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Que de tracas pour notre petite Katniss…
Merci à tous pour vos super reviews. J'ai ri aux éclats quelques fois et ça fait vraiment du bien de découvrir vos commentaires et vos attentes concernant ce que j'écris. Merci à tous…
Lumi ^_^
L'alliance
Je ne sais pas combien de temps, je suis resté planté là, à regarder la route que venait de prendre Peeta. J'ai vu sa voiture disparaître, entendu Gale rentrer chez lui en claquant la porte et puis plus rien. Plus rien sinon le bout de cette rue et la sensation d'avoir tout perdu en quelques secondes à peine. Je ne voyais plus que le regard noir de Peeta, son expression fermé. C'est un coup de klaxon qui me fit sortir de ma transe. Un coup de klaxon puis la voix d'Haymitch.
_ Ne te gênes pas pour nous surtout ! Ce n'est pas comme si les trottoirs étaient faits pour les piétons. On va te contourner, te dérange pas.
Je me retournais lentement vers lui. Il finit de garer sa camionnette puis descendit de son véhicule avec le regard de quelqu'un qui en a préparé une bonne, sauf qu'il ne dit pas un mot. Il me regarda un instant, puis tout en baissant la tête prononça mon prénom du bout des lèvres avant que tout autour de moi ne plonge dans le silence et le noir complet.
Je me réveillais en sursaut, complètement désorientée. Un canapé, mon canapé… mon salon, j'étais dans mon salon. L'horloge de la cuisine indiquait une heure que je n'arrivais pas à déchiffrer, l'eau gouttait dans l'évier…
_ Peeta ! Peeta !
Je tournais mon regard dans tous les sens mais il n'était pas là. Mes yeux s'arrêtèrent à l'endroit où était posé son sac un peu plus tôt mais rien ! Absolument rien. Du bruit à l'étage me donna un peu d'espoir et je me levais précipitamment, un peu trop peut-être car je tanguais avant de reprendre mon équilibre. Mais ce n'est pas Peeta qui apparut en haut de l'escalier.
_ Haymitch ?
Ma voix était brisée. Il s'avança vers moi et ma réaction le surpris autant que moi-même. Je tombais dans ses bras en pleurant. D'abord sans réaction, il finit par me serrer contre lui tout en passant une main dans mon dos. C'était la première fois que je me laissais aller de cette manière depuis longtemps mais je n'en pouvais plus. Je n'avais pas cessé de penser à Peeta ces derniers jours et quand il était enfin là… Mes pleurs redoublèrent et Haymitch me raccompagna jusqu'à mon canapé avant de se relever pour me servir un verre d'eau. Je tentais de me reprendre pendant ce temps.
_ Tiens. Bois ça, ça te fera du bien.
Je prenais le verre et le portait à mes lèvres. J'en buvais une bonne gorgée avant de lui murmurer un timide merci. C'était gênant tout à coup, de me retrouver avec Haymitch dans mon salon. Lui tentant de me réconforter et moi en larmes. Il s'était assis sur la causeuse en face de moi et tenait ses mains repliées l'une sur l'autre tout en regardant vaguement par la fenêtre. Mes idées reprenaient place petit à petit et je me demandais subitement pourquoi Haymitch était là. Est-ce qu'il était venu voir ma mère ? Il devait savoir qu'elle travaillait aujourd'hui, non ? Je parvins à articuler ma phrase entre deux toussotements.
_ Ma mère… n'est pas là… vous savez.
Il se tourna vers moi l'air un peu surpris par ma soudaine prise de parole avant de sourire et de se redresser doucement.
_ Oui, je sais. C'est toi que je venais voir à vrai dire.
Je le regardais, attendant la suite. Est-ce qu'il savait que je les avais vus, hier, avec ma mère ? Sae avait dû leur en parler, bien sûr. Cela pouvait expliquer le silence de cette dernière contre la porte de ma chambre ce matin. Haymitch repris un peu gêné mais décidé à crever l'abcès.
