Note : Un Os plus sombre que les autres, du fait que j'ai regardé le tombeau des lucioles mais vous en faites pas c'est comme d'habitude, happy end, je ne fais pas de Drama. Pas techniquement parlant je veux dire (sens des regards lourds sur elle à cause d'une certaine autre fic qu'on ne citera pas et qui est pas mal triste) bref, enjoy à vous, je ne sais pas encore quel sera le prochain couple, mais je le ferais plus joyeux, ça c'est certain!
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Elleay, Slaavy, Tania j'attends de vos nouvelles!!
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Merci à vous qui me suivez depuis le début, vraiment, merci.
ENJOY!
Les amis y'a que ça de vrai
Part 10 : Traitre
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Traitre.
C'est le mot qui me définit le mieux. J'ai été un traitre dès mon enfance, me détournant de ma pauvre mère, traitre envers ma seule amie en préférant le pouvoir à l'humilité, traitre envers mon propre camp pour tenter de me racheter, traitre enfin envers moi-même en protégeant un être que j'aimais.
Et maintenant? Rien. Ma longue et douloureuse vie s'est achevée, tout le monde m'a oublié, et je croupis au fond d'une mansarde -ma mansarde- en attendant que la mort cesse de se foutre de ma gueule.
J'ai pourtant lutté pour ne pas mourir durant longtemps. Pas par envie de vivre, mais par simple respect pour un souvenir. Lily, vois ce que tu as fait de moi. J'ai empêché ce foutu survivant -oui, ton fils- de crever, j'ai accepté d'être traité comme un moins que rien pour retrouver la paix à tes yeux, Lily. Et voilà, c'est fait. Je suis libre comme l'air, pauvre comme Job, seul comme personne.
Qu'est-il devenu ce grand maître des potions, seul capable de réaliser la potion tue-loup, seul capable d'améliorer les écrits des plus grands érudits? Lupin n'a plus besoin de moi, maintenant que la grande Hermione Granger a prit la relève.
Traitre.
L'homme se leva, au milieu de l'unique pièce en bois rongé aux mites, fatigué, usé, à bout de tout, et se dirigea vers sa fenêtre crasseuse. Il n'y avait qu'un immense mur en pierre à deux centimètres de la vitre. Mais Snape ne le voyait pas. Cela faisait bien longtemps qu'il ne le voyait plus. Le ministère l'avait expédié au dernier étage de cet appartement miteux, sans sa baguette.
Il était bien trop ambigu pour qu'on lui accorde un titre, mais les lettres que Dumbledore avait écrites avant sa mort empêchaient de faire enfermer l'ancien professeur. Alors ils lui avaient donné pour consigne de rester là, et d'être présent à chaque tour de garde des aurors. Qui sait, peut-être retournerait-il sa veste, un jour prochain? Sa marque l'empêchait de se faire embaucher dans le monde sorcier.
Alors il s'était fait une raison.
Pour Lily.
Pour Lily, la seule qui lui avait instantanément ouvert son cœur sans jamais le juger il acceptait sa demi vie. Et tous les jours, quelques heures, il passait la serpillère dans le supermarché vide et froid. Chaque jour il voulait tout arrêter, prendre un de ces couteaux en promotion et s'ouvrir proprement les veines. Mais il ne savait pas pourquoi, il n'avait jamais pu le faire. Toute sa verve, sa fougue... sa haine... tout était parti si loin.
Parfois, son corps lâchait de lui même et loin de tout regard, il se surprenait à s'agenouiller au milieu d'un rayon, et à laisser ses larmes couler. Il n'y avait eu qu'un seul bonheur dans toute sa vie. Un seul au milieu de toute sa douleur. Et il lui avait tourné le dos pour un peu de pouvoir. Son dos se secouait sous ses sanglots, il devenait alors si faible. Et puis l'habitude des jours qui passent reprenaient le dessus, et les yeux ternes, le geste mécanique, il reprenait son travail, le cerveau vide de tout espoir, de toute tristesse.
C'était ainsi.
Il rentrait chez lui. Rien de bien joyeux à minuit trente. L'auror qui gardait le couloir devant chez lui cracha sur son passage en reniflant. Tiens, ce soir, c'était Corner. Il se jeta sur le lit moisi et se frotta la barbe en fermant les yeux. C'était là son seul plaisir de la journée. Plusieurs images se formaient à son esprit. Potter, et son ami Black lui faisant farce sur farce, et Lupin qui leur courrait après en leur disant que c'était mal. Lily qui frappait James avant de l'embrasser... Severus se mit à rire. Quelle belle époque, finalement.
Son amie lui avait un jour donné son choix amoureux, et il l'avait ignorée une semaine en signe de protestation. Il avait fallut toute la malice de Lily pour qu'il se retourne contre elle et qu'ils se disputent de façon mémorable.
Aux premières verves de Severus, un peu triste, elle avait alors répliqué avec soulagement. « Ce qu'il y a de pire que l'affrontement, c'est l'indifférence, Sev. Je préfère que tu me déteste plutôt que tu m'ignore ». Plus jamais il ne lui avait alors donné son avis sur James.
Alors oui, c'était bon ces années, même s'il en avait secrètement pleuré au dortoir, celles où Sirius lui lançait des seaux d'eau en plein visage...
Et puis il repensa à Poudlard, encore, devant ses élèves, devant la fougue d'Hermione qui faisait de son mieux pour attirer son attention, et durant lesquelles il la poussait, à sa manière, à donner toujours plus. Ces années où le pauvre Londubat avait du exploser un nombre record de chaudron. Ces années de crises avec Potter deuxième du nom, ces années où il s'était lui-même surpris à avoir de la peine en repensant aux maraudeurs, si forts, si unis... si détruits.
Harry avait été détesté toute son enfance, Sirius avait subit douze longues années les détraqueurs, et Lupin... Rejeté de tous à cause de son statut de lycanthrope. Pourquoi la vie était-elle si vache? Qui s'en était bien sortit, qui avait profité de la vie durant ces années là, au final? Même son neveu était au ban de la société. Son neveu qu'il aimait malgré l'enfant pourri gâté qu'il avait été à une époque.
Pauvre gosse. (1)
Il s'endormit, comme chaque soir, le ventre vide. Il se leva aux aurores le lendemain, simple habitude. Il partit dans la « salle d'eau », seule pièce impeccable des lieux. On comprenait que la pièce minuscule où les sanitaires étaient directement implantées étaient la douche quand on voyait le pommeau accroché au mur et le tout-à-l'égout au sol. Il se déshabilla, et alluma l'eau chaude.
Malgré sa trentaine encore présente, son corps paraissait beaucoup plus. Surtout son visage. Il était mince, à la limite de la maigreur, son manque d'alimentation lui avait fait garder une silhouette somme toute svelte. Ses cheveux avaient grandit. Ils se tordaient sur ses épaules, et des mèches barraient parfois ses yeux.
