Chapitre 9 – « Faire des potions » pour les nuls.
« - … Je suis d'autant plus étonné par ta rédaction du fait qu'elle est rédigée sans la moindre faute d'orthographe concernant les sorts et potions que tu as citées. Il est vraiment impressionnant de voir qu'en plus de cela, tu les as trié et classé en fonction du domaine dans lesquels on peut les utiliser mais aussi du degré de connaissance qu'il semble falloir pour les maitriser et bien sûr, de leur dangerosité. Peu sont ceux qui citent les trois sortilèges impardonnables et qui sont à même de les décrire comme s'ils les avaient déjà subis. C'est à la fois inquiétant et remarquable de ta part- ... »
Voldemort faisait les cent pas dans une pièce qui semblaient avoir été spécialement aménagée pour June et son apprentissage. Il semblait rayonner de bonne humeur et de légèreté, comme un père fier de sa fille à la réception du bulletin de note. Il faisait parfois de grands gestes, comme pour signifier l'ampleur du bien qu'il pouvait penser de notre héroïne. Cette dernière, méfiante, attendait muettement sur le pas de la porte, les mains dans le dos. Elle n'avait jamais vu le sorcier dans cet état et se demandait même s'il n'usait pas d'ironie à son sujet car cela faisait désormais un bon quart d'heure qu'ils se trouvaient là et tout autant de temps qu'avait passé le Seigneur des Ténèbres à la couvrir de compliments, ce qui n'était, il fallait l'avouer, absolument pas dans ses habitudes. Enfin, disons plutôt qu'elle n'avait jamais reçu la moindre éloge en quoi que ce soit jusqu'à aujourd'hui et que, de surcroit, si cela provenait de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom alors, ça lui paraissait encore bien plus suspect. Elle restait donc immobile, le regardant simplement aller et venir sous ses yeux, priant intérieurement pour qu'il ne s'amuse pas à la torturer aussi subitement qu'il s'était mis à lui faire des éloges.
Car cela faisait désormais une semaine entière qu'en plus de ses cours, June assistait tous les matins à un apprentissage sévère de l'histoire de la magie et qu'elle aidait tous les soirs le sorcier dans des recherches intensives sur les autres mangemorts et leur localisation. Elle avait fini par en trouver quelques-uns d'ailleurs, sous l'œil ravis de son nouvel instructeur qui l'avait incité à prendre contact avec eux. Il avait fallu ruser pour pousser certains d'entre eux à venir, mais, la jeune femme était très fière de sa combativité et de son efficacité puisque, grâce à elle et aux immenses dons de manipulation de Voldemort, ils étaient parvenus à faire revenir toute la famille Malefoy dans leur ancien manoir. Leur arrivée était d'ailleurs prévue pour ce soir même et comme l'horrible sorcier qui lui servait d'instructeur n'avait pas non plus chômé, tout avait été prévu pour que ceux qui avaient été sorciers dans une autre vie le devienne dans celle-ci également. C'était donc en plus de ses recherches intenses que June s'était passionnée pour les créatures magiques et qu'elle était devenue l'amie de Holly, la douce elfe de maison. Elle avait bien été tentée de la faire libérer, mais après un long moment d'observation, elle avait réalisé que la petite bête se complaisait réellement dans le fait de s'activer aux tâches ménagères et culinaires. La jeune femme s'était donc fait la promesse de trouver bientôt d'autres petits compagnons à Holly pour que cette dernière ne soit plus la seule à s'occuper des lieux et qu'elle soit ainsi déchargée d'un trop grand nombre de tâches. Et la vie était beaucoup plus simple pour June maintenant qu'elle connaissait Holly car elle semblait être la seule de son entourage à être capable de la voir -Jedusor mis de côté- et lui rendait de fiers services en de nombreuses occasions. Ainsi, si un jeune homme était tenté d'approcher d'un peu trop près June à la fin d'un cours, il se retrouvait soudainement en proie à une acné virulente et sévère sous les rires de la jeune femme. Elle mangeait aussi de façon plus saine et plus régulière car même chez elle, elle recevait la visite de l'elfe de maison lui apportant quelques provisions pour qu'elle ne soit pas contrainte d'affronter ses parents. Parents qu'elle supportait de moins en moins et qui c'étaient mis, petit à petit, à lui reprocher tout un tas de choses étranges. Si elle laissait couler pour le moment, elle savait que tôt ou tard, elle devrait s'y confronter.
