Et un petit chapitre pour les vacances !
Pour répondre aux questions fréquemment posées : j'ignore le nombre exact de chapitres, disons qu'on est largement à la moitié de l'histoire. Je vise environ 15 chapitres, mais mes approximations sont rarement justes xD
Et oui, c'est bel et bien un dramione, mais je fais passer l'action au même plan que la romance, donc désolée si ça n'avance pas aussi vite que vous le souhaitiez, c'est une frustration que je comprends mais à laquelle je ne veux pas remédier haha.
Je vous remercie tous pour les reviews, les encouragements, les compliments, tout ça quoi... Ça me touche toujours autant, même après autant de chapitres, alors je ne peux que vous demander de continuer à me laisser vos impressions, aussi déjantées soient-elle parfois xD
Bonne Lecture et Bonne Vacances à ceux qui ne bossent pas. Bon boulot pour les autres, on ne vous oublie pas^^
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Chapitre 9 : On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Comme bien souvent, Hermione profita de l'instant du dîner pour remettre un sujet gênant sur la table.
- Ce n'est pas que je veuille te brusquer, dit-elle en raclant les dernières pâtes de la casserole, mais tu m'avais promis de me révéler l'utilisation de la potion. Tu croyais que j'allais oublier ?
- J'aurais plus de chance que tu oublies ton prénom, soupira-t-il en regardant d'un œil envieux l'assiette à nouveau pleine de la jeune femme. Dis-donc, tu t'es remise à manger, on dirait ?
- Oh, pardon, tu en revoulais ? Eh, attends ! Ne change pas de sujet, je te prie.
- Termine ton assiette et on en parle.
- Juré ?
- Oui.
Hermione engloutit ses pâtes sous le regard satisfait de Drago. Ça faisait du bien de voir ce squelette manger avec autant d'appétit.
- Ché bon, fini ! déclara-t-elle, des pâtes plein la bouche.
- Je t'ai connue plus raffinée, avoua-t-il.
Hermione haussa les épaules d'un air indifférent.
- Au fait, dit Drago, si tu pouvais arrêter de m'emprunter autant de chemises différentes, ce serait sympa. Je suis en rupture de stock, par ta faute.
- Je n'en ai que deux à toi, je te signale. Et ne me demande pas de ne plus m'en contenter que d'une ; j'ai fini par me réhabituer à la propreté, et je ne suis pas sûre de supporter à nouveau la crasse, désormais.
- Oui, bah, toujours est-il qu'il va falloir te trouver des habits de fille, parce que mes fringues c'est... C'est mes fringues, quoi.
Hermione leva les yeux au ciel, tandis que Pattenrond sautait sur les genoux du Serpentard.
- Je ne comprends pas pourquoi il t'approche si facilement, alors qu'il me fuit sans cesse ! râla-t-elle alors. Quelle ingratitude, après tout ce que j'ai fait pour lui !
- N'est-ce pas toi qui m'a un jour dit : « Nos actes n'ont pas pour but de récolter de la gratitude » ?
- Tu déformes le contexte, maugréa-t-elle sombrement.
- Et puis, je te rappelle que c'est tout de même moi qui l'ait sauvé. Lui, n'a pas l'air de l'oublier au moins.
- Oui, bah, en revanche, on dirait qu'il a oublié la bombabouse que tu as nouée à sa queue, en quatrième année ! Et ça, juste parce qu'il avait eu l'audace de pourchasser ton fichu hibou !
- J'ai voulu venger mon Grand Duc, répliqua-t-il sereinement. C'était tout à fait légitime. Tu veux un conseil, Granger ? Laisse un peu ton chat tranquille.
- Quoi ? hoqueta-t-elle.
- T'es toujours en train de vouloir l'attraper, le caresser, le cajoler ! Mets-toi deux secondes à sa place, et imagine la vision d'une tête touffue sans arrêt en train de tendre deux grosses mains vers toi. Ça fait flipper, non ? Crois-moi : laisse-le respirer. Les chats ont besoin d'indépendance ; tu verras qu'il finira par revenir vers toi tout seul.
- Très bien. Parfait ! A partir de ce soir, je ne m'occupe plus de lui !
- Voilà ! approuva-t-il avec un sourire.
- Il viendra ramper à mes pieds lorsqu'il aura faim, décida-t-elle en débarrassant. Et je te défends de le nourrir en cachette, Malefoy !
- Bien sûr que non ! assura-t-il.
Depuis la cuisine, Hermione se retourna vivement.
- Tu lui as fait un clin d'œil ! accusa-t-elle d'une voix forte.
- Quoi ? N'importe quoi !
- Je t'ai vu faire un clin d'œil au chat, Malefoy ! Tu n'es qu'un traître. En fait, je suis sûre que tu prends plaisir à être le nouveau maître adoré, n'est-ce pas ?
- Bon, je t'en parle de cette potion ou quoi ?
- Tu ne perds rien pour attendre... dit-elle en le fusillant du regard.
Drago l'ignora et partit dans sa chambre, pour revenir quelques secondes plus tard avec deux flacons. Hermione fronça les sourcils ; si elle reconnaissait la potion violette d'Amplification, elle fut étonnée de l'existence d'une seconde fiole. Elle se remémora alors la définition de la potion d'Amplification qu'elle avait lue par hasard dans le vieux manuel, ce qui avait rendu Drago furax.
- Breuvage qui permet d'amplifier de façon démesurée les effets de n'importe quelle potion, même les plus basiques, souffla-t-elle à voix basse.
- Ta mémoire m'impressionnera toujours, lâcha-t-il en s'asseyant. Voici la potion basique.
Il posa sur la table la fiole au liquide incolore. Hermione se rapprocha.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu ne reconnais pas ?
- Il y a une dizaine de potions incolores très connues, Malefoy, rétorqua-t-elle pour justifier son ignorance. Attends un peu... Je pense à une chose : la potion d'Amplification étant un breuvage, ça signifie qu'elle s'applique forcément à une potion qu'il faut boire également, non ?
- Oui.
Hermione lui lança alors un regard peu assuré, et dit :
- Pourquoi ais-je la désagréable impression que cette potion n'est en faite pas destinée à ton oncle ?
- Je pensais que tu l'avais compris depuis longtemps. Le nectar n'a jamais eu pour but d'être discrètement versé dans le verre de Valarias pour qu'il s'étrangle, ou je ne sais encore quelle autre scénario dramatique de ce type-là. La préparation est pour moi. Je vais la boire, pas lui.
Hermione ne parvenait pas à défroncer, soudain anxieuse. Jusque là, elle avait toujours imaginé la potion comme une arme destructrice pour éliminer Valarias ; mais ce qu'elle aurait dû comprendre plus tôt ne présageait désormais rien de bon. Merlin, qu'allait-il s'infliger ?
- Des potions transparentes, reprit-elle alors, il y en a des dizaines, c'est sûr. Des potions transparentes que tu ingurgites, en revanche, je n'en connais que deux.
Silencieux, Drago la regardait réfléchir avec un sourire en coin. Il ne se lassait jamais de la voir trouver des réponses là où d'autres n'y auraient toujours vu que des interrogations complexes. Elle était intelligente, et il comprenait mieux, maintenant, les réussites consécutives de Potter tout au long de sa scolarité : avec Granger à ses côtés, tout semblait devenir facile.
- Malefoy... lâcha-t-elle, incertaine. Tu ne comptes pas amplifier un breuvage anti-douleur, tout de même ? C'est un soin appliqué à St Mangouste pour les blessures graves, et, honnêtement, je doute que t'immuniser contre la douleur, aussi amplifié que ça puisse l'être, soit une solution.
- Je suis vexé que tu me penses aussi naïf de croire pouvoir vaincre le Conseil avec une potion anti-douleur...
- Oh, alors ce n'est pas ça ? Tant mieux. Dans ce cas, je ne connais pas la nature de la potion.
- Tu n'avais pas une deuxième possibilité en tête ?
- Si, mais c'est sans importance. Je me souvenais juste d'une potion inventée par les frères de Ron pour ne pas aller en cours : un nectar de dédoublement.
Hermione étira alors un grand sourire en repensant aux jumeaux.
- Ces idiots n'ont récolté que deux jours entiers à l'hôpital. Leur potion n'était pas au point.
Hermione rigola encore, appréciant de se perdre dans les heureux souvenirs de Poudlard.
- Après la mort de Fred, dit-elle en recouvrant son sérieux, son frère a abandonné la boutique de farces et attrapes. Je le comprends, ça devait être trop dur. Ron l'a soutenu du mieux qu'il a pu, cette année-là, et l'a même convaincu de rouvrir la boutique. Ce que George a fait, deux ans plus tard. J'ignore ce qu'il est devenu.
Elle fut parcourue d'un frisson désagréable. C'était douloureux de repenser à la famille Weasley. Tout ça semblait si loin d'ici.
- Ne t'en fais pas, il va bien, répondit alors Drago.
Hermione leva un regard surpris vers lui. Venait-il de parler de George ?
- Il a quitté l'Ordre du Phénix pour ouvrir sa boutique à Pré-au-Lard. Au début, il a eu quelques problèmes avec le nouveau Ministère pour obtenir l'autorisation de s'installer là-bas, étant donné son passé en tant que révolutionnaire avec les ondes radios clandestines et tout ça. Mais il a finalement convaincu les Adeptes de sa soumission au nouvel ordre.
La jeune femme le fixait sans comprendre, ébahie.
- Comment...
- Je suis allé visiter sa boutique moi-même, répondit-il avant même qu'elle ne pose la question. C'est lui qui m'a dit tout ça.
- George n'aurait jamais abandonné l'Ordre, contredit-elle alors. Encore moins pour vivre une nouvelle vie aux côtés de ceux qui ont tué son frère.
- Il faut croire que les gens changent, Granger. Il m'a dit mépriser la guerre, et réaliser que se battre ne ferait pas revenir Fred. Il m'a sorti toute une psychologie ennuyante à mourir sur le temps, comme quoi « la vie est trop courte, qu'il faut mieux l'accepter telle qu'elle est, et la vivre à fond, plutôt que de la gâcher à essayer de changer le monde ». Le genre de point de vue qui rend évidemment ta vie soudain beaucoup plus facile, réservé à ceux qui abandonnent.
- George n'est pas un lâche, si c'est ce que tu insinues, ne put-elle s'empêcher de défendre.
- Je n'insinue rien de tel. J'avais moi-même l'intention de fuir avec ma mère, avant que Valarias ne nous tombe dessus.
Il se tut, et ce fut Hermione qui parla :
- Cette potion... Ne me dis pas que c'est vraiment celle de dédoublement ?
- Si.
Hermione n'en crut pas ses oreilles.
- Enfin, Malefoy, tu n'es pas sérieux ? dit-elle en tentant malgré tout de sourire. Tu comptes te...dédoubler ?
- Non. Je compte me tripler.
Hermione attrapa la chaise la plus proche et s'y laissa tomber. Elle regardait maintenant le jeune homme comme s'il était devenu fou.
- Après la trahison de Blaise, expliqua-t-il, je me suis juré de ne plus jamais accorder ma confiance à personne. Dans des temps aussi sombres, où le pouvoir monte à la tête aussi vite que les principes s'estompent, je ne peux compter que sur moi-même. Le problème, c'est que je n'arriverai à rien tout seul ; le Conseil des Huit est bien trop conscient d'être la cible des révolutionnaires pour prendre le risque de se montrer. Il reste au Manoir, et est très difficiles à approcher, constamment escorté par des Détraqueurs et Adeptes de très haut niveau. Il me fallait de l'aide, tout en étant sûr de ne jamais être trahi. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, non ?
Il sourit, mais Hermione n'y trouva absolument rien d'amusant.