Tout comme auparavant, il n'en avait cure. Sentant que le râpeux se faisait insistant, il en profita pour raser sa barbe de quinze jours, et une fois propre, sortit la serviette autour du cou, comme d'habitude.
Il prit son jean, l'enfila sans sous-vêtement, alluma sa machine à café, passa devant Neville et remit un semblant d'ordre dans son lit.
Alors qu'il se sortait une cigarette, son regard se figea vers quelque chose qui aurait du l'avoir choqué.
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- Londubat.
- Professeur Snape.
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Et l'échange s'arrêta là. Dire que Snape était tout de même heureux de voir un autre sorcier qui ne présentait aucune animosité à son regard était faible. Il était seul depuis bien trop longtemps pour émettre une remarque sarcastique.
Quant à Neville, il ne lui avait pas été donné tous les jours de voir son professeur nu, puis torse nu, les cheveux longs dégoulinant d'eau sur ce même torse pâle, une cigarette à la bouche, la mâchoire carrée et tendue. Se rendant compte que c'était lui l'incrusté, il se remit à parler. Bafouiller serait plus exact.
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- Bonjour professeur.
- J'avais compris, oui.
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Son ton n'était pas tranchant ou dur. Il semblait même encourager Neville à continuer, curieux, se demandant s'il n'était pas malade. Snape prit sa cigarette entre ses doigts.
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- Je suis venu vous voir.
- Oui...?
- En fait, ça fait un moment que je voulais vous voir, mais... Apparemment, les lettres n'arrivent pas jusqu'à vous. Je... Je peux m'asseoir?
- Un moment.
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Le professeur mit une chemise blanche propre, ajusta sa serviette et mit une sorte de couverture sur le canapé avant de le replier pour en faire un fauteuil. Le tout sous l'œil émerveillé de Neville qui n'avait jamais vu un clic-clac de sa vie. Snape servit deux tasses de café fort, et en tendit une à son ancien élève.
Étrangement, Snape ne voulait pas savoir pourquoi son élève le plus doué en partant du bas de la liste était là. Il voulait profiter d'une présence quelques temps. Et Neville tentait de trouver ses mots avant de parler. Il ne dit rien sur le fait qu'il détestait le café non sucré et s'écorcha la gorge à le boire. Dire qu'il était resté au chocolat...
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- Le ministère m'a assigné à votre maison, professeur. Pardon, monsieur Snape. Pour un an.
- Un silence pesant s'installa trois secondes. Neville tentait de séparer son café en deux par la force de son regard et Snape faisait entrer l'information de force dans son cerveau.
- Il me faut une cigarette, dit il en reprenant celle qu'il avait délaissée. Trois essais d'allumage plus tard et il pu tirer dessus. Pourquoi?
- Euh...
- Pourquoi vous ont-ils assigné chez moi? Son ton était... fatigué.
- Eh bien, ils ont décrété que vous utilisiez trop d'aurors, alors maintenant je suis assigné chez vous, et ce ne fera qu'un auror, et comme ça vous serez avec quelqu'un tout le...
- C'est bon, ça va j'ai compris, fit l'ex-professeur toujours calme. Et vous comptez vraiment dormir ici?
- Ben, vous savez je suis le nouveau, c'est une mission pour les arrivants au service...
- Un débutant, vous? Un héros de guerre? Ne vous foutez pas de moi, Londubat. Vous avez toujours été dans le camp du « bien » vos parents sont morts pour vous et Potter, vous avez même affronté Voldemort et tué son serpent... Et ils vous traitent comme un sorcier lambda?
- C'est moi qui l'ai demandé. Je ne supportait plus ces bassesses alors que j'en ai fait autant que les autres. J'ai juste eu la chance d'être en vie, voilà tout. Alors le chef m'a donné cette mission qu'on donne généralement aux nouveaux, sans vouloir vous vexer. Et voilà.
- Je suppose que je n'ai pas mon mot à dire, monsieur l'auror, termina-t-il sarcastique. Comment cela est-il sensé se passer? Je n'ai pas les moyens de m'occuper d'un gosse.
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Neville se surprit à sourire. Le ton acide de son professeur revenait peu à peu. Il lui tendit simplement une lettre cachetée du ministère. Alors que le Gryffondor faisait le tour du propriétaire, s'attardait sur des choses dont il ne voyait pas l'utilité comme la machine qui avait fait le café, d'ailleurs (le chocolat était bien meilleur), Snape lisait le court mot que le ministre lui avait écrit avec un dégoût certain.
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« Monsieur Severus Tobias Snape, ex-mangemort, ancien professeur de potions de Poudlard, assigné à sa résidence, rue Lowside, Londres,
Est informé par la présente missive de sa surveillance rapprochée par l'auror Londubat Neville, nuit et jour, sur son lieu d'habitat durant la période d'essai de un an. Suite à cette période et au rapport fait par monsieur Londubat, Monsieur Snape pourra se voir attribuer la grâce ministérielle et récupérer ses biens magiques et sa liberté totale.
Cornelius Fudge, Ministre de la magie. »
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Il jeta le morceau de papier à terre. Quelle ironie. C'était à l'élève de surveiller le maître. On lui avait flanqué des aurors devant sa porte, des mots de passe, des fouilles, mais là, c'était le pompon. Un étudiant collé à son caleçon pendant une année entière.
Il se sentait seul, mais de la à vivre avec Londubat... Il s'imaginait déjà dans six mois « Salut, Neville, bien dormi? » « Comme un loir, mais tu prend toute la couverture, Sev! »... Trouver une enveloppe, se suicider avec. Il avait touché le fond.
Il vit le Gryffondor se rapprocher de lui, un air ennuyé sur le visage. Soit Neville avait une envie pressante, soit il voulait dire quelque chose de difficile à dire. Dans les deux cas, ça sentait mauvais. Il inspira a fond en attendant que le jeune homme se décide à parler.
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- Je sais que c'est votre appartement, monsieur Snape, mais vu que je suis assigné à VOTRE résidence, il va bien falloir que je dorme, et je me demandait si...
- N'y pensez pas, Londubat, ne prononcez même pas ces mots. Ne pensez même pas à les prononcer. Vous irez vous acheter un lit, on va mettre un mur, je n'en sais rien. C'est vous l'auror. Débrouillez-vous j'ai à faire.
- Si vous sortez je dois...
- Inutile de vous agiter comme si j'allais m'enfuir, je vais simplement trois mètres plus loin faire de quoi nous sustenter pour ce midi, sauf si vous devez fourrer votre nez dans la casserole et faire un rapport?
- Non... évidement, répondit Neville qui n'avait pas comprit qu'il ne fallait pas répondre. Mais... Il est sept heures trente à peine...