« -Bravo. »
Elle leva légèrement les yeux vers Voldemort qui se tenait devant elle, l'air amusé. Avait-il remarqué à quel point elle avait été absente le temps de son immense laïus ? Elle espérait intimement que non. D'un petit mouvement de tète, elle répondit avec justesse à ce dernier compliment tout droit sorti de la bouche du seigneur des ténèbres.
« - Merci. »
Le mot sembla plaire au Seigneur des Ténèbres qui s'adossa au bureau de la pièce, croisant les bras contre sa poitrine et toisant la jeune femme avec quelque chose d'étrange et qu'elle ne parvenait pas vraiment à discerner. De l'amusement ? Pire, de la compassion ?! Un peu troublée par ce qu'elle devinait, elle décida pourtant de ne rien laisser paraitre, même s'il était toujours très compliqué pour elle de cacher ses sentiments à l'homme en face d'elle. Homme qui hocha doucement la tête.
« - Veux-tu bien cesser d'être aussi anxieuse s'il te plait ? Je suis tout simplement fier de tes progrès et je suis fier de moi-même je suis réellement un bon enseignant en matière de potion et je pense que je serais tout aussi bon en matière de défense contre les forces du mal. En parlant de ça, t'ai-je déjà dit que le professeur Dumbledor, ce vieillard sénile, avait fait en sorte que je ne puisse jamais devenir professeur de défense contre… »
Son monologue avait repris de plus belle, laissant June dans une incompréhension des plus totale. Tom Jedusor n'avait jamais été aussi bavard, du moins pas depuis qu'elle le connaissait et il sembla même à la jeune femme que dans les romans également, elle avait davantage eu affaire à un homme imbus de sa personne mais peu bavard, qu'à une sacrée pipelette. Enfin, dans tous les cas elle remarqua avec justesse qu'il ne manquait pas de se féliciter lui-même, ce qui devait bien, dans un sens, prouver qu'elle n'était pas non plus tombée sur un extra-terrestre.
Cependant, force était d'admettre qu'il avait raison sur ce point : c'était un bon enseignant. Sévère et fermé à la discussion, certes, si bien qu'elle ne posait quasiment jamais de questions durant ces cours particuliers et qu'elle se contentait ensuite de plonger le nez dans des livres ou d'interroger Holly, mais un bon enseignant tout de même. Elle avait parfois remarqué cette étrange étincelle de passion dans son regard lorsqu'il parlait de l'histoire de la sorcellerie en Grande-Bretagne ou lorsqu'il évoquait Poudlard et ses mystères. Intimement, June demeurait persuadée qu'il aimait profondément tout cela et même s'il se gardait bien de le lui dire, elle savait qu'il était en quelque sorte amoureux de l'histoire de l'école dans laquelle il avait eu cours pendant tant d'années. Ce qu'elle pouvait concevoir tout compte fait, car depuis qu'elle avait rejoint le seigneur des Ténèbres dans ses mésaventures, elle avait tôt fait de relire la saga des Harry Potter et avait même regardé certains films pour s'assurer de ne pas oublier la moindre petite information sur la sorcellerie. Il s'agissait là d'une aide précieuse qui lui permettait par exemple de retenir quelques petits sortilèges très pratiques -et qui lui valait ensuite beaucoup trop d'éloges de la part de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Pronnoncer-Le-Nom. Et, si elle avait tenté une fois de montrer les films et faire lire les livres à ce dernier, il s'était toujours refusé à le faire, prétendant qu'il s'agissait là uniquement d'une propagande à l'instar de ce stupide et morveux d'Harry Potter. Depuis, elle n'avait plus fait la moindre tentative, de peur de subir la colère du sorcier.
« - June, si tu pouvais au moins faire en sorte d'écouter ce que je te dis, je me vexerais moins je crois. »
Elle cligna des yeux, perplexe. En face d'elle, Voldemort, toujours adossé à son bureau la fixait. Mais dans son regard, c'était de l'amusement qui régnait. Comme si le fait de l'observer avec quelque chose de divertissant à ses yeux. Ô, il devait bien y avoir quelques petites choses amusantes à ce sujet, mais toutefois, dans l'immédiat, elle comprenait de moins en moins ces réactions. Hésitante, elle avala sa salive. Elle savait qu'il ne servait à rien de cacher quelque chose au mage noir, depuis peu, elle avait découvert qu'il pratiquait la légilimancie avec brio.