- Le vœu d'abord absurde d'être capable de me dédoubler, poursuivit-il, est vite passé du statut de rêve à idée envisageable. Le dédoublement n'a d'effets que sur les choses inanimées, et chaque sorcier ayant voulu inventer le dédoublement humain a été aussitôt mis hors d'état de nuire, les conséquences étant jugées trop dangereuses selon le Ministère de la Magie, à l'époque. Si cette potion avait la moindre chance d'exister, elle avait forcément été mise au point en cachette par quelqu'un d'assez fou et peu inquiet de l'autorité ministérielle. Et ce genre de sorcier, j'avais justement la chance d'en connaître deux...
- Tu as songé aux Weasley ? Toi ?
- Ce n'est pas parce que j'étais ennemi avec leur frère que je maudissais tous les roux de l'école, Granger. En réalité, les jumeaux m'ont toujours impressionné par leur je-m'en-foutisme total, et, quelque part, je crois que j'enviais leur audace à une époque où il m'en aurait bien fallu pour m'opposer aux choix de mon père. Alors je les cherchés. Ça m'a pris pas mal de temps, mais j'ai fini par entendre parler d'une boutique un peu folle. J'ai été surpris de n'y trouver qu'un seul des jumeaux ; il faut dire que ma présence n'était pas vraiment souhaitée à Poudlard, le jour des funérailles.
Hermione ferma les yeux un instant.
- Laisse-moi récapituler, Malefoy, dit-elle en se massant les tempes d'un air las. Tu comptes avaler une potion stupidement créée par des sorciers inventeurs-amateurs, dont, je te le précise, aucune de leurs potions n'a jamais été reconnue comme sûre pour la santé, et en plus de ça amplifiée par une potion dont tu as été trouver la recette au fond d'un vieux manuel de magie noire. C'est bien ça ?
- C'est...à peu près ça, confirma-t-il.
- T'es complètement cinglé, lâcha-t-elle.
- Weasley a grandement amélioré sa potion, depuis le temps ! Il a testé son invention sur une chouette, et je te signale que ça a marché !
- Je connais leurs méthodes par cœur, répliqua-t-elle avec un rire froid. George t'a-t-il dit combien d'autres chouettes ont joué le rôle du cobaye avant que ça ne marche ?
- Heu...ouais. Les deux premières sont tombées malades et sont mortes le lendemain.
- Au moins, il a eu l'honnêteté de le clarifier, ce qu'il ne faisait pas toujours avec ses clients de première année.
- Mais la troisième s'est dédoublée ! Ça n'a pas duré longtemps, et le clone restait bêtement immobile. Mais c'est pour ça que je vais amplifier les effets, afin que mes clones à moi soient durables et intelligents.
- Et tu penses sérieusement que tout va marcher à merveille, Malefoy ? « L'abus d'amplification peut engendrer la perte de contrôle sur l'effet désiré, ainsi que de graves conséquences ». Ce sont les propres mises en garde du livre !
- Si tu cherches tous les risques possibles, tu les trouves. Et puis merde, Granger. Je ne t'ai pas révélé tout ça pour obtenir une morale en retour. J'ai planifié tout ça depuis trop longtemps maintenant pour faire marche arrière.
Et, sur ces mots, Drago versa le contenu des deux fioles dans un même flacon vide. La couleur violette du breuvage d'amplification se diffusa rapidement pour former un liquide entièrement violet. Drago reboucha le flacon et le secoua sous l'œil désapprobateur d'Hermione. Soudain, sans prévenir, cette dernière lui arracha le flacon des mains.
- Qu'est-ce qu'il te prend ? s'offusqua-t-il.
- Navrée, Malefoy. Je ne peux pas te laisser faire ça. C'est trop dangereux.
- Redonne-moi ça, Granger, soupira-t-il.
- Hors de question. Imagine un instant que ça ne fonctionne pas et que tu finisses comme les pauvres chouettes, hein ? Qui va sauver ta mère ? T'y as pensé ?
- Oui. Toi.
Hermione lâcha un rire nerveux.
- Tu délires complètement, mon cher Serpentard. Tu n'as pas l'air de te rendre compte que cette potion peut te tuer !
Drago étira un large sourire.
- Qu'y a-t-il de drôle ? aboya-t-elle.
- Toi. Tu t'inquiètes pour moi. C'est adorable.
Hermione rougit comme une tomate.
- Je...non...bégaya-t-elle. Je dis juste que ta mort n'améliorera rien...enfin...
- Bon, passe-moi cette fiole, la coupa-t-il en tendant la main.
- Non ! déclara-t-elle fermement.
Plus amusé du tout, Drago sortit sa baguette et l'agita d'un coup sec. La fiole sauta des mains de la jeune femme pour atterrir dans les siennes.
- L'avantage, dit-il d'un air satisfait, c'est que moi je n'ai pas tiré un trait sur la magie.
Furieuse, Hermione l'observa déboucher la fiole.
- Ne fais pas ça... supplia-t-elle alors. Malefoy, c'est...
- Dangereux, je sais. Tout comme l'est Valarias. C'est ma seule chance.
Drago porta le liquide à ses lèvres et avala le contenu en quelques gorgées. Impuissante, Hermione le regardait avec des yeux épouvantés.
Il reposa la fiole vide sur la table, et attendit. Hermione attendait aussi, le cœur battant. Les minutes s'écoulèrent, mais rien ne se passa. L'air confiant de Drago se déformait peu à peu en une grimace anxieuse.
- Je ne comprends pas... murmura-t-il alors. Ça devrait marcher... J'ai respecté les instructions à la lettre !
- Peut-être qu'il faut du temps pour que ça fasse effet ? tenta-t-elle.
- Je ne comprends pas... répétait Drago, de plus en plus agité.
- T'es sûr d'avoir bien lu la formule de...
- Oui, Granger ! la coupa-t-il sèchement. La potion était parfaite ! Parfaite !
C'est alors qu'il envoya balader la chaise sur laquelle il se tenait un peu plus tôt, ignorant les miaulements outrés de Pattenrond qui venait de se faire chasser sans ménagement.
- Et merde ! rugit Drago en jetant la fiole vide à son tour.
Le verre s'explosa contre le mur.
- Merde ! Merde ! Merde ! hurla-t-il.
- Ce n'est pas si grave, couina timidement Hermione qui ne savait jamais comment réagir lors de ses excès de colère.
- Pas si grave ? répéta-il en tournant vers elle un regard assassin. Ce sont des mois de préparation qui viennent de foirer, Granger ! L'espoir de sauver ma mère qui vient de disparaître en fumée ! Alors si, c'est grave !
- On peut essayer de le refaire ? insista-t-elle, trouvant n'importe quoi à dire qui le calmerait un temps soit peu.
- Non, on ne peut pas ! trancha-t-il, agacé. C'était la seule et unique fiole de Weasley, et même s'il était capable de me la refaire, il faudrait que je vole à nouveau tous les ingrédients ! Et ça ne serait jamais prêt à temps !
Hermione fronça les sourcils.
- A temps pour quoi ? demanda-t-elle, confuse.
Drago cessa de faire les cents pas à travers la pièce, et croisa enfin son regard.
- Pour le bal, répondit-il.
- Pour...pour le bal ? répéta-t-elle bêtement. Tu comptais y aller ?
- Bien sûr que je comptais y aller, répliqua-t-il sans parvenir à calmer sa colère. L'évènement du siècle où le Conseil dans son entier est réuni autour d'une table, ce n'est pas une occasion qui se loupe ! Bon sang, ils auraient tous été là ! A portée de main ! Sans garde rapprochée dans la salle pour ne pas effrayer les invités !
- La sécurité aurait largement été renforcée, au contraire, se permit-elle de réfuter. Ils savent parfaitement que cette soirée est une occasion en or pour les résistants de s'en prendre à eux, et tout sera très surveillé, à la limite de la paranoïa !
- Je sais tout ça, Granger, dit-il d'une voix froide. Mais j'aurais eu ma protection renforcée à moi, dissimulée avec soin. Quelle poisse ! J'avais tout prévu, je...
Il s'interrompit, la respiration haletante. Il semblait ne plus savoir quoi faire, quoi dire. Il se tenait là, au milieu du salon, les yeux dans le vide, réalisant ce que signifiait l'échec de la potion. Hermione osa enfin bouger et se leva de sa chaise pour venir le rejoindre prudemment.
- Tu n'es plus tout seul, Malefoy, souffla-t-elle alors d'une voix apaisante. Je suis là, moi. Je vais t'aider à sortir ta mère de son enfer, je te le promets.
Il tourna la tête vers elle, et Hermione vit alors le gris de ses yeux s'estomper doucement.
- Ne le prends pas mal, Granger, dit-il d'un ton moins rude, mais je ne vois pas comment on pourrait vaincre toute une Confrérie à deux, aussi doués soit-on. Surtout sans ta baguette magique.
Hermione baissa les yeux d'un air quelque peu honteux. Comme elle s'y attendait, Drago se dirigea vers sa chambre. Il se retourna alors une dernière fois pour lui lancer un objet rond qu'elle rattrapa de justesse. Elle ouvrit la paume et y découvrit le scrutoscope.
- Pose-le sur la cheminée, lui dit-il. Il faut qu'on ouvre l'œil. Je sens que toute cette histoire avec Kerry est loin d'être terminée.
Et il claqua la porte de sa chambre.
- Bonne nuit... souffla-t-elle dans un murmure.
Hermione soupira, puis obéit en posant la petite boule magique sur la cheminée. Elle alla ensuite récolter les bouts de verres cassés un par un, avant d'aller les jeter à la poubelle.
Drago avait été là, lorsque le monde semblait s'être écroulé sur elle. Il était normal qu'elle essaie de lui remonter le moral à son tour, mais ce n'était pas chose aisée. Malefoy était si... dur à suivre ! Il pouvait passer de la douceur à l'énervement en un rien de temps, et personne n'était en mesure de déterminer lorsqu'il se calmerait. Il était le genre d'homme unique maître de ses sentiments, le seul à décider à quel moment sa colère était autorisée à quitter les lieux, et en aucun cas à l'écoute de ce que les autres pourraient bien exiger de lui. C'était ainsi. Hermione ne pouvait qu'attendre.
C'est donc en espérant que la nuit apaiserait les angoisses du jeune homme qu'elle se coucha à son tour sur son assemblage inconfortable de coussins. Les yeux tournés vers le plafond, elle patienta pour la venue du sommeil, bien que celle-ci fût constamment repoussée par l'image du Conseil.
Sept hommes qui détenaient l'avenir des Sang-de-Bourbe entre leurs mains. Sept hommes qui ne se rendaient pas encore compte de la grosse erreur, fatale, d'avoir accepté parmi eux un huitième membre...
oOoOo
Réveillée par l'éblouissante lumière du jour, Hermione tenta malgré tout de se rendormir. Mais à peine voulut-elle tourner le dos à la lumière qu'une atroce douleur au reins lui fit brusquement ouvrir les yeux. Il fallait vraiment qu'elle se débrouille pour dénicher un lit digne de ce nom.
Elle leva la tête vers l'horloge désormais réparée, et constata sans grande surprise qu'il n'était que sept heures du matin. Quitte à être réveillée, autant se rendre utile en préparant le déjeuner.
Hermione tira une grimace en trouvant les placards quasiment vides ; la bataille de pancakes de la veille avait été amusante, certes, mais également un gros gâchis. Il devenait urgent d'aller au marché, à présent, mais Drago ne la laisserait jamais prendre un tel risque. Elle-même, bien que tentée de faire un tour en ville pour changer d'air, était rapidement refroidie par le souvenir de sa dernière expérience à l'extérieur.
Hermione prit donc la sage décision de rester à la chaumière, et rassembla les trois œufs survivants de guerre pour préparer une omelette.