- Ce qui montre à quelle heure indécente vous êtes entré chez moi tel un voleur, Londubat. Si mes habitudes alimentaires vous dérangent, faites votre propre cuisine... si vous y arrivez, fit-il avec un regard en coin. Faites simplement brûler le fond de ma casserole et vous me prouverez que vous avez fait de grands progrès.
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Une odeur étrange s'éleva ans la pièce. Le Gryffondor remarqua la boite de conserve posée sur l'évier. Merlin... Du cassoulet. Il détestait le cassoulet. Voyant que son ex-professeur se souciait de lui au moins autant que de la porte d'entrée, il s'assit sur le divan-lit et regarda les alentours.
Il sortit un calepin de sa poche, une plume magique, et se mit à écrire ce dont ils auraient besoin. Quand il entendit Snape jurer comme un charretier vers un fayot qui avait eut l'audace de sauter hors du troupeau pour atterrir brûlant sur sa main, il écrivit « courage ».
Il entendit Snape engueuler le fayot. « beaucoup de courage ».
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...
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Trois jours. L'enfer, il allait y aller, et dire deux mots à Satan en personne pour lui dire de prendre des cours avec Snape. Monsieur Snape, il avait appris à oublier le « professeur » à tout bout de phrase.
Cet homme faisait une longue sortie footing matinal tous les jours, se nourrissait d'un rien et n'avait cure de son apparence avec ou sans vêtements. Il bougeait comme s'il avait des vers la nuit et bien souvent, le pauvre Neville ne dormait pas sous la pluie de coups qu'il recevait.
Les magasins avaient ouvert le lendemain de son arrivée (il avait dormi à même le sol), mais par manque d'argent, il n'avait pu acheter que le strict nécessaire. Un matelas. Rien d'ouvert avant demain ce qui signifiait aucun confort, un couverture râpeuse et la vue d'un papier toilette qui menaçait de finir à chaque passage.
Ça c'était sans compter le cassoulet. Midi et soir. Vu que c'étaient les boîtes les moins chères, Neville s'était fait une raison, puisqu'il était impossible de se suicider avec un fayot. Même si on insistait.
Pour le coup, les bourrelets qui s'étaient installés avec des potes sur les hanches du jeune homme partirent très loin où il était impossible de les rattraper, et Neville commençait à ne plus se ressembler.
Il se réveilla, et la forte odeur du café empli ses narines. Il s'y était habitué, même si son cher chocolat lui manquait réellement. Tant qu'il y avait du sucre...
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- Plus de sucre, Londubat, les magasins sont fermés jusqu'à demain, je crois.
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Pas moyen. Le Gryffondor se leva d'un coup, se fichant totalement qu'il soit en caleçon, et qu'il soit seulement six heures trente un dimanche, il enfila un pantalon et un blouson avant de partir précipitamment sous le regard blasé de Snape qui sirotait son café.
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- ça a mit plus de temps que je le pensais, fit l'ancien professeur, philosophe.
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L'auror se mit à courir jusqu'au bout de la rue, à un endroit où il était possible de transplaner. Il revint victorieux et essoufflé deux heures plus tard dans l'appartement. Severus n'avait même pas tourné la tête et lisait tranquillement son journal.
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- Au fait mon congé prend fin aujourd'hui, et je ne sais pas comment vous avez prévu de faire, mais...
- Vous ne travaillerez plus, monsieur Snape! Se reprit-il.
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Durant le long silence pendant lequel Neville se demanda s'il était bon ton de continuer à sourire comme un imbécile, Snape se demanda s'il était choqué que Londubat l'interrompe, ou que Londubat lui donne un ordre. Finalement, il lui donna une ouverture.
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- Pardon?
- Je suis allé au ministère, il m'ont crié dessus, comme quoi j'aurais pas du vous laisser seul, et puis je leur ait dit, vous savez, que j'avais qu'un matelas, même qu'il est d'occasion alors...
- Londubat.
- Oui?
- Abrégez.
- Vous êtes riche.
- Pas autant.
- J'ai dit au ministère qu'ils devraient payer tout ce dont j'ai besoin à moins que vous le fassiez. Attendez j'ai presque fini. Votre père, Tobias Snape...
- Je sais qui est mon père, Londubat.
- Oui, je sais mais ça fait mieux quand on précise, répondit le garçon sans se démonter. Votre père donc ne savait pas que votre mère était presque à la tête d'une petite fortune. Elle n'en était peut-être simplement pas au courant, car c'est votre grand oncle Nigel Edouard Prince qui régissait tout cela. Vous devez savoir qu'il est mort il y a peu, n'est-ce pas? Il laissa une seconde s'écouler. Toujours est-il que cet argent vous revient de droit, et que le ministère, soucieux de ne pas dépenser un kopeck pour vous, vous le restitue. Résultat, vous êtes riche.
- Je vois.
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Et ce fut tout. Il ne demanda pas quand son père était mort, pourquoi sa mère, surement au courant, n'avait rien dit. Rien. Il voyait, tout simplement. Et puis une longue minute plus tard, durant laquelle Neville connu le véritable sens de « moment de solitude », Snape réagit alors.
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- Je suis riche?
- Euh... Eh bien oui, monsieur Snape, répondit-il hésitant.
- Alors c'est votre jour de chance... On va pouvoir acheter du sucre, Londubat.
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...
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Neville du quand même attendre le lendemain, noya son cassoulet sous la sauce tomate et éloigna prudemment son matelas des pieds du Serpentard. Le lendemain même, il du s'abstenir de réveiller son ainé, tout excité qu'il était à l'idée de faire les magasin, se doucha et s'habilla en un temps record alors que Snape prenait exactement tout son temps.
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- Londubat, les magasins ne vont pas s'enfuir, je vous rassure.
- Pardon, monsieur.
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Durant trois longues minutes, Neville, debout près de la porte, liste de course à la main trépignait en voyant son ancien professeur se lever, poser son journal, regarder par la fenêtre en frottant sa barbe naissante, se curer les ongles...
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- Monsieur Snape...
- Bon, j'arrive, fit il avec un sourire invisible.
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Ils avaient revêtus leurs tenues de sorcier, et Snape devait se laisser conduire par Neville, un sort du ministère l'empêchant de produire temporairement toute magie, innée ou voulue. Lorsqu'ils arrivèrent au chemin de traverse, à Gringotts, Gripsec les emmena au coffre des Prince. Ce fut à cet instant que le Gryffondor se félicita de ne pas avoir trop mangé.
D'une clé, le gobelin ouvrit la porte, et une pièce apparut aux yeux de Severus. Elle était petite, mais les murs contenaient des tapisseries et des gravures, et une table ouvragée prenait place au milieu. Deux étagères de chaque côté de la pièce contenaient de fines décoration dont le prix était inversement proportionnel à leur taille.
