Les jours passèrent. Carlisle ne m'avait pas reparlé d'Edward, n'y avait jamais pensé. J'avais sondé son esprit autant de fois que je le pouvais, il pensait à beaucoup de choses, mais jamais à ce qui m'intéressait lorsque je me retrouvais à proximité. Peut-être me cachait-il ses pensées, si cela était possible du moins. Je ne mis pas longtemps à comprendre qu'il me cachait quelque chose. Nous étions assis dans le salon, il était plongé dans un de ses nombreux livres de médecine. Je regardais par la fenêtre. Rien ne laissait présager ce qui allait suivre.

- Je veux voir Edward.

Carlisle stoppa net sa lecture, referma le livre et le déposa doucement sur la petite table qui nous séparait. Il resta penché en avant, joignant ses mains, fuyant mon regard.

« Comment lui dire, comment ne pas la blesser, comment ne pas la brusquer, et lui faire renoncer à cette idée... »

Pourquoi vouloir me faire renoncer?

Bella, tu es une jeune vampire, tu n'as que quelques mois. Edward croit que tu es morte. La voiture a pris feu, et ton corps n'a jamais été retrouvé, parmi toutes ces cendres...

Ma mort avait été mise en scène, mes proches s'étaient lamentés sur un cercueil vide, mon Edward m'avait supprimé de son souvenir. Mes larmes ne venaient pas, pourtant j'aurais tant voulu sangloter, évacuer cette peine qui me rongea, soudain, que je n'eus qu'une envie, hurler, mourir... Je n'avais qu'entrevu l'amour, et alors que j'allais l'avoir, on me l'avait arraché...

Si tu t'approchais de lui, tu... je ne suis pas sûr que tu te retiendrais, Bella...

Je n'ai jamais fait aucune erreur, Carlisle.

Non, parce que j'ai toujours été avec toi, parce que tu n'as jamais été mise en contact avec des humains. Parce que tout le monde te croit morte, à Forks. Tu ne dois pas te montrer, pas pour l 'instant.

Je sanglotais, silencieusement. Carlisle essayait de m'expliquer que je pourrais tuer Edward...

« Il est parti, Bella, il est parti en Europe, sur le front. Son chagrin était tellement immense, il ne s'en relevait pas. Et un beau jour, il est parti. Nous n'en avons plus de nouvelles. »

Je relevais la tête. Plus de nouvelles? Mais il n'était pas mort, ca j'en étais certaine. Je le saurais. Je ne pouvais pas continuer d'exister si il mourrait.

« Merci Carlisle. »

« De rien Bella. Je suis si désolé, je voudrais soulager... »

Nous nous dévisageâmes un instant. L'incrédulité passa sur nos deux visages au même moment.

Tu m'as entendue Carlisle?

-Oui, enfin je crois. Tu n'as pas parlé à haute voix?

Non, je... j'ai pensé!

Ce n'est pas possible, je n'ai jamais entendu une seule pensée, serait-il possible que ce soit toi qui me parle en pensée? Recommences!

« Carlisle, tu m'entend maintenant? »

« Oui, je t'entend parfaitement. Mon dieu c'est extraordinaire! Ton don est ce qu'il y a de plus merveilleux! »

Incroyable! Je peux parler aux vampires dans leur tête?

J'étais impressionnée, lire dans les pensées était déjà un don impressionnant, voilà que je pouvais insuffler mes pensées dans la tête des autres vampires!

On le dirait, tu es vraiment impressionnante Bella!

« Bon, il est temps, je crois pour te dire quels sont mes projets... »

« De quoi parles-tu Carlisle? »

« Nous devons nous rendre en Italie. Une des plus puissantes familles de vampires vivent là-bas. Ce sont les Volturi. Il faut que tu les rencontre. »

« Pourquoi? »

« Tu dois tout savoir de notre espèce Bella, et partir pendant quelques temps te changera les idées. De plus, la faune y est exceptionnelle. »

Il me sourit, et ses yeux se mirent à briller.

Mais d'abord, nous devons aller te commander quelques toilettes, tu ne peux décemment pas vivre avec une seule robe, tu seras sensée être ma sœur, et je refuse que ma sœur se laisse aller!

Ta sœur?

Bella, il est très mal vu qu'un homme et une femme voyageant ensemble n'aient aucun lien familial. Si tu préfères, tu peux être ma femme, mais nous devrons dans ce cas partager le même lit!