Trois heures plus tard, l'omelette était froide, et toute séchée par-dessus le marché. Hermione jeta un œil à l'horloge. C'était la première fois que Drago dormait jusque si tard, étant généralement le premier des deux à se lever. Après une brève hésitation, elle décida d'aller jeter un coup d'œil dans sa chambre, au risque de le réveiller et de s'attirer ses foudres. Elle emporta avec elle l'assiette contenant l'omelette, au cas où ça serait suffisant pour se faire pardonner.
- Malefoy ? chuchota-t-elle en faisant grincer la porte. Tu dors encore ?
Les volets cassés de la fenêtre divulguaient une lumière suffisante dans la pièce pour qu'elle distingue la silhouette endormie du jeune homme. Au bout du lit, une boule de poils orange somnolait paisiblement.
- Il est dix heures, informa-t-elle en enjambant les habits sales qui traînaient par terre.
Une fois au bord du lit, elle se mordit la langue, puis osa finalement poser une main prudente sur son épaule nue.
Elle laissa l'assiette tomber par terre. Hermione retira sa main d'un geste vif. La peau du garçon était bouillante.
Réveillé, Pattenrond sauta du lit et vint renifler l'omelette étalée sur le tapis.
- Malefoy, appela Hermione d'une voix soudain tremblante, espérant de tout cœur qu'il allait lui répondre.
Mais elle savait déjà qu'il ne réagirait pas, qu'il ne l'enverrait pas balader, et qu'il n'ouvrirait pas non plus les yeux.
- Malefoy ! insista-t-elle en lui prenant la tête entre les mains.
Ses doigts glissèrent sur les joues ruisselantes du jeune homme. Un gémissement d'horreur franchit involontairement les lèvres d'Hermione.
- Non... hoqueta-t-elle, sentant les larmes lui monter. Ce n'est pas vrai, dites-moi que ce n'est pas vrai, Merlin !
Sa raison lui criait de se dépêcher de trouver un moyen de faire chuter la fièvre, de bouger au lieu de rester bêtement plantée là, mais ses jambes restèrent immobiles. Car, au fond d'elle, Hermione savait très bien qu'il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour lui. Si un remède avait existé, Drago l'aurait déjà trouvé.
- Je te l'avais dit... gronda-t-elle sombrement, la gorge serrée. Je te l'avais bien dit... Bon sang, Malefoy ! Tu n'aurais pas pu m'écouter, une seule fois dans ta vie ?
Elle avait crié, mais Drago restait inconscient. Hermione se rendit compte qu'elle pleurait. Elle essuya ses joues avec sa manche et respira un grand coup pour reprendre ses esprits. Elle sortit de la chambre et alla chercher un torchon dans la cuisine. Elle passa le tissu sous l'eau froide, tout en essayant de maîtriser le tremblement nerveux des mains.
De retour auprès de lui, elle passa délicatement le torchon sur son visage, dans son cou, et dans ses cheveux déjà trempés.
- Je t'en prie, réveille-toi... murmurait-elle. Est-ce que tu m'entends, au moins ?
Elle lui prit la main, mais cette dernière demeurait molle. Aucun signe de conscience.
- T'es vraiment obstiné, hein... ne put-elle s'empêcher de dire froidement. Tu mériterais que je t'en colle une, tu sais ça ?
Bien décidée à ne plus laisser aucune larme s'évader, son angoisse semblait s'extérioriser grâce à la colère, et Hermione continua de lui éponger le visage tout en l'assaillant de reproches. Mais elle ne se sentit pas mieux pour autant. La fièvre restait ardente.
Elle lui décolla le drap de la peau, tout aussi mouillé que l'oreiller. Elle ouvrit ensuite la fenêtre dans l'espoir de laisser entrer la moindre brise qui pourrait refroidir la véritable fournaise que semblait être devenue la chambre. Puis, elle attendit. Assise sur le lit, elle attendit.
Ses yeux détaillèrent le visage du jeune homme comme jamais ils n'avaient eu l'occasion de le faire, et elle remarqua seulement à quel point ses traits étaient fins et doux. La couleur grise paralysante ou bleu hypnotisante de ses yeux avaient toujours rendu Drago difficile à contempler, comme une beauté froide que l'on ne serait pas autorisé à fixer.
Mais, assise ici, à l'observer sans aucune retenue, Hermione ne pouvait s'empêcher d'examiner son physique, profitant d'une occasion qui ne se représenterait jamais.
Sans vraiment réfléchir à ce qu'elle faisait, elle se laissa guider par son envie de poser une main sur son front. Hermione ferma les yeux au contact de la peau de braise. Elle s'imagina un instant aspirer toute cette chaleur en elle, et le libérer ainsi de cette transe effrayante, quitte à en être la nouvelle victime. Mais plus effrayant encore, elle réalisa qu'elle serait réellement prête à le faire si on lui en donnait le pouvoir. Sûrement rougirait-elle de telles pensées si la situation n'avait pas été sérieuse.
Sa main glissa lentement de son front jusque dans les cheveux blonds du garçon. Hermione tira un sourire triste. Ces cheveux qu'elle avait tant de fois juré de lui arracher un jour...
- Sale petite fouine, s'amusa-t-elle à dire.
Le son de sa propre voix résonnant dans un silence complet ramena Hermione à la réalité. Il ne l'entendait pas, ne lui répondrait pas, ne reviendrait peut-être pas...
Les paroles de la veille ne cessaient de se répéter en boucle dans sa tête, et la jeune femme aurait donné cher pour que les voix cessent de lui ôter le peu d'espoir auquel elle s'accrochait.
« George t'a-t-il dit combien d'autres chouettes ont joué le rôle du cobaye avant que ça ne marche ?
- Heu...ouais. Les deux premières sont tombées malades et sont mortes le lendemain. »
Hermione éclata en sanglots. Des sanglots incontrôlables. Les larmes, qui ne supportaient plus d'être constamment repoussées, se déversèrent en torrents sur ses joues.
- T'as pas le droit me lâcher, Malefoy ! s'exclama-t-elle alors en lui agrippant les épaules. T'es d'un égoïsme monstrueux ! Me demander de rester pour ne plus souffrir, tout en sachant à l'avance que tu allais m'abandonner comme ça ? T'es vraiment un... un salaud ! Un ignoble... ignoble...
Sa phrase s'étouffa en pleurs, et la jeune femme se rallongea mollement à ses côtés. Elle avait mal à la tête. Hermione se mordit profondément la lèvre pour qu'elle cesse de trembloter, et ferma les yeux pour apaiser ses battements de cœur.
Elle savait qu'elle allait le perdre. C'était inévitable. Tout se déroulait exactement comme avec les cobayes de George, ce n'était plus qu'une question de temps. Elle se maudit d'abandonner si vite, sans chercher de solutions, mais restait en elle la conviction profonde qu'espérer voir Drago sortir de ce comma était tout aussi illusoire que douloureux. Il n'y avait aucune raison logique pour qu'il s'en sorte plus chanceux que les chouettes.
Hermione sentit son cœur se serrer davantage. La tête posée contre le torse du jeune homme, elle huma son parfum. Ce geste la ramena soudain deux ans en arrière ; la nuit où elle s'était enfuie de l'Ordre. Laissant l'homme qu'elle aimait derrière elle, Hermione n'avait pas pu s'empêcher de voler un sweat à Ron, pour pouvoir respirer son parfum où qu'elle se trouve.
En ce temps encore, elle était amoureuse. Les années avaient atténué la douleur d'une telle crevasse dans le cœur, mais jamais effacé.
Elle se trouvait maintenant allongée aux côtés d'un homme tout autre, en train d'ancrer dans sa mémoire une odeur qu'elle redoutait de perdre à chaque instant.
Que devait-elle comprendre de la soudaine existence d'une seconde crevasse aux côtés de celle de Ronald ?
Hermione fronçait les sourcils, laissant ses larmes dégringoler jusque dans sa bouche entrouverte.
Se pouvait-il que ce ne soit pas juste de l'attirance physique qu'elle ressentait (ressentît ?) pour Drago, comme elle l'avait longtemps supposé ? Était-il si fou de croire un instant que la raison pour laquelle chaque sourire du jeune homme qui lui coupait la respiration était peut-être dû à plus qu'une simple beauté renversante ? Quelque chose qu'elle avait déjà connu auparavant, un sentiment de bien-être qui lui était familier...
L'amour.
Hermione releva lentement la tête pour apercevoir le visage de Drago. La peur qu'apportaient ces nouvelles questions se dissipa.
Oui, peut-être bien qu'elle l'aimait. C'était une révélation dont elle n'aurait probablement jamais voulu prendre conscience si les évènements avaient été différents. L'inquiétude de la réaction du Serpentard, l'angoisse d'être percée à jour, l'interdiction formelle de succomber au charme d'un homme qui n'aimait pas en retour... Des appréhensions qui, ce matin, n'avaient pas la moindre importance.
Car, de toute évidence, le destin s'apprêtait à faire en sorte que Drago Malefoy n'apprenne jamais la vérité.
oOoOo
Le soleil était haut dans le ciel, à présent. Ses rayons traversaient la fenêtre de la chambre tout droit sur le lit, et Hermione avait dû accrocher une chemise en guide de rideau pour atténuer la chaleur, la peau du jeune homme étant toujours aussi ardente.
Allongée contre lui, elle n'avait pas bougé depuis des heures, et avait chaud également. Les larmes avaient séché sur ses joues, et son regard restait vague, revisitant les bons comme les mauvais moments passés depuis qu'elle était à la chaumière.
Elle ne voulait pas louper une seule des dernières secondes qui lui restaient aux côtés de Drago, et ignora les miaulements affamés qui s'élevaient depuis la cuisine.
Hermione avait une main posée sur la poitrine du jeune homme, afin de ressentir les battements de son cœur, craignant qu'ils ralentissent à chaque instant.
- Tu sais... murmura-t-elle, sa voix rauque brisant un long silence, j'ai longtemps cru que ce qui me retenait ici, c'était ta chaumière. Depuis la première fois où je l'ai vue, je l'ai voulue.
Hermione étira le coin de sa bouche en petit rictus.
- Et je l'ai eue. Je t'avais bien dit que je finirais pas rester ici. En revanche...
Comme si sa tête pesait des tonnes, elle la pivota lentement pour apercevoir le visage du jeune homme.
- En revanche, j'ignorais que toi tu partirais. Et je réalise que, sans toi, cette chaumière ne représente plus rien. Sans toi, je n'en veux plus...
Hermione renifla bruyamment et frotta ses yeux rougis.
- J'ai toujours pensé que cette petite maisonnette dégageait une atmosphère rassurante et chaleureuse, qui me rappelait un peu ma Salle Commune rouge et or. Comment n'ai-je pas pu comprendre plus tôt que ce sentiment de sécurité n'émanait pas de la chaumière, mais de toi ? Ça me paraît si évident, maintenant...
Tout à coup, Hermione se figea. Les battements de cœur du jeune homme venaient subitement de changer de rythme, mais ils ne ralentissaient pas comme elle le craignait ; son cœur s'était mis à cogner de plus en plus fort.
- Malefoy ? appela-t-elle en se redressant aussitôt, les yeux luisants d'espoir.
C'est alors que ce dernier se mit à basculer sa tête de droite à gauche, comme lorsqu'on tente désespérément de se réveiller d'un cauchemar. Ses sourcils se froncèrent, et il semblait lutter pour respirer.
- Malefoy ! cria-t-elle inutilement, prise de panique. Qu'est-ce...
Ses mots furent étouffés par la main du jeune homme qui venait brusquement de lui encercler le cou avec force. Les yeux exorbités de surprise, Hermione tenta vainement de défaire la poigne de Drago, mais celui-ci serrait de plus en plus fort. Ses yeux gris cernés de rouge se tournèrent vers elle, tandis que son torse se redressait lentement.
- Où est ma mère ? demanda-t-il hargneusement. Qu'as-tu fait d'elle ? Réponds !
