Lorsque Ron vint marteler le panneau de son amie il était près de dix heure mais elle était toujours blottie dans ses couvertures, profitant de la douceur de ces instants avant de devoir se lever. Moment interrompu par le boucan que fit le jeune homme en tambourinant à sa porte, elle soupira bruyamment d'agacement, et enfouit sa tête dans ses oreillers, mais c'était sans compter sur la ténacité de son ami. Aussi se décida-t-elle à sortir de son nid douillet dans l'idée de lui jeter un maléfice s'il ne s'arrêtait pas.

— Ça va ! Ça va ! Je me lève inutile de maltraiter ma porte Ron ! Bougonna-t-elle en enfilant sa robe de chambre.

Aussitôt il s'arrêta et elle entendit un faible gémissement de douleur qui la fit sourire. Un sourire digne de Serpentard. Digne de lui. En fait c'était le sien...

Une fois prête elle sortit rejoindre les garçons qui l'attendaient près de l'âtre dans les confortables fauteuils recouverts de velours rouge pourpre. Ensemble ils descendirent dans le hall d'entrée où Argus Rusard, l'aigri concierge de l'établissement, était chargé de vérifier les autorisations de sortie des élèves, ce qu'il faisait sous la surveillance de la directrice-adjointe Minerva McGonagall pour éviter que la majorité des élèves ne soient pas autorisés à sortir à cause de la trop grande volonté dudit concierge de trouver des fraudeurs. Les Serdaigle et Poufsouffle n'eurent aucun problème pour passer mais on ne peut en dire autant des deux maisons rivales, Gryffondor et Serpentard, connues pour leurs nombreux contournement du règlement intérieur notamment le Trio d'Or et le trio aux deux gorilles… Ainsi lorsque ces six élèves se retrouvèrent interdits de sortie, le professeur de métamorphose fut contrainte d'intervenir, s'ensuivit alors une discussion légèrement animée, mais c'est bien entendu la directrice des Rouges et Or qui eut le dernier mot :

— Écoutez-moi, vous allez les laissez sortir à Pré-au-Lard sinon j'autoriserai Peeves à laisser libre cours à son esprit destructeur dans le château.

Drago suivi de ses deux gorilles ainsi que les trois amis purent donc emprunter à pied le chemin par lequel ils étaient arrivés en calèche au début de l'année. Ils avançaient depuis une vingtaine de minutes lorsque le préfet aux cheveux blond platine brisa la quiétude de la forêt, jusqu'alors seulement dérangée par les bruits de pas, en râlant ˗pour ne pas changer- de la façon dont les élèves étaient traités :

— Non mais regardez ça ! On nous oblige à crapahuter dans la forêt pendant des heures pour qu'on puisse aller au village alors qu'ils auraient très bien pu nous y conduire en calèche…

Il aurait continué pendant tout le reste du chemin s'il n'avait pas été interrompu par Hermione qui n'avait aucune envie de l'entendre se plaindre.

— Si tu n'es pas content, la prochaine fois tu n'auras qu'à rester au château.

— Non mais pour qui tu prends espèce de sale Sang-de-bourbe ? Tu sais à qui tu parles ?

— Oui je le sais. Je parle à une stupide petite fouine prétentieuse qui ne pense à rien d'autre qu'à martyriser des premières années et à s'envoyer en l'air contre des trophées décernés à des élèves méritants !

— … »

Tous la regardèrent d'un air étonné, tous sauf Drago qui avait baissé les yeux en entendant la tirade de son homologue féminine. Enfin ils arrivèrent au village sorcier et ils se séparent à leur plus grande joie, les Serpentard allèrent au Trois Balais prendre une bonne bièraubeurre tandis qu'Harry et Ron allaient chez Zonko le magasin de farces et attrapes et qu'Hermione allait faire le plein de parchemins, de plumes et d'encres. C'était ainsi à chaque sortie à Pré-au-Lard depuis leur troisième année chez les Gryffondor.

Après avoir fait ses emplettes, elle alla chez Honeydukes qui, sans surprise, était bondé. Pour une fois elle avait très envie de sucreries, c'est donc avec beaucoup d'entrain qu'elle prit un petit panier d'osier qu'elle remplit de plusieurs boîtes de fil dentaire à la menthe pour ses parents, de Chocogrenouilles, de Fizwizbiz, de Baguettes réglisse, de caramels fondant, de Chocoballes, des Souris en sucre, des Crapauds à la menthe, des Suçacides et une petite boîte de Dragées surprises de Bertie Crochue. Une fois son panier plein elle fit un dernier tour pour être sûre de ne pas avoir oublié quelques délicieuses gourmandises, lorsqu'en s'approchant des Fondants au chocolat elle bouscula quelqu'un.

— Eh ! Non mais ça ne va pas ? Fais attention inconscient ou tu vas le regretter ! Fit une voix reconnaissable entre mille.

— Pardon, répondit-elle sans reconnaître la personne.

Elle saisit une poignée des Fondants puis partit régler ses achats. Une fois dehors elle regarda sa montre, il était encore tôt et ils avaient convenu de se retrouver au Trois Balais en fin d'après-midi. Disposant de plusieurs heures devant elle, Hermione se rendit à la Cabane Hurlante. Appuyée sur la clôture, occupée à repenser à ce qui s'était passé deux ans plus tôt dans cette cabane soi-disant hantée… Sirius Black échappé de la prison des sorciers avait avec l'aide de son ami, et à l'époque professeur de Défense Contre les Forces du Mal dévoilé à Harry, qui n'est autre que son filleul, que leur ancien ami Peter Pettigrow avait vendu à Voldemort où se cachaient les Potter pour avoir la vie sauve. Black et Lupin avaient alors décidé d'éliminer leur ancien ami Pettigrow mais le jeune Potter s'y été opposé et le coupable avait profité de la transformation en loup-garou du professeur Lupin pour filler à l'anglaise…

— Alors comme ça je ne suis qu'une stupide petite fouine prétentieuse, fit une voix méprisante à son oreille.

Surprise elle sursauta.

— Qu'est-ce que tu veux la vipère ?

— Surveille ton langage Granger, Weasmoche et Saint Potter ne sont pas là pour te sauver la mise.

— Saches que je n'ai pas besoin d'Harry et Ron pour me sauver la mise Malefoy.

— Je t'ai déjà dit de surveiller ta façon de t'adresser à moi…

— Et si je ne le fais pas ? Je risque quoi au juste ? Ricana-t-elle.

— Attention Granger ma patience à des limites, répliqua-t-il en sortant sa baguette d'un air menaçant et en avançant vers elle.

Elle recula, heurta une racine sortie de terre et tomba en arrière. Dans sa chute elle tendit le bras et s'accrocha à la robe du préfet des Verts et Argent qui fut entraîné. Étendus sur le sol, ils commencèrent à se débattre pour se défaire de l'autre, vu de l'extérieur on aurait pu penser qu'ils se battaient, ce qui était quelque peu compliqué puisque les cheveux de la jeune fille s'étaient emmêlés dans l'attache en argent qui tenait la cape du jeune homme. Perdant patience Drago saisit sa baguette, la pointa sur le nœud et prononça « diffindo ». Une fois libérés ils se relevèrent, il la fixa et lui dit :

— Ne me touches plus jamais espèce de sale Sang-de-Bourbe !

Elle voulut répliquer mais n'en trouva pas la force, lui repartit à ses affaires la laissant là à verser des larmes. Depuis sa première année Drago Malefoy avait passé son temps à l'insulter dès qu'une occasion se présentait mais c'était la première fois que ça la faisait pleurer.