Janvier


Ryan fixe son yaourt.

- Qu'est-ce que tu fais ? Je lui demande.

- Je fixe mon yaourt.

Ça j'avais cru le remarquer, merci.

Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il le fixe avec autant de concentration dans le regard.

- J'essaye de contrôler mon yaourt, finit par me préciser Ryan à voix basse, cette fois-ci en serrant les poings. Si j'y arrive, ça voudra dire que j'ai hérité du don de ma famille.

Ah oui, je ne vous ai pas dit. La famille de Ryan aurait un prétendu don sur le contrôle des produits laitiers.

En fait, les parents de Ryan possèdent une grande exploitation. Ils élèvent des Kelpy, des démons qui prennent souvent l'apparence de chevaux.

Alors attention attention, je vous fais le topo du jour.

Les Kelpy vivent généralement en Irlande ou en Grande Bretagne, près d'une source d'eau. Lorsqu'ils réussissent à amener un sorcier à monter sur leur dos, ils plongent droit dans le lac ou la rivière qu'ils hantent, peu importe, et y bouffent leur proie.

Tout ça pour dire que. Voilà. Ils produisent le meilleur lait du monde. La famille de Ryan est spécialisée dans la capture et le dressage des Kelpy, et ce sont les fournisseurs officiels de lait chez les sorciers.

Voilà qui explique l'intérêt de Ryan pour les produits laitiers. Il est persuadé d'avoir le Don. Et quel don merveilleux, il n'y a pas à dire.

Il y a des sorciers qui rêvent de voyager dans le temps ou de voir l'avenir, bah le rêve de Ryan c'est de contrôler du lait.

Enfin bon, c'est bien d'avoir un rêve dans la vie.

Le mien par exemple, c'est de devenir patineuse artistique.

- À quoi ça te servirait de contrôler des yaourts ? Je demande à Ryan en caressant mon bocal à rat.

J'emmène Paul partout avec moi. Je lui apprends les choses de la vie. Je lui apprends à vivre comme un humain.

Je lui apprends à se battre ! Quelques fois, je le balance du haut des escaliers du dortoir pour augmenter sa résistance. Je n'ai pas peur qu'il s'enfuit, il est trop sonné après s'être écrasé au sol.

Son entraînement va payer, je vous le dis tout de suite ! Je le sens plein de force à l'état brut ! La rage du combat a pris possession de lui !

- A faire ma propre armée de yaourt, me répond Ryan, plus concentré que jamais.

- Ton armée de yaourt ? Je répète, sceptique.

- Ouais ! Je vais enfin pouvoir me venger de Parkinson ! Il ne sait pas ce qu'il va lui tomber sur la gueule !

Des yaourts.

- Je vais me venger ! Me venger de toutes ces années de persécutions et de goûters volés au détour d'un couloir ! Regarde-le tiens, me souffle Ryan d'un air comploteur, il est en train de manger du fromage.

C'est très bien tout ça, mais j'en ai strictement rien à foutre.

- Il y a du lait dans le fromage. Alors, quand le fromage aura pénétré son organisme, je le contrôlerai. Je le ferai remonter lentement dans son œsophage, je boucherai ses voies respiratoires, puis j'irriguerai son cerveau avec, et la pression sera si forte que sa boîte crânienne va sauter et que sa cervelle va gicler sur la table dans un flot épars de sang et de grumeaux de fromage ! Et enfin J'AURAI MA VENGEANCE !

Il souffle comme un bœuf à sa charrue.

- C'est... C'est un très bon projet, je lui dis après un temps de silence pour ne pas qu'il se vexe.

Pas que, mais je regrette d'avoir pris un yaourt.

- J'ai envie de poulet, me sort subitement Ryan en changeant de sujet. À ton avis, il poursuit, qui est apparu en premier ? L'œuf, ou la poule ?

- Je ne sais pas, je réponds. Tout dépend de. Voilà. C'est un peu comme si j'étais en réalité ma propre mère.

Je le vois qui essaye de comprendre ce que je viens de sortir.