Le plus important, sur la table, un coffre de taille respectable rempli uniquement de Galions. Severus avisa deux autres coffres plus petits derrière le premier dont l'un contenait les mornilles, l'autre les noises. Il prit une somme raisonnable mais suffisante pour ne pas avoir à revenir trop tôt, et Neville demanda d'être conduit à son propre compte.
Une fois « armés » le Gryffondor changea sensiblement le visage de Severus pour ne pas qu'ils soient dérangés par les curieux. Au final, tous les meubles anciens furent jetés, l'appartement fut agrandit et le divan fut séparé du lit une bonne fois pour toutes.
L'ensemble était à présent clair et propre, le plancher neuf, et la douche était enfin devenue une salle de bains. Les deux lits étaient derrière une séparation, et après réflexion, durant laquelle Snape avait montré un enthousiasme digne d'un escargot asthmatique, aucune barrière ne fut érigée entre eux.
Et surtout, surtout, le cassoulet passa à trépas.
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...
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- Londubat sortez.
- J'ai presque fini, fit une voix étouffée.
- D'ici trente secondes si vous n'êtes pas sorti, c'est moi qui entre!
- Non! La voix devenait paniquée. Juste une seconde!
- Il vous reste quinze secondes, Londubat.
- Encore un peu!
- Bon. Vous ne me laissez pas le choix.
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Et Severus entra dans la salle de bains. Pour découvrir un Neville nu comme un vers en train de se mettre du gel dans les cheveux. Nullement déconcentré, le concerné continua de modeler sa coiffure, le nez à deux centimètres du miroir, la langue sortie, appliqué. Dans un geste de découragement, Snape se pinça l'arrête du nez.
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- Sachant que j'allais entrer, vous auriez pu couvrir votre intimité, Londubat.
- Boh, c'est pas comme si j'avais quelque chose que vous aviez jamais vu, hein?
- Alors pourquoi cet air de veuve en péril quand je vous ait dit que je viendrais?
- Ben... fit-il en tournant la tête. Mon gel était pas mit, et j'aime pas qu'on me voit sans, vous voyez...
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Sans intention aucune, le maître des potions ne put s'empêcher de regarder le corps de son ancien élève. Ben oui quoi, il est là, il allait pas détailler la cuvette des toilettes! Neville avait beaucoup minci par rapport à son arrivée. D'un naturel plutôt timide et pataud, son attitude était plus sûre d'elle grâce au côtoiement du maître des potions.
De la même façon, Severus avait reprit des couleurs, et rajeunit en quelque sorte. Il en avait profité pour se remplumer un peu, mais n'ayant jamais été enclin à l'embonpoint, restait somme toute svelte.
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- Je suppose que vous en avez encore pour un moment?
- Vous devez sortir, monsieur? Parce que si vous êtes pressé, fallait me le dire, j'aurais...
- Là n'est pas la question, Londubat, j'aime me lever tôt, et je déteste traîner pour ce qui doit être fait, quand bien même je n'ai plus d'activité régulière. Donc je souhaiterais prendre ma douche.
- J'ai presque finit, fit Neville (toujours nu).
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Excédé par son « surveillant », Severus se mit tout simplement à se déshabiller, et une fois comme au jour de sa naissance, entra dans la douche en passant juste derrière le Gryffondor. Gryffondor qui se mit du gel dans l'œil à cause du choc visuel.
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- Eh bien quoi, Londubat? Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose que vous n'ayez jamais vu, n'est-ce pas? Ricana Snape au travers de la vitre.
- Effectivement, se dit Neville en déglutissant.
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L'été prenait fin, les feuilles d'automne voletaient vers le sol comme des milliers d'oiseaux couleur de feu.
Cela faisait deux mois que Neville et Severus étaient dans l'appartement. Deux mois à se parler comme élève et professeur, comme deux êtres qui se connaissent mais ne s'aiment pas forcément pour autant. Deux étrangers intimes.
Souvent Severus avait des moments de solitudes, durant lesquels il se remémorait des évènements, heureux, ou non. Et souvent, Neville le regardait avec l'envie de lui prendre sa tristesse, tout en sachant qu'il était de trop, à ce moment là. C'était un de ces moments.
La journée avait débuté grise, Neville avait tenté de rester optimiste et souriant, mais rien n'y avait fait. La pluie avait tomé dru, Severus se renfermait sur lui même. Toujours le même rituel. Il prenait un verre de scotch, s'installait dans son fauteuil et regardait la pluie battre le carreau. Pendant ce temps Neville l'observait, incapable de faire autre chose. Il voulait tant faire quelque chose. Sa main chercha son verre de lait, et trouva comme sous verre le plan de la ville. Un sourire éclaira son visage. D'une voix assez forte, il déclara.
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- Ce serait bien de sortir un peu, il paraît que le cinéma sorcier est implanté pas très loin, vous savez? Snape le regarda comme s'il avait léché une chaussette sale.
- Votre approche psychologique ne vaut rien, Londubat. Sortez si vous le souhaitez. Je m'étonne d'ailleurs que votre fiancée ne vous ait pas réclamée avant.
- Ben... Je peut pas me séparer de vous, et... Disons que c'est le désert chez moi, sans vous raconter ma vie, hein. Snape soupira.
- Vous voulez vraiment vous balader sous cette pluie battante à... Il regarda sa montre. Huit heures du soir pour voir une fiction?
- Euh, je, eh ben, en fait, euh... Oui.
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C'était la première fois que Neville exprimait une envie pour lui seul. Il voulait chasser ses propres idées noires et voir du dehors, autre que pour faire les courses. Il voulait sortir Snape de sa déprime. Bien sûr, il savait que le maître refuserait, il avait été si idiot de croire qu'il accepterait. D'ailleurs, s'il se levait et mettait son manteau c'était certainement pour...
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- Londubat, je ne vais pas poireauter jusqu'à demain.
- J'arrive, monsieur!
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Snape était content. Il savait que Neville l'observait chaque fois qu'il repensait à son passé. Il savait que le pauvre gosse ne cherchait qu'à le distraire. Merlin qu'il avait changé. Si avant le cynisme et son rôle d'agent double ne lui permettaient aucune souplesse, maintenant il se prenait à avoir... une sorte de compassion.
Il devenait trop vieux, et il n'avait plus vraiment de raisons d'être le parfait méchant. Il se permit même de sourire quand le Gryffondor battit des mains comme un gamin parce qu'un vendeur de gaufres ambulant était ouvert.
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- Vous n'aimez pas le sucre, monsieur Snape?
- Je ne sais pas. Je n'ai pas spécialement appris à aimer quoi que ce soit.
- Ben faut bien commencer un jour!
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Le jeune homme se précipita hors du porche où ils s'abritaient, et couru vers le marchand. Après dix minutes, il revint avec deux petits cartons blancs pliés.
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- Et voilà! Ça c'est pour vous!