Incapable de sortir le moindre mot, ni même de penser correctement, Hermione continuait de marteler le bras assassin de coups, espérant qu'il la lâche.
- QU'AS-TU FAIT A MA MÈRE ? vociféra-t-il encore plus fort, les yeux pétillants de rage.
Rapidement à court de souffle, Hermione sentit son esprit divaguer. Elle avait cessé de gigoter, et ne pouvait plus que supplier intérieurement qu'il la laisse partir.
L'instant d'après, elle sentit la pression se relâcher d'un coup. Ses jambes fléchirent aussitôt, et Hermione s'écroula à genoux, luttant pour respirer à nouveau. Dès qu'elle fut en état de bouger, elle rampa sans attendre vers la porte, le plus loin possible du jeune homme. Une fois sûre qu'il ne pouvait plus l'atteindre, elle s'autorisa à se mettre debout pour pouvoir l'apercevoir.
De nouveau allongé, Drago était retombé dans le coma.
Cette soudaine poussée de violence avait dû l'épuiser plus encore. Hermione rejoua la scène dans sa tête pour essayer de mieux comprendre ce qu'il venait de se passer, mais n'en vint qu'à l'unique conclusion que Drago avait simplement été victime d'hallucinations dues à la fièvre. Avec une peau aussi brûlante, il n'était pas étonnant qu'il se passe de drôles de choses dans sa tête.
Néanmoins, Hermione sortit de la chambre et ferma la porte derrière elle, avant de se laisser glisser contre celle-ci.
La respiration encore haletante, les pupilles agitées, la jeune femme se trouvait en état de choc. Elle avait vraiment cru qu'il ne lâcherait pas sa prise, et s'était imaginée mourir de la pire des façons.
Elle finit par se relever, puis alla se servir à boire, la gorge sèche. Tandis qu'elle buvait son cinquième verre d'eau, son regard se posa sur la porte de la chambre. Un frisson désagréable la parcourut ; elle n'était pas sûre de vouloir y entrer de nouveau. Toutefois, elle savait déjà qu'elle retournerait le voir quoi qu'il arrive.
oOoOo
En effet, une heure plus tard, Hermione se tenait au chevet de Drago. Assise sur une chaise, le coude sur la table de nuit pour retenir sa tête, elle était retombée dans une contemplation vide et silencieuse. Malgré la fièvre toujours intensément présente, les traits détendus de Drago laissaient deviner un esprit moins agité.
Cependant, en observant de plus près, Hermione remarqua que son visage n'était en fait pas si immobile ; sous ses paupières, ses yeux se baladaient de droite à gauche de façon incessante. Inquiète, elle glissa instinctivement sa main dans celle du jeune homme. C'est alors qu'elle ressentit une légère pression en retour. N'en croyant pas ses yeux, elle continua de fixer les doigts de Drago se refermer sur les siens.
Hermione redouta soudain une nouvelle crise violente.
Mais ce fut tout en douceur qu'elle le vit ouvrir les yeux. N'osant pas faire le moindre mouvement, elle attendit jusqu'à ce qu'il tourne difficilement la tête vers elle. Hermione tira un large sourire lorsqu'elle croisa de nouveau un regard bleu perçant qu'elle avait cru ne plus jamais revoir.
- Pansy... murmura-t-il.
Le sourire de la jeune femme retomba.
- Non, c'est moi, bredouilla-t-elle. Hermione.
Mais ce fut comme si elle n'avait pas parlé :
- Pansy, tu es bien là ? dit-il d'une voix cassée par l'effort de parler.
De toute évidence, il délirait.
- Je dois sûrement être mort pour que tu sois là.
- Non ! ne put s'empêcher de contredire Hermione. Tu n'es pas mort, tu es à la chaumière !
Une fois de plus, il ne l'entendit pas.
- Comment as-tu pu me faire ça, reprocha-t-il alors. Pourquoi tu t'es jetée devant moi, hein ? T'avais pas le droit, le sortilège m'était destiné ! Tu n'en fait toujours qu'à ta tête. Si tu savais comme je t'en veux...
Hermione, qui ne chercha plus à le désillusionner, garda le silence.
- Tu me manques tellement, poursuivit-il en fixant Hermione. J'avais besoin de toi pour traverser tout ça, mais tu m'as abandonné. Encore une fois. Je sais que c'est ma faute. Je sais que je n'aurais jamais dû te dire tout ça...
Sans vraiment réfléchir aux conséquences, Hermione sentit alors le besoin de le détromper, se remémorant la mort comparable d'Elena, quelques jours plus tôt :
- Tu n'es en rien responsable de mon sacrifice, Drago. J'ai choisi de te sauver la vie, et il n'y a rien que tu aurais pu faire pour m'en empêcher.
- Je regrette ce que je t'ai dit... Je ne le pensais pas... Je voulais juste te protéger.
- Je le sais, assura-t-elle.
Elle sentit Drago lui serrer la main un peu plus fort. Ses paupières semblaient s'alourdir, et il luttait visiblement pour rassembler son peu de forces.
- Tu ne devineras jamais avec qui je passe mes journées, désormais, dit-il alors. Ta grande amie Hermione Granger. Et nous avions tort à son sujet...
Cette dernière retint difficilement un sourire.
- ...elle est encore plus folle que nous nous amusions à l'imaginer, acheva-t-il.
Hermione se renfrogna, mécontente.
- Mais elle m'aide beaucoup, reprit-il. Je ne veux pas que tu m'en veuilles de rester avec elle. J'ai appris à la connaître un peu mieux, tu sais, et elle ne prétend pas être intelligente, comme tu disais. Elle l'est, c'est tout. Sans elle, je n'aurais jamais fini ma potion à temps.
Il s'interrompit, comme incertain des propos qu'il allait tenir à son amie.
- En réalité, osa-t-il finalement, elle est différente de la stupide bande de Potter. C'est pourquoi je l'apprécie, je suppose. Contrairement à lui, elle ne passe pas son temps à se plaindre et n'est pas soutenue par ceux qui l'entourent, mais sans cesse rabaissée et maltraitée. Et pourtant, elle fait face coûte que coûte, sans tout un ministère fanatique pour récompenser ses bonnes actions. Elle est devenue la force morale qui me manque pour garder espoir, mais...
Il ferma les yeux comme s'il avait mal, et sa main glissa hors de celle d'Hermione.
Celle-ci s'empressa de lui prendre la tête entre les mains.
- Drago, appela-t-elle, reste éveillé ! S'il te plaît, bats-toi, par Merlin ! Drago !
Mais sa tête venait de retomber mollement sur l'oreiller.
- Ne sois pas fâchée... lâcha-t-il alors dans un murmure à peine audible. Elle ne te remplacera jamais, j'espère que tu le sais...
Hermione eut beau lui secouer les épaules, il ne répondit plus. Espérant de tout cœur le voir reprendre conscience, elle resta immobile un long moment, attentive au moindre mouvement de paupières.
Dix minutes plus tard, elle dut se résoudre à abandonner. Même si la fièvre semblait s'être atténuée, il restait inconscient, et sa peau plus pâle que jamais.
oOoOo
Agacée par les miaulements insistants de Pattenrond, Hermione marcha d'un pas rageur jusqu'à la cuisine, et ouvrit le frigo en soupirant. Oserait-elle donner au chat les vieux restes de la carcasse de poulet au risque de lui provoquer une intoxication alimentaire ?
- Désolée, mon vieux, il n'y a rien d'autre, dit-elle en sortant la viande.
Hermione chercha l'écuelle dans laquelle elle avait pris l'habitude de mettre la nourriture, mais elle n'était plus à sa place.
- Bien joué, Pattenrond... maugréa-t-elle au chat d'un air sombre. Je ne sais pas où tu l'as mise, mais ne compte pas sur moi pour la chercher. Pas maintenant.
L'animal miaula d'un air mauvais. Hermione n'y prêta aucune attention. Ce silence la rendait dingue. Et pourtant, cela faisait bien deux ans qu'elle était habituée à la solitude, mais la voix de Drago, ironique, gentille ou moqueuse, lui manquait affreusement. Sans l'atmosphère agitée qu'ils créaient à deux, cette chaumière n'était plus qu'une maison dénuée de vie.
- Tu ne peux pas me laisser, murmura-t-elle, les dents serrées par la colère. Trop de gens ont besoin de toi dehors.
Elle se mordit la langue, puis ajouta :
- J'ai besoin de toi.
Saisie d'une nouvelle vague d'espoir, Hermione alla dans la chambre chercher le vieux manuel de potion de Drago et le ramena à la cuisine, avant de le plaquer sur la table dans un bruit sourd. Elle l'ouvrit et tourna les pages sans aucune délicatesse, déterminée à trouver n'importe quoi qui pourrait l'aider à faire sortir Drago de cet état comateux.
Arrivée à la page du breuvage d'amplification, elle lut et relut les indications une dizaine de fois, essaya de déceler des informations éventuellement cachées dans les phrases, mais n'y trouva aucune réponse.
- Ah, ce fichu bouquin ne sert à rien ! s'écria-t-elle en refermant le livre d'un coup sec.
Incapable de rester en place, elle se mit à faire les cents pas tout en se creusant la cervelle à la recherche d'une potion ou autre remède qui pourrait marcher. Elle passa en revue ses six années à Poudlard, se concentrant sur les potions enseignées par Rogue, les plantes médicales montrées par Madame Chourave, les soins magiques attribués par l'infirmière à chacune de ses visites... mais rien, jamais rien ne mentionnait un remède spécifique aux folies dangereuses des inventeurs. Tout ce que les professeurs avaient pu leur en dire se résumait aux mises en garde contre la très mauvaise idée d'essayer un jour de créer sa propre potion, au risque de ne pas en maîtriser les effets. Évidemment, Fred et George Weasley n'avaient jamais été de ceux qui écoutaient en cours...
Du coin de l'œil, Hermione vit une fusée orange décamper à toute vitesse dans la chambre de Drago.
- Qu'est-ce que...
Elle fut interrompue par la soudaine alarme bruyante du scrutoscope. Tournoyant au-dessus de la cheminée, sa couleur rouge vif indiquait clairement une présence non désirée.
- Drago ! souffla-t-elle, inquiète.
Elle commença à se diriger vers la chambre, mais se stoppa net ; si des Adeptes étaient effectivement sur le point de débarquer, il y avait de fortes chances qu'ils viennent pour elle, et non pour lui. En espérant protéger Drago, elle ne ferait probablement rien d'autre que d'attirer l'ennemi jusqu'à lui.
Elle fit demi tour, éteignit rapidement la lumière dans l'espoir fou que ça puisse être utile, et alla se cacher dans le seul endroit qui lui vint à l'esprit. Hermione ouvrit la trappe, puis sauta à l'intérieur, avant de repositionner les lattes au-dessus de sa tête.
Puis, elle attendit, le cœur battant.
Le nuit commençait à recouvrir le ciel de son manteau noir, et Hermione ne distinguait rien dans l'obscurité totale de la fosse. Le scrustocope avait cessé son vacarme, et le soudain silence devint extrêmement angoissant.
Aussi figée que la pierre, Hermione tendait l'oreille. Mais ne résonnait que le tic-tac monotone de l'horloge.
A peine avait-elle osé décontracter son poignet qui, plié en deux contre la paroi de terre, lui faisait mal, qu'elle entendit le plancher émettre un très léger craquement, tout près.
Hermione sentit son cœur rater un battement. Elle comprit qu'ils étaient là depuis tout ce temps, silencieux.
Elle tenta de repousser la panique qui lui écrabouillait l'estomac. Son cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse. S'ils agissaient avec autant de discrétion, c'est qu'ils n'étaient pas au courant de l'état inconscient de Drago, et craignaient de le réveiller. Leur chaumière n'avait donc pas été sous surveillance, ces derniers jours.