- Oui, imagine un moment qu'en réalité, je sois ma mère. Ça voudrait dire que je serais deux personnes en même temps, et c'est parfaitement possible. Il me suffit de voyager dans le temps à l'époque de ma maman, de prendre l'identité de ma mère, de mettre le grappin sur mon père et de lui pondre un gosse, et voilà ! TADAM ! Je me suis donné naissance à moi même ! Ça veut dire qu'en fait, ma mère, c'est mon moi du futur, et...

...

Putain, en gros ça veut dire que j'ai couché avec mon père ! C'est horrible !

Et je vais avoir une moustache, c'est encore pire !

- Mais quel rapport avec ma question ? M'interrompt Ryan.

- Bah. Je me disais que. Il est possible que la poule ait réussi à retourner dans le passé pour se donner naissance à elle-même en pondant un œuf, ce qui nous amène à la conclusion que c'est la poule qui est arrivé en premier, car en toute logique un œuf ne peut pas voyager dans le temps.

- Les poules non plus.

...

Cette conversation devient trop compliquée pour moi.


- Bonjour bonjour ! Je salue gaiement en sautant de ma trottinette.

Je la balance au pied du canapé et m'en vais m'affaler dessus.

- Bah quoi ? Je m'exclame ensuite devant le silence de mes camarades. Vous avez vu Rogue à poil ou quoi ? Souriez, la vie est belle !

- Moonheart, je te prierai de bien vouloir jarter de notre salle commune, me gronde la voix de Potter qui ne tarde pas à se camper devant moi.

Et tiens, je n'y avais jamais fait gaffe, mais s'il était plus petit et qu'il avait les mains sur les hanches, on pourrait le prendre pour ma mère.

Et le pire, c'est que tous les autres Gryffondor restent dans son dos comme s'il était le chef de famille !

Famille de pingouins, va.

- Dégage, il me lance de nouveau avec cette fois-ci moins de diplomatie tandis que je me cale plus confortablement.

- Notre patience a des limites, rajoute Evans en croisant les bras.

- On a pas le temps pour tes conneries.

- Qu'est-ce que vous allez chercher...

- À d'autres, fait Black. T'as mis des lunettes. Et quand tu mets des lunettes c'est pour te donner un air sérieux, et quand tu as besoin d'avoir un air sérieux c'est que tu prépares un truc foireux.

- Ou un discours pompeux.

- Alors ? T'es là pour quoi cette fois ? Sauvetage des marmottes ? Port du slip sur la tête ? Propose Potter tout en levant les yeux au ciel.

...

Ça pourrait devenir une mode cette histoire de slip, quand on y pense !

- Je viens en tant que déléguée des élèves, j'explique en me redressant fièrement.

- Ah ! S'exclame Evans. Et on peut savoir depuis quand t'es déléguée ?

- Depuis que je me suis auto-proclamée, quelle question. Il faut bien que quelqu'un se soucie des habitants de ce château, non ?

- Et qui de mieux que toi pour pallier nos besoins et être à notre écoute, résume Potter avec ironie.

- Tout à fait.

Ils me regardent tous d'un air blasé et j'en profite pour sortir mon bloc note et rajuster mes lunettes.

- Bien, alors, vous avez des commentaires à faire ? Spaghettis trop cuits, sac trop lourd, emploi du temps chargé, vol de goûter ? Dites-moi tout, on est entre nous. Oui, Black ? Je fais en le voyant lever la main.

- Est-ce qu'on pourrait se faire rémunérer nos retenues ?

- Ah, toi aussi tu te sens exploité ?

- Et comment oui ! J'ai des ampoules plein les mains à force de bricoler par ci par là ! Tu sais quelle est la dernière lubie de McGo ? Construire un puits dans le parc ! Un puits !

- J'en parlerai au directeur, tu peux compter sur moi.

Il a l'air satisfait, mais quand il se retourne vers ses camarades, ceux-ci le regardent d'un air consterné.

- T'as pas bientôt fini de marcher dans tout ce que raconte cette débile ? Le hèle Potter l'air exaspéré.

Ahah !

Vous voyez !

On fait tout pour les aider et au final, on s'en prend plein la nouille !