- Je n'ai rien commandé, que je saches...
- Mangez, fit Neville enthousiaste. Si vous aimez pas, je la finirais!
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Mais où était passée la timidité maladive de Londubat devant le terrible Snape? Apparemment lavée avec la pluie se dit l'ancien professeur en mordant dans une gaufre farinée de sucre glace. Pas mauvais.
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- Bon, je vois je vais la finir... soupira le plus jeune.
- Qui vous a dit que je n'aimais pas?
- On dirait que vous souffrez d'hémorroïdes!
- Londubat, ne poussez pas le bouchon trop loin...
- Oh tiens, un cinéma! Ça vous dit?
- La capacité des Gryffondor à changer de sujet comme de neurone... se murmura le maître des potions.
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Ils partirent (Neville tira presque sur la manche de Severus) jusqu'à la salle, et après débat, optèrent pour un film original, portant sur le XVIIème siècle. Neville s'endormit à trois reprises et Severus prit note de quelques répliques cinglantes. Lorsque la bande annonce s'afficha, l'ex mangemort poussa la tête de son voisin de son épaule pour le réveiller pour partir. Les jeunes... Plus aucun respect.
Finalement, après cette soirée à ne presque pas parler, à manger du sucre et à courir sur la pluie, ils rentrèrent totalement trempés dans l'appartement. Le Gryffondor tremblait de tous ses membres et le Serpentard avait la goutte au nez.
Sans un mot, chacun se mit devant l'âtre dans un bon fauteuil et attendit que le feu les réchauffe.
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- Vous voulez un mouchoir, monsieur Snape?
- Pardon?
- Vous arrêtez pas de renifler.
- Inutile de vous prendre pour une nounou, Londubat. Ça passera.
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Deux heures plus tard, la nounou avait quarante de fièvre et un rhume carabiné. Il du se coucher au chaud, sous le regard fatigué de Snape qui pétait la santé.
S'excusant maladroitement toutes les dix minutes, il se tu néanmoins au grand plaisir de Snape... Qui ne dura pas longtemps puisqu'il se mit à ronfler.
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- La peste soyez-vous, Londubat, c'est vous qui êtes sensé me surveiller.
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Severus se leva, et sans un autre regard pour le Gryffondor qui grelotait en sueur au fond de son lit, il prit un manteau et sortit. Il lui fallut bien deux heures dans le froid pour trouver une personne qui se trouvait dehors à cette heure de la nuit, et qui, merlin merci, connaissait une pharmacie encore ouverte.
Il se perdit trois fois en revenant avec les médicaments et finalement, encore plus trempé qu'avant entra dans l'appartement. Mais ce n'était plus comme avant. Une bouteille de pur feu était vide par terre, une autre dans les mains de Londubat, assit dans son fauteuil face à la cheminée.
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- Crétin, Londubat! Vous voulez vous rendre encore plus malade que vous l'êtes?!
- Oh, un autre Severusssss, s'amusa le jeune homme. Mais celui-là, il parle!
- Lâchez cette bouteille, vous devez décuver avant de vous soigner. Si tant est que vous compreniez ce que je raconte, termina-t-il maussade.
Il s'approcha de son ancien élève, n'écouta pas le juron lorsqu'il lui prit la bouteille de la main, mais... Ne su trop que faire quand Neville lui saisit les deux poignets. Bien sur il était plus fort que lui, sans compter que Londubat était soul, mais Severus était curieux. Un ivrogne dit bien souvent plus de choses sincères lorsqu'il est à point.
- Pourquoi avoir bu?
- Oh mais vous le savez, Severus, minauda Neville. Ça fait dix fois que je vous le raconte! À tous les Severus que je croise! Remarquez vous êtes le seul qui me parle...
- Pourquoi? Répéta doucement le maître.
- Ben... J'ai pensé que l'alcool me réchaufferait et puis vous étiez parti alors vous êtes fâché et... Il commença à sangloter.
- Je suis fâché?
- Ben oui, je vous cause que des ennuis, moi, déjà qu'on m'a mit de force ici... Boulet d'auror, qu'on m'appelle, vous savez. Moi je voulais juste vous défendre, alors ils m'ont dit que puisque j'étais un traître, alors j'allais vivre avec les traîtres. Et paf voilà.
- Pourquoi vous m'avez défendu? Snape, à deux centimètres du visage du plus jeune était imperturbable. Il en saurait plus cette nuit qu'en bien des années.
Neville ne fit qu'une réponse qui démontra que Snape était finalement perturbable. Le baiser alcoolisé qu'il lui donna le fit reculer.
Il reprit ses esprits quelques secondes.
- Je vous ait demandé pourquoi, Londubat.
- Je viens de vous répondre, idiot! Haha, c'est drôle, c'est la première fois que je peux vous traiter d'idiot, idiot.
- Vous... Vous...
- Je vous aime bien. Non en fait je suis amoureux de vous. Dingue de vous. Depuis si longtemps. Mais vous aimez personne, alors... M'en fous, toutes façons vous rentrerez pas avant un moment...
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Et il s'endormit. Merde, pensa l'ancien professeur. Pourquoi a-t-il fallut que ça arrive? S'il y avait bien une chose qu'il ne voulait pas, c'était entraîner quiconque d'autre dans sa solitude et son isolement. Par sa faute, Neville était un paria.
Il lui posa une couverture sur le corps et le laissa dormir, s'asseyant dans le fauteuil à côté de lui. C'est vrai qu'il aimait peu. Car peu de gens l'avaient aimé pour ce qu'il était en retour. L'amour? Non, ce n'était pas pour lui. Pourquoi y pensait-il si fort alors? Alors que seulement un jeune homme torché lui avait avoué ses sentiments? Il n'avait dit ça que par ce qu'il n'était pas lucide.
Mais l'enclenchement avait été fait. Et Severus Snape, trop seul de son état se mit à espérer pour la première fois de sa vie. À espérer que ce soit vrai. Un mince sourire étira ses lèvres. Il saurait très bientôt, et il n'était pas question qu'il soit le lapin pris au piège.
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...
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- Bien dormi?
- Euh... Ma tête...
- Tenez. Café. Snape lui mit la tasse fumante sous le nez.
- Oh m...
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En une seconde, Neville fut à la douche vomir ce que son estomac avait supporté hier soir.
- Vos médicaments sont sur la table, entendit-il.
Il revint quelques minutes plus tard, douché et un peu pâle.
- Je suis désolé.
- De vous être soulé?
- D'avoir certainement paru misérable à votre retour, fit-il en baissant les yeux.
- Ce n'est rien.
- Pardon? Pour le coup, il cru avoir mal entendu. Il avait tendu un lance, voire un mât à Snape et...Rien.
- J'ai dit que ce n'était rien, mais si vous voulez un sarcasme, je peux vous en sortir un beau.
- Non. Merci.