_ Sae nous a dit que tu nous avais… enfin bref, que tu savais maintenant. Kelly a été très peiné par ta réaction, tu t'en doutes. Elle se posait déjà beaucoup de question et d'apprendre que tu étais partie en colère…
Je baissais la tête. Je n'avais pas voulu la faire souffrir, c'est juste que de les voir comme ça alors que moi… je m'arrêtais en pleine réflexion, comme frappée par mes propres émotions. C'était ça ? C'était de la jalousie que j'avais ressenti ? Peeta me manquait tellement que je ne pouvais pas voir les autres heureux ?! Je regardais Haymitch, les larmes au bord des yeux et il se tut un instant. Je n'avais rien contre Haymitch, il était spécial mais pas méchant et puis j'avais toujours été très protectrice vis-à-vis de ma mère mais depuis mon retour, je l'étais encore plus. Ce que j'avais d'abord pris pour de l'affection pour elle, était juste de la jalousie. Je ne voulais ni partager, ni accepter de la voir heureuse quand moi je ne l'étais pas. Quel genre de fille faisait ça ?
_ Elle a voulu en parler avec toi ce matin, mais elle n'a pas pu. Je lui ai dit que je passerais. Après tout, c'est avec moi que tu as un problème non ? Pas avec elle.
Haymitch était plus sensible et plus chevaleresque que je ne l'avais imaginé. Je me sentais encore plus mal. Je bafouillais quelques mots à son intention.
_ Non, je n'ai pas de problème… pas de problème avec vous. Juste, ne lui faites pas de mal, ok ? Elle a déjà assez souffert, elle a besoin qu'on l'aime et qu'on la protège c'est tout.
Il me regarda droit dans les yeux avant d'ajouter avec un sourire :
_ Toi aussi non ?
Je restais sans réaction et il poursuivit :
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que je te retrouve plantée au milieu de la rue et que tu tombes subitement dans les pommes ? Tu n'es pas une petit nature Katniss. Qui t'as fait ça ?
Pendant un instant, j'eu l'impression d'avoir un père en face de moi. Un père qui s'inquiéterait de connaitre le nom du petit con qui avait blessé sa fille chérie. C'était troublant, Haymitch était troublant. Je ne parlais de mes histoires avec ma mère, mes histoires étaient même un bien grand mot. Disons que je n'avais jamais parlé de Gale avec ma mère, voilà. Seulement là, les choses devenaient plus complexes, ma réaction à son départ précipité le prouvait bien. Peeta n'était pas Gale, Peeta n'était pas une histoire, il était devenu en très peu de temps et de façon certaine : mon histoire. Alors j'expliquais tout à Haymitch qui eut la gentillesse de ne pas m'interrompre une seule fois, me laissant même mettre de l'ordre dans mes idées quand j'en avais besoin. Mon arrivée au campus, ma rencontre avec Peeta, ce sentiment qui m'avait saisi dès le premier instant et comment nous nous étions rapprochés. Je poursuivais avec notre premier accrochage et nos retrouvailles. Je ne m'arrêtais plus, tout ce que je n'avais pu partager avec quelqu'un, je le partageais maintenant avec lui. Mon manque, mes doutes, Gale, tout jusqu'à son arrivée devant chez moi, un peu plus tôt.
_ Tu l'aimes ?
Je relevais la tête de mon verre vide pour le regarder sans parvenir à articuler ce que mon cœur voulait crier. Il sourit avant de se replonger dans le vieux fauteuil.
_ Oui, bien sûr, tu l'aimes.
Le silence s'installa entre nous mais il n'était plus dérangeant. Je me sentais plus légère et bien qu'Haymitch n'ait rien dit de particulier, plus sereine. Je ne sais pas pourquoi mais j'avais à ce moment précis le sentiment que les choses pouvaient s'arranger. Haymitch poussa un profond soupir.
_ J'ai été amoureux avant ta mère.
Il tourna lentement la tête vers moi avant de lever les yeux au ciel avec ce rictus que je lui connaissais si bien.
_ Ne me regarde pas comme s'il me poussait un troisième œil, je te dis que j'ai été amoureux avant ta mère. Où est le problème ?
J'étais sûre que ma tête devait effectivement être bizarre si elle reflétait mes pensées. Haymitch était-il vraiment en train de se confier ? Je tachais de gommer le malaise. Après tout, il m'avait écouté sans sourciller lui.
_ Au… aucun, je n'ai rien dit.
_ Mouais, écoute moi avant de commencer à penser de travers.
Il reprit d'un ton plus bas.
_ Donc je disais, j'ai été amoureux avant ta mère. C'était il y a un bout de temps maintenant, j'étais à peine plus vieux que toi. Mais il y a des choses qu'on n'oublie jamais, non ?
La question ne m'était pas vraiment destinée. Haymitch n'étais plus ici avec moi, il était ailleurs, bien des années en arrière.