- Non mais sans rire ! Il rajoute. T'as vu pour quoi tu passes depuis que tu la fréquentes ? Un désespéré mental qui veut sauter son frère !

- Ah mais si ce n'est que ça ! Ne t'inquiète pas va, je fais en me tournant vers Black, en tant qu'honorable déléguée j'ai toujours solution aux problèmes bidons ! C'est quoi ton problème ? Les gens se posent trop de questions sur tes orientations sexuelles ?

- Euh... Si l'on veut...

- Et ben voilà ! T'as qu'à coucher avec une fille !

- Ben voyons ! Grince Potter. Et laisse moi deviner, tu te portes volontaire ?

- Naturellement. Vous me connaissez, toujours prête à aider mon prochain ! En plus dites vous qu'avec du recul je suis pas chiante comme fille, j'ai de la conversation, je peux facilement surprendre, je laisse facilement de l'espace et je suis sûre que je suis baisable !

La femme idéale !

- Dans tes rêves ouais, marmonne Potter en levant les yeux au ciel.

- Dans mes rêves aussi oui, je babille joyeusement tandis qu'il affiche une tête de déterré. Alors, intéressé ? Je demande ensuite en me tournant vers Black.

- Pas vraiment non. Rien qu'y penser j'ai envie de courir me faire écraser sous un Magicobus !

...

- Sinon pour en revenir au débat, intervient Petigrew comme pour limiter la casse, on-

- Ah non pas toi aussi ! S'écrit Potter. Mais vous pouvez pas arrêter d'accorder du crédit à cette dégénérée ?

- Bah quoi, fait Black. Même si elle sort des conneries au final, elle va quand même aller voir le directeur non ? Elle y va tout le temps ! Alors pourquoi ne pas essayer ? Si ça se trouve Dumby va accepter !

- Black, le principe d'une retenue, ce n'est pas de servir de boulot d'été, croit bon d'informer Evans d'un air blasé.

- Et c'est bien dommage, car sinon je serais déjà riche ! S'exclame joyeusement celui-ci.

Et ce, en même temps que moi.

Il y a un instant de flottement.

La tribu de pingouins va de lui à moi dans un regard effaré.

- OH MON DIEU ! ELLE L'A CONTAMINE ! Hurle soudain Tête à lunette, me faisant sursauter par la même occasion.

Il se met à agiter les bras et à courir partout dans la salle commune, comme si un Inferi allait lui sauter dessus.

- Bah qu'est-ce qu'il a ?

- CODE ROUGE ! CODE ROUGE ! ON A UN CONTAMINE ! JE RÉPÈTE, ON A UN CONTAMINE ! ENCLENCHEMENT DE LA PROCÉDURE !

- Rien il est normal, m'indique Patapin.

- Hé, James ! Calme-toi vieux ! S'écrie Black.

- AH ! LE CONTAMINE M'A PARLE ! LILY ! DÉSINFECTANT ! VITE !

- James, tu passes pour un con là, commente la dite Lily d'un air blasé.

- DÉSINFECTANT JE TE DIS ! JE SENS DÉJÀ MON CERVEAU QUI SE VIDE ! LES PREMIERS SYMPTÔMES SONT LA !

- Mais de quoi il parle ?

- De la Jamiecelle, me répond Evans.

- C'est comme la varicelle sauf qu'au lieu d'avoir des boutons tu deviens juste con, m'explique Black en ricanant.

Il s'arrête en se souvenant que depuis tout à l'heure, on le traite de contaminé.

Ou alors parce qu'il vient de se prendre une lampe à la gueule, au choix.

- MISE EN QUARANTAAAAAAAINE !


- Alors voilà si je suis ici aujourd'hui c'est pour vous faire part de mon mécontentement au sujet de quelque chose qui me tient particulièrement à cœur.

- Et vous avez toute mon attention miss Moonheart.

Je suis dans le bureau de Dudu.

Et je peux vous dire qu'il est très classe ! On voit tout de suite où va l'argent des contribuables.

Cela dit, on voit tout de suite aussi que c'est un vieux qui vit à l'intérieur. Il y a une décoration de vieux. Une odeur de vieux. Un vieux sur un fauteuil.

... Quoique, ça encore, c'est normal.