- Vos médicaments sont prêts. Vous feriez mieux de les prendre.
Neville se mit à table à côté de Severus, et avala les deux cachets avec son chocolat. Quand Snape fut sur qu'il ne les cracherait pas, il lança à tout hasard.
- Cela ne vous pèse pas trop d'avoir ruiné votre réputation pour me défendre?
- Non, répondit-il mécaniquement.
Deux anges passèrent avant que Neville crache la gorgée qu'il venait de prendre dans la bouche.
- Comment... Comment?
- Vous parlez beaucoup quand vous êtes soul, Londubat.
- Oh misère.
- Comme vous dites. Depuis combien de temps, alors, vous avez une attirance pour ma personne?
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La deuxième gorgée battit le record de longueur de la première et il fallut que Snape tapote le dos de Neville pour ne pas qu'il s'étouffe. Le rouge qu'il affichait aux joues et son regard rivé sur la table indiqua qu'il ne comptait pas répondre.
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- Londubat vous êtes la pour encore une dizaine de mois. Je doute que vous puissiez les passer assis à cette table. Vous mourriez de faim avant.
- ...
- Ce n'était pourtant qu'une question, remettez-vous, tout de même.
- Trois ans. Il avait soufflé ces mots.
- Depuis votre dernière année? Vous m'étonnez. Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt?
- Vous. Vous n'aimez personne! Répondit le Gryffondor les larmes aux yeux. Vous vous seriez moqué de moi, même maintenant vous ne faites qu'analyser et...
- Je ne vous ait rien demandé de plus Londubat, je connais assez ma propre psychologie. Qui vous a dit que je n'aimais personne? Vous? Vous ne me connaissez pas. Je ne me permets jamais d'attaquer quelqu'un sur ses sentiments, sachez-le. Mais moi, il me faut une raison.
- J'ai peur de comprendre.
- Donnez-moi une bonne raison d'accepter votre offre. Neville vit rouge.
- Déjà ce n'est pas une offre! Ensuite je vous ai rien proposé, moi, c'est vous qui avez emmené le sujet! Et puis, et puis, ça marche pas comme ça, enfin vous êtes plutôt froid mais vous devriez le savoir! On sort pas avec quelqu'un qu'on aime pas!
- Je vous l'ai dit, vous ne me connaissez pas.
Severus se leva, et Londubat se planta devant lui, le scrutant des yeux, en attente.
- Vous... Vous m'aimez?
- Seulement si une bonne raison me dicte cette conduite.
- AAArrgh!! Vous êtes impossible!
Il partit à grands pas vers son lit et s'assit dessus rageur.
- Ça ne se voit pas par ce qu'il n'y en a pas, mais j'ai claqué la porte! Alors arrêtez de me regarder comme ça!
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Severus se retourna et esquissa un sourire. Il s'était permis d'être un peu lui-même, et cela faisait vraiment du bien. Normalement, il n'aurait même pas parlé à Londubat de ce qu'il savait, mais après l'épreuve qu'il avait passé, après avoir touché le fond, il ne pouvait que remonter. La guerre, les morts, son rôle à endosser. Il avait laissé ça à d'autres. Il n'en pouvait tout simplement plus.
Severus Snape avait changé, il faudrait s'y faire. Peut-être que plus tard, il s'avouerait que Londubat était une personne qui lui convenait par son courage qui arrivait juste quand il fallait, par sa douceur et son enthousiasme. Peut-être.
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- Avez-vous finit de bouder?
- Non.
- Cela ne joue pas en votre faveur, vous savez.
- Je m'en fous.
- Gamin.
- Pardon? Vous pouvez répéter?
- J'ai dit que vous étiez gamin. Et moi je suis loin d'être un pédophile. Restez dans votre jardin d'enfant, rétorqua Severus.
- Je. Ne. Suis. Pas. Un. Gamin! Neville était debout sur son lit.
- Si.
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Severus s'installa confortablement dans son fauteuil et prit un journal. Journal qui fut arraché de ses mains, remplacé par le visage colérique de Neville.
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- Non!
- Prouvez-le.
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Le flegme de son ancien professeur fit quitter toute rage du visage du rouge-et-or. Il se releva de toute sa hauteur, et tourna les talons sans un mot. Snape paru un peu déçu, lui qui était persuadé que les Gryffondor aimaient les défis...
Neville était partit. Toute la journée. Peut-être était-il partit faire des excuses au ministère. Snape fit sa journée habituelle, et s'allongea sur son lit quelques instants. Il alluma sa chaine moldue et y mit sa musique classique. Ce qui ne dura que quelques secondes car une main vigoureuse le leva par le col. Ayant gardé ses réflexes, l'intrus se retrouva vite à terre. Londubat.
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- Habillez-vous, Severus, nous avons à faire!
- Londubat...
- Neville. J'ai un prénom. Vous vouliez que je vous prouve que je suis à la hauteur? Alors habillez-vous.
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Neville se releva prestement, et passa les mains sur ses habits. Qui avaient changé d'ailleurs. On était passé du pull accordé au jean informe à une veste, une chemise blanche et un vrai pantalon, le tout sur un corps qui s'était encore affiné. Snape s'assit au bord de son lit.
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- Où va-t-on?
- Vous le saurez en route.
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L'ancien professeur laissa faire. Il voulait savoir jusqu'où cela irait. Il s'habilla sobrement, comme à son habitude. Un sous-pull et un pantalon noir iraient très bien. Il rattacha ses cheveux, laissant quelques mèches lui barrer le visage. Une paire de lunettes en plus et il aurait l'air d'un étudiant, se dit-il.
Il ne dit rien, et au passage que lui fit Neville, il sortit. Le temps était frais et clair, sans être glacial. En fait, le plus jeune était presque aussi grand que lui. S'il avait toujours parut si petit, c'était peut-être à cause de sa manière de toujours être en retrait, de se cacher. Ils entrèrent dans un salon de thé, et le Gryffondor commanda directement pour eux deux.
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- Merci d'avoir accepté mon invitation, Severus. Ce dernier sourit. Il avait comprit le jeu.
- C'est tout à fait normal. Commencez, je vous en prie.
- Londubat, Neville. J'ai vingt ans. Vous m'avez beaucoup intéressé lorsque je vous ai vu hier. J'espère que prendre vos coordonnées pour ce rendez-vous ne vous a pas choqué?
- Non. Snape était de plus en plus intrigué. Severus Snape. Je crains avoir dépassé les trente cinq ans. Ne serais-je pas un peu vieux, pour vous? Neville balaya l'air de la main.
- Tant que vous marchez sans cane, sourit-il.
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Il avait un sourire très charmeur, sur de lui, remarqua Severus. Pour le coup, c'était lui qui était prit au dépourvu. Il eut un sursaut très discret quand la main de son ancien élève frôla distraitement la sienne pour prendre le lait. Il fut encore plus déstabilisé quand Neville planta ses grands yeux noirs mutins dans les siens.
