Salut à tous! :)
Merci à tous les reviewers anonymes, comme toujours: Morane (Harry n'aura pas de pouvoirs particuliers, et il ne sera pas non plus particulièrement puissant, du moins pas plus que le Harry de JKR), Aventurine-san, adenoide, K.S, Daidaiiro30, Celine!
Et merci à ma bêta: Washu Kooyoo! :)
Enjoy!
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Chapitre 9
La vérité flâne derrière le mensonge
Julien Gracq
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1er décembre 1988
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La porte pivota lentement sur ses gonds et Harry se redressa prestement. L'attente avait été si longue et si ennuyante qu'il avait fini par s'avachir fort peu élégamment contre la rampe d'escalier, la tête renversée sur son épaule et les paupières lourdes. A avoir attendu aussi longtemps dans ce grand espace plein de courants d'air, il avait les mains glacées et le nez rouge.
Harry était enrhumé, depuis deux jours, et c'était un fait qu'il n'appréciait que peu. Son nez était bouché, sa gorge irritée, sa voix rauque et sa tête lourde. Il n'avait pas enfourché son balai depuis deux jours, et arrivait à peine à se concentrer plus de quelques minutes sur ses livres, avant d'être assailli par un mal de crâne désagréable. Harry s'ennuyait ferme. Il avait passé la journée au lit, sous quelques couches de couvertures soyeuses, à enchainer phases de sommeil profond et phases de léthargie totale.
A présent pleinement réveillé, il était chaudement vêtu et était assis en haut de l'escalier à impériale qui dominait le hall d'entrée du manoir. A travers les barreaux de la rampe en argent massif de l'escalier, il avait une vue imprenable sur le hall et sur l'entrée de la salle du Trône, comme l'appelaient les Mangemorts, et que Voldemort utilisait comme salle de réunion.
-Un, compta-t-il dans un souffle à peine audible lorsque le premier Mangemort, enveloppé dans une lourde cape noire, le visage dissimulé derrière un masque, sortit de la salle. Deux, trois...
Les Mangemorts ne se parlaient pas, c'est à peine s'ils se regardaient. Ils sortaient les uns après les autres de la salle de réunion, et Harry devinait leurs expressions sombres et leurs traits tendus. Il était rare qu'une réunion se déroule dans le calme.
-Quatre, cinq, six...
Il reconnut les longs cheveux argentés de Malfoy qui lui tombaient lâchement sur les épaules, et esquissa un bref sourire. Comme les autres avant lui, il se dirigea sans un mot vers la porte d'entrée du manoir, et il sortit dans le parc enneigé, disparaissant à la vue du jeune garçon, quelque peu déçu.
-Sept, huit...
Harry inclina légèrement la tête, laissant son front bouillant reposer contre la rampe glacée de l'escalier. Pettigrow était également facilement reconnaissable, avec sa silhouette petite et trapue. Il traversa avec empressement le hall d'entrée et disparut sans un bruit.
-Neuf, dix, onze...
Les bottes des Mangemorts claquaient sur le sol en marbre du hall. Leurs capes volaient avec élégance autour de leurs corps. Harry les trouvait sombres et élégants, mystérieux. Il scrutait leurs masques avec l'espoir de découvrir leurs secrets, sans succès. Leurs longues capes noires, leurs masques argentés quelque peu effrayants, leurs capuches tombant lourdement sur leurs têtes, ils dégageaient une aura inquiétante et énigmatique qui réveillait la curiosité du jeune garçon.
-Douze, treize...
Harry aurait aimé savoir ce qui se tramait dans cette pièce. Il aurait aimé connaître le secret qui unissait les Mangemorts et leur Maître. Il aurait aimé comprendre pourquoi ces hommes, qui semblaient pourtant si fiers et si indépendants, revenaient sans hésiter au manoir dès que Voldemort en donnait l'ordre. Il aurait aimé comprendre pourquoi ils lui obéissaient si aveuglément, pourquoi ils le craignaient si fortement. Et par dessus tout, il aurait aimé savoir ce qu'ils faisaient, ce qu'ils préparaient, pendant des heures, dans cette pièce.
-Quatorze, quinze, seize.