Ce ne fut toutefois pas assez pour la rassurer, à ce moment-là.
Le parquet grinça de nouveau, mais juste au-dessus de sa tête, cette fois. Hermione se fit toute petite, comme si elle espérait pouvoir s'enfoncer sous terre plus profondément encore. La respiration complètement retenue, elle ne lâchait pas les lattes des yeux, prête à les voir se soulever à chaque instant.
Ce qu'elle redoutait arriva. Tandis que la première latte était retirée, la faible lumière de la lune que laissaient passer les fenêtres se glissa à l'intérieur du trou. Trois autres lattes s'extirpèrent par enchantement, et Hermione se retrouva exposée aux yeux d'une ombre humaine qui lui parut gigantesque. Une longue cape traînante, la capuche noire rabaissée sur la tête, elle devina le sourire victorieux de l'Adepte.
- Bingo, lâcha l'homme dont la voix grave lui déclencha une série de frissons.
Il pointa sa baguette sur elle et Hermione sentit son corps se décoller lentement du sol. Dans un élan de désespoir, elle se mit à racler le sol boueux en priant pour y rester collée, mais ne récolta qu'une poignée de terre sous les ongles.
- Kerry n'avait pas rêvé, constata alors une seconde voix, tout aussi mielleuse.
Lorsqu'Hermione fut totalement suspendue en dehors de la fosse, les pieds ballants, elle distingua le deuxième homme, sur sa gauche.
- Elle est donc bel et bien en vie... murmura celui qui gardait sa baguette pointée sur elle. J'aurais dû me ranger aux côtés de Kerry plus tôt. Il a décidément un sacré flair.
- Ne tardons pas, dit l'autre. Il peut se réveiller à tout instant.
Elle fut légèrement déportée sur le côté, au-dessus de la terre ferme.
- Et dire que nous tenons la preuve suffisante pour le faire liquider par le Conseil, maugréa-t-il.
- Conseil dont il fait parti, je te rappelle. Chaque chose en son temps. On déguerpit, maintenant.
L'Adepte acquiesça et saisit le bras d'Hermione, prêt à transplaner. L'ancienne Gryffondor décida de tenter le tout pour le tout, ne fusse que pour retarder son départ de quelques malheureuses secondes : les deux poings fermement serrés pour ne pas en laisser tomber un seul grain, elle jeta la terre au visage de l'Adepte de toutes ses forces.
A en déduire par le rugissement de douleur qu'il poussa, elle avait réussi à viser les yeux. Le sortilège de lévitation rompu, elle retomba sur le plancher, mais ne prit pas la peine de s'attarder et profita de l'effet de surprise pour s'emparer de la casserole vide laissée sur la table, avant de la faire valser dans la mâchoire du second Adepte. Un hurlement de colère suivit le bruit des dents cassées.
Hermione courut vers la porte d'entrée, l'ouvrit à la volée, et se rua à l'extérieur. Aussitôt, une force invisible lui enserra la taille et la ramena en arrière. Ses pieds raflèrent le sol, impuissants.
A peine se retrouva-t-elle à l'intérieur qu'on lui empoigna férocement les cheveux, et ce fut à son tour de lâcher une exclamation de douleur.
- C'est comme ça que tu t'es barrée de chez Mayer, la Sang-de-Bourbe ? lui cracha-t-il à l'oreille. Je peux te parier que tu ne t'en sortiras pas cette fois !
- Pari tenu, s'éleva alors la voix de Drago.
Les Adeptes n'eurent pas le temps de réagir qu'ils s'écroulèrent tous deux à genoux, hurlant à la mort. Leurs baguettes avaient roulé sur le sol, et ils se plaquaient désormais les mains contre le crâne, saisis d'une atroce douleur. Hermione regarda sans y croire le Serpentard se tenir debout, à quelques mètres seulement. Il s'approcha d'un pas vacillant jusqu'aux deux hommes qui continuaient de se maintenir la tête entre les mains.
- Je commence sérieusement à en avoir assez que vous vous invitiez chez moi sans mon consentement, dit Drago d'une voix dangereuse. Je n'apprécie pas non plus qu'on se permette d'utiliser mes propres méthodes d'attaque, et j'apprécie encore moins quand elles sont utilisées sous mon toit.
Il s'agenouilla à la hauteur du premier Adepte, et ajouta :
- Mais ce que je supporte le moins, c'est que cet enfoiré de Kerry envoie deux de ses chiens à sa place.
Il agita sa baguette et ils s'arrêtèrent de crier. A bout de force, ils se laissèrent glisser sur le sol, la respiration hachée. Même dans l'obscurité, le gris acier de son regard était nettement perceptible.
- Puisque Kerry semble vouloir communiquer par votre intermédiaire, j'ai un message à lui transmettre, moi aussi. En revanche, je ne vais avoir besoin que d'une seule personne pour cette tâche. Alors, lequel de vous est prêt à me rendre ce service ?
Les deux Adeptes s'échangèrent un regard inquiet, comprenant clairement qu'il leur fallait désigner celui qui sortirait vivant d'ici.
- Tu peux bien nous tuer tous les deux ! déclara celui qui avait sorti Hermione de la fosse. Nous ne sommes pas des traîtres comme toi !
- Comment appelles-tu donc ton alliance avec Kerry dans le dos du Conseil, hein ? ricana Drago. De toute façon, ton ami ne semble pas de ton avis.
En effet, le visage apeuré de l'autre Adepte révélait son hésitation.
- Parfait ! déclara Drago. J'en déduis que tu es volontaire.
Et, contre toute attente, il pointa sa baguette sur l'homme qui venait de se réjouir d'avoir été désigné.
- Avada Kedavra.
L'Adepte mourut. Son confrère insulta Drago qui l'ignora.
- Voilà mon message, dit alors Drago d'un air mauvais en donnant un coup de pied dans le corps étendu au sol. Assure-toi qu'il soit transmis directement à ton cher chef. Et si l'envie lui reprend de m'organiser une fête surprise, qu'il la fasse lui-même. J'en serais touché.
Il désigna le cadavre d'un mouvement de baguette.
- Allez, disparais.
L'Adepte survivant ne se le fit pas répéter et transplana en emportant le message.
Comme si la haine, qui l'avait si bien maintenu debout, récupérait maintenant les forces qu'elle lui avait prêtées, Drago s'effondra au sol, à l'endroit même où s'étaient tenus les deux hommes un peu plus tôt. Hermione s'empressa de se laisser tomber à ses côtés, et lui releva la tête sur ses genoux.
Elle retint une exclamation de stupeur en découvrant son cou ruisselant de sang.
- Merlin, Malefoy ! parvint-elle à articuler en regardant avec effroi ses propres doigts maintenant rouges.
- Ton chat est venu me cisailler la peau avec ses griffes jusqu'à ce que j'émerge, expliqua-t-il d'une voix faiblarde. On dirait qu'il ne te déteste pas tant que ça...
Hermione voulut éponger son cou avec un morceau de sa chemise, mais Drago arrêta son poignet, et lui mit alors sa baguette magique dans la main. Il fixa intensément ses yeux bruns.
- Fais-moi plaisir, et protège-toi, maintenant. Je ne vais plus être là pour le faire.
- Ne dis pas ça ! contredit-elle aussitôt, refusant d'en entendre davantage. Je ne peux pas, je...
- Plus le temps pour tes caprices, Granger, la coupa-t-il. Il s'agit de ta vie. Tu as peut-être abandonné la magie, mais la magie ne t'a jamais abandonnée. N'oublie pas ce que je t'ai dit, elle coule en toi...
Il toussa si bruyamment qu'Hermione ne fut même pas étonnée de voir un filet de sang au coin de sa bouche. Les yeux de nouveau embués de larmes, elle resta plantée là, à lui maintenir sa tête redevenue lourde.
Les yeux de Drago étaient clos, mais sa peau toujours aussi chaude que la braise lui assura que la fièvre le maintenait en vie. Pour combien de temps ? Elle l'ignorait.
Hermione renifla un grand coup, et essuya ses joues d'un bref coup de manche. Elle regarda ensuite la baguette magique de Drago qu'elle tenait entre les mains, et apprécia le toucher du bois.
Il fallait qu'elle utilise la magie pour faire léviter Drago jusqu'à la chambre, car elle n'y arriverait pas toute seule.
A peine cette idée eut-elle effleuré son esprit qu'elle sentit le poids de la tête du jeune homme quitter ses genoux. La seconde d'après, son corps entier était soulevé dans les airs. Abasourdie, Hermione regarda la magie opérer selon ses volontés sans même qu'elle n'ait besoin d'y réfléchir.
Elle ne put retenir un sourire de joie.
- J'ai réussi, souffla-t-elle.
Elle guida Drago jusqu'à son lit. Dans le coin de la chambre, derrière la porte du placard, se tenait Pattenrond, dont la position recroquevillée indiquait son angoisse.
- Merci, murmura Hermione avec une grande reconnaissance.
Elle prit ensuite le torchon humide resté sur la table de nuit et le posa sur le front de Drago, avant de retourner à la cuisine pour nettoyer le sang collé à ses doigts. Puis, elle observa une dernière fois la baguette magique de Drago Malefoy, celle-là même qui avait ôté de nombreuses vies, avant de la glisser dans sa poche de jeans.
oOoOo
Incapable de fermer l'œil malgré la fatigue naissante, Hermione eut envie de prendre l'air.
Elle ne prit pas la peine de mettre un pull et sortit en chemise sur le seuil de la porte. Elle inspira une grande bouffée d'air qui lui frigorifia les poumons. Respirer une atmosphère différente de celle de la chaumière lui fit un bien fou, et Hermione fit quelques pas dans l'herbe fraîche de la nuit.
Bientôt, elle ne sentit plus ses orteils et trouva judicieux de rentrer avant de se transformer en glaçon.
Elle faisait demi-tour lorsqu'un bruit étrange retint son attention. Ça venait de derrière la chaumière. Lentement, et aussi silencieusement que possible, Hermione longea le mur. Un second bruit parvint à ses oreilles, semblable à des tintements d'ustensiles.
Comme une vieille habitude très vite retrouvée, sa main se posa instinctivement sur la poche de son jeans, là où se trouvait la baguette magique. Elle rassembla son courage, puis osa jeter un œil en direction du mur de derrière.
Elle vit effectivement une silhouette accroupie sous la fenêtre. Trifouillant dans le reste d'ingrédients que Drago avait hâtivement jeté par la fenêtre le jour de la première attaque de la Brigade Magique, elle semblait chercher quelque chose. Hermione plissa les yeux pour mieux en discerner la nature ; un corps mince, des gestes gracieux, c'était de toute évidence une femme. Une femme qui ne lui était pas inconnue. Le cœur d'Hermione se mit à marteler sa poitrine. Ces longs cheveux noirs, cette peau sombre...
Soudain, la silhouette se figea. Elle venait d'apercevoir Hermione. Elle la fixa le temps d'une seconde, puis détala à toute vitesse.
- Attends ! s'écria aussitôt Hermione en se lançant à sa suite. Elena !
Mais la jeune femme continuait de cavaler en direction de la forêt, et Merlin qu'elle courait vite ! Cependant, Hermione n'abandonna pas, et la suivit même lorsqu'elle franchit la lisière des arbres.
- Elena ! appela-t-elle.
Hermione courut, grimaçant sous la douleur des épines qui s'accumulaient dans ses pieds nus. Mais peu importaient les ronces, peu importaient les branches qui éraflaient son visage, il fallait qu'elle la rattrape.
Tandis qu'elle s'enfonçait dans la forêt sombre, les images de la nuit où Elena se fit tuer ressurgirent dans son esprit, espérant découvrir que le sortilège de mort ne l'avait jamais atteinte. Après tout, il se pouvait qu'elle se soit effondrée sous le coup d'un Stupefix qu'Hermione n'aurait pas vu ? Maîtrisant de moins en moins bien son excitation, Hermione ignora la fatigue de ses jambes.