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- Vous êtes beau, Severus. Je suis certain que vous le savez, n'est-ce pas?
- Je... Pourriez-vous me passer le sucre?
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Le sucre. Il n'avait trouvé que ça. Il se mutila intérieurement. Comment un tel gamin pouvait lui faire perdre ses moyens? Non, plus un gamin. Neville savait pertinemment ce qu'il voulait. Et lui? Il ne savait plus trop. Il prit le sucre, et se sentit brûlé par les doigts de son vis à vis. Il lui avait été impossible de prendre le pot sans toucher la peau du Gryffondor.
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- Accepteriez-vous d'aller au cinéma avec moi? J'ai entendu dire qu'une pièce se jouait tout à l'heure. Nous déjeunerions ensuite.
- Si vous y tenez, fit Severus.
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Même sa voix avait changé. Elle était devenue rauque, sensuelle. Il semblait faire l'amour à chaque mot. Il voulu se lever, et fut surprit par la main de Londubat prenant doucement la sienne pour l'aider. Leurs deux visages se trouvèrent à quelques centimètres l'un de l'autre. Neville aurait pu l'embrasser. Mais il se contenta de lui sourire en le regardant toujours droit dans les yeux. De ce regard qui signifiait « je te veux ».
Severus ne put qu'exprimer une surprise qu'il s'efforça de cacher. Des années à cacher ses sentiments, à mentir. Et là, il n'y arrivait tout simplement pas. Par ce qu'il n'y aurait pas mort d'homme s'il n'y arrivait pas, bien au contraire. Et son inconscient le savait.
Merde, se remit à penser l'ex-mangemort. Je suis un espion redouté, et j'étais sa terreur quand il était gosse. Pourquoi ça me trouble autant? Parce qu'il a gâché sa vie pour toi, qu'il est venu te voir sachant que tu le détestais peut-être et qu'il doit certainement avoir les genoux qui font des castagnettes rien que pour t'impressionner. Et ça, tu sais l'apprécier à sa juste valeur, Severus, lui dit une petite voix dans sa tête.
Il ne dit rien et fit semblant de ne pas voir quand Neville paya à sa place, mais ne pu en aucun cas se concentrer sur le film. Sa cuisse le brûlait, son oreille chauffait, son cœur... vivait. Il ne savait foutre rien de ce qu'il se passait entre Jocelyne et Marie, pourtant ça semblait rudement important pour le dénouement de l'histoire. Une main caressait distraitement la sienne, frôlant sa jambe.
Enfin c'est ce qu'il pensait, quand Neville lui chipait des chocolats dans son ballotin, tâtonnant dans le noir.
Et puis l'écran se fit noir et des noms apparurent. Quoi déjà fini?
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- J'ai adoré ce film! Je n'aurais jamais imaginé que Joe soit le véritable tueur! Ce policier du XVIIème était vraiment bien mené, vous ne trouvez pas?
- Je... évidement, oui, je n'aurais jamais imaginé non plus, fit Snape en tournant la tête.
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Il y avait un Joe dans l'histoire? Ils marchaient sur les bords d'un grand fleuve, le soleil couchant se reflétait dans l'eau, les passants étaient rares. L'instant parfait. Et merde il commençait à avoir froid. Dire qu'il pensais que la météo serait clémente, elle au moins. Il sentit un doux tissu sur ses épaules. Un tissu à l'odeur particulièrement captivante. Il se récria très vite.
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- Je ne suis pas une jeune fille fragile, Neville. Il enleva la veste.
- Je ne vous considère pas comme tel. Je détesterais simplement que vous soyez malade... Lorsque je prendrais un dernier verre chez vous.
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Snape piqua un fard. Mais quel dévergondé! Il réfléchit rapidement avant de trouver la faille.
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- Il semble que vous soyez habitué à ce genre de situations, non?
- Pas vraiment, malgré ce que vous pourriez penser. Disons que j'attends un jour comme celui ci depuis assez longtemps. Une personne m'a conduite à me faire une promesse à moi même, promesse que je tiens depuis trois ans.
- Pourquoi la briser?
- Cette personne n'existe plus, fit le Gryffondor en regardant Snape droit dans les yeux. Voici notre restaurant.
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Snape ne mangea, encore une fois, presque rien du tout. Pas qu'il n'aie pas faim, mais il voyait les sous-entendus dans chaque phrase de Neville... Pourquoi ne parvenait-il plus à voir l'élève?
Neville, du temps de sa classe, était pataud, presque laid avec ses dents en avant et son air benêt. Il n'avait plus rien de tout cela. Il avait un visage d'homme littéralement transformé, une mâchoire solide et carrée, et un air charmeur qu'il semblait avoir prit dans des publicités de parfum pour homme.
Il ne souleva pas le fait que Neville paya encore une fois, et le repas avait du couter une petite fortune vu le cadre huppé que c'était. Et puis ils rentrèrent. Ils n'eurent chacun rien à se dire, mais des pensées qui emplissaient leurs têtes. Le Gryffondor était détaché, nonchalant, alors que Snape restait sur ses gardes. Au bout de cinq minutes à peine la porte de l'appartement fut atteinte.
Il étaient donc si près?
Neville mit la clé dans la porte et se stoppa, Severus juste derrière lui.
Le plus jeune se retourna lentement en parlant, jusqu'à rencontrer les yeux du Serpentard.
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- Vous êtes bien d'accord pour un dernier verre, Severus?
- Évidement. Sa gorge était sèche devant une proposition si directe.
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La porte s'ouvrit, l'appartement était clean. Neville l'avait certainement rangée par magie. Deux verres et une bouteille de pur feu les attendaient. Neville prit la veste des épaules de son « invité », et le pria de s'asseoir devant le feu qui ronronnait.
Il allaient... Vraiment prendre un dernier verre? Apparemment, oui. Severus se prêta encore au jeu. Ils parlèrent encore quelques minutes, de tout et de rien, des petits plaisirs de la vie, de la vieillesse bénéfique de l'alcool, de leur soirée. Et Neville se leva.
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- Je suis un peu fatigué, et je le vois, vous aussi. Il y a deux lits ici, pourquoi ne pas rester? Son ton était neutre à présent. Rien de caché.
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Alors tout ce cirque pour le séduire, cette excitation graduelle, ces promesses, ces sous-entendus à peine voilés, c'était du vent?
Son corps réagit avant qu'il ne comprenne qu'il était tombé droit dans le piège. Il saisit un des poignets du jeune homme et tira vers lui, obligeant le Gryffondor à s'asseoir en catastrophe sur ses genoux. Et il l'embrassa. Leurs bouches s'ouvrirent d'elles-même, leurs langues se caressèrent avant que Snape ne rompe brièvement le baiser.