Ah, et il y a un phœnix sur un perchoir qui me regarde fixement comme si je m'apprêtais à agresser un papy dans la rue. Je le sens prêt à intervenir au moindre geste brusque.

Il est bon de savoir que notre directeur est en sécurité avec lui.

Je me souviens d'un de mes voisins, il était obèse, et bien il s'était pété la gueule dans ses escaliers ! Du coup il avait fini dans un fauteuil à roulette avec les jambes et les bras dans le plâtre. Il pouvait plus rien faire ! Alors on lui a prêté un singe savant qui s'occupait de lui avec bienveillance. Il lui faisait ses repas, il lui faisait sa vaisselle, il lui faisait sa lessive, il lui mettait ses chaussettes, il lui faisait prendre son bain, il lui torchait les fesses... Bref c'était un singe très sympathique. Jusqu'au jour où il a pété les plombs et où il a tenté d'empoisonner mon voisin avec une soupe à la tomate au bicarbonate de soude. Il le gardait en otage dans sa propre maison !

Tout ça pour dire que.

Il faut se méfier des phœnix comme il faut se méfier des singes, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver.

Bref.

Dudu est en train de se gratouiller la barbe d'une main, de l'autre il tripote une vieille bague toute moche que même mon arrière arrière arrière arrière grand-mère qui a tout de même 174 ans ne porterait pas.

Et avec ça, il me sort que je suis le centre de son attention ?

Sale mytho.

- Je trouve qu'il y a un sérieux manque de discipline au sein du corps professoral, je pépie. Et qui dit manque de discipline dit relâchement. M'étant autoproclamée délégué des élèves de cet établissement j'ai tout de suite pensé qu'il était de mon devoir d'en informer le directorat. Alors voilà, je vais vous la faire courte : il va falloir sévir.

Dudu arrête de tripoter sa bague et se penche en avant sur son bureau, me sondant de ses grands yeux bleus.

Dit comme ça on dirait qu'il me drague, c'est dégueulasse !

...

Remarque. Ça pourrait me rapporter des avantages.

Pas que je sois portée sur les vieux mais. Je dis juste que ça a ses avantages, 'comprenez ?

Combien ça gagne, un directeur d'école ?

- Qu'entendez-vous par relâchement exactement ?

Voilà un directeur qui est à l'écoute de ces élèves.

Pas comme McGo.

Elle, dès la première phrase, elle m'aurait foutu une tarte.

- Et bien c'est très simple monsieur le directeur. D'après mon enquête, et les quelques observations que j'ai pu mener sur le long terme, je suis arrivée à la conclusion que le professeur McGonagall souffrait d'un handicap psychologique de grande envergure.

Là-dessus, je commence à sortir un bloc note de mon sac en bandoulière, et le pose à plat sur le bureau de Dudu.

- Pour vous aider à mieux y voir dans cette affaire, j'ai pris l'initiative de vous schématiser le tout. Histoire d'avoir un aspect global de la situation, 'comprenez ? Là, voilà. Voici le professeur McGonagall, j'annonce en lui pointant un bonhomme qui tire la tronche.

- Pourquoi a-t-elle une tête en forme de crâne ?

Je l'ignore.

- Voyez-vous cette expression de mal-être qu'elle affiche ? Je commente plutôt avec assurance. Le désespoir qui anime ces yeux ? Clairement, on peut affirmer que le professeur McGonagall souffre d'un manque d'affection flagrant. Elle a besoin d'amour, qu'on lui consacre du temps. Je ne voudrais pas paraître irrespectueuse mais les preuves sont là, elle est en manque de sexe.

Il hoche la tête, très attentif.

Je sors une autre feuille de mon bloc note, celui-ci symbolisant une femme nue.

- Je vous présente l'anatomie humaine féminine. Ici, le vagin. ... Oui enfin faites comme si vous ne voyez pas le truc qui dépasse, c'est Potter qui s'est amusé à lui dessiner une bite.

Les hommes ont des passes temps curieux, je ne vous le fais pas dire.