C'est alors qu'au bout de quelques minutes, elle réalisa ne plus suivre, mais être suivie.
De toute évidence, Elena l'avait semée, mais quelqu'un d'autre était maintenant à ses trousses. Ou quelque chose.
Sans réfléchir davantage, Hermione accéléra sa course, soudain affolée. Sans savoir où elle allait, elle avançait tout droit, espérant échapper à son tour à son poursuiveur.
L'apparition d'un point de côté la décida finalement à s'arrêter. Elle repéra un chêne assez large pour la dissimuler, et s'empressa de se mettre dos au tronc. Malgré ses efforts, elle ne parvint pas à maîtriser sa respiration bruyante, et se plaqua une main sur la bouche pour se faire silencieuse. Elle se trouva soudain très stupide de s'être aventurée dans la forêt de ses cauchemars en pleine nuit.
Un grognement animal s'éleva, à quelques mètres de l'arbre où elle se cachait. Hermione se sentit fondre de peur. C'était donc par un loup qu'elle était traquée, et elle mettrait sa main à couper qu'il avait les yeux jaunes...
L'animal avait dû ralentir sa course également, car elle pouvait entendre le bruit de ses pattes trottiner parmi les feuilles mortes. Incapable de réfléchir correctement à une solution d'échappatoire, Hermione l'écouta se rapprocher.
Tout à coup, il aboya sauvagement et se remit à courir. Elle comprit qu'elle avait été repérée. Mais il était déjà trop près pour qu'elle ait le temps de réagir, et le loup surgit devant elle, toutes griffes dehors. Hermione poussa un cri de surprise et leva sa baguette. Un éclair bleu en jaillit et atteignit le loup qui fut expulsé contre l'arbre d'en face.
Déjà, elle avait filé au loin. Mais elle entendit bientôt la course de l'animal également, et elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'il la rattrapait à grande allure.
Son pied se prit dans une racine et Hermione se retrouva brutalement plaquée contre le sol boueux. Dans sa chute, sa baguette lui avait échappée des mains. Elle tâtonna aussitôt les feuilles à la recherche de l'objet, mais l'obscurité de la forêt était telle qu'une aveugle avait autant de chance de le retrouver.
Juste derrière, le loup bondit sur elle. Hermione attrapa un large bout de bois qui traînait à côté d'elle et se retourna tout en frappant à l'aveuglette. Le bâton heurta par chance le museau du loup qui lâcha un gémissement.
De nouveau debout, Hermione tenait son unique arme à deux mains, prête à cogner. Malgré ses grognements menaçants, le loup se tint à quelques mètres, la fixant de ses yeux jaunes. C'était donc bel et bien un traqueur de la Brigade Magique. Que faisait-il tout seul ? Était-il accompagné d'Adeptes qui n'allaient pas tarder à le rejoindre ?
Elle n'eut pas le temps de se poser davantage de questions, car l'animal repassa à l'attaque. Il bondit sur elle et Hermione bascula sous le poids monstrueux du loup. Sa tête cogna violemment le sol, et son esprit se brouilla quelques secondes, n'apercevant vaguement que la bave du loup couler entre des crocs redoutablement tranchants.
- Attends ! retentit alors une voix féminine.
L'animal releva la tête. Hermione tourna la sienne vers la silhouette qui se tenait un peu plus loin entre deux arbres, cette même femme qu'elle poursuivait quelques minutes plus tôt. Le loup grogna son mécontentement.
- Son visage me dit quelque chose, dit-elle en s'approchant prudemment.
Ce ne fut apparemment pas une assez bonne raison pour la laisser respirer, car le loup ne bougea pas d'un centimètre, maintenant l'une de ses pattes fermement appuyée contre son cou. Malgré tout, Hermione réussit à articuler d'une voix étouffée :
- E...Elena... C'est moi...
Elle vit l'indienne se figer de surprise, mais son visage restait dissimulé dans l'obscurité.
- Comment m'as-tu appelée ? lâcha-t-elle alors. Jack, vire ta patte !
Tandis que le loup obéissait, tout en maintenant toutefois sa position au-dessus d'elle pour qu'elle ne puisse se relever, Hermione réalisa seulement que ce n'était pas la voix d'Elena. Elle sonnait bien moins mâture.
- J'ai...j'ai cru... commença Hermione, incertaine. Je t'ai confondue avec... désolée.
- Hermione Granger, lâcha-t-elle alors comme une révélation. C'est toi, n'est-ce pas ? Jack, pousse-toi de là, par Merlin ! C'est Hermione Granger, ne la reconnais-tu pas ?
Méfiant, le loup dut être repoussé sur le côté par la seule force de la fille qui tendit ensuite une main à Hermione. Cette dernière l'accepta et se fit aussitôt relevée. Elle posa enfin ses yeux sur le visage de l'étrangère, et resta pantoise devant la ressemblance frappante de cette indienne avec Elena. Elle ne fut même pas étonnée de l'entendre demander d'une voix excitée :
- Tu connais ma sœur ?
Bien qu'elle ait la même peau, les mêmes longs cheveux et les mêmes yeux noirs que sa sœur, Hermione apercevait mieux maintenant la distinction. Beaucoup plus jeune, ses traits étaient moins fins, et sa taille plus petite, toutefois égale à celle d'Hermione.
La réalité retomba, brutale. Elena n'avait pas survécu, et Hermione se trouva soudain naïve d'avoir pu espérer le contraire.
- Comment va-t-elle ? interrogea de nouveau la jeune fille. Où est-elle ? Loin d'ici ? Et comment l'as-tu connue ?
Assaillie de questions, Hermione comprit avec horreur qu'elle ignorait la mort tragique de sa sœur. Fixée par de tels yeux luisant d'espoir et de joie, la Gryffondor baissa les siens vers le sol, incapable d'avouer une vérité qu'elle-même avait encore du mal à accepter. Devant son mutisme, le sourire de l'indienne disparut, remplacé par l'inquiétude.
- Il lui est arrivé quelque chose ? s'affola-t-elle.
Hermione ouvrit la bouche, la referma un instant, puis la réouvrit et dit :
- Non, elle va bien.
Ces quelques mots, gorgés de mensonges, apaisèrent aussitôt les traits de la jeune fille, et Hermione aurait tout le temps de se maudire plus tard. Ce genre de révélation ne se faisait pas ainsi à froid, ni par une inconnue, et elle ne se sentait de toute façon pas encore assez en confiance avec eux pour risquer de leur livrer une mauvaise nouvelle.
Hermione jeta un œil au loup. Il continuait de la fixer, et semblait rester sur ses gardes.
- Oh, c'est bon, détends-toi ! lui suggéra la fille en le regardant à son tour. Elle connaît Elena !
C'est alors que le loup prit forme humaine. Déconcertée, Hermione regarda l'homme se redresser de toute sa hauteur, sans chercher à masquer sa nudité. Il était immense, et bâti comme un mur. Ses cheveux étaient bruns et longs jusque dans le bas du dos, et, même après la métamorphose, ses yeux conservèrent ce jaune terrifiant.
- Es-tu sûre que c'est Hermione Granger ? demanda-t-il d'une voix si grave qu'Hermione put encore ressentir la présence du loup en lui.
- Tu parles si j'en suis sûre ! s'exclama-t-elle. Ma sœur avait l'habitude d'afficher dans sa chambre tous les articles de journaux qui mentionnaient son nom, et j'ai vu défiler des dizaines et des dizaines de photos !
Elle se tourna vers Hermione :
- Je n'arrive pas à croire que je te rencontre. Je m'appelle Anna, et voici Jack.
- Désolé si je t'ai fais peur, rajouta celui-ci à son adresse.
Encore un peu chamboulée, Hermione avait du mal à trouver ses mots, et se laissa entrainer par Anna qui lui prit la main.
- Il faut absolument que Will fasse ta connaissance ! dit-elle joyeusement en l'emmenant Merlin ne savait où à travers la forêt. Oh, et Trecy aussi ! Ils ne vont pas en revenir !
- Tu sais que Djune ne va pas apprécier que tu ramènes une étrangère, commenta alors Jack qui les suivait à quelques mètres derrière.
- Elle n'est pas une étrangère, pour la centième fois ! répliqua Anna d'un ton agacé. Et puis Djune ne décide pas de tout !
- Tu sais très bien que si.
Hermione vit Anna lever les yeux au ciel. Malgré son apparence semblable à celle d'une femme, elle paraissait encore très adolescente, et, d'une certaine manière, cette fraicheur réchauffa le cœur d'Hermione. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne parlait plus à quiconque, et si les récentes rencontres avec Malefoy et Elena avaient eu un impacte sur sa vie, Hermione se retrouva bêtement timide devant ces nouvelles personnes.
- Vous êtes des Sang-de-Bourbe ? ne put-elle s'empêcher finalement de demander.
- Pure souche ! répondit-elle en rigolant.
Hermione trouva le jeu de mot amusant, un Sang-de-Bourbe n'étant jamais considéré comme pur. Elle ne se souvenait pas Elena avoir le moindre sens de l'humour, mais toujours un visage grave qui laissait transparaitre les souffrances de son passé.
Tout à coup, une force sortie de nulle part arracha la main d'Anna à celle d'Hermione, et cette dernière reçut un coup dur dans la joue qui la déséquilibra. Mais on ne lui laissa même pas le temps de tomber qu'on lui saisit les deux bras avant de les lui tordre derrière le dos. Hermione étouffa un cri de douleur, tandis qu'elle entendait la voix d'Anna protester :
- Mais lâchez-là ! C'est Hermione Granger ! On ne craint rien, bande d'idiots !
Elle voulut la rejoindre, mais un homme et une femme lui barrèrent le passage.
- Écartez-vous, les jumeaux, pria-t-elle froidement.
- Reste en retrait et tais-toi un peu, Anna, répondit la femme.
Hermione regarda autour d'elle ; trois autres individus se tenaient sur la gauche, tirant sur la corde d'un arc avec la flèche pointée droit sur elle, tandis que se tenaient sur la droite un homme d'une cinquantaine d'année ainsi qu'un autre loup aux yeux jaunes.
Mais la personne qui l'inquiéta le plus fut cette femme qui avançait lentement vers elle. Elle avait des cheveux d'un blond luminescent, des yeux verts de la même étincelance, et une longue et fine silhouette dont se dégageait pourtant une prestance sans pareille. Hermione resta interdite devant une beauté aussi terrifiante.
Elle aperçut la femme adresser un léger signe de tête au molosse qui était en train de faire de la bouillie avec ses bras. Elle sentit alors qu'on lui enfonçait dans le cou la fine aiguille d'une seringue. Hermione voulut se débattre, mais elle n'en eut que plus mal.
- Djune, qu'as-tu fait ! s'horrifia Anna.
Mais la grande blonde ne lui prêta pas la moindre attention et plongea son regard émeraude dans celui d'Hermione, avant de déclarer :
- Nous venons de t'injecter de l'urine de Croup dans le sang. C'est un poison mortel qui remonte jusqu'au cœur et arrête peu à peu ses battements. Il te reste environ deux minutes à vivre.
Hermione la dévisagea sans comprendre, tentant de maîtriser sa nouvelle panique. Elle aurait voulu crier et demander pourquoi, mais quelque chose chez cette femme lui intima de ne pas prendre la parole sans en avoir l'autorisation.
- Laisse-moi te montrer ce qui décidera de ton sort, reprit-elle alors en sortant d'une sacoche deux champignons.
L'un avait une apparence basique, couleur terre et de taille moyenne. L'autre, très petit, était d'un rouge vif même discernable dans l'obscurité de la forêt.