Le dernier des Mangemorts sortit précipitamment de la salle, et Harry attendit patiemment pendant quelques secondes, pour être sûr que tous soient partis. Finalement, il se releva et descendit vivement les escaliers. La porte était restée grande ouverte et Harry glissa discrètement un regard à l'intérieur de la pièce.
La longue table de réunion avait été désertée par les Mangemorts. Il ne restait plus que des chaises tirées à la hâte et, en bout de table, négligemment assis dans son fauteuil attitré, tel un roi sur son trône, le Seigneur des Ténèbres était plongé dans ses pensées. Il avait rejeté la tête en arrière et, de sa main droite, il faisait vivement tournoyer sa baguette entre ses doigts habiles. Il ne broncha pas lorsque Harry pénétra dans la pièce, et le jeune garçon se demanda s'il l'avait vu.
Il s'avança timidement dans la longue salle, fixant le Maître avec une fascination mêlée de respect que seuls les enfants peuvent aborder avec tant d'innocence.
-C'est fini, votre réunion? Demanda-t-il respectueusement.
Le Maître posa brièvement son regard intense sur lui, et Harry cessa de respirer. Il se figea à quelques mètres du Lord, ne voulant pas trop envahir son espace vital. Il semblait particulièrement tendu, peut être même en colère, et Harry avait appris à garder une distance respectueuse entre un Maître en colère et sa personne.
-De toute évidence, répondit simplement Voldemort en rejetant à nouveau la tête en arrière.
Harry s'assit timidement sur l'une des chaises, songeur. Il ne pouvait s'empêcher de fixer Voldemort, irrémédiablement attiré par son élégance, son charisme, cette aura puissante et enivrante qui faisait qu'on avait envie de le satisfaire, mais aussi qu'on le craignait autant.
Voldemort releva soudain la tête et posa sur le jeune garçon un regard critique. Harry haussa les sourcils, surpris et mal à l'aise face à cette soudaine inspection et il se regarda brièvement pour être certain de ne pas avoir oublié son pantalon, ou de lacer ses chaussures.
-Tu as une sale mine, affirma le Maître avec dédain.
Harry fit la moue.
-J'ai le nez bouché, dit-il, comme si cela expliquait tout.
Voldemort haussa à son tour les sourcils, mais ne fit aucun commentaire, ce dont Harry lui fut reconnaissant. Du plat de la main, il tenta d'aplatir ses cheveux, sans succès. Il se contenta donc d'ajuster ses lunettes sur son nez.
Le silence s'installa entre eux, tendu. Harry avait suffisamment de questions à poser pour alimenter une conversation la nuit entière, mais il n'osait pas les poser. Le regard sombre du Maître, son attitude sévère et agacée, la moue contrariée qui déformait ses lèvres, tout autant de signaux inquiétants.
Il se mordit la langue pendant quelques secondes, posant sur Voldemort un regard avide, puis il finit par demander:
-Est-ce que vos Mangemorts ne vous ont pas satisfait?
-Ils le font rarement.
-Pourquoi?
Voldemort soupira et Harry se tendit sur sa chaise. Lorsque le Maître posa sur lui son regard incandescent, Harry prit son air le plus innocent, et le plus décontracté.
-Parce que la plupart d'entre eux sont des incapables. Je ne devrais pas m'encombrer de tels fardeaux, cela dit.
-Vous voulez les renvoyer? Demanda Harry.
Voldemort grogna, l'air vaguement narquois, et Harry eut l'impression d'avoir dit une bêtise. Il se renfrogna sur sa chaise et s'essuya le nez avec la manche de sa robe de sorcier. Voldemort plissa les yeux et Harry rougit. Il se redressa sur sa chaise, tentant d'avoir l'air digne, mais à côté de la présence charismatique de Voldemort, il avait toujours l'impression d'être empoté et inélégant.
-Les elfes de maison t'ont-il donné quelque chose? Interrogea sèchement le Maître.
-Pour quoi?
-Pour te soigner, Potter.
Son ton exaspéré fit rougir Harry de plus belle. Il fit la moue et détourna le regard.
-Non, marmonna-t-il.
-Hé bien demande-leur!
-D'accord.