- J'avais cru comprendre, en effet. Mais pourquoi cette précision, miss ? Sans vouloir vous choquer, j'ai de l'expérience derrière moi, et je crois en savoir assez pour reconnaître un vagin quand j'en vois un.

... Tous des cochons ces profs, je vous le dis !

- J'y viens j'y viens. D'après une étude psychologique américaine, force est de constater qu'un enseignant ayant une vie sexuelle active attire naturellement la sympathie de tous et exécute son travail avec une joie de vivre, que dis-je, avec l'envie de contribuer à l'intellectualité de tous ! Parallèlement, le professeur McGonagall, qui passe son temps à nous crier dessus et à nous coller des retenues, ne fait que rejeter une forme de frustration sexuelle qui ne cesse d'accroître d'année en année, et qui fait baisser le moral des étudiants. Et c'est pourquoi j'ai tenu à apporter tous mes bulletins des sept dernières années.

Je les pose les uns à côté des autres, l'air plutôt fière de moi.

- Voyez ? Regardez à quel point mes notes ont baissé après toutes ces années de bons et loyaux services ! Comment cela a-t-il pu arriver si ce n'est à cause de l'incompétence d'un professeur qui ne cesse de nous terroriser ?

- Peut-être parce que vous n'allez pas en cours.

- Je vais en cours !

- Pas les vôtres.

...

Certes.

- J'ai quelques difficultés à m'adapter à mon emploi du temps je l'admets, je finis par avouer.

Pas faute d'avoir essayé, pourtant.

- Et si nous parlions du papier toilette ? Je rajoute l'air de rien.

Depuis le temps que je devais en parler, en plus. J'ai bien envoyé des lettres de réclamation pour leur faire part de mon indignation, mais personne ne m'a répondu.

A croire que la satisfaction du client n'est plus à l'ordre du jour.

- Oui car il gratte beaucoup, je précise devant son silence. Vous savez quand je vais aux toilettes, ce n'est pas seulement pour effectuer des besoins qui me sont naturels, mais aussi parce que c'est un lieu reposant. C'est un lieu où je peux me permettre de réfléchir dans la plus stricte intimité, au milieu du bruit des chasses d'eau et du pipi de la voisine d'à côté qui coule...

A croire qu'elle ne connaît pas la technique de diversion, cette fille. Jamais réussi à la coincer d'ailleurs ! Avec tout le boucan qu'elle fait, j'ai bien essayé de la piéger pour lui dire ma façon de penser mais elle s'évapore aussi vite qu'une petite crotte quand on tire la chasse.

Et quand je dis technique de diversion, je fais bien sûr à référence au truc de tirer la chasse, ou bien de tousser ou encore de tirer le rouleau de papier toilette le plus fort possible et cela dans le but de camoufler le bruit du pipi. Voir du pet qu'on lâche.

Ne le niez pas, on l'a tous fait.

- ... C'est un lieu où tout est permis, où la méditation est de rigueur et où l'on se sent à l'abri de tout danger.

A part de celui où quelqu'un infiltre son bras dans votre cabine et en profite pour vous piquer votre sac de cours. Pendant ce temps-là, vous, vous restez comme un con sur votre cuvette, à siffloter une chanson tout en déroulant le morceau de papier qui aura l'immense honneur d'essuyer votre fessier, sans faire attention à ce qui se passe à vos pieds.

...

Non, c'est pas du vécu !

- Et vous savez ce que je trouve tout à fait intolérable ?

- Dites, dites.

- C'est que cette chose que vous avez pris l'habitude d'appeler papier toilette puisse se permettre d'interrompre ces moments de bonheur particulièrement rares en ces temps de guerre ! Parfaitement monsieur ! Il est tellement irritant que j'en fais de l'asthme ! Sans parler des boutons ! J'en ai plein sur les fesses ! Vous voulez vérifier ?

- Pourquoi pas, si vous le proposez, il me dit une petite étincelle dans les yeux.

...


Il m'a congédiée en disant qu'il y réfléchirait.

J'espère qu'il saura répondre à mes attentes.

Je descends les marches de pierre d'un pas chaloupé, salue les gargouilles une fois atterrie devant elles, avant de reprendre ma promenade dans les couloirs du septième étage.