- Je tiens dans ma main l'antidote qui arrêtera immédiatement le poison, poursuivit la dénommée Djune. Mais je tiens également un second poison qui intensifie la souffrance précédant la mort. Alors tu as deux solutions : où tu réponds à mes questions avant que le poison n'atteigne ton cœur, ou tu résistes et je te donne le champignon que personne ne souhaiterait jamais avaler.
- Je...je vais répondre, balbutia Hermione.
- Si tu mens, je le saurai, précisa-t-elle. Quel est ton nom ?
- Hermione Granger.
Si elle entendit des exclamations de surprise s'élever tout autour, le visage de Djune, en revanche, demeura impassible.
- Es-tu une Sang-de-Bourbe ? demanda-t-elle.
Hermione s'étonna de la question, comme si la réponse à la précédente n'avait pas été prise en compte. Mais l'image du poison s'infiltrant dans ses veines la dissuada de réfléchir une seconde de plus.
- Oui, répondit-elle fermement.
- Les esclaves ne possèdent pas de baguettes magiques. Pourquoi en as-tu une ?
Elle lui montra sa baguette magique qu'elle avait dû ramasser un peu plus loin.
- Sang-de-Bourbe signifie-il que je suis forcément une esclave, selon vous ? ne put-elle s'empêcher de répliquer froidement, sentant son esprit rebelle refaire soudain surface.
Cette fois, la femme parut légèrement surprise. Mais, très vite, elle recouvra un visage de marbre.
- C'est moi qui pose les questions. Répondez.
- Ce n'est pas ma baguette, soupira Hermione. Elle appartient à mon ami.
La Gryffondor ne sut si c'était un effet psychologique dû à la peur de mourir à chaque nouvelle seconde, mais elle eut l'impression de respirer de moins en moins bien, comme si on lui oppressait le cœur à mains nues.
- Vous parlez de l'ami qui habite la chaumière avec vous ?
- Oui. Écoutez, donnez-moi l'antidote et je promets de répondre à...
- Taisez-vous, la coupa-t-elle sans même hausser le ton. Nous avons un accord, tenez-y vous. Donnez-moi maintenant une seule bonne raison qui justifierait votre collaboration fréquente avec des membres de la Brigade Magique.
- Qu...quoi ? Collaboration ?
- Nous avons observé leurs allées et venues dans votre chaumière, et si vous aviez été des Sang-de-Bourbe en fuite, vous et vôtre ami ne seriez déjà plus en vie. Ces Adeptes sont donc vos alliés.
- Non ! défendit Hermione d'une voix forte. Jamais ! Nous nous battons contre eux ! Les repoussons sans cesse ! Mon ami manie la baguette magique bien mieux que la Brigade réunie ! Vous faites erreur, et...
Elle s'interrompit, soudain prise de vertige. Ce n'était pas une impression, cette fois : son cœur venait de ralentir considérablement.
- S'il vous plaît... demanda-t-elle alors d'une voix faible. Croyez-moi.
- Djune ! hurlait Anna. C'est Hermione Granger, je te dis ! Jack, fais quelque chose, par Merlin !
Mais l'homme-loup baissa la tête, impuissant.
Imperturbable, la femme blonde s'agenouilla lentement à la hauteur d'Hermione dont les genoux venaient de fléchir. Elle lui présenta alors la paume de sa main où reposait le champignon terreux.
- Tu as gagné, lui souffla-t-elle. Prends l'antidote.
Affaiblie, Hermione jeta un regard au champignon. La voix saccadée par l'effort fait pour respirer, elle parvint néanmoins à dire :
- Je veux l'autre.
- Pardon ?
- L'autre ! insista Hermione. Donnez-moi l'autre champignon !
Autour d'elles, les hommes et les femmes s'échangeaient des regards confus. Cependant, Djune lui tendit le petit champignon rouge. Hermione s'empressa de le saisir et le jeta dans sa bouche, avant de l'avaler sans croquer.
Enfin, elle sentit ses poumons se gonfler d'air à nouveau, et Hermione ne retint pas un immense sourire de soulagement. Durant la guerre, elle avait vu la mort de près à plusieurs reprises, toutefois sans jamais vraiment lui accorder son importance, trop occupée à survivre. Cette nuit-là, en revanche, offerte en cadeau à la mort de cette manière, ce fut comme si Hermione l'avait observée tendre gentiment les bras vers elle, avant de finalement les rétracter à la dernière seconde.
Lorsqu'elle se redressa, elle vit Djune qui étirait un grand sourire.
- Rares sont les personnes qui auraient pu déjouer ce piège, et il ne fait aucun doute qu'Hermione Granger en fait partie. C'est un véritable plaisir de vous rencontrer.
Et elle inclina légèrement la tête en guise de salut. Prise au dépourvu, Hermione regarda les autres l'imiter.
- Qui êtes-vous ? osa-t-elle enfin demander.
- Nous nous faisons appelés l'Armée des Impurs. Comme vous, nous luttons contre le nouvel ordre et ses Adeptes, et délivrons nos frères, esclaves des ennemis.
- Des révolutionnaires ? bredouilla Hermione, un sentiment de joie jaillissant soudain dans sa poitrine. Des vrais ? Je veux dire, vous vous battez réellement ?
- Battre est un bien faible mot ! répondit alors l'un des archers en rabaissant sa capuche. On leur botte les fesses, oui !
Il s'avança et lui tendit une main amicale.
- Gabriel, se présenta-t-il. Et voici mes deux frères, Gary et Gavin.
Hermione leur serra vivement la main, ne cessant de sourire.
- Venez avec nous, Hermione, lui dit Djune. Il faut que l'on vous montre quelque chose.
De plus en plus excitée, la Gryffondor lui précéda le pas. Mais la douleur de ses pieds écorchés par la course se réveilla tout à coup, et Hermione dut se retenir à un tronc d'arbre. Elle releva son talon vers elle et aperçut le mélange de terre et de sang, parsemé d'épines.
- Jack, s'il te plaît, dit Djune.
L'homme-loup s'approcha d'elle et Hermione ne put s'empêcher d'avoir peur. Mais les traits de son visage étaient moins sauvages, et sa voix se révéla agréable :
- Vous permettez ?
Sans attendre de réponses, il la souleva tout en entière, ignorant son exclamation de surprise. Il suivit ensuite les autres à travers la forêt. Anna rattrapa Hermione, courant presque pour rester aux côtés de son transporteur.
- Je suis désolée de la tournure des choses, dit-elle. Je ne savais pas qu'ils te prendraient par surprise, ni que Djune te testerait !
- C'est bon, Anna, sourit Hermione. Je suis contente qu'ils l'aient fait.
- Heu...vraiment ?
- Oui ! Tu n'imagines pas combien d'années j'ai passé à chercher des gens comme vous !
Anna lui rendit son sourire radieux. Bientôt, Djune et les siens s'arrêtèrent. Hermione n'avait pas la moindre idée d'où elle se trouvait, mais cette forêt était bien plus grande qu'elle ne l'avait d'abord pensée. Elle vit alors la belle femme blonde sortir une baguette magique, et commencer à décrire des cercles invisibles, tout en murmurant des incantations qui sonnaient comme celles que Drago récitait pour protéger la chaumière.
Au fur et à mesure qu'elle poursuivait le sortilège, Hermione aperçut un phénomène d'une grande magie ; devant eux, les arbres de la forêt se dissipaient peu à peu à la façon d'un nuage de vapeur, et elle admira, bouche-bée, la gigantesque illusion disparaître complètement pour laisser place à un décor moins monotone.
A en juger par les arbres toujours présents, on se trouvait encore dans la forêt, mais, cette fois, elle abritait la vie : devant eux s'étendaient des rangées de tentes à la toile beige, des multitudes de petits feux de camp, des vêtements qui séchaient entre les branches, et, par dessus tout, une trentaine de Sang-de-Bourbe, hommes, femmes et enfants, répartis en groupes autour des feux de camp, riant à cœur joie, un morceau de viande planté au bout d'un bâton. C'était un véritable campement qu'elle découvrait.
- Dites-moi que je rêve, Merlin, souffla Hermione sans y croire.
- Bienvenue chez nous, lui grogna Jack avec un sourire qui ressemblait davantage à une grimace.
Mais Hermione apprécia beaucoup la valeur de telles paroles, et le remercia poliment lorsqu'il la déposa à terre. Quand ils remarquèrent leur arrivée, quelques Sang-de-Bourbe se levèrent aussitôt, prêts à se battre.
- Tout va bien, les rassura Djune en levant une main apaisante. Nous ramenons une amie.
- Vous ne devinerez jamais qui vivait à côté de nous pendant tout ce temps ! s'exclama Anna en courant vers eux. Hermione Granger !
Comme précédemment, certains visages s'illuminèrent, et d'autres se firent inquiets.
- Hermione Granger est morte, se méfia un homme.
- C'est la sous-estimer que d'avoir cru à la propagande de la Brigade ! ricana Gabriel.
- Tu vas me dire que tu savais qu'elle était en vie ? s'étonna l'un de ses frères en haussant un sourcil peu convaincu.
- Disons que je doutais fortement de sa mort, sourit-il.
- C'est ça !
- Je croyais que les habitants de la chaumière mystérieuse étaient des ennemis ? insista le même homme.
- Il se trouve que nous nous sommes trompés, répondit posément Djune. L'identité seule de cette jeune femme est suffisante pour qu'on lui fasse confiance.
- Pardonne-moi de douter, Djune, mais es-tu sûre que c'est bien elle et pas un imposteur ?
- L'urine de Croup aurait révélé toute trace de polynectar, assura-t-elle. Et elle connaissait les propriétés d'un champignon extrêmement rare, ce qui confirme le célèbre esprit intellectuel de la fille du trio.
Cette fois, l'homme ne répliqua plus rien, et adressa même un signe de tête à Hermione. Très vite, tous vinrent à sa rencontre, avide de la voir de leurs propres yeux, tendant des mains chaleureuses et la remerciant même parfois d'avoir entendu leurs prières. Le cœur débordant de bonheur, elle ne sut plus ou donner de la tête. Tout arrivait trop vite. Elle fut reconnaissante à Djune de demander qu'on s'écarte afin qu'on puisse la soigner ; ses pieds la brûlaient sérieusement.
- Est-ce que tous ces gens sont des Sang-de-Bourbe révolutionnaires ? s'enquit-elle tandis qu'on la menait jusqu'à la grande tente du fond, différente des autres par sa couleur blanche.
- Sang-de-Bourbe, non, répondit Djune. Révolutionnaires, oui. Qu'ils soient des Sang-Mêlé, des Cracmols, des Moldus ou des Sang-de-Bourbe, ils sont tous avec nous pour la même raison : la Confrérie doit périr, et ce n'est pas en restant sans rien faire que les choses bougeront.
Hermione crut rêver. Elle avait l'impression d'entendre ses propres paroles, inlassablement répétées aux autres esclaves qui baissaient les bras.
- Des moldus ? répéta-t-elle cependant, comprenant difficilement ce qu'ils venaient faire là.
- Oui, ceux qui risquent leur vie pour rester aux côtés de ceux qu'ils aiment.
- Bien sûr, pas tous les membres de l'Armée se battent, renchérit Gabriel qui les suivit à l'intérieur. Ceux qui veillent sur le campement sont les plus jeunes, les plus âgés, et ceux qui n'ont pas encore de baguette magique. Ou bien ceux qui ne veulent pas se battre, tout simplement. Nous ne forçons personne.
- Comment se fait-il que vous ayez des baguettes, d'ailleurs ? demanda Hermione qui se posait la question depuis un moment.
- Disons qu'on les emprunte aux propriétaires qu'on envoie rejoindre les enfers, sourit-il.
- Tu verras très vite qu'on emprunte beaucoup de choses, rajouta Anna qui entrait à son tour.
- Bon, tout le monde dehors, ordonna Djune. Et sans discuter !