Le silence s'installa à nouveau entre eux. Harry était gêné, mais il avait désespérément besoin d'une présence près de lui, et il ne se résolut pas à partir. Dans ce manoir, sans compagnie aucune, il était désespérément seul, et cette solitude et ce silence qui l'entouraient constamment tendaient à le rendre fou. Il avait désespérément besoin d'un peu d'animation, d'un peu de mouvement et d'action, et surtout, surtout, de compagnie. La seule idée de sa chambre sombre et froide qui l'attendait un étage plus haut lui donnait des frissons.
-Alors, vous allez faire quoi avec vos Mangemorts? Demanda-t-il pour relancer la conversation qui avait du mal à démarrer. Est-ce qu'ils ont le droit de partir, de quitter le groupe, s'ils en ont marre ou s'ils veulent faire autre chose de leur vie?
Voldemort se passa nonchalamment l'index sur sa lèvre inférieure, l'air vaguement songeur. Harry se leva discrètement et s'assit sur la chaise voisine à la sienne, s'approchant un peu plus du Maître des lieux. Son regard brillait d'un intérêt qu'il ne tentait plus de cacher.
-Mangemort n'est pas un métier, affirma le Maître au bout de quelques secondes. La plupart d'entre eux ont un réel métier, au Ministère, ou ailleurs. Ils font cela en plus, parce qu'ils l'ont voulu et parce que la cause que nous servons leur tient à cœur.
Harry approuva sagement, un peu surpris néanmoins. Il avait toujours pensé que les Mangemorts n'étaient que des Mangemorts. Qu'ils donnaient tout leur temps et tout leur talent au Maître, pour le satisfaire et mener à bien les projets qu'il mettait en place. L'idée que certains d'entre eux aient une autre activité lui semblait bizarre, inopportune. Comme s'il ne fallait, dans une vie, se consacrer exclusivement qu'au Maître qu'ils servaient.
-On ne quitte pas le groupe sans conséquences, non, ajouta brusquement le Lord, ramenant Harry à la réalité. Lorsqu'ils ont fait le serment de me servir, ils l'ont fait en toute connaissance de cause. Ils me serviront jusqu'à leur mort, et ils le savent tous parfaitement.
-Il se passe quoi si l'un d'entre eux le fait quand même?
Voldemort haussa un sourcil.
-Il en subira les conséquences.
Harry fit la moue face à cette réponse quelque peu énigmatique, mais le regard glacial de Voldemort le dissuada de pousser plus en avant ses investigations sur le sujet. Il se tut pendant quelques secondes, puis finit par demander timidement, brûlant de curiosité:
-Est-ce que vous leur donnez des blâmes, quand ils ne font pas bien leurs devoirs?
-Des blâmes?
Harry rougit.
-C'est ce que mon maître nous donnait, quand on travaillait mal ou qu'on chahutait, à l'école.
Voldemort laissa échapper un son vaguement perplexe, entre le rire et le grognement, et Harry haussa les épaules. Il laissa ses doigts courir le long des rainures du bois sombre de la table, songeur et concentré. Voldemort le fixait intensément, à quelques mètres de là, et Harry était conscient de renvoyer une image plutôt pitoyable.
-Oui, je donne des blâmes, quand ils font mal leur travail, approuva finalement le Seigneur des Ténèbres.
Harry leva brièvement les yeux dans sa direction, et la lueur qu'il vit dans le regard noir du Maître l'apeura. Il détourna précipitamment le regard, mal à l'aise et effrayé, et se concentra à nouveau sur son index qui courait le long de la table. Il n'était pas sûr de vouloir savoir quel genre de blâme le Maître distribuait à ses Mangemorts. Ce n'était certainement pas des lignes à copier.
-Vous avez parlé de quoi? Demanda-t-il pour changer de sujet, et espérant voir le regard du Maître s'adoucir quelque peu.
Voldemort lui faisait constamment peur, mais il y avait des fois, des moments comme celui-ci où il semblait distinguer dans son regard, ou dans les traits de son visage, une expression qu'il ne voulait pas déchiffrer. Il voyait alors une facette du Maître plus inquiétante encore que son impassibilité constante ou sa fureur passagère. Quelque chose de plus sombre encore, de plus profond, et de bien dissimulé derrière le masque qu'il arborait constamment. Quelque chose qui inquiétait profondément Harry, un peu comme ce regard qu'il surprenait parfois, quand Voldemort le regardait et qu'il ne cachait plus son mépris, son dégoût; sa haine.