Ah, la marche. Qu'est-ce que c'est revigorant comme activité. Ça permet de s'aérer les pensées, ça vous donne une impression de vivant. Entendre ses chaussures claquer contre les dalles de pierre, sentir l'herbe sous ses souliers, voir ses vieilles pompes s'enfoncer dans la terre molle. Quelle douce sensation.

Ça me rend toute chose.

...

Je ralentis finalement en voyant un grand type dégingandé un peu plus loin, manifestement énervé.

- Salut ! Je babille en m'approchant de lui avec un grand sourire. Tu es nouveau ? Tu es perdu ?

- Ça va faire sept ans que je suis dans ta classe.

... Pour ma défense, ils se ressemblent tous dans cette école.

- Ahah ! J'y suis ! Je lance en me frappant le front du plat de la main. Côtelette c'est ça ?

- Non, moi c'est Travers.

Côtelette de porc, travers de porc, au final c'est la même chose qu'est-ce qu'il vient m'embrouiller celui-là !

- JAMIE ! JAMIIIE ! Hurle soudainement une voix paniquée.

Je regarde par-dessus l'épaule de mon nouvel ami et aperçois au loin Ryan qui court dans ma direction avant de piler devant moi, le souffle court.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Je demande d'une voix plate sous l'œil intrigué de Travers. Tu ne vois pas que je suis en pleine conversation ?

Je comptais lui demander s'il voulait coucher avec moi.

- Je... Je... C'est une situation d'urgence, halète Ryan. Tout... Tout va de travers !

...

Ahah.

Ahahaha.

Ahahahahahaha !

- Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ? Se fâche Lerry tandis que Travers affiche une mine blasé.

- Ahahah... Ahah... T'as dit... T'as dit que tout allait de travers et justement c'est son prénom à lui, j'arrive à dire en désignant Travers d'un signe de tête. Ahahaha !

- ...

- ... Ahahahah...

- Je me casse, finit par dire Travers en nous fixant d'un regard méprisant. Bande de tarés.

Dommage, j'aurais bien aimé converser plus longtemps, et plus si affinités.

... A la réflexion, il n'était pas particulièrement beau donc ce n'est pas une grande perte.

- Bon alors, c'est quoi le problème ? Je demande finalement en me tournant vers Ryan.

Il me fixe, l'air paniqué.

- Je crois que j'ai tué McGo !

...

OUAIS !

- Mais comment t'as fait ?! Je m'exclame en le serrant dans mes bras et en l'embrassant. Comment t'as fait ?!

Il me regarde l'air estomaqué.

- Bah euh... J'étais à table, en train de fixer Parkinson, et tu sais, je voulais lui faire remonter son yaourt dans la cervelle, et je sentais que ça venait tu sais, je me sentais en contrôle !

- Et ?

- Et là McGo est passée devant moi me donner un papier, j'ai perdu l'autre babouin de vue, et elle elle s'est mise à blanchir, à trembler comme si elle allait me vomir dessus ! Et je savais ce qui la rendait malade ! Je savais ! Mais j'arrivais pas à m'arrêter ! Je sentais la force venir en moi ! J'-

- Mais du coup elle est morte ou pas ?

Pas que ça à foutre de l'écouter déballer sa vie, qu'il en vienne aux faits !

- Je... Je sais pas ! Il pépie. Elle est partie en courant !

- ...

- Et on ne l'a jamais revue ! Il s'écrie avec hystérie. Elle est morte je te dis ! Elle est morte !

- Qui donc monsieur O'Mahel ? Intervient la voix de la supposée morte.

...

Ryan sursaute en découvrant son visage.

Il blêmit.

Et au lieu de faire ce que toute personne ferait dans cette situation, soit balbutier et se demander s'il n'a pas un peu trop paniqué pour rien, il se met à hurler :

- AAAAH ! UNE REVENANTE ! UNE REVENANTE !

Et il lui jette son sac à la figure et s'en va en courant.


Minute pub : Tout le monde allez faire un tour sur la saga des Liens Eternels de Malilite ! C'est... inqualifiable tellement c'est bien. C'est même un des meilleurs JP/LE du fandom !