La petite foule qui avait commencé à les rejoindre à l'intérieur dut finalement faire demi-tour, grommelant son mécontentement. Seulement alors, Hermione prit le temps de regarder où on l'avait emmenée et, malgré l'habitude, fut surprise de se trouver dans un espace aussi démesuré lorsque l'extérieur ne laissait rien deviner d'autre qu'une misérable petite tente de camping. Des étagères de fioles remplies de potions médicinales bordaient la toile de tente, et quelques vieux matelas étaient disposés sur le sol, tout au fond. On l'installa sur l'un d'entre eux.
- Cet endroit est notre infirmerie, précisa Djune qui la voyait scruter les lieux. Et je te présente Laurent. Il va désinfecter tes plaies.
Un homme d'une quarantaine d'années, qu'elle n'avait pas tout de suite aperçu, s'approcha d'elle en lui adressant un sourire bienveillant.
- Je vous reconnais, dit-elle alors. Vous travailliez à St Mangouste, n'est-ce pas ?
- Cela me semble être il y a une éternité, avoua-t-il.
Hermione le laissa jeter un œil à ses pieds et elle ne sentit presque rien quand il lui retira les épines enfoncées à l'aide de sa baguette. Il lui passa ensuite une pommade sur les talons et demanda à ce qu'elle ne pose plus les pieds pendant quelques minutes. Hermione remarqua alors que la pommade était contenue dans un récipient qu'elle ne connaissait que trop bien : la gamelle de Pattenrond. Que faisait-elle ici ? Se pouvait-il qu'on se soit rendu jusqu'à la chaumière pour la voler ?
Hermione fronça les sourcils. Après tout, elle avait bien trouvé Anna en train de farfouiller à proximité de la fenêtre, probablement à la recherche de quoi que ce soit d'utile à l'Armée des Impurs. Cependant, Hermione ne dit rien, peu encline à l'idée de leur reprocher leur attitude quand on l'avait accueillie aussi chaleureusement.
Djune, qui était restée à ses côtés, lui cala un coussin dans le creux du dos, puis se releva. Hermione voulut lui dire qu'il était inutile de se donner autant de peine car elle ne tarderait pas à repartir, mais la grande blonde avait déjà quitté la tente, accompagnée du médecin.
Laissée seule, Hermione dut reporter à plus tard des questions qui la démangeaient. Elle repensa alors à Drago, seul également, et malade à mourir.
Son cœur se serra de culpabilité. Il fallait qu'elle le rejoigne pour ses dernières heures, car, au petit matin, la chouette serait inanimée...
oOoOo
Des cris d'enfants la réveillèrent. Hermione se redressa en position assise si vite que la tête lui tourna quelques secondes. La lumière du jour traversait la toile de tente, éclairant l'infirmerie qui lui rappela les évènements de la veille. La veille ? Oh non ! S'était-elle assoupie ? Avait-elle osé fermer les yeux le temps de quelques secondes tentatrices ?
- Drago ! souffla-t-elle, horrifiée.
Hermione sauta sur ses pieds et constata avec satisfaction qu'ils étaient complètement guéris. Elle enfila les premières chaussures trouvées, probablement celles de Laurent à en juger par la taille trop grande, et sortit de la tente.
Le soleil lui agressa les yeux, interrompant aussitôt son intention de partir en courant. Lorsqu'elle fut plus habituée à la lumière, elle distingua les enfants qui l'avaient réveillée en train de courir les uns après les autres, jouant à des jeux dont elle ignorait qu'ils existent encore, les croyant oubliés par des temps trop sombres. Les feux de camp étaient éteints, certains laissant encore échapper une fine fumée entretenue par des braises chaudes.
- On va quelque part, miss Granger ?
Hermione tourna la tête vers l'homme qui venait de l'interpeller. Si elle reconnaissait la voix joyeuse de Gabriel, elle découvrit en revanche un agréable physique que l'obscurité de la nuit ne lui avait pas permis de discerner quelques heures plus tôt. Des cheveux châtains tirant sur le blond, des yeux noisette pétillants d'énergie et un sourire qui l'aveugla aussi bien que l'avait d'abord fait le soleil, il portait un carquois de flèches dans le dos.
- On dirait que tu lui as fait peur ! ricana une autre voix, juste derrière.
Celui qui était de toute évidence son frère, pourvu d'une beauté semblable, adressa à Hermione un signe de tête pour la saluer, imité par le troisième frère qui arriva à son tour. En dépit d'une forte ressemblance, ils restaient tous trois différents, notamment par la couleur de leurs yeux, remarqua Hermione ; si Gabriel les avait marrons, celui qu'elle se souvenait s'appeler Gary les avait bleus, et le dernier, Gavin, d'un gris oranger très étrange.
- Je, heu... bredouilla-t-elle enfin. Il faut que je retourne à la chaumière.
- Ok ! Laisse-moi juste prendre mon arc et on est parti ! lança Gabriel qui disparut dans une tente.
- Oh, vous n'avez vraiment pas besoin de...
- Ordre de Djune, désolée, la coupa Gary.
- Et on ne contredit jamais un ordre de Djune, compléta Gavin avec un sourire entendu.
- Nous sommes tes gardes du corps, précisa Gabriel qui revint avec son arc à la main. On va assurer ta protection un petit moment.
- Mais je ne veux pas de gardes du corps ! protesta-t-elle, s'impatientant. Si c'est une excuse pour me surveiller, je...
- Rien de cela, s'éleva alors la voix calme de Djune.
A la lumière du jour, ses longs cheveux blonds étincelaient davantage, et Hermione ressentit de nouveau un sentiment de respect s'emparer d'elle.
- Les archers ont déformé mes propos, comme bien souvent, dit-elle en leur lançant un regard réprobateur. Je leur ai simplement demandé de te raccompagner jusque chez toi quand tu déciderais de partir. Le chemin du retour n'est pas facile à retrouver. Mais si tu ne souhaites pas leur compagnie, ils ne viendront pas.
Confuse de s'être légèrement emportée, Hermione se força à sourire malgré le poids qui écrasait sa poitrine, son esprit ne cessant de penser à Drago.
- D'accord, qu'ils m'accompagnent. Merci.
- On vient aussi ! s'exclama Anna depuis les hauteurs, perchée sur les épaules colossales de Jack.
L'homme-loup les rejoint sans dire un mot.
- Moi aussi !
Un garçon du même âge qu'Anna apparut à leur suite, et lui tendit une main joyeuse :
- Will, se présenta-t-il. Le petit copain d'Anna.
- Ne l'écoute pas ! contredit aussitôt celle-ci. Il n'est pas mon petit copain, seulement dans ses rêves !
Mais Hermione avait le regard fixé sur la chemise du garçon. Cette même chemise mystérieusement dérobée quelques jours plus tôt par la présence terrifiante qui hantait la forêt.
- C'était vous le monstre ? lâcha alors Hermione, incrédule. Dans la forêt, ce jour-là, c'était vous ?
Ils s'échangèrent tous des regards incompris.
- C'est ma chemise, précisa-t-elle en désignant l'habit de Will. J'étais en train de me baigner quand on me l'a piquée !
- Ah, ça... répondit le garçon, soudain mal à l'aise. C'est pas moi, m'dame Granger. C'est Derrick qui s'occupe de ramener les fournitures !
- Peu importe, trancha soudain Hermione. Il faut vraiment que j'y aille.
Sans perdre une seconde de plus, elle quitta le campement, suivie d'un drôle de bataillon.
oOoOo
Hermione ouvrit la porte de la chaumière à la volée. Elle courut aussitôt vers la chambre, redoutant de découvrir un corps sans vie.
Quelle ne fut pas sa surprise de trouver un lit vide.
- Malefoy ? couina-t-elle, le cœur battant à lui faire mal.
Elle ressortit de la chambre, et c'est alors qu'elle l'aperçut. A demi assis sur le rebord de la table du salon, elle avait dû passer devant lui sans le voir, trop obsédée par la chambre.
Il détourna ses yeux des intrus pour regarder Hermione. Celle-ci se sentit fondre de bonheur. Elle avait cru ne jamais revoir ce visage.
- Malefoy, tu es vivant ! hurla-t-elle en se précipitant vers lui.
Elle se jeta dans ses bras, qu'il le veuille ou non. Comme il ne réagissait pas, elle dut très vite reprendre ses esprits, et s'écarter de lui, quelque peu mal à l'aise. Elle s'apprêtait à le présenter aux autres, restés plantés sur le seuil, mais Will la devança. Il semblait déjà le connaître...
- Vous ! cracha-t-il en pointant Drago du doigt. Je vous reconnais ! Vous êtes l'enfoiré qui a brûlé ma maison !
- Will, qu'est-ce que tu racontes, dit gentiment Anna en posant une main sur son épaule.
Mais le garçon s'en dégagea et avança vers Drago, ses jeunes traits déformés par la colère.
- C'est lui qui a tué mon père ! hurla-t-il. Jamais je n'ai oublié son visage ! Il fait parti de la Brigade Magique ! Ordure !
Et il se rua sur Drago avec ses deux poings. D'un geste nonchalant, ce dernier sortit sa baguette magique et l'envoya valser contre le plafond, avant de le faire violemment retomber contre le sol.
- Malefoy, arrête ! s'écria Hermione en lui agrippant le bras qui tenait la baguette. Tu es devenu fou ? Laisse-le !
Drago tourna vers elle des yeux gris redoutables.
- Ne me touche pas, sale Sang-de-Bourbe ! siffla-t-il en la repoussant avec force d'un seul geste.
Hermione se prit le coin de la table entre deux côtes, et s'effondra en grimaçant de douleur. L'instant d'après, la baguette de Drago s'envolait dans les airs, et c'est alors qu'un second Drago lui empoigna brusquement le cou avant de le traîner rapidement jusqu'au mur contre lequel il le plaqua sans ménagement.
- Mieux vaut pour toi que je ne te reprenne jamais à lever la main sur elle, lui murmura-t-il dangereusement. Ou je jure devant Merlin que je te renvoie d'où tu viens. C'est assez clair ?
Il lui cogna de nouveau la tête contre le mur.
- C'est assez clair ? répéta-t-il.
- Oui... céda le premier Drago d'une voix hargneuse.
- Bien.
Il se tourna ensuite vers Hermione qui était restée à terre, et lui tendit une main. Les yeux aussi gros que des soucoupes, la jeune femme ne bougea pas.
- C'est moi, Granger, lui assura-t-il.
Même si rien ne pouvait prouver ses dires, Hermione sut que c'était lui. Toutefois, elle se releva sans son aide, encore sur ses gardes, et contempla les sosies sans comprendre. Alors qu'elle s'apprêtait enfin à ouvrir la bouche, une voix s'éleva dans l'entrée.
- Eh bah ! Ça remue là-dedans ! J'ai raté quelque chose ?
Ahurie, Hermione regarda un troisième Drago faire irruption dans la chaumière.
De toute évidence, la potion avait fonctionné. Elle ignorait le pourquoi du comment, mais ne chercha pas à y répondre, bien trop occupée par une autre question qui avait toute son importance : si la cohabitation avec un seul Drago Malefoy lui puisait autant d'énergie, avait-elle la moindre chance de sortir vivante d'une cohabitation avec trois comme lui ?
oOoOoOoOoOoOoOoOo
Hermione se plaint, mais moi alors ? C'est déjà pas facile d'écrire un personnage comme Drago Malefoy, alors trois comme lui ! lol J'avais cette idée en tête depuis très longtemps, et j'espère que l'intrigue vous plait toujours. Si ce n'est pas le cas, je vais devoir réviser mes prochains chapitres !
Celui-ci a un petit goût des Insurgés, le film, mais je ne m'en suis rendue compte qu'après l'avoir écrit xD
Enfin bon, j'espère que vous avez passé un bon moment, et je vous remercie d'avoir lu mon chapitre =)
A bientôt,
MalefoyHeartless