Harry ne comprenait pas grand chose à ce qui se déroulait pourtant sous ses yeux mais, du haut de ses huit ans, il en sentait certaines qu'il trouvait particulièrement dérangeantes.
Il n'avait jamais vu Voldemort comme un homme irréprochable et fondamentalement bon mais, parfois, il se demandait s'il ne sous-estimait pas cette part sombre qu'il avait décelée chez lui dès leur première rencontre. Dans ces moments-là, il se demandait alors s'il voulait réellement savoir ce qui se tramait entre Voldemort et ses Mangemorts.
Etait-ce aussi mauvais qu'il le pressentait, ou son imagination lui jouait-elle des tours?
-De nos projets, répondit vaguement Voldemort en le fixant toujours avec cette intensité qui mettait Harry profondément mal à l'aise.
Il avait souvent l'impression que Voldemort attendait quelque chose de lui, quelque chose qu'il n'était pas en mesure de lui donner, car il ne le comprenait pas. Il se contentait donc d'ignorer cette impression, en se disant qu'elle était simplement le fruit de son imagination un peu trop fertile.
-Vos projets pour les nés moldus?
Le regard du Lord sembla s'assombrir lorsqu'il répondit dans un murmure à peine audible:
-Entre autre, oui.
Harry resta songeur pendant quelques secondes, plongé dans ses pensées. Voldemort ne dit rien, et ne l'enjoignit pas non plus à continuer. Il se contenta d'attendre patiemment que le jeune garçon lui fasse part de ses réflexions.
-Est-ce qu'ils avancent? Est-ce qu'il y a toujours des gens qui ne pensent pas comme vous?
-Il y aura toujours des gens dont les opinions et valeurs diffèreront des miennes. Il faut savoir les combattre, et s'imposer.
Harry approuva nonchalamment. Il fixait à présent la baguette du Maître qui tournoyait entre ses doigts agiles et, comme à chaque fois, un désir puissant l'envahit. Il en aurait une, lui aussi, un jour. Voldemort le lui avait promis.
-C'est ça que font vos Mangemorts? Ils combattent les autres et imposent vos idées?
Voldemort inclina légèrement la tête, et approuva doucement.
-Ils s'y emploient, chacun à leur façon.
Ses yeux plissés fixaient Harry, mais le jeune garçon évitait son regard. Le Maître se redressa nonchalamment sur sa chaise, et croisa les jambes.
-L'amour et la fascination que portent certains sorciers envers les moldus et tout ce qui s'y rapproche, nés moldus compris, sont les piliers fondamentaux de la décadence du monde sorcier.
Harry fronça les sourcils. Sans en avoir réellement conscience, il se leva à nouveau et vint s'asseoir sur la chaise voisine à la sienne, s'approchant encore un peu du Maître, dont il écoutait les paroles avec avidité.
-Certains sorciers aiment les moldus? Demanda Harry, intrigué.
Depuis presque deux ans qu'Harry côtoyait des sorciers, il n'avait été confronté qu'à leur haine et leur dégoût face à tout ce qui se rapprochait un tant soit peu du monde moldu. Ce n'était qu'insultes, mépris, menaces, haine à peine dissimulée. Il lui paraissait donc incongru d'apprendre que certains sorciers les aimaient.
-Certains sorciers pensent que notre société ne peut que s'enrichir de l'expérience et des connaissances des moldus. Ils sont persuadés que les moldus ont quelque chose à nous apporter, à nous apprendre peut être. Que le rapprochement de nos deux sociétés ne pourrait que nous être bénéfique. Et ils pensent, évidemment, que les nés moldus sont une richesse inestimable pour notre société.
Le ton méprisant pleinement perceptible dans la voix du Maître ne laissait aucun doute quant à ce qu'il pensait réellement de cette façon de penser. Et Harry était bien de son avis. Il lui semblait évident que les sorciers et leur monde magique et merveilleux n'avait rien à faire avec le monde terre à terre et pragmatique de son oncle et sa tante. Les deux mondes étaient par ailleurs tellement opposés qu'Harry avait du mal à les associer. Il ne pouvait même pas imaginer la tête que pourrait faire son oncle Vernon s'il se retrouvait un jour face à Lucius Malfoy. Et l'inverse était vrai aussi.
