CHAP.10
Sur le toit de l'hôpital , House ne parvenait pas à reprendre sa respiration.
Recroquevillé dans un coin, ses propres bras enserrant sa taille, il tentait d'enrayer ce qu'il savait être des sanglots convulsifs…Il avait dépassé cela, il devait pouvoir le contrôler; encore et encore.
Il sursauta quand il entendit la voix de sa mère l'appeler doucement. Elle non plus, n'avait pas changé…elle arrivait toujours après la bataille pour tenter de réparer les pots cassés .Le plus souvent elle tentait de justifier l'injustifiable, poussait Greg à demander pardon et à pardonner son père.
Il n'avait pas envie d'entendre cela à nouveau; pas ce soir.
House: - « Va -t-en maman. Emmène le et partez tous les deux.
Je savais que ce n'était pas une bonne idée de vous faire rencontrer David maintenant. C'est lui qui a insisté. Ce gamin est un vrai bulldozer. Il ne comprend pas le sens du mot non et si tu lui réponds peut être, il fonce et passe à l'étape suivante.
Mère de House: « un peu comme toi, non, Greg…Quand on discute avec Cuddy, c'est souvent ce qu'elle dit de toi… ».
House: - « Cuddy te téléphone derrière mon dos? ».
Mum: - « Non, j'appelle de temps en temps pour prendre de tes nouvelles mais il n'y a qu'elle qui décroche… ».
House:- « Je ne suis pas sur d'être ravi d'entendre ça.
Écoute, quand je vous ai demandé de passer , je n'imaginais pas que cela allait tourner à la vendetta familiale.
David a ses raisons pour être en colère contre moi. Je fuis en permanence mes responsabilités vis-à-vis de lui tout en m'accrochant à lui. Il y a de quoi paumer un garçon de quatorze ans.
Depuis qu'il est avec moi, je le catapulte dans un monde d'adulte sans lui fournir de décodeur.
Il s'est énormément investi auprès de gamins qu'on a recueilli et il se sent trahi. Il découvre qu'en agissant dans un sens qui peut être le bon, on peut provoquer des catastrophes plus grandes encore.
Il croyait sans doute encore un peu que je pouvais être le Bon Dieu.
J'imagine que cette étape était nécessaire…le problème ,c'est que depuis qu'on s'est trouvés; on ne passe que par des moments durs… ».
Mum:- « Greg, si tu savais combien nous sommes heureux d'avoir un petit fils, un petit de toi; même déjà tout poussé…On n'y croyait plus…Je n'y croyais plus.
On a perdu Jamy; continue à t'accrocher à David…Vous allez vous aider tous les deux, jusqu'à ce que ce soit toi qui parvienne à l'épauler. Tu en es capable, bien plus que tout un chacun».
House- « L'amour inconditionnel et les mères…Je n'ai pas ton don pour aimer. Je tiendrai plutôt de ma brute de père.
… David est convaincu que nous regrettons tous que ce soit lui qui ai survécu et pas son frère.
C'est une absurdité mais en même temps, j'ai pleuré son frère et je continue à souffrir de son absence. Pour David, depuis que j'ai appris son existence; je ne la matérialise que sous forme de soucis et de problèmes à gérer. »
Mum: - « Greg, ça fait longtemps que je dois te parler .Depuis ton enfance, puis ton adolescence. Je n'en ai jamais eu le courage. Chaque fois que je venais te consoler après une dispute avec ton père…
House: - « Maman, une dispute, c'est entre deux humains de force identique. Ce n'était jamais des disputes avec mon père. C'était des épreuves de soumission, du matraque physique et psychologique, de l'anéantissement …
Mum: - « Ton père ne s'est jamais remis de la mort de ton frère aîné.
Il s'en croit responsable . Tu es né le jour de son accident. Lui avait trois ans et il s'est fait renverser par une moto pendant que ton père bricolait dans son atelier.
Pendant que je te donnais la vie, ton père s'occupait seul des funérailles de son aîné John Junior.
Il a assumé seul.
Il m'en a probablement voulu de t'aimer si vite et si fort. Tu n'y pouvais rien, toi, tu n'avais rien demandé…
Quand je suis rentrée de la clinique avec toi, ton père avait sollicité de reprendre son activité mobile…Il est allé de missions en missions, revenant de moins en moins à la maison. Quand il était là, entre vous deux, c'était insupportable.
Nous avons eu tort. Ton père et moi nous avons dénié l'existence de John junior quand il est décédé. Nous n'en avons plus jamais parlé entre nous,nous allions séparément nous recueillir sur sa tombe et pire encore , nous t'avons caché son existence…
Au départ la douleur était tellement forte que nous étions bien incapables de mettre de mots sur tout cela. Ensuite…
House : - « Pourquoi aujourd'hui? Tu trouves logique de me balancer ça maintenant? Tu ne trouves pas un peu ridicule d'évoquer la mémoire d'un…frère dont j'ai ignoré l'existence durant 48 ans?
Mais vous êtes encore plus malades que je ne le croyais, toi y compris!
Je dois y aller là; je t'envoie Wilson pour te raccompagner. Je n'en peux plus. »
Mum: - « Greg, je t'en ai parlé parce que David t'a posé des questions sur son frère.
Je t'ai revu soudain tout petit, la figure barbouillée de chocolat qui me harcelait de questions- Mum, pourquoi j'ai pas de petit frère ou de petite sœur; Mum on peut avoir un chien? Mum je m'ennuie , je voudrais un copain- Mum pourquoi Papa y m'a fait si il me déteste….
Un jour, tu as arrêté de poser des questions . J'étais tellement soulagée que je n'ai pas réalisé tout de suite que tu t'enfermais de plus en plus dans le silence.
Aujourd'hui tu as un fils et je ne voudrais pas qu'à cause de nous, de lui, tu passes à côté.
C'est pour cela que je te l'ai dit aujourd'hui».
House était quasiment arrivé à la porte et s'apprêtait à l'ouvrir quand sa mère prononça ces derniers mots d'une voix lasse et désespérée.
Ça ressemblait à des excuses pour le passé, une prise de conscience que des erreurs avaient été commises par ses parents et qu'il était normal qu'il en ait souffert.
Il n'était pas le seul responsable des colères de son père contre lui, même en agissant différemment ,en étant un autre, il n'aurait jamais pu effacer la douleur de son père. Il n'était pas responsable…
Il fit doucement demi tour et revint vers sa mère pour la prendre dans ses bras. Il se mit à la bercer comme il n'avait jamais bercé son enfant et lui murmura « je suis là, Mum, je suis là… ».
