emma sortait à peine de la douche, et n'était vêtue que d'une serviette de bain.
« Henry, tu peux ouvrir, s'il te plait ? »
Elle entendit l'enfant ouvrir la porte, puis partir en courant. Des claquements de talons résonnèrent dans la chambre. Ce n'était pas le livreur de pizza. La porte de la chambre d'Henry claqua.
« Ouvre-moi Henry » Regina supplia.
« NON, VA-T-EN JE TE DÉTESTE » lui cria-t-il.
Emma venait d'arriver dans le salon, toujours entourée de sa serviette, et vit Regina entrer, sans respecter l'interdiction d'Henry, laissant la porte ouverte derrière eux. Même si elle ne voulait pas écouter, Emma n'eut d'autre choix que d'entendre leur discussion. Elle resta figée dans sa position, incapable de bouger.
« Henry, s'il te plait, est-ce que tu veux bien me parler ? »
« JE T'AI DIT NON »
« Ça suffit, c'est ridicule ! Tu te comportes comme un enfant gâté, et ta mère ne t'a pas élevé comme ça »
« TU NE SAIS RIEN D'ELLE, TU NE SAIS RIEN DE MOI, ET TU NE SAIS RIEN DE NOUS »
« Je t'interdis de me parler sur ce ton »
« T'AS RIEN A M'INTERDIRE, TU N'ES PAS MA VRAIE MERE »
Un silence.
« Tu te souviens le pari que tu avais perdu ? J'aimerais l'utiliser aujourd'hui. J'aimerais que tu acceptes, et que tu pardonnes » Regina articula difficilement.
Ils ne parlèrent plus pendant quelques secondes, par la suite.
« Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant ? » Henry demanda d'une toute petite voix coupable et accusatrice à la fois.
« Parce qu'il n'y avait rien à dire » Regina répondit, un sanglot dans la voix.
« Je pensais… » commença Henry, la voix étranglée.
« Je sais » Regina murmura, vaincue. « Moi aussi » avait-elle ajouté si bas, qu'Emma se demanda si elle avait bien entendue.
TBC.
Désolée, je ne me suis pas relue, sur ce chapitre. Je vous demande pardon d'avance de toutes les fautes que vous pourrez constater.
Je suis en train de finir d'écrire le chapitre 12. Je pense que j'en écrirai au moins un de plus. Et si après le chapitre 13, vous désirez un prologue, on pourra peut-être s'arranger.
Ce chapitre a été assez horrible, je suis d'accord. Le prochain devrait vous faire rire, il sera un peu différent. Et le 12 devrait être libérateur D
Mais je n'en dis pas plus. Merci pour vos encouragements. Comme toujours, vous êtes au top !
Merciiiiiiiiiiiiiiii.
S.