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- Les promesses que vous faites, il ne faut pas les briser ainsi, Londubat.
- Je ne vous ait rien promis, fit Neville près de ses lèvres. Vous avez prit ce que je mettais à votre disposition, voilà tout.
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Severus ne savait pas ce qu'il faisait, mais Merlin que c'était bon. Le baiser était profond, langoureux, fébrile, les mains couraient sur les corps sans honte, sans se demander si l'autre était d'accord. Mais, alors il était attiré par les hommes? Non, il ne pensait pas. Il ne pouvait qu'aimer l'esprit qui serait supérieur au sien. Neville l'avait largement surpassé. Il était passé outre toutes es conventions, outre la haine subie étant élève, et il avait sauté dans le vide sans corde. Severus avait toujours assuré ses arrières.
Il se leva, et entraîna le Gryffondor à sa suite, tombant maladroitement avec lui sur le lit.
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- Vous en avez vraiment envie?
- Tu ne le sens pas? Il pressa son excitation contre celle de Neville.
- Ce n'est pas ce que...
- Je sais. Tu aurais du savoir depuis le temps que je ne fait jamais rien sans une excellente raison.
- Alors je te l'ai donnée?
- Il semblerait, oui, fit-il en l'embrassant à nouveau.
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La nuit ne leur permettait plus de se voir, le feu de l'âtre s'était envolé, brûlant encore plus dans le cœur des deux amants. Ils virent avec leurs mains, parlèrent avec leur corps, et aimèrent... comme jamais. Ils s'étaient attendus, et luttaient pour ne pas céder à la folie. Les mains caressaient la peau crescendo, appuyant jusqu'à imprimer la texture, l'essence de l'autre.
Les baisers se firent dérivants, mordants, jusqu'à faire saigner l'autre. Sentir l'autre jusqu'à la source originelle. La douceur se mua en douleur, nécessaire, vitale, leur prouvant que c'était bien réel. Ils ne disaient plus rien, gémissant, grognant tels deux bêtes enfermées, battues trop longtemps à qui l'on donne soudainement la liberté. Les marques de leurs passion, en de fins sillons sur la peau blanche, rappelant à chaque mouvement ce premier instant, la violence de leurs gestes, leur faisant accélérer, puis arrêter l'autre brusquement, fermement, leur tendresse décuplée, les larmes versées, nerveuses... ils se rappelèrent tout cela.
Ils ne surent s'ils le dirent, mais leur corps le chuchota pour eux à l'autre. Ce qu'ils retenaient, et qu'ils acceptaient, ce que Neville gardait comme un trésor fragile au fond de ses yeux depuis trois ans.
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...
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Le ministre debout derrière son bureau cherchait une échappatoire. Il regardait les pieds de son interlocuteur pour savoir de quel côté partir. Son front en sueur et sa voix fébrile ne lui donnaient aucun crédit, mais il s'en fichait. Il avait prévu de partir loin très loin avant qu'on le retrouve de toutes façons. Il usa de sa dernière carte.
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- Je suis encore ministre, moi! Je l'aurais fait exécuter demain, si ma bonté envers Dumbledore n'avait pas été si grande!
- Bien sûr, monsieur Fudge. Vous l'êtes encore durant douze petites heures. Mais pour votre propre sécurité, je vous conseillerais de partir. Le monde sorcier n'oubliera pas de sitôt que vous avez fait enfermer le héros vainqueur de Voldemort lorsque vous avez su...
- Ne dites plus rien! Il était de mèche! Je vous ferais enfermer! Je vous ferais tous enfermer!
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Il se mit à hurler, et à divaguer, les yeux fous. Dans un élan de désespoir, il leva sa baguette droit devant lui et tenta un impardonnable. Son geste maladroit l'empêcha de faire quoi que ce soit, et permit à l'autre de se défendre de façon légitime. Ainsi mourut Cornelius Fudge après cinq ans de pouvoir dont les dernières semaines ont sombré dans la plus grande paranoïa.
Dans son tailleur-jupe noir, royale comme la justice, Hermione fit sortir le corps et s'assit pour prendre ses fonctions au plus vite. Elle convoqua le professeur et directeur MacGonagall pour faire libérer deux de ses professeurs, Remus Lupin et Sirius Black. Le plus dur était à venir. Elle transplana d'elle même aux sous-sols du ministère et fit renvoyer les détraqueurs. Les prisonniers de guerre. Elle s'approcha de deux cellules côtes à côtes. Deux mains maigres sortaient chacune d'entre les barreaux pour rencontrer l'autre par delà le mur.
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- Harry, Draco... Vous êtes libres.
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Les regards reconnaissants de ses amis qui n'avaient plus la force de parler lui suffirent.
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... Quinze jours plus tard
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- Alors ça y est?
- Le hibou est partit, Ron. Harry et Draco vont les chercher, et je ferais en sorte que tous sachent quels héros ils ont réellement été.
- Et si tu n'y étais pas arrivée, je veux dire, pour le poste?
- En ce cas, je crois qu'ils auraient certainement été plus heureux que nous, d'après ce que j'en sais, fit la jeune femme en embrassant son mari.
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Plus loin, dans Londres, Deux hommes furent surpris par un filleul, un ami, un frère de cœur. Ils étaient libres, et ils étaient heureux. Autour de la table, se ressaisissant autour d'une tasse de café, ils parlaient librement, sans honte de leurs situations actuelles. Ils avaient oublié toutes leurs rancœurs passées, trop lourdes et trop complexes pour profiter enfin du présent. Tout cela grâce à cette amitié si forte qui les liait.
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- Je suis soulagé que tu ait été libéré, Draco.
- Je pourrais dire la même chose. En fait tout ça c'est grâce à Granger.
- Granger?
- La lettre devrait arriver pour vous libérer, fit Harry. On espérait tous qu'elle passerait les élections pour devenir ministre. Ce qui est fait.
- Vous?
- Oui... Elle avait décidé ça depuis notre dernière année, continua le survivant. Elle avait vu clair dans le jeu de Fudge et nous en a fait part. Neville se tassait sur lui-même quand Snape se rendit compte de quelque chose.
- Neville... Tu savais alors que miss Granger allait devenir Ministre?
- Oui et non. Je me suis dit que si elle n'y arrivais pas, je serais au moins ici.
- Alors... Tu avais tout calculé? Le maître des potions le regardait abasourdi.
- Je... Je crois que oui.
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Harry sourit derrière sa manche. Les Gryffondor avaient souvent un côté Serpentard caché.
Severus regarda son amant avec fierté.
Traître.
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... Pauvre gosse (1) : si si c'est bien une humor fic avec du lemon et un happy end... Vous en faites pas, ça vient!
Et voilà un Os qu'il était rondement mené! Vous avez aimé? Quel couple vous aimeriez avoir pour le prochain? à bientôt!