« N'essaies pas de profiter de la situation Carlisle Cullen! »

« Je ne profite pas, je te présente les différentes solutions! »

« Et pour mes papiers d'identité, comment allons-nous faire? »

« Je m'en suis déjà occupé. Tu as un nouvel extrait de naissance. Au nom de Bella Cullen, née le13 Septembre 1900 à Forks, État des États-Unis. »

« Bella Cullen. Bella Swan. Bella Masen. Je ne pouvais que préférer ce dernier... »

« Je sais Bella. »

Les semaines passèrent ensuite rapidement, Carlisle m'avait acheté toute une panoplie de robes et d'accessoires, comme une grande dame. Il avait aussi acheté nos billets pour le bateau. Il m'avait prévenu, nous avions deux semaines de voyage, et durant tout ce temps, nous n'allions pas pouvoir se nourrir... J'interceptai une de ses pensées. Il savait que ça allait être dur pour moi. J'y arriverais.

Le grand jour arrive. Nous embarquâmes, et je découvrais la suite que Carlisle nous avait réservée. Elle avait deux chambres, une petite cuisine, deux cabinets de toilette, et un grand salon plein de tableaux tous plus magnifiques les uns que les autres, une bibliothèque fournie.

Le bateau se mit en route.

« Nous allons devoir nous mélanger un peu aux humains Bella. »

Je trouvais un miroir et inspectais mon visage. Toujours aussi beau. Mes yeux avaient pris cette teinte or, comme ceux de Carlisle. J'avais chassé toute la nuit, mes yeux étaient clairs, si clairs. Ma robe bordeaux laissait apparaître un décolleté sobre, mais magnifique. Mes cheveux bruns tombaient en cascades bouclées sur ma peau d'albâtre. J'étais époustouflante. Je ne tardais pas à en être certaine. Je pris une longue inspiration, pour ne pas être assaillie par les odeurs de tous ces humains. Nous sortions de la cabine et déjà les pensées des hommes que je croisais m'assaillaient. Je pris le bras de Carlisle, ce qui sembla décevoir la moitié de l'assistance, et ragaillardir l'autre moitié. Une avalanche de compliments envahit ma tête. Je fermais mon esprit, je ne voulais plus les écouter. Et j'y arrivais. Je n'écoutais plus rien.

« Carlisle, j'entendais leurs pensées, à tous. Et la je ne les entend plus. Je ne voulais plus les entendre et...et d'un coup tout a cessé! »

J'ouvrais mon esprit pour Carlisle seulement.

« Alors ton don ne cesse de s'amplifier, il semblerait que tu puisse bloquer les pensées, tu dois donc avoir un bouclier. Nous en parlerons à Aro. »

« Qui est Aro? »

« Le chef de cette famille, il est celui qui contrôle notre espèce, qui fait régner les lois. »

« Les vampires ont des lois? »

« Une seule. Et tu la connais. »

« Ne pas se montrer aux humains. »

« Oui. »

Et soudain mon esprit fût occupé par autre chose. Javais inspiré, et toutes les odeurs autour de nous m'avaient prise à la gorge, m'entourant, tel un serpent vicieux cherchant à faire tomber toutes les barrières que je m'étais fixée. Il serait facile de tuer tous ces gens. Nous étions en pleine mer. Les vampires nagent vite. Je pourrais les tuer, m'en nourrir, et abandonner ce bateau. Je secouais la tête, Carlisle me fixa, surpris.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Bella? »

« J'ai respiré. »

Je sentis sa main se fermer sur mon bras. Pas pour me retenir, non. Pour m'aider, me rappeler qu'il était là. Que je pouvais compter sur lui.

« Souhaites-tu que nous rentrions? »

« Terminons le tour du pont, je vais de toute façon devoir m'y faire. Je ne pourrais pas éviter les humains plus longtemps si je veux vivre autrement que recluse. »

« Très bien ma Bella. »

Ma Bella... Il m'avait appelé ma Bella. Une boule envahit ma gorge, j'aurais voulu pleurer, lui crier qu'il n'avait pas le droit de m'appeler comme ça, que seul Edward en avait le droit. J'aurais tant voulu qu'Edward soit la, à mes cotés. Mes souvenirs me ramenèrent à cet après-midi sur la falaise, le plus bel après-midi que j'avais vécu. Tous nos instants ou la complicité s'installait, ou je me fondais dans son regard émeraude, ou le temps n'avait pas de prise, ou l'amour naissait. J'étais aux prises avec mes tourments lorsque Carlisle me poussa dans la cabine.