-Pourquoi pensent-ils cela? Demanda-t-il, les sourcils froncés. Qu'est ce que les moldus pourraient nous apporter? Nous avons la magie, nous n'avons besoin de rien d'autre!
Le Lord eut un bref hochement de tête approbateur qui fit sourire doucement Harry.
-La technologie moldue fascine beaucoup de sorciers. Si les moldus considèrent de leur côté que faire léviter des objets ou voler sur un balai est de la magie, les sorciers, de leur côté, considèrent les prouesses technologiques des moldus comme magiques.
Harry, qui avait dans sa tête l'image de l'aspirateur rutilant de la tante Pétunia ou la machine à café dernière génération de son oncle, approuva doucement de la tête. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait y avoir d'extraordinaire ou de fascinant là-dedans. Un sourire un brin narquois étira les lèvres du Lord et il ajouta:
-Les moldus ont marché sur la lune. Ils ont créé des armes aussi efficaces et puissantes que peut l'être un sortilège. Ils ont construit des engins qui leur permettent de se déplacer rapidement, dans l'air, sur l'eau, sur terre, sous l'eau, dans l'espace. Ils ont inventé des objets qui leur permettent de se passer de la magie, sans pour autant plus se fatiguer. Là où les sorciers s'éclairent encore à la chandelle, se chauffent au feu de bois, les moldus ont tiré toutes les ressources possibles inimaginables pour s'éclairer, se chauffer, se déplacer.
Harry fit la moue.
-Alors les sorciers admirent les moldus, dit-il, un brin perplexe.
Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, cet état de fait le décevait à son tour.
-Une certaine minorité, oui. Une minorité que je m'efforce de combattre, car les moldus n'ont rien à nous apporter. Bien au contraire, ils mettent nos valeurs en danger et contribuent à la décadence qui touche le monde sorcier depuis quelques décennies. Plus les sorciers laisseront les moldus et les nés moldus s'infiltrer dans notre société, plus notre décadence sera grande.
Voldemort, l'air soudain plus animé, se pencha en avant vers Harry. Il vrilla le jeune garçon de son regard intense, s'assurant d'avoir toute son attention et ajouta:
-La société sorcière repose entièrement sur des valeurs ancestrales qui ont longtemps fait notre force: la magie qui coule dans nos veines, la pureté de notre sang, la force et la pureté de nos pouvoirs, notre capacité à nous préserver en vivant dans le secret, le rejet que nous avons toujours eu face à la société moldue. Nos traditions sont anciennes et primordiales. Ce sont elles qui font de nous ce que nous sommes aujourd'hui, des êtres indépendants, puissants, fiers. Elles doivent être préservées à tout prix.
Harry, la bouche entre-ouverte et les sourcils froncés, était suspendu aux lèvres du Lord. Chacun de ses mots s'imprimait à l'encre rouge au plus profond de lui, et faisait naître en lui un frisson qui le secouait de tout son être. Il sentait la fierté du Lord à travers chacun de ses mots, et il se sentait lui-même fier d'appartenir au monde des sorciers, dont on l'avait trop longtemps privé. Il appartenait à ce monde depuis sa naissance, mais ne l'avait découvert que depuis à peine deux ans, pourtant, Harry se faisait l'illusion de comprendre parfaitement où le Seigneur des Ténèbres voulait en venir.
Il avait tout à apprendre de ce monde, de ses valeurs, de ses traditions, de son passé et son histoire, et il lui semblait que l'influence que pouvaient avoir les moldus sur cette société secrète était un sacrilège. Il lui était impensable qu'ils viennent la souiller de toutes leurs inventions et leurs technologies, alors que la magie était si pure, si parfaite. Les sorciers n'avaient pas besoin de cela.
Voldemort était si convaincu par ses paroles que sa détermination transparaissait dans chacun de ses mots. Il était évident qu'il voulait préserver la société sorcière de l'influence moldue, et qu'il serait prêt à beaucoup pour y arriver. Il parlait avec conviction, volonté et fierté, et Harry les ressentait dans tout son être. Il se penchait instinctivement en avant, désireux de l'entendre encore parler, de s'immerger de ses convictions qu'il croyait justes.