- Maysilee Donner…. La première fois que je l'ai vu, c'était quelques jours après mon entrée au Lycée. On était pas dans la même classe mais dans le couloir, je n'avais vu qu'elle. Douce, souriante, une apparence frêle mais un regard déterminé. Dès le début, j'ai compris qu'on ne jouait pas dans la même catégorie, elle et moi. Tout le monde l'aimait, l'appréciais pour ce qu'elle était alors que pour pas mal de monde, j'étais un petit con prétentieux. Et pourtant, … elle m'intriguait. Sans m'en rendre compte, je cherchais à croiser sa route, connaitre ses goûts, ses activités, sa vie. Un jour, lors d'une sortie scolaire qui ne m'intéressait pas le moins du monde, on a fini par sa parler. Ça avait été facile, je n'avais pas à faire semblant, juste à être moi-même et elle m'avait accepté dans sa vie. On est devenu amis, de super amis mais ça m'a pris plus de deux ans avant de lui avouer quoique ce soit. Un soir, après avoir un peu poussé sur ma consommation d'alcool, je lui ai dit que je l'aimais. Que tel un pauvre mortel devant une divinité parfaite et inaccessible, je serais prêt à mourir pour elle, que ses désirs seraient pour moi des ordres, blablabla… C'était vraiment pathétique mais elle m'a pourtant regardé comme elle ne l'avait jamais fait avant et m'a relevé le menton en me disant doucement: « Demain, quand tu auras dessaoulé, tu reviendras me voir. Tu me demanderas d'être ta copine et je te dirais oui. Ensuite, on régnera tous les deux sur le monde. » Sur le coup, j'étais certain qu'elle avait pris ça sur le ton de la plaisanterie pour m'épargner la honte de me faire repousser par ma meilleure amie mais deux jours plus tard, elle m'était tombée dessus en me demandant si je n'avais pas oublié quelque chose. Je lui ai demandé de quoi elle parlait. Sa réponse a été de m'embrasser puis de me tourner le dos en me lançant : « Je te donne encore un jour, et ne me déçois pas Haymitch! ». Sauf qu'il n'y a jamais eu de lendemain pour nous. Elle et quatre autres personnes sont mortes ce soir-là dans un accident de la circulation. Un camion qui n'a pas respecté une priorité. J'avais perdu deux ans avant de lui dire que je l'aimais et deux jours à croire que j'avais perdu ma meilleure amie. Mais les quelques secondes où elle avait posé ses lèvres contre les miennes m'avaient suffi pour comprendre qu'elle était celle pour qui je me levais tous les matins depuis plus de deux ans.
Je n'avais pas quitté Haymitch des yeux une seconde. Son histoire était si triste. Je me sentais vraiment honteuse de la façon dont je m'étais comporté avec lui jusqu'à maintenant. Il sembla revenir sur terre et je baissais les yeux. Il reprit un ton plus enjoué en me parlant :
_ Tu comprendras facilement pourquoi je suis devenu un des plus grands amateurs de grasse matinée du pays suite à ça. Plus de raison de vivre ? Plus de raison de se lever ! Mais continuer à vivre quand même parce que sinon qui se souviendra d'elle ? De l'intensité de ce moment ? De son baiser ? Qui ? Personne !
Il se renfonça dans le fauteuil, en poussant un profond soupir.
_ Alors, je suis resté là, à vivre sans rien attendre de la vie jusqu'à ce qu'un petit malin me fasse rencontrer ta mère. La vie n'est pas si garce des fois mais… d'après toi.
Il fixa son regard sur moi de façon a bien me signifier qu'il voulait que je réfléchisse à ce qu'il allait dire.
_ Si je pouvais changer le cours des choses, rattraper ne serait-ce que les deux jours que j'ai perdu à croire qu'elle ne m'aimait pas ou mêmes les quelques secondes qui m'auraient suffi à la retenir un peu plus longtemps près de moi pour qu'elle loupe son satané bus. Penses-tu que je l'aurais fait ?
Le regard plongé dans le sien, la réponse était évidente. Oui, il l'aurait fait. Je hochais la tête positivement avant de replonger mon regard au fond de mon verre vide. Il n'y avait rien à y voir sinon l'évidence. Je n'allais pas laisser Peeta s'éloigner comme ça de moi. Pas si j'avais ne serait-ce qu'une petite chance de lui faire comprendre ce que je ressentais pour lui. Pas sur un malentendu. Après tout, il était celui pour qui je me levais tous les matins depuis deux mois.