Je m'isolais dans ma chambre, sans un mot. Je m'allongeais sur le lit et me concentrais. J'essayais d'être aux cotés d'Edward, je n'avais pas beaucoup d'espoirs, mais je voulais me sentir proche de lui. Soudain, le décor autour de moi changea.

J'étais... Ou étais-je? Il y avait une forte odeur de terre...de rouille... de sel. Du sang. J'inspirais et retenais ma respiration. J'étais sous terre. Il faisait sombre. J'entendais plusieurs dizaines de claquements, des balles, des fusils, des mitrailleuses. Ma vue s'adapta très vite à la nuit et je le vis. Il était là, allongé sur une paillasse grossière. Il dormait. Edward, mon Edward. Il était si proche de moi. Je me penchais pour effleurer sa joue, découvris chaque centimètre de sa peau, à mon contact il tressaillit, je me reculais pour me fondre dans l'obscurité, de peur qu'il me voie. Mais il n'avais pas bougé.

J'entendis des pas. Rapides. Lourds. Un homme, qui courrait. Il arrivait.

Masen! Réveilles-toi! Edward! C'est l'heure! Tu dois me relever!

Hummm...Bella, ma Bella...

Non Masen, ce n'est que moi! Allez debout!

Je vis Edward se relever difficilement, et inspectais son visage, il était pâle, toute joie avait disparu de son visage, ses yeux étaient dénués d'émotion, ils étaient cernés, signe du manque de sommeil dont il devait souffrir. J'avançais vers lui. Il passa à coté de moi sans me voir. Alors il ne me voyait pas. Moi je pouvais le voir, mais le contraire n'était pas possible. Quelque part, j'en fus soulagée.

« Je t'aime Edward. Plus que ma propre vie. »

Il se raidit, stoppa et se retourna, dans tous les sens.

« Edward, rentres chez toi. Tu n'es pas à ta place ici. »

Il baissa la tête.

Voilà maintenant que je deviens fou. Je crois l'entendre! Comme si ces rêves ne suffisaient pas. Ma Bella, je vais bientôt te rejoindre. Je le sais.

Mon cœur se serra, je ne lui soufflais plus de parole. Il l'avait dit, « ma bella ». Ce son était si doux, à mon oreille, j'aurais voulu souffrir toute ma vie pour entendre ces deux mots une seule fois de plus. J'aurais voulu souffrir mon éternité pour qu' Edward puisse me prendre dans ses bras une dernière fois. Je restais là. Je ne voulais pas le suivre, et je restais là, à pleurer, silencieusement. Seuls les sons sortaient de ma bouche, aucune larme ne perla. Je ne savais pas pleurer, dans ce corps. Et je me maudissais. Je maudissais le fait d'être morte. Je maudissais sa souffrance. J'aurais tant voulu être à ses côtés. Je n'accepterais pas qu'il meure. Il ne pouvait pas mourir. Il ne DEVAIT pas mourir. S'il mourrait, je n'aurais plus aucune joie à vivre, je ne voudrais plus vivre. Sans mon cœur, je n'étais rien, et c'est à cet homme que je l'avais offert.

BELLA!BELLA! REVIENS BELLA!

Des mains tièdes, sur mon visage. Des paroles angoissées. J'ouvrais les yeux. Un regard angoissé. Carlisle. Je ne pus articuler une parole, la seconde d'avant, j'étais avec Edward. Est-ce que j'avais rêvé? Cela me parût si bizarre, les vampires ne rêvaient pas, puisqu'ils ne dormaient pas.

Une étreinte me coupa le souffle, Carlisle me serrait contre lui, je ne comprenais toujours pas. Pourquoi faisait-il cela?

Bella, tu étais en transe, depuis plusieurs minutes, lorsque je suis entrée! Si tu n'avais pas été un vampire, j'aurais juré que tu étais morte! Ho Bella que s'est-il passé?

Je compris. J'avais vraiment rejoint Edward, mon esprit l'avait rejoint. Je trouvais donc là un moyen de le protéger, de veiller sur lui, de le voir, sans lui faire de mal.

Je l'ai vu.

Qui, Bella? Qui as-tu vu?

Je plongeais mes yeux dans les siens.

Edward!