-Les nés moldus n'ont pas leur place dans notre société, continua Voldemort avec dans son regard une détermination sans limite. Ils la tirent vers le bas, l'avilissent de valeurs qui ne sont pas les nôtres, contribuent à sa décadence, alors qu'elle doit être préservée et tirée vers le haut. Le seul moyen pour la prémunir, pour garder cette identité, ces valeurs qui sont les nôtres depuis toujours, c'est de bannir de notre monde tout ce qui touche au monde moldu. Et les nés-moldus en font partis. Tout comme les sorciers qui pensent que les moldus, et les nés-moldus, ont leur place parmi nous et qui sont prêts à les laisser nous gouverner.
Harry respirait à peine. Le silence qui s'ensuivit fut long, et Harry, plongé dans ses pensées, avait à peine conscience du regard du Maître posé sur lui.
-Mais si vous bannissez les nés-moldus du monde sorcier, est-ce que, par colère, ils n'iront pas révéler notre existence? Demanda-t-il, un brin inquiet. Vous aviez dit que si les moldus apprenaient notre existence, ce serait la guerre.
-Dans ce cas, il faut trouver un moyen pour que les nés-moldus ne parlent jamais de notre monde.
Le ton catégorique du Maître arracha un frisson désagréable à Harry. Il leva les yeux vers Voldemort et se heurta à son regard glacial, impénétrable, déterminé. Harry frissonna à nouveau, mais il ne comprit pas vraiment d'où lui venait cette soudain sueur froide qui semblait couler le long de ses tempes.
-En leur effaçant la mémoire? Demanda-t-il.
-C'est une solution, oui, approuva doucement Voldemort, mais son regard semblait dire autre chose.
Quelque chose que Harry ne comprit pas. Il approuva doucement, les yeux plissés, perdu dans ses pensées qui se démultipliaient sans logique aucune.
-De toute façon, songea-t-il au bout de quelques secondes, je ne pense pas non plus que mon oncle serait ravi s'il apprenait l'existence du monde sorcier. C'est mieux que les deux mondes restent chacun de leur côté.
Voldemort inclina légèrement la tête en signe d'assentiment, et Harry sourit.
-Mais ceux qui ne pensent pas comme vous, ils ne vous laisseront pas faire, n'est-ce pas?
Le visage du Maître s'assombrit, et une ombre furtive passa devant ses yeux. Harry se tendit sur sa chaise, à la fois impatient et nerveux. Voldemort se caressa doucement la lèvre inférieure de son index, son regard noir posé sur Harry qui ne cillait pas.
-Non, évidemment, souffla-t-il dans un murmure à peine audible.
-Comment allez-vous faire, dans ce cas? Demanda Harry en murmurant automatiquement à son tour. Est-ce que c'est comme la politique des moldus? Vous allez vous faire élire pour imposer vos idées?
-J'aurais pu, murmura le Maître en souriant froidement, il y a quelques années. Mais j'ai choisi une autre voie, un peu plus radicale. Il est trop tard, maintenant. Et la politique peut être si ennuyante, si peu...Stimulante.
Harry haussa les sourcils. Il attendit impatiemment pendant quelques secondes mais, voyant que le Lord n'ajoutait rien, il tenta timidement de le relancer:
-Une voie un peu plus radicale?
Voldemort, dont un fin sourire un brin énigmatique jouait sur ses lèvres, approuva doucement. Harry tenta de lire les réponses à ses questions dans les yeux d'un noir abyssal.
-Il n'y a que deux chemins, Harry: le bon, ou le mauvais. Celui qui est sinueux et compliqué, ou celui qui mène directement au but. La politique, comme tu le dis, ou la force.
Harry, qui fronçait les sourcils, hocha doucement de la tête. Il ne pouvait détourner son regard de celui hypnotique du Lord, et s'efforçait de saisir toute l'ampleur de ce que lui disait le Seigneur des Ténèbres. Il se sentait fier d'être digne de savoir tout cela, d'être celui à qui le Maître confiait ses pensées, ses opinions, ses projets. Il se sentait privilégié et, pour lui qui avait toujours été rejeté et délaissé, ce sentiment l'emplissait d'un bonheur immense.
-Et alors? Insista-t-il, avide d'en savoir plus.
Voldemort haussa les sourcils. Son doigt, qui caressait sa lèvre inférieure, s'immobilisa tandis qu'il posait sur le jeune garçon un regard interrogateur.