« - Je suis désolée. Je fais au mieux, mais mes problèmes de moldue se mélangent à mes problèmes d'apprentie sorcière et j'ai un peu de mal à faire la part des choses. »
Mais ça, s'il le savait déjà, il ne devait guère s'en soucier au vu de son statut. Elle surprit pourtant une lueur étrange dans son regard qui n'avait rien à voir avec de l'amusement ou de la compassion. L'espace d'un instant, elle y discerna une colère sourde et violente, comme celle qu'elle avait aperçu, lorsque des mois plutôt, elle l'avait retrouvé dans sa chambre. Et ce n'était en rien un regard qui la rassurait. Alors à nouveau, la jeune femme avala sa salive avec appréhension. Puis, le mage, comme si de rien était, se détourna d'elle pour enfiler une cape chaude par-dessus ses vêtements de sorcier.
« - J'ai quelques courses à faire avant ce soir. Mais je veux que tu continues de travailler sur les potions. Surveille le chaudron de Felix Felicis que je t'avais montré l'autre jour et voit s'il est tant de le mettre en fiole. Et range un peu la réserve. »
Inquiète à l'idée d'échouer, June hocha tout de même lentement la tête et décida de se rendre dans la réserve. La première fois qu'elle avait vu la potion, il lui avait semblé faire face à un chaudron d'or et avait eu l'étrange impression qu'elle allait plonger dedans. Depuis, à chaque fois qu'elle entrait dans la pièce ou mijotaient plusieurs potions différentes, elle s'y dirigeait de bon cœur, heureuse de constater que bientôt, elle serait prête. Aujourd'hui encore, elle s'en approcha avec curiosité. Elle savait que la potion ne serait prête que lorsqu'à sa surface, des bulles se formeraient, ressemblant à des petits poissons dorés. C'est justement ce qu'elle vit, lorsqu'elle arriva à hauteur du chaudron. Avec satisfaction elle décida de mettre le contenu de ce dernier dans plusieurs fioles qu'elle étiqueta méticuleusement. Puis, elle entreprit de nettoyer le chaudron.
Et alors qu'elle avait terminé, le parfum d'une glace qu'elle aimait par-dessus tout commença à flotter dans l'air. Un peu perdue elle s'approcha lentement du chaudron dont émanait cette odeur si étrange. A l'intérieur, c'était comme un mélange de chocolat blanc et de fruits rouges. Curieux mélange et pourtant tellement apaisant, elle fronça les sourcils. Comment diantre une potion pouvait-elle sentir un parfum qu'elle aimait tant ? Méfiante, elle le huma une seconde fois et il lui sembla percevoir, dans ce fumet, la douce odeur de la lessive de sa grand-mère mêlée à celle plus acre de la terre fraichement retournée. Horrifiée elle recula de quelques pas. Cette lessive, c'était quelque chose de spéciale qu'elle devait bien être de la seule à connaître et pour cause, sa grand-mère la faisait elle-même et, lorsqu'elle était décédée bien des années plus tôt, elle avait emporté le secret de sa fabrication avec elle. Le Seigneur des Ténèbres ne pouvait pas connaitre cette odeur.
« - Holly ?
- Oui maîtresse ?
- Holly, qu'y-a-t-il dans ce chaudron ? »
Comme elle n'obtint aucune réponse, elle détourna son attention du chaudron pour regarder l'elle de maison qui se dandinait sur place. Elle fronça un sourcil interrogateur. Visiblement, si Holly ne répondait pas, c'était qu'il y avait un problème.
« - Il t'a dit de ne pas en parler, pas vrai ? »
En la voyant hocher doucement la tête, elle s'adoucit légèrement. Que pouvait donc cacher Celui- Dont-On-Ne-Doit-Pas-Pronnoncer-Le-Nom ? L'évidence la frappa alors qu'elle cherchait sur les étagères autour d'elle le moindre petit indice.
« - Amortentia. »
Elle chuchota son nom comme s'il s'agissait là de quelque chose d'interdit. Et, en entendant geindre l'elfe de maison, elle devina qu'elle avait vu juste. L'amortentia était un filtre d'amour puissant et si elle en sentait des effluves si familière c'était parce qu'il s'agissait des caractéristiques de la potion. Elle révélait un puissant parfum fait pour séduire ceux qui s'y intéressaient. Mais pourquoi diable fabriquait-il un filtre d'amour ? Il voulait séduire quelqu'un ? Ignorant les sombres dessins du mage, elle préféra se rendre à la réserve pour tout ranger. Il fallait qu'elle oublie sa découverte. C'était là un secret qu'elle se garderait bien de révéler au Seigneur des Ténèbres, dont elle se demandait pourtant quel doux parfum il pouvait bien percevoir en humant le chaudron.