Après ma conversation avec Haymitch, j'avais repris du poil de la bête et j'avais passé un coup de téléphone à Madge. Elle m'avait bien sûr passé un savon par mais avait fini par me dire que Peeta devait surement être en route pour rejoindre sa famille. Tous les ans, ils se retrouvaient dans une petite maison de campagne à plusieurs heures de routes de chez moi. C'était le plan qu'il aille là-bas avant que son besoin de moi ne le conduise à quelques modifications. Elle n'arrivait pas à croire que je l'avais encore blessé et pour tout dire… moi non plus.
_ Katniss, tu te souviens que je t'avais dit qu'il ne supportait pas le mensonge ?
_ Oui.
J'avais répondu à Madge dans un souffle, prise de panique à l'idée qu'il puisse être trop tard pour tout réparer.
_ Il faut que tu saches que ce qu'il s'est produit ce matin va forcément faire remonter des souvenirs douloureux à la surface pour lui. Je ne peux pas t'en dire plus mais si tu veux que ça s'arrange il faudra qu'il comprenne que tu n'es pas une menace, qu'il peut te faire confiance.
_ Une menace ?
_ Je sais, ça peut paraître délirant ou disproportionné mais oui, j'ai bien employé le mot « menace ». Tu te souviens qu'il a été enlevé à sa famille ?
_ Oui, il m'en a parlé.
_ Je ne t'en dirais pas plus mais crois-moi, il doit pouvoir te faire confiance. Bonne chance et tiens moi au courant.
_ Ok, merci Madge.
_ De rien.
Je coupais la communication et posais doucement mon téléphone sur ma table de chevet. Ce que Madge m'avait dit me troublais un peu mais je ne devais pas renoncer, pas avant d'avoir essayé. J'allumais mon ordinateur et recherchais les itinéraires possibles pour me rendre là-bas. Il allait me falloir soit 8 heures de route, sans compter les arrêts, soit faire trois changements de car plus un bout de voyage en train pour arriver à destination. En gros même en partant maintenant, ce qui n'était pas possible, vu que je n'avais plus de voiture, je n'y serais pas avant demain. Le bon côté des choses c'est qu'une fois dans sa famille, il y resterait plusieurs jours donc je n'étais pas à un jour près. La mauvaise c'est que ma mère ne me laisserait jamais partir comme ça pour courir après un garçon dont elle n'avait jamais entendu parler. Je laissais ma tête retomber lourdement sur mon bureau. J'allais devoir louer une voiture avec de l'argent que je n'avais pas, laisser tomber mon boulot de guide au dernier moment, voyager plus de 12 heures seules et le tout en mentant à ma mère. Ça craignait à fond.
En redescendant au salon, j'eus la surprise de constater qu'Haymitch était toujours. Je le regardais perplexe et il me rendit mon regard.
_ Vous emménagez aujourd'hui ?
Il me sourit, presque content de m'entendre parler à peu près normalement.
_ Je vois que notre belle au bois dormant, se porte mieux ! Tu rêverais de me voir tous les matins au réveil mais non. J'attends juste de savoir ce que tu fais pour pouvoir rassurer ta mère.
_ Oh, et bien vous pourrez lui dire que je m'apprête à partir pour l'état voisin, sans un sous, seule et tout ça pour récupérer un garçon qu'elle ne connait pas. Ça va beaucoup la rassurer, j'en suis sûre !
J'avançais vers la cuisine pour prendre quelque chose de frais dans le frigo. J'ouvrais la porte et plongeait la tête dedans. Il me fallait de l'air. J'en sortais une bouteille de soda et attrapais un verre sur le comptoir. Tout en me servant, je regardais Haymitch qui ne m'avait encore rien répondu. Il était de nouveau ailleurs. Je bu une gorgée et m'apprêtais à engloutir la suite quand il se tourna vers moi, un air déterminé sur le visage.
_ Ok, je vois. On part quand ?
Je recrachais mon soda d'une façon peu conventionnelle et m'essuyais rapidement la bouche.
_ Comment ça « on » ?! C'est qui « on » ?
_ Toi et moi mon sucre. Il te faut un véhicule, de l'argent, un compagnon de route et l'accord de ta mère. Souris, tu as le tout devant toi !
Je n'en croyais pas mes oreilles, un road trip avec Haymitch Albernathy!
Eh oui ! ^_^