-Et alors quoi?
-Vous avez choisi laquelle, de voie?
-A ton avis?
Harry ouvrit la bouche, avant de la refermer aussitôt. Il plissa les yeux et scruta l'expression impassible du Maître à la recherche du moindre indice. Il ne connaissait rien à la politique, à part les quelques débats houleux dont il avait parfois été témoin à Privet Drive entre son oncle et ses collègues qui venaient quelques fois souper, ou ceux qu'il avait parfois entraperçus à la télévision. Pourtant, il lui semblait que le Lord était bien le genre d'homme convaincu et charismatique qui faisait un bon politique. Il avait cette assurance, cette capacité à mettre en avant ses convictions et à convaincre les autres qu'elles étaient légitimes, cette certitude que ses valeurs, ses opinions étaient les meilleures, qui pouvaient faire de lui un homme du gouvernement, Harry en était certain.
Il inclina la tête, plongé dans ses pensées, inconscient du regard intense posé sur lui. Il se demanda si c'était cela, que faisait Voldemort. S'absentait-il de longues heures durant pour aller haranguer les foules, pour les convaincre de voter pour lui, le moment venu? Faisait-il, lui aussi, d'interminables discours devant une assemblée suspendue à ses lèvres? Se pavanait-il dans les couloirs du Ministère de la Magie, ses Mangemorts à ses côtés, en proclamant des slogans?
Harry fronça les sourcils. Le Maître dégageait cependant une puissante aura, un brin malsaine, qui pouvait mettre n'importe qui mal à l'aise, Harry était bien placé pour le savoir. Il y avait chez lui un côté sombre, inquiétant, qui pouvait tenir n'importe qui à distance et que Harry avait détecté au premier coup d'œil. Le jeune garçon supposait que cette partie ténébreuse du Maître, qui lui conférait certes un charme certain, pouvait néanmoins être un frein à sa carrière politique. Il n'inspirait guère confiance, sous ses airs conquérants.
-Je ne sais pas, admit-il du bout des lèvres au bout de quelques minutes de réflexion.
Voldemort haussa un sourcil narquois. Il lança à Harry un sourire arrogant qui arracha au jeune garçon une grimace amusée.
-Toute cette innocence réunie en un si petit être, railla le Maître en esquissant un sourire en coin moqueur. Comme c'est charmant.
Harry se renfrogna. Cela ne semblait pas être un compliment, dans la bouche du Maître. Il croisa les bras sur sa poitrine, un brin boudeur, un brin honteux et détourna le regard. Voldemort souriait toujours sarcastiquement en le fixant.
-Ravi de vous divertir, maugréa-t-il à voix basse.
Le sourire carnassier du Maître s'agrandit et Harry, voyant le danger arriver, demanda précipitamment:
-Montrez-moi à nouveau ce sort qui fait apparaître des flammes chaudes qui ne brûlent pas! S'il vous plaît...
Voldemort le fixa longuement de son regard intense, l'air vaguement songeur avant d'agiter brièvement sa baguette en direction du jeune garçon. Un bocal en verre apparut devant Harry et, après un nouveau coup de baguette concis, des flammes bleues se matérialisèrent à leur tour à l'intérieur du bocal.
Fasciné au delà de toute mesure, Harry se pencha en direction du bocal et vint coller son nez contre le verre. Les flammes tremblaient paresseusement à l'intérieur, et dégageaient une forte chaleur qu'il pouvait sentir à travers le verre. Il colla ses mains contre le bocal, appréciant la chaleur agréable qui le réchauffa doucement.
-Il n'y a rien de plus beau que la magie, souffla Harry.
-Je suis d'accord, approuva le Seigneur des Ténèbres. Et elle doit être préservée. Peu importe le prix à payer.
Harry, dont toute l'attention était portée sur la flamme, hocha vaguement de la tête. Voldemort, l'air sombre, regardait le bleu des flammes se refléter dans les yeux émerveillés du jeune garçon, dont la fine cicatrice brillait doucement sur son front.
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:) L'endoctrinement continue! J'approfondis un peu le personnage et les opinions de Voldemort dans ce chapitre. Qu'en pensez-vous?
A la semaine prochaine pour le prochain chapitre!
Natom, 06/06/